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                  <text>������ILES

MARQUISES
OU

NOÜKA-HIVA.

����PRÉFACE.

Au moment où la France vient de

prendre

possession des îles Marquises, il nous a semblé
utile de réunir, dans un même ouvrage, les docu¬
les navigateurs de toutes
nations, qui ont visité ces terres lointaines.
La récente expédition du contre-amiral DupetitThouars a fixé tous les regards. Chacun, en
entendant nommer les îles Marquises comme
ments

recueillis par

les

des terres dorénavant

françaises,

a

désiré

con¬

position, leur histoire, les ressources
qu’elles présentent comme colonie, et, aussi,
de quelle utilité ces nouvelles possessions pour¬
raient être pour la France dans le cas d’une

naître leur

lutte

avec ses

rivaux.

renseignements que l’on possède sur cet
archipel se trouvent disséminés dans un grand
Les

�PRÉFACE.

Il a fallu les
réunir, les confronter, et dégager les faits de
tout ce qu’ils présentaient d’exagéré dans le
récit de quelques voyageurs ; telle a été la tâche
que nous nous sommes imposée. Nous avons
été des derniers à visiter ces îles éloignées, sur
nombre de relations de voyages.

les corvettes i'Jstrolabe et la Zélée, et
asseoir notre
nous

opinion,

nous avons

éclairer de tous les documents

si,

pour

cherché à
transmis

prédécesseurs, nous avons , toutefois,
jugé d’après nos propres sensations, en nous
aidant de nos notes particulières et de nos
par nos

souvenirs.
Nous

ne nous

dissimulons pas toutes

les imper¬

fections de cette notice faite à la hâte ; cepen¬
dant

nous avons

cherché à la rendre aussi exacte

complète que possible ; et nous aurons,
dès aujourd’hui, atteint le but que nous nous
sommes
proposé, si nous avons pu par nos
et

aussi

travaux être utiles à notre pays.

�ERRATA.

Page
—

—

2,

qui devaient désormais devenir la patrie,
qui devaient désormais devenir leur patrie.
lieu de 6 avril 1772 , lisez 6 avril
1774'
lieu de Baie de la Révolution, lisez Baie de la

ligne i5, «w//ew
lisez

9&gt;
10

,

—

—

28,

nu

II,

au

Résolution.
—

12

,

—

23

,

lieu de où

au

faisait
—

12

—

i5,

—

,

i6,

—

—

—

25

23

au

,

se

traite.

passait

lieu de la maison

au

,

i3.

une

lieu de Hanoou

au

,

une

traite, lisez où

se

Baw, lisez la maison Baux.

lisez Hpnoou.

Z/ewl’obligèrent à accourir, lisez l’obligèrent

d’accourir.
—

23

,

—

27.

26,

au

lieu de et le

i5.

au

lieu de les deux îles Masse et

25, lisez et le 23.

nal de Marchand ),

29,

—

3o

,

au

lieu de à

le Jefferson

33,

—

Il

,

au

lieu de

fusil.
—

_

_

41.
46,

47-

53,
55,

—

—

—

—

17

•

18,

au
au

son

retour, le Jefferson

—

59,

voyant un fusil, lisez en voyant

lieu de pour y abriter,
lieu de d’être punis,

66:

lisez
lisez

pour
sous

un

abriter.
peine d’être

,

nu

,

—

60,

65,

déposa, lisez

punie.
lieu tZeprovoquaient, lisez provoquèrent.
26, faute de typographie •• lisez confusion extrême.
25 au lieu de Keatanoui ni sa famille ne possédaient,
23

ne

_

( Masse et Gha-

déposa.

lisez ni Keatanoui ni

—

Chanal, lisez les

deux îles Hiaou et Fetou-Ouhou

17,

—

lieu de Homi

,

aucun

membre de

sa

famille

lisez Houmi.

Tamaa-Taïpi, lisez Temaa-Taïpi.
9- au lieu de changer leurs dispositions lisez chan¬
ger de dispositions.
28, an lieu de cependant leur effet, lisez mais leur
5,

—

au

possédaient.

au

lieu de

,

effet.

�ERRATA

lieu de s’abriter dans

II, au

derrière leurs

28,

murs.

lieu de le système de

au

,

6,

heu de et y mettre

au

lieu de en 1799, lisez en

le feu.

uS,

le feu, lisez pour y mettre

au

24 , uu lieu de Homi , lisez
24, même correction.
hiva.

,

au

1798.

Honmi.

société de Londres, lisez aux îles Nouka-

i5, après la
l

paix pouvait, lisez l’état

paix générale imposé par Porter.
au lieu de plus une douzaine de poules, lisez et de
plus une douzaine de poules.
de

l8

leurs murs , lisez s’abriter

lieu de Fetou-ou-Hou, lisez

Fetou-Oubou.

de Roquefeuille fut conduit, lisez Roquefeuille y fut conduit.
la note : au lieu de G. Foster’s Voyage, lisez

au lieu

20,

A

Voyage.
lieu de Staick. I., lisez Stack I.
8,0« lieu de escarpées , lisez abruptes.
27 , au lieu de de, lisez du.
G. Forster’s

27

20

au

,

,

au

lieu de aux jours de

fête.

fête, lisez dans les jours de

lieu de on remarqua, lisez on remarque.
lieu de la plus grande longueur de l’île est de
six milles du sud-est au hord-ouest, lisez du sud-

Il, au
•il

,

au

,

au

ouest

5

au

17, au lieu

201

226

228

nord-est.

lieu de Faouata , lisez Taouata.

de Cook, lisez Mendana.

lieu de et éviter, lisez et d’éviter.
10,0« lieu de éloments, lisez éléments.
3, au lieu de pur, lisez pour.
6,0« lieu de intercession, lisez à leur demande.
i3 au lieu de Pandauss, lisez Pandanus.
22, au

,

�ILES

MARQUISES
on

NOÜKA-HIVA.

CHAPITrxE PREMIER.
Histoire*

Découverte.—Voyages de Mendana, Cook, Marchand, Hergest, Roberts,Wilson.
Arrivée des missionnaires anglais dans les îles
Marquises. — Histoire de
M. Crook.
Voyages de Fanning, Krusenstern, Porter. — Histoire de réta¬
—

—

blissement américain

au
port Taiohae. — Voyages de Fihch, Dupetit-'
Thouars, d’ürville.—Prise de possession au nom de la France.

L’Espagne avait planté son étendard sur presque
les rivages de la vaste
Amérique ; sous sa domi¬
nation *de riches et puissantes colonies s’élevèrent sur
les débris encore sanglants des
villages des premiers
habitants, et celles-ci, imitant l’exemple de la métro¬
pole envoyèrent à leur tour de grandes et nom¬
breuses flottes pour explorer l’océan
Pacifique, à la
tous

,

recherche des terres où
cette

épo({uc, devaient

d’or et

d’argent.

,

suivant les idées

se trouver

de

reçues

grands
1

à

amas

�ÎLES MARQUISES

2

l’adelantade Alvaro Mendana de
quitta le Callao avec quatre navires, la capitane Saint-Jérôme,
l’alrairante Sainte-Isabelle, la
galesta le Saint-Philippe et la frégata Santa-Catalina.
Après avoir achevé ses approvisionnements dans les
vallées de Truxillo, de Séna et à Païta, la flotte re¬
cueillit quatre cents passagers des deux sexes, em¬
barqués de gré ou de force, pour former le noyau
d’une nouvelle colonie aux îles Salomon, découvertes
Le 9 avril 1595

,

Neira

vingt-huit

ans

auparavant par ce même

capitaine.

navires, plus d’un aventurier,
attiré par l’appât du gain , jetait à l’horizon un re¬
gard scrutateur, et cherchait déjà quelques jours
après le départ les terres inconnues qui devaient
désormais devenir la patrie. Pour ces hommes
élevés dans la croyance des richesses immenses en¬
fouies au delà des mers, l’exil, les dangers et Tincertitude d’une navigation hasardeuse n’ëtaient plus

Sur le

pont de ces

récits de leurs prédécesseurs ou
contemporains enflammaient leurs désirs.
L’appât de l’or les entassait, hommes et femmes,
vieillards et enfants, sur de frôles navires, errant
au gré des vents inconstants.vers des terres problé¬
matiques ; leur imagination excitée créait partout
des mines à exploiter ; et, sous cette impulsion, ils
livraient avec une effrayante audace leur existence
et souvent celle de leurs familles aux flots changeants
des mers capricieuses.
Le 24 juillet de la môme année, environ par 10°
50' de latitude sud, à cinq heures du soir, la terre,

des obstacles. Les
de leurs

�ou

une

terre

NOÜKA-HIVA.

inconnue encore, apparut aux yeux

3

ravis

Espagnols. La partie méridionale de l’archipel
Marquises venait de se révéler pour la première
ibis à des yeux européens. Plus d’un coeur tressaillit
en
contemplant Ips formes indécises de ces îles ; et
en
songeant que là se trouvait peut-êtré la fin de la
traversée. Plus d’une espérance prit naissance dans
les émotions de cette première vue.
Bien que Mendana reconnût que ces terres n’ap¬
partenaient pas aux îles Salomon qu’il cherchait, la
llottille s’en approcha, et bientôt quatre cents sauva¬
ges environ, portés par soixante-dix pirogues, montés
sur des radeaux, ou venus
simplement à la nage,
entourèrent les bâtiments, et montrèrent à leurs
visiteurs une riche constitution, de robustes mem¬
bres, des muscles vigoureux sous une peau cuivrée.
Leur tailla était élevée, leur corps était bien fait.
Ils avaient, dit le narrateur, surtout fies
yeux,
des dents et des bouches
admifablesj les femmes
avaient des mains belles et délicates, elles
portaient
leurs cheveux flottant avec grâce sur, leurs
épaules,
et quelques-uns de ces
visages brunis montraient des
couleurs sur leurs joues. Les enfants étaient
magni¬
fiques, et les hommes avaient les bras, les jambes
et môme la
figure peints comme chez les Bissâyas de
des
des

Manille.

troupe apportait des cocos, des bananes, et
pâte enveloppée dans des feuilles vertes ; qua¬

Cette
une

rante

hommes environ montèrent hardiment à bord

lorsqu’on les

engagea

à s’y introduire; d’abord leur

�ÎLES MARQUISES

4

puis à la vue de tant d’objets
ils commirent un grand nom¬
bre de larcins cpii lassèrent la patience en général peu
endurante des Espagnols de cette époque. — On leur
enjoignit de s'en aller, mais ils s’y refusèrent ouver¬
tement; on donna l’ordre de les effrayer par une dé¬
charge de mousqueterie, mais si à ce bruit plusieurs
s’élancèrent à la mer, d’autres résistèrent et ne furent
rejetés au dehors que par la violence. Un vieillard
curiosité fut excitée,

nouveaux

pour eux

obstination. Ac¬
porte-haubans, il ne lâcba prise qu’après
avoir été blessé à la main d’un coup de sabre. Ce fut
aussi le signal du combat: tous les sauvages saisirent
leurs armes déposées dans les pirogues, et ils ten¬
tèrent, avec une audace qui naissait de leur igno¬
rance, de remorquer le navire de l’aoiiràl à la côte.
Les armes à feu répondirent à cette agression ;
cinq ou six sauvages, parmi lesquels se trouvait le
vieillard courageux des porte-haubans, furent tués
et huit ou neuf furent blessés. Le carnage eût été plus
grand si la poudre n’eût pas été humide, et si les sau¬
vages, qui venaient d’être initiés aux effets des mous¬
surtout se

croché

fit remarquer par son

aux

n’eussent pas cherché à se mettre à l’abri lors¬
qu’ils en voyaiént les canons s’abaisser vers eux. Un
seul soldat espagnol fut blessé.
Cette première rencontre dut avoir lieu près de la
pointe sud de l’île Fatou-IIiva, à laquelle Mendana
avait imposé le nom de Magdalena. Les navires con¬
tinuèrent leur route, et ils s’éloignaient rapidement
lorsqu’ils aperçurent une pirogue se dirigeant sur
quets,

�ou

NOUKA-HIVA.

Trois individus la montaient et

poussaient des
portait à la main
un rameau vert et un morceau d’étoffe blanche
qui,
après ce qui venait de se passer, devaient être un
signe de paix, et peut-être une invitation à descendre
eux.

cris étourdissants. Clia-cun d’eux

sur

leurs terres.

Sans

s’arrêter, l’amiral poursuivit sa route vers
qu’il appela San Pedro, santa Christîna et la D.ominica-, puis l’escadre
passa sans accident
dans le canal qui sépare Ghristina de la Dominica
(Iliva-oa de Taouala), et louvoya le jour suivant
pour atteindre un mouillage convenable. Les indi¬
gènes accostèrent de nouveau et se comportèrent à
peu près comme ceux de Magdalena. Un vieillard de
trois nouvelles îles

bonne mine vint engager l’amiral, un rameau vert
dans une main et une étoffe blanché dans
l’autre, à

descendre

pendant ce temps-là quatre na¬
vaisseau; paisibles
spectateurs d’abord, ils finirent par saisir un petit
chien de Mendana; et, sautant à la mer, ils l’em¬
portèrent à la nage vers leurs pirogues.
Le lendemain, jour de là
Saint-Jacques (25 juil¬
let ), le maestro de campo fut envoyé dans une
chaloupe pour chercher un port. Il trouva celui de
la Madré de Bios, situé sur la partie ouest de l’île
Taouata et débarqua au son du tambour à la tête
de vingt hommes: Une ligne de démarcation fut tra¬
cée sur le rivage, elle fut respectée par les sauva¬
ges; les femmes seifles eurent le privilège delà fran¬
chir; elles s’approchèrent des soldats qui les trouvésur son

île ;

turels. s’introduisirènt dans le

�G
rent

ÎLES MARQUISES
Irès-sociables• de prime

abord; l’impression

cfu’elles produisirent sur eux dut être bien forte,
à leur retour, en racontant à leurs compagnons
les.événements de leur course, ils les dépeignaient
comme étant aussi belles que les femmes de Lima
quoique moins roses. Blanches comme elles, elles
avaient la même manière de parler. Leurs mains déli¬
cates, leur corps gracieux, à peine voilé par une
tunique, surpassaient même, disaient-ils, les attrails
dü beau sexe du Pérou. Ils avaient aüssi conçu la plus
haute idée de la salubrité du climat, à la vue de
la santé, de la force et de la corpulence do ce
peuple.
Cette première descente ne sé termina pas’ non
plus sans effusion dé sàhg; quatre jarres employées
à faire de l’eau à î’aiguade, ayant été volées, on
employa l’argument du fusil pour faire rendre les
objets soustraits. Ainsi le premier contact des
Européens • devait être fatal à • ces malheureux
sauvages plus ignorants que coupables. L’explosion
des armes à feu, leurs effets terrifiants, le spectacle
imposant des vaisseaux dans le lointain, l’aspect
surprenant des étrangers, contribuèrent à les jeter
dans la stupéfaction et l’effroi le plus profond.
Cependant la paix suivit de près cette escarmouclie, et lorsque le 28, l’escadre gagnant le mouillage,
serra ses grandes ailes et laissa tomber l’ancfe, un
grand nombre de pirogues entourèrent les navires,
et les naturels restèrent paisibles spectateurs de
la scène qui se passait sous leurs yeux. Qttiros

car,

�ou

NOüKA-HIVA.

'

rapporte cpic ces ]ial)Itants parurent plus noirs que
ceux de la
Magdalcna et surtout moins beaux.

soins de Mendana, fut d’ordon¬
qu’une grande messe,serait célébrée; à cet effet il
conduisit à terre sa femme Dona Ysabel Berreto, ainsi
que la majeure partie de son monde. Pendant le
service divin, les naturels imitèrent le recueillement
des Espagnols et s’agenouillèrent comme eux; une
superbe femme s’assit auprès de Dona Ysabel, elle
voulut pendant tout le temps dë la cérémonie l’éventër avec un éventail curieux, de la fabrique des
sauvages; cette femme avait de si beaux cheveux
qu’on voulut en avoir une mèche, mais on y renonça
bientôt en voyant son déplaisir.
A la fin de la prière, Mendana prit possession des
terres qü’il venait de découvrir, au nom de Sa Ma¬
jesté Catholique. Bizarre usage qui, comme le dit
M. de Fleufieu, eût fort étonné les naturels,, s’ils
avaient pu comprendre le but de l’acte qui s’accom¬
plissait devant eux. Mendana fit le tour dü village
près duquel il se trouvait, et y sema du maïs. Ce
village était composé de cases disséminées au milieu
des arbres, et séparées par des espaces pavés. Ces
habitations parurent être autant de petites commu¬
nautés dans lesquelles demeuraient uU grand nom¬
bre d’individus, à en juger par la disposition de leur
Un des .premiers

ner

coucher.

.

peine l’adelantade fut-il rétourné à bord, que
disputes survinrent entre les Espagnols et les in¬
digènes. Ceux-ci lancèrent leurs armes et parvinrent
A

des

�ÎLES. MARQUISES

8

soldat

pied ; mais poursuivis bientôt
de fusil, ils durent chercher leur salut dans la
fuite et ils se réfugièrent avec leurs femmes au som¬
met de trois hautes montagnes derrière des retran¬
chements ; probablement peu d’heures après le mo¬
ment où les Espagnols avaient rendu grâce au ciel de
à blesser

un

nu

à coups

leur

découverte, les malheureux Noukahiviens sup¬

pliaient leurs divinités tutélaires de les débarrasser
de la présence de leurs terribles visiteurs. Soir et
matin ces malheureux, dans leur retraite, poussaient
en chœur des clameurs sonores et harmonieuses,
qui
retentissaient au loin ; puis ils continuaient à lancer
des pi’ojectiles, rendus inoffensifs par la distance à.
laquelle se trouvaient les Espagnols. Cependant ceuxci avaient établi des postes pour garder le village qui
leur avait été abandonné, l’aiguade èt le lieu des¬
tiné à la promenade des femmes de la flotte. Les corps
de garde faisaient un feu continu sur tous les sauvages
qui sortaient de leurs retranchements. Bientôt ceuxci reconnaissant le peu de succès de leurs armes et
effrayés des terribles effets de.celles des Européens,
tentèrent d’opérer un raccommodement. Ils firent
connaître leurs, intentions en offrant des présents de
fruits à pain aux soldats maraudant dans les bois, et
en portant des paniers de bananes et de fruits près des
trois détachements placés par le maestro decampo. Ils
semblaient éprouver le besoin de rentrer dans leurs
cases et demandaient avec instance quand les redou¬
tables étrangers s’en iraient. Un individu dé bonne
mine se fit surtout remarquer; il contracta une étroite

�ou

NOUKA-HIYA.

9

chapelain (pii hii apprit à dire Jésiisauprès de l’amiral cjui l’ac¬
cueillit de son mieux, lui offrant des douceurs et du
vin, mais il ne voulut goûter dé rien, quoiqu’il mon¬
trât la plus grande confiance. Au départ des navires
il parut même désirer de les suivre; les soldats
avaient aussi acquis des amis très-intimes, mais
ceux-ci ne cessaient, tout en leur prodiguant leurs
caressés, de les prier de quitter lèur île. Bientôt, à
leur grande joie, le pavillon espagnol cessa de
flotter dans la baie; Mendana partit le 5 août et
poursuivit ses desseins dont on connaît l’issue fatale;
mais avant de quitter ces lieux où ses navires avaient
causé une si grande surprise et laissé de si terribles
traces de leur .passage, il imposa au groupe entier
qu’il venait de découvrir le nom de Marquises de
Mendoo^a, en l’honneur du vice-roi du.Pérou, marquis
de Canete, qui avait favorisé et protégé ses projets;
puis il .fit ériger, en divers endroits, trois croix,
signes de la rédemption, sur le sol baigné parle sang
•de tant de meurtres ; enfin il fit graver une inscription
sur l’écorce d’un arbre, avec la date'du
jour de son
amitié

Maria.

arrivée

avec

le

Il fut conduit

sur ces

terres.

Cent soixante

dix-neuf

ans

s’écoulèrent avant

qu’un autre navire vînt attérir sur ce groupe. Déjà
doute l’apparition de Mendana s’était trans¬
formée en mythe dans les traditions de la génération
qui vit surgir dans les brumes du soir, le 6 avril 4772,
sans

les blanches voiles de la Révolution. Cook arrivait à
son

tour pour

convaincre

ces

peuples de la réalité

�ÎLES MARQUISES

dO

la population
({uc la 'vengeance des divi¬
nités m alfaisantes leur en voy ait de nouveaux malheurs.
Après avoir ajouté aux ([uatrê îles découvertes par
premier passage; à
effrayée crut sans doute

(lu

son aspect,

Mendana, l’île Hpod, rocher inculte et escarpé au(|uel il donna le nom du jeune volontaire (j[ui le dé¬
couvrit le premier, Cook se dirigea vers le port delà

Madré de Bios. Pciussé par cet esprit jaloux inhérent
au caractère anglais, il voulut enlever le nom donné
à

la

port par son
Révolution.

ce

Trente

ou

prédécesseur et le nomma baie de

quarante naturels s’aventui’èrent auprès

anglais, mais ils montraient une crainte
non
équivoque; on pouvait deviner qu’ils appréhen¬
daient les scènes du siècle précédent. Après avoir
offert des plantes.dé poivre, symbole de paix, ils se
hasardèrent à montera bord; mais leurs pirogues
chargées de pierres, les frondes dont les hommes
étaient armés,, indiquaient une méfiance (jui ne fut
dissipée que par de nombreüx cadeaux. Le lende¬
main la confiance était revenue, mais avec elle la
convoitise; des échanges eurent lieu d’abord, des
vols ensuite; enfin, pour mettréun terme à l’audafce
du navire

naturels', soustracteur infatigable, on
Coup de fusil à poudre; la bonne foi revint
avec la peur; cependant au moment où l’on touaitle
navire au mouillage, un vol audacieux eut lieu, un
chandelier en fer fut emporté, et dans le premier
mouvement de colère ün coup de fusil tua le cou¬
pable.
de fun des

tira

un

�ou

Cook
route il

so

NOUKA-HIVA.

rendait à terre dans cet instant.

11

Sur sa

pirogue qui contenait le cadavre;
conduisaient; l’uii d’eux, déjà sUr
vie, riait aux éclats en vidant l’eau

trouva la

deux hommes la
le déclin de la

sanglante contenue dans la pirogue; l’aUtre, plus
jeune, fils de l’homme tué, avait l’air triste et abattu.
Le bruit des tambours retentissait, sur le rivage, les
sauvages accouraient en armes et se préparaient au
combat. Toptefois quelques présents suffirent pour
les calmer. Mais les tentations étaient trop fortes ^
pour la nature inculte de ces hommes; peu de
temps après, ils essayèrent encore d’enlever la
bouée d’une ancre en la tirant â terre. Le siffle¬
ment d’une balle à leurs oreilles leur donna un
effroi salutaire, et, jusqu’au jour du départ, leur con¬
duite fut plus tranquille.
Le chef du pays, nommé Honoou, vint visiter Cook;
il avait l’air intelligent, le grand nombre de ses
vêtements indiquait son rang, il portait le titre
d’Hekaï.

qui avait ôté remarqué par les
Espagnols, les femmes fuyaient l’approche des étran¬
gers; MM. Sparman et Forster fils voulurent suivre
l’une d’elles, mais les naturels témoignèrent un mé¬
contentement qui les força â y renoncer
Le sé¬
jour des Espagnols avait-il laissé des traces d’affreuses
maladies faites pour effrayer ce peuple ordinairement
si libre? Cette conjecture hasardée petit être vraie,
et l’on doit gémir sur la conduite de ces hommes qui
portent de gaieté de cœur un poison sans remède
Au rebours

de

ce

�12

ÎLES MARQUISES

chez des

populations saines et heureuses. Ce n’est

que dans la partie sud de l’île que les femmes furent
moins farouches. M.-Hodge, dessinateur, parvint à

portrait d’une jeune fille.
Enfin, le 12 avril,, les Anglais s’éloignèrent en em¬
portant une triste idée de la propreté de ces sau¬
vages. Cook avait vii l’un d’eux manger dans le
même plat que des eochons.
Peu d’années après Cook, les navires du com¬
faire le

commencèrent à

merce

se montrer

dans

ces

mois d'intervalle

parages,.

(en 1791), le capitaine
Ingraham, de Boston , et notre compatriote Mar¬
chand de Marseille, visitèrent les îles déjà connues
de l'archipel,’ et découvrirent d’autres terres dans
le nord. Le premier de ces navigateurs n’ayant
donné aucune relation de son voyage,, tout l’hon¬
neur de la. découverte revient à
Marchand, bien
qu’il ne l’ait faite que quelques jours après le capi¬
A

un

,

taine américain.

Notre infortuné

compatriote Lapérouse venait
d’Amérique ,(.en 1790);

de visiter la côte N.-Ô.
il

avait attiré

l’attention du

commerce

français

point où se passait une traite de pelle¬
terie, exploitée par les Anglais et les Espagnols.
La maison Baw, de Marseille, mue
par le désir
d’entrepre’ndre cette nouvelle branche de commerce,
équipa le brick le Solide, dont elle confia le comman¬
dement au capitaine Étienne Marchand. Six mois
après, le 12 juin 1791, à dix heures du matin, le
pavillon français flottait, pour la première fois, en
sur

ce

�ou

13

NOUKA-UIVA.

des îles Marquises. A l’exemple de
devanciers, Marchand chercha d’abord à mouil¬
ler au port de la Madré de,Bios. Une foule de piro¬
gues, parties de la Doniinica et de l’île Christina,
enveloppèrent bientôt le navire. Des scènes bizarres
et variées accompagnèrent cétte première recon¬
vue

du groupe

ses

naissance. Dans

grande pirogue double, un
guerrier soufflait dans une conque, dont le bruit
rauque se mêlait aux clameurs de ses compagnons.
Ceux-ci chantaient en frappant le coude de leur
bras gauche replié sur la poitrine, avec la paume de
la main droite; puis tout à coup un vieillard,
après avoir prononcé une harangue incomprise, at¬
tacha aux haubans du grand mât un rameau vert et
un morceau
d’étoffe blanche; c’était sans doute
un emblème de
paix, la branche d’olivier des an¬
ciens, car aussitôt, tous les sauvages crièrent : Taj-o,
tajo (ami, ami); l’équipage charmé répondit à
sontoür: Tajo, tajo, et la paix fut définitive.
une

Ces démonstrations amicales furent suivies natu¬

rellement d’une distribution de

verroterie, de

cou¬

qui furent reçus avec un éton¬
joyeux;'les naturels, amoncelés dans les
pirogues ou à la nage, semblaient indiquer qu’ils
connaissaient les besoins du bâtiment, en montrant
teaux, de miroirs,
nement

l’eau

dé

la

mer.

Ils montèrent Sans crainte

à

bord; mais leur foule s’étant accrue, au point de
devenir gênante, on les invita à quitter le bâtiment,
ce
qu’ils firent sans opposer de résistance ou téxnoigner de l’humeur.

,

�ÎLES MARQUISES

44

44, le Solide était entré-dans le port
Bios-, plus de cinq cents sau\ages. l’en¬
touraient, et le nombre s’augmentait de moment en
Le lendemain

Madré de

l’arriyée de nouveaux visiteurs de l’île
montrer des intentions hostiles,
cependant ils dérobaient, avec une grande effron¬
terie, tout ce qui leur tombait sous la tpaib* ha
mauvaise foi avait remplacé la loyauté des premiers
échanges, et il fut facile de remarquer que-les natu¬
rels de l’ile Dominica, étrangers à la baie, étaient
les plus turbulents. Un coup de canon à poudre, loip
de les effrayer, ne fit qu’exciter leur audace; alors
un coup de canon à boulet
fut tiré par-dessps
leurs têtes, contre les rochers du pivage. L’effet du
projectile les frappa un instant d’épouvante sans
cependant les faire fuir; ils- saisirent leurs armes,
moment, par

Dominica;

et

de

sans

lancèrent contre le navire des lances et des
coco.

Pour

réprimer enfin

ce

écales

désordre, le capi¬

paraître tout son équipage arnaé;
quelques coups de fiisils furent tirés en l’air, ne
voulant pas user de rigueur envers ces sauvages,

taine Marchand fit

qu’il considérait

comme

des enfants voulant battre des

conduite pleine d’humanité et
toute française, la paix ne fut point troublée, et les
échanges recommencèrent.
;
Des femmes, des jeunes filles, remarquables par
leur jeunesse et leurs formes gracieuses, se trou¬

hommes. Grâce à cette

grand nombre dans ja foule. Elles montè¬
hésitation; on en vit môme
pousser la confiance jusqu’à tenter de grimper dans
vaient

en

rent sur

le pont sans

�ou

NOqKA-HIVA.

les hunes par les enfléchures, et rivaliser
les jeunes marins qu’elles suivaient.

15

d’agilité

avec

débarquant à la tête de huit hommes armés.
sur le champ cçnduit à l’aiguade; les
indigènes se souvenaient d’y avoir vu faire l’eau du
navire de Cook, et ils y conduisirent de leur, propre
En

Marchand fut

mouvement

leur

nouveau

visiteur. A l’ombre d’un

bel.arbre, dans up enclos eqtouré de murs en pierre,
franchi par quelques hommes seulement, on lui

présenta un vieillard de petite stature, probablement
le chef de l’endroit auquel on donnait le nom de
Oloou; sans doute c’est le même dont Cook parle
sous

le

nom

de Hanoou. Ce vieillard était tout trem¬

blant; il offrit quatre cochons à Marchand, qui,
après avoir entendu Iq loiag discours qui accompa¬
gnait le présent, fît en retour une ample distribu¬
tion d’objets de peu de valeur.
Un

accidept vint troubler la bonne harmonie qui

régna les jours suivants , naais la mésintelligence ne
futpasdelonguedurée. Unmatelot, préposé à la garde
de l’aiguade où une partie de l’équipage faisait de
l’eau, fît partir involontairemefît l’espingole dont il
était armé : la balle cassale bras d’un jeune ipsulaire.
La foule, effrayée d’abord, se rassura bientôt, mais
elle disait tristement, en réponse aux discours
des Français : Tayo, tayo. Les explications données
pour faire copnaître que le mal était le résultat
d’un accident, parurent avoir été comprises; ce¬
pendant.ils répétaient souvent : Tayo eto, male elo,
Vous êtes nos amis, et vous nops tuez.

�ILES

Le

médecin Roblet

blessé ;
nieux.

il trouva sur
qui prouvait

MARQUISES

s’empressa d’aller panser le
la blessure un appareil ingé¬

que ces sauvages
accoutumés à traiter des fractures. Après

étaient

l’opé¬

ration, le malade, comblé de caresses et de ca¬
deaux oublia tout à fait le tort involontaire des
Français et ne leur témoigna aucun ressentiment.
,

Cependant la confiance du capitaine Marchand
guidé par plu¬
sieurs naturels dans une excursion qù’il faisait dans
l’intérieur, il n’eut d’abord qu’à se louer de leurs
soins; tous à l’envi lui donnaient le bras, le soute¬
naient et le portaient presque dans les pas difficiles :
néanmoins l’aspect de leur physionomie trahissait
un mauvais dessein. Le capitaine songea à retourner
sur ses pas, et dès lors ses conducteurs ne montrè¬
rent plus le même empressement à l’aider dans sa
marche, ils le laissaient surmonter tout seul les ob¬
stacles de la route ; bientôt ses soupçons se trouvè¬
rent confirmés. Il hâtait le pas, lorsqu’on lui enleva
son fusil. Il allait atteindre le voleur l’épée à la main^
lorsque les cris de soii domestique, assailli par cinq
ou six antagonistes, l’obligèrent à accourir à son
aide ; son approche mit en fuite les agresseurs.
La nouvelle de cette attaque était déjà parvenue
au rivage lorsque Marchand y arriva ; les naturels
effrayés fuyaient de toutes parts; ils craignaient
sans
doute de terribles représailles. On tâcha
de les rassurer, mais en môme temps on réclama
à un des chefs les objets volés. Celui-ci les rapporta
faillit ensuite lui devenir funeste :

�ou

17

NOÜRA-UIVA.

plus tard, et, montrant un casse-tête en
morceaux, il prétendit l’avoir brisé sur la tête des
coupables. Sans croire à son récit, on récompensa
effet

en

néanmoins

zèle simulé.

son

pouvant obtenir, dans ce mouillage, un nombre
suffisant de cochons, on alla, à l’imitation de Cook,
Ne

chercher dans les baies du sud de l’île. Cette
cherche fut fructueuse, et donna lieu d’examiner
en

sol

plus favorisé par la nature

Vaitahou.

que

'

re¬

un

celui du port

quitter définitivement cette île, les Fran¬
çais eurent cependant l’occasion d’éprouver le bon
caractère de ses habitants. Le 19 juin, ayant
Avant de

voulu faire uiie excursion dans l’anse du sud de leur

mouillage, ils tentèrent, à leur retour, de franchir un
mondrain qui sépare cette anse presque inhabitée
de l’anse du nord où se trouvait le
village et l’aiguade. Ils ne tardèrent pas à reconnaître qu’ils
avaient commis une imprudence; à mesure
qu’ils
s’élevaient

cette colline dont

la pente est

trèsdifficile, ils ne trouvaient plus, sur les bords escar¬
pés des rochers, que d’étroits sentiers, rendus glis¬
sants par la pluie ;
suspendus sur des pointes aiguës,
ils chancelaient; le bras de leurs
guides plus aguer¬
ris et plus robustes assurait seul leurs
pas incer¬
tains ; il eûtété facile alors de les
dépouiller de leurs
armes et des
objets qui excitent si vivement la con¬
voitise des
sauvages; mais, loin de là, leurs guides
ne

sur

cessèrent de les aider

port. On remarqua que

,

et les conduisirent à bon

le jeune homme blessé

par

�18

ÎLES MARQUISES

l’espingole, aidait, de sa main saine, la marche de
ceux dont l’imprudence avait failli lui être fatale.
Aussi, les Français s’éloignèrent en exprimant un
sentiment de réprobation contre les Espagnols qui
avaient, versé le sang de leurs hôtes, et qui les pour¬
suivaient à coups de fusils dans les bois.
Nous touchons enfin à la découverte de la partie
septentrionale de l’archipel ; une remarque, faite à
bord, y conduisit le Solide. On avait observé au
mouillage, par un temps clair, au coûcher du soleil,
une tache fixe qui présentait l’apparence d’un pic
élevé dans le N.-O. 1/4 O. L’air continuant à être
pur, on l’evit cette tache le lendemain matin, et dès
lors, on soupçomïa dans cette direction l’existenco
d’une tei're encoi’e inconnue. Parti le 20 juin, à midi,
de l’Ue Taouata, le capitaine Marchand eut la satis¬
faction de voir, le 21, au point du jour, tous les
doutes cesser, par l’apparition de la terre, et à dix
heures et demie, il se trouva à quatre milles de la
pointe la plus méridionale d’une île qui reçut le
nom de Marchand.
La côte se montrait ornée de
jolies anses sablonneuses, sur le contour desquelles
des bananiers, des cocotiers, l’arbre à pain, et divers
autres grands arbres, formaient des touffes ver¬
doyantes abritant les cases éparses des naturels.
Ceux-ci s’empressaient d’accourir au rivage pour
contempler de plus près la merveilleuse apparition
qui étonnait leurs yeux.
La narration des premiers visiteurs d’un pays
porte toujours l’empreinte de l’enthousiasme du mo-

�ou

naent; la

19

NOUKA-HIVA.

description de l’île Marchand

nous

paraît

avoir subi cette influence. Nous la donnons toutefois,

quoiqu’elle
pressions.
«

cette

»

dont

»
»
»
»
»
»

»
»
»
»
»

»
»
»
»

rende pas tout à fait

nos propres

im¬

L’aspect de l’île, dit le découvreur, est,'dans
partie, aussi agréable que varié. Des collines,

»

»

ne

verdure animée

les pentes

douces
des vallées ombragées par des
plantations diversifiées, plusieurs ruisseaux qu’on
distinguait du navire, et qui rendent à la terre,
desséchée par les feux du soleil, la fraîcheur et
l’humidité nécessaires à la reproduction des plantes; enfin une belle cascade, dont les eaux écumantes se précipitent dans un vallon, tous ces objets, réunis sur un petit espace, attiraient tour à
tour, et fixaient agréablement les regards. De
hautes montagnes, dont les sommets sont arides
et hachés, et qui doivent se refuser à tout
genre
de culture, occupent le centre de l’île; mais ces
montagnes cessent de paraître élevées, quand on
porte les yeux sur des pics de rochers nus et inaccessibles, dont les flèches aiguës semblent apparune

et les sommets ;

tenir à des clochers.

couvre

»

En continuant de ranger

la côte occidentale de
aperçut à midi une seconde pointe et une
ouverture qui semblait promettre un abri sûr et
commode ; le capitaine eh second Masse fut
envoyé
avec dix hommes
pour reconnaître cette baie, tandis
que le Solide louvoyait pour ne pas perdre sa posi¬

l’île,

tion.

on

�ÎLES MARQUISES

Sur

ces

brick ; un

entrefaites

une

pirogue s’approcha du

seul des trois insulaires qui la

montaient

fier aux signes d’amitié de l’équipage et se
hasarda dans les porte-haubans, mais aucune
osa se

déterminer à entrer dans le na¬
la surprise et la
les cadeaux qu’on lui fit furent reçus d’un

instance ne

put le

vire. Il semblait flotter entre
crainte ;

air indifférent ; sans

doute l’ensemble des choses

extraordinaires qu’il voyait absorbait toute son at¬
tention, les détails n’excitaient pas encore son admi¬
ration. Qu’on se figure, en effet, quelle dut être la

stupéfaction de ces hommes si peu
chelle des connaissances

élevés dans l’é¬

devant des prodiges d’in¬

dustrie; leur imagination

frappée dut

se trouver

éblouie par une magnificence et un pouvoir
elle n’avait aucune idée; c’est ainsi que les

dont

navi-

arabes retracent leurs impressions dans les
voyages merveilleux de Sindbad el Bahari.
Un mouvement précipité de l’équipage effraya ce
sauvage; il s’élança brusquement dans sa pirogue et
s’éloigna promptement. Dans l’après-midi d’autres
naturels s’approchèrent ; leur nombre les encouragea
sans doute à se confier aux étrangers, plusieurs d’en¬
tre eux montèrent sur le pont. Un miroir produisit
un singulier effet sur l’un d’eux; il se mit à rire aux
éclats en voyant son image. On jugea que les clous,
les couteaux et autres bagatelles qu’on leur distribua
gateui's

objets entièrement nouveaux pour eux,
et on en conjectura qu’ils n’avaient pas de relations
habituelles avec l’autre groupe, quoique peu éloigné.

étaient des

�ou

21

NOUKA-niVA.

L’enfoncement visité par

l’embarcation renferme

des deux ne parut propre
cinquante naturels environ
s’étaient rassemblés dans l’anse du nord; à l’appro¬
che du canot une pirogue se détacha du rivage et
(leux anses,

à abriter

vint à

un

mais

aucune

navire. Cent

sa rencontre.

Sur

son avant se

trouvait

une

espèce de siège sur lequel était assis le chef du lieu;

desquels il of¬
poisson et des coquilles polies d’huîtres per¬
lières. Le débarquement s’opéra sans difficulté, et
l’entrevue se termina paisiblement. Les indigènes
parurent moins bien faits que ceux de l’île Taouata
et surtout moins tatoués, mais on remarqua les
mêmes usages. Au premier abord les femmes par¬
tageant l’étonnement général, se tinrent à l’écart,
mais elles bannirent toute méfiance lorsque des
vieillards les prenant par la main les conduisi¬
rent auprès des étrangers. Cette baie hospitalière
il vint recevoir des cadeaux

en

retour

frit du

reçut le nom

de Bon^AccueU.

capitaine Marchand allait quitter cette île,
lorsque, à l’instar de ses devanciers, il voulut, par
un acte authentique, prendre possession de ces
terres découvertes par lui.
Dans ce but, il descendit dans la première anse
de la côte nord-ouest de l’île, située à peu de dis¬
tance de la partie septentrionale de la baie BonAccueil. Il prit terre sur une plate-forme de rochers
séparée delà côte par un petit bras de mer. Les natu¬
rels, assemblés sur le rivage au nombre de deux cents,
s’empressèrent de venir l’aider ainsi que ses gens à
Le

�ÎLES MARQUISES

22

parmi eux se trouvaient quelques
déjà familières et le chef qu’on avait vu la
veille; ce qui fit supposer que cette troupe provenait
de la haie déjà visitée, et qu’elle avait fait le tour
en suivant le bâtiment. L’aspect des lieux justifiait
cette conjecture : aucune case n’existait dans les en¬
virons, et ce point, dénué de verdure, ne présentait
qu’un sol stérile. On distribua quelques bagatelles à
ces insulaires, qui se pressaient sans confusion en
évitant de se rendre incommodes, et qui ne sem¬
blaient avoir d’autre désir que celui de satisfaire
leur curiosité. Ils donnèrent en retour divers objets,
tels que des lances, des éventails, des toulfes de plu¬
mes, etc. Une inscription portant le nom du navire
et du capitaine, sa nation et la date de la prise de
possession, fut ensuite clouée sur un arbre ; puis
trois copies de cette inscription furent renfermées
dans des bouteilles qui furent remises en dépôt, à un
chef, à un homme d’un âge mûr et à une jeune fille.
Par suite de cette bizarre combinaison, trois géné¬
rations étaient choisies pour conserver ce document,
fort probablement anéanti peu de temps après.
Cette prise de possession, qui reçoit aujourd’hui
une sanction inattendue, a cela de remarquable
qu’aucune effusion de sang ne l’a accompagnée.
Le régime français a tpujours été plein d’humanité
et de bienveillance : faisons des vœux pour qu’il
en soit toujours ainsi, quand même ce serait au

traverser

le canal ;

femmes

détriment de
Le groupe

ses

intérêts.

entier du nord, dont Marchand

com-

�ou

NOÜKA-HIVA.

23

pléta la découverte par celle des îles Masse, Chanal,
Baux, Solide et enfin les Deux-Frères, fut nommé
groupe delà Révolution; puis le capitaine s’éloigna
le 25 juin, ne songeant guère que, cinquante ans
plus tard, ses découvertes deviendraient une posses¬
sion française. A lui revient l’honneur d’aVoir donné
des documents importants sur des terres qu’il avait
découvertes simultanément avec le capitaine Ingraham que nous avons déjà mentionné, événement dont
la vanité américaine s’est emparée pour tenter de
dépouiller notre compatriote d’une gloire qui lui est
due.

des îles Marquises ne fut
complète qu’après le passage du Solide et celui du Hope,
navire d’Ingraham; ces terres conservèrent le nom
primitif imposé par Mendana (îles Marquises), que
ceux
qui les visitèrent ensuite étendirent au groupe
La découverte du groupe

entier.

Le lieutenant

Hergest, commandant le Dœdalus,
Marchand. Chargé de porter des
approvisionnements à l’expédition anglaise comman¬
dée par Vancouver, Hergest se trouva dans Une situa¬
tion très-épineuse, dès son entrée dans lé port de la
Madré deDios : le22mars 4792, il èut d’abord à lutter
succéda au capitaine

contre

de violentés raffales descendant dU haut des

collines dominant le

rivage, et le 25, son câble
ayant cassé sous l’impülsion violente d’un grain, il
fut entraîné hors du
mouillage. Dans Ce moment
même, un incendie sedéclara à bord; l’équipage eutà
lutter à la fois contre le feh

et

le mauvais temps; son

�24

ÎLES MARQUISES

sans doute à la pensée que la perte
du navire aurait aussi inévitablement compromis son

ardeur s’accrut

existence; il n’aurait trouvé qu’un refuge bien pré¬
caire parmi les tribus de l’île, dont les penchants nui¬
sibles n’étaient bridés que par l’aspect de la force.
Le soir, le navire anglais, après avoir échappé au
double danger couru dans la journée, fut entouré
d’une multitude de naturels qui ramassaient sur

l’eau les débris à moitié consumés des hamacs, pre¬
sources de l’incendie. Le lieutenant
Hergest

mières

débarqua ensuite avec le second et trois hommes,
pour reconnaître l’aiguade et s’approvisionner d’eau.
11 eut beaucoup de peine à prendre pied, à cause du
ressac, et, dès lepreraier abord, il put apprécier quel
eût été le sort de son équipage, si le navire avait péri.
Un grand nombre de naturels assemblés sur la plage,
voyant la faiblesse de ce détachement, volèrent sans
scrupule tout ce qu’ils purent atteindre ; il ne resta
môme plus un seul seau pour remplir les barriques
qu’on avait apportées. Un jeune matelot fut tellement
ému des espiègleries des naturels qu’il se prit à pleu¬
rer; Hergest le gourmandait et lui reprochait son
manque de fermeté, lorsque à son tour il fut en¬
touré et

son

fusil de chasse lui fut enlevé. Il

ne

plus qu’un mousquet dans l’embarcation :
prudence exigeait de patienter; aussi le lieute¬
nant anglais s’éloigna du rivage, tandis
que, pour
couronner leurs larcins, les
sauvages enlevaient le
grappin du canot.
La sûreté des Anglais demandait une
prompte rérestait
la

�ou

NOUKA-HIVA.

2S

pression de ces attentats. Voulant, toutefois, conci¬
lier l’humanité avec l’emploi de la force, Hergest di¬
rigea ses embarcations armées vers la côte, et fit
tirer des décharges de mousqueteriepar-dessus la tête
des naturels. Tous se sauvèrent, à l’exception d’un
seul homme qui eut la hardiesse de conserver son
poste, la fronde à la main, et qui ne cessa de lancer
des pierres inoffensives contre les assaillants. Son
courage inspira une admiration qui lui sauva la vie.
Quatre coups de canon tirés par-dessus le village
achevèrent de porter la terreur parmi les bandes
nombreuses qu’on voyait fuir dans les montagnes.
A la nuit, un naturel vint à la nage jeter sur le
Dœdalus un rameau vert enveloppé d’une étoffe
blanche : il réclamait la paix. Du reste, la peur
avait été plus grande que le mal, car le lieute¬
nant Hergest suppose que personne n’a été tué ou
blessé, à l’exception d’un seul individu atteint par
une

balle dans le mollet. Le 24 mars,

monie étant entièrement

la bonne har¬

rétablie, les indigènes ap¬
portèrent diverses provisions. Ils étaient plus tran¬
quilles, mais non moins voleurs ; bientôt leur nom¬
bre sur le navire devint si gênant, qu’il fallut les ex¬
pulser : un pavillon rouge, hissé en tête du mât, servit
à indiquer un tabou (1) qui arrêta les hommes seule¬
ment. Les femmes ne voulurent
point s’y astreindre :
ilfallut tirer des coups de fusil à poudre, pour engager
(1) Tabou signifie, dans le langage noukahivien, défense.
un objet est tabou, il est défendu d’y toucher.

Quand

�mmm

ÎLES MARQUISES

26

nombreuses naïades à regagner
avaient quittée à la nage.

ces

la côte qu’elles

employa-t-on des cadeaux et des pro¬
pour obtenir la restitution des objets volés
àl’aiguade, legrappin seul fut rapporté. Le 29 mars,
au moment d’appareiller, des chefs qui avaient reçu
divers dons pour rendre le fusil, se trouvant à bord,
on les saisit : l’un d’eux fut mis dans la grande cham¬
bre, sous la garde d’un factionnaire, et l’on déclara
qu’il partirait avec le navire si l’objet réclamé n’était
pas rapporté. Une demi-heure plus tard, une piro¬
gue portant des emblèmes de paix vint satisfaire aux
conditions imposées. Le prisonnier, rendu à la
liberté, laissa couler ses larmes en serrant dans ses
Vainement

messes

bras

son

libérateur. Tous deux reçurent de nouveaux

présents qui leur firent oublier leurs angoisses pas¬
sées. Hergest exprime une vive satisfaction d’avoir
quitté paisiblement ün port où des vols multipliés et
audacieux étaient toujours sur le point de faire naî¬
tre de graves querelles.
Ignorant la priorité de découverte des capitaines
Ingraham et Marchand, Hergest à son tour donna
des noms aux îles septentrionales de l’Archipel. En
passant devant la partie ouest de l’île qu’il nomma
îleTrevenen, il remarqua plusieurs anses, entre
autres une qu’il nomma Anse des Amis, en raison de
la visite de plus de cent insulaires qui accoururent
pour lui offrir des bananes et des cocos. Enfin il
prolongea la grande île Nouka-hiva( sir Henry Mar¬
tin ), depuis la pointe sud-est, qu’il nomma pojnte

�ou

27

NOUKA-HIVA.

jusqu’à l’extrémité la plus ouest. Il remar¬
aussi la baie du Comptroller, qui lui parut
former un port sûr et commode. Il leva le plan du
port Anna-Maria (Taio-hae). Ce havre présente tous
les avantages qu’on peut désirer dans une relâche.
Quinze • cents naturels ( nombre bien fort ), se
trouvaient assemblés sur le rivage et lui firent bon
Martin

,

qua

accueil.

Jusque-là, l’aspect de l’ile était celui d’une terre
très-peuplée; mais à mesure que les
Anglais avancèrent dans l’ouest, le rivage devint une
véritable côte de fer, sans anses, sans abris, dépour¬

très-cultivée et

vue

de verdure et de

fertilité, et

ne montrant

bitations, ni habitants.

Les deux îles Masse et Ghana!

leur donna le

apparurent

d’îles Roberts,

ni ha¬

bientôt;

après quoi on
débarqua. Entièrement inhabitées, ces îles offrirent
cependant un nombre considérable de noix de cocos,
précieux rafraîchissement pour l’équipage; cette
dernière station termina le séjour de cet officier dans
ce groupe ; il continua sa route vers les rives des îles
Sandwich, où, comme son illustre prédécesseur

on

nom

y

Cook, il devait trouver la mort ainsi que son compa¬

l’astronome Goocli.
retour de sa mission, le Dædalus
reparut,
au commenceinent du mois de février
4793, dans
le port Taio-hae, si favorablement décrit dans
le premier passage. Les relations avaient encore
débuté d’une façon tout amicale,
lorsqu’un matelot,
ayant été frappé par un naturel f tua d’un coup de
gnon,
Au

�ÎLES

â8

fusil
la

adversaire

son

mer.

MARQUISES

plongeait dans
population en rumeur,

au moment

Cet événement mit la

où il

grand nombre de pirogues de guerre s’assem¬
attaquèrent le navire à coups de pierres.
Le lieutenant Hanson, qui avait succédé à Hergest
au commandement du Dædalus, fut obligé d’aban¬
donner ce mouillage après un court séjour d’un jour

un

blèrent et

et

deux nuits. 11 alla chercher les raffraîchissements

dont il avait besoin à
se

des

mers

Nous
en

Taïti, île fortunée dont l’éloge
navigateurs

trouvait alors dans les récits de tous les

de l’océan Pacifique.
anticipé sur l’ordre chronologique

peu connues

avons

mentionnant le retour du Dædalus ;

commandant le navire du

commerce

Roberts

le Jefferson,

la seconde fois le pavillon amé¬
ricain dans ces parages. Le 25 juin 1792, suivant
Porter, au mois d’août, d’après M. La RochefoucauldLiancourt, le capitaine aborda sur l’île Taouata.
Son long séjour, le fait de la construction d’un petit
navire dans ces îles font regretter de n’avoir au¬
cune narration bien précise à consulter. Tout ce
vint montrer pour

que nous avons pu
suivants.

recueillir

se

résume aux faits

Roberts destiné à aller faire le trafic des four¬

d’Amérique, construisit,
dans le port Yaitahou où il séjourna pendant quatre
mois, un navire de quatre-vingt-dix tonneaux dont
il avait apporté avec lui les principaux membres.
Il vécut longtemps en bonne intelligence avec les
naturels; seulement un jour il fut obligé de dérures sur

la côte N.-O.

5

�ou

29

NOUKA-HIVA.

petit na\ire à moitié construit dont
s’emparer. A la tête des trente-six
hommes qui composaient son équipage, il fit feu
sur
ses ennemis, en tua plusieurs, en blessa
beaucoup d’autres, et les mit tous en déroute.
Le lendemain ils vinrent demander la paix et
lui apportèrent leurs blessés à panser; peut-être

fendre

son

ils voulaient

le souvenir du

pansement opéré par le

chirurgien

du Solide, avait-il engagé les naturels à cette
dernière démarche, si toutefois la véracité du

capitaine américain est admise, car plus
que tout autre, les voyageurs de cette nation sont
enclins à donner un trop libre cours à leur ima¬
gination.
Une autre fois, une vingtaine de pirogues de
vingt-dix pieds de long vinrent d’une île voisine
(Hiva-oa sans doute) avec le projet de prendre le
Jefferson. Quelques coups de canons chargés à mi¬
traille dissipèrent cette flottille, une pirogue fut

récit du

brisée, et les autres se retirèrent promptement
pour ne plus reparaître.
En quittant l’île Taouata Roberts fit voile avec
deux navires

ses
sa

route

pour les îles Sandwich ; sur
il reconnut les îles c{ue son compatriote,

Ingraham, n’avait fait qu’apercevoir. Le capi¬

taine Roberts

se

crut

donc le droit de

nommer

qu’il voyait de plus près que son pré¬
décesseur, et il leur imposa le nom d’Archipel
Washington.
A son retour le
Jefferson déposa surNouka-Hiva un

ces

terres

�Iles marquises

30

qu’il avait pris au port Vaitahou et qui
originaire d’une île du nord de l’Archipel.
Les noms indigènes donnés par Roberts sont d’ail¬
leurs excessivement incorrects, peut-être ont-ils été
altérés en passant sous la plume de l’auteur déjà cité
qui relate ce voyage.
Quoi qu’il en soit, le Jefferson fut le quatrième
navire qui crut découvrir les îles septentrionales
des Marquises. Ingraham et Marchand presque si¬
multanément en 1794, Hergest ensuite, puis Ro¬
berts tous quatre imposèrent des noms à ces terres,
qui fort heureusement en ont de plus authentiques
donnés par leurs habitants, ce qui tranche toute
vieillard
était

,

difficulté.

époque, ce point du globe commençait
déjà à être fréquenté par divers navires; on pent
mentionner au mois de mars 1792, le Prince Wil¬
liam Henry, dont la navigation offre un exemple
de célérité remarquable, ce navire n’ayant mis que
quatre mois pour se rendre d’Angleterre aux îles
Sandwich, après avoir touché à Taïti et à Taouata.
Ce dernier passage fut même effectué en courant di¬
rectement au N.-E., route praticable, mais qu’on
ignorait alors, personne ne l’ayant encore tentée.
Nous ne ferons que eiter non plus le Buttenuortli,
capitaine Brown, qui, en compagnie de deux petits
bâtiments, visita aussi l’île Taouata, et y fit une
station de deux jours. Ces deux navires qui, du
reste, ne rappellent aueun événement digne d’inté¬
rêt dont les îles Marquises aient été le théâtre, furent
A cette

,

�00

NOOKA-HIVA.

3i

qui visitèrent cet archipel avant l’appa¬
anglais dans l’Océanie.
Le 24 septembre 1796, le navire le Duff, com¬
mandé par Wilson , quitta là rade de Portsmouth
pour se diriger dans les mers du Sud. La société des
missions faisait tous les frais de cette expédition, des¬
tinée à porter trente missionnaires protestants sur
les différents groupes de l’Océanie. Plusieurs de ces
apôtres évangéliques étaient mariés, et leurs femmes
les suivaient dans un exil qui devait durer toute
des derniers

rition des missionnaires

,

la vie.

grand dévouement pour leur religion,
qui abandonnaient à jamais la
terre natale pour aller prêcher la parole de l’Évan¬
gile au milieu de ces populations sauvages, dont
les mœurs n’étaient guère eneourageantes. Il est
vrai que ces hommes, d’abord artisans avant de
prendre la robe évangélique, étaient peu fortu¬
nés, et ils avaient peut-être à gagner dans ce pè¬
lerinage. A voir la manière dont, aujourd’hui, ils
exploitent les populations conquises par leurs pa¬
roles
on serait tenté de croire qu’ils n’avaient
Il fallait

à

ces

un

ministres

,

entièrement oublié les intérêts matériels de ce
monde, lorsqu’ils allaient prêcher à ces malheureux
sauvages les peines et les récompenses promises dans

pas

la vie éternelle
Ce fut le 5

juin 1797 que le Duff atterrit dans le
port de la Vaitahou. Une seule pirogue vint à sa
rencontre, un des deux naturels qui la conduisaient
grimpa lestement à bord, à faide d’une corde qu’on

�ÎLES MARQUISES

32

entièrement nu, était
noirs, qu’ils cachaient
presque la couleur de sa peau. Son compagnon le
suivit bientôt, et tous deux donnèrent pour le lou¬
voyage à l’entrée du port, des conseils qui indiquaient

jeta ; cet homme, presque
tellement couvert de tatouages

lui

nautiques assez étendues. Sur ces
entrefaites, la pirogue qu’on avait prise à la remorque
des connaissances

propriétaires ne firent qu’une médiocre
absorbés qu’ils étaient par
les manœuvres du bâtiment. Des rafiales impétueu¬
ses
descendant des hautes montagnes de l’île, ren¬
dirent difficile l’approche du mouillage, et ce ne fut
qu’à la nuit qu’on put laisser tomber l’ancre.
Déjà cependant les habitants connaissaientl’arrivée
du navire; au milieu de l’obscurité deux femmes s’ap¬
prochèrent à la nage du vaisseau, et demandèrent
d’y être admises. Pendant une demi-heure, elles ne
cessèrent de crier: Wahine, Wahine ( nous sommes
des femmes) ; puis, désespérant de se faire accueillir,
ces malheureuses créatures reprirent le chemin de
la plage, bieil étonnées probablement, de la dureté
de ces étrangers, dont la conduite était si dilférente
de celle de leurs devanciers. Au jour, sept femmes
vinrent encore à la nage crier autour du navire :
Wahine, PFaliine^ mais ce fut en vain, on n’admit
que la fille d’un chef présent sur le pont. Cette
jeune et jolie personne à peau jaune, avait les
joues colorées par le violent exercice qu’elle venait
de prendre ; la symétrie de ses membres, la beauté
de son corps en eussent fait un beau modèle pour

se

brisa,

ses

attention à cet accident,

,

�ou

ÎnTOUKA-IIIVA.

33

sculpteurs et les peintres. Une simple ceinture de
son
unique vêtement; déjà, les chè¬
vres du bâtiment l’en avaient
presque dépouillée,
lorsqu’une Taïtienne, venue à la suite des missionnai¬
res, la prit en pitié et lui donna des effets pour se cou¬
les

feuilles formait

vrir. Dans
bien

ce

costume, la jeune Noukahivienne était

plus attrayante que sa charitable compagne.

Le chef de la

baie, nommé Tenaï, était le fils aîné

de Honoou, connu par Cook; il vint à bord dans
assez belle
pirogue, et offrit au
orné à

son

capitaine

un

extrémité d’une touffe de cheveux.

une

bâton

Voyant
fusil, dont il avait sans doute pu apprécier les
terribles effets, il pria qu’on fît dormir cette
arme,
expression naïve et toute naturelle. Le son d’une
cloche l’étonna beaucoup : « Il était
triste, dit Wilson,
devoir un homme, qui avait toute la
dignité d’un
chef et d’un père, ému par un bruit si
peu digne d’attention ; cette infériorité d’intelligence fàisait mal à voir chez un être
qui pouvait, avec de
» faibles
études, sortir de cet état de dégradation. »
Du reste les parents de ce chef et tous les
sauvages
présents parurent avoir l’air pensif aux yeux des
missionnaires, quoiqu’ils éclatassent de rire, et qu’ils
parlassent avec une grande volubilité par moments.
Ils demandaient surtout des vivres
qu’ils mangeaient
un

»

»
»

»

avec

avidité.

Malgré la décence rigide qui régnait.sur la nef évan¬
gélique j on toléra cependant que les matelots profitas¬

sent

de la bonne volonté des femmes à les aider dans

leurs travaux;

c’était

un

curieux spectacle de voir ces
3

�ÎLES MAHQUrSES

34

rudes marins recevoir des

mains des jeunes fdles

entouraient les instruments

les

qui

de leur travail,

pleins de goudron, les pclottes de bitord et
épissoirs. — Bientôt les naturels cédant à leur
penchant pour le vol, dépouillèrent l’équipage de
presque tous les menus objets qu’il possédait j
les

seaux

les

matelots organisèrenit un sys¬
qui eut un plein succès.

pour y obvier, les
tème de précautions
Chacun d’eux fit

choix d’un ami, d’un Tarjo-

dévoue

auquel il confiait ses instruments de travail, mais
en même temps, ils le rendaient responsable de

voyait tous ces bénévoles
assistants porter suspendu à leur cou le couteau de
leur ami,, ou tenir leur mailloche à fom’rer,, et les

leur

con^rvation

suivre dans tous

j

on

leurs mouvements j

eependiant le-

penchant inné des indigènes pour le vol,, penchant
bien excusable lorsqu’on considère les tentations
qu’ils devaient éprouver, amena une scène touchante.
Plusieurs objets ayant été dérobés avec une grande
audace, un des coupables fut saisi et attaché. On lui
fit croire qu’on allait le tuer avec un fusil. A cette
menace, tous les naturels sautèrent à la. mer dans uir
désordre complet, et peu d’instants après un sauvage
arriva en toute hâte, offrant deux cochons placés anfond de sa pirogue , pour obtenir la libératihn de so®
père, qui était le voleur. Ce petit drame se: dénoua
comme celui qui avait eu lieu à bord du Dædeilus.
On refusa de recevoir les cochons, mais on délivra le
coupable-jle père et le fils s’embrassèrent tendrement
puis ils se retu’èrent,j laissant les européens; profon-

�ou

35

NOüKA-HIVAi

dément émus de là scène

qui venait de

leurs yeux.
Le but de la mission fut

se passer

sous

communiqué au chef
qui consentit immédiatement à recevoir deux
missionnaires; il leur céda une case et un terrain
pour leur demeure. On connaît trop l’histoire du
missionnaire Harris pour la répéter idi (4). La disso¬
lution de ce peuple effraya ses chastes habitudesi Ce
motif quij dit Wilson^ aurait dû l’encourager à tenter
plus que jamais une conversion utile, engagea cette
âme timorée à s’éloigner avec fe Duff qui l’avait
Tenaï ■,

amènéi Le missionnaire Crook resta seul dans les

Marquises pour poursuivre l’œuVre qu’il devait
accomplir avec son collègue Harris. Mais^ après un
an de séjour^ Toyant tous ses efforts infructueux^ il
îles

dut à son tour abandonner cés lieux où il

ne com¬

ptait

pas encore de
Voici comment le

prosélytes.
capitaine Fanning rend compte
de cette circonstance! Le 22 rnai 1798j.il se trouvait
aVec le brick la Betsey qu’il commandait, sur la
côte de l’île Taouata; déjà diverses pirogues l’avaient
accosté, et avaient engagé avec instances le capitaine
à venir au mouillage ; il le désirait aussi j mais il hé¬
sitait j ne connaissant en aucune façon les ports de
l’îlei De violentes averses de pluie étant survenues, le
navire fut abandonné en

breux
une

un

clin d’œil par ses nom¬

visiteurs, et, aussitôt après leur départ, on vit
petite pirogue, montée seulement par deux indivi-

�ÎLES MARQUISES

36

rapidement; on l’attendit, et ce fut
avec un profond étonnement qu’on
entendit un
homme, nu comme les indigènes, presque aussi co¬
loré qu’eux, s’écrier: « Monsieur, je suis un Anglais,
et je viens me confier à vous pour me sauver la vie, »
dus, s’avancer

Cet homme

si semblable à un sauvage,

c’était le

Pascoe-Crook. A peine élait-il
arrivé sur le pont du navire que, cédant à son émo¬
révéï’end 'William

tion, il inclina sa tète pour remercier la Providence
du secours qu’il recevait ; revenant à lui, il déclina

qualité de missionnaire et raconta que, depuis
plusieurs semaines, les dispositions des naturels à
son égard étaient de la nature la plus alarmante.
Deux fois il n’avait dû la vie qu’à l’intervention du
sa

chef qui
sans

l’avait accompagné à bord ; sans lui il aurait
depuis longtemps tué et probablement

doute été

dévoré.

désignait pour son persécuteur
un italien, déserteur d’un navire de commerce qui
avait relâché sur l’île peu de temps après le
départ du Du/f. Cet homme astucieux et perfide,
avait emporté avec lui un fusil, de la poudre
et un certain nombre de balles.
A l’aide de
cette arme il avait acquis une grande influence
sur l’esprit des chefs; il les excitait à combattre
pour augmenter son crédit, et ce fut sur sa
proposition qu’une guerre atroce et impitoyable
fut faite aux habitants de Hiva-oa. A la fin de
Le

cette

révérend Crook

guerre,

l’Italien fit attaquer une tribu située
Il était venu jouer en quelque

dans l’ilemême.

�ou

37

NOUKA-niYA.

excitant les
indigènes déjà si enclins au mal à commettre les
actes les plus barbares. C’est en vain que le mis¬
sionnaire voulut s’opposer à de pareilles calamimités, son opposition ne servit qu’à lui susciter de
nombreux ennemis, dont les embûches menaçaient à
chaque instant sa vie. L’Italien cherchait d’autant
plus à le faire massacrer que sa provision de poudre
tirait à sa fin, et avec elle il voyait sa supériorité lui
échapper. Pour renouveler ses munitions, il avait
formé le projet d’enlever, avec l’aide des naturels,
le premier navire qui serait venu relâcher dans ces
sorte

le rôle d’un mauvais

îles.

Aucun

crime

ne

génie,

en

répugnait à ce misérable ; il n’a¬

qu’une seule appréhension, celle de voir ses
plans déjoués par M. Crook : cette crainte le pous¬
sait vivement à consommer son attentat le plus tôt
possible. L’arrivée de/a Betseij, faible bâtiment do
cent tonneaux, secondait les desseins des conspira¬
vait

teurs.

Le missionnaire aurait

inévitablement été massa¬

ennemis, sans la protection du chef
auprès duquel il avait trouvé un refuge ; toutefois
défense lui fut faite de quitter le rivage, tous ses
mouvements furent surveillés, et il désespérait pres¬
que de pouvoir avertir à temps le capitaine Fanning
du complot qui se tramait contre lui, lorsque , à la
faveur de la pluie qui le cachait aux yeux des naturels,
il put accoster laBetsey. L’insistance des deux chefs à
vaincre l’hésitation du capitaine à aller au mouillage.
cré par ses

�ÎLES MARQUISES

38

apparut

alors sous un nouveau jour,

Tontes jes 40«

monstrations amicales qu’on avait interprétées gi
favorablement devaient ôter, toute ni éfianpe aqx Epro?

péens.
Le plan de l’attaque était connu î en devait peU’dant la nuit attacher une corde au navire, tandis
qu’un plongeur aurait coupé sans bruit les cables
qui le tenaient au fond; la foule rassemblée sur le
rivage aurait alors, insensiblement, tiré à elle la
corde tendue, jusqu’à ce que le navire eût été
échoué. Dans cette position critique, l’équipage n’au¬

redoutés, et tout entier
des assaillants, dirigés
par un homme civilisé, plus barbare que les sau¬
vages euxrmêmes. Pour effacer toute trace dp cet
acte de piraterie, l’Italien avait déteruiioé les chefs
à n’accorder aucun quartier et à brûler le navire

rait pu se servir des canons
il aurait péri sous les coups

après le pillage.
capitaine Fanning n’èut plus la moindre envie
de séjourner dans un port de cette île ; le récit du
missionnaire avait éveillé toutes ses appréhensions.

sitôt

Le

de nombreux présents, la belle
conduite du chef qui avait amené iVI, Gropk, peut:*
être au péril de sa vie. La séparation dp ces deux
hommes, si éloignés par les connaissances, si ppès
par les sentiments d’une profonde amitié, fqt tour
chante. Le chef partit en priant son ami de revenir
un jour lui donner le bonheur de le revoir, et promît
d’avertir tout navire qui passeraità sa portée du danger
qu’il courrait en abordant sur cette côte inhospitar
Il reconnut, par

�Hère, En parlant,
désir de revoir son

il témoigna plusieurs fois le
protégé. L’affection de ce sau¬

vage ne le cédait en-rien
éducation plus raffinée.
Heureux

le

39

NOUKA-HIYA.

ou

à celle des hommes d’une

d’avoir échappé à un

danger imminent,

capitaine Fanning se dirigea, d’après les

tions de

son

passager, vers

Il arriva le lendemain, devant
Un grand nombre de

indica¬

les îles nord du groupe.
Houa-pooiu

,

pirogues l’entourèrent pendant

qu’il y cherchait un lieu sûr d’ancrage; un canot fut
envoyé sonder; mais bientôt M. Crook entendit dans
la foule de sinistres paroles. Les sauvages, jetant un
regard de convoitise sur le bâtiment, rêvaient aussi
le meurtre et le pillage ; ils groupèrent bientôt leurs
pirogues entre la Betsey et son embarcation. Heu¬
reusement on avait compris leurs discours : un coup
de fusil fut tiré en l’air, les canons furent poussés
aux sabords et les sabres reluirent hors du fourreau.
Cet appareil intimida les sauvages ; en voyant l’ex¬
plosion du fusil et le chatoiement des armes blanches,
ils s’étaient écriés

; «

Ce bâtiment vient des nuages,

il porte la foudre avec lui ; ses armes proviennent
du soleil, elles brillent comme lui. » Cependant ils

répondu à cette démonstration par de lon¬
gues clameurs et le bruit de leurs conques de guerre ;

avaient

il fallut
une

une

exhortation de M. Crook pour

collision

sanglante.

empêcher

mai, la Betsey arriva sans encombre dans
une baie'qui doit être celle de Taio-hae (ou AnnaMar ja d’Hergest), Des relations tellement amicales
Le 25

�ÎLES MARQUISES

pendant la relâche, qui se prolongea jus¬
qu’au 30 du même mois, que M. Crook, malgré ses
précédentes épreuves, demanda à rester dans celte
île pour continuer l’œuvre de son ministère. Le ca¬
pitaine Fanning, admirant le dévouement de cet
homme à peine sorti de périls imminents, ne voulut
pas le laisser débarquer sans lui donner tous les
objets dont il pouvait disposer, c’est-à-dire quelques
s’établirent

effets et

un

fusil de chasse.

Cette tentative du saint, homme

ne

fut pas

plus

heureuse que la précédente ; la persévérance du ré¬
vérend Crook n’aboutit à rien' : il fut obligé d’aban¬

donner aussi cette île , et,

profitant d’un navire qui
à Port-Jackson et y ré¬
fixer à Taïti, ou il se

passa plus tard, il se rendit
sida longtemps avant de se
trouve établi encore

Pendant que

maintenant.

la France débutait dans là glorieuse
qu’elle a soutenue si longtemps contre l’Europe
entière, une expédition scientifique russe parcourait
l’océan Pacifique. Krusenstern, navigateur dont le
nom est devenu une autorité dans le monde
géogra¬
phique, eut connaissance de l’île Fetou-houkou, le
6 mai 1804, au point du jour.
A cinq heures du soir, Nouka-Hiva trahit ses for¬
mes sous
l’enveloppe de brume qui la voilait, et le
lendemain, dans la matinée, une pirogue amena un
Anglais qui résidait dans ces îles depuis neuf ans, et
qui provenait d’un navire de commerce dont l’équi¬
page s’était révolté. Roberts, c’est le nom de cet An¬
glais tout en offrant ses services au commandant
lutte

,

�ou

44

NOUKA-inVA.

s’empressa de l’engager à se méfier d’un
Français, déserteur d’un navire anglais, qui demeu¬
rait aussi dans ces îles depuis plusieurs années» Il le
dépeignit comme un ennemi cruel, saisissant toutes
les occasions pour le noircir aux
yeux des chefs, et
qui avait même plusieurs fois attenté à sa vie. Ici,
encore, ajouté Krusenstern, apparaît la haine innée
entre les deux nations ; leurs dissensions troublent
la paix du monde civilisé, et môme les habitans de
ces îles récemment découvertes
éprouvent l’influence
de leur rivalité sans en.connaître la cause, tandis
qu’il semblerait qu’au milieu d’un peuple dont le
mode d’existence est si cruel, le seul instinct de leur
russe,

conservation aurait dû faire naître

entre

une

étroite union

deux hommes civilisés.

Dans le port

Taio-hae, choisi par Krusenstern
pour y abriter son navire, plusieurs centaines de
naturels vinrent offrir des fruits qu’ils
contre

des

d’enfants

morceaux

échangèrent

de fer. Ils manifestaient une joie

recevant ce métal

précieux pour eux, et
montraient, avec un air de triomphe et de longs éclats
de rire, leurs richesses nouvellement
acquises, à leurs
compagnons moins fortunés. Cette expression de
plaisir prenait sans doute naissance dans le peu d’oc¬
casions qu’ils avaient encore eues de se
procurer ces
objets de l’industrie européenne; Roberts assura que,
dans l’espace de sept ans, deux
petits navires amé¬
en

ricains avaient seuls relâché dans

ce

port.

Tapega Keatanoui, chef de l’endroit, fût seul

admis avec

sa

famille dans l’intérieur du navire

russe

�ÎLES MARQUISES

42

parties
parties de
tête qui étaient rasées ; ces dessins formaient la
seule distinction apparente de ce chef, dont la puis¬
sance paraissait bien précaire sur ses .sujets.

Nadeshda 5 un tatouage noir couvrait toutes les
de son corps et s’étendait même jusqu’aux
sa

Le navire

avait été rendu mêou pour tous

les

na--

coucher du soleil, tous les hommes, sans
exception, gagnèrent leurs demeures, mais une
centaine de femmes persistèrent à demander l’hospi¬
talité ; pendant cinq heureselles n’avaient cessé de
turels 5 au

leur accordât l’objet de

nager, en implorant qu’on,
leurs désirs. A la fin, Krusenstern,

touché

par

les

prières de ces pauvres créatures, leva la consigne
qu’il avait imposée.
Le lendemain
une visite officielle fut faite au
chef, un détachement armé accompagna les officiers ;
la foule, assemblée sur le rivage, conserva une tran¬
quillité et un ordre d'autant plus remarquables,
qu’aucun chef ne s’interposait pour les maintenir.
A quelque distance de la case royale, l’oncle de
Keatanpui, qui était aussi son beau-père, reçut les
,

étrangers. C’était un vieillard, d’environ soixantequiuïê ans, dont la contenance indiquait encore le

guerrier de l’âge viril, 11 tenait un long
bâton, avec lequel il tâchait en vain d’écarter la
foule, tandis qu’il conduisait Krusenstern par la
main auprès de la femme du chef, entourée d’un
cercle de ses parentes: .Keatânoui fit aussitôt son en¬
trée, et reçut les visiteurs avec, aniitié.
Assis au TOÎlieu des femmes, l’amiral russe eut
vaillant

�ou

NûüKA-HIVà.

43

beaucoup de peine à satisfaire leur euripsité?
Toutes examinaient, touchaient, retouruaippl ges
broderies, son chapeau, ses habits; parmi elle§ la
fille du chef, jeune femme d’environ vipgtTquatre
ans, et sa belle fille plus jeune encore, uvaiept uue

qui n’eût pas été disputée même en Europe,
tatouée, ce qui imi-^
tait assez bien ces gants de soie que les femmes
portaient autrefois.
Un malentendu vint dans la suite troubler la pai¬
sible conduite des naturels. Un bruit répandu sans
motif fit croire aux indigènes que leur chef avait
été mis aux fers à bord de la Nacleslidai ils s’armè¬
rent, et, sans l’intervention de Roberts, ils se seraient
emparés d’un canot de la Neva (second navire dé
l’expédition), qui était arrivée depuis deux jours,
Une nouvelle visite à Keatanpui eut lieu pour fie motif
et dès lors toute crainte fut dissipée.
Avant de quitterhlouka-Hiva, Krusenstern alla faire
une visite dans une baie à cinq milles dans l’ouest
de celle de Taio-hae ; l’aspect pittoresque de ce
bassin parfaitement abrité rendit cette course fart
agréable. De nombreux ruisseaux, un aporage tpD
lement sûr qu’un navire pourrait parfaitement s’y
réparer, devraient d’après Krusenstern faire donner
la préférence à ce port sur celui de Taiq t bae,
Une disposition particulière du terrain met à l'abri
des attaques inattendues des naturels et donne toute
facilité pour l’établissement d’un hôpital à (erre j le
pays aussi est plus beau et plus fertile, les coehons
beauté
La

moitié de leurs bras était

�ILES

MARQUISES

plus abondants et même les
attrayants.

habitants parurent plus

Quelques officiers revinrent par terre

à travers

dont les vues agrestes compensèrent
la fatigue de la route ; Roberts conduisait ces mes¬
sieurs, qui reçurent partout sur leur route un ac¬
cueil amical de la part des habitants. Cette ex¬
cursion termina le 'séjour de l’expédition russe ; le
47 mai elle appareilla ; mais loin d’avoir conçu
comme les anciens navigateurs une idée favorable
de ces sauvages, Krusenstern les représente comme
des êtres perfides et féroces, dans la dégradation
morale la plus complète; il leur donne le nom
de sauvages comme étant le titre qui représente
l’homme dans la plus basse condition, celle qui le
met à peine au-dessus de la brute.
Les guerres de l’empire, qui jusqu’en 4815 ébranJèrent toute l’Europe et absorbèrent tous ses efforts,
eurent du retentissement jusque sur les lointains
rivages du groupe des îles Marquises.
Le but du capitaine Porter était de mettre en
sûreté les prises qu’il avait faites sur les Anglais et
de procurer quelques repos à son équipage, lorsque
le 23 octobre 4813 il vint former un établissement
temporaire dans la baie Taio-hae. Les vaisseaux
(Essex et tEssex-Junior commandées par le ca¬
pitaine américain, ses nombreuses prises, les forces
imposantes qui composaient les équipages ne lais¬
saient rien à redouter de la part des naturels, mais
les montagnes,

la division de Porter avait besoin de

réparations : elle

�ou

devait

'nouka-uiva.

45

prémunir contre toute aggression inopinée

se

de la part des Anglais, et sous ce rapport, l’île NoukaHiva servait admirablement les projets du capitaine..
Le secret de

sa

relâche et l’excellent abri

qu’offrait

la baie Taio-hae donnaient toute la

sécurité désira¬

ble pour ces opérations.
Keatanoui vivait encore,

ce

mais

n’était déjà

plus le chef robuste dé Krusènstern : l’homme
dans toute sa vigueur était devenu un vieillard

débile.

Il

accueillit

assez

bien les Américains.

agir autrement? La force était là, et
imposante. Autour de lui se groupait
une nombreuse famille, parmi laquelle Patini, sa
fdle, apparaissait plus belle et plus majestueuse que

Pouvait-il
une

ses

force

compagnes.

Elle reçut les avances de Porter avec une
teur et une

hère de

sa

hau¬

dignité qui l’étonnèrent; elle semblait

beauté et de

sa

naissance. Toutefois,

plus tard, elle donna la preuve que'son cœur

insensible.
Européens se trouvaient sur les lieux; deux
d’entre eux s’y étaient établis pour récolter du bois
de sandal, marchandise précieuse sur les marchés
chinois; le troisième était un maraudeur anglais,
qui inspira d’abord de la méliance, mais qui finit
par être employé en qualité d’interprète dans les
n’était

Trois

pas

relations

avec

les Noukahiviens. Par son entremise,

expliqua ses intentions ‘d’établir une
espèce de camp à terre sur un point éloigné du vil¬
lage, et déclara qu’il considérerait comme un ennemi
Porter leur

�iLÈS mArqüisks

46

qui se présenterait en armes devant
lui. Ces premières dispositions eurent promptement
leur êffet^ une ligne de démarcation fut établié^
puis un atelier fut improvisé à terre, et sur-le-champ
les voiles des bâtiments y furent envoyées pour être
réparées.
Sur ces entrefaites, Porter apprit que la guerre
était déclarée ëntr'è les Taïs, nom collectif des habi-‘
tânts de cette valléeet les Happas, tribu voisinej
cette circonstance pouvait amener des débats dan¬
gereux dans lé voisinage dés Américains^ Pour y
obvier j le Capitaine profita de la présence de quel¬
ques gtieTrierS Happas qui, efi raison de leurs liai¬
sons de famille avaient la liberté de circuler libre¬
ment entre les deux partis belligérants, pour faire
signifier à leur tribu de cesser la guerre immédiate¬
ment et pendant tout le temps de la présence de
la division sur la rade ^ sous peine d’être punis sévèrementf En outré, le capitaine les engagea à venir
faire, à bord des navires, des échanges de cochons
et de fruits,- dont les équipages avaient grand besoin.
On leur garantissait en même temps toute sécurité
dans leur Voyage aux vaisseaux j et on promettait de
maintenir l’ordre parmi les Tais pendant leur pré-*
sence, s’il en était besoin.
tout îridividu

Keatanoui

se

trouvait dans ce moment dans une

espèce de fort bâti sur le sommet de la montagne qui
sépare les deux tribus; à son retour, il accabla Por¬
ter de témoignages d’amitié. Il changea de nom
avec lui, et insista pour qu’il l’aidât dans sa guerre

�OD

.NOliKA-lilVA.

41

Puis voyant cfiie toutes seS
pouvaient vaincre
la résistance de son ami, il s’écria en s’adressant à
Porter, i « Mais les Happas ont maudit les cendres
de ma mère; tu es Keatanoüi inaintenant^ c’est
conirc

les Happas.....

instances étaient inutiles et ne

donc aussi ta mère !

»

•Cependant, dès le lendemain-, les Happas, peu
d’obtempérer aux désirs qu’on leur avait
exprimés, descendirent,des montagnes et ravagèrent
les arbres à pain. Ils en avaient déjà détruit environ
deux cents, lorsqu’on leur envoya urï messager;
message et messager furent fort mal reçus par lesguerriers Happas. «Malgré les menaces desétr'angers,
dirent-ils,. nous avons ravagé les possessienè de nos
ennemis, les étrangers n’ont pas osé nous attaquer ÿ
ils ont peur, bientôt nous vjendirons nous emparer de
leur camp et des objets qu’il renferme. »'
La tournure qu’avaient prise les événements exi¬
geait des précautions extraordinaires; aussi chaque
soir, le quart des équipages descendit à terre en
armes pour veiller à la sûreté dit camp.
Tous les matins les jours suivants, les Happas
prov^oquaient les. Américains du haut des sommets
limitrophes des deux vallées. Les Taïs eômmencèrent
àdouter du pouvoir de Porter en voyant son inaction
après les injonctions quHl avait faites; il devenait
nécessaire de prouver qu’il pouvait punir comme il
soucieux

,

l’avait avancé.

Mouina, principal guerrier des Taïs,

instamment à voit les elfets

tant

demandait

vawtés désarmés à

�ILES

MARQUISES

feu; ou résolut de le satisfaire. Un. arbre voisin fut
choisi pour but, et bientôt les morceaux de son
écorce volèrent en éclats. Quelques guerriers Happas
assistaient aussi à

expéi’ience, mais rien ne put
lorsque les Américains,
essayant encore les voies de la conciliation pour faire
cesser la guerre, leur dirent que ce serait folie de
leur part de vouloir affronter de pareilles armes,
tandis que la paix serait faite s’ils voulaient aban¬
donner les crêtes des monts voisins, ils répondirent
avec hauteur, que les fusils ne sauraient
effrayer les
belliqueux Happas.
Dés lors la guerre était devenue inévitable, les
Américains s’y préparèrent. Bientôt un canon fut dé¬
barqué, et après en avoir fait l’essai devant les Taïs,
on leur
proposa de le porter sur un point culminant
pour déloger leuts ennemis des hauteurs. Trans¬
portés de joie, ces hommes bondissent aussitôt, em¬
brassent le canon, comme s’il pouvait sentir leurs
caresses, puis, poussés par l’instinct de la haine, ils
se rassemblent, le soulèvent, et contre toute attente,
le transportent sur un pilon presque inaccessible;
précipices, escarpements, murs taillés à pic, rien
ne peut arrêter leurs efforts. Il y avait une œuvre de
destruction à accomplir et, dans ces cas, les forces
humaines triomphent des plus grands obstacles. En
visitant les lieux plus tard, les Américains ne
purent réprimer leur étonnement; la position leur
paraissait déjà inaccessible à des hommes seuls, et,
à bien plus forte raison, impraticable à ceux qui
cette

ébranler leur courage, et

�ou

49

NOUKA-HIVA.

chargés d’un pareil fardeau. Jls n’auraient
à la réussite d’une pareille entreprise, direntils, s’ils ne l’avaientpas vue.
Lb moment d’agir était enfin arrivé; les soldats
de marine, accompagnés d’un détachement de mate¬
lots se mirent en marche, sous la conduite du lieute¬
nant Downes. A peine étaien t-ils partis, que Keatanoui
étaient

pas cru

,

accourut

annoncer

l’arrivée, d’une de

ses

filles

,

happa, chargée de porter des pa¬
roles de paix; mais il était trop tard, l’heure de la
punition avait sonné. On avait déjà enduré trop long¬
temps les bravades et les provocations de l’ennemi sans
y répondré; il gardait, du reste, toujours les hau¬
teurs dominant la vallée ; il fallait s’affranchir de la
crainte d’une attaque inopinée; il n’y avait plus à
femme d’un chef

reculer.

L’insistance de Keatanoui le rendit suspect ; le
détachement préposé à la garde du camp était faible ;

munitions, appi’ovisionnements, tous ces objets
étaient, en quelque sorte, à la merci d’une trahison ;
par mesure de prudence, on garda ce chef comme
otage. Sa frayeur fut grande; malgré toutes les pro¬
testations contraires, il demandait souvent si on ne
voulait pas le tuer.
Une jeune fille, errant dans les buissons, accou¬
rut peu après, tout effarée, annoncer
que les Hap¬
pas s’approchaient du camp. Sur-le-champ, le canon
d’alarme fut tiré, chacun des dix ou douze hommes
présents's’arma comme il put, et tous, abrités par
un
rempart de barriques, attendirent avec une cerarmes,

4

�ÎLES MARQUISES

50

anxiété, les forces probablement bien supé¬
Après quelques instants d’at¬
tente on aperçut en effet une troupe de sauvages se
glissant au travers des hautes herbes de la. colline,
pour s’approcher du camp sans être vus, mais le fou
d’une pièce de six les dispersa bien vite.
Il était onze heures lorsque le détachement amé¬
ricain parut sur la crête des montagnes, poursui¬
vant les ennemis, de sommets en sommets. Mouina,
l’intrépide Taï, marchait en avant en agitant le pa¬
villon américain.; la victoire était complète. Voici
tainc

rieures de l’ennemi.
,

opérations de la journée furent racontéesparroffleier qui les avait dirigées, loi’squ’à quatre
heures du soir il fut de retour. En arrivant près des
positions gardées par l’ennemi, le détachement fut ac¬
cueilli à coups de pierres et de lances ; une pierre
ayantfrappéle lieutenant Downesau ventre, ilfutrenversé. Cet incident arrêta toute progression pendant
quelques instants, mais reprenant bientôt ses sens,
cet officier continua de marcher en avant. Bien què les
Happas n’eussent eu encore personne de tué ni même
de blessé, ils n’osèi’ent pas en venir aux mains; tous(I)
s’enfuirent dans un de leurs foets, espèce de rempai’t de pierres, n’offrant qu’une étroite entrée. Là,
se croyant en sûreté, ils insultaient à leurS'ennemis
par des gestes méprisants, qui semblent avQir là
même acception chez tous les peuples. Cet obstacle

comment les

(1) Au nombre de deux
exagéré.

ou

trois mille,, chifffe évidemment
* '

�OÜ NOUttA-aiVA.

54

imprévu ne ralentit pas l’ardeur des Américains; sen¬
tant^u’il fallait nécessairement agir avec vigueur, ils
poussèrent trois houèras, puis s’élancèrent à tra¬
vers une grêle de
projectiles vers les fortifications
sauvages. Les guerriers happas ne battirent en re¬
traite que lorsque déjà leurs murs étaient envahis ;
l’un d’eux combattit jusqu’à ce qu’un coup de fusil,
tiré à bout portant , lui eût brisé le crâne. Aussitôt
toute résistance cessa, cinq victimes restèrent sur le
champ de bataille; leurs‘cadavres furent aussitôt saisis
parles Tais, enchantés d’avoir une si belle aubaine
sans avoir couru les
risques du combat ; ils les atta¬
chèrent à de longs bâtons pour les transporter plus
cpmmodéni'ent, puis une bande dés leurs se précipita
dans Un village ennemi peu éloigné, qu’ellé pilla de
fond en comble, et revint chargée dé dépouilles,
telles que des tambours, des nattes, des calebasses,
des cochons.

et môme

Les actions de

ces

sauvages sont repoussantes à

disait le lieutenant Downes; ils se hâtaient
d’achever, avec un féroce acharneraient, les hommes
blessés par la fusillade; ils les tuaient sans pitié', et
chacun d’eux trempait sa lance dans lé sang de. la
voir

,

victime. Ils conservaient

meurtre

alors

avec

soin cette trace de

leurs armes; leurs lances acquéraient
valeur plus grande, elles recevaient le nom

sur

une

de l’homme tué. Les pertes., du côté de Porter, se
réduisirent à deux hommes blessés; en outre, un
Taï avait eu la mâchoire cassée d’un coup de pierre.

Keatanoui, délivré de

son

emprisonnement,

au

�ÎLES MARQUISES

52

l’expédition, n’était pas encore revenu de
frayeur qu’il avait éprouvée; on lui dit que main¬
tenant les propositions des Happas seraient écoutées
s’ils les renouvelaient, mais le pauvre vieux chef ne
paraissait plus songer qu’à une seule chose, celle de
pourvoir à sa sûreté. Le voisinage de ses blancs amis
lui inspirait une profonde crainte, son arrestation
pesait douloureusement sur ses pensées.
Curieux de connaître ce qui allait être fait des,cinq
cadavres rapportés en triomphe par ses alliés, Porter,
suivi seulement d’un soldat de marine, se dirigea
vers le village. En arrivant à la case de Keatanoui, il
trouva les femmes rassemblées et dans les plus vives
transes; L’arrestation de ce chef avait jeté une vive
alarme dans la vallée; sa femme se précipita aux
pieds du capitaine en versant un torrent de lar¬
mes; elle lui dit, par l’entremise de "Wilson, que
maintenant qu’il avait vaincu les Happas, il allait, sans
de

retour

la

,

doute, tourner ses armes contre les Taïs.
supplia de l’épargner, ainsi que sa famille,
de devenir
surer

;

adressa

ses

serviteurs. Porter

parvint à la

ras¬

femme, reprenant courage,
long discours aux personnes de son sexe

et bientôt cette
un

El}e le
offrant

qui l’entouraient. Elle leur exposa avec énergie les
avantages qu’on retirerait, en vivant en bonne in¬
telligence avec les étrangers, puis, toujours en proie
à l’émotion qu’elle venait de ressentir, elle les ex¬
horta à ne pas heurter ces chers amis, dont elle avait
tant peur.

La fille de

Keatanoui, épouse d’un chef happa,

�ou

53

NOUKA-HIVA.

déjà parlé, était aussi là, dans une
elle dépeignit la terreur de sa tribu,
depuis ses revers, et témoigna un désir sincère de
faire la paix elle reçut sur le champ l’assurance que
la paix serait accordée dès qu’on la demanderait, et
que les calaihités de la journée n’auraient pas eu lieu
sans les provocations multipliées des siens.
Se dirigeant ensuite vers une de ces places carrées
et pavées, destinées aux réunions du peuple. Porter
rencontra en route Keatanoui, qui venait à sa ren¬
contre en mangeant un poisson tout.cru, dont il
trempait les morceaux dans une pâte de fruits à
pain et de bananes, contenue dans une noix de coco.
Puis il arriva au milieu d’une assemblée de cinq ou
six cents guerriers dont il entendait, depuis long¬
temps , les chants de guerre, accompagnés par le
dont

nous avons

attitude désolée ;

bruit des tambours. Les cadavres

ennemis,

encore

perches qui âvaiént servi à les transpor¬
gisaient auprès des tambours ornés d’étoffes
pour laciixonstance; quelques indigènes faisaientretentir ces instruments en les frappant avec les
mains, tandis que d’autres, armés de leurs lances,
chantaient à tue-tête, tin prêtre, nommé Tawataa,
semblait présider cette cérémonie lugubre.
L’aspect de Porter occasionna une confusion exrêmedans la troupe; de bruyantes clameurs s’éle¬
vèrent de toutes parts, et les corps furent cachés su¬
attachés

aux

ter,

bitement

sous

des buissons. Ges démonstrations,

dit

Porter, lui firent réellement croire que ces sauvages

étaient

anthropophages. Le fait avait été affirmé par

�ÎLES MARQUISES

54

d’ailleurs il était déjà hors de doute à cette
époque. Porter exigea qu’on remît les corps en place ;
ce ne fut qu’avec répugnance qu’on obtempéra à sa
demande ; et lorsqu’on les rapporta, ils étaient
couverts de feuilles. Il les lit découvrir, et remarqua
qu’ils étaient entiers et ne portaient d’autres lésions
que celles occasionnées par les blessures qui avaient
Wilson ;

donnélamort.

réclama alors ces covps pour les faire
demanda aussi aux acteurs de cètte singu¬
lière fête s’ils avaient l’intention de se repaître de ces
cadavres, en leur exprimant toute son horreur pour
Le capitaine

enterrer; il
j;, 't

manifestation eût in¬
réponse, soit qu’elle fût sincère, ce qui
est peu probable, tous lui assurèrent qu’ils ne se
proposaient pas de se livrer à un repas aussi révol¬
tant; mais, en môme temps, ils le supplièrent de
leur laisser les corps encore un jour ou deux, pour
accomplir les rites de leurs cérémonies, et de leur
en
abandonner deux, qui devaient être offerts
cette

Üiit-

t

action. Soit que cette

fluencé leur

y.

comme un

sacrifice à la mémoire d’un de Iqurs prê¬

tres, tué précédemment ; ils ajoutèrent qu’il pour¬
rait envoyer, plus tard, assister à leur enterrement,

qui aurait lieu à telle profondeur qu’il jugerait con¬

venable. Keatanoui et Tawatea se joignirent à ces

stances, etreprésentèrent que ce serait un

..

if'

I '

bien grand

leurs ennemis d’apprendre qu’on
leur avait enlevé ces cadavres, et qu’on ne leur attri¬
buerait, en conséquence, aucune part dans la victoire
remportée, Yaincu par des sollicitations aussi prestriomphe

|i

in¬

pour

�ou NOUKA,-HIVA,

sautes, Porter

55'

consentit à abandonner les deux corps

demandés, à la condition que les autres seraient en¬

voyés au camp.
irremarqua aussi que tous ces naturels avaient le
plusgfand soin de ne pas toucher ces restes inanimés,
et même qu’ils évitaient le contact du sang qui teignait
les perches. Cette circonstance était sans doute la
suite de quelque tabou superstitieux, tandis que le
philanthrope américain la considérait comme une dé¬
licatesse toute particulière qui lui fit grand plaisir.
Il en tira un heureux augure pour les mœurs de
ses alliés, qu’il ne pouvait croire assez dépravés
pour s’adonner à l’affreuse coutume du canniba¬
lisme.

C’est

en

cette race

vain que Porter veut plaider en faveur de
le fait du cannibalisme est trop bien éta¬

:

les mots de leur langue
toujours compris, et que c’est peut-^être
à une méprisé qu’on doit de croire qu’ils avouent ce
penchant : kdi-kdi, qui signifie manger , veut dire
aussi sacrifier; il est notoire, dit-il, que des corps
sont offerts en sacrifice, que les crânes sont conser-.
vés comme des trophées, et que les os gravés avec art
forment des ornements pour le cou ou des instru¬
ments de pêche. Keatanoui ni sa famille ne possé¬
daient aucun ornement de ce genre, et c’est peutêtrè ce qu'il entendait, ou qu’on a cru comprendre
qu’il voulait exprimer, en disant que ni lui ni les siens
ne
mangeaient le corps des ennemis. Ces explications
bli. Il fait remarquer que
ne

ne

sont pas

détruisent ntillement rasserlioadc cannibalisme,

�ÎLES

56

MARQUISES

qui, comme nous Tavons déjà dit , a été entièrement
prouvée.
Porter, désireux d’assister à la cérémonie qu’il
avait interrompue, demanda qu’on la continuât mal¬
gré sa présence. Alors, le prêtre Tawataa monta sur
une espèce d’estrade, et, après avoir secoué la
branche sèche d’un palmier, à laquelle pendait une
touffe de cheveux, il prononça quelques paroles qui
furent suivies de trois acclatoations spontanées, pous¬
sées avec un grand ensemble par tous les guerriers :
toutes ces voix réunies ne semblaient former qu’un
son. Chaque acclamation était accompagnée de forts
battements de mains. Après ce début, les tambours
vibrèrent sous une rapide impulsion. Ce conçert
sauvage dura environ cinq minutes, pendant les¬
quelles les personnages de ce sombre tableau chan¬
taient à pleine voix èn faisant des gestes très-animés ;
puis le bruit des tambours et des chants cessant
graduellement, le silence se rétablit.
Par trois fois

la même scène fut recommencée-, et

chaque fois avec plus d’animation. A la fin de cette
répétition, le prêtre demanda à Porter si
cela était motaki, bien 5 et, sur sa réponse affirma¬
tive, il parut fort satisfait.
Wilson, au fait du langage et des coutumes du
pays, expliquait cette cérémonie en disant que les

à

troisième

Tais chantaient la défaite de leurs ennemis et

les
un

re¬

envoyé à leur aide
puissants alliés dont les prouesses avaient amené
triomphe aussi complet.

merciaient -leurs dieux d’avoir

�ou

NOUKA-HIVA.

57

Un guerrier happa se trouvait près de là ; à la vue
dé Porter, il se mit à trembler. Il se.rassura cepen¬

lorsqu’il vit celui-ci lui tendre la main, signe
avait appris la signification. Il
énuméra les pertes de sa tribu : un grand nombre
d’individus avaient été blessés par les armes à feu,
et le trouble le plus grand régnait dans la vallée ; les
dant

amical dont il

résultats de la démonstration de la veille avaient

frappé tout le monde de stupeur. En voyant les
frapper à trois reprises dans
le tronc d’un arbre, à hauteur de cœur d’homme, il
avoua que les frondes ne sauraient soutenir la lutte,
et promit d’engager les siens à demander la paix. Il
reçut dans ce but un mouchoir blanc, signe qui de¬
vait le faire reconnaître comme parlementaire.
Le chef des Happas, Mo-wataeh, gendre de Keatanoui, arriva quelque temps après en compagnie de
plusieurs individus de sa tribu. Comme signedepaix,
il portait à la main le mouchoir blanc du parle¬
mentaire ; la contenance de ces hommes indiquait
leurs intentions, ils venaient témoigner les plus
grands regrets de leur conduite passée, et exprimè¬
rent l’espoir qu’on voudrait bien leur accorder de

balles du fusil de Porter

vivre à l’avenir dans les mêmes termes d’amitié

que la tribu de Keatanoui. Cette démarche fut
accueillie favorablement. Toutefois, la paix ne fut
accordée qu’à la condition que les Happas apporte¬

raient

une

semaine des cochons et des fruits
américain, où on leur en délivre¬
morceaux de fer ou autres objets

fois par

à l’établissement

rait la valeur

en

�ÎLES MARQUISES

58

de leur choix. Cette entrevue eut lieu sous la tente
Keatanoui paraissait enchanté de ce re¬

de Porter.

tranquillité; mais, ayant remarqué
Porter n’avait pas offert sa main au chef vaincu,

tour à

que

unétat de

par un mouvement qu’on
licatesse d’un homme de

croirait bien loin de la dé¬
espèce, il saisit cette

son

gendi’e, comme un
gage de l’alliance proposée. Un court silence suivit
cette étreinte amicale; puis Mowataeh observa que
les Américains devaient être incommodés par la
pluie 'SOUS leurs abris de toile.—Oui, reprit alors
Keatanoui,, la pluie doit fdtrer jusqu’à nos amis ;
nous devons rendre leur séjour parmi nous aussi
agréable que possible.; que toutes les tribus amies
se réunissent pour leur édifier des maisons ; les
Tats donneront l’exemple en bâtissant celle de Poti
(Porter). '
"
Si cette scène est exactement décrite, combien
les sentiments de ces êtres à l’état de nature pré¬
sentent de contrastes. Naguère, en les voyant se
réjouir sur les cadavres de leurs adversaires, qui
eût dit que peu d’heures plus tard, ils devaient té¬
moigner un vif plaisir de voir la paix succéder à
leur triomphe, et que par une inspiration spontanée
ils érigeraient comme un monument utile de leur
satisfaction mutuelle, une série de cases, pour abri¬
ter les étrangers conduits par le hasard dans leurs
main et la mit dans celle de son

.

querelles domestiques.
La proposition de Keatanoui fut adoptée sur-lechamp ; sur-le-champ aussi on procéda à ce travail,

�ou

NOÜKA-HIVA.

S9

avec une rapidité merveilleuse. Les
tribus de l’île vinrent aussi se joindre aux

qui s’accomplit
autres

Happas, en apportant fréquemment
provisions à échanger. Les Taïpis, forte et va-»
leureuse peuplade établie dans une grande vallée, et
une autre tribu dont le nom est étrangement estro¬
pié par Porter { Hatecaahcottwolios ), s’abstinrent
seuls de suivre l’exemple général : les premiers se
confiaient dans leur vaillance qui n’avait jamais
été vaincue, les seconds dans leur éloignement et
Tais

et aiix

des

dans leur nombre. Ces deux tribus étaient d’ailleurs

unies; les Taïpis n’avaient jamais encore
d’échec, ils se vantaient d’avoir toujours dé¬
fendu leur vallée de toute agression étrangère, et
leurs prêtres leur avaient appris à croire que jamais
ils n’éprouveraient de revers dans leurs guerres.

étroitement
subi

valléeShoeme(Homi probablement),
Temaa-Taïpi, s’abstint aussi plusieurs fois
d’apporter son contingent au marché de l’établisse¬
ment. Lorsqu’on lui en demanda la raison, il expli¬
qua qu’étant obligé de passer sur le territoire des
Taïpis, ceux-ci l’avaient insulté plusieurs fois en
l’appelant poltron et que môme ils lui avaient jeté
des pierres ; il réclama la protection de Porter contre
les insultes des Taïpis : sa joie fut expressive lors¬
qu’il reçut la promesse qu’on réprimerait toute at¬
taque tentée contre un allié, surtout des attaques
laites parce qu’il venait apporter des comestibles au
pamp. 11 pria aussitôt Porter de mettre le sceau à sa
promesse en changeant de nom avec lui; mais le cas
Lechef de la

nommé

,

�ÎLES MARQUISES

60

qu’on eût
voulu mettre une certaine valéur à cette formalité :
Keatanoui avait iléjà obtenu le privilège demandé.
Porter ne pouvait plus disposer que de son prénom,
David; Tamaa-Taïpi s’en contenta faute d’autre.
Ce chef était un des plus beaux hommes de l’île, et
sa femme avait aussi la réputation d’être fort belle,
ce qui n’empêcha pas son époux de vouloir conférer

devenait ici fort embarrassant, pour peu

même temps que son
nom, à son gracieux ami le capitaine Poti ; une seule
condition était mise à cette-concession souveraine :
c’était un simple collier de verre.
Le camp primitif des Américains était devenu
une espèce de village assez confortable : cinq grandes
maisons, un four, une boulangerie le composaient;
un fort ou plutôt une batterie fut aussi placée sur
un morne voisin qui dominait la rade et les alentours
de la baie. Le 49 octobre fut le jour choisi pour ar¬
borer le pavillon étoilé des États-Unis. Dix-sept
coups de canon, tirés par ce fort et répétés par les
bâtiments sur rade, saluèrent la prise de possession
tous ses

droits conjugaux, en

de l’île Nouka-Hiva.

plaignant des procédés des autres na¬
tions qui avaient imposé à ces terres d’autres noms
que ceux donnés par lès Américains, premiers dé¬
couvreurs
Porter cependant se crut le droit d’en
conférer de nouveaux à son tour. Non content d’ap¬
Tout

en se

,

peler le village et la batterie village et fort Madison,
nomma encore la baie, baie Massachusetts, et l’île,

il

île Madison.

.

�ou

fJOUKA-HIVA.

61

prise de possession (1) ayant été
lue et signée par les témoins de cette solennité, elle
fut naturellement suivie d’une libation à la prospérité
La

déclaration de

de la nouvelle domination. Le but de la

cérémonie

expliqué auparavant aux indigènes ; ils pa¬
comprendre le sens et témoigner leur joie
d’être désormais unis à la grande famille des Moullikis( Américains); ils désiraient surtout savoir si
leur nouveau chef était un aussi grand homme que
avait été

rurent en

Keàlanoui.

Cependant les Tais, les Happas et les sujets de
Temaa-Taïpi, vinrent se plaindre de nouveau des
insultes et de la conduite hostile des Taïpis. Les tri¬
bus les plus éloignées prenaient prétexte de cet état
de choses, pour ne plus apporter de vivres, ou pour
n’en apporter que fort peu, « Nos provisions sont
épuisées, disaient-ils; nous sommes pauvres, tandis que les Taïpis regorgent de vivres. Vous avez
promis de nous protéger, et cependant vous soufIrez qu’ils nous insultent sur notre passage. Faites
«

»

»

»

»
»

la guerre aux Taïpis, nous vous aiderons en vous
suivant dans nos canots de guerre. »

motifs, joints aux sollicitations de plus en
plus pressantes des tribus alliées, déterminèrent
enfin Porter à agir. Des messages avaient été déjà
envoyés aux Taïpis pour les engager à changer de
conduite, mais leur réponse avait été des plus insul¬
tantes. « Les Happas ont été battus, disaient-ils,
Ces

�Iles MAnqmsEs

62
»

parce que les Happas sont des poltrons,
bien que les Taïs et Keatanoui leur chef.

aussi

Quant
aux Américains,
ce sont des lézards blancs,
une
véritable boue. » Le message contenait
des comparaisons bien plus insultantes encore,
que] nous ne pouvons reproduire. — « Les Américains, poursuivaient les guerriers Taipis, sont
incapables de supporter la fatigue; accablés par
.la moindre chaleur et par le manque d’eau ,
ils ne peuvent grimper sur les montagnes sans
avoir des auxiliaires pour les aider et pour porter
leurs armes.
Et pourtaht, ils menacent de
châtier les Taïpis, une tribu qui n’a jamais été
vaincue par l’ennemi j et à qui les dieux ont
promis un succès constant à la guerre. — Nous
»

»
»

»

»

»

»

»

»

»

»

»

»

»

les défions de venir dans notre

vallée,

nous

leur

prouverons que nous ne craignons pas lenvs bouhîes,

( fusils ), comme les lâches tribus des Tais, des
Happas et des Shoeme- »
Cette déclaration était explicite, les Taïpis vou¬
laient la guerre, et lés tribus amies ne désiraient
pas moins de voir arriver le commencement des
»

»

hostilités.

novembre, communication fut donnée aux
Happas de l’intention du commandant
d’attaquer les Taïpis le lendemain. Keatanoui et
deux autres chefs s’embarquèrent sur l’Essex Junior,
Le 27

Taïs et

aux

pour faire l’office d’ambassadeurs, ce bâtiment
devant se rendre devant la baie ennemie pour assu¬
rer

l’attaque.

�01)

63

NOÜKA-HIVA.

partit en effet dans Taprès-midi. Dans
nuit, Porter quitta la baie à son tour, à la tête de
cinq embarcations et de dix pirogues de guerre,
chargées de guerriers tais, rassemblés au son des
conques de guerre. Au lever du soleil, dix pirogues
des Happas se joignirent à eux, et peu après ils attei¬
gnirent la plage des Taïpis, théâtre futur du combat.
Ce navire

la

Les hauteurs étaient surmontées d’une

couronne

de

guerriers amis, armés de lances, de casse-têtes et de.
impossible par
terre, tandis que les forees américaines et les vingt pi¬
rogues de guerre barraient labaie. Tous cespréparatifs
n’avaient pas échappé à la vigilance des Taïpis; cepen¬
dant auéun d’eux ne paraissait. Le téri-ain plat qui
s’étend du rivage à une centaine de mètres dans l’in¬
térieur, les fourrés épais, alimentés par un sol ma¬
récageux, un étroit sentier serpentant au milieu de
frondes. Ils rendaient toute retraite

buissons, tout était silencieux, et rien ne trahisprésence des combattants.
Ayant de commencer les mouvements, le déjeuner
des hommes fut distribué; ils commençaient à pren¬
dre ce repas, lorsque quelques pierres, lancées par
des mainsanvisibles, annoncèrent enfin la proximité
de l’ennemi. Un des naturels amenés pour jouer le
rôle de parlementaires partit alors pour porter une
dernière sommation, mais il revint bientôt courant
à toutes jambes, la terreur peinte sur le visage, ra¬
ces

sâit la

qqe les Taïpis embusqués l’avaient maltraité
vouloir l’entendre, le menaçant d’une mort

conter
sans

certaine s’il s’aventurait

encore

parmi

eux,

malgré

�ÎLES MARQUISES

pavillon blanc. Une grêle de pierres s’éleva un
après du sein des buissons; les hostilités
avaient commencé, un Taïpi en fut la première vic¬
time. Un mouvement le découvrit aux yeux du dé¬
tachement, il devint le but de plusieurs eoups de
feu, mais une seule balle traversa sa jambe. U
tomba au milieu de ses compagnons qui l’empor¬
son

instant

tèrent.

trente-cinq marins qui composaient le
détachement. Porter entra bravement dans les
fourrés; alors les pierres et les lances tombèrent sans
interruption autour de lui; oh entendait le claque¬
ment des frondés, le sifflement des pierres, le
bruissement des lances, sans pouvoir entrevoir ceux
qui les lançaient. Partout l’ennemi était soigneuse¬
ment caché ; aucun cri ne se faisait entendre.
Cette guerre faite par des assaillants in&gt;isibles
rendait la position difficile. S’arrêter eût donné
plus de chances fatales aux armes ennemies,
battre en retraite eût amené les résultats les plus fu¬
nestes, non-seulement en augmentant l’assurance des
Taïpis, mais encore en détruisant la confiance des
alliés. Dans cette espèce de guêpier , il n’y avait qu’un
parti à prendre, celui d’avancer le plus promptement
possible, afin de quitter les dangereux taillis.
On fit un mille sans avoir reçu de blessures, mais
sans en avoir fait non plus. Mouïna, le brave guerrier
Taï marchait, selon sort habitude, en tête du déUxchementqu’il guidait; une rivière se présenta.bieulôt et barra la route, ses bords couverts,d’arbustes
Suivi des

,

�ou

serrés vomirent
une

05

NüUkA*lUVA.

encore

des

pierres

nombre;
jambe

sans

d’elles vint malheureusement briser la

gauche du lieutenant Downes.
Ce fâcheux incident
compliquait encore la situatioqi
désagréable des Américains. Les Happas et les Taïs
étaient restés simples spectateurs du
conflit, leur
conlier ce blessé eût été une grave
imprudence. Le

caractère mobile de

peuples pouvait, d’un instant
l’autre, changer leurs dispositions ; leur amitié dé¬
pendait peut-être du succès de la guerre ; retour¬
ner, eût été aussi une calamiteuse nécessité ; on ne
pouvait donc adopter qu’un seul parti, celui de
désigner quelques hprames d’un détachement déjà
faible, pour conduire cet officier à bord de VEssex
Junior. En effet, quati’e hommes
l’emmenèrent, pen¬
dant que leurs compagnons continuèrent leur marche
en avant,
pour traverser la rivière. Le nombre des
lances et des pierres lancées s’accrut tellement sur
ce
point, que Mouina, si intrépide jusque-là, com¬
ces

à

tenir de l’arrière. La rapidité admi¬
coup d’oeil avait été d’une grande
utilité ; plus d’une fois il avait prévenu et détourné
des dangers réels. Làrivière n’était
pas facile à traver¬

mença

à

rable de

se

son

rives escarpées, son coui’ant rapide et pro¬
fond, rendaient le passage hasardeux sous les traits
des ennemis, et auraient
empêché une retraite pré¬
ser

; ses

cipitée.

Il était urgent cependant de ne
pas
l’inactivité. La mousqueterie n’ayant

rester dans

pas pu éclaircir
les fourrés du bord opposé, une
décharge généiale fut
5

�ILES

MAliyÜlSES

trois hourras, la
troupe se précipita d’un seul trait dans le gué, et
parvint, sans perte, à gagner le bord opposé.
Le terrain marécageux se prolongea un (£uart de
mille encore; la marche était embarrassée, à chaque
pas, par les buissons épais épars sur la route ; il fal¬
lait parfois ramper pour avancer.
Enfin, on arriva àlaliraitedes marécages; la végé¬
tation n’entravait plus le passage; chacun se sentit
un nouveau courage et de nouvelles forces. Déjà On
espérait arriver sous peu près d’un village voisin,
lorsqu’une nouvelle difficulté vint encore une fois
arrêter les Européens.
En face du chemin, un mur fortement construit
et assez long, élevé d’environ deux mètres au-dessus
du sol, flanqué par des arbustes impénétrables, met¬
tait le comble aux contrariétés de cette journée.
D’horribles hurlements, des décharges plus fournies
que jamais prouvèrent que là se trouvaient les prin¬
cipales forces de l’ennemi, et qu’elles opposeraient
au passage de cette barrière la plus grande résis¬
tance qu’on eût encore rencontrée.
commandée; puis,

en poussant

situé là fort heureuse¬
ment, le lieutenant Gamble, le docteur Holfmann et
Porter lui-même, abattaient avec leurs fusils ceux
des ïaïpis qui montraient leur, corps au-dessus de
leurs remparts. Ces fusils furent les seuls qu’on put
employer avec avantage ; cependant leur effet était si
minime, qu’on résolut de monter à l’assaut ; mais, au
Placés à l’abri d’un arbre,

moment de tenter ce coup

de vigueurj on acquit la

�ou

07

NOUKA-IIIVA.

triste certitude que la plupart des marins avaient
brûlé toutes leurs cartouches, et
que quelques-uns

seulement

en

avaient

cruelle vérité abattit
car, sans
aux armes

encore
un

peu

trois

quatre. Celte
l’ardeur de la troupe ;
ou

munitions, les fusils devenaient inférieurs
sauvages.

Depuis le début, la position des Américains était
équivoque ; maintenant, elle
se trouvait
plus embarrassante que jamais. Dans l’in¬
certitude où il se trouvait, Porter détacha le lieutenant
Gamble avec quatre hommes, pour aller chercher des
munitions fraîches, abord del’lïsseajJmior. Une resta
plus alors avec lui qu’une vingtaine d’hommes; de tous
ses alliés, Mouina seul ne l’avait
pas abandonné, mais
déjà celui-ci l’invitait à s’en aller, en lui disant :
devenue de plus en plus

«

Malte, malle;

on vous tuera.

»

Trois hommes bles¬

des pierres, depuis le départ du lieutenant
GamblCj firent en tendre aussi leurs plaintes et sup¬
plièrent de battre en retraite.
Il fallait à Porter un succès
qui en imposât à ses
alliés, dont il se méfiait beaucoup, et il n’avait presque
plus Fespoir de réussir contre les Taïpis, protégés par
leur muraille. Il employa, un stratagème
qui, pourêtre
très-connu dans l’art de la guerre, ne fut
pas moins
efficace. Il feignit de fuir, ét sejflaça en embuscade
derrière un rideau de buissons épais; les enne¬
mis donnèrent dans le
piège, ils se précipitèrent hors
de leur enceinte en
poussant des hurlements affreux ;
ils croyaient courir au massacre des
blancs, lors¬
qu’un retour offensif les arrêta. Une décharge, à
sés par

�ÎLÈS MAllQUISES

68

quelques pas de distance seulement, éclaircit
ils se dispersèrent en abandonnant

rangs,
morts.

Loin de

leurs
leurs

poursuivre cet avantage, Porter en profita

la rivière avec ses blessés. Des pierres
partirent encore du milieu des fourrés, mais leur
nombre diminua rapidement. Bientôt même on n’a¬
perçut plus de projectiles et le détachement atteignit
avec joie le rivage protecteur. Les hommes étaient
pour repasser

les sauvages le mé¬
donne la conscience de la supériorité des

harassés, et n’avaient plus pour

pris

que
Bien

armes.

cette

au

contraire, ils avaient conçu, dans

journée, une haute opinion de la

nemis.

force des en¬

fatigue et le découragement qui pesaient sur
détachement, sa faiblesse, non moins que les obs¬
La

le

qu’il fallait surmonter, et d’ailleurs le nombre
blessés, ne permettaient pas de songer à recom¬
mencer une attaque. Le capitaine Porter résolut de
quitter les lieux et de remettre à plus tard une nou¬
velle tentative plus heureuse. Malgré l’échec qu’il
venait de recevoir, il crut cependant qu’il était politi¬
que d’en imposer aux Happas, qu’il commençait à
redouter, et dans ce but, prenant l’air et le ton d’un
vainqueur, il fit porter aux Taïpis les paroles suivan¬

tacles
des

tes

:

poignée d’hommes, je vous ai contraihts de vous cacher derrière vos murailles, je
vous ai tué deux guerriers, et vous avez, en outrç,
de nombreux blessés. Si je voulais, je pourrais
«

»
»

»

Avec une

�ou
»
»
»

»
»

»
»
»
»
»
»
»
»
»

»
»
»
»
»
»
»
»

NOUKA-HIVA.

G9

chasser de votre Vallée, et détruire vos villages
de fond en comble, mais je n’ai pas envie de vous
VOUS

plus de mal. Réfléchissez ; il est encore temps
soumettre aux conditions de paix que je
vous ai déjà offertes. »
La réponse des Taïpis ne se fit pas attendre. « Que
sont nos pertes, dirent-ils, comparées à celles des
Américains? Notre nombre nous permet de remplacer nos morts, mais nos adversaires peuvent-ils
suppléer à leurs pertes ? N’avons-nous pas tué un
de leurs chefs ( M. Downes ; ils croyaient qu’il était
mort)? Nous avons compté leurs embarcations, nous
savons de quelle force ils peuvent disposer. Nous
ne les craignons pas, nous méprisons leurs fusils,
que la moindre pluie rend inutiles, et dont les
blessures sont moins douloureuses et plus rarement mortelles que celles des pierres et des lances.
Quant à la menace de nous chasser delà vallée,
nous n’y croirons qu’en' la voyant mettre à exécution. Nous défions qu’on essaye une nouvelle altaque, et dans ce cas, nous promettons de ne pas
nous retirer plus loin que le lieu où se trouvent les
faire
de

vous

fortifications.

»

pouvait influer sur la décision
capitaine Porter, de quitter les lieux; sur-lechamp il s’embarqua ; mais à peine fut-il arrivé
à bord, qu’une charge des ïaïpis contre les pû’ogues auxiliaires, le forç^ de retourner à terre. Aussi¬
tôt les Taïpis s’enfuirent, laissant un homme tué aux
mains des Taïs. Ce cadavre fut emporté par eux en
Cette déclaration

du

,

ne

�ÎLES

70

MARQUtSES

triomphe; c’était le seul trophée do cette laborieuse
journée.
La forfanterie que Porter a\ait affectée n’avait ce¬
pendant pas aveuglé les Happas; de nombreuses

bandes armées descendues des montagnes se répé¬
taient la réponse des Taïpis, et la conclusion de

leurs discours
blancs.

»

était

: «

Les

Taïpis ont battit les

L’alliance des tribus était chancelante, un

jeter sur les bras de Por¬
auxiliaires, dont il portait le nombre à
cinq mille, nombre qu’il est permis de réduire con¬

nouveau revers

aurait pu

ter tous ses

sidérablement.

les Happas ne tai’deraient pas
se ranger du côté du plus fort, ainsi que font tous
les sauvages. Le salut des Américains dépendait
Il était évident que

à

l’intérêt de leur dignité
l’exigeait aussi. Dès le retour de l’Essex dans la baie
Taiohaé, tous les préparatifs d’une nouvelle incur¬

d’une prompte vengeance,

lendemain matin, furent faits dans
plus profond ; deux cents hommes fu¬
rent désignés pour aller par terre fpndre sur les Taï¬
pis enorgueillis de leur succès. On renonça à faire
une descente sur le rivage, soit en raison des obsta¬
cles du terrain, soit à cause du mauvais état des

sion, fixée

au

le silence le

embarcations. Aucun avis de

ce

mouvement ne fut

être gêné, par
peut-être dangereuse;
Keatanoui, dont la conduite avait toujours été par¬

donné
une

aux

sauvages,

afin de

suite embarrassante et

faite, Tut seul averti, afin

ne pas

qu’il n’éprouvât pas d’a¬

larmes d’une marche nocturne,

Des

guides sûrs

�ou

71

NOÜKA-HIYA.

conduisirent cette nouvelle
mets des

expédition vers les som¬
montagnes limitrophes par des chemins

difficiles, au travers des ruisseaux, des roseaux,
des fourrés, sur la pente la plus escarpée des ro¬
chers. Le bruit du passage avait attiré quelques na¬
turels, mais on leur imposa silence; puis on prit
les plus grandes précautions pour traverser le village
des Happas sans réveiller personne ; dés ce mo¬
ment on put espérer que le secret des opérations
ne serait
pas trahi, et que les Taïpis les ignore¬
raient.

A minuit, on

pouvait entendre le bruit des

bours et les chants retentissant dans la vallée

tam¬

enne¬

mie; diverses lumières, fixées dans différents en¬
lieux où la population
s’était réunie. Les guides annoncèrent que les
Taïpis célébraient par des réjouissances publiques
leur victoire, et imploraient leurs dieux de leur
accorder la pluie si fatale aux fusils; ils étaient là
dans toute l’effervescence d’une orgueilleuse joie,
ne se doutant
pas que de nouveaux dangers allaient
droits, indiquaient les

fondre

sur eux.

point culminant des montagnes, un seul sen¬
tier livre l’entrée de cette vallée ; mais sa pente pres¬
que perpendiculaire, son accès périlleux même en
plein jour, le rendaient, de l’avis des guides, im¬
praticable pendant la nuit. Ôn résolut d’attendre le
jour, en donnant au détachement un repos nécessaire
après la longue marche qu’il venait-de faire. Ce sen¬
tier étant soigneusement gardé, on avait l’assurance
Au

�ÎLES

72

MAHOLISES

que les Taïpis no pourraient
la présence des Américains.

recevoir

sommeillait, lorsqu’un cri,

aucun

avis de

cri de mau¬
l’éveilla ; un sauvage lui répétait, en
montrant un nuage noir : « Voilà la pluie, voilà la
pluie, matte bouliis, les fusils sont perdus. » Les
Taïpis avaient aussi aperçu le fatal nuage qui s’a¬
vançait avec rapidité; les cris de joie, le bruit des
tambours.retentissaient de toutes parts : leurs dieux
les avaient exaucés. La pluie, une pluie abondante
comme on en voit sous les
tropiques, tomba bientôt
Porter

un

vais augure,

à torrents.

Immobiles

sur

l’étroite crête où ils étaient

postés,

pouvant se mouvoir sur des rochers rendus glis¬
sants par l’eau, les Américains eurent à supporter
ne

froid

très-vif, produit

violent; ils
préserver leurs fusils et
leurs munitions, mais, au jour, on reconnut que
plus de la moitié des cartouches étaient perdues.
Les guides et quelques sauvages s’écriaient que les
fusils étaient désormais sans valeur, et qu’il fallait se
retirer le plus vite possible.
Cet avis était prudent : il était urgent de le suivre,
malgré le danger qu’il y avait à montrer sa faiblesse.
Pour atténuer autant que possible l’impression qui
devait naître dans l’esprit des indigènes, et pour leur
laisser une idée plus favorable des armes à feu, Por¬
ter fit faire une
décharge générale, espérant que les
coups perdus ne seraient pas remarqués dans l’en¬
semble. Cette décharge réussit au delà de ses pré-’
un

mirent tous leurs soins à

par un vent

�ou

NOUKA-IFIVA.

73

visions, elle releva de beaucoup la valeur des fusils;
les échos répétèrent le bruit de cette explosion et le
portèrent aux Taïpis. Â cette détonation répondit le

de guerre ; les tambours résonnèrent
plus belle, et de longs cris se firent entendre d’un

son

de

des conques

bout de la vallée à l’autre. Un brouhaha confus s’éleva

plaine jusqû’aux Américains, ils distinguèrent
grognements des cochons qu’on mettait en lieu de
sûreté, les voix des femmes effrayées, les intonations
élevées des hommes se préparant au combat. Cette
agitation, ces cris, arrachés par l’approche du dan¬
ger , formaient un contraste pénible avec le riche
paysage enveloppé des vapeurs de la pluie. Porter se
félicita de la tournure des choses, car il était sûr du
succès et il était bien aise d’avoir terrifié par la vue
de son nombreux cortège, ses orgueilleux ennemis.
Réduit à les attaquer, il voulait cependant leur faire
le moins de mal possible ; en leur donnant connais¬
sance de ses intentions, il les mettait à môme de sous¬
traire leurs propriétés au pillage des tribus voisines.
Après cette décharge générale, on descendit dans
le village des Happas pour y attendre un temps plus
favorable. Le chef du lieu, prévenu de cette visite,
avait fait vider plusieurs cases, situées sur une place
càrrée, sous lesquelles la troupe fut caser née après
avoir établi une garde.
Le mauvais vouloir des Happas commençait à se
manifester; outre les cases. Porter avait' demandé
des vivres, mais rien ne parut. Pendant que ses
habits séchaient, il pria qu’on lui prêtât une pièce
de la

les

�74

ÎLES MARQUISES

d’étoffe pour se vêtir, une natte pour se coucher;
mais on ne lui accorda sa requête qu’après une

longue attente, et avec une répugnance marquée. Le
prestige du pouvoir des étrangers était décidément en
baisse. Les heures cependant s’écoulaient, les soldats
commençaient à se plaindre d’avoir faim et de ne
pouvoir la satisfaire, les indigènes m’apportaient au¬
cune provision,
quoique la vallée fût pleine de co¬
chons et de fruits. Enfin les Happas s’assemblèrent
en armes autour du
logis des Américains; leurs
femmes, qui affluaient un moment auparavant, dis¬
parurent petit à petit, et les Taïs, toujours fidèles,
conseillèrent de redoubler de vigilance.
Il eût été difficile de se méprendre sur les inten¬
tions des sauvages. La position était alarmante et
cet état de choses ne pouvait durer longtemps; l’or¬
dre fut donné de disposer les armes de manière à
les avoir sous la main, en attendant l’arrivée du chef
des Happas

qu’on avait envoyé chercher.
voyant, Porter lui reprocha sa conduite in¬
hospitalière; puis, d’un ton ferme, il ajouta qu’il lui
fallait des provisions pour ses gens bon gl’é malgré,
et qu’il exigeait que tous les Happas, déposassent à
En le

l’instant leurs armes. Aucun résultat n’ayant suivi
ce discours,
Porter fit saisir plusieurs casse-têtes
et plusieurs lances et les fit briser sous ses
yeux ;
puis, il envoya de petits pelotons tuer des cochons,
abattre. les bananiers, les arbres à pain et les
cocotiers du village pouf en recueillir les fruits.
Cet acte de vigueur intimida, les Happas, ils se hâ-

�ou

MOPKA'rHlYA.

75

de. leurs intentions amicitles, et
d’apporter aux Américains des approxisionnements
de toutes espèces afin d’éviter la destruction complète
de leurs arbres fruitiers, et à la nuit, la bonne
harmonie paraissait tout à fait rétablie. Alors les
Happas se retirèrent, tandis que les Tais restèrent
groupés autour des feux allumés près des sen¬
tinelles. Au jour, le détacbement, frais et dispos,
prépara ses armes, partagea les munitions et se
mit en marche; en atteignant le faîte où il avait
passé une si mauvaise nuit, il fit une courte halte
pour contempler la scène délicieuse que présen¬
tait la vallée des Taïpis aux premiers rayons d’un
beau jour.
Qu’on se figure une verdoyante étendue de terres
d’environ neuf milles de long sur trois de large (1),
encaissée de toutes parts par de hautes montagnes
escarpées, dont les parois, eoupées souvent à pic, lais¬
saient entrevoir de profonds précipices, Une chute
d’eau de plusieurs cents pieds d’élévation, versait
ses ondes écumeuses à travers la
vallée, et conduisait
ù la mer qui bornait Thorizcm les replis ondulants
d’une jolie rivière. Une douce lumière
remplissait
d’harmonie l’ensemble de ce tableau majestueux.
Porter éprouva de vifs regrets en songeant
qu’avant
peu il allait porter au milieu de ce paisible paysage
la destruction et la mort ; il déplora la nécessité
qui
lèrcnt do prolcstcr

(1) Ces dimensions de la vaUe'e

j'dcit de Porter, fort

exagérées.

nous

paraissent,

comme tout

le

�ILES

MARQUISES

l’obligeait à faire la guerre à un peuple

héroïque

admirait la résistance.
L’ordre de descendre dans la vallée interrompit le

dont il

pensées des Américains : un à un ils se
glissèrent dans l’étroit sentier ; Mouina, toujours le
premier dans le chemin de la guerre, marchait en
tête. Un moment de repos fut nécessité par la fati¬
gue excessive de la descente ; puis on se dirigea vers
le pied de la montagne où coulait la rivière; dont
les bords étaient défendus par un corps nombreux
de guerriers couvrant un village fortifié par des
murs. L’action commença dans cet endroit, la rivière
fut traversée malgré une vive opposition ; tous les
hommes du détachement n’avaient pas franchi ce
passage que déjà le village fortifié était pris. Ce
premier succès coûta aux ennemis leur chef princi¬
pal ; un autre homme fut tué et le nombre des bles¬
cours

des

sés fut considérable.

village servit momentanément de centre, d’où
rayonnaient des pelotons chargés d’éclairer les bois
environnants. Après quelque résistance, un nouveau
point fortifié fui enlevé par les Américains, mais
ont dut l’abandonner bientôt après, à cause de l’insulfisance du détachement chargé de le garder. Di¬
vers autres postes furent établis ; ils devinrent bien¬
tôt utiles, dans un mouvement offensif que firent les
Taïpis. On les laissa approcher à portée de pistolet ;
alors le feu croisé de deux postes les arrêta d’abord,
et les mit ensuite dans une déroute complète. A l’ap¬
proche de cette charge impétueuse de l’ennemi, les
Le

�ou

NOUKA-HIVA.

77

Happas, qui&gt; comme alliés, avaient ac¬
compagné les Américains, prirent le large en toute
hâte ; il ne restait plus dans ce moment, que les Amé¬
ricains pour faire face à ces nombreux assaillants,
aussi prompts à se débander que rapides dans l’agres¬
Tais et les

sion.

D’après le nombre de projectiles lancés derrière
buissons, dans toutes les directions, il était évi¬
dent qu’une résistance opiniâtre serait rencontrée
sur tous les points delà vallée. Il fallut prescrire de
ne pas dépenser inutilement les
cartouches déjà
réduites à moitié par la pluie de la nuit précédente.
Mais avant d’explorer le reste du pays, on déposa
les blessés dans un local convenable, sous la garde
de quelques marins. Mouina était déjà prêt à con¬

les

duire la troupe vers un autre village,

lorsqu’on trouva
Taïpis. On leur
dès qu’ils vien¬
draient à composition; mais que s’ils continuaient
à lancer des pierres, le village serait détruit. Les en¬
nemis n’ayant point accueilli ees paroles de paix.
Porter finit par s’emparer du village, après avoir
gagné le terrain pouce à pouce. Il trouva,
dans cette cité sauvage, une place publique en¬
tourée d’un pavage en pierre, et qui était plus
grande et plus belle que toutes celles .qu’il avait

le moyen de communiquer avec les
fît dire que les hostili tés cesseraient

déjà

vues.

enrichies
grand nombre d’idoles bizarres, ainsi que les
pirogues de guerre, qui se trouvaient en grand nomLe feu détruisit toutes

d’un

ces

belles cases,

�78

ILES

MARQUISES

village. Les auxiliaires se chargèrent de
quelques dépouilles, et tout lé reste fut consumé
par les flammes. La marche des Américains fut dès
lôrs jalonnée par des ruines, ils arrivèrent jusqu’au
pied de la cascade en laissant partout derrière eux des
bi*e dans le

de dévastation.

Après quatre heures d’absence,
près des fortifications où avait
commencé l’attaque, et qui se trouvaient justement
placées aü milieu de la vallée. Les blessés qu’on y
avait déposés n’avaient cessé d’être harcelés par l’en¬
nemi, mais le posté était pai'faitement à l’abri des
projectiles des sauvages, et il n’avait pastmé un coup
traces

ils étaient de retour

de fusil.

Ce fut là que

monde ;
puis voyant que la fatigue dé la journée avait été trop
grande pour tenter de reprendre le chemin des mon*tagnes il se décida à choisir un passage plus facile
situé près de la baie. Plusieurs villages furent encore
détruits dans cè mouvement , mais les Taïpis ne ces¬
sèrent de combattre jusque sur les ruines embra¬
Porter rassembla tout

son

,

sées de leurs habitations.
Enfin les Américains

atteignirent l’enclos témoin
première tentative. En
voyant l’épaisseur et la disposition des murailles, le
capitaine dut se féliciter d’avoir pris la route de terre
de leur déconfiture dans la

nouvelle excursion, car en venant dans les
embarcations, il eût fallu nécessairement commen¬
cer par se rendre maître de ces fortifications,
capa¬
pour sa

bles de résister à tous les efforts des Américains
du côté de la

mer.

Cette citadelle formait la

prin-

�ou

79

NOUKA-IIIVA.

cipale force des Taïpis ; leur Vallée n’a que trois
issues; la première, celle suivie le matin, est dan¬
gereuse, parce qu’elle euipôclie toute retraite en cas
d’échec.

La seconde conduit chez des tribus al¬

Taïpis., dont la coopération leur était
querelles. Il no restait
donc plus de praticable que la troisième j celle de
la mer ; aüSsi , le champ de bataille‘ordinaire dans
les guerres intestines de l’île, était-il situé dans
la plaine qui aboutit au rivage. Jamais eriieore les
Taïpis n’avaient eu besoin de s’abriter dans leurs
murs; jamais, non plus, ils n’avaient été obligés de
reculer môme jusqu’aux bords de la rivière, située
à un quart de mille du rivage ; la puissance des
étrangers avait seule pu affaiblir leur confiance et
abattre leur orgueil.
Porter voulut détruire ces fortilications, mais il ne
put y réussir; il aurait fallu de l’artillerie. Le teiïlps
lui manquait ; elles restèrent comme un tnonument
du génie militaire de cette peuplade. Sur le terrain
qu’il avait déjà reconnu à l’époque de son débarque¬
ment, il trouva des troncs d’arbres coupés récem¬
ment, obstacles pénibles à surmonter et qui prou¬
vaient qu’on s’attendait à un nouveau débarquement
sur le
rivage de la baie. Tavi, chef des Happas, suivi
de plusieurs membres do sa tribu, vint à la rencontre
des Américains, un mouchoir blanc à la maiii. Il avait
changé tout à fait de rôle, ce n’étàit plus l’homme de
la veille. Il offrait des présents au capitaine, en lui
liées des

assurée dans toutes leurs

,

demandant de continuer à vivre

en

paix

avec

lui ; il

�ÎLES MARQUISES

80

les Américains voulussent
bien passer sur’ses terres, où il comptait leur offrir
l’hospitalité la plus dévouée. Il rappelait à Porter
qu’ils avaient fait échange de noms ; enfin ses protes¬
tations d’amitié étaient d’autant plus vives, que,sa
conduite envers ses alliés avait été déloyale. Ainsi,
chez ces sauvages, la victoire avait (comme du
reste partout) complètement changé la face des

insistait même pour que

choses.

Keatanoui, qu’on croyait plus sincère, fut aussi

plus démonstratif dans sa joie. Ce vieillard était plein
d’émotion; il s’accroupit en plaçant.les mains de
Porter sur sa tête, il appuya ensuite sa tête sur les
genoux du capitaine, puis se levant graduellement, il
posa ses mains sur la poitrine du chef américain,
en

le nommant doucement

Keàtanoui; lui-même

désigna sous le nom de Poté , pour rappeler
qu’ils avaient échangé leurs noms.
Sur le point le plus élevé du sentier, on s’arrêta
encore pour jeter un dernier coup d’œil sur cette
vallée naguère florissante, maintenant couverte des
ruines de dix villages saccagés. Aux splendeurs qui

se

avaient suivi le lever du

soleil, succédaient les

om¬

bres funèbres des fumées de l’incendie. Le matin
encore, une

douce quiétude était répandue

plaine qui le soir

se, trouvait

sur cette

plongée dans la
désolation et la douleur. Quelquês heures avaient
suffi pour produire ce changement, et pour mettre
aux abois les fiers guerriers
ta’ipis. Porter,, auteur
de ces désastres., éprouva un sentiment de pitié,
belle

�ou

surtouL

en

84

MOUKA-IIIVA.

voyant les autres tribus se réjouir du

malheur des membres de leur propre
On passa encore cette

famille.

nuit chez les Happas, mais
on y fut l’objet de
prévenances sans nombre, au
lieu d’y recevoir un accueil froid et hostile; le len¬
demain

avait

rejoint Madisonville, après une
jours, pendant les¬
quels on avait fait environ soixante milles dç marche
sur des sentiers
qui n’avaient été encore foulés que
par les indigènes ; sept hommes parmi les plus forts
de l’équipage furent longtemps malades des suites
de leurs fatigues : un d’eux, le caporal Mahan,. y
on

absence de trois nuits et deux

succomba.

Un nouvel ambassadeur fut

envoyé aux Taïpis,
plein succès; al¬
revers, cette tribu s’empressa d’anouverture de paix ; elle supporta une

mais cette fois
térée par ses
cueillir cette

sa

mission eut

un

contribution de quatre cents cochons à titre d’in¬
demnité de guerre. L’île entière se trouvait ainsi

pacifiée; toutes les peuplades, environnantes vin¬
rent, sous l’impression des defniers événements,
renouveler à Porter l’assurance de leur amitié;
les chefs et les prêtres, à défaut de l’échange de
leurs noms, se disputèrent des titres de parenté
avec le
vainqueur, On, voyait- parfois des vieil¬
lards à barbe grise, solliciter d’être appelés ses
gendres, fils, petits-fils, etc., etc. Le nom de
fils était surtout recberebé, êt lorsque les ti¬
tres dévolus aux hommes furent
épuisés, on vit
plusieurs de ees chefs -réclamer le singulier bonC

�82

ILKS

neur

d’être

filles.

MARQUISES

appelés ses filles, belles-filles, ou petites-

avait atteint le but de

Porter

sa

relâelie, il deve¬

croisière contre les An¬
glais. Après un séjour d’un mois et demi,, il mita la
voile le 13 décembre; mais, en partant, il voulut as¬
nait temps

surer
ce

de reprendre

sa

à'ses vaisseaux un abri dans ces ■ îles. Dans

but, il laissa dans la baie trois prises anglaises, le
Hammond, le Greemvicli et le Seringa-

Sir Andreiv

les équipages réunis de ces navires for¬
total de vingt hommes, placés sous les
ordres de deux mîdshipmen et du lieutenant Gam¬
ble, chargé d’occuper et de commander le poste. Il
avait en outre quinze prisonniers de guerre confiés
à sa garde.
L’esquisse du' caractère noukahivien apparaît à
travers les amplifications de la narration de Porter;
le récit des événements survenus pendant le séjour
du lieutenant Gamble, complétera l’idée qu’on a
pu se former à cet égard; et c’est dans ce but que
nous croyons devoir le donner.
Aussitôt après le départ de la division américaine,
dès le 15 décembre, lés indigènes, malgré des dé¬
fenses réitérées, mirent le feu aux herbes sèches qui
avoisinaient le 'campi Cette action pouvait avoir
les plus funestes résultats : pour les intimider, on
tira des coups de fusil à poudre, qui produisirent

patnam]
maient

un

.

d’abord l’effet attendu. Mais bientôt la crainte
à leurs

cessa

qui se livrèrent de nouveau
penchants destructeurs. Les Happas et les

d’arrêter

ces

sauvages,

�ou

83

NOUKA-UIVA.

Taïpis demandaient

avec persistance des informa¬
le nombre des hommes laissés en garnison;

tions

sur

sans

nul doute,

s’ils avaient connu la vérité, ils
les attaquer, pour venger

n’auraient pas hésité à
leurs défaites passées.
Les difficultés dé la

position ne provenaient pas
l’esprit hostile des sauvages, mais
aussi d’-un relâchement dans la
discipline dés, équi¬
pages. Le nommé Coffin déserta; il. fut heureuse¬
ment ramené par les deux Américains
trafiquants
de bois de sandal, dont on a parlé et
qui se trou¬
seulement de

vaient dans l’île à l’arrivée de la division. Cet évé¬
nement était d’un funeste présage
pour

l’avenir,
lorsqu’on songeait surtout à la grande quantité de
prisonniers anglais qui se trouvaient mêlés aux
Américains.

Un insulaire de

riva

sur

ces

Taïti, embarqué

sur

entrefaites* Son histoire

la donnons que

l’Essex,
est

arr

surpre¬

la foi du narra¬
teur américain ; la voici : ceTaïtien, nommé
Taraaha,
ayant été frappé par un maître de l’Essex, à vingt
milles de la côte environ, sé jeta à la mer, dans un
beau mouvement de désespoir ; après avoir
plongé
sous la quille du bâtimeiît, il resta un
jour et
deux nuits sur l’eau jusqu’à ce qu’enfin une lame
en déferlant le
jetât sur la plage des Taïpis au mo¬
nante

,

nous ne

sur

,

ment où

il était à bout de

ses

forces. En

revenant

lui, il reçut, les soins d’un Taïpi j qui, abjurant
toute inimitié, et malgré la
guerre récente, l’abrita,

à

l’aida à

se

rétablir et le cenduisit enfin à Madi.

�ÎLES MARQUISES

84

sonville. Le lieutenant
nité

déployée

Gamble admira l’huma¬
et récompensa lar¬

par ce sauvage,

de générosité. Mais Tamaha avait
pris goût à la vie des champs : au bout de peu de
temps, il déserta et fut sans doute rejoindre son ami
gement cet acte

le

Taïpi.

deux jours et une
passés sur l’eau sont un fait extraordinaire( on
peut, nous le croyons, tomber facilement d’accord
avec lui sur ce point ) ; mais, quant à plonger sous
la quille d’un navire, ajoute-t-il, rien n’est plus fa¬
cile à ces insulaires. On trouva à plusieurs reprises
des Noukahiviens qui, pour une bagatelle, allaient
amarrer un câble à l’organeau d'une ancre à cinq
Porter lui-même avoue

que

nuit

brasses

sous

l’eau.

jardin avait été défriché près de l’établisse¬
oh y travailla toutes les fois que le temps le
permettait, car de fréquentes averses, des vents im¬
pétueux du sud-est avaient succédé au beau temps
qui régnait précédemment; à peine un jour se passat-il sans pluie depuisle 17 décembre jusqu’au 43 mai
4814, qui fut celui du départ.
Le troupeau des cochons appartenant aux Améri¬
cains, fruit des.contributions de la guerre et des
échanges, excita bientôt l’envie des habitants delà
Un

ment ;

les droits de
propriété poussaient l’andace jusqu’à venir en¬
lever ces animaux tout auprès du camp, bien que les
baie. Ces sauvages, sans
la

respect pour

,

Américains eussent menacé de
les

soustracteurs.

Ces méfaits

punir sévèrement

demandaient une

�ou

NOUKA-IIIVA.

80

répression, mais il était bien hasardeux de se
mettre en campagne avec si peu de monde. Cepen¬
dant, un beau jour, une expédition fut résolue,
et l’on marcha en masse sur le village dés dépré¬
dateurs. La vue de la garnisoti en armes produisit
un bon effet : un chef vint demander qu’on épar¬
gnât la population, en proie à une vive frayeur.
Guerriers et voleurs avaient gagné les montagnes,
leur refuge habituel dans les moments de dan¬
gers. Le lieutenant Gamble voulait qu’on lui remît
les voleurs pour en faire un exemple : ne pou¬
vant les obtenir, il emmena cinq chefs et deux guer¬
riers en otage. Le soir même, il envoyé un de ces
guerriers réclamer les voleurs, ou,, à défaut, une
contribution de quarante cochons, menaçant de fu¬
siller ses prisonniers le lendemain matin, si on n’ac¬
cédait pas à ces conditions. Au point du jour, les
cochons étaient sur la plage, car les voleurs n’avaient
garde de se montrer. L’Anglais Wilson servit d’iiir
terprète pour recevoir, des prisonniers qu’on venait
de rendre à leurs concitoyens , l’âssurance qu’ils
feraient tous leurs efforts pour arrêter toute dépré¬
dation à l’avenir.

Cependant, (avec les mœurs guerrières et tracasces peuples, la paix générale établie daïis
l’île ne pouvait être de longue duréé; Une querelle
survint entre deux tribus ; dans la rixe, un homme
fut tué. Persuadé que le système de paix pouvait
seul donner quelque sécurité à son établissement, le
sières de

lieutenant Gamble

se

rendit

sur

les lieux, se posa

�86

ILES

MAUOUISES

l’afFaire. Ne voulant pas
plus pousser les choses trop loin à l’égard des
voleurs de cochons, qui n’osaient plus reparaître,
depuis que l’un d’eux avait été tué par un des étages
rendus prisonniers dans cette affaire ; Gamble fit pro¬
clamer qu’il leur pardonnerait s’ils bâtissaient une
étable pour ces animaux. Cette offre fut acceptée
avec un joyeux empressement ; en deux jours la ca¬
en

médiateur et arrangea

non

bane était achevée.

'

approvisionnements fournis par les naturels
plus en plus rares. On ne pouvait les
obtenir qu’en les échangeant contre des'dents de ca¬
chalot, objets d’une grande valeur chez ce peuple. Il
Les

devinrent de^

fallut aller

en

chercher dans les îles voisines. Le Sir

remplir cette mis¬
Après néuf jours d’absence, il revint, le 16 fé¬
vrier, avec trente cochons, un grand nombre de
fruits recueillis sur Ta.ouata et Hiva-oa, plus une
douzaine de poules. Ces ressources ne devaient
pas durer longtemps-, et le jardin ne donnait pas en¬
core des résultats suffisants.
Cependant, le -19, on
put y recueillir un premier plat delaitue ; plus tard,
il produisit des navets et des concombres.
L’indiscipliné prenait un caractère dé plus en plus
alarmant, l’état de la petite colonie n’était pas ras¬
surant. Les factionnaires s’endormaient
pendant
leur garde ; des femines étaient introduites à bord,
malgré les défenses les plus expresses ; ces transgres¬
sions devenaient très-graves; les naturels ne
pouvaient
manquer de connaître, à la fin, la faiblesse des Araé-

Andrew Hammond fut destiné, à

sion.

�ou

87

NOUKA-HIVA.

ricains, faiblesse accrue par plusieurs malades at¬
teints de diarrhées et d’enflures monstrueuses des
membres, maladies qui cédèrent toutefois aux pre¬
qu’on employa.

miers remèdes
Isaac

Çoflîn ayaut

^

déserté de

nouveau,

le lieute¬

Gamble, guidé par une jeune fille, le fit saisir
dans une case, à deux milles dans l’intérieur, puis
il le fit frapper publiquement de plusieurs coups de
corde, ce qui n’empêcha pas le même individu , de
déserter une troisième fois, en compagnie de trois
autres marins qu’il avait
débauchés. Avec çes
éléments de dissolution, l’avenir se montrait sous
de sombres couleurs ; un matin , il y eut une
chaude alarme; deux ou trois cents sauvages,en¬
tourèrent le camp; on crut à une attaque, tandis
que cette troupe n’avait d’autre intention que celle
de porter à l’établissement un grand nombre de
fruits à pain et de bananes. Depuis le départ de l’Essex, on n’avait pas reçu de si abondantes provisions.
La seule explication qu’on put avoir de cette dé¬
marche, c’est que Wilson avait fait circuler le bruit
que les Américains allaient partir et que Porter ne
reviendrait plus.
Bientôt apres, un autre incident prouva qu’une
nant

machination s’ourdissait dans l’ombre.

Depuis quel¬

avait remarqué que les naturels
plus à la pêche. On apprit, lorsqu’on
s’informa de la cause de ce changement dans leurs
habitudes, qu’une vieille femme avait effrayé les pê¬
cheurs, en leur affirmant que les Américains allaient

que temps,

n’allaient

on

�ÎLES MARQUISES

88

partir, et qu’ils les emmèneraient avec eux en les
mettant aux

fers.

faisait despré¬
paratifs depuis plusieurs semaines, allait aussi avoir
lieu.Une foule d’indigènes arrivaient de tousles points
de l’île ; une grande pirogue munie d’une voile
de vingt-éinq pieds de hauteur, amena de HouaHouna un grand nombre de conviés. Sachant que,
pendant cette fête solennelle nommée Koika, un
Unè grande-réunion, pour laquelle on

tabou inviolable

défendait toute attaque, Gamble

permit à ses.hommes d’y assister. Il y prit part luimême et il n’eüt pas à se repentir de sa confiance.
Mais le moment de la catastrophe approchait à
grands pas 5 le vol d’une embarcation précéda la
révolte ouverte de l’équipage du Seringapatnam,
composé en grande partie d’Anglais faits prisonniers
de guerre par les Américains.
Le lieutenant et les.deux midshipmen spusses or¬
dres, furent saisis et garrottés, pendant que le pavillon
britannique s’élevait sur l’arrière du bâtiment, salué
par trois hourras. Une portion des mutins descendit
à terre pour ericlouer les canons de la batterie^ l’autre
portion s’occupa de s’emparer des approvisionnements
des deux autres navires. Vers huit heures,

lehâtiment
après,

mita la voile et sortit de la baie. Un instant

des

gardiens du lieutenant Gamble lui déchargea
son pistolet dans le pied ; aussitôt
plusieurs fusils s’abaissèrent sur la poitrine de cetotficier, dallait être sacrifié sans les cris de l’homme qui
l’avait blessé. A neuf heures, on le jeta lui et ses
un

involontairement

�ou

89

NOUKA&gt;HIVA.

compagnons, quatre en tout, dans un canot, avec
deux fusils et un petit baril de cartouches. Souffrant

blessure, affaibli par la perte de

son sang, il
s’ocpuper de gouverner une embarcation
bas d’eau. Après deux heures d’efforts, il

de

sa

dut

encore

coulant
eut le

bonheur d’atteindre lé Greenwich, à bord

duquel venaient aussi d’arriver les deux mar¬
chands de bois de sandal, stationnés dans la baie.
Ceux ci confirmèrent les soupçons que le lieute¬
nant avait conçus depuis longtemps, en lui affirmant
-

Wilson était le principal instigateur de la ré¬
Déjà cet Anglais, à la tête des indigènes,
avait commencé le pillage de rétablissement formé

que

volte.

à terre.

Tout

'

récjuipage

il restait

-

ne

encore, une

s’était

pas

joint

aux

révoltés,

douzaine d’hommes fidèles à

ils furent employés aux préparatifs du
départ, car il était iihpossible de songer à rester plus
longtemps dans ces lieux. Incapable de qui ttèr le bord,
Gamble envoya les deux midshipmen à terre pour
mettre en sûreté les principaux objets contenus dans
l’établissement; ils avaient déjà fait un voyage, lors¬
qu’un des trafiquants américains, Burdenelle, vint
annoncer qne Wilson était rentré dans sa case, et
que les indigènes avaient assuré ne vouloir le défen¬
dre en aucuue façon'. Le désir de punir cet homme
de ses méfaits s’empara des Américains : le midshipman Feltus, accompagné de deux hommes,
courut en toute hâte pour le saisir, mais il arriva
trop tard; Wilson s’était déjà enfui. Se confiant
leur devoir -,

�ÎLES MARQ,ÜISES

90

l’apparente-neutralité des sauvages, ce même
midshipraan revint • prendre un surcroît de forces
pour aller détruire la case de Wilson, et aussi pour,
reprendre les effets qui avaient,été volés la veille.
Malgré la répugnance de Gamble à les jaisser partir,
dans

hommes accompagnèrent Feltus, lorsqu’il quitta le bord à onze heures et demie.
Ils n’avaient en tout que trois fusils. Gamble leur
recommanda d’être prudents, et de ne pas s’exposer
à une attaque des naturels ; car il commençait à com
naître le véritable caractère de ces sauvages, et il avait
acquis une triste expérience dans les événements de
Burdenelle et quatre
.

la veille.

appréhensions étaient

bien fondées : à
apparut sur la barre, en¬
touré par une foule de sauvages. On saisit à la hâte
un
paquet de cartouches avec une mèche allumée, et
Ses

midi et

demi,

un canot

l’on

rendit

sur

se

trop

le Sir. Andrew Hammond, mouillé

plus près du rivage; dans ce,mouvement préci¬
pité, on fut obligé d’abandonner un malade impo¬
tent sur

mond,

l’autre navire. A bord du Sir Andrew Ham¬

on

aperçut distinctement les sauvages pillant

le canot ‘dont ils avaient

pris possession ; on chargea
qui n’avaient pas été encloués par les sé¬
ditieux, et on fit feu. Au second coup, on distingua
deux hommes du détachement commandé par Feltus,
jetant leurs armes en signe de détresse sur la plage;
un moment après, ils
nageaient de toutes leur forces
vers ,1e bâtiment. Leurs
compagnons valides couru¬
les

canons

rent

immédiatement à leur aide dans

une

embar-

�91

NOUKA*HIVA.

ou

pleine d’eau, laissant le lieutenant
Gamble seul à bord.
\
Cet officier, en proie à une fièvre ardente, souf¬
frant de sa blessure, eut cependant assez de for¬
ces
pour sauter sur un pied d’un canon à l’autre
et y mettre le feu afin de protéger cette ^tentative de
sauvetage. Il tira avec assez de justesse pour écarter
les pirogues qui venaient attaquer le canot; grâce
a ce secours, la vie de cette
poignée d’Aniéricains
fut épargnée : les effets de l’artillerie .mirent seuls
un obstacle au massacre
général projeté par les an¬
cation à moitiô

,

ciens amis des Blancs.

Les deux, hommes sauvés

apportèrent la fatale

nouvelle du meurtre de leurs compagnons ; tous
deux avaient échappé miraculeusement à la
,

qui les menaçait, l’un d’eux même était
grièvement blessé d’un coup de pierre à la tête. Cette
déplorable catastrophe réduisait l’équipage à huit
liomines tout compris,
parmi lesquels on comptait
({uatre blessés. Il n’y avait pas de temps à perdre
pour quitter le port, car déjà Wilson, à la tête d’une
troupe nombreuse,, cherchait à remettre eu état
mort

les

canons

encloués de la batterie de terre.

quatre heures, le feu fut mis au Greenïvich, he
appareilla, tant bien que mal,
mais il fallut couper son câble, l’ancre étant trop
A

Sir Andrew Hammond

lourde pour

les forces de l’équipage. La seule

barcation du bord
ainsi que

se

brisa aussi

en

em¬
la hissant. C’est

les Américains, fuyant sur un navire dés¬
emparé, faisant de l’eau, sans ancres et sans embar-

�îles

92

MARQUISES

cations, quittèrent une rade où leur pavillon flottait
naguère triomphant, tandis que les lueurs de
l’incendie du Greenwich, guidaient leur route et
donnaient à

nie

avec

ce

leurs

tableau

une

teinte sinistre

en

harmo¬

pensées.

le dernier ; en arrivant aux
Sandwich, le Sir xXndrew Hammond fut pris par la
corvette anglaise le Cheruh : en inontant sur le pont
le lieutenant Gamble apprit encore la capture dés
Ce malheur

ne

fut pas

îles

navires de Porter par
triste fin de l’expédition

les Anglais. — Telle fut la
américaine, et dè son éta¬

blissement à Nouka-Hiva.
La

traite des fourrures

sur

la côte nord-ouest

d’Amérique, signalée par Lapérouse, avait conduit
quelques navires de commerce aux îles Marquises;
le commerce du bois de sandal, l’industrie des ba¬
leiniers en amenèrent d’autres encore. Malgré les
gueiTes incessantes qui, de 4790 à '4815, préoccu¬
pèrent l’Europe entière, dèg l’année 4810, l’Améri¬
cain Rogers, après avoir reconnu la présence du
bois de sandal sur l’île Nouka-Hiva, à l’odeur agréable
de la fumée d’un feu allumé par les sauvages, parvint
à se procurer plus de deux cent soixante tonneaux de
ce bois
précieux qu’il alla porter sur les marchés
de Chine. Sa cargaison entière lui avait à peine coûté
mille piastres en objets de peu de valeur distribués
aux sauvages, ses fournisseurs ; il la revendit à raison
de vingt piastres le pikle et s’assura un bénéfice
énorme. Bientôt il eut des imitateurs ; les navires eu¬
ropéens fréquentèrent annuellement le groupe des

�ou

NOUICA-tUVA.

93

Marquises. De nombreux déserteurs, préférant une
vie aventureuse aux règles des sociétés civilisées, se
répandirent dans ces îles et vécurent comme les habi¬
tants. Dès lors les sauvages, accoutumés à vivre avec
des hommes blancs, s’habituèrent à voir leurs vais¬
seaux fréquenter leurs rivages. Leur mœurs durent se
modifier devant ce contact de la civilisation. Toutefois,
ils conservèrent plus que jamais une salutaire crainte
des armes européennes et de leurs terribles elfets.
En effet, peu d’événements sinistres marquèrent le
passage aux îles Marquises des navires marchands qui
s’y succédèrent et qui, du reste, n’ont laissé que
peu de documents sur leurs voyages aventureux.
Le capitaine Roquefeuille, commandant le Bordelais
de Bordeaux, dans un séjour de deux mois qu’il fit
pendant l’année 18f8,auxîlesNouka-Hivaet Hiva-Oa,
nous a laissé quelques données intéressantes sur le
commerce du bois de sandal qui se faisait alors sur
ces îles. Il y rencontra le navire américain la Res¬
source, commandé par le capitaine Sowles de NewYork, et qui, comme le Bordelais, cherchait un char¬
gement pour les marchés chinois.
Déjà, à cette époque, les naturels ne voulaient plus
recevoir, en échange du bois précieux qu’ils récol¬
taient sur leurs îles, que de la poudre et des fusils,
marchandise dangereuse qui devait, à la longuq,
mettre de terribles armes entre les mains des sau¬

frein que celui
ajoute-t-il qu’il eut

vages, qui ne connaissaient d’autre
de la peur. Aussi Iloquefeuillè
constamment à se

garantir des nombreuses embù-

�94

ILES

MARQUISES

naturels, jusqu’au moment où , ses opé¬
terminées, il put mettre
à la voile et abandonner ces terres dangereuses.
Jusqu’en 1825, les documents relatifs à cet arclii^
pel sont de peu d’intérêt ; les navires marchands con¬
tinuèrent à fréquentèr Ces parages, mais ne recueil¬
lirent dans de courtes relâches aucun fait digne d’at¬
tention. Divers navires de guerre mouillèrent encore
sur les rades de
l’Archipel. Parmi ceux-ci, nous de¬
vons citer le brick américain le
Dolfin, commandé par
le lieutenant Paulding.
Le 7 janvier 1825, le missionnaire Crook, dont on
a vu déjà les périls et le dévouement,
quitta Taïti, sur
le Lynx, capitaine Sihrill, pour renouveler ses tenta¬
tives sur l’esprit des indigènes. Il emmenait avee lui
quatre Taïtiens, espèces d’avant-coureurs qui, plus
au fait des habitudes et du
langage des peuples de
l’Océanie, facilitent leur conversion et préparent
ches des

rations commerciales étant

l’arrivée des ministres

évangéliques.
février, M. Crook atterrit sur l’îleFatou-Hiva;
il eut plusieurs entrevues avec les-indigènes, mais
il les trouva mal disposés. Le 27 il
atteignit la baie
Yaitahou, où il avait séjourné un an en 1799,
et, trouvant plus de facilités, il y laissa ses quatre
acolytes, connus sous le nom de Teactiers. Deux se
fixèrent à Hanatetena, sur la côte est de l’île,
et un autre resta dans la baie Yaitahou. Le 4
avril,
M. Crook ayant trouvé une occasion
favorable, quitta
l’île et retourna à Taïti sur le navire Sara-Ann,
capi¬
Le 21

,

taine

Philips.

�ou

Les

espérances de
déçues

95

NOUivA-inVA.

ce

missionnaire, furent

encore

bout de deux mois, les teacbers
ne voyanl aucune chance de succès retournèrent à
Taïti. Toutefois, le projet de fonder une mission
fois

une

: au

abandonné, et le 23 oc¬
1827, les teachers
Haamaino Mareore
Faaroaou et Teahou partirent de reclief sur la
Minerve, navire commandé par le capitaine Sibrill,
beau-fils de M. Henry, un des missionnaires de
ces

sur

îles

ne

fut pas

tobre

,

,

Taïti.

'

'

,

•

Mais, cette fois, les teachers avaient emmené leurs
avec eux, dans l’espéraiicé d’acquérir plus

familles

d’influence. Les deux

premiers débarquèrent

encore

Taouata, et fixèrent leur résidence auprès du
chef Yotete, le meme qui a depuis accueilli les
missionnaires français. Les deux, autres teachers
à

Nouka-Hiva

lorsqu’ayant ap¬
pris que deux Européens, venaient d’être assas¬
sinés dans cette île, ils préférèrent s’arrêter au¬
près d’un chef nommé Teato, sur l’île Houa-Poou.
s’acheminaient

Ce

vers

chef bienveillant différait

,

de

ses

subordonnés

qu’il n’était orné d’aucun tatouage; avant
départ de la Minerve, il avait déjà donné aux tea¬

en ce

le

chers

et à

leurs familles

une

maison et

un

terrain

grand. Ces dispositions favorables ne furent
cependant pas de longue durée : les teachers de
Taouata furent obligés de-quitter l’île au moment om
les habitants allaient les sacrifier à leurs idoles, et
ceux de Houa-Poou,
quoique bien traités par le chef,
demandèrent aussi à retournerà Taïti, à cause du peu
assez

�96

ILKS

MARQUISES

de succès de leur mission et

pulation leur occasionnait.

des enduis que la po¬

Toutefois, et nonobstant les essais infructueux

qui

anglais de Taïti
n’avaient pas perdu de vue l’arcliipél Nouka-Hiva ;
dans une assemblée générale, en considération, sans
doute, de l’âge avancé de M. Crook, ils avaient désigné
MM. Pritchard et Simpson pour aller s’établir dans
a\aient

eu

lieu, les missionnaires

avait-il, dans cette désignation,
à M. Pritchard, dont le carac¬
tère â'été mis au jour dans la narration du voyage
de la Vénus. Quoi qu’il en soit, au commencement de
1829, ces deux messieurs trouvèrent une occasion
favorable de visiter leur nouveau poste, mais l’as¬
pect des lieux ne leur sourit pas. Ils n’y virent pas
de chances favorables pour l’établissement d’une

ces
un

îles. Peut-être y
motif particulier

mission, et revinrent promptement

position première à Taïti.
Dans la même

année,

un

ricain des îles Sandwich,
de la marine militaire des

reprendre leur

alicien missionnaire amé¬

devenu depuis chapelain

États-Unis, vint étudier

et les mœurs des habitants. Le 26 juillet
1829, la corvette des États-Unis, le Vincennes, sur

le pays

laquelle il était embarqué, vit apparaître l’île HouaHouna, la plus est du groupe nord. En contournant
la-pointe sud-ouest dans la même journée, on aperçut
soudain, sur un morne escarpé, des groupes de na¬
turels accourus pour voir passer le navire. On distin¬
guait leurs corps nus , on les voyait agiter des étoffes
blanches et leurs manteaux au bout de leurs lances.

�ou

iVOtjtCA-lIlVA.

97

.enlcndait leurs cris sauvages. La voilure, du
Vîncenhes était trop considérable
pour pouvoir
arrêter subitement la vitesse de son
sillage, mais
on

tandis que

les sauvages suivaient sur une crête oppo¬
progression du navire, la ‘musique s’assemblasur le
pont et répondit par des airs américains aux
cris du rivage. Au moment où les sons harmonieux
parvinrent à la foule éparse sur les rochers dont, on
s’était beaucoup approché, on. vit tous ces honuifes
saisis d’étonnement se coucher à terre,
pour ne rien
perdre de cëtte mélodie inconnue ; sans douter ils se
croyaient sous l’empire d’un charnïe, éii éprouvant
une sensation suave
qu’ils Ignoraient ertcore:
La nuit, une nuit calme et pure, couvrait la terre
de ses ombres, la musiquô.Vaffaiblissait de
plus en
plus parla distance; maisun put voir, tant que dura
le jour, les groupes de ces
sauvages rester immobiles
sur les rochers, comme s’ils étaient absorbés dans
sée la

une

silencieuse admiration.
de la nature

abrupte des monts boisés et
rivages verdoyants, l’aspect de ces sauvages nus
comme leurs rochers et jetant au vent leurs clameurs
confuses, leurs gestes hardis, formaient un singulier
contraste avec ce navire
splendide, le plus beau
chef-d’œuvre de l’industrie humaine, passant ma¬
jestueusement sur, une mer aplanie, et produisant
La

vue

des

une

douce harmonie.. D’un

dans toute

cote

se

trouvait riiomme

dégradation primitive, de l’autre on le
voyait au plus haut degré de l’intelligence et de la
puissance.
sa

7

�V-

ÎLES MARQUISES

98

^Le lendemain, 7e Fincennes'mouilla dans là baie'
Taïoliae, en face dû camp de. Porter, mais on en
chcrclia eh vain les yestiges : toute trace avait dis¬
paru, aucun
cet

indice n’indiquait reraplacèment

établissement temporaire.

.

■

do

Bientôt, aü milieu des nojtiibreiiàes pirogues ac¬
de toutes lés parties de la baie, arriva celle
des chefs. Moàha, jeune èhfaht de huit àris, auquel
courues

revenait par

droit d’hérédité lé titré de chef principal

Haape^ son tuteur, espece de ïégent
pendant le temps de sa minorité, etPaïrorp ouPaiou,
chef'des Happàs, tintent recueillir les Cadeatix des
Américains; ils reconnurent le pavillon, et nom¬
mèrent le Yincennes bâtiment dé Porter. Moâna
de là vallée,

était un enfant d’un

aspect charmant; Haape

portait

l’expresèion d’un caractère doüx et bienveillant sur
sa figuré ridée par l'âgé, tandis c[ué Pâïroro avait
une apparence de dignité et de forcé, jusliüée par les
admirables proportions de son corps noir dé tâtoüage.
Le capitaine Finch avait fait comprendrë à ces
chefs qüe le navire serait taâôù, toutes les fois qù’üh
pavillon blanc ne serait pas hisse en tête du mât.
Cette restriction les étonna un peu, surtout loi’squ’aii Coücher du soleil le pavillôh fut amené èt
tout le monde- congédié sans excéption. « C’est un
bâtiment extrdorAïnaîrè, y&gt; dirent-ils en S’en allant, car
ils avaient été habitués à recevoir une hospitalité
beaucoup plus libre à bord dé presque tous les au¬
tres

navires.

Le

lendemain, le capitaine Finch, M. SleMrt,

�NOUKA-lilVÂ.

ou

quelques ofTiders clésfceiidirent ;à

Ô9

terre^ pour aller
dliiîcielle aux chefs de la baie. Un
Anglais, norilhié Méfrisson, établi dans ces îles de¬
puis nombre d’années^ en qualité de trafiquant de
bois de' sàndàl, lèur servit d’interprètej et les
guida ■irefs la demeuré d’flàapëj- qi^i habitait atee
Moana ; bette case se trouvait située sur le sommet
d’uriè petite éoHinej eue était paffaitemërit'visible
du mouillagej qu’elle dominait.
Apt-ês avoir reçii tin accueil d’autant plus cordial
qü’ils apportaient des cadeaux, ces messieurs allè¬
rent sè promener dans les alentours. Au sortir de
la maison de Moanà, on leur montra tiri hommè de
petite taille, mais de formes athlétiqües ; on le dé¬
signa comrtïe le Ton guerrier lé plus vaillant de la
tribu. Ses traits avaient,* en effet, une expression duré
et féroce. Contre l’habitude du
pays, sa tête était
recouverte de toUs ses cheveux ; leur
épaisse fri¬
sure était, sans douté, calculée
pour ajouter à la
terreur du regard;; cet homihe,
qui était peut-être le
fameux Moùina de Porter, tenait à la main une
lance. Sur la demande des Américains; il leur
donna la " représentation d’un. eomb’at simulé. Il
montra tant d’agitation dàns ses mouvements, varia
tellement ses poses menaçantes,- ses grimaces et ses
contorsions, il poussa- de tels hurlements, qu’à la
fin on aurait pu croire que l’action' était réelle, ét
que, d’un moment à Tàutre, sa lance redoutable
irait percer qUelqué spectateur.
Après avoir visité la place pavée, qui, dans chaque
Ot

rendre

une

dsite

,

�ilfES MAJilQtjiSEâ

■lOO

village, est destinée aux

assemblées du peuplé dans
chapelain Stewart se fit

grandes solennités, le

les

conduire dans une case à

moitié ruinée qui conte¬

naguère des idoles et divers objets du culte.
édifice avait été la suite d’une
guerre récente avec les Happas ; ces derniers avaient
nait

ruine de cet

La

été victorieux,

leurs guerriers avaient saccagé et

pillé toute la vallée, et, depuis lors, on
songé à remplacer les images sacrées qui
enlevées; Haapé et toute sa

n’avait pas
avaient été

tribu étaient soumises à

espèce dewasselage envers leui’s vainqueurs. Le
Païroro, semblait avoir été préposé par
les siens pour surveiller et recevoir les impôts de la
une

chef happa,

vallée soumise.

Américains avait fait naître l’espé¬
qu’ils prêteraient leur appui aux anciens

L’arrivée des
rance

guerre avec les Taïpis.
course faite dans une vallée voisine,
et ses nombreux compagnons furent ac¬

alliés de Porter, encore en
Dans

une

M. Stewart

compagnés par les cris de joie des guerriers taïs, qui
les regardaient comme des auxiliaires : ils bondis¬
saient sur le passage de la troupe, brandissaient
leurs armes et prenaient des attitudes menaçantes en
jetant des .regards de défi vers les montagnes de
leurs ennemis, et en criant : «. Taipi, te mate i te
Taipi ! les Taïpis, mort aux Taïpis ! »
Dans cette, promenade , qui avait pour but d’as¬
sister à une fête
cement

chez les Happas, on revit l’empla¬
.porté le canon de Porter. Les

où avait été

précipices qui avoisinent ce

point, rendent ce

�ou

401

NOUKA-HIVA,

incroyable; c’est à peine si les officiers
atteindre eux-mêmes cette crête
escarpée, d’où la vue embrasse un vaste horizon et
fait presque

du FinceHîzes purent

les sinuosités de la côte et des vallées, pendant que
les fraîches brises des vents alisés modifient agréa¬

température si chaude de ces contrées.
du Yincennes n’avait d’autre but que ce¬
lui d’engager les chefs à empêcher la désertion des
matelots des baleiniers américains, désertion qui
laissait quelquefois ces bâtiments sans équipage.
Cependant, ayant appris qu’en 1814, à la suite de
l’assujétion des Taïpis, Eeatanoui, chef des Taïs,
avait été considéré coinme le chef dé l’îlé entière, et
qu’à sa mort, son fils, père du jeune Moana avait
conservé le titre de grand chef, le capitaine Finch
voulut tenter de s’interposer entre les tribus bel¬
ligérantes et de ramener l’ùnion parmi elles,
en faisant reconnaître le jeune Moana comme chef
principal de l’île. Cette tâche paraissait d’autant
plus facile, que toutes les tribus reconnaissaient la
suprématie de Moana, surtout celle des Taïpis-,
blement la

Le voyage

d’où était issue
nes se

son

aïeule. Dans

ce

but, le Yincen¬

rendit, au commencement du mois d'août, dans

la baie de Homi.
Les

Taïpis,

en voyant

arriver

ce

navire, furent

plus grande, que déjà
de fausses nouvelles de guerre avaient été répandues
chez eux par les Happas. Ils crurent qu’on venait
les attaquer, et ils s’occupaient des moyens de dé¬
fense, lorsqu’ils reconnurent qu’on n’avait à leur
saisis d’une crainte d’autant

�ÎLES MARQUISES

d02

égard auciine inteption hostile. ï^a haie, déserte èk
lorsque l’assurance
de la paix fut donnée;.,les armes furent déposées
pour faire place aux démonstrations les plus ami¬
cales. La coniîance des Taïpis devipt si grande,
que plusieurs d’entre ,eu?j demandèrent à passer la

l’arrivée, se remplit de nmpde

nuità bord.

L’origine dé la guerre, entre les tribws provenait
ces enlèvements de'victimes humaines, fré¬
quents dans l’histoire des habitants : trois hommes,
trois.femmes et un.enfarit'des Taïs, surpris dans leur
sommeil, avaient été faits prisonniers par une bande
de Taïpis et avaient été offerts en sacrifice aux mânes
d’un chef renommé, mort depuis peü. Çette atrocité
avait amené des repr^ailles, et dès lors les hostilités

d’un de

n’avaient

pas-cessi^.

.

fnreiit tenues à bord du
le capitaine Finch eut la satisfaction de

Diyei’ses conférences
cennes,

voir

et

un

résultat favorable couronner ses efforts

conciliateurs. Moana fut considéré comme chef su¬

périeur de l’île, et la réconciliation des tribus fut
opérée.
La conduite des Taïpis continua à être amicale
pendant le temps que le Vincennes passa au mouil¬
lage, M. Stewart put se promener en sécurité dans
toutes leurs vallées; cependant il eut le soip de.se
faire escorter par un
dé^aphement dans presque
toutes ses courses. Au moment

de partir,

des vols

nombreux, tentés souvent ouvertement, furent les
adieux adressés par

les indigènes

aux

Américains,.

�ou

NOUK/y-HIVA.

403

disparaissaient comme par enchante¬
les poignards des midschipmen eurent -.aussi

Les mouchoirs

ment,
à. souffrir du contact des mains tatouées. Toute

été dissipée, Içs pènchants sauvages
reparaissaient. Après la peur, la convoitise.
crainte ayant

M. Stewart s’élève

avec

raison contre la

déplora¬

ble insouciance des navires dii commerce, qui four¬
bissent aux sauvages des fusils et de la poudre pour
en obtenir des vivres. Ce çonimèrce
imprudent pro¬

chaque guerrier des moyens de destruction
plus sûrs, plus prompts, et les ineurti’és se multi¬
plient parmi les naturels; souvent aussi, ces armes
tournent au détriment de ceux
qui les ont mises aux
mains des sauvages. Les embarcations des bâtiments
ont été
plus d’une fois exposées à recevoir des coups
de fusil tirés par dès ennemis embusqués dans les
cure

à

broussailles.

doit

l’avouer, la conduite des Euro¬
péens amène souvent des représailles. D’après un
grand nombre de renseignements pris sur les lieux,
il paraît certain
que plusieurs capitaines baleiniers se
sontemparés des naturels qui, trop confiants, venaient
à bord de leurs navires et qu’ensüite ils les ont em¬
menés de vive force pour suppléer aux bras
qui leur
manquaient. Quelquefois, après avoir choisi les plus
robustes de leurs prisonniers, ils forçaient les aütres à se jeter à la mer, à
quinze ou vingt milles de
la côte; étrangé cruauté,
qui surpasse celle dès sau¬
vages qui tuent, mais qui ne font pas souffrir une
longue agonie à leurs viçtimès. La plupart des insuMais

on

,

�ÎLES MARQUISES

loi

laires soumis à cette presse

illégale, mouraient àu

proie aux maladies occa¬
le changement des climats , et peut-être
mauvais traitements.
M. Stewart, dans une de ses incursions, visita une
famille privée d’un de ses membres enlevé par un

bout de

quelque temps,

sionnées par
aussi par les

en

du missionnaire, un
sentiment de douleur se peignit sur toutes les physio¬
nomies, dés pleurs coulèrent pendant qu’on lui ra¬
contait le cruel événement qui privait un chef de
son unique fils. On lui montra une corde sur la¬

bâtiment américain. A la vue

quelle on avait fait des nœuds, à chaque nouvelle
depuis le passage du navire ravisseur ;
il y avait déjà cinq nœuds marqués.
Pendant le séjour du Yincennes, non-seulement
aucune arme, aucune parcelle de poudre ne fut dé¬
livrée mais le capitaine Finch offrit au bâtiment
français, la Duchesse de Berrj, capitaine Moité, qui,
lune survenue

,

en se

rendant du Callao à Manille, faisait une courte

île, de l’aider de tout son pou¬
transactions, s’il voulait suivre son

relâche dans cette
voir dans

ses

exemple. Le capitaine français s’empressa d’obtem¬
pérer à cette demande.
En quittant le port de Homi, le Yincennes, soulevé
par de fortes lames, faillit se briser sur les rochers
de l’entrée. Au moment du danger, les chefs taïs
montrèrent une grande consternation. Un d’eux
prenant le prince Moana dans ses bras comme pour
le sauver, s’écria.; Mate, mateoaKepahinouimanawa-,
mort, mort va être le grand navire de guerre. Heureu-

�ou

NOUKA-HIVA.

105

bouffée de venl arrâcha la corvette au
danger, et délivra les passagers de leur frayeijr d’être
dévorés par les Taïpis.
Quelques heures furent encore consacrées aux
adieux des Taïs, puis le 13 août 1829, le capir
taine Finch quitta son ami et son protégé, le
jeune chef Moana, pour se diriger vers les îles
stement, une

Sandwich.

stérile
résultats, du capitaine Waldegrave, commandant
le navire anglais le Seringapatnam, qui visita cet afchipel en 1830, ainsi que le départ de Portsmoulh,
( lé 21 octobre 1831) de MM. Stallworthy et Rodgerson, missionnaires, envoyés par la Société de
Londres, malgré les nouvelles du peu de succès des
tentatives précédentes. En 1835, l’ile Nôuka-Hiva fut
encore visitée par un Français, le baron Thierry, qui
se
proclama roi de l’île, ;ef qui , pour toute mar¬
que de sa royauté passagère, laissa entre les mains
d’un jeune sauvage, Vavanouha, la singulière pièce
suivante, recueillie ensuite par le capitaine Jacquinot, lors du passage des corvettes l'Astrolabe et la
C’est ici le lieu de riientionner le passage,

en

,

Zélée.
«
»

»
»
»

»
»

Nous, Cliarles, baron de Thierry, chef soûve-

Nouvelle-Zélande, roi de l’île NoultaHiva, certifions avec plaisir que Vavanouha, chef
de Portua, est l’ami des Européens, et qu’il s’est
toujours conduit, à notre égard, avec décence et
bienveillance. En conséquence de quoi, nous le
recommandons aux bons soins de tous les navigarain de la

�îî^ps

i06
«

tgups,

»

rité.
»

»

marquises

qui peuvent demeurer jci

cq toute

gécu-

'

Donné à PortrCharles

Hiva, le 23 j uillet 4835,
»

Charles

,

(Anna-Maria), îlp Noukabaron de Thierry
j&gt;

Eu.

»

Per le

,

roj,

Fergus, colonel, aide-dercamp.

»

! ajoute M, Jacquinot.
Majesté le bqron Thierry avait fait, dans le cours
de son règne, une courte
açparitipn à .Mouka-Hiva,
sans dçute pour percevoir quelques tributs de co¬
chons et .autres rafraîchissements, à l’aide d’objets
Sa

Heùrenx roi ! heureux sujets

d’échange.
La frégate la ye/ms, commandée par M. DupetitThouars, alors.çapitaine de vaisseau, et les corvettes
l’Astrolabe et /a Zé/ee,. .SQUSles ordres de M. d’ürville,
élevé, depuis au grade de eontre-îamiral , firent en¬
suite nue apparition presque simultanée dans les
eaux de cet archipel,
Le ^ août 4838, la frégate/a Vénus, pilotée par
deux Anglais, Collins et Robinson, établis depuis
longtemps sur l’île Taoupta, atteignit d’abord la
baie à! Jmanoa, située au.nerd de celle à^ Vaitahou.
Le. chef d’Amanoa arriva sur-le-champ à bord,
accompagné de deux autres chefs et d’un enfant,
son fils, qu’il offrit de laisser en otage.
Ce chef, nommé Yotété, était d’une taille colossleet d’un embonpoint non moins remarquable; la
,

,

�407

QU rjOUÎfA-mVA,

coillour de

sa

peau

disparaissait

sous une

teinte

noire, produite par pn tatouage compliqué, tandis

que sa

figure, ouverte et pleine de,bonté, inspirait
aivait peine à croire, en le voyant,

la cpnfiancer On

horanae était un chef tbanthropophages.
Dupetit-Thouars nyait reçu à bord de frégpte

que çet
M.

.

deux missionnaires français, qu^il devait
déposer
dans ces îles ; ces deux inessipurs purent eptrer de

suite en communication avec leurs futures ouailles,
auprès, desquelles se trouvait encore M, Stallworlliy,
un des missionnaires
anglais partis d’Angleterre éti
1834. Le second, M. Rodgerson, avait été forcé
d’abandonner son troupeau après trois années d’inu¬
tiles efforts; les difïicultés dé la position de ce dérnier
étaient considérablement augipentées par la présence
de sa femme qui l’avait accompagné. Il eut
beaucoup à
souffrir du caractère guerrier des habitants, de leur
pencjiant au vol, et de leurs moeurs trop licencieuses.
étaient dérobés pour

faire des cartouches;
de meubles qu’il possédait, Içs vêteinents de
sa femme,
chaque objet qui pouyait tenter la cupi¬
dité. des naturels, étaient enlevés peu à
jîeu, d’abord
avec adresse, puis avec violence. Une
fois, la rtiai-son de ce missionnaire fut incendiée ;
pour obtenir
Ses livres

le peu

des

vivres, il fallait aller chercher des fruits à

dans les vallées voisines, car il ne

pain

pouvait pas en
acquérir dans la baie même. Une fois surtout, ceS
privations furent d’autant plus pénibles que madame
Rodgerson était sur le point d’accôucher." Son mari
put à peine obtenir pour elle, dans cet état ma-

�îles marquises

408

ladif, une nourriture grossière qu’on lui
partout; l’èloignenient des indigènes pour

refusait

les mis¬

ceux-ci, cependant, n’é¬
prouvèrent aucun mauvais traitement, mais souvent
des troupes de jeunes gens vinrent les insulter et
même les menacer. Il paraît aussi que plusieurs
fois la présence d’une Européenne fit naître des
débats désagréables. Les Chefs, accoutumés à une
sionnaires était extrême ;

liberté

Chez

excessive

les

femmes, trouvaient

les Européens ne suivissent
à cet égard, les habitudes générales dans

fort extraordinaire que
pas,
nie.

fin, M. Stalhvorthy, qui n’était pas marié, en¬
gagea son confrère à s’éloigner, et resta seul en butte
aux railleries des Nauka-Hiviens. « Donnez-moi de
A la

poudre, disaient-ils, et je vous écouterai ; que

»

la

B

me

»

raissèz désirer

reviendrà-t^il d’entendre
me

»

donnez-moi de la

»

vous

écouterai

vos

leçons ? Vous pa-

faire des discours; eh

bien,

poudre ; j’irai me battre, et je

après,

b
Au moment où Yotété quitta

la frégate française,
de canon. C’était, sans
doute, la première fois qu’un pareil honneur lui
était rendu ; il exprirna le désir de voir les canons
faire feu, tandis qu’un des chefs qui le suivaient sol¬
licitait, à son tour, de mettre le feu aux pièces. Dans
la nuit du 4 au 5, de violentes rafales, venant des
montagnes, firent chasser la frégate. Le lendemain,
on changea ce mouillage pour celui de Vaïtahou,
où le môme temps fit éprouver encore le même acon

le salua de quatre coups

�ou NoUkA-HlVA.

cident ; une ancre fut cassée, et ce ne fut que

109

le 7

l’ancrage fut enfin définitif.
peine/aVe'Hws eut-elle attcintsa nouvelle relâche,
que déjà Yotété arrivait à bord. Convive exact, il ve¬
nait, aux heures des repas, prendre place à la table
du capitaine dont il savait apprécier la bonne chère.
Le salut qu’on lui avait fait avait tellement flatté sa
vanité, qu’il demanda qu’on le répétât, afin que tout
Vaïtaliou fût aussi témoin des honneurs qu’on ren¬
dait à son rang; on se prêta volontiers à son désir,
et 23our l’accomplir entièrement, on
y ajouta quel¬
ques fusées et quelques chandelles romaines. La
femme de Yotété vint aussi rendre visite à la frégate,
et parcourut ses batteries en entier ; toutefois, ce ne
furentpas les curieux emménagements d’un navire de
guerre qui arrêtèrent ses regards. Le four fixa jdus
2)articulièrement son attention ; on en retirait juste¬
ment, la ration du pain de l’équipage; elle
témoigna
le désir d’y goûter, et ellè fut promptement satis¬
faite. Elle se retira ensuite, en emportant un pain
entier, ce qui était pour elle une rare friandise.
Selon l’usage commun à toutes les îles de l’Océa¬
nie, Yotété avait changé dé nom avec M. DupètitThouars : par cette cérémonie, le chef sauvage
que

A

concédait

au

commandant

français non-seulement

politiques, mais il lui abandonnait en
conjugaux ; il faut ajouter qu’on
n’abusa jjas de tant de générosité.
Le chef et sa femme avaient fait toilette complète
pour cette visite d’étiquette : un manteau rouge
tous

ses

droits

outre tous ses

droits

�liO

ILKS MARQUISES

constituait le costume de cérémonie du

premier ;

quant à la seconde, elle avait relevé soigneusement
Ses cliéveux sous une enveloppe d’étoffe de mûrier,
et avait revêtu une robe européenne qu elle avait

cadeau des missionnaires' français. M. D.upelit-Thoüars sé rendit à soq tour dans la demeure
reçue en

de l’auguste

famille; les catleaux qu’il apportait àvee

l’èrhpresseméht lé plus natu¬
rel. La femtne du chef né fut pas. oubliée : ün ri¬
deau rouge sérvit à la rëtidre heureuse au possible.
Les bonnes dispositions montrées par Yolété, éngagèrént MM. bevatiX et Borgella, passagers de la
Vènüs, à fixer leur résidence près de lui. Cette offre
fut accueillie avec béaucoùp d’empressement; cè
chef offrit ünè partie dé sa dèineure pour les loger ,
eh attendant qu ils ehssent un abri à eux; il leur
donna aussi un terrain assez grand pour y bâtir leur
futüré maison ét pour y faire iin jardin.
Le 9 août, la Yénuè appareilla, laissant derrière
elle dé nombreux souvenirs parmi les habitants qiii
voyaient avèc peine' le départ dé ces jeunes marins,
prodigués de verroterie et d’àutrés objets dé la même
impoftahce. Yotété vit arriver l’heure fatale de la
séparation avec émotion ; conviAh éxact dü comman¬
dant il perdait à la fois On généreux ami et des re¬
pas dont il avait reconnu le mérité. Il ne put s’empêchér de verser‘ d’abondantes larmes... Quél a dû
lui furent

reçus avec

’•

,

être son ravissement en retrotivant

deux bonheurs

tour.

dernièrement les

qü’îl croyait avoir pérdiis

sans re¬

�dû

Éiï

444

moürà-iuVa.

quittant ifrt Fë'wMS, il ëmjporta ün pâ\il]oh qu’il

avait demandé ; il en connaissait
l’emplDi et voulait
aussi atboref sSs cduleUtS ; il dvait cliUisMé damier

rOUgC ët
ëline

blanc/après aVoié

autre batiorl n’avait

été au-dessous de sa

reçu

adopté

rassilVanéë qü’àü-

ces

ëoideUrs : il eût

dignité de cbnitnettre une USürpâtioii de ce genre. À Un chef aussi puissant il fal¬
lait 11116 enseigne particuliôrë.
MM. Devaux et

Borgella éprouvèrent un sèri'emént
voyàht le paVillon national fuir à
fhorizon ; un bâtiment est ëncore la patrie. Seuls
désormais ait miHèu d’uiie peuplade de cannibales
dont ils ne connaissaient pas lé langage, ils
ignoraient
lé sort qUi leur était, réservé; ils avaient beséin dë
toutieur courage pour surmonter léà- regrets d’une
pâreilie séparation.
de cèeUr réel èh

La baie de

Taio-hae devint le théâtre d’unè Scène

digne des anciens navigateurs, lorsque, le 26 août
soir, l'Astrôlabé et la Zélée y laissèrent tomber
l’anére. A peiné les voiles furent-elles serrées,
qu’un
nombre considérable de pirogues se détachèrent de
divers points de la baie ; des bahdes dé jeunes fem¬
ait

mes,

au

la tête ornée de fleurs

ou

de

feuilles, portant
vinrent a là

bout d’un bâton leurs vêtements,

nage entourer les corvettes. ToUte cétte foule pous¬
longs éclats de rire et de grands cris de joie.

sait dé

C’était bien là

spectacle extraordinaire. Qu’on
figure trois ou quatre cénts sauvages prenant
leurs ébats, en poussant des cris àsSOUrdîSsants.
Tous à f’envi, en nageâint avec grâcedéployaiën'li
se

un

�ÎLES MARQUlSEy

agilité et la souplesse de leurs membres ; la mer
écumait, en quelque sorte, sous les efforts de
tant de bras. A chaque instant, d’interminables cris,
Ouoh, ouoli, ouoh, empêcliaient presque le comman¬
dement de l’oflicier de quart de se faire entendre.
leur

calme

Pour éviter

troupe

l’envahissement du navire.par une

aussi nombreuse, qui aurait immanquable¬
la manœuvre, les fdets d’abordage, vaste
enveloppe le .contour d’un navire^ oppo¬

ment gêné
réseau qui

sèrent leur barrière infranchissable à
d’un ennemi de nouvelle
Bientôt les navires

se

l’iutroduction

espèce.

trouvèrent entourés d’une

les baigneurs, qui
le^ moindres saillies des corvettes.
Les factionnaires ne pouvaient suffire à contenir tant
de jeunes femmes perchées sur les rebords étroits
des bastingages, ou négligemment appuyées sur la
flexible muraille qui les excluait si brutalement.
Toutes imploraient du geste et de la voix une hospi¬
talité plus complète., et plus d’une tenta de violer la
consigne des sentipelles. Pendant plusieurs heures,
elles attendirent patiemment qu’on permît leur
introduction, témoignant parfois leur mécontente¬
ment par des murmures ; mais, le plus souvent, elles
tâchaient de charmer les étrangers par des chants
sans art, mais prononcés avec ensemble; le lende¬
main la scène changea d’aspept : réunies le soir sur
le rivage,, ces femmes entonnèrent un chant mena¬
çant, bien différent de celui de la veille, en l’accom¬
pagnant de gestes animés.. Elles s’étaient présentées

ceinture vivante,
avaient envahi

formée par

�ou

NOUKA-HIVA.

113

embarcations des corvettes pour se rendre à
bord; mais on avait refusé de les recevoir^ et, .dans
aux

leur

fureur, elles lançaient,

cations

sans

doute, des impré¬

nombre contre le commandant
auteur du tabou prohibitif.
sans

Au milieu de cette

agitation bruyante

français,

on

,

pouvait

aussi remarquer un peu de défiance et
d’inquié¬
tude; bien souvent le mot Moana avait été pro¬
noncé par les sauvages, sans

qu’on pût en com¬
prendre le sens.- Hutchinson, Anglais successeur
des Roberts, dçs Cabri et autres aventuriers
errants
dans ces îles, vint donner le mot de
l’énigme :
Moana est le

du

jeune chef mentionné par le
chapelain Stewart. Avec l’âge, il avait justifié les es¬
pérances de ce missionnaire ; non-seulement il s’était
converti, mais encore il avait voulu engager son
peuple à embrasser le christianisme. Mais l’aversion
des Noukahiviens pour les missionnaires était bien
prononcée

nom

Laissez-nous comme nous sommes,
répondaient-ils aux exhortations de leur chef ; les
missionnaires ne peuvent-ils pas demeurer parmi
nous sans détruire nos
usages ? Les Happas et les
Taïpis ne nous attaqueraient-ils pas, s’ils nous
voyaient abandonner nos coutumes ? » L’opposi¬
tion fut si manifeste, au dire
d’Hutchinson, que le
pauvre Moana, ayant à opter entre son peuple et ses
croyances, préféra aller vivre près des missionnaires
des îles de l’Océanie :
Rarotouga fut, dit-on, le lieu
«

.

»

»

»

»

»

de

refuge qu’il choisit.
partir cependant ,11 avait menacé-haute-

Avant de

�ÎLES MAUQUISES

114

sujets endurcis de revenir un jour, à

ment ses

la tête

plusieurs navires de guerre, pour les contrain¬
la force à se convertir. Cet adieu n’avait pas
beaucoup effrayé la population ; mais, en voyant deux
navires de guerre entrer à la fois dans la baie, on se
souvint des promesses de Moana; aussi les naturels
demandaient-ils si leur ex-roi était à bord; Cette
question d’abord incomprise resta sans réponse, et
de

dre par

ces

pauvres sauvages ne

qu’ils eurent la
sur

parurent rassurés que lors¬

conviction que Moana n’était point

les corvettes.

Vavcti-Noui et
avaient
pouvoir de Moana en son absence; Patini, cette fille de Keatanoui, qui avait tant séduit
Porter il y avait vingt-cinq ans , jouissait aussi d’une
grande influence^ en sa qualité de tante de Moana.
Les

chefs

succédé

,

au

quoique déjà,âgée, elle justifiait la
particulière que Porter avait faite de ses
attraits dans sa narration. C’est à cette beauté re¬
marquable, disaient les Anglais établis sur l’île, que
lesTaïs doivent-l’état de paix qui règne entre eux et
les Happas; cette histoiré est assez romanesque,
dii reste, pour qu’on puisse en douter, malgré l’as¬

Belle encore,
mention

sertion de

ces

colons indépendants.

chefdes Happas, ayant beaucoup entendu
Patini, prit un beau jour la ré¬
solution d’aller la voir. Par une huit obscure, il fran¬
Un jeune

vanter

la beauté de

mit son projet à exécution.
Bref, l’entrevue eut lieu, ils se plurent mutuelle¬
ment, et le chef des Happas devint un des époux
chit les montagnes et

�ou

de Patini

NOUIÙV-IIIVA.

H5

à Nouka-Hiva, les mœurs sont tout à
de celles des Turcs, et les femmes ont
privilège d’ayoir plusieurs époux légitimes. Ainsi,
:

car,

fait l’opposé

le

la beauté de la fille de

Keatanoui, au rebours de
d’Hélène, a arrêté l’effusion du sang, au moins
pendant quelque temps.
Les Français trouvèrent à Nouka-Hiva un
grand
celle

d'Européens, la plupart Anglais, déserteurs
ou condamnés échappés des colonies
pénales de l’Australiej fixés parmi les sauvages;
nombre

deç bâtiments

leur existence était assurée

quelque sorte par
qu’ils avaient reçues
des chefs. La culture des patates
douces, des igna¬
mes et du Taro, suffisait non-seulement à
leur
nourriture,.mais leur permettait encore.,d’en appro¬
visionner les navires marchands
qui fréquentaient
ces
parages. D’après Hutchinson, une douzaine de
navires étaient venus relâcher dans ee
port depuis
le commencement de l’année ; il s’en trouvait en¬
en

les concessions de terrains

deux

la

rade, toüs deux baleiniers et américâinsi Les navires de guerre paraissaient
plus ra¬
core

sur

rement; lè dernier avait passé en 1835, c’était/e

Vincennesy qui était revenu voir les lieux qu’il avait
déjà visités en 1829.
L’expédition après avoir accompli d’intéressants
travaux, partit à son tour, mais le pavillon français
ne devait
pas tarder à reparaître dans les mêmes
lieux qu’il devait ensuite abriter
pour toujours.
Le brick le Pylade^ commandé
par M. Bernard,
,

vient clore la liste des bâtiments dont les
voyages

�ÎLES MARQUISES

116

quelques détails intéressants. Ce brick ar¬
le 29 avril 1810, et, dès l’abord,
il reconnut que le cbefYotété n’avait plus pour les
missionnaires français la bienveillance qu’il avait
manifestée pendant la présence de la Vénus. Flottant
entre les missionnaires anglais et français, son rôle
offrent

riva à Taouata

paraissait se borner à recevoir leurs cadeaux sans sc
soucier le moins du monde du but de leurs religieux
efforts; Yotété ne croyait plus à la loi du Tabou,
mais il n’en voulait suivre aucune autre; de sorte
que la vallée de Vaïtabou continùait, comme par le
passé, à présenter le spectacle d’un peuple peu dis¬
posé à changer ses incéurs èt ses croyances ; Maheono
jeune chefde la vallée considérable d’Hanatété, située
dans l’est de

l’île Taouata, parut en

disposé en faveur du nouveau

revanche mieux

culte. La vallée de

paraissait aussi dans les mêmes dispositions;
avait établi Sa demeure; mais en consul¬
tant les Annales de la foi, publiées par l’association
des missions J, on voit que le résultat des effort,s des
missionnaires sont à peu près nuis encore ; on citait
en 1841, trente-cinq baptêmes dans tout l’archipel.
Le 2 mai, l’équipage du Pylade descendit à terre
pour célébrer la Saint-Philippe. La première pierre
de l’établissement des missions fut posée, il reçut te
nom de la reine Amélie de France. Un Te Deum fut
chanté ; l’autel placé dans les bois donnait à cette cé-*
rémonie un çaehet particulier ; le bruissement des
feuilles,' le bruit sourd d’une cascade, le fracas des
lames déferlant au rivage, les détonations de l’artil-

Poussy

M. Caret y

�ou

117

NOUKA-IIIVA.

lerie du

PyUide^ se joignirent aux chants religieux.
qui n’avait jamais encore assisté à pareille fête
était tojut éperdu; il s’écria que lui et son peuple
Yotété

mouraient d’admiration.

La fin de cette cérémonie fut surtout de

goût;
bord, il retrouva les mets savou¬
reux qu’il connaissait
déjà, et qu’il n’avait pas goûtés
son

convié à dîner à

depuis longtemps.
Le ‘Pylade, n’ayant pas aperçu de
mouillage sûr,
communiqua sous voiles avec les missionnaires de
Houapoou. Le chef de l’île, nommé Heato, .avait
non-seulement bien accueilli les missionnaires, mais
encore, il les avait.nourris et logés. Une maison ve¬
nait d’être açhevée, sur le plan qu’ils avaient donné,
et le commandant du Pylade leur acquit, moyennant
six livres de poudre, cinquante-six toises carrées
de terrain autour de leur demeure.
Le 5

mai, le Pylade atteignit le mouillage de la

baie Taiohae ; il reçut immédiatement à bord la
visite des prêtres français établis sur cètte île, qui

le chef, Moana, était de" retour
pérégrinations lointaines. Il était , en, effet,
revenu prendre possession de son titre de chef, qu’il
avait abandonné pour aller se réfugier près des mis¬
sionnaires anglais, à Karotahga, et de là èn Angle¬
annoncèrent que

de

ses

terre.

Malgré les dispositions de Moana à imiter TameaMea, le chef redouté des îles Sandwich, les indigènes
n’avaient pas changé d’habitudes. L’enceinte de la
maison des missionnaires était constamment violée,

�îles

marquises

effets mis au pillage. Pour réprimer ces abus,
le commandant Bernard fut s’eriibosser à (leux en¬
cablures de la case de Moana, et exigea de ce chef
la restitution des objets volés. On accorda la nuit
aux chefs pour délibérer, et le lendemain Tétat-

ét leurs

major alla chercher la réponse, alors on vit descendre
armés des montagnes environnantes. Le
son des conques de guerre, le bruit des tambours, les
explosions d’armes à leu retentissaient de toutes parts.
On eut bientôt la Certitude qu'un guet-à-pens avait été
projeté pour enlevér les officiers et les garder en ota¬
ge dans l’intérieur ; mais les dernières disp-ositions
de ce complot n’avaient pas été prises, et l’étatmajor put retourner à bord sans obstacles. On ac¬
corda jusqu’à cinq heures du soir pour se soumettre
àux injonctions qui avaient été faites, et pendant ce
temps, la mer fut déclarée tabou, ajin d’empêcher
lés habitants

Taïpis qui devaient venir,
par mer, pour faire irruption dans la vallée. A
quatre heures et demies Moana viht à bord faire
la restitution exigée, et le 4 mai, les Taïpis ar¬
rivèrent paisiblement au nombre de trois cents,
portés par dix grandes pirogues. Un même dîner
réunit à bord du Pylade les chefs de ces tribus
différentes ; dans cette réunion,, une paix géné¬

ï’arrivée de quatre cents

rale fut cimentée entre toutes les

tribus. Des

exer¬

qui excitèrent, à bord et à
cris prolongés d’âdmiration, célébrèrent,
en
quelque sorte, cette journée solennelle; Le
grand prêtre dès Taïpis ne put s’empêcher de dire,

cices à feu et des fusées

terre, dès

�ou

dans l’état de

119

NOUK\-HtVA.

profond étonnement, où il se -trouvait,

que lès étrangers étaient .de§ hommes, tandis que
les'Noukahiviens n’étaient que des rats et des souris

auprès d’eux.
Le chef .Maheatété, de la tribu des Taïoas, accom¬
pagna le brick jusqu’à l’entrée de la baie 'Akani,
qui fait partie de-ses domaines ; il fit alors ses adieux
au
Pylade, qui retourna à Vaïtahou où il retrouva
tout

en

bon- ordre,.

Rapport qui contient les détails de la prise de
possession, au nom cleJa France, de ces terres si
peu connues naguère, vient clore le résumé de leur
histoire, telle qu’on la trouve dans le récit des vdyageurs. Nous croyons devoir le reproduire textuelle¬
ment
car ce document signale le commencement
d’une nouvelle ère pour l’archipel Noükahiva, et
Le

,

doit former la base de

Rapport adressé

par

son

histoire future.

le contre amiral du PetitrTliouars

colonies, sur la
navigation de la frégate là Reine-Blanche, après' son
départ de Valparaiso, et sur la prise de possession de
à

M, le ministre de la marine et des

l’at'clüpel des îles Marquises.
Baie de

«

En

partant de

,

Taîohae, frégate la Reine-Blanche, le 18 juin 1842.

Valparaiso, pressés d’arriver

aux

gouvernâmes directement sur l’île
Fatou-Hiva (la Madeleine), la plus méridionale dut
groupe sud-est de cet archipel. Nous arrivâmes en vtte

Marquises,

nous

�ÎLES MARQUISES

120

le 26 avril; le 27, nous en visitâmes toute
quelques relations
avec les indigènes. Cette île qui contient, assuret-on de quinze à dix-huit cents habitants, n’offre
qu’un mouillage en pleine côte, toujours dangereux
et fréquenté seulement par les baleiniers que le be¬
soin de provisions force à y relàcher.-Le
au ma¬
tin, nous étions sur la côte occidentale de l’île Taouata(la Christine ), où nous fûmes contrariés .par
dès calmes qui se prolongèrent assez avant dans la
de cette ile,

la côte occidentale et nous eûmes

,

journée; ce ne fut qu’à trois heures que nous attei¬
gnîmes le mouillage de la baie de Vaïtahou.
A peine étions-nous à l’ancre sur cette rade, que
nous reçûmes la visite de M. François de Paule, su¬
périeur de la mission établie en cette île ; mais ce ne
fut que le lendemain que le roi Yotété vint à hordjj
accompagné du révérend supérieur de la mission ,
qui voulut bien nous servir d’interprète. Le roi pa¬
rut enchanté de mç revoir, et me dit qu’il serait
venu à bord la veille, dès que la frégate avait été
aperçue,-s’il n’avait pas craint que nous fussions
Américains. Il m’apprit alors qu’il y avait environ
quatremois qu’une baleinière, appartenant à un bâti¬
ment de pêche des États-Unis, ayant perdu son bâti¬
*

ment en

chassant

une

baleine, était venue, après

plusieurs jours de mer et de souffrances, étant sans
vivres, relâcher à l’île Fatou-Hiva, où elle avait été
accueillie à coups de fusil, et où elle avait perdu un
homme par suite de cette attaque imprévue. Repous¬
sés de l’île Fatou-Hiva, ces marins avaient repris le

�ou

NOUKA-HIVA.

121

large et étaient arrivés à l’île Taouata, où le roi ne
beaucoup mieux reçus ; car il les, avait
dépouillés de leurs.vôtements, et leur avait même en¬
les avait pas

levé leur baleînièi’e.

Depuis cette époque, les marins américains ayant
s’embarquer sur un baleinier venu en relâ¬
che, protestèrent, avant leur départ, contre les actes
de piraterie dont ils avaient été les victirnes, et me¬
nacèrent Yotété de la vengeance de leur
gouverne¬
ment. Yotété, éclairé depuis par les missionnaires et
par les capitaines venus en relâche dans la baie de
Vaïtahou, conçut de vives inquiétudes sur les suites
que pouvait avoir pour lui cette mauvaise affaire, et
il était encore sous l’impression de ces alarmes lors¬
qu’il vint me voir. Il me piâa de le protéger et de
débarquer, lorsque je partirais, une partie de mbn
équipage et des canons de la frégate. Je lui répondis
que j’y consentirais, s’il voulait reconnaître la sou¬
veraineté de Sa Majesté Louis-Philippé et prendre le
pavillon français. Il accepta avec empressement ces
propositions i et nous convînmes que la déclafation
de prise de possession aurait lieu le 1®''
mai, jour de
la fête de. Sa Majesté
Louis-Philippe, et qu’aussitôt
le pavillon français serait arboré sur l’île Taouata.
n Toutes nos
dispositions furent promptement fai¬
tes, et le 1“ mai, à dix heures, je me rendis à terre,
accompagné de l’état-major général et d’une partie de
celui de la Reine-Blanche. Une garde de soixante
hommes nous avait précédés pour rendre les hon¬
neurs à nos couleurs
nationales, lorsque, après la
»

trouvé à

�ÎLES MAnOÜISES

déclaration de
au nom

prise de possession que j’allais faire
présence du roi Yoteté, des princi¬

du roi en

d’indigènes, elles
fois, sur le

paux chefs et d’un grand concours
seraient déployées, pour la première

groupe
))

sud-est des îles Marquises.

Arrivé sur les lieux, je

fis ouvrir

un

ban, et ayant

pris la parole, au nom du roi, je déclarai la prise
de possession de l’île de Taouata et du groupe du
S.-E. des îles Marquises. Le pavillon fut hissé aussi¬
tôt; nous le saluâmes de trois cris : Yive le roi! vive
la France! qui furent suivis de trois décharges de
mousqueterie faites par la garde d’honneur et par
des fanfares exécutées par toute

gate la

la musique. La fré¬

Reine-Blanche, mouillée à petite distance du

rivage et entièrement pavoisée, prit également part
à cette cérémonie, en répondant à nos acclamations
par une salve de vingt et un coups de canon.
Les habitants, réunis,en grand nombre, mani¬
festaient également leur joie par des acclamations
bruyantes et répétées, et tous me demandèrent de
»

mettre des canons

suite chez le

à terre. Nous nous rendîmes en¬

roi, où l’acte de ^reconnaissance dé la
Louis-Philippe et «celui de la

souveraineté de S. M.

prise de posssession furent immédiatement signés.
» Le même
jour, nous fixâmes, avec le roi Yotété,
le lieu de la baie où notre établissement serait fondé,
et nous entreprîmes, sans perdre de temps, les tra¬
vaux nécessaires à la construction des logements et
magasins. De jour en jour, depuis cette époque, ces
travaux prirent une plus grande activité; les marins

�NÔUKA-MiyA.

ou

423

evLSOjhs, à terre poür prendre
part à nos opérations d’établissertient, rivalisèrent
de là Reine-Blanche,

de zèle

les marinàdela 420°

compagnie destinés
garnison.
Le 22, la baraque destinée au logement: de la
garnison et celle des vivres, que j’avais fait construire
à bord, peridant notre traversée, en venant de Valparaiso, étaient achevées, ainsi que le four et un ma¬
gasin à poudre; l’établissement commença à s’admi¬
nistrer par lui-même.
Dans une course que j’ài faite, le 5 mai, à la
baie de Hanamanou, île Hivaoa .Qa Dominique), j’ai
avec

former la
&gt;)

»

obtenu la reconnaissance de la souveraineté du roi
par les chefs principaux de l’île, qui nous ont de¬
mandé à prendre le pavillon français et à , recevoir

garnison, ce quej’ai promis d’accorder lorsqu’ils
auraient construit pour nous une case de vingt
mètres de long sur, huit mètres de large. Ayant

une

tracé cette case,
se

sont

faire à

les trois tribus qui occupent la baie
satis¬

imnaédiatement mises à l’œuvre pour

ma

demande.,

Tout semblait

prendre, à Vaïtahou

une tour¬
promettre ùn
prompt succès, lorsque, le 22, au moment où je me
»

nure

favorable à

nos

intérêts et

disposais à quitter la baie

nous

rendre à l’île
Nouka-Hiva, un homme qui passe pour être l’in¬
strument aveugle des volontés du roi menaça de
tuer, s’il ne quittait pas aussitôt la baie de Vaïtahou,
un
Espagnol que j’avais fait venir d’une baie située
au vent de l’île
pour nous servir d’interprète à l’êtade

pour me

�ILES

124

MARQUISES

Instruit de ce fait par l’Espagnol luimême^ il me parut que cette menace avait été jaite

blissement.

voir jusqu’à quel, point nous
pouvoir.

pour

étendions notre

fait
venir l’homme coupable, je lui déclarai en présence
du roi Yotété que si, à l’avenir, il se permettait la
moindre insulte contre les hommes de l’établisse¬
ment, ou même contre ceux que je pourrais em¬
ployer, je le ferais embarquer, et qu’il ne reverrait
jamais son île. Il ne me parut pas très-effrayé de ma
menace, et deux jours après, il poursuivit un An¬
glais que j’avais fait venir de l’île de Hivaoa pour
faire de la chaux, et l’attaqua dans le jardin même
du supérieur de la mission, qui, étant survenu,
empêcha qu’il .ne fût tué. Cet événement se passait
au moment du coucher du soleil ; je n’en fus informé
qu’un peu tard; mais, dès le jour, je me rendis chez
le roi, que je ne trouvai plus
il était parti avec
toute sa fainille pour aller pleurer un mort, me
dit-on; mais, bientôt, j’appris qu’il s’était caché’dans
une baie voisine, ce qui me confirma dans l’opinion
où j’étais que ces insultes répétées avaient été provo¬
Je me

»

rendis aussitôt chez le roi, où ayant

quées par lui.
J’envOyai une embarcation à la recherche du’roi ;
»

elle revint

sans

l’avoir trouvé où on

était allé. Je fis venir alors son neveu,

assurait qu’il
jeune homme

qui parle bien l’anglais, et je l’engageai à aller dire
à Yotété que s’il ne paraissait pas, je ne le considé¬
rerais plus comme roi, et que je me ferais roi moi-

�ou

NOUKA-HIVAr

125

place. Cet indigène alla en dfet à la re¬
qu’il trouva caché tout près dans
petite baie (FHanamiliai ,-située
sur la même rade. Le roi
cependant refusa de l’ac¬
compagner , et me fit dire qu’il ne consentirait à
revenir qu’autant que le révérend supérieur de la
mission irait lui-même l’y engager, ce qui eut lieu
aussitôt; M. François de Pau le ayant bien voulu
s’exposer à remplir cette mission, il nous ramena
lé roi', sa femme et son fils aîné. Le roi Yotété
confessa ses torts et dit qu’il s’était caché parce
qu’il avait eu peur. Je lui reprochai son manque de
confiance en moi, et lui dis que la faute d’un homme
tel que celui qui était coupable ne devait nullement
l’inquiéter, à moins qu’il n’eût agi par son ordre.
Je lui déclarai alors que j’exigeais qu’il me le
livrât et que je le garderais quelque temps à bord
pour le punir, mais qu’il ne lui serait fait aucun
mal ; j’annonçai ensuite au roi l’intention où j’étais
de garder son fils en otage jusqu’à ce qu’il eût rem¬
pli cette condition. Il parut alors trés-afiligé de ma
résolution, mais il se rendit à terre avec l’intention
apparente de me- satisfaire.-Nous devions appareiller
le même jour, je retardai notre départ pour lui
donner le temps d’envoyer le nommé Panaau, ce
qu’au bout de deux jours il n’avait pas encore fait.
Alors, pressé par le temps, craignant que quelquesuns des bâtiments de ma division ne fussent
déjà ar¬
rivés à la baie de Taiohae (îleNouka-Hiva), j’appareil¬
lai pour venir ici, emmenant comme
otage le jeune
même à

sa

cherche de Yotété,
le ravin boisé de la

»

�ÎLES MARQUISES

126

TimaOj fiis^îné du roi. Il était essentiel
d’avoir cette garantie, le nommé Panaau

ti’ès-raauvais sujet,
commettre toute
»

Je ne me

éprouver

pour

moi

étant un
très-dangereux, et capable de

espèce de crimes.

suis point éloigné

de Vaïtahou sans

quelques regrets d’ètre obligé de

partir si

promptement; cependant je laissais M. le capitaine de
corvette Halley dans un poste suffisamment fortifié
contre un coup de main, avec des hommes bien ar¬
més et capables de battre à eux seuls tous les habitants
de Taouata. Cette île qui, encore en 1838, contenait
de onze à douze cents habitants, n’en a pas aujour¬
d’hui plus de sept à huit cents en tout ; il y a cette

c’est qu’en 1838, il n’existait
que très-peu d’armes à feu sur cette île, tandis qu’aujourd’hui il n’y a pas un indigène qui ne possède au
moins deux ou trois fusils. Il n’y a pointa craindre
avec ces habitants une attaque de plein jour ni à
force ouverte, mais on peut redouter un assassinat
par surprise, où le feu, si une surveillance active
n’empêche pas une tentative de ce genre de réussir.
En partant de Yaïtahou, nous emmenâmes avec
nous le révéreriid père supérieur de la mission, qui,
depuis plus de quatre mois, était sans nouvelles des
différence

pourtant,

»

missionnaires de Nouka-Hiva et de Houapoou, qu’il
savait d’ailleurs très-exposés aux brutalités des indigè¬
nes

deces deux îles;

il désirait vivement savoir ce qu’ils
d’un autre côté, j’étais con¬

étaient devenus; et,

vaincu, par l’influence morale qu’ont déjà acquise
nos missionnaires parmi les naturels, que la présence

�ou

NOUKA-HIVA.

127

de M. François de Paule à bord de la

frégate ne
pouvait qu’être favorable au succès de la, mission que
j’avais à remplir; et en elfel je ne me trompais pas,
comme

vant

verra

suivre.

vont
»

le

Nous

Votre Excellence
par

les détails qui

allâmes, en premier lieu, nous présenter de¬
Hakahaou, où demeure le roi de Houa-

la baie de

j’expédiai un canot à terre et j’appris, à son
retour, que M. Caret et les missionnaires qui étaient
avec lui sur cette île, avaient été forcés
de s’embar¬
poou;

,

il

avait à

près trois mois, et qu’au mo¬
départ ils avaient été pillés.; enfin, que
ce n’était
qu’avec peine qu’ils avaient pu s’échapper
sains et saufs. Nous apprîmes encore
que leur mis¬
sion n’était cependant pas restée sans
succès, qu’ils
avaient fait dix ou douze
prosélytes que' leurs com¬
patriotes ne pouvaient arracher à la,fpi qu’ils avaient
embrassée, et que, parmi eux, se faisait surtout re¬
marquer une ancienne grande prêtresse.
Pressé de suivre ma mission, je ne
pus pour le
moment porter secours à nos
coreligionnaires, et j!ajournai ce projet à l’arrivée du premier bâtiment
qui nous rallierait.
» Le lendemain 31
mai ,'nous mouillâmes dans la
baie de Taïohae, où aucun des bâtiments
que j’atten¬
quer,
ment

y

de leur

peu

»

dais n’était

devenir à

encore

arrivé; Je fis aussitôt dire

au

roi

bord, et il arriva sans se faire attendre.
Après avoir causé quelques instants avec lui par l’in¬
termédiaire de M, François de Paule,
je lui proposai

de reconnaître la souveraineté du roi des

Français,

�ÎLES MARQUISES

1528

garnison dans sa baie
consentait; de plus ^ je m’engageai, à forcer la
tribu de Taioas à faire la paix, et à lui rendre sa
femme qu’ils lui avaient enlevée par surprise. Le roi
s’empressa d’accéder à mes propositions ; il fut con¬
que j’enverrais le lendemain chercher les chefs
principaux de Taioas; que la paix se ferait à bord en
présence, et qu’aussitôt tous déclareraient en¬
semble par un acte -authentique la souveraineté de Sa
Majesté Louis-Philippe. Ayant en effet envoyé un ca¬
et

je lui promis de mettre une

s’il y

venu

ma

sous ma

médiation, ils se

tion, et arrivèrent à
1«''

venir faire la paix
rendirent à mon invita¬

inviter les chefs de Taioas à

not

juin.

bord de très-bonne heure le

principaux des deux baies ayant
paix, se donnèrent la main en si¬
gne de réeonciliation, et on rédigea aussitôt l’acte de
reconnaissance et de la souveraineté de Sa Majesté
Louis-Philippe, roi des Français, que tous sigrièrent
avec nous. Il fut ensuite convenu que la déclaration
de prisé de possession aurait lieu en grande céré¬
monie dès le lendemain, à onz'e heures du matin,
et que la pavillon serait aussitôt arboré sür le mont
Touhiva, situé au sud de la baie de Hakapéhi. Lé roi.
s’empressa alors de me céder en toute propriété pour
la France, par un acte authentique émané de sa
volonté, le mont Touhiva pour y faire un port, et
toute la baie pour y fonder les établissements qui
nous seraient utiles, et il me déinanda avec instance
que je lui fisse délivrer un pavillon, pour l’arborer
»

Tous les chefs

consenti à faire la

�ou
sur sa

maison

NOUKA-HIVA.

au moment

429

même où

nos

tionales seraient déployées sur le mont
de la déclaration de

couleurs

na¬

Touhiva, lors
prise de possession,^ - ’
Le 2 juin, à dix
heures, je quittai la ReineBlanche, accompagné de l’état-major général et d’une
partie de celui de la frégate, et nous nous rendîmes
»

à terre,

où le roi vint se joindre à nous. Il était suivi
principaux de la haie, de ceux des Taioas
et de la trihu des
Happas. Arrivés sur le mont Touhiva, nous y fûmes reçus par M. le'
capitaine de
corvette Collet.
Ayant fait ouvrir un haù, je pronon¬
çai , au nom du roi, la déclaration de
prise de pos¬
des chefs

session de Nouka-Hiva et des îles du

groupe nord-ouest

qui en dépendent. L’acte authentique de la
prise de
possession fut dressé immédiatement après la céré¬
monie, et signé par tous les chefs.
Les

transactions-terminées ,^ les chefs des Taioas
prièrent de leur donner un pavillon pour açhorer
sur leur
baie, où ils demandèrent à être reconduits.
Je leur accordai un
pavillon, et je leur fis distribuer
quelques présents. Ils partirent ensuite très-satisfaits
de l’accueil qu’ils avaient
reçu, pour la baie d’Hakapéhi, où ils résident. En témoignage dé leur re¬
connaissance, ils m’envoyèrent, par le retour du
canot, des cochons en présent.
Dès le même jour, nos tentes
furent dressées
dans la baie d’Hakapéhi, au
pied du mont Touhiva,
où doit être
placé un fort dont j’ai ordonné la con¬
struction et auquel j’ai donné le nom
de Collet, en
commémoration du contre-amiral de ce
nom, père
»

me

»

,

9

�ÎLES MARQUISES

130

fonder

capitaine de corvette Collet, destiné à le
commander, ainsi que le groupe du nordouest des îles Marquises.
La deuxième section de la 120“ compagnie fut
immédiatement débarquée pour ÿ tenir garnison.

du

à le

et

»

Les travaux
et
ne

d’établissement commencèrent aussitôt,

été continués avec une ai’deur qui
s’^est pas ralentie un instant.
L’équipage de la frégate/a Reine-Blanche envoie

depuis ils ont
»

ouvriers de chaque profession
et les corvées d’hommes nécessaires pour employer
le peu d’outils dont nous pouvons disposer pour hâter
chaque jour tous ses

roi Moana nous a

les travaux.
»'

Le

pressement

accueillis avec un em¬
remarquable ; il a changé de nom avec

espèce de contrat en usage parmi les

Po¬
lynésiens, qui fait de celui auquel on donne son
norii un autre soi-même. Nous lui avons fait présent
d’un uniforme rouge, d’une paire d’épaulettes de
colonel, de chemises, d’un pantalon. Il porte tous
vêtements avec aisance, et s’est montré trèsreconnaissant de nos bons procédés. Il nous a donné
échange douze arbres à pain magnifiques et six
cocotiers. Avec ces,matériaux, que nos charpentiers
sont occupés à mettre en œuvre, j’espère quebienlôt
pourrons disposer d’une baraque de vingt mètres

M.'

Collet ;

ces

en

nous

continuera à
les maté¬
fabriquent
trouvé

long sur sept ou huit de large; on
augmenter les constructions à mesure que
riaux nous arrivèrent; des indigènes nous
de la chaux, et le commandant Collet ayant
de

�ou

NpUKA-HIVA.

131

prgile propre,à. faire ,des briqvies, j’ai
l’espé¬
fondée que nous;pourrons
.arriver à faille des
tuiles et des briques en
quantité suffisante pour les
une

rance

besoins de l’établissement. Le
-4, la corvette /a rnompliante est arrivée et a mouillé en rade, venant de

Valparaiso, et, en deimier lieu, des îles
où elle est allée
porter les présents de la
été accueillis

ont

enthousiasme

et

reconnais-:

le l'oi et toutes les populations de ce
groupe;
commandant et
l’état-major de la Triomiphanle ont

sance

le

avec

Gambier,
reine; ils

par

assisté à

l’inauguration de

la cathédrale des îles

Gambier; ils racontent des choses merveilleusés de
ces îles où, en
effet, il paraît que les efforts de nos
missionnaires

ont

complet.
»

vous

été couronné du succès le

Dès l’arrivée de la
Triomphante,
le sayeji. Monsieur le

Ministre,

qui,

plus

comme

përdu son
commandant, M. Baligot, dans sa traversée de Brest
à Rio-Janeiro,
j’ai nommé q 'ce commandement
a

M.

Postel, second de la Reine-Blanche, et
y ai emharqué M. Cellier de Starnor ;sur la frégate , où- il
commande la batterie, de la 460°
compagnie des
équipages, qui précédemment était commandée
par
M. Sevin, lieutenant de
vaisseau^ aujourd’hui devenu

second de la
M. Postel.

frégate

par suite du

débarquement

de

détachement d’artillerie arrivé sur la Triom¬
phante est dans la meilleure situation
possible et est
animé d’un très-bon
esprit; M. Rohr, qui le com¬
»

Le

mande,

montre

un

grand zèle pour

son service.

�ÎLES MARQUISES

432

Confoi-mément à vos

»

instructions, j’ai divisé ce

composées chacune
de la moitié des canonniers d’artillerie de la marine
et de là moitié des ouvriers delà même arme ; la pre¬
mière section, commandée par M. Rohr, est placée
ici sous les ordres de M. Collet ; la deuxième est
partie sur la Triomphante pour se rendre à ceux de
détachement en

deux sections,

Halley, à Vaïtahou.

M.

Le

»

7, nous avons reçu

le navire le Jides-César, ex¬

pédié par M. le commandant Buglet, en vertu des
ordres que je lui avais laissés; il nous apporte huit
mois dè vivres pour le personnel des deux établisse¬
ments, ce qui me permet d’en assurer la subsistance
jusqu’au 1" janvier pi'ochain, et d’aligner jusqu’au
même jour les vivres des deux corvettes la Boussole
et l’Embuscade, qu’il est urgent de laisser ici au
moins jusqu’à ce que tous les logements et magasins

d’approvisionnement soient terminés.
Le 9, voulant consolider la paix entre le roi
Moana et les chefs des Taioas, qui, malgré le traité
conclu à bord de la Reine-Blanche, retenaient tou¬
jours la femme du roi, je m’embarquai un jour, ac¬
compagné de Moana et du révérend supérieur de
»

la

mission de l’île de

ïaouata, et nous

allâmes à la

d’Hakapéhi, ou ils résident. A notre arrivée,
aperçûmes le pavillon français qui flottait sur
la maison du vieux chef Mahéatité. Nous fûmes trèsbien accueillis, non-seulement des chefs qui déjà
avaient passé deux jours à bord de la frégate, mais

baie

nous

encore

de toute la

population; elle nous accom-

�ou

133

NOUKA-IUVA.

pagna dans notre proinenade au milieu d’une ma¬
gnifique vallée d’une largeur variable de 3 à 3j4=
de mille environ, et d’une profondeur de cinq à six

milles

au

moins. Cette vallée est. encaissée entre

deux immenses montagnes à pic comme des murs,
de mille à douze cents mètres d’élévation. Le sol,

s’éloignant de la plage,

en

va en

s’élevant

par une

pente si insensible qu’il paraît presque uni ; au

lieu de la

mi¬

vallée, coule un ruisseau abondant, et de
chaque côté, jusqu’aux montagnes, le.terrain est cou¬
vert d’une forêt d’arbres a pain entremêlés de coco¬
tiers et de pandanus, de bananiers et de quelques
champs cultivés én patates douces et en tabaê.
De distance en distance, nous trouvions des cases
où on nous engageait à nous arrêter et où l’on nous
»

offrait des
Moana

cocos.

dans.une de

Nous trouvâmes enfin
ces cases; ûn nous

la reine

la fit connaî¬

l’engageai à nous accompagner à notre retour ;
le promit d’abord, mais un
indigène qui
auprès d’elle la fit se rétracter. Nous la quittâ¬

tre. Je

elle

me

était
mes

,

et nous continuâmes à nous enfoncer dans la

vallée, pour aller voir un vieux chef nommé Tournée,
qui, étant malade, n’avait pu venir au-devant de

nous. Nous

souffrant

le rencontrâmes dans

sa

case,

couché et

beaucoup d’un rhumatisme aigu. Nous n’é¬
depuis peu d’instants, lorsque la reine
vint nous y rejoindre ; jé lui fis de nouvelles instan¬
ces et lui donnai
quelques présents, mais tout fut
inutile, elle persista dans son refus. Nous retournâ¬
mes alors vers la plage, et nous nous arrêtâmes de
tions là que

�134

ILES MARQUISES

à la case où nous

nouveau

l’avions rencontrée la

première fois. Elle y revint bientôt; mes instances
réitérées n’eurènt point un meilleur succès ; mais
M. François de Eaule, lui ayant parlé pendant quel¬
que temps, parvint à la décider à revenir avec son
mari; Moana s’approcha alors de sa femme à la¬
quelle il n’avait encore rien’dit' : dans cë moment,
toute

cri qui nous donna lieu
qu’elle's’opposait à leur réunion; c’était

populatipn lit

la

de penser

un

contraire. M. François nous

tout le

avaient voulu, par délicatesse,
avec sa

expliqua qu’ils

qu’on laissât le roi seul

femme, afin qu’il lui parlât en toute

liberté ;

peü d’instànts après, la reine se leva; elle fut suivie
par son mari, et tous deux, la femme marchant la
première dans le sentier, prirent lé chemin de la
plage. Dès cet instant, tous les ifidigènes se levèrent
ét smvirent, en jetant des cris d’approbation'et en
manifestant leur joie par mille démonstrations étran¬
ges :

c’était

une véritable

fête improvisée. Cetévéne-

dont le succès ést dû à notre révérend mission¬
naire, est en lui-ihême extrêmèment heureux, en
ce qu’il consolide la paix entre les Taibas et les
Tais, dont Moana est le roi ; déplus il aSsiire éga¬
lement la paix de toute l’île : car la princesse, Tàïpi

inent ,

par naissance,'est chez les Ta'ipis l’héritière dupo.ùvoir suprême, par l’adoption qu’elle a faite du fils du

chef de cette tribu. Sa réunion avec Moana assure
donc à
nous

ce

dernier la souveraineté entière de

umer ces

l’île et à
,

nécessaires pour accoüpeuplades à notre'do'raination., â notre ci-

la tranquillité et le temps

�ou

vilisation et à
tout

135

NOUKA-HIVA.

nos mœurs,

dévoué.

ce

roi Moana nous étant
‘

Ces transactions

terminées,

nous

revînmes à la

baie de Taïohae, oît, lé lendemain, des
res vinrent de l’intérieur nous apporter

tribusenliiô-

des présents
en cochons et en cocos'. Ces manifestations sont, m’a
assuré M. François, les signes les plus certains de la
reconnaissance de notre souveraineté, d’où il suivrait
que nous sommes établis ici de la manière la plus
complète possible et la plus rassurante pour l’avenir

de notre colonie.

m’ayant amené un étalon et deux
juments pleines, j’ai cru devoir faire présent de l’é¬
talon au roi Moana', qui continue à se montrer
généreux et dévoué à nos intérêts; je suis convaincu
d’ailleurs que.ce titre, de propriété ne portera aucun
préjudice au projet que j’ai formé d’établir la race
»

Le Jules-César

également fait venir des
pleines, pour servir au transport
de l’eau des ruisseaux à nos camjps, service qui, sous
cette latitude, est beaucoup trop pëniblô pour nos
hommes, surtout à l’établissement de Vaïtahbu, qui
chevaline dans

ces

îles. J’ai

ânes et des ânesses

très-éloigné de la seule source
qui existe dans la baie, fâcheux inconvéniént qu*il
n’a pas été possible d’éviter.
Le il, la cornettelaTriomphante a mis à la voile
pour aller à Vaïtahou porter le détachement de ca*nonniers et d’ouvriers d’artillerie de marine, déstiné
à servir sous les ordres dé M. le commandant Halley.
Elle était également'chargée de lui faire un versement
malheureusement est

»

�136

ILES

de deux mois de

MARQUISES

vivres, à cent hommes, et celui de

quelques animaux nécessaires à l’établissement, .pour
y commencer un

troupeau capable,

lorsqu’il sera

plus complet, de parer aux graves inconvénients qui
pourraient résulter de la perte d’un des bâtiments
chargés de vivres pour T approvisionnement de la
garnison.
En se rendant à Vaïtahou^ la Triomphante doit rarnener le révérend père François, dont le dévouement
nous a été si utile jusqu’à présent. Elle a encore
pour mission, d’après la demande de M. François,
d’essayer d’enlever.de L’île Houapoou les prosélytes
que le révérend père Caret n’a pu enlever avec lui en
s’en allant. Je n’ai pas cru devoir refuser de rendre
ce service à la mission. Le succès peut avoir d’impor¬
tants résultats pour son progrès, et par suite pour
notre établissement lui-mème. J’ai en conséquence
donné l’ordre au commandant Postèl de se présenter
devant la baie de Hakapoou, déjà visitée par nous, et
de tâcher d’embarquer les prosélytes.qui s’y trouvent,
pour les porter ensuite à Vaïtahoù, d’où je lui ai re¬
commandé de revenir du 20 au 25 au plus tard.
Le meilleur appui que l’on puisse donner à nos
établissements, et le seul necessaire, est de faire sé¬
journer sur rade des bâtiments de guerre ; il est même
urgent d’en maintenir constamment un à Vaïtahou,
et un second à Taïohaè, jusqu’à ce que nos établis¬
sements soient achevés et que nos mœurs aient com¬
mencé à faire.impressioji sur ces populations, ce qui,
je l’espère, ne peut être très-long, surtout ici ; le roi
»

»

�ou

NOUKA-1H.VA.

montrant fort enclin à la

se

l’entretenir dans ces bonnes

137

civilisation, il suffira de

dispositions, chose facile
en lui faisant de
temps à autre des présents, surtout
de ceux qui peuvent favoriser son
penchant pour nos
goûts et nos mœurs, tels que des meubles pour orner
une petite maison à
l’eüropéenne qu’il vient de faire

bâtir, des vêtements pour lui et pour sa femme. Déjà
en colonel et
porte des souliers ; étant
resté à bord avec sa femme,
après le coucher du so¬
leil, pour assister à la représentation d’une petite
pièce que l’on jouait, il a vu des matelots habillés
en femmes, et aussitôt-il nous à
priés de faire faire
des robes semblables pour sà femme, ce
que nous
nous sommes
empressés de faire, convaincus quê cës
moyens sont les plus puissants sur eux pour nous les
attacher : en leur créant des besoins, nous nous ren¬
le roi est vêtu

dons nécessaires.
B

Je

suis, etc.
»
^

Le

.

&gt;

.

-

contre-amiral commandant
s tation

navale d^ l’océan
.

»

en

chef la

Pacifique.

A. Dupetix-Thouars.

»

�ILES

MARQUISES

CHAPITRE II.
Géographîeg
Description des lieux.
•

'

—
-

Statistique. — fevigation. — Climat. — Température.
—

Productions du sol.

L’archipel des îles Nouka-Hiyà, compris entre|les
§5' et les 10“ 30' de latitude méridionale, et les
141° et 143“ 6' de longitude à l’occident du méri¬
dien de Paris, s’étend dans la direction du nord-ouest
au sudrest, sur un espace dont la plus grande lon¬
•

7“

vingt-quinze milles
quarante-huit

gueur est d’environ, cent quatre
marins, et la plus grande largeur de
milles. 11 se divise en deux groupes.,
est

découvert par

ouest

celui du sud^

MendanaetCook, et celui du nord-

dont la connaissance est

Ingraham et .^Marchand.

due aux capitaines

aperçoit à une
vingtaine dé lieues de distance, présentent en gé¬
néral de hautes chaînes de montagnes, s’élevant de
mille à douze cents mètres au-dessus du niveau de la
mer et dirigées dans le sens de la plus grande lon¬
gueur des îles. De. la cime au rivage, un terrain ac¬
Vues de la

mer ces

îles qu’on

vives et nues
des sommets, des déclivités remarquables, des gor¬
ges profondes qui s’épanouissent en riantes vallées
en s’avançant vers la mer, et sur divers points de
cidenté étale alternativement les arêtes

�ou

139

NOÜKA-HIVA.

plages blanches, presque toujours peuplées.
végétation, rare sur les hauteurs, grandit dans
les ravins, et déploie de riches massifs à mesure
qu’elle descend vers le littoral. Dans les plaines qui
entourent la hase des monts, près du sable du rivage,
des cocotiers, au tronc svelte et élancé, détachent
belles
La

leurs têtes

panachées au-dessus des arbres au feuil¬
lage plus sombre et plus touffu.
Après une longue traversée, l’oeil, charmé par la
nouveauté de la scène, erre des pirogues accourues
en foule à la côte
agreste,qui leur sert d’abri, de la
mer bleue aux collines
verdoyantes, et s’arrête enfin
aux saillies
anguleuses des'pics les plus élevés d’où
parfois descendent de belles cascades jetant leurs
eaux brillantes comrne une
écharpe sur les parois
des rochers perpendiculaires. Il distingue aussi des
édifices isolés, découpant sur le ciel leur forme quadrangulaire , et bientôt il reconnaît les fameuses for¬
tifications décrites par Porter, espèce de maisons de
refuge placées sur des points culminants. Ces édi¬
fices., conimé les manoirs de la féodalité dominent
,

,

surveillent les

alentours,- donnent asile et protec¬
indigènes dans leurs guerres.dévastatrices.
Douze îles, îlots, ou rochers, y compris un attolon de sable, composent la totalité de
l’archipel;
oinq sont contenus dans le-groupe du sud est. Ce
sont,, en allant, du sudaü nord, les îles Fatan-Hiva,
Taouaia, Motcoie, Hiva-oa, et le rocher Fetou-Hmkou.
Le groupe du nord-ouest
comprend les îles HouaPoou, Nou-Hiva 'm ISmka^Hiba, Houa‘Hmm,\^&amp; roet

tion

aux

�ÎLES MARQUISES

140

46S îles Hiaouel Fetôu-ou-Hou, et un

chers

appelé Ile de Corail.
vingt lieues séparent ces deux groupes j
dont l’aspect, la végétation et les productions sont
les mêmes. Habités par la même race d’hommes,
soumis aux mêmes mœurs et au même langage, ils
ne sauraient être séparés; la constitution des terres
et celle des autochtones en font un archipel unique
auquel les naturels donnent le nom de Nouka-Hiva
par extension.
Groupe du Sud-Est.
attblori de sable
Près de

ILE
'

'

FATOUrHIVA
'
■

OU FATOUHIVA.
'

.

•

'

'

&gt;

première qui ait été.aperçue parMendana, fut nommée par lui Magdalena. C’est près de
la pointe sud-est qu’eut lieu la première entrevue des
espagnols avec environ quatre cents naturels , venus
dans soixante-fdix pirogues (1), entrevue qui fut
bientôt suivie, comme on l’a vu, d’une décharge de
coups de fusils. Le capitaine Brown, du Buttenuortli,
signale un rocher ayant l’apparence d’un navire, à
cinq lieues dans le nord-est de cette pointe, mais
aucun autre navigateur ne l’ayant mentionné, ce
point est plus que douteux, d’autant plus queM. Dupetil-Thouars l’a cherché avec soin sans pouvoir
le découvrir (2). Immédiatement à l’ouest de la
Cette île, la

(1 ) Figueroa hèchos-, etc.

(2][ Dupetit-Thouars, Voyage autour du monde, 1836 à

1839.

�ou

NOUK/V-HIVA.

Ui

pointe sud-sud'Ouest ( Fenus) de cette île, pointe
très-remarquable par une haute rnontagne coupée
très à pic, se trouve une vallée
délicieuse, située au
fond d’une jolie-anse (anse de
Bon-Repos), devant laquèlle il y a un mouillage.
;
L’intérieur de cette vallée

,

et

lés bords de cette

sonttapissés de la. végétation la plus brillante,
et couverts d’une multitude de
éases, qui animent ce
anse

riant tableau.

.

Un

grand nombre de pirogues, apportèrent des
Vénus; couverts de tumeurs
scrofuleuses et d’ulcères ces hommes était
repous¬
sants. Plusieurs savaient
quelques mots d’anglais et
montraient des éertificats.des capitaines avec
lesquels
ils avaient été employés comme matelots sur
des ba¬
leiniers anglais ou américains. Ils
engageaient à aller
au
mouillage où ils assuraient qu’on trouverait de l’eau
en abondance. A deux ou trois
milles dans le nord,
se trouve une seconde anse aussi
jolie que la première
(anse dés Yierges-); elle est également très-peuplée,
à cn juger par le nombre des cases
aperçues dans cette
vallée ; cependant
aùcune.pirogue ne s’en détacha.
Aupune, rélation de voyage n’a encore signalé la
relâche d’aucun navire sur cette île
montueuse, haute,
d’après M. de Tessan, de onze cent vingt mètres
naturels à bord de la

,

au-dessus du niveau de la
La

(1).
évaluée par M. Dupetit3,000 âmes; mais, depuis, ce nombre

population

Thouars à 2 à

en est

(i) Carte des iles Marquises,

mer

�ÎI.ES MARQUISES

442
a

été

réduit à Celui de 1,600

à 1,800 (4). Les* an¬

précitées paraissent n’offrir qu’un mouillage en
pleine côte toujours dangereux, et qui n’est fré¬
quenté que par les baleiniers à court de provisions
fraîches. La plus grande longueur de cette île est de
sept milles et demi du sud au nord; sa plus grande
largeur de l’est à' l’ouest de quatre milles, et son
côntour embrasse à peu près vingt milles de côte.
Le principal chef de cette île paraissait être, en
ses

1838, Teïaoo.

Gette

motaNe’,'

Mendana
Pedro, est
élevée de cinq cent vingt mètres au-

île, nommée par

tnontueuse,

dessus des'eaux(2),étsbn apparence est

stérile, quoi¬

qu’elle présente quelque végétation sur les hauteurs
et dans les ravines; elle est inhabitée, et ne paraît
offrir aucun abri pour les navires. À la pointe sud-

isolé et élevé, laissé entre la
petit canal praticable pour les embar¬
cations seules. A deux lieües de distancé de la
pointe sud, Marchand trouva un haut fond, sur
lequel la sonde rapporta douze brasses fond de
roche; il s’éloigna sur-lê-champ et en’s’avançant
dans le sud, les sondes devinrent irrégulières de
ix-huit brasses, même fond. A dix milles

sud-est, un gros rocher
terre et

lui

un

(1) Rapport du contre-amiral Dupélit-Thouars an
1842.
(2) De Tessan, Carte des Marquises , 1842.

dé la marine, 18 juin

Ministre

�ou

NOUKAtHIVA.

143

distance, la sonde rapporta vingt brasses
après dépassa trente brasses. Cetté île sertj

environ de
et peu
comme

Fetou-^'Houkoü

,

bandes de

de lieu de réunion, à des

naturels'-qui vont s’y livrer à des parties,
de plaisir, véritables saturnales, qui leur deviennent
quelquefois fatales j lorsque leurs ennemis, aux
aguets, profitent de cet imitant pour les surprendre.
Les lieux où ils croÿaiènt trouver le
plaisir, devien¬
nent alors les témoins de leur
mort, et souvent, près
des débris de leurs festins, ils,servent eux-mêmes
à repaître leurs vainqueurs. La distance
qui la sé¬
pare de Taouata idest que de quatorze millés et de
la Dominica dix milles! La
plus grande longueur de
l’île, du sud au nord, est de quatre milles et demi, et
la plus grande largeur, de l’est à
l’ouest, de deux
milles ;, son contour est de

onze

milles.-

TAOÜATA.

C’est à coup sûr

l’île qui a été la plus fréquentée
nommée Santa-Christina, par Mendana,
séjourner dans son port, et après, lui,
Cook, Marchand, Hergest,etc. C’ést une terre haute,
couronnée de pitonsaigusetbienboisésfsa plus graüde
étendue est tapissée d’une herbe jaunissante,.mais
les ravins sontahondammentpourvùs d’àrbres et, l’on
en retrouve
jusque sur la crête des montagnes! .Bien
que la côte Est soit assez accidentée, le plus souvent
elle est escarpée et sans plage au bord de la mer. ; on
n’y distingue aucune apparence de baie et on n’y
du groupe;
elle le vd

�Iles marquises

144

remarque ni cabanes ni pirogues, ce qui annonce qqe,
tle ce côte, sa population doit être faible. Cependant

rapport des opérations'du brick Le Pylade, en
1840, mentionne une vallée considérable qui se
trouverait sur cette côte, et dont le chef se nomme

le

Maheano.
'

Dans la

'

&lt;•

.

montagne, un. point blanc paraît d’abord
fente dans un rocher, mais, en l’obser¬

comme une

plus d’attention, on peut supposer que
cet effet est dû à l’eau de quelque cascade éclairée
par le soleil, ce qui la fait trancher et briller sur la
couleur plus terne du reste du sol (1).

vant avec

Une chaîne

étroite de hauts somriiets s’élève au

prolonge dans toute sa.longueur ;
rivage partentrl’autres; chaînes qui vont se joindre
en embranchement à la chaîne principale. Ces, hau¬
teurs sont séparées par des vallées resserrées et pro¬
fondes, dans lesquelles sé précipitent des ruisseaux
ou plutôt de jolies cascades qui arrosent l’île.
La partie orientale de l’île ne paraît offrir aucun
abri, tandis que sa partie occidentale possède plu¬
sieurs baies abritées des vents alizés, mais sujettes
à recevoir les rafales brusques et violentes qui
s’engouffrent dans ses gorges étroites et viennent

centre

de l’île'et

se

du

assaillir les navires.

■

Dibs, aujourd’hui Vaïtahou, qui la première donna asile aux navires
européens, est située au pied de la montagne la
La baie de la: Madré de

(1) D’ürville, Foÿflffe,aupdîè jMd et dans rOceanie.

�ou

445

NOUKA-HIVA.

plus élevée de l’île (1); elle gît dans le sud, quinze de¬
grés est du monde, de la pointe ouest de l’île Hivaoa. L’entrée de la baie est formée
par deux caps
élevés dont le gisement est du nord 16° est, au sud 16°
ouest du monde. Cette baie
peu spacieuse est divisée
à l’intérieur en deux anses bordées de
plages de
sable; et, toutes deux habitées, ces anses sont sépa¬
rées l’une de l’autre, par une
pointe avancée qui
intercepte toute communication entre elles par le
bord de la mer, cette pointe d’une
moyenne éléva¬
tion étant très-escarpée et très-acore au
rivage;
l’anse du nord est la plus
importante sous le rapport
de la population, de son étendue, de sa
fertilité, et
comme résidence du chef. C’est
également dans cette
anse que se trouve
l’aiguade, et que les mission¬
naires anglais et français ont commencé leurs ten¬
tatives de propagande religieuse.
Cette baie n’a pas plus de deux milles d’ouver¬
ture sur trois
quarts de mille de profondeur ; la
pointe sud de l’entrée est terminée par un rocher
escatpé, au sommet duquel s’élève un pic qu’on
aperçoit difficilement du large, parce qu’il se confond
avec
les hautes terres
auxquelles il est adossé.
Une colline, dontla pente est douce, vient se termi¬
ner à la pointe
septentrionale qui est formée par des
rochers acores, caverneux, et dont la
partie supé¬
rieure, portée en saillie, forme une espèce dedemi(1) Wilson, A missionary voyage, etc., in the ghîpî&gt;vS.

Dupetit-Thoiiars, Foyâge autour âu monde, 1836-1839.
10

�ÎLES MARQUISES

146

voûte. Cette

pointe du nord, noire et

brûlée, est

élevée que celle'du Sud ; elle est couverte
de casuarinas, grands arbres dont le bois dur et lourd

bien moins

employé ponr la fôbrication des casse-têtes et 'au¬
Lé fond de la baié iie présente que des
hauteurs déchiquetées àleur soraimet, à l’exception des
deux anses qui sont baignées chacune par un ruis¬
seau. Le surplus du contour de la baie n’olfre que
des rochers acores, près desquels la sonde rapporte
vingt brasses d’eau fond de corail.
L!e cap qui sépare les deux anses est couvert d’une
haute herbe qui s’élève à la moitié de la hauteur
est

tres armes.

d’un homme.
Deux

vallées bien

garnies, d’àrbres aboutissent

l’anse du iiord ; un ruisseau y fertilise les
vient former à son embouchure une bonne

L’eau
ressac

à

terres et

aiguade.

s’y fait très-bien, ainsi que; le bois ; mais le
est si considérable sur la grève, lorsque la

n’est pas sans peine qü’on
peut ramener les barriques à bord. Il est bon^ d’a¬
jouter que les indigènes offrent, dans ces cas, une
assistance fort utile. Si l’abord à la plage paraît
trop dangereux oh peut débarquer à la côte du nord
où on met pied à terre commodément, mais on
éprouve ensuite une grande difficulté à marcher
l’espace d’un quart de lieue sur les roches'toujours
couvertes par la haute mer qui monte quelquefois de
quatre pieds, et qui y dépose un sédiment gras et
glissant. ; Cette chaussée passe dans les rochers qui
s’avancent en forme de demi-voûtés à travers les-

brise est fraîche, que ce

�ou

quelles l’eau filtre

dance

Une

deux

(4).

source

1\OUKA-HlVA.

et suinte en assez

d’eaü

-anses.

147

jaillit du

cap

grande abon¬
situé

entre les

-

Au bord de la baie

Vditùhou

se

trouve la baie

d’Amanoa,. dans laquelle la Vénus séjourna deux
jours; elle avait été amenée là par un Anglais, nommé
Collins, dont la demeure

mais la

frégate

aiguade

pour gagner

se

trouvait dans- cette
anse;

ayant chassé à la suite d’un grain ,
et le
capitaine ayant reconnu le motif qui avait fait
agir Collins, ta Yénus s’éloigna de cette rade sans
Au sud de

celle de Vaïtabou.

Vaïtahou, on trouve plusieurs ansès
lesquelles aucun navire ne paraît avoir séjourné
jusqu’à présent. Marchand, qui les a visitées dans
une coursé en
canot., lés-décrit ainsi (2) :
dans

La

première baie qui se présenth dans le sud ne
parut pas propfe au débarquemeiit, on ne
s’y arrêta
pas ; les naturels la nomment
Anapôho. On
bientôt à
deux

une

autre baie

parvint
plus grande qui renferme

dans les bords sont habités. On débar¬
dans l’ansé méridionale où de grosses
pierres
qui précèdent le rivage et contre lesquelles la mer
anses

qua

brise

force, rendent l’abord difficile et
dangereux; cette anse est nommée Awapatoni par les
naurels; Marchand la nomma Anse des amis.
avec assez

de

(1) De Fleurieu.
(2) Marchand, Voyage autour du
monde, années 1790 1791
et
1792.

,

�celle-ci

De

sud ; de grosses
par

rendit dans l’anse du nord appe¬
elle est moins peuplée que celle du

on se

lée Anâlevahô ;
tues

MARQUISES

ILES

148

pierres entassées sur le rivage et bat¬

la houle, en rendent l’abord également dif¬
fut pas sans danger qu’on parvint à y

ficile, et ce ne

débarquer.

.

population de l’île Taouata, estimée en 1838 à
1200 habitants, n’est plus que de 700 4800,
d’après le rapport déjà mentionné de l’amiral DupetitThouars. Celui-ci attribue cette diminution à l’intro¬
duction funeste des armes à feu entre les mains des
indigènes q U i son t touj ours en guerre avec l’île Hiva-oa
.

La

1100

ou

leur voisine.

sud,

plus grande longueur de rîle,,du nord àu
milles et demi ; quatre mille et demi for¬
ment sa plus grande largeur de l’est à l’ouest. La cir¬
La

est

de sept

d’environ vingt milles.
C’est sur cette île que le pavillon français a été
arboré en premier lieu ; c’est là que le capitaine de
corvette Halley a été laissé dans un poste auprès
du chef Yotété, dans la baie Vaïtahou, et c’est là aussi
qu’il a été tué avec M. Lafont Ladebat, lieutenant de

conférence entière est

vaisseau
Le

sous ses

port de

ordres.

Vaïtahou a le désavantage de ne pou¬
difficilement par le navire qui

voir être reconnu que

celui de ne pas être
exposé aux
insultes d’une force qui se présenterait à l’improviste
chercher un mouillage, ét
naturellement défendu ; il sera toujours

vient y

�ou

149

NOUKA-01VA.

HiVA-OA

ou

HIVAOA.

île, la plus grande du groupe du sud-ouest
l’archipel entier, a été bien peu visitée par les
navigateurs, elle n’a vu sur ses côtes, encore peu ex¬
plorées, que les bâtiments qui venaient, il y a quelques
années, chercher du bois de sandal; le capitaine
Roquefeuille est de ce nombre. Il mouilla sur la côte
méridionale de l’île, dans la baie àe Taogou.
Ce port, dit Roquefeuille, semble devoir être
préféré
à tout autre par les bâtiments
qui ne relâchent que
pour obtenir des rafraîchissernents. La cascade de la
bande S.-O. et le petit bois fourniront l’eau et le bois
de chauffage, avec cet avantage que le navire amarré
par le travers de l’aiguade peut avoir ses corvées sous
la protection de sa mousqùeterie. Si l’on veut prendre
du bois de sandal, cette relâche peut être encore
utile quoique le bois de Hiva-oa soit de qualité infé¬
rieure; celui de Nouka-Hiva est le plus estimé (1).
Toutefois cette cote paraît trop exposée au souffle
des vents alizés pour offrir des mouillages parfaite¬
ment abrités. Roquefeuille fut conduit par un Amé¬
ricain, nommé Ross, qui avait déjà recueilli du bois
de sandal dans ces parages ; il alla visiter un village
situé au fond d’une grande baie nommée Tava ( anse
des Traîtres) situéà l’ouest de la baie de Taogou, et qui,
Cette

et de

(I) "Roquefeuille, Journal d’tm voyage autour du monde, 1816-

1819.

•

�ILES

MARQUISES

trois mois avant, au mois d’août 1818

environ, avait été

le théâtre du massacre de r équipage d’une embarcation

d’un bâtiment

américain le Kiying-Fisli. Ce

village,

de cocos et de cochons, n’arrêta-pas long¬
temps le capitaine Roquefeuille.' Il visita aussi l’anse
â'Atouona, dans laquelle il put se procurer 8 à 9
quintaux de bois de’Sandal.
pauvre

Quelques jours apres il se dirigea dans une balei¬
nière-vers l’est, et s’arrêta à sept ou huit mille de
Taogou, dans la petite anse d’Hanahehé ; la vallée qui

aboutit paraît s’étendre dans, l’intérieur; elle est
parsemée de cases jusqu’au rivage; puis il se rendit
à Hanamaté, anse qui offre un meilleur abri que la
précédente,^ et qui s’avance davantage dans les terres ;
à l’une et à l’autre le fond est de sable ; au reste elles
sont sans importance à cause de la proximité du port
de Taogou. qui est préférables tous égards. L’anse
d’Hanamaté est fermée ^ l’ouest, à l’est et au nord par
de hautes terrés qui s’élèvent sur les rochers dont
y

toute

la côte est bordée.

Excepté au fond de ces deux anses et de quelques
points où aboutissent des ravins, la côte s’élève en
falaises jusqu’à près de trente mètres de hauteur, et
rarement au-dessous de dix.. Elle est générale¬
ment revêtue d’un rocher noirâtre dont la composi¬
tion, et les formes déposent de l’origine volcanique
de l’île. Des fragments, détachés à quelques brasses
de la côte, sent percés d’un grand nombre de trous
disposés avec une sorte de symétrie et représent;mt

quelquefois des ruinés de façades gothiques. Dans

�ou NOUKA-HIVA.

151

plusieurs endroits, le rocher forme une espèce de
quai au pied de la falaise. On en remarqua un au
delà de Hanaliéhé, occupé par des naturels qui
y
avaient établi unq pêcherie ; leur case était située
sur une
espèce d’élévation, formée par la nature.
Les terres sont extrêmement
élevées, aussi leur
sommet accumule les
nuages du haut de ces hau¬
teurs, deux lignes blanche» laissent voir à la longue
vue des
nappes d’eau tombant d’une hauteur de plus
de cent mètres^ les ravines
y sont nombreux
ses, de beaux arbres y portent leur ombrage, et
même sur les sommets les plus élevés, au milieu de
la couleur jaune qui
marque la stérilité, de belles
teintes vertes y annoncent la puissance delà
végéta¬
tion ; endoublantlapoiniesud-ouest, on voit
plusieurs
cases perchées sur les sommets les
plus élevés de la
montagne qui fofine cette pointe. On dirait des vigies
placées là pour surveiller le détroit. Un drapeau
blanc a flotté près de l’une de ces cases lors du
pas¬
sage des corvettes l’Astrolabe et la Zélée.,
Cette île est plus escarpée et plus accidentée que
Taouata, particulièrement vers la pointe Est; mais
ses
profondes vallées et le pourtour des monts sont
recouverts d’arbres et de verdure
(4).
La pointe du nord-est est
escarpée et stérile ;
mais, plus loin, daqs la partie du nord, on aper¬
çoit quelques vallées remplies d’arbres parmi les¬
quels 011 distingue quelques cases éparses. On dis(1) 'V/i\son, A missionary voyage, etc.,în thePuff, 179,6-1798.

�152

ÎLES MARQUISES

tingue en même temps, vers le centre de l’île, des
rochers sourcilleux taillés en obélisques, en flèches

creusés en voûte entas¬
Ce désordre de la nature

de clocher, et des sommets

sés leS uns sur les autres.

semble prouver que

des tremblements de terre et des

explosions de volcans ont bouleversé cette contrée.
Toute la partie orientale offre une côte d’une grande
élévation, taillée à pic, formant une longue chaîne
de rochers éclatés, dont les débris ne présentent que
des pointes aiguës "et des précipices (1).
Durant la nuit du 2 au 3 août, la Vénus vit de

grands feux vers la pointe est de Hivaoa; ils
annonçaient sans doute , cpmme chez tous lés peu¬
ples primitifs, la présence de l’ennemi. Cette fré¬
gate côtoya toute la cote de l’est à l’ouest. Avant
d’arriver à la pointe nord de l’île, on aperçut deux
baies ouvertes au nord, qui sans doute'offrent des

mouillages, ce qu’on n’a pu vérifier. Immédiatement
après la pointe, trois pirogues se détachèrent d’une
vallée et portèrent à bord des naturels qui parurent
intelligents et qui parlaient un peu l’anglais; ils
voulaient se charger des missionnaires, mais on ne
se fia pas à leurs belles promesses, quoique ce fût
peut-être une occasion favorable de se fixer sur cette
île, la plus fertile, la plus peuplée, la plus importante
pour ses produits de toutes les îles de l’Archipel:
un
peu plus loin, on trouva une vallée décorée d’une
riche végétation et bien peuplée. Deux ou trois milles
(I) G. Foster’s Voyage,

�ou

NOUKA-HIVA.

153

plus à l’ouest, on découvrit une cascade d’un volume
considérable-, elle se voit à une grande distance,

l’eau, en tombant du haut d’une côte escarpée,
immédiatement sur les roches du rivage, se change
car

en

écume blanche

vue

qui brille àu soleil

et peut être

de trèsrloin. Toute la bande nord de l’île Hi-

très-saine ; on la suivit à un ou deux milles
de distancé. A la pointe de l’oiiest-nord-ouest, on
vaoa est

double baie séparée par une
pointe dont l’apparence est celle d’une tour.
Cette double baie offre un mouillage ; il doit être
sûr et convenable dans la belle saison, étant à l’abri
des vents alizés ; mais à l’époque des vents du nord
et du nord-ouest, qui régnent
parfois de novembre
en février, on
y serait peu en sûreté. On aperçut
de jolies habitations et des pirogués sur la grève (T).
La plus grande longueur de l’île Hiya-oase trouve
dans la direction de l’est à l’ouest, elle est de 22
milles ; la plus grande largeur du cap sud-est au
nord, est de 10 milles et son contour est d’environ
56 milles. Un détroit sain, large de trois milles, la
sépare de sa sœur Taouata, avec laquelle cependant,
elle est presque toujours en guerre. Mendana, Cook,
Roquefeuille, la Vémsei l’Astrolabe^ ont passé dans ce
détroit d’un accès facile et sans dangers.
remarque encore une

de ce depnièr navire, un na¬
égayer l’équipage par sa volubilité et ses
drôleries il avait longtemps navigué avec des AnPendant le passage

turel vint

,

(1) Dnpetit-Thçüars, Voyage a^to^r dmwnde, 1836-1839.

�île? MARQUISES

154

glais et il parlait un peu cette langue. Il donna
quelques détails sur la guerre que se faisaient alors
les deux îles, dont^ les chefs principaux étaient ;
Tilioke pour Hiyaroa, et Yotété po\ir ïaouata.
La distance de Hiva-oa aux îles du groupe sudest, est d’environ 38 milles pour Fatou-Hiva, 40
milles de Motane 3 milles de Taouata, et 46 milles
de Fetou-Houkou. Sa population évaluée à 6,500
âmes, doit avoir épreuvé les réductions ipentionnées
pour les autres îles dans le dernier rapport du com¬
mandant de la station des mers dvi Sud.
,

FETOU-JHOUEOU,

imposa le nom du jeune
qui le, découvi’it le premier et qui depuis
est-devenu lord Hood, membre de l’amirauté, est un
gros rocher stérile, trèsrélevé et très à pie. Dans le
nord-ouest, se trouve un rocher sous l’eau, qui brise
Cet

îlot, auquel Cook

volontaire

sans

mauvais temps

(4),

,

plat à son sommet, avec
légère inclinaison du nord au sud. Sur le
point le plus nord,, on peut apercevoir, quoique
ce ne soit pas très-distinctement, une coupure for¬
mant deux sommets. Dans la carte de Ç.pok, .qn
marqué dçs rochers dans le sud de Fètou-Houkpu,
qui n’ont pas été retrouvés; eq,.revanche; on en a yu
Cet îlot

est.presque

une

(1) Porter, Cruize to the Pacific Océan.
Dupetit-Thouars, Voyage autour du monde-,
ItruseBstern, Voyage autour du monde, 1804-1806.

�ou

plusieurs

NOUKA-myA.

155

la partie nord et nord-est, éloignés de
côte, qui ont une forme py¬
ramidale ou circulaire et qui sont assez élevés.
Cet îlotj entièrement inhabité, est visité
quelque¬
fois par les naturels de Hivaoa,
qui viennent y
chercher des plumes des oiseaux du
Tropique ou s’y
livrer à des parties joyeuses ; il olfre tout au
plus
sur

250 à 300 bi'asses de la

,

3 milles de circuit.

:

Groupe du nord-'OUçst.
UOUA-POOU ou HOUAPPOU.

île, la plus méridionale du groupe nordsuccessivepient Adams-Island
par Ipgraham
Ile-Marchand par l’équipage du So¬
lide, Jefferson I. par Roberts, elTrevetmen L par Hergest. Elle paraît à trois ou quatre milles de distance,
comme
une terre
haute, très-montueuse, sur¬
montée d’aiguilles
basaltiques très-déliées et d’un
aspect singulier ; ses rives sont, couvertes d’.une ver¬
dure agréable, et, en divers
endroits, des enfonce¬
ments assez considérables font
présumer que l’on
pourrait y trouver quelque bon mouillage (4),
Cependant, le brick/e Py/flcfe, dernièrement, y a
cherché inütilement un ancrage bien
abrité; il a été
obligé de communiquer sous voiles avec les mission¬
naires français qui se trouvaient sur cette terre
(2).
Cette

ouest, a été nommée
,

( I ) D’Urville, Voyage au pôle sud et dans l’Océanie.
(2) Rapport sur les opérations du brick le Pylade.

�ÎLES MARQUISES

456
Comme toutes

les autres îles,

elle est fort élevé et

plus pit¬
des Marquises. Cette île,

d’origine volcanique, et elle offre un aspect
toresque
couverte

par un

qu’aucune autre

d’une végétation

admirable, est dominée

grand nombre de pics très-extraordinaires par

élancées, qui les font ressembler à au¬
tant d’obélisques ou aux clochers aigus des églises du
moyen âge. A la pointe sud-ouest, se trouve une anse
très-bien abritée des vents régnants, devant laquelle
leurs formes

d’eau.

peut laisser tomber l’ancre par vingt brasses
mouillage, du reste peu praticable, est très-près de
terre, à un. mille de distance, on ne trouve plus de

on

Ce

fond
par deux cents brasses. Cette baie (Baie des amis) est
d’un riant

aspect. Ses

entourées de cocotiers,

rives sont couvertes de cases
d’arbres à pain et d’une belle

végétation, qui s’étend presque jusqu’au sommet des
coteaux qui encaissent la vallée. Les habitants de cette
île ont la

réputation d’être les plus sociables de

l’Ar¬

chipel (4).
Cette opinion est cependant combattue par le
récit du capitaine Fanning. On a vu que ce capi¬
taine fut averti par M. Crook, qui comprenait le
langage des naturels, qu’un complot se tramait
contre la sûreté de son navire.
’
Plusieurs îlots se détachent sur les contours de la
côte méridionale de l’île ; un d’eux, nommé par Mar¬

Wilson Stailil., offre l’as¬
pect remarquable d’une aiguille blanche qui se déchand l’Ofte/isf/we, et par

(1) Foyage. autour du monde

de la ténus.

�157

NOÜKA-HIVA,

ou

tache de la côte. Un autre
de Cliurcli, par

a

reçu

le

nom

,de Pic

et

les mômes navigateurs. Enfin, vers
petite île de moyenne hauteur, unie
et tapissée de verdure, dont le circuit a moins d’un
mille, a reçu le nom d’Ile Plaie, en raison de sa con¬
la pointe sud, une

formation. Ce

nom

lui fut donné par

Marchand, et,

petite qu’elle soit, elle n’a pas échappé à l’hon¬
neur de plusieurs
baptêmes : Ingraham la nohama Lin¬
si

coln

Wilson Level

Roberts Révolution I.

Plusieursjolies anses de sable parsèment la côte S.-O.
parmi les bananiers, les cocotiers,,
les arbres à pain, on aperçoit les cases éparses
(1).
Marchand, ayant aperçu, entre deux pointes, une
ouverture qui paraissait promettre' un bon mouil¬
lage, envoya un officier l’explorer. Voici le rapport
qu’il en reçut.
Cet enfoncement renferme deux anses, l’une située
clans la partie septentrionale, au fond de la baie, et
l’autre dans l’est en entrant; mais ni l’une ni l’autre
ne paraissent
propres à recevoir un vaisseau.. Un Joli
ruisseau, dont les bords sont couverts de cresson, dé¬
bouche dans la dernière anse, et on y voit deux sour¬
ces d’eau vive. La houle est à
peine sensible et le dé¬
barquement commode ; une chaloupe trouverait toute
facilité à y faire dj3 l’eau. Dans l’anse du nord il
n’y a
ni habitations ni habitants; mais dans celle de l’est on
voyait des cases éparses et entremêlées de touffes d’ar¬
bres. Cent cinquante naturels environ se trouvaient
Sur leur contour ,

(1) E. Marchand.

�ILES

MARQUISES

le rivage. Cette baie reçut le nom de
baie de Bon-AccmiL
Ce fut sur cette île que Marchand prit possession,
rassemblés

sur

de la France, du,groupe qu’il venait de dé¬
couvrir. Il aborda à une pi’emîère anse de la côte nordau nom

ouest, peu éloignée de la pointe septentrionale de la
baie de BonrAccueil. On prit pied sur une plate-forme

séparée de la côte par un petit bras de
qu’il fallut traverser pour atteindre le rivage.
Cette baie, dénuée de verdure, n’offre partout qu’un
sol stérile qui n’a pu inviter les naturels à y fixer leur
demeure; elle fournirait cependant d’n bois à brûler ;
etonvoit, dans une ravine, un petit ruisseau qui pour¬
rait-, surtout dans la saison.pluvieuse, suffire û l’ap¬
provisionnement d’un bâtiment, si une forte houle,
qui vient se briser sur les gi’osses pierres qui bordent
leyivage, n’en rendait l’abord impraticable aux cha¬
loupes. Autant qü’on peut en juger à la vue; toute
cette côte au nord-ouest de l’île, quoique bien boisée,
n’est pas aussi fertile que la bande du sud-ouest; la
pénte des collines est plus rude et l’aspect en est
moins agréable. Cette baie fut nommée baie Pos¬
session ^ en raison de l’acte qui y avait été accompli.
Les rochers dans la baie Possession et ceux qui
saillent pour én 'former les pointes- diffèrent essen¬
tiellement de ceux delà baie Vaïtahou ; leur substance
est grise et ne paraît avoir subi aucune altération. On
distingue; dans plusieurs endroits; de§ couches paral¬
lèles inclinées à l’horizon et d’autres couches hori¬
zontales. Les pics, semblables à des flèches de cio-

de rochers,
mer

lî.

ri-*.i&gt;-:^&gt;Ji«.»

�■00

159

NOUKAi-HIVA.

qui dominent les hautes montagnes, paraissent

cher

être formés cfe la même matière
que les rochers de la
cote. Ces masses de rochers accumulés et inclinés

angles , sembleraient' indiquer que
appartenait à une.plus grande terre dont
parties basses ont été abîmées sous lés eaux, ou
différents

sous

cette île

les

ou

que des secousses violentes, qü’elle aura éprouvées
dans un tremblement de terre, auront affaissé le ter¬
rain et occasionné l’éboulement et l’écroùlement des

rochers dont

ses

bords sont formés.

population cte'çette île est estiméé à deux ou trois
longueur totalc,.du sud au nord,
est de huit milles; sa
plus grande-largeur cinq milles,
La

millehabi lants (1 ); sa
et son contour

embrasse

elle

étendue

de-vingt-deux
Quoique la plus voisine du groupe au sud-est,
est encore
éloignée de cinquante-cinq milles de

milles.

Hiva-oa.
Sa
tres

•

hauteur,

(2),

une

’

au

•

point culminant; est de 1190 mè¬

HergeSt mentionne une baie qu’il a nommée baie
des Amis, à la pointe sud-ouest de
l’île, et qui est proba¬
blement la baie Bon-Accueil de

Marchand; U y fut
c|ui vinrent lui

visité par une centaine de naturels
offrir des fruits,.
En 1818,

de la

d’après Roquefeuille, cette île jouissait
réputation de n’avoir été troublée depuis long¬

temps par

aucune guerre

intestine ; cette circonstance

(1) Dupetit-Thoüars, Voyage autour
dumOnde, 1836-1839.
(2) De Tessan, Carte des iles Marquises,

�ÎLES MARQUISES

160

peut-être à ce qu’un Tabou solennel avait dé¬
l’exportation du bois de.sandal ,*ce qui empê¬
chait l’introduction des armes meurtrières dont ce
commerce a inondé les autres îles. Cependant, les
habitants de Houapoou ne sont pas absolument pa¬

tient

fendu

cifiques pour cela. En 1815,

le brick anglais Maiilda,

capitaine Fowler, mouillé devant cette île, y fut
pillé. Cet événement eut lieu à la suite de la déser¬
tion de cinq Taïtiens embarqués à bord ; ceux-ci cou¬
pèrent le cable du bâtiment, une nuit que le vent
soufflait avec-violence vers la terre, et le navire alla
s’y briser; les sauvages voulurent massacrer l’équi¬

d’un chef nommé
exécution ;
dévalisé.
Le Pylade, en 4840, visita la partie nord de l’île,
où il
trouva point de mouillage. C’est sur ce point
que se trouve l’établissement des missionnaires fran¬

page ;

mais, grâce à l’intercession

Nouhatou, cette atrocité ne reçut pas son
on laissa la vie aux Anglais, mais le navire fut
ne

çais auprès du

chef Hèato.

■

•

i

HOUA-HOUNA.

île, la plus orientale du groupe nord-ouest,
reçu aussi plusieurs fois le baptême, avant de
porter son véritable nom primitif ; appelée Wa¬
shington I. par Ingraham, Rioü I. par Hergest, Mas¬
Cette

a

Roberts, elle paraît avoir entiè¬
échappé aux recherches du capitaine Mar¬

sachussets I. par
rement

chand. Sa forme est presque celle d’un cercle; c’est
une terre très-haute, bien accidentée, couverte d’une

�ou

NOUKA-'inVA.

belle

verdure, avec des bouquets d’arbres dans les
ravins; mais le bord de la mer est dépourvu de
plage, et les yeux, armés de lunettes, à deux milles
de distance, ne
purent découvrir dans cette partie
indice de population, bien
que Trie soit habi¬
tée. Deux îlots flanquent la
partie sud-oUest

aucun

; l’un élevé
escarpé,d’autre bas étplat. Les falaises paraissent
moins escarpées que dans les autres îles ètles
plaines
plus étendues.
■
et

Près des îlotâ nommés
par Hergest iVetv Z. , et men¬
tionnés dans la partie sud-ouest dé cette
île, se trouve
la baie Invisible
.(I), devant laquelle ont ordinaire¬
ment lieu les relations'avec les
habitants qui appor¬
tent à bord des navires des
poules, des cochons' et
des fruits pour les
sur son

échanger

contre de la poudre. La

passage, nâ*vu non plus ni habitants,
contourné une grande
partie de l’île. Une autre baie paraît aussi s'e trouver
dans le voisinage, de la bqde
ni

pirogue,i quoiqu’elle ait

Inyisible. Le Dœdalus.'y

fut entouré par une centaine de

naturels, en 4792 (2).
pointe nord, pointe du Danger, est aussi dé¬
fendue par deux ou trois rochers
apparents. La plus
grande longueur de fîlé, du sud-ouest aü nord-est,
est de 5 milles et
1/2 ; sa plus grande largeur,, de l’est
à l’ouest, a la mémo
dimension; sa cnconférence est
de 15 milles^'sa hauteur est de 740 mètres
(3); et
La

(l) Dapètit-’Ihoun'rs, Voyage autour du
(,2)Vili\son, Missionary voyage, etc.
(3) de Tessan..
'

monde.

,

,

11

�ÎLES MARQUISES

162

population qu’on lui suppose

la

mille

habitants.

est de deux ou trois

partie occidentale de l’île est la plus escarpée
mais, au total, l’ile paraît fertile et riche
végétation.
, .

La

de la côte 5
en

L’île'Houa-Houha a une apparencetrè^-remarquabje. De l’est à Vouèst., la terre s’élève à une hauteur
considérable et forrpe aii milieu une haute mon¬
tagne,, presque
courte

à pic du côté de l’ouest, puis à .une
plus à l’ùuest est le double

distance et un peu

dans le nord-

pic, dont on a parlé., Loa'squ’on le relèvè
ouest-demi-nord, 4e double piton disparaît et la
haute montagne du milieu pi’end la forme d’une cou¬
pole ; sur le côté ouest,.une colonne ddine
py¬

forme
baies, dans lesquelles on pourrait mouiller probable¬
ment, mais elles offrent trop peu d’abri contre de
pour y être en sûreté. La partie ouest dp l’île
paraît la plùs productive ; quoiqu’elle soit assez
élevée, elle l’est encore moins que le côté est, sur
■lequel on voit des crêtes nues, formant une ligne do

ramidale est

très-visible.' Dans la partie sud il y a deux

vent

profondes vallées. A l’extréformée par un rocher, et
de pierre plate ayant
l’apparence d’une toinbe (1).
La pointe ouest dé l’île tombe graduellement jus¬
qu’à un rocher escarpé et très-proéminent, mais
aplati, derrière lequel on prétend qu’il y a un port

sommets

divisés par de

-mité'.ouest, 41 y a une île
entre les deux, une large masse
'

(1) Krusenstern.

r

�ou

sûr. Krusenstern y a vu

bitants.

i63

NOUKA^HIVA.,

de la fumée, mais pas d’ha¬
.•

NOU-IIIVA

L’île NoutHiva

ou

bords ont été le plus

ou NOUKA-inVA.

TNpukarHiyà est celle dont les

explorés parles Européens dans
Toutefois,'c’estdanssa partie mé¬
ridionale que-presque tous les navigateurs ont re¬
lâché ; aucun, à notre connaissance, n’a encore mis le
pied sur la côte septerktrionale.. Comme ses compagnes,
elle a l’eçu différents noms, qui sont : Federcd l: par Ingraham, 1. Beaux, par Marchand, Sh-Henry Marlin’s I.
par Hergest, A dam’s /.par Roberts et enfin Mudjson si. par.Porter. Elle offre la même structure
géor
logique que le reste de l’archipel, une chaîne dé hautes
montagnes, en généraldériUées d’arbres au sommet,
élevée de 1,170 mètres (1) au-dessus du niveau de la
mer,’ prolonge l’île dans sa plus .grande longueur
et descend à la mer par d’autres chaînes
escarpées,
entre lesquelles se développent les vallées fertiles,
qui recèlent les habitations des indigènes.
En arrivant de l’est, la configuration du cap Martin,
pointe sud-est de f’île, attire l’attention ;; il est formé
parunôfalaise très-haute, nue, noire et taillée à pic,
surmontée par un bloc quadranguiaire, qui a l’aspect
d’un vieux château en ruine et qui rappelle la vieille
tour du .château de Douvres. Vue du sud-ouestj la
ces

derniers tenlps.

,

(1) DeTessan,

�'ÎLES

164

forme

MARQUîSES

change, le caj) Martin ne

gros pouce

incliné vers la mer.

présente plus qu’un

pointe se trouve un grand
qui est placé à l’extrémité sud-est de la
vaste baie dés Taïpis dont on aperçoit la double anse,
et les riants coteaux, couverts d’en riche tapis de
verdure, sous lequel sont cachées les habitations ;
car, de la mer, on h’en voit que trois ou quatre per¬
chées sur le penchant des collines (1).
Cette îie^ dans toute sa partie sud, est parfaitement
saine ; â deux milles de la côte, dé^9ht la baie des
Taïpis, nommée baie du Comptroller ,par Hergest,
en dedans dû cap Martin, la solide ne donne pas de
En

dedans de cette

rocher noir,

près on trouve quinze brasses d’eau, mais
après ce fond^gmente jusqu’à trente-cinq;
mouillage se trouve fort près de terre.-

fond. Plus

bientôt
le

De ce

point, situé à cinq milles environ de la

.

baie

présente plus qu’üne ligné de
rochers'perpendiculaires, escarpés et stériles, qui
n’esfr que rarement intërrompue par de vertes oasis
croissant a l’abri des ravines protectrices.- Ce paysage
est assez soinbre;il n’est embelli que par quelques
cascades descendant à la mer d’une hauteur de plus
de 300 mètres. Sur le sommet d’unë de ces monta¬
gnes, on aperçoit aisémênt un gros édihee carré en
pierre, élevé sans doute par les habitants dans un but

Taiohae, là côte ne

•

de fortification (2).

(1) D’ürvitle, Foyage au pôle
(2) Krusenstern.

sud et dans VOcéanie,

�ou

165

NOUKA-HIVA.

peine voit-Dii une coupure, dit Roquefeüille, pour
espace ; on ne peut manquer dë re¬
marquer, à moitié chemin environ, un rocher bi¬
zarre : le choc
perpétuel de la mer y a miné une ca¬
verne profonde dans
laquelle la lame, s’engoüfrani
avec
force, produit une détonation semblable à celle
d’tme' forte bouche à feu, tandis
qu’un parti§. des
eaux, s’échappant par un soupirail pratiqué dans la
A

débarquer sur cet

voûte, s’élance à

une

hauteim'considèrable

perse en brume. Ce phénomène
la Baleine par les matelots.

fait appeler

dis-

et

se

ce

rocher

.

La côte continue à être formée de Mutés murai—

les. dé rochers taillés

falaises, du port Taiohaé à
Tcliitchagoff par Kruseristern. La vne'
de cette nature
abrupje prépare en quelque sorte' le
spectateur aux douces émotions que fait naître en¬
suite la végétation luxuriante des vallées abritées
j
lorsqu’on a franchi l’entrée ordinairement étroite
des anses creusés dans ces murs formidables,.
en

celui nommé

Parmi les différentes chutes d’eau
qu’on remarque,
celle qui se trouve dans la partie la

plus sud de la
d’œil ravissant. Elle se précipite
d’un rpcher dont la, hauteur
peut être estimée à
soixante mètres; elle forme la rivière qui se
répand
côte offre

un

coup

dans la baie Akani.

Dans le nord-ouest de la pointé sud, les terres, sont
moins élevées et plus planes pelles s’inclinent
graduel¬

lement

la mer,

L’Anglais Roberts assura à Kruqu’il s’y trouve une vallée très-populeuse,
qu’il nomme Hotty-Shewâ; elle pouvait mettre sur
vers

senstern

�ÎLES MARQUISES

166

pied douze cents guerriers, mais pers'bnne ne l’ayant
encore visitée, on ne sait’si elle offre un mouillage (1).
Le capitaine Brown dit qu’on y trouve des mouilla¬
ges èxcellënts, mais ce fait
d’autant plus que Hergest

demande confirmation (2),

décrit la côte ouest comme

véritable côté de fer sans anses ni baies, sans ver¬
dure ni àspect fertile, et dénuée d’ailleurs de cases et
d’habitants. Au nord, l’île présente des enfoncements
une

qüipourraient peut-être foürhirdes mouillages conve¬
nables', màisqui n’o'nt pas été explorés ; deux îlots se
voient à une petite-distance de cette partie/dé l’île.
Comme on a pu ,s’en apercevoir, l’extérieur de cette
terre n’a rien de riant : toutes lesbeautés naturelles se
trouvent confinées dans l’intérieur des baies, dans les
sillons formés par, les ranàiflcations de la chaîne des
monts, qui s’élèvent aueentre de l’île. Au dehors, la
scène est majestueuse et pittoresque, au dedans, gra¬
cieuse et attrayante'l’oèil, effrayé d’abord par l’apparénee stérile des rochers, se réjouit ensuite èn con¬
templant les richesses végétales , de l’intérieur des
mouillages.
La

Neva, se'cond navire

de Krusenstern, commu¬

niqua avec, les naturels d’une baie située sur la partie
ést de l’île, mais elle ne paraît pas l’avoir explorée,
car aucun détail né nous a été transmis à cet égard.
Trois baies sont les ‘Seules connues sur l’île NoukaHiva : ce sont, en allant dô l’est à l’ouest, la baie de
Voyage autour du monde, ‘
(2) Wilson, Missionary voyage, etc., on theDuff.

�Oü’ KoÛKA^ËI'ÿA.

467
y

Coinptroller. oü des fdipis^’ la baie Ânha-Marîa oü
Taîoliaé, et là baie Tcbitcbàgoff oü Akafit.
...

Taîpis contient trois enfoncements cfüi
(|ui sont séparés par deux
promontoires verdoyants , mais dénués de bois. La
baie la plus à l’est ëst celle dë HoUmi^ celle du milieu,'
la plus grande et M plus pfofonde, s’avance prés de
deux milles de pltis qu’èllè dans l’intérieur, elle se
noinme Hûlmhciha, et borne le terrain neutre èntre les
Happas ét les Taïpis. La pins à l’oUêSt est |a plus pe¬
La baie des

offrent des mouillàgès et

tite des trois ef. contient les rives de la tribu des

Happas. Les naturels l’appellent .Ha/i:a-/fdppa.
Baie Houmi.

C’est dans la baie de Hourni que

.

-

leVincennes et kDolyî/i furent mouillés. Le rochérdont nous avons parlé
fut rangé de près par le Yincenne^'; son élévation estdé
dix ou douze pieds anglais .üu-dessüs de la meri On
prétend que des bâtiments.cmt passé entre ce rocher
et la terre sans accident-, il offre Une marque assez
bonne pour l’entrée du petit port de Houmi; port fort
étroit, encaissé par de-hautes montagnes, dorit la
hase est couverte par de profondes eauL Le rUpüiL
lage est à deÙ5t ou trois encâblurCs de terre seule¬
ment par environ quatorze brasses d’eau, mais'il est
loin de présenter tous les avantages désirables. Les
hautes pafoi^ des'inônfagnes sont rocailletises et lé-,
gèrément couvertes d’herbes ; celles-ci ,sé dirigent
vérs le iïord,: à un mille environ du UidUrllage du

�ÎLES MARQUISES,

•168

elles forment en se joignant une étroite
■vallée couverte de bosquets luxuriants, et bordée
par une courte plage de sable. Dejprière, les monta¬
gnes, richement boisées jusqu’au sommet, sont par¬
semées de cases; elles s’élèvent d’une manière
abrupte, et leurs cimes sont souvent enveloppées par
les vapeurs portées par. les vents alisés.
Le rapprochement des arbres et les parois des mon¬
tagnes interceptent la circulation de l’air dans cette
valléej la chaleur y esttrès-forte, tandis quesurlabaiej
la brise du large rafraîchit l’atmosphère embrasée.
yinçenncs;

Le nombre des

ment

habitants dn cétte vallée est vague¬

indiqué par Stewart à plusieurs centaines d’in¬

dividus Ce miss ionnaire anglais y remarqua deux cases
.

destinées

au

culte ; près de celles-ci se

trouvait une es¬

pèce de moral qui contenait trois idoles curieusement
sculptées.
•‘
.
Baie Haka-Haha.

promontoire qui sépare cette baie de celle de
un demi-Emilie de ce dernier mouillage.
y,u de près, il n’oïfre que des parois escarpées, for¬
mées par des couches successives d’uneJave noire,
recouvertes seulement par une herbe épaisse, mais
à peine l’a-t-on dépassé, que déjà on.aperçoil tout
l’intérieur de la vallée et des montagnes qui la ter¬
minent j comme une masse de bosquets, d’une ver¬
dure riche, splendide et variée. Jusqu^au sommet
des montagnes les habitations des Taïpis, assqmbrié.s par l’ombre des nuages, ou éclairées par les
Le

Houmi est à

�ou

NOUKA-HIVA.

169

d’un soleil brûlant, se distinguent dans l’é¬
paisseur des bois. Placées dans les points solitaires
et élevés -des forêts, ou
groupées sous leur ombre
dans des lieux plus dégagés, elles paraissent presque
comme autant de demeures de
paysans écossais ou
de montagnards suisses (1).
En doublant le promontoire de
l’ouest, on voit
la baie s’enfoncer vers les
montagnes bleuies par là
distance, panorama charmant qui disparaît dès qu’on
a
dépassé cette pointe qui la cache entièrement.
La largeur de cette baie, considérée comme, un
terrain neutre entre les Taïpis et les Happas,, est
d’environ un mille,’ et sa profondeur dans l’intérieur
des terres est d’à peu près deux milles. Du milieu
de cette baie à celle de Haka-Happa, la distance est
de trois milles environ, tandis qu’un mille et demi
la sépare de celle de Houmi. A peine .est-on au mi¬
lieu de la baie, que déjà'une belle végétation rem¬
place la couche d’herbe qui seule tapisse le sol à
l’entrée; la terre verdoyante s’élève graduellement
de la mer, encadrée dans une-plage de brillants
galets, jusqu’aux monts situés dans lè fond. Elle
forme un plateau large et régulier si couvert de bois,
qu’il paraît comme une immense avenue; mais aucun
parc ne présente la grâce et la variété de feuillages
qui frappent l’œil dans cette vallée. Une plantation
très-étendue de fruits à pain projette aü-dessus du
sol les lignes parfaitement symétriques des troncs arrayons

.

(1) Stewart, A vüü in the sowth seas, in the II.-SS. .yincennes.

�ÎLES MARQUISES

170

rangés avec un soin extrême; Cette plantation ^ la
seule aussi étendué, aussi bien soignée qu’on aitvue
clans l’île, indique assez quel serait l’aspect que ce

pouvaient

pays présenterait, si les habitants actuels
recevoir la direction des ‘hommes dont les
sances en

connais¬

agriculture donneraient à toutes ces

petites

aspect délicieux.
qu’on s’approche du rivage, l’étendue
et rîmportanc'è de cette vallée dé terrain nèutre de*viennent de plus en plus visibles; Dans son aspect gé¬
néral la forme et la hauteur des montagnes qui la
bornent, la surface aplanie du sol le long du cou¬
rant d’eau qui en parcourt le centre, et la richesse
manifeste du terrain^ lui donnent la plus grande res¬
semblance avec un beau vallon américain. Elle ne

tefres un

A mesure

,

présente aucun de ces produits de formation veloanique,' si communs clans les autres baies j au con¬
traire', elle paraît susceptible de devenir très-fertile
par les soins de l’agriculture (1).
Labeauté de cette vallée a été admirée par Porter (2),

fit le théâtre de ses combats contrô les Tâïpis;
Seulement, ib paraît en avoir exagéré les dimensions:

q.ui

en

il lui donne nôuf milles

de longueur sur une

largeur

du chapelain Ste¬
wart, son étendue^ serait déjà moindre, et nous
ajouterons que probablement les chiffres donnés-par
Stewart seront encore réduits. Ünè zone de terrain
de trois

milles^ d’après le récit

the sottthseas, in the U, SS. Vincennes.
Crmzeinik&amp; pacifie Ocea/ft.

(1) Stewart,' A visit to

Çl)

�ou

NOUKA-HIVA.

Ï71

maf'écageiix borde le rivage, c’est à peine si on peut
sé frayer une route à travers les fourrés d’hibiscus
qui la recouvrent. Les étroits sentiers qui s’y trou¬

tracés sont tellement embarrassés par les bran¬
ches entrelacées des atbustes qui les bordent, qu’on
vent

plus qu’bd ne marché'en les suivant. A un
rivage^ ori traversé la rivière, et dès lors
on se trouve' sur ûn terrain plus dégagé, onïbragé
par une longue ^uite de beaux arbres à paini Un ou
deux: millës plus loin, on rencontre les murailles
défensivès,. devant lesquelles Porter fut contraint
de battre en retraite dans sa première excursion.
Pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas le but de
ces murailles, elles ne paraîtraient servir qu’à for¬
mer un enclos à la base, de la montagne, elles n’of¬
frent aucuti des caractères particuliers consignés
dans le journal de Porter,'mais leur force n’a pas
été exagérée, en disant qudl faudrait de l’artillerie
pour y pénétrer.' Les dangers de l’entreprise de
Porter, dans cette circonstance, ne sont pas trop aurampe

niille du

dessus de la vérité. '

Un sentier excessivement rude sert de communi¬

cation par terre entre la vallée d\Haka-Happa-ét éèlle
de Haka-Haha. La montagne qui sépare ces deux anses
est

une

des. plus escarpées qu’on

puisse voir, dans plu¬

sieurs endroits' le rocher est presque perpendiculaire,

eton

ne

peut monter qu’en s’accrochant aux branches

des arbres et

aux

plantes qui en tapissent les parois.

Sur cette route abritée des vents alisés par

du sommet,

les^rochers

la chaleur est étouffante et rend pénible

�172

le

ILES

MARQUISES

trajet, mais les fatigues-de cette ascension sontam-

plementconipenséesparla[beautédespointsdevue(l).
Une nouvelle cascade apparaît dans toute sa beauté,
lorsqu’on arrive sur les parties élevées de cet escarpe¬
ment. Elle tombe du haut d’une
profonde ravine dans
la

partie ouest de la vallée, formée par un torrent
qui glisse le long d’une pente très-boisée; ellese pré¬
cipite ensui te du haut d’un lit couvert d’uri magnifique
feuillage, en une large, brillante et non interrompue
nappe argentée, sur des rochers placés à 30 mètres
au-dessous. Le charmant bassin qui la reçoit est de
forme circulaire et

ses

bords sont entourés d’une

épaisse ceinture d’arbres de diverse nature, depuis
jusqu’à l’arbre aux fleurs blanches,
nommé par les Anglais, caudle tree.
Comme accessoire à cette scène délicieuse,
qu’on
ajoute une troupe de sauvages, posée sur la pointe
aiguë des rochers, découpant leur profd dans le
ciel,' en brandissant leurs armes en signe de haine
contre,leurs ennemis leà Taïpis, et l’on aura une
faible idée de ce magnifique tableau.
le nasuarina

,

Du haut des monts,

la vue embrasse l’étendue des
vallées, et fait naître la pensée, qu’un travail
intelligent pourrait y faire vivre dix fois la popula¬
tion actuelle, que Stewart
porte à .8,000 âmes.
Aujourd’hui ce nombre paraît être de beaucoup su¬
périeur à celui qui existe réellement.
deux

•(i)s
cennes.

visitio thc'South seàs- 'in the. U. SS, Vin-

�ou

La

descente

NÔUKA-HIVA.

173

presque aussi difficile que la
montée de l’autre versantj elle est surtout aussi fa¬
est

tigante.
Il

paraît que la vallée d’Haka-^Haha ou terrain
neutre, n’est accessible que par trois points non

compris le rivage. Deux dé ces passages difficiles,
rudes, hérissés d’obstacles; donnent dans la vallée
d’Hakâ-Happa. Le troisième- s’ouvre dans la vallée de
Houmi ; ces routes paraissent devoir être
préférées à
celle de la mer dans le cas d’une
attaque, le chemin
du rivage étant, comme on l’a vu, défendu
par d’épais
fourrés et

une

muraille très-forte.

Yallée

d’Haka-Happa.

Elle donne asile à la tribu des

tière, et

beau

sa

cours

Happas tout

en¬

longueur est parcourue par un large et
d’eam, alimenté par une belle cascade

qu’on aperçoit dans le fond ; ce ruisseau, omcette
petite rivière, se jette à la mer vers l’ex trémité est du
rivage, qui embrasse le contour de la baie ; près de
son
embouchure, de nombreuses pirogues de pêche,
attestent que les habitants retirent leur subsistance
de cette industrie.

la case du chef religieux, homme d’une
grande influence nommé Tahoua-Tini espèce, de
prophète inspiré, était placée au milieu du village,
sur, une basse phte-forme, et à l’ombre de beaux arr
bres. Une espèce de temple se trouvait auprès de la
demeure de ,Tahou,aTTini ; c’était sans doute la deEn 1827,

,

�ilA

ILES

meiiRC

de la divinité

MARQUISES.

dont il était, 1q ministre.. Elle
J

était, du reste, dans un, état de ruine , qui indi¬
quait le peu d’intérêt que les indigènes consacrent à
leur culte, si toutefois ils en ont un bien défini, ce

reconnaître; cependçint une
preuve; frappante des effets cruels de l’esprit super¬
qu’on n’a pas encore pu

stitieux des sauvages, se trouvait là dans toute son
horreur. Devant une plate-forine en pierre d’environ

carrés et haute d’environ un métré, dans
auge grossièrement sculptée, et représentant à
l’une, dé ses extrémités une tête formidahle, ouvrant
une énorme bouche comme pour, dévorer quiconque
se hasarderait près de ce repaire^ on,,voyait un ca¬
davre dans ùné complète dissolution, offert sans
doute en sacrifice à une hidèuse idole, déjà vermou¬
lue, et-penchée vers la terre comme pour se repaître
de la vue de la victime qu’on lui avait offerte.
Au centre de la plate-forme mentionnée ci-dessus,
un espace circulaire entièrement voilé par le feuil¬
lage, servdit à recevoir les débris des cadavres quand
le temps de leur exposition’était passé, ou que de
plus fraîches victimes réclamaient leurs places.

sept mètres
une

trouvait aussi un hangàf con¬
tenant les restes d’un chef, à la mémoire duquel on
avait sacrifié les hommes dont on avait vu les débris
La chute d’eau qu’on aperçoit en arrivant, vue de
prés, tombe du haut d’un rocher a pic dans une
Près de* ce lieu se

gorge

étroite et boisée , où elle est rompue en

est

plu¬

la hauteur de oefle première chuté
d’ertviron 27 mètres ; un iùstaùt les plantes ca-

sieurs nappes;

�ou

175

NOUKA-HIVA.

chent le passage de l’eau , puis elle se précipite en¬
core d’une hauteur de 70 mètres environ dans un bas¬

qui éprouve à peine une légère
agitation sousi’effort de la colonne d’eau qu’il reçoit.
sin calme et paisible,
Cette chute d’eau

a

au

total environ cent mètres

d’élévation.

.

,

Baie Taiohae

ou

Taio-Hae.

•

Taiohae, nommée port Anha-Maria par
Hergest, et Massachusetts-Bay par Porter , est située
à six milles environ de la pointe Martin. Son entrée
éü’oite est entièrement cachée, juscju’à ce qu’on ait
aperçu la sentinelle de l’est, roc nu, noirâtre,
haut
irrégulier et séparé de la grande terre par
un canal trôs-rétroit ; les indigènes
appellent cet îlot,
couvert de quelques arbres rabougris, j¥atooH ( ha¬
La baie

,

meçon);
ne

un peu
tarde pas à se

conique

plus loin , la sentinelle de l’oiiest
détacher de la côte ; c’est un îlot

assez élevé et d’un, aspect grisâtre, mais
moins terne que celui du' premier : c'é dernier porte
un nom

que ses

dimensions

ne

justifient pas , Môtou-

(grande île). Un point dé’reponhaissance trèsremarquable est donné par un long filon blanc, situé
sur la pointe est de l’entréé ; cette ligne simule iine
chute d’eau à s’y méprendre ; elle arrête Te regard
de loin, et ce n’est qu’en s’approchant qirôn Recon¬
iioui

q^u’une teinte particulière au rocher lui donne
apparence..Avec une brise fraîche, ori peutcpntourner d© très-près la sentinelle de l’est cap Ùehnaît

cette

,

�■m.

ILES

MARQUISES

parfaitetnent saine ; elle forme un canal dont
mille, et la Jongueur un
mille et demi ; des mornes escarpés et taillés sou¬
vent à pic le bordent : ils vont rejoindre une chaîne
de hautes, montagnes, • qui encadrent la vallée et la
haie dans une majestueuse enceinte, et se dressent
dans le fond en vaste amphithéâtre. L’œil, fatigué
parunecôte de rochersperpendieulaires dénuésd’ai’hres, et recouverts seulemept par. une végétation
peu fournie, embrasse tout à coup une plage ravis¬
sante, surmontée par de riantes vallées doucement
inclinées et couvertes de bois imposants, à l’ombre
desquels apparaissent les cases des naturels sur le
bord sablonneux du rivage. C’est uni tableau à la fois
imposant et suave, sévère et gracieux.
La baie présente une forme circulaire où aboutis¬
sent plusieurs vallées, dont les terres s’élèvent gra¬
duellement jusqu’au pied des monts placés là par
la nature, comme pour séparer la peuplade qui habite ees bords, des tribus voisines, ses ennemies ;
une fécondité admirable; se développe dans les val¬
lées, sur les versants des collmes, et même jusque
sur les cimes élevées qui bornent l’horizon ; un tapis
de verdure dont les teintes varient du vert sombre à
un jaune.clair, recouvre partout le sol et montre tour
à tour les rameaux ondoyants des cocotiers, les larges

trée est
la

largeur est d’environ un

/

les casuarinas au bois dur,
végétal précieux, le goyavier aux fruits
dorés, Y hibiscus an feuillage arinô de piquants, et
une foule d’autres végétaux plus bu moins utiles;
feuilles des bananiers,

l’arbre à pain,

�ou. NOUKA-HIVA.

embellissent

tous

cétte scène

attire lè

177

clélicietise

qui

repose

regard.
Deux plages sablonneuses divisent la baie
; elles
sont séparées par un morne assez
escarpé, sur lequel
fut placé la batterie de
Porter, qu’il nomma fort Madison. La plage de l’ouest est la
plus vaste et la seule
habitée; à son extrémité orientale se trouve placée la
case de Patini, la reine de ce
point, commeon l’appelle
généralement en l’absence d’iin nom féminin qui
corresponde au titre de chef. La plage de l’est est dé¬
pourvue d’habitations et d’habitants ; c’est-celle que
les Américains avaient choisie
pour établir leur
camp auquel ils imposèrent le nom pompeux de
et

,

Madisomille,

Du reste, eet
eniplacemeht fut bien choisi, car,
défendu du côté de la terre parle morne delà

battèriéj
appuyé sur de hauts versants presque inaccessibles, il
offre toutes les conditions de,affrété
qu’èxige un pre¬
mier établissement. En outre, le
débarquement est
facile, tandis que sur là plage de l’ouest la houle
brise avec force et fforme
parfois une barre qui em¬
pêche l’acbostage des embarcations. Le point le plus
abrité du ressac se trouve auprès de la case dé Patini.
En résumé, ce port, étroit à son entrée et
bordé de
.

rochers

acores

,

offre

une passe

très-saine

pour

les

navires; les dispositions du terrain donneraient, au
moyen d’une ou deux batteries, toute facilité pour
repousser une agression ennemie venant de la mer ;
dans l’intérieur de la baie,
quelques canons, placés
sur
l’emplacement dé la batterie américaine, la com^
12

�ILES

178

MARQUISES

lïiancleraient en entier, et tiendraient sous leur feu
les navires réunis au mouillage. C’est un port for¬
tifié par

la nature, de telle sorte,

inexpugnable, en

ques travaux il deviendrait presque
même temps qu’il offre un abri sûr
navires qui y séjournent.
'
Près de la demeure

qu’avec quel¬

et commode aux
,

'

de Palini, se ti’ouvefe ruisseau

qui sert d’aiguade'î en f)rolôngeant la plage on ren¬
contre le monument funéraire du frère de Patini, qui
apparaît à la lisière du bois, entouré de longues per¬
ches laissant flotter au gré de la'brise de longues et
étroites bandérolles blanches-; plus loin, les séntiers
coihmencent à se montrer • dans

la directiôn de la

qui court au nord, et dont l’étendue en longueur,.'jusqu’au pied des montagnes, est d’au moins
deüx milles; des paiidanus, épars près de la mer,
protègent de leur ombre de nombreux groupes de
baigneurs, qui viennent chercher dans l’eau un
soulagemênt à la chaleur du jour. Bientôt un
ruisseau; qui arrosé lai'vallée, montre le cours de

vallée

limpides, et, pour peu qu’on le ré¬
monté, on arrive bientôt au pied d’un arbre gigan¬

ses

eaux

phénomène de végétation, qui
et l’admiration.
Ce colosse est un figuier ou arbre des banians,
dont le tronc, composé de grosses tiges entrelacées,
mesuré environ vingt-cinq mètres dé circonférence ;
il conserve la même largeur jusqu’à environ treize
mètres de hauteur, puis il se divise, projette-une
quinzaine de branches horizontales, qui couvrent de

tesque j véritable
excite à là fois Üétonhèment

�ou

leur- ombre

un

diamètre.

NOUKA-HIVA.

espace circulaire de

479
cent mètres

de

Ce.point conserve une fraîcheur délicieuse pendant
plus chaudes de la journée. La brisé
qui règne^sur le rivage ne franchit pas la barrière
opposée par la végétation féconde de la vallée, aussi
le promeneur,
qui parcourt des sentiers étroits nop
abrités des rayons brûlants du
soleil, et seulement
bordés de plantes épineuses, y est accablé par la cha¬
leur, la respiration lui manque; -le soi est brûlant
lorsqu’il n’est pas garanti par les arbres qui le cou¬
vrent de leur
ombre; et, à certaines heures ^ la vallée
est compîe unefournaise ardente. Au
pied .de ce grand
figuier on trouve, au contraîrej toujours une tempéra¬
ture
supportable., et un ei,nplacement aéré auprès du
ruisseau qui baigne ses longues et noueuses racines.
Près, de là, oir aperçoit des
mprs formés,par de
grosses pierres superposées, et on recçnnaît le
Talioua, place réservée aux assentblées' de la popula¬
tion, aux jours de fète.et de cérémonies. Cet
empla¬
cement tombe en ruine, ce
qui porte à croire que
les Tais, nom de cette
peuplade; sont eh décadence ;
cette opinion se conlirme,
lorsqu’on parcourt la val¬
lée. Partout, des ruines, de
cases, des emplacements
abandonnés frappent le regard ; c’est à
peine si, au¬
jourd’hui, on peut porter le nombre des habitants
les heures les

chiffre dè liüit cents ou mille.
Cette vallée, si
complètement
sieurs issues
au

fermée, offre plu¬
ditliçiles, mais praticables, qui condui¬
sent chez lès trib.us. environnantes,, particulièrement

�ÎLES MARQUISES

480

baie, déjà si piUoresque, devient admirable lorsque, après avoir erf'é
sous les touffes serrées des avenues qui couvrent le
chez les

Happas. La vue de la

village des Taïs , on a parcouru un
ble au dernier degré qui serpente

sentier péni¬
auprès d’un

qui baigne la vallée entière; alors, on a
point culminant des montagnes, le lieu
où sont construites les fortifications des naturels, et
d’où l’œil embrasse à la fois les vallées des Happas,
des Taïs, et celles des Taïpis dans l’éloignement. Les
navires à l’ancre dans la baie, les détails si divers de
la terre, la forme indécise de l’île Houapooii dans le
torrent

atteint le

lointain, la
dée

sous

vue

de cette profonde mer qu’on voit ri¬
alizés du S.-E., rem¬

les efforts des vents

plissent le tableau d’effets magiques, de brillants con¬
trastes et de splendides paysages.
Bientôt le chemin s’incline sur des déclivités plus
douces, des cascades apparaissent, leurs blancs filets
sé détachent sur la teinte sombre des monts, pen¬
dant que leur murmure atteint et charme l’oreille;
quelque temps de descente jôncore, et l’on atteint le
premier village des Happas.
Les cases'de la valléé Taïo-Hae ne sont pas agglo¬
mérées

en

nombre considérable ; on en

voit parfois

six réunies; mais, en général, ellessontdissur des emplacements éloignés. Sans doute,
chaque habitant se rapproche du terrain qui.le
nourrit ; on aperçoit fréquemment des enclos de
pierre qui indiquent des délimitations de propriétés
dans lesquelles l’arbre à pain, les bananiers, le mû-

cinq

ou

sérainéés

�pu NOUKA-HIVA.

181

rier, le tare et l’igname.sont cultivés, si toutefois on
peut employer ce mot pour désigner la simple réu¬
nion dans un local d’un certain nombre de ces
plantes
totalement abandonnées aux caprices d’une riche et

féconde nature.
deux

Européens ont entrepris la culture de
petites portions de terre qui leur ont été concédées
par les chefs j avec peu de travaux, ils ont obtenu
d’abondantes récoltes qui leur donnent le, moyen
d’ajjprovisionner les douze-ou seize navires du com¬
merce qui relâchent annuellement danâ ce
port;
Ces hommes commençaient déjà
(1838) à éprouvernn
bien-être qu’ils n’auraient pas obtenu dans la vie er¬
rante des marins, C’étaient,
pour la plupart, des An¬
glais ou désAméricainS ; unEspagnoletun Chilien s’y
trouvaient aussi-, mais, e.iclins au grand vice de leurs
nations, la paresse, ils passaient leur vie dans l’indo¬
lence la plus complète, et ne sortaient de leur
torpeur
que pour songer au moyen dé subsister aujour le jour.
Les chefs principaux des Taïs sont Nia-Hitou,.
Vava-noui, Palcokoet Ratini, tous parents de Moanai
investis de ses droits en son absenee, droits qu’il est
venu exercer lui-même
depuis peu; du reste, ces
chefs ne paraissent jouir que d’une médiocre in¬
fluence, sans autorité absolue.
Un

ou

Baie \Jkani&lt;

.

La baie

Tchitohagolf de Krusenstern

recevoir des naturels le

nom

de la tribu

nolis a paru

qui l’habite.

�ÎLÉS MMQÜISÈS

les Taïoas ; cependant lé rapport dëS oj^éfàtions dü
brick le Pylade mentionnant le nom d’Akani pour
celui de ce port, nous l’adopterons jtisqu’à plus am¬

ples informations;
Situé à quatre milles environ de la baie Taïohae,
le portTaïoa ou d’Akani ne possède qü’uné entrée
étroite, dont,la largeur a été estimée à deux cent
cinquante mètres; elle devient plus considérable à
mesure qu’on s’avance dans
l’intérieur^ et l’on aper¬
çoit bientôt une langue de ferre. Cette baie, divisée
en deux
anses, .est on ne peut plus gracieuse : les
eaux de l’ansè de l’ouest
baignent les bords d’une
étroitexalléeJ large environ de quatre cents mètres,,
qui se prolonge entre deux murs de rochers pérpendiculairês, à environ trois milles dans l’intérieur. Une
végétation admirable recouvre le cours d’une petite ri¬
vière qui prend naissance au pied d’une belle cascade.
Des cases, placées dans desposifionschoisies, achè¬
vent de donner à cette anse un
aspect enchanteur;
malheureusement sa petitesse n’accorde pas à ün
navire toutes les garanties d’un bon mouillage. Cette
anse, ou plutôt ce bassin, a environ quatre cents
mètres de profondeur Sur deux cents de largeur; il est
entièrement fermé par de hautes parois de■ quatre
cents mètres d’élévation
; la plus violente tempêté
n’en troublerait pas les eaux. L’amiral Krusenstern
lui donne une préférence
marquée sur celui de
Taïohae pour tout bâtiment qui aurait à faire des
répa¬
rations q,ui aurait à déposer ses agrès à terre ou qui
voudrait établir un hôpital : car le nâvire,'étant mouillé
,

,

�ou

483

NOUKA-HIVA.

très-petite distance du rivage, pourrait protéger effi¬
sans l’aide.de détachements particuliers,
tout établissement à terre, et d’ailleurs aurait une vue
assez étendue, pour surveiller les moindres mouve¬
ments dè rennemi, s’il voulait tenter une
attaque.
L’anse de l’est, est presque inhabitée ; la vallée qui
y,aboutit est bornée bientôt par les montagnes : aussi
voit-on peu de, cases sur ce terrain peu spacieux et
mpins. fertile que la, vallée voisine.-Cette anse offre
un
naouiliage plus large et plus convenable que le
précédent, nraîs. une hpüJe très-forte bat la plage et
rend le débarquement parfois difficile,
Au milieu des cases, des natiirels,.onirpmarqua une
grande place, plus belle que celle de Taïohae, et qui
cacement,

est sans

raît être

doute destinée,au même but. Le ra/ioua pa¬
un

ornement

dres vallées.,,

indispensable dans les. moin¬
.

précipices, dans les envi¬
plus haut, conduit
à Taïohae. Deux officiers russes, qui avaiient-entrepris
cette course .à quatre heures de
l’après-midi furent
obligés de s’arrêter en route; épuisés de fatigue, ils ne
purent rejoindre le bord que,le lendemain matin.
La plus grande longueur de Tîle Noukaliiva est de
clix-sept milles de l’est à l’ouest; sa plus grande lar¬
geur du nord au sud comprend une, étendue.de, dix
milles, et sa circonférence.mesure cinquante-qpatre
milles environ. Le territoire, occupé par les Taïs, les.
Happas., les Taïpis et les Taïoas le seul qui ait été
visité par les navigateurs, occupe à peu près le-tiers
Un chemin, à travers les

rons

de la chute d’eau mentionnée

,

,

.

�184

ILES

MARQUISES

surface entière, et se trouve limité par la pointe
Martin à l’est, la baie Akani à l’ouest, par les mon¬
de

sa

au nord, et la mer aij sud.
population de l’île paraît avoir été
considérablement exagéré par Porter, qui fixe à dixneuf mille le nombre des guerriers de l’ilè entière,
ce qui élèverait à quatre-vingt ou cent mille le nom¬
bre des habitants. Toutefois, comme le dénombre¬
ment qu’il donne est le plus détaillé,que l’on con¬
naisse, nous le reproduisons en corrigeant, autant
que possible, les noms des tribus qu’il a étrangement
défigurés,, et en nous réservant de donner notre pro¬
pre estimation plus loin.

tagnes du centre

de l’île

Le chiffre de la

F'allée de Tdio-Hae.
Elle

■

comprend six tribus réunies

sous
des Pakeus

le

nom

( Peka )
Maoulis (Meaho),
Hotvniahs (Oaia), Hikoualis
(Ikohei ), Hoattas ( Oata ), Havous ( Havaou ).
Keatanoui (1813), était le chef reconnu des
quatre premières tribus, et avait une grande in¬
collectif de Tais

fluence

sur

Keatanoui"

: ce

sont celles

les deux autres tribus. La femme de

se

nommait Tdihea-tdiva,

était le chef de la

Kioponoui
tribu des Oatas ; quant à la sixième,

elle vivait dans

—

état d’indépen¬
dance-complète, ayant chassé son chef Patoühéhé,
proche parent de Keatanoui. Cette petite révolte
était motivée par la gloutonnerie de ce |dignitaire
sauvage, dont l’embonpoint attira l’attentioii des
les Havaous,

un

�ou

NOUKA-HIVA.

185

matelots

qui le baptisèrent du sobriquet à’Éléphant.
guettait les enfants de la classe la plus pauvre
pour les dépouiller viôlernment de leurs poissons au
retour de la pêche. Ces actes tyranniques furent sui¬
vis d’un soulèvement qui le força d’aller chercher
un asile près de Keàtanoui, son parent.
La peuplade des Happas est aussi composée de six
tribus-, savoir : les tribus àe&amp;- Naïciliis, Tattaïouos,
Pachas, Kickaas , TekaaS', Muitaaohas.
Les cinq premières étaient régies par les chefs
Il

Mowattaeh, Pcâroro, Tekawanouohe, Kàivatuah, To-

neotoüfa.

du chef de la- dernière tribu n’est pas
donné.
/‘
Trois tribus se partagent le sol de la baie Muni
Le

nom

les Taïahahs (Taioas), les
Cahhabes; elles possédaient deux chefs, PotoUnah et

ce sont

les Maamatouahs,

Mahitataha^

-

peuplade était l’alliée fidèle des Taïsj elle
se joignait à celle-ci dans les guerres avec les
peu¬
plades des vallées à l’est de Taïohae.
La vallée au nord de la baie Comptrollér ( vallée du
terrain neutre de Stewart) comprend trois tribus', sous
trois chefs différents, qui constituent la peuj^lade
desTaïpis. Cette peuplade, en proie souvènt'â des
dissensions intestines, est toujours unie lorsqu’il
faut résister à une agression étrangère.
Cette

Ces trois tribus

Pohigouha ( Pouihoo ),
Nahegouha {UâkSiéhu), chef Pohicjouha; Aiiaijdias { Atiehou), chef Temowali.
chef Tohenoueh;

se

nommént

�ÎLES MARQUISES

186

(HoUmi) réunit-sous un
principal rimon-ï’aï/jf, les trois tribus Crt/iow-

La vallée des Shoeume

chef

maka, Tomaa-Wama, et Tilie-Mciliou.
La vallée de Hanna-Hoou, située sur

■

la côte est de
Nouka-Hiva, donne asile à deux peuplaijes ; la pre¬
mière est nommée Hate-Kaa, dont le principal chef
est.Talie-Hoou., et la seconde est désignée sous le
titre de

■

peuplade des Hate-Kaâ constitue les trois tribus
La-peuplade
Woeliahas est composée de trois autres tribus :

La

dés Moudikaj Auiliou, et Atleta-Wdina.
des

les Atfe-Hmves,

petite vallée de. Tàhloualitouak ( Oua-

Dans, la
touatoua

Tdiaka.

),

AUetomakdi, et Attekakziliamid.

se trouve encore une

petite tribu appelée

^

Comme on le voit, Porter n’énumère que la no¬
menclature des tribus situées sur-la partie orientale

lieu de supposer, ce¬
pendant, que la, partie occidentale et septentrionale
est peuplée quoique- le Seul renseignement qu’on
ait à Cet égard se résume dans l’assertion du matelot
Roberts,, mentionnée par KrüsenStèrri, qui préten¬
dait qu’une peuplade considérable, pouvant mettre'
sur pted douze cents guerriers-, était établie sur la
et

méridionale de l’île;

il

y a

,

rive ouest de Nouka-Hm.

Voici maintenant le dénombrement
tion

,

extrait du journal de Porter

:

de la popula¬

�187

Oü 'NOüka-hîvà.
Tàïs.

.

2j500 güerriets.
3,000

.

Happas.
Taïoas.

.

Taîpis.
HOuinl.

Hatekajia et Woehahas.

.

.

Ouatouatoua
Total.

5,000

3,500
3,000‘
5^000
200

.

.

.

.

.

.

'

.

19,200 guerrier^.

L’amiral Krüsenstern

indique dans l’énumération
habitants, d’après; les renseigriëments fournis
par le matelot Roberts, le nombre de 800 guerfiers
pour Taïo-Hàe, 4 ,000 pour la baie Taïpi, 500 pour
Taïo-Hae; 1,200 guerriers se trouveraient dirigés
par le chef Ma'ouday ( probablement chef des Happaç); deux autres peuplades, dans le sud-ouest et
dans le nord-est de Taïo-Hae, fourniraient chacune
un
contingent de 4,200 guerriers, ce qui ferait mon¬
ter le nombre tptal des
guerriers de l’île à 5,900.
Roberts assurait,-en outre, que ce chiffre, loin
d’être exagéré , était plutôt au-dessous de la réalité.
Si on multiplie ce résultat par ,3 pour
y comprendre
les femmes, les vieillards.et les enfants, on obtien¬
dra le nombre 4-7,700,-soit 48,000 en nombre rond.
Cependant le calcul de Robetts ayant paru trop
élevé d’un bon tiers, en ce qiii. concernait la tribu
de Taïo-Hae,
qu’il portait à 2,400 habitants, tahdis ;
que l’on n’en avait jamais vu plus de 800 ou 4,000 ;
des

Krusenstern croit devoir réduire le chiffre total à

42,000-, ce qui, ajoute-t-il, est bien peu pour unequi a près de 60 milles de circonférence.
Le chapelain Stewart estime le nombre des habi-

île

�ÎLES MARQUISES

188

seuls, à 8,000 ; M. le com¬
Dupetit-Thouars, dans une approxima¬
tion générale, indique 5 ou 6,000 âmes pour l’île
entière. Noüs pensons que les estimations de Porter
et de Stewart sont beaucoup aü-dessus de là vérité,
et que celle de l’amiral Krusônstern est aussi trop
forte,«pour l’époque actuelle, quoiqu’elle pût avoir,
de son temps, une plus grande exactitude. Le chif¬
fre mentionné dans le voyagé de /aTénus est, à
notre sens, plus vraisemblable; cependant, nous
présumons, d’après, l’aspect de la baie Taïohae, qu’il
tants

de la vallée des Taïpîs

mandant A.

peu trop faible.
8,000 habitants, selon nous, sont répandus sur
toute l’île, dans les proportions suivantes :

est un

Taïs

Happas.
Taïoas

..........
.

Et dans

800

. .

2,000

les autres valle’es.
Total...

.

.

.

.

.

5,000
3,000
8,000

M. Dupetit-Thouars l’estime
6,000, Krusenstern à 12,000.,, Porter à 80,000.
La distance qui sépareTîleNouka-Hiva des îles du
On

à

.

.

Taïpîs

1,000
1,200

a

déjà

vu que

lecentre,

groupe nord-ouest, dont elle formepresque
est de 23 milles pour Houa-Poou, avec laquelle

elle a
de fréquentes relations, 26 milles pour Houa-Houna,
54 milles pour Hiaou, et 58 milles pour Fetou-Ouhou.
70 milles la séparent de Hiva-Oa, et 81 milles de
Taouata.

�Oü .NOUKA-HIVA.

MOÏOÜ-ITI OU

Les rochers Motou-iti
couver

avait donné le

ou

nom

189

KIKMIAÏ.

Kiki-maï, auquel Van¬

cl’îles Hergest, en sou¬

officier, avaient été nommés
Franklin I. par Ingraham, les Deux-Frères par Mar¬
chand et BJake I. par. Roberts; ils se composent d’un
îlot inhabitable’ élevé de quarante mètres (1), acore
venir de

ce

malheureux

stérile, séparé pat un étroit canal de
blancs, beaucoup moins élevés et en¬
tièrement dépourvus de végétation.
Les habitants des îles voisines visitent quelquefois
ces.rochers dans leurs parties de pêche, mais ce n’est
que dans une absolue nécessité qu’ils s’aventurent à
cette distance de leurs côtes dans de frêles piro¬
gues (2).
et

presque

deux rochers

HIAOÜ', FETOU-OUHOü.

Fetou-Ouhou, situées à l’extré¬
nommées Knox
et Hanack par Ingraham, Masse et Chanal pAv Mar¬
chand, Roberts I. par Hergest, et enfin Knox et
Langdon par Roberts. L’île Hiaou est élevée de six
cent dix mètres; elle présente une végétation féconde,
Les îles Hiaou et

mité nord-ouest de l’archipèl, ont été

.

surtout

dans deux vallées aboutissant à deux anses,

qui doivent offrir un bon mouillage ; elles sont situées
la partie nord-ouest de l’île. On

toutes deux dans

(1) Dupetit’Thouars, Voyage autour du monde de la frégate.U
Vénus.

(2) Krusenstem, Voyage autour du monde.

�190

ILES

MARQUISES

aperçoit entre les pics de beaux plateaux d’arbres et
de riants tapis de verdure.
Hergest, qui a débarqué sur cette île., décrit sa
côte orientale comme entièrement dépourvue d’anses
et- d’arbres ; ses bords^ formés par des rochers recou¬
verts par des arbrisseaux et des buissons,- ne donnent
aucun accès au débarquement, mais la côte nordouest présenté un aspect toutdifférent.
L’anse du milieu fut TuomméQ Batteryicove, puis
on se rendit, dans un canot, dans, la seconde anse si¬
tuée plus au nord, après avoir reconnu qu’elle offrait
un mouillage assez bonsür un fond diminuant gra¬
duellement ,de 18 à 5 brasses. Un ruisseau dé bonne
eau débouebe

près d’un bois de cocotiers qui offrit une

abondante récolte de fruits. Un monument funéraire
et une case

venaient

abandonnée

quelquefois

s’étonna de voir

y

indiquèrent que les naturels
faire des excursions, et on

cette terre

fertile inhabitée.

rivage, il en rend
l’approche souvent tlîlllîcile et dangereuse. La plus
grande longueur de l’îié est. dé 0 railles du sudest au nordmuest,, et sa plus grande largeur est de
A milles et demi du- sud-est au nord-ouest ; la
circonférence peut être évaluée à 16 milles environ.
Trois milles séparent Fetou-Ouhou de la précé¬
dente; dans le canal qui les sépare, on a cru voir
la mer briser, mais on m’a aucune assurance possitive à cet égard. Fetou-Ouhou est très-acore, ses
côtes s’élèvent perpendiculaireilient au-dessus de la
mer, et sa hauteur esj; de 420 ipètres ; quoique son asLe

ressac

est assez

violent

au

�ou

NOüKA-HIVA.

191

pect i^oitassez verdoyatit, elle ne présente paslayégétation de

sa

voisine, La pointe

sud-ouest de l*île

est

basse;,quelques roches détachées et,peu élevées s’en
écartent et forment un brisant. A la pointe nord, ôn
découvre un gros, îlot, élevé et peu éloigné de la cote.
La longueur de l’île dü sud au
nord,.est de 3

milles

demi, et

largeur moyenne 1 mille ; son
d’environ 6 milles..
Dans l’est de Fetou-Ouhou,' à 9 milles de
distance,
et

sa

contour est

on

voit

ou

3 mètres au-dessus du niveau de la mer,

banc de corail

sable

qui s’élève dé 2
qui déferle
avec fureur cÔntrecetobstacle. Unhaut
fondl’entoure,
il décroît dans le sud, graduellement et lentemérit de
7 à 14 brasses,
plus rapidement de 14 à 27, et puis
presque aussitôt il tombe à 60 brasses ; ensuite on
ne trouve
plus de fond par 200 brasses.,
Les îles Fetoq-Ôuhou et Hiaou, donnent
refuge à
un
grand nombre d’oiseaux de mer, qui y attirent les
naturels, qui font des ornements de leurs plumes ; la
pêche est aussi fort abondante sur ces rivages , elle
fournit

un

souvent aux

et de

besoins des réunions de natu¬

qui vont, sur l’île' Hiaou, se livrer aux mômes
excès que les habitants du groupe sud-est, sur les
îles Motahe et Fetou-Houkoù.
rels

Statistkjiie.
M.
a

bien

«

du brick le Pylade,
par- ses nombreux voyages scientifiques^
voulut nous communiquer les détails sui-

-Lesson, chirurgien-major

connu

,

�ÎLES MARQUISES

1-92

qui ont été recueillis en grande partie en
1841, auprès de MM. les missionnaires français,
établis dans les îles de l’archipel Nouka-Hiva.

vants,

ÎLÉ TAouATA.

Yotété, chef de la baie Vaïtaliou et de là baie
Ses trois enfants sont Touna, Totika,

Anamiaï.
et...

nom de la femme de ce chef; Pamilitaire, ou Toa, et Maheono est le
chef de la baie Anatéténa les villages habités sont,
du sud au nord en passant par le le nord-ouest :

Taetanani est le

nahbu est le chef

12 Maihouni.

I Vaïtahou.

5 Anamiai.

13 Ochaou.

3

Anap'oo.

14 Pouhou.

Apatoni.

.16: Pati-oti.

15 Otohoa.

4 Anatefao.
5

6' Anaefe.

&gt;

■

,7 Anatoouma.
8 Mateio.

(C’est dans cette

9 Anatéténa.

baie que les missionnaires
ont été le mieux reçus.)
10

II

Maîpùuou.
Maipouha.
«

17 Anahevanc.
18 Matohou.

18 Anameouino.
20 Ana-habhai.
21 Této-houhou.
22- Anamonoha.
23 Hiva-hiva.

français établis en 1841 sûr
cette île, étaient MM. Caret, Borgela, Bodichon et
Murphy; leur établissement portait le Tiom de la
reine des .Français ; deux missionnaires, MM. StallLes missionnaires

�ou

193

NOUKA-HIYA.

worthy et Thompson s’y trouvaient aussi, il n’y avait
point de missionnaires anglais sur les autres îles.
ÎLE

HOUA-POOÜ.

(Houa-poou signifie deux colonies.)
Onze

i

villages allant de l’ouest
1 Hakaaou.

7 Hiken;

2 Hakaiïiohoui.

.

â Ilakahouti.

8 Hakatao.
9 Hohoi.

4 Hakaotou.

10 Paa-ouméa.

5 Hakamaii.
6

.

sud.

au

11

.

.

.

.

.

.

.

Apateki.

}

La famille du chef

Eato-Paouhaoua, se compose de
femme, Vaikoipou son héritier,
père du chef, et Taiekotaaou petite-fdle;

Taiapeoutooua
Okouehitou

sa

Thipoutoa est le chef militaire ou. toa.

Güillemard étaient les mission¬
naire de rétablissement formé sur
l’île, 'auquel on
avait donné le nom de la femme du
çoinmandant du
MM. Fournier et

Pylade (Virginie Haé-yirikinia).
Nou-iuvA.

.

.&lt; ■

Divers lieux de la baie Taïo-Mé.

Akapéhi.

Ikohei.

.

.

.

.

Havaou

Pakiou.

_

chef Paetini'(tante de Moana).
id.

.....

.

.

.

.

,

chef

:

Moana.

chef

:

Pakoko.

.

13

�ÎLES MARQUISES

494
Onia.

çbef

..

Otoméaho.
Peka.

Paatéa, Oat'a.

....

.

Haotoupa, Méaho.

.

îl Nié-hitou.

.

Baies et peuples

.

.

.

.

î’iw
id.

chef : Vavahenna.
chef : Niéhitou.

amis des Tais.

Happas.

..........
chef : Pakbko.
Akapouhouhae
' .
Takatea (peuple Matiake).'
chef : HoHoutirii.
Akaoui (peuple Taïoa). .... chef : Mahé-atéfcé.
Anamehoi (haut de la baie Akani).
Atioka
chef : Anotai.

Akapaha.

Baies et

peuples ennemis {Taïpis}.
'

'1

‘

’

'c

Tahii, valle'e la plus proche.

Hoomi, peuple AVaakf.
Hanao, reine Paeakoua, son fils Aoménimi.

Pw^^^ j

'

.

®®P^Sûol Manoü.

Hakaehou, peuple Poiia.
Ouatouatoua, petite baie.près
.

Noms des

d’Atiehou.

principaux cîiefs de la

baie Taio-haé.

Te Moana (ce mot signifie haute mer ), fils de Teatanbui.,
Paetinij chef de la vallée Akapehi, actuellement déserte,
Porter avait

Pakoko

ou

bâti ,Madisonville.

,

,

t

(le premier nbm signifie, guerrier, le
chef des vallées Havaou èt Pakiou.

Manou

oiseau ),

.

ïïiehitoû, onclé. et'père adoptif du chef Moana, chef des
' Mehao et Haotoupa, le plus influent avec Pakoko,
,

Vavahenna, chef des vallées Paatea et

Oata.

et où

second

vallées

�NOUKA-IHViî

ou

m

Sur l’ile

Hiva-Oa, M. Lçsson ne connaît ■ qu’une
baie, cellé ^napahoa, dont le chef est Patihii.
Il résulte des détails

géographiques qui précèdent,
l’archipel entier ne contient que six îles habi¬
tées, trois dans chaque groupé, savoir r Hha-Oa,
Taouata et Fatou-Hiva, au sudj
Nouka^Hiva, HouaPôou et Houa-Houna, dans lé nord. Le reste des
terres ne secompose plus que d’îles inhabitées,,
d’îlots sans ressourcés ou de rochers
exigus. On peut
indiquer cependant les îles Hiaou, dans le nord-ouest
que

de

Nouka-Hiva, et Motane, située au sud de Hiva-Oa,
étant susceptibles de recevoir une
popula¬
tion dont elles sont privées maintenant.
La superficie de ces
îles, d’après dés mesures
approximatives, assez peu certaines du resté, peut se
répartir ainsi :
comme

,

.

Iles habitées.

Nouka-hiva.
Hiva-oal

.....

Houa-poou.
Fatou-hiva.
Taouàfa.

.

.......
i

«

.

Houa-houna.,,
Total.:

.

;

.

V..

t-Sj.OOO hectares.

.

44,590

,.

i

.

'. .'

8,570

.

8,230

.............

7,540
6,860

...........

............

.

,

.

,119,690

Iles désertes

.

Sus.ceptibles de recevoir des habitants.
Hiaou.

Motane.

'

.

,

.

5,480

2,000

127,170

�Iles marquises

496

/?epor&lt;.

127,170 hectares.

.

inhabitables.

Rochers et ilôts

1,0.50

Fetpu-ouhou.

340-

Fetou-hoükou

Motou-iti.

.

.

Total

■&gt;

340

128,880

général,

qui sé trouve répandue
forment la superficie
approximative des îles habitées ^ peut être évaluée
ainsi qu’il suit, en tenant compte des deux dimi¬
La

sur

population présumée,

les 120,000

hectares qui

les îles Faouata et Fatou-Hiva, dans le derniër rapport de M. le contre-

nutions mentionnées pour

amiral

Dupetit-Thouars.

8,000 âmes.
6,000

Nonka-hiva
Hiva-oa.

Taouata.

......

.

700

......

1,500
2,000,

Fatou-hiva

Houa-pooU'.

...

Houa-houna.
Total.

Le

.

.

.

i..

.

.

.-.

.

2,000

20,200

chiffre de l’île Nou-Kahiva, a

été fixé par nous-

possible que les ravages'occasionnés
par l’introduction des armes à feu aient déjà pro¬
duit une diminution sensible. Toutefois, jnous pen¬
sons rester encore aujourd’hui dans lés limites du
vrai en donnant cette quantité.
Le chiffre 6,000, appliqué à la population de
Hiva-Oa, nous paraît aussi assez rapproché de la
mêmes; il est

�ou

197

NOUKA-HIVA.

vérité, mais les îles Houa-Poou et Houa-Houna nous
semblent avoir été trop bien partagées; notre opinion
individuelle serait de réduire à quinze cents le
nombre deux mille fixé pour chacune d’elles.
Quoi qu’il en soit, on peut évaluer aujourd’hui la
population générale à 19 ou 20,000 habitants.
L’amiral

russe

Krusenstern fait remarquer que

indigènes influent sur le nombre de
enfants, au point que peu de femmes en ont
plus d’un ou deux, et qù’on ne rencontre pas fré¬
quemment des hommes d’un âge avancé; nous
croyons que cette dernière opinion n’est pas irréfu¬
table, le tatouage ayant la propriété de cacher en
grande partie les traces de vieillesse. Cependant,
nous adopterons la base indiquée, à défaut d’autée
plus plausible, d’autant plus qu’elle nous paraît plutôt au-dessous qu’au-dessus des rapports réels. D’a¬
près cela, on pourrait à peu près présenter ainsi la
division des sexes et des âges :
les

mœurs

des

leurs

î
,

1

i

I
I
î

!
l!

Vieillards des deux sexès.

;
i

;

.

Enfants.

.

•■

2,500

10,000

7,500

T—“

I
j

...

Hommes et femmes adultes.

Total...........
-,

20,000

.

...

Le chiffre de vingt mille habitants de tout âge et
des deux sexes, donne le rapport de 16 individu ;
pour 100 hectares de terre actuellement habitée.
En admettant que la moitié seulement de la super¬

ficie des îles habitées soit

susceptible de culture, le

�ÎLES MARQUISES

198

rapjDort sera de 33 habitants pour
terrains, productifs.
Si

la

on

abaisSe cette base au tiers

100 hectares de
de la totalité de

superficie, le résultat produira 50

100 hectares.

'

habitants par

point de comparaison le
quart de la superficie, chiffre qui nous paraît être
rationnel, on obtiendra la proportion de 66 habi¬
tants par lÔO hectares.
Evidemment, une population bien plus nombreuse
pourrait trouver sa .subsistance sur cette étendue de
Enfin, eh ^prenant pour

pain, cette ressource providentielle
de toute rOcéanie,, letaro, l’igname, la p,ataté douce,
racines qui croissent presque sans culture, les pro¬
duits de la pêché, déjà considérables,-si l’on a égard
aux instruments grossiers qu’on emploie pour les re¬

terres. L’arbre à

les poules et les cochons, qui er¬
aujourd’hui eii liberté dans les bois, suffiraient
à l’alimentation d’une agglomération d’hommes dix
fois plus grande.'
Et si quelquefois on a rehiarqué des disettes de
vivres qui, a-t-pn dit, conduisent forcément les na¬
turels à ranthropophagie , on doit les,attribuer à
l’imprévoyante oisiveté des sauvages, à leur prodi¬
galité aux époques de .certaines fêtes, ou à leurs
guerres dévastatrices, qui détruisent non-séulement
les hommes, mais encore des plantations entières
d’arbres fruitiers, base principale de là nourriture.
On doi t ajouter que les calculs qui précèdent sont

cueillir ; en outre,
rent

.

purement

hypothétiques ; on ne parviendra à bien

�NOUK.A-HIVA.

199

les établir que lorsqu’un séjour
lieux aura fourni les moyens de

prolongé sur les
vérifier leur exac¬

ou

titude, et de les rectifier au besoin, car ce n’est pas
dans une cpurte relâche que les navigateurs peuvent
recueillir des documents irrécusables. Un

simple
d’œil jeté sur un pays, ne donné jour qu’à
des suppositions plus ou moins fondées j mais tou¬
jours incertaines. Toutefois, nous avons lieu dé
penser qu’avant peu, de nouveaux détails officiels
coup

viendront corroborer

ceS

évaluations.

Navigation.,

■'

navigation des îles Marquises, si accores et si
ne semble offrir aux: navigateurs que peu
de dangers sous l’eau; on y rencontre peu de ces
récifs de coraux qué les madrépores, si chétifs et si
frêles en. apparence
élèvent comme des murailles
solides, capables de résister aux mers lesplus fortes,
et de briser les malheureux navires qui viennent
s’y
heurter. Le travail de ces polypes qui doivent .né¬
cessairement s’appuyer sur des fonds solides, et qui
ne sauraient exister à une profondeur
par trop
grande de la mer seifible, par son'absence aux îles
Marquises, annoncer que partout, à peu de distance
des terres, l’eau est profonde, ou bien encore que
le sol de cet archipel est nuisible àu
développement
La

hautes

,

,

,

de

ces

animaux. Aussi né rencontre-t-on nulle part,
dans les autres îles de L’Océan, de ces ports

comme
en

pleine côte, mais auxquels les vastes récifs corail-

�ÎLES MARQUISES

200

qui entourent les terres, assurent des eaux
parfaitement tranquilles ^t tout à fait à l’abri des

leux

lames élevées delà haute mer.
Tous les navires

qui atterrissent

sur

les îles Mar^-

quises, viennent prendre connaissance des hautes
terres

de Fatou-Hiva et Houa'^-Poou. Cette dernière île,

quelques voyageurs, présenterait quelques
de terre pour être
redoutés par les navires qui ne chercheront pas à
hanter un point de cette côte. A l’exception de
Nouka-Hiva, sur toutes ces îles, on ne trouve que
des rades foraines et des mouillages peu abrités.
Toutefois ceux qui se trouvent sur les côtes orien¬
tales de ces grandes terres, offrent quelques res¬
sources,
comme mouillage, pendant le règne
de l’alisé. Tels sont lés ports de Vaïtahou et
Amanoa, sur l’île Taouata. L’atterrage de toutes ces
baies ouvertes ne présente aucune difficulté; comme
les côtes sont saines, on doit les ranger de fort près
lorsqu’on arrive sous le vent de l’île où l’on veut
mouiller, car on doit s’y attendre à trouver des cal¬
mes, et lés faibles brises qu’envoient les terres sou¬
vent par risées, permettent seules d’approcher.
Toutes les îles du groupe sud-ouest .paraissent accores et sans dangers. Marchand seulement signale un
banc de roches, probablement de corail, au sud de
l’île Motane, sur lequel le capitaine du ^orcte/ais n’a
pas sondé moins de^ sept brasses.- Cependant on doit
éviter d’y passer jusque après des reconnaissances
plus minutieuses.
suivant

dangers vers l’est, mais trop près

�ou

Un banc

NOUKA-HIVA.

201

large des terres, dans le nord de HouaHouna, a été encore signalé; il est connu sous le
nom dé Clark; mais sa
position est encore douteuse,
au

la Yéms 'Xa. cherché sans leti’ouver ;

du reste, il
paraît assez profond pour n’offrir aucun danger.
Cependant, jusqu’à plus amples informations, on
doit s’en méfier, Fatou-Hiva est le point d’atterrissage
naturel des navires qui doivent s’arrêter sur l’archi¬
pel du sud et aucune difficulté ne se présen té pour
arriver au port désiré. On peut sans craintes appro¬
cher Fatou-Hiva, en évitant, toutefois, si on passe'
sous le vent,, de
ranger assez près la côte pour être
abrité des vents régnants, puis les terres de Hiva-oa
se montrent, et l’on
peut choisir sa route. Le canal
qui sépare Hiva^oa de Taouata, et que M. Dupetit-Thouars appelle canal du Bordelais, nous ne
savons
pourquoi, puisque Cook et bien d’autres le
traversèrent avant Roquefeuille, ce canal, disonsnous , est sain, et
profond ; toutefois il sera toujours
préférable pour les navires qui ne veulent pas s’arrê¬
ter dans ces îles, et qui font route pour Nouka-Hiva,
de passer au sud de Taouata, et éviter, par là, les cal¬
mes auxquels on est exposé durant les vents d’est, à
car

,

l’abri des terres du détroit. Les navires

qui suivent

toujours les terres de
Nouka-Hiva, qui paraissent de très-loin, ainsi que les
cette

route

reconnaîtront

îles Houa-Houna

et Houa-Poou.

Dès-lors ils peuvent

porter hardiment sur Nouka-Hiva, jusqu’à ce qu’en
l’accostant par l’est, on rencontre la pointe Martin,
si

remarquable

par sa

forme déjà décrite. Oii peut

�ÎLES MARQUISES

202

de très-près la côte méridionale de
l’île, car elle est sans dangers, jusqu’à ce qu’on ar¬
rive au port où l’on a projet'de mouiller. La descrip¬
tion des baies Taiohaè et Akani, a été donnée
assez complètement, pour faire reconnaître aisément
les entrées, et giiider dans la manière d’y ancrer.
La baie du Coraptroller, d’après Krusenstern qui
du rêsté ne l’a pas visitée, contiendrait aussi d’ex¬
ensuite ranger

mbuillages. '

■
semblent exister que vers les îles du
nord Hiaou et Fetou-oühou etl’île de Corail; du reste

cellents
Les

coraux ne

sans ports, et inhabitées, sont peu impor¬
leurs bords, surtout vers l’est de l’île de Co¬
rail, pourraient être dangereux, on doit les éviter
jusqu’à nouvelles informations^ •
;&lt;
Les marées sont peu importantes, les eaux ne
donnent pas plus d’un mètre de différence entre le
niveau le plus élevé et celui des basses eaux. Elles
ne semblent pas beaucoup influer sup les courants
qui généralement portent à l’ouest, surtout à l’épo¬
que du règne dei’alisé.
Les vents régnants aux îles Marquises, sont les
vents réguliers .de l’alisé qui soufflent du nord-est
au sud-est par l’est; l’époque de riiivernage com¬
mence vers la fin de novembre et amène de fort

ces

îles,

tantes;

grandes pluies chassées par des vents de nord-ouest.
Toutefois ceux-ci ne sont pas réguliers ; ils sont sou¬
vent interrompus pàr des calmes et de faibles brises
de toutes directions. Gomme dans presque tous les
pays

tropicaux, les brises de terre et de mer suivant

�ou

203

NOÜKA-HIVA,

les heures de la

journée semblent être établies
Marquises J surtout dans les bassins fermés des
ports de Nouka-Hiva; toutefois elles ne paraissent
point régulières,,et la plüpkrt du temps, des calmes
incessants laissent les eaux parfaitement tranquilles,
aux

Climat, température.
Le climat des îles Nouka-Hiva est celui de
presque

tous

les

pays

f avons

inter tropicaux, bien

que,

comme

déjà dit, de grandes pluies et des coups
de vent se succèdent pendant la saison de Thivernage
nous

qui règne de novembre en avril.* Cependant quelque¬
qu’une longue sécheresse vient nuire à
la récolte des fruits à pain. Krusenstern rapporte,
sur la foi de
l’Ânglais Roberts, qu’une de ces séche¬
resses a duré dix mois, ce
qui est tout à fait anor¬
mal et éxceptionnel, A Mangareva, des coups de
vent de nord-Ouest vienrient parfois dans cette saisori
de mousson contraire, détruire les'fruits à pain; à
Nouka-Hiva, cette calamité est évitée en grande partie
par la disposition des montagnes qui abritent com¬
plètement tes vallées cultivées.
Le lieutenant Gamble, qui est le seul narrateur
qui soit demeuré près de six mois à Nouka-Hiva,
mentionne dans son journal que, dépuis le 17 dé¬
cembre 1813 jusqu’au 13 mai 1814, il s’est rare¬
ment écoîilé un jour sans pluie ou sans vent frais
du nord-est. Mais ce temps dure particulièrement
de la lin de décembre à la lin de février,
qui est
fois il arrive

�ÎLES MARQUISES

204

d’ouest , mousson

l’époque de la mousson

aussi

qui

fait pas sentir régulièrement dans ces parages.
contraire, les brises douces et fraîches du sudsoufflent la majeure partie de l’année, et avec

ne se

Au
est

le ciel est
pur, le soleil brillant , trop brillant peut-être dans
certaines expositions qui ne sont pas rafraîchies par
elles

règne toujours un temps magnifique;

rinfluence des vents
La

du large.

température de l’air

remarquée à bord de la

séjour dans la baie Taiohaé, était de 23° à 25“ Réaümur; on supposait que
cette température devait être de 2° plus élevée à terre.
Les observations exécutées à bord de l’Astrolabe à la
fin du mois d’août 1838, ont donné 25» à 27“ centi¬
grades pendant le jour. L’.exposition du bâtiment aux
brisesdela mer modifiaitla chaleur, qui devait attein¬
dre, dans certaines portions de la baie, jusqu’à 30°.
Pendant le séjour de la Vénus dans les ports de
l’île Taouata, elle a éprouvé une chaleur de 26° à 29“;
pendant la nuit, la température n’éprouvait qu’un
léger abaissement. En résumé les moyennes des
vingt-quatre heures donnent de 25° à 26°.
La température de la mer a été à peu près la même
que celle de l’air.
Nadeslida, pendant son

Nature et

productions du sol.

Nous devons à l’obligeance

gien de la marine, les
ture

l'I

du sol et ses

de M. Jacquinot, chirur¬

documents suivants sur la na¬

productions dans l’île Nouka-Hiva.

�ou

â05

NOUKA-HIVA.

plupart des terres de l’Océanie, la char¬
pente des îles de l’archipel Nouka-Hiva est entière¬
ment volcanique ^ les
montagnes présentent à leurs
sommités plusieurs rangées de colonnes
basaltiques
Comme la

et

nues

dénuées de verdure ; mais partout ailleurs
une verdure luxuriante. C’est

leurs flancs revêtent

surtout dans les vallées

qu’une admirable fécondité
déploie. On voit tous les végétaux serrés, pressés,
qui vieillissent, meurent et se décomposent depuis
des siècles, et déposent une épaisse couche d’humus,
qui, s’augmentant sans cesse, assure au sol une ri¬
chesse encore stimulée par l’action d’un grand noinbre de frais ruisseaux. On éprouve un sentiment
d’admiration, lorsque après avoir dépassé les li¬
mites des habitations, on entre sous de belles voûtes
de feuillage, de formes et de nuances si diverses et
si gracieuses.
'
D’épais buissons, des plantés gigantesques, gazons
de cette végétation grandiose, obstruent les sentiers
à peine tracés, et arrêtent parfois la marche
; bientôt
les broussailles s’épaississent de plus en
plus sur la
pente des collines : ce n’est pas sans peine qu’on ar¬
rive sur les hauteurs. Mais là, un
magnifique point
de vue dédommage des efforts
fatigants de l’ascen¬
sion ; l’ceil charmé de la
perspective délicieuse qui
se

,

s’étend devant lui, embrasse tout à la fois le

de la

baie, déployant

sur une

plage de galets

contour

sa

bril¬

que

plus

lante ceinture d’écume ; les
bâtiments, paresseuse¬
ment endormis sur une mer à
peine ridée, réfléchis¬

sant

leur ombre

en

lignes noires; tandis

�ÎLES MARQUISES

20d

haut, la brise clans toute sa vigueur incline le feuil¬
lage, et murmure à travers les rameaux souples des
cocotiers, A l’horizon, la mer bleue, infinie, se con¬
fond avec le ciel, et dans les vallées qu’on sur¬
plombe, le luxe de la végétation se révèle dans tout
son ensemble, et toute sa beauté. Des plantations,
entourées

quelquefois d’enceintes protectrices, dis¬
là, témoignent de la fertilité dm sol,

séminées çà et

qui, presque sans culture,
aux

besoins des habitants.

supplée abondamm.ent

première ligne, dans ces productions nourri¬
se place l’arbre à pain {inocarpus edutis ), re¬
connaissable à son tronc élevé, à son écorce lisse et
blanchâtre à ses feuilles larges, digitées, d’un vert
foncé, au milieu desquelles tranche la teinte plus
jaune, plus mate, de gros fruits recouverts d’une
écorce épaisse et ciselée, et contenant une pulpe
blanche, base principale de l’ali mentajion des indi¬
gènes, qui la mangent, soit à l’état ,frais après l’a¬
voir fait griller, soit à l’état de pâte fermentée, con¬
servée pendant plusieurs mois.
Partout le cocotier, ce roi des palrniers, élève ses
bouquets ondoyants et procure de grandes ressour¬
ces à l’industrie sauvage : 1r noix contient jusqu’à
un litre d’une eau limpide et délicieuse, son écorce
fournit des filaments propres à la confection .de
toute espèce de cordes et de liens, et son amande
En

cières,

,

quantité d’huile qu’on s’oc¬
cupe déjà d’extraire dans plusieurs îles ; mais les pro¬

peut fournir une grande
cédés défectueux

qui sont en usage ne donnent en-

�ou

corë
sous

qu’une, huile
le

nom,

NOUItA-]|lVA.

207

rance qui est connue en France
d’hüile de palme, et qui n’est
guère em¬

ployée que dans la fabrication du savon. Sans nul
doute, par des procédés meilleurs et une extraction
plus soignée, on obtiendrait une huile susceptible
d’être employée à d’autres
usages, surtout pour ceux
de la table, dans son état de fraîcheur.
Dans la colonie
espagnole des îles Mariannes, on
obtient aussi, parla distillation de ce
fruit, un alcool
d’une pureté remarquable et d’un
goût agréable, qui
supplée au vin, boisson rare dans ces pays éloignés.
Les larges feuilles
du.bananier(m«sa Paridisiaca)
abritent plusieurs variétés de bananes, fruit
sucré,
nourrissant, et qui se mange à l’état frais ou cuit;
c’est un des fruits les plus
exquis des climats chauds,
ressource précieuse
pour les Noukahiviens, qui les
mélangent avec la pâte aigrelette et fermentée du
fruit à pain. Souvent, près des
bananiers, le spondias
Cijlherea^ grand arbre au port majestueux, couvre
le terrain à ses pieds d’nne ombre
circulaire, et orne
ses branches de fruits
ronds, verts, semblables à la
pomme pour la forme, mais d’un goût
aigrelet;
c’est à cette ressemblance
qu’il doitle nom de spon¬
dias, pomme de Cythêre, qui lui fut donné par les
navigateurs qui l’avaient vu pour la première fois à
Taïti, où on le nomme evi.
Le goyavier,
chargé de fruits semblables aux ci¬
trons et jaunes comme
eux, est un arbre de jolie
apparence. Les goyaves, à l’intérieur rouges et plei¬
nes de
graines, ont un suc rafraîchissant ; on peut les

�ÎLÉS'^MARQUISES

208

à la pulpe de la figue de Barbarie. Dans
colonies, à la Martinique, on en fait une excel¬
lente conserve dont la qualité astringente produit un
excellent effet dans certaines affections du tube intes¬

comparer
nos

tinal.

de la baie, dans certaines exposi¬
reconnaît plusieurs espèces de
vaquois ( pandanus odoratissimus ), dont les feuilles
serrées, longues, effilées et armées de piquants, re¬
cèlent, à dix pieds de hauteur environ, un fruit dur
et coriace dont les naturels font quelquefois usage.
Sur le

pourtour

tions de la

vallée,

Les racines

on

de cet arbre présentent une

disposition

particulière : elles rayonnent du tronc à un pied du
sol dans lequel elles s’enfoncent.
A côté des arbres fruitiers, l’arbre des Banians
{ficus Indicus) proiette ses vertes branches, et aug¬
mente son tronc de nouvelles pousses, qui, toutes
les années, accroissent son volume. Cet arbre, sou¬
vent immense, ne produit qu’un petit fruit, utile
tout au plus aux oiseaux qui en font leur nourriture.
Le filao (casMarma), montre sur les hauteurs
son tronc effilé comme le peuplier, et ses branches
chevelues, qui ressemblent à celles du saule pleu¬
reur; l’aspect de cet arbre est triste, sa base
est dénuée d’ombre, mais son bois, d’une dureté
admirable, connu sous le nom de bois de fer,
sert à la confection des armes des sauvages, mal¬
heureusement remplacées aujourd’hui par des ar¬
mes plus destructives.
Plus bas, le barringtonia,
arbre grand et imposant, se pare de belles et larges

�ou

NOUKA-HIVA.

209

fleurs

blanches, ornées de

forme

quadrangulaire et bizarre, qui leur a fait don¬
nom de bonnet
d’évêque ; enfin, Y Hibiscus ti-

nombreuses étamines,
auxquelles succèdent des fruits inutiles, mais d’une
ner

le

liaceus, qui emprunte son nom à la ressemblance de
feuillage avec celui du tilleul, étale, à l’époque
de la floraison, de larges fleurs
jaunes. C’est avec son
écorce que les naturels
fabriquent leurs vêtements.
On remarque encore le Gardénia
Jlorida, YAleurites
triloba, qui produit une noix huileuse, connue sous le
nom de noix de
bancoul, et diverses autres espèces
son

d’arbres.

végétaux plus humbles, mais non moins utiles
tapissent les alentours des lieux habités, c’est auprès
des cases qu’il faut aller les
chercher, et on les dé¬
Des

bientôt dans la moindre
promenade à tra¬
vers la vallée. Ces
plantes, dont le nombre est mal¬
heureusement restreint, sont : la
couvre

patate douce
{Convolmlus patatas), liseron à fleurs rouges en
forme de cloche, pourvu d’excellents
tubercules,
qui, outre leur usage immédiat pour la table, pour¬
raient donner beaucoup de sucre ;
l’igname ( Dîoscorea), dont les racines atteignent souvent un déve¬

loppement considérable, et qui contient une trèsgrande quantité d’excellente fécule.
Le tare (Arum
esculentum), plante de deux pieds
de haut, à feuilles
larges et terminées en pointe,
dont le pied a besoin d’une constante humidité
pour développer un tubercule assez gros, et fort bon
lorsque la cuisson lui a enlevé ses qualités âcres. Le
14

�ÎLES mRQIJISE.S

210

q’estdans
cultjire réussit mieux.
Le
papayer prend eii quelque sorte place, par eps
fruits^ parini ces plantes pptagère^. Cet arbre porte,
par une disposjtiop singulière, ses fruits attachés ap
tronc; verts d’abord, ils jaunissent en vieillissapt, et
sont un mets trèsragréable lorsqu’ils sont puits; ils
ont le goût des jeunes cpurges, qu’ils remplacent
taro

cqiitientapssi une abondante fécqle, et

les lieux Rjarécageux que sa

avantageusetnent.
Enfin, le Tacca pinatifidq porte une papiop

appelée
piaparles insulaires de Taïti, qqi produit upe fécule

de YArrotq-r-QQt,
Outre pps plantes principales, OU peut meptipnner ençorp le Coqvolvulus brfisilipn^is, plante rempante, dont les jeunes pousses peuvent servir d’alii
mept, et Y Arum rumphii, qui, dans les temps de
disette, devient upe dernière resspurpe ppur les in¬

fort belle,

qui tient lieu de celle

digènes, qui piangent ses racines.
Sur les bords des ruisseaux, on tropve ^aussi upe
espèce de cresson et du pourpier, propres à faire
des salades.

consistent dans quel¬
ques fpugères et pplyppdps, la rose de Chine ( Hib^r
scus rosa chinensis^, variété rouge et blanche, YAbrus
precatorîus, petit arbrisseau qui preduit Ips petites
Les autres

espèces déplantés

graines rouges, connues spus le poni de pois d’Amprique,

dontlesindigènes font des ornements;

unelpgu-

de piquants cpnr
tiennent de grosses graines jaunes, dppt l’écprce est
d’une extrême dureté. Des graminées qui donneraient

mineuse, dont les gousses entourées

�ou

NOÜKA-HIVA.

211

unpâturage assuré aux troupeaux ; quelques solanées,
parmi lesquelles on remarque le tabac, nouvellement
introduit et cultivé, dans quelques
expositions, par
les naturels, qui en sont très-avides. Une
grande la¬
biée à odeur très-aromatique ; ses fleurs violettes
ornent les cheveux des
jeunes filles; le riccin, ou
Pahna-cliristi, qui atteint ici une élévation de plus de
dix pieds, et dont l’huile est
employée en médecine,
le Calopliyllum inopliyllmn,
plante avec laquelle les
naturels enivrent le poisson ; le Dracœna termi-

nalis, etc., etc., etc.
La

à

spontanément, et il est
les autres productions des Antilles,
telles que le café, le coton, etc., etc., réussiraient
parfaitement sur ces îles. Déjà le coton a été trouvé
à l’état sauvage dans l’archipel Mangareva, où il croît
très-bien ; à l’aide des ruisseaux, on pourrait faire
des marais artificiels, où des récoltes de riz seraient
assurées en même temps
que celle du taro. L’oran¬
ger, le citronnier, atteindraient à Noukahiva le
même développement qidà Taïti, où le
capitaine
Bligh les a importés.
Il n’y a point de mammifères
propres au pays,
ceux
importés sont : le cochon, acquisition pré¬
canne

probable

sucre

croît

que

cieuse dont les naturels

laissent

errer ces

prennent aucun soin. Ils
animaux çà et là, sans s’en inquié¬
ne

chair, dépourvue de l’épaisse
graisse qui recouvre celle des cochons
d’Europe, est meilleure sous tous les rapports. Léchât
et le rat
complètent la série des quadrupèdes de l’île.
ter autrement.

couche de

Leur

�ÎLES MARQUISES

Ùi2
Le

bœuf, le cheval,

prospéreraient ici comme à

Taïti, les chèvres et les hrebis comme à Gambier. 11
serait facile d’en élever de nombreux troupeaux.dans

pâturages incultes de l’île.
les îles de peu d’étendue, les produc¬
tions naturelles sont nécessairement restreintes. On
les

Dans toutes

déjà vu que le nombre des
dérable ; le régne animal est
a

plantes n’est pas consi¬
encore plus faiblement

représenté : on ne trouve que quatre ou cinq espèces
d’oiseaux. Ce sont, la jolie colombé kurukuru, un peu
moins grosse que celle d’Europe ; elle a tout le dessus
du corps d’un vert vif et mat, le dessous est jaune
avec une tache rouge sur la poitrine, et la tète est re¬
couverte d’une calotte du plus beau carmin ; la per¬
ruche Goupil, charmant oiseau de la grosseur d’un
moineau; le dessus du dos est d’un beau bleu, le des¬
sous du corps d’un bleu verdâtre, le bec et les pat tes
d’un rouge de corail. Sa langue est terminé en
pinceau, afin de sucer le miel des fleurs de cocotier,
son unique nourriture. '

petit moucherolle, dont le plu¬
mage offre un contraste des plus frappants : la femelle
est de couleur fauve ; le mâle jeune est noir, et, lors¬
qu’il est vieux, ses plumes deviennent d’une blan¬
cheur éclatante. Ces jolis oiseaux voltigent çà et là,
jetant leur petit cri à l’approche des promeneurs, se
poursuivent en fuyant, puis reviennent se poser sans
crainte à quelques pas de ceux qui ont troublé leur
On voit

repos.

aussi

un

On remarque encore,

surtoutdans lesalentours d’un

�ou

NOUKA-HIVA.

213

immense arbre des

banians, situé près d’un ruisseau
rivage, de petites salanganes, hirondel¬
les agiles, dont le vol décrit d’incessantes spirales à
la poursuite des moucherons, qui deviennent leur
proie; des mouettes blanches, au vol gracieux, aux
ailes frêles et délicates, passent aussi parfois sur la
non

loin du

sombre verdure de cet arbre.
Il existe

plusieurs espèces d’oiseaux de mer dans
l’archipel; mais ce sont les mêmes
qu’on rencontre sur les plages de l’Océanie ; de
petits hérons gris et blancs, des sternes, des cheva¬
liers, etc. Le paille en queue ( phaéton) est trèsles environs de

commun

au-dessus des vallées et des gorges pro¬

fondes, où il plane sans cesse ; les naturels font des
aigrettes avec les plumes de sa queue.
Les poules, ce volatile si précieux pour les navi¬
gateurs, sont assez rares encore et ne s’obtiennent
d’ailleurs que difficilement, à cause d’un supersti¬
tieux tabou qui défend aux naturels de s’en repaî¬
tre. Il est étonnant que les Anglais qui sont établis
sur l’île n’aient
pas encore songé à élever des bas¬
ses-cours
qui prospéreraient parfaitement, et qui
assureraient aux bâtiments des vivres frais, dont ils
sont presque toujours
dépourvus.
En reptiles, on trouve un petit boa long à peine
de deux pieds, et qui doit former un genre nouveau;
un
scinque dont la queue, d’un bel azur, reluit au so¬
leil d’un éclat remarquable, et enfin, sous les pier¬
res
un petit jecko de couleur sombre. Aucune de
ces espèces n’est nuisible.
,

�ÎLES MARQUISES

214

poissonneuse ; ôil y prend
à la ligne quelques poissons de roche, entre autres
des balistes et des acanthénes. Les requins sont fré¬
quents dans la baie. La mer nourrit ün petit nombre
de mollusques à coquilles; ce sont, entre autres, un
grand triton qui forme la conque de guerre des indi¬
gènes, les porcelaines, œufs de Lèda, têtes de serpent,
tigrines et cauris, mais en petite quantité ; quelques
strombes, de petites vis, des pourpres et des cônes.
La

baie Taïohae est peu

Les insectes

contre deux ou

de tous les ordres sont rares; on ren¬

trois espèces de lépidoptères, et à peu

près autant d’orthoptères et de
Les ruisseaux

deux

espèces de

vicelles.

coléoptères.

contiennent une petite chevrette et

coquilles, des néritines et des na-

ajouterons à l’exposé, qui

précédé les remar¬
ques consignées dans la relation du voyage dû capi¬
Nous

Vaïtahou. La nier y four¬
poissons de roche; les naturels en
approvisionnèrent/e So/ic/e en abondance et de toutes
les qualités. La bonite y est très-commune.
Marchand, Forster et le docteur Sparmann dé¬
crivent le terrain de cette île, comme étant com¬
posé d’un mélange de productions volcaniques,
noires et ferrugineuses, recouvertes d’une couche
d’un terreau tantôt noir, tantôt rouge, très-propre à
la végétation, dont l’exubérance témoigne de la

taine Marchand dans la baie
nit d’excellents

fécondité du sol.

M. le contre-amiral
féremment la nature

Dupetit-Thouars a décrit dif¬
du terrain concédé aux mis»

�où NÔUKA-HIVA.

215

le chef Yotété : il trouva le
jonché de pierres volcaniques , arrondies par le
frottement, et dont on se débarrasse avec peine pour
pouvoir cultiver la terre.végétale, encore assez peu
profonde au bord de la mer.
sionnaires français par

sol

�ÎLES MARQUISES

216

CHAPITRE III.

Mœurs et coutumes.

Origine.—Organisation.—Hommes.—Femmes.—Tatouage.—Classes.—Atouas
—Akaïkis.

—

Atepeïou.

—

Averia. —Hoki. —Nohoua.

Taouas.— Tahounas.

—

Ouhous. — Peïo Pekeïo.

—

—Propriété.—Émigrations.—Culte.— Cérémonies

religieuses—Funérailles.— Antropophagie.—Guerre.-Trophées.—Tabou.—
— Industrie.— Cases.—
Pirogues.
Armes. — Instruments. — Tapa. — Famille. — Mariage. — Enfants.—
Aliments.—Décroissement de la population. —Langage.—Mode de compter
le temps.—Calendrier.
Koïka. —Tahoua.—Yêtèments. — Parures.

—

L’opinion la plus accréditée de nos jours attri¬
origine à toutes les peuplades à peau
jaune, qui sont établies sur les îles soeurs de l’O¬
céanie. Les Noukahiviens sont sans contredit le plus
beau type de cette race, qui se distingue, en géné¬
ral, par la beauté des formes' du corps, et par des
traits qui rappellent ceux des habitants de la côte
orientale du grand continent d’Asie. Tous les naxigateurs, sans en excepter le sévère Krusenstern, ont
exprimé un juste sentiment d’admiration à la vue des
proportions harmonieuses du corps et de la parfaite
symétrie des membres, qui rendent les Noukahi¬
viens de précieux modèles pour la statuaire.
Dépourvus de l’ohésité assez commune aux insu¬
laires de Taïti et de Hawaï, ils possèdent un embon¬
point modéré ; leurs membres, moins athlétiques
peut-être que ceux des indigènes de Tonga et de la
bue la même

,

�:

;

ou

Nouvelle-Zélande,

robustes

NOUKA-HIVA.

plus élégants et tout aussi

sont

et

Nous empruntons à

chirurgien-major

une note

de

un

indigènes.
Les

tre

iftiW
'

Astrolabe, la plus grande
nous

Noukahiyiens

ordinaire. Ils

‘I-aV

J

t’IÉlM

paraît

aperçu exact de la conformation des

soixante-dix

■

de M. Hombron,

partie de la description suivante, qui

contenir

-

217

l’ensemble de leur conformation est de
beaucoup supérieure à celle des habitants de l’archi¬
pel Samoa; la couleur de leur peau est
même, en
général, plus claire que celle des hommes
qui peu¬
plent les terres que nous venons de nommer.
,

i|;L

de taille moyenne ; un mè¬
centimètres, est parmi eux la stature
sont

frappent tout d’abord, par l’élégance
extérieur, leur démarche pleine d’aisance,
leurs mouvements
gracieux; leurs muscles ne sont pas
très-fortement marqués,
cependant T'oeil peut en
suivre facilement les contours
; il en résulte que leur
apparence est plus agréable que
vigoureuse ; cepen¬
dant on ne saurait leur
reprocher des formes trop
arrondies, en un mot trop efféminées. Leur' corps et
leurs membres sont
parfaitement proportionnés;
de leur

leurs articulations minces semblent
donner à leurs
membres une prestesse, une facilité
admirables. Un
bassin étroit, dont les moindres saillies
osseuses dis-,

paraissent,

cette

fois,

très-vigoureux, ainsi

des muscles véritablement
que cela s’observe toujours

ipl

'Éïi
’V

v/' 'à; ■{S'-U'

ïllll
•

sous

chez les
montagnards ; une

poitrine large , arquée,
évasée
supérieurement, arrondie inférieurement,
contribuent à lepr donner la taille la
plus svelte

'

rdt.iviiji

:i|l

Kî&gt;

'Pâ

llîPII
m

■h'i'

�ÎLES MARQUISES

218

possible et à répandre dans leurs mouvements une
agilité qui décèle une respiration abondante. Leurs
bras peut-être un peu minces relativement à leurs
membres inférieurs, ne les déparent point. Ils pren¬
5

délicieuses poses
libre d’entraves; leurs mains sont pe=
faites, leurs pieds mériteraient tes
mêmes éloges, si l’usage de marcher sans chaussure

nent en

effet une part constante aux

de leur corps
tites .et bien

les déformait.

ne

figure de ces hommes porte aussi tous les signes
race favorisée; elle est plus ovale que ronde,
leur front est haut, leurs grands yeux noirs ornés de
longs cils, sont pleins de vivacité ; leur nez est bien
fait, peu épaté, et souvent aquilin; leur boüchej
leurs lèvres, leurs pommettes ont des dimensions
et un volume infiniment mieux proportionnés à la
face, que ceS traits ne le sont ordinairement dans la
race Mongole. Leurs dents sont fort belles, blanches,
brillantes, les incisives sont larges. L’expression de
leur |visage est pleine de douceur et de gaieté, les
hommes partagent avec les femmes un agréable jeu
La

d’une

physionomie, chose remarquable, et qui distin¬
gue particulièrement ces insulaires. Les paroles de
Forster sont exactes, lorsqu’il dit que les jeunes
gens de ces îles sont d’ordinaire très-beaux, et qu’ils
fourniraient d’excellents modèles pour l’art des sta¬

de

tuaires et des

peintres.

leurs cheveux noirs relevés sur le som¬
met de la tête, dont la plus grande partie est rasée,
ils en forment ordinairement deux touffes. Cette
Ils portent

�NOUKA-HIVA.

ou

coiffure leur

imprime

valuer à

mètre

219

air étrange d’abord, mais
l’apparente recherche de cet arrangement plaît vite;
elle s’allie également bien à une jeune figure et à la
figure sévère, et même un peu sauvage, des anciens.
La stature des femmes est moyenne, on
peut l’é¬
un

un

soixante centimètr'es environ
;

noirs, un peu rudes au toucher, et
quelquefois légèrement frisés, sont huilés et relevés
leurs cheveux

derrière la tête, ou flottent sur les

épaules et sont
cordon rouge de
vaquois, ou par une bande de l’étoffe qu’ils nomment
tapa. Leur regard est doux, leur physionomie animée
d’une expression de gaieté ; leurs yeux sont vifs,
grands, et souvent relevés en dehors, de longs cils
les abritent. Leur bouche serait qualifiée de bouche
moyenne par les Françaises, elle est petite pour les
Océaniennes. Le nez, ce trait ingrat qui défigure
tant de jolis visages, n’est chez les Nouka-hiviennes
ni trop gros, ni trop épaté. Uh front
déeouvert, des
pommettes modérément écartées, encadrent ces mo¬
biles physionomies qui, grâces à cette dernière et
heureuse modification, n’offrent pas la grossièreté
des traits que l’on retrouve parmi les Taïtiennes
retenus alors

sur

le front par un

elles-mêmes.

Ces femmes sont

gracieusement potelées, leur
l’embonpoint n’a
chez elles rien d’exagéré ; leur cou se fond
parfaite¬
ment avec leurs
épaules, leurs seins sont bien placés,
bien faits, leur développement se renferme dans
des limites parfaites. Leur taille est iin
peu grosse.
tournure est ramassée et courte
;

�ÎLES MARQUISES

220

qu’il faut attribuer moins à l’extrême largeur de
bassin, qu’au trop grand évasement de la base
de leur poitrine. Cette organisation leur a consèrvé
un peu de cette apparence pesante que l’on retrouve
plus marquée chez les Taïtiennes, et plus forte en¬
core chez les femmes de Tonga et de Samoa.
ce

leur

Les membres

inférieurs des Noukahiviennes

ne

charme de leur ensemble. L’habide marcher piedsnus, contribue beaucoup à la déformation des jambes
et des pieds; leurs bras, leurs mains, leurs doigts,
sont, au contraire, d’une beauté sans égale. Toiites

répondent pas
bitude de

se

au

tenir accroupies et

les femmes de l’Océanie ont reçu

de la nature cet

pas non plus, lorsqu’ils adoptent
du pays, à brunir au point de iie

le léger costume
pas offrir de dif-

agrément corporel, mais aucune d’elles ne le pré¬
sente aussi complètement parfait que les insulaires
des Marquises. Ajoutons que si ces femmes portaient
des chaussures dès la plus, tendre enfance, elles
auraient les plus jolis pieds du monde,
La couleur de la peau de ces insulaires a de l’ana¬
logie avec celle des Arabes de l’Algérie; sa nuance
brune, jaunâtre, ou cuivrée est plus ou moins fon¬
cée; elle varie suivant les individus qu’on observe./^
Cette différence provient, sans doute, d’une exposi¬
tion plus ou moins fréquente à l’action du soleil ar¬
dent de ces contrées, action si puissante, qu’elle
rougissait, au bout de quelques minutes, l’épiderme
des matelots de l’Astrolabe qui se baignaient au ri¬
vage. Les Européens établis dans ces îles ne tardent

�ou NOUKA-HIVA.

221

férence très-sensible entre la teinte de
leur peau et
celle des
indigènes. Parmi

^eux-ci,

on

remarque,

parfois, des hommes et surtout des femmes
presque
aussi blancs que les
Européens;, mais cette coloration
est factice ; elle* s’obtient au
moyen de la prépara¬
tion de la racine d’une
plante nommée papa, espèce
de safran ou de
cucurma, qui donne à la peau un
lustre dont elle est naturellement
privée. Les co¬
quettes de la localité, et quelques hommes destinés
à remplir un rôle dans les
représentations scéniques
des grandes fêtes, se servent de cet
ingrédient qui
remplace, chez eux, les mille ressources de la toi¬
lette française.
Le plus
souvent, la couleur de la peau, chez les
hommes, disparaît sous la couche noirâtre d’un ta¬
touage, compliqué qui étend ses spirales sur toutes
les parties du
corps. Soit que cette opération ait pour
but de durcir la
peau, de la rendre moins sensible
aux
piqûres des insectes ou aüx intempéries de l’air,
soit qu’elle serve de
signe distinctif et d’ornements
aux chefset aux
guerriers renommés, elle est générale
à, tous les peuples de
l’Océanie, qui là désignent sous

différents noms. Les" Noukahiviens excellent
dans
l’art de tracer, au
inoyen d’une incrustation doulou¬
reuse, des dessins délicats, qui ont assez de ressem¬

blance

avec ceux en

usage chez les Nouvêaux-Zélan-

dais; seulement, les lignes

sont plus déliées et ne
laissent pas, comme chez ces
derniers, de profonds
sillons dans la peau. Les chefs d’un
âge avancé se
font surtout remarquer
par le nombre et la compli-

�ÎLES MARQUISES

222

d’hyérogliphcs, dont les
signes paraissent awir rpielque signification. Tout
leur corps en est couvert; des ronds, des spirales,
des dentelures capricieuses s’entremêlent, se croi¬
sent, s’étendent parfois jusqu’aux extrémités rasées
de la tête et sur les parties les plus délicates, telles que
les paupières, les lèvres, l’intérieur de la bouche,

cation de ce genre particulier

les narines. A la

ceinture, au bas des jambes,

autour

poignets, on voit habituellement de larges bandes
noires, qui encadrent, en quelque sorte, les bigar¬
rures plus déliées qu’elles font ressortir ; mais ces

des

produisent un effet repoussant,
appliquées transversalement sur la

bandes
sont

bouche, ou des yeux qui pui¬
particulier par l’opposition des .cou¬

figure, au niveau de la

sent un

leurs.
Au

éclat

lorsqa’elles
moitié de la

premier aspect, cette curieuse peinture étonne,

s’y accoutume, bien vite, et l’on finit par
admirer la variété et la régularité qui président aux
caractères qui la composent. On ne pourrait guère
mais l’on

qu’aux dessins fantastiques de quel¬
vieilles armures, et encore la comparaison se¬

les comparer

ques
rait loin d’être exacte.

participent aux honneurs du tatouage,
paraissent pas jouir du privilège de le
porter sur tout le corps; les bras, les mains, le bas
des jambes, les lèvres, le lobe des oreilles sont au¬
tant de points réservés uniquement à ces ornements,
dont les figures diffèrent totalement de celles em¬
Les femmes

mais elles

ne

ployées pour les hommes. Les femmes

de la famille

�.

ou

NOUKA-HIVA.

223

des chefs

jouissent seules du droit de recevoir la
marque indélébile de feur haute naissance; leurs
bras, enrichis de dessins courbes, représentant des
poissons, des coquilles, des ronds et des, lignes
ondulées copaine la mer, font l’effet-d’être revêtus
de
gants longs, en dentelle noire.
L’opération du tatouage est longue et douloureuse;

elle

comnience

à

radolesçence, à dix-huit ans envi¬
pratiquée à différents inter¬

ron, et continue d’être

valles, peut-être

aux époques remarquables de la
individus ou à des saisons jugées propices,
jusqu’à ce que le corps ne laisse aucune prise au ta¬

vie des

lent des artistes tatoueurs.

lNulle.part l’axiome banal
qu’il faut souffrir pour être beau, n’est plus suivi
qu’à Noukahiva; c’est au prix de tortures inces¬
santes qu’un guerrier
acquiert une apparence de
plus en plus imposante; sa peau noircit à mesure
qu’il grandit dans l’estinae de ses compagnons, et
chaque figure nouvelle indique'peut-être une action
,

d’éclat,

Tout

porte à conjecturer que les signes du ta¬
touage ont des significations particulières aux yeux
des naturels. Krusenstern cite
l’exemple de Joseph,
Cabri et de Roberts, membres de deux sociétés dif¬
férentes, qui se réunissaient à certaines époques dans
des repas coinmuns. Les
marques distinctives des
affiliés de cette association, dont le but n’est
indiqué

étaient un carré ef un œil tracés
uniformément,sur la poitrine. Porter exprime aussi
une opinion,
analogue sur la signification des figures
que vaguement,

�224

ILES

MARQUISES

âu tatouage, mais il a remarqué que ces caractères
differaient de tribu à tribu.

pourraient bien être autant d’ârparlantes qui. rappellent certains faits ou
certains droits, qui tomberaient infailliblement dans
l’oubli chez un peuple qui ne possède aucun moyen
Ces ornements

moiries

sûr de

conserver

serait alors

une

la mémoire des événements ; ce
d’écriture grossière, dont les

sorte

caractères indécis retracent vaguement
de l’histoire des individus.
Cette opinion

le résumé

prend quelque force lorsqu’on com¬
identiques des peujîles de

pare les usages presque
rOcéanie.
'
A

la'Nouvelle-Zélande, chaque chef a son moko,

tatouage particulier, bien connu, bien déterminé,
qui lui sert de signature. A Mangareva,. les insulaires,

du capitaine Becchey, pas¬
sage fatal à plusieurs d’entre eux qui perdirent
la vie dans une rixe, tatouèrent des épaulettes
d’officiers sur leurs épaules, et des points noirs
sur la poitrine pour indiquer les
blessures des
en

mémoire du passage

balles.

peigne sert à pra¬
tiquer le tatouage ; un coup d’un petit marteau de
bois implante dans la chair les pointes de ce
peigne, enduites d’une matière colorante, qui y
laissent l’empreinte indélébile de leur passage. Le
sang coule à flots pendant cette opération, la partie
tatouée enfle considérablement, et pendant plusieurs
jours elle présente les signes d’une vive imflammaUn instrument semblable à

un

�ou

NOUKA-invA.

tion, qui, du reste,

ne

elle de graves infirmités.
Le titre de chef

Noukahiviens,

autre que

les pays.

que sur des

paraît pas entraîner

avec

paraît concéder, chez les
prérogative, aucune influence
donnent les richesses dans tous
ne

aucune

celle que

Toutefois,

22b»

comme ces

doutes,

présomptions

ne

on ne saurait

reposent

affirmer que les
décorations du tatouage, si
complètes chez les vieux
chefs, soient uniquement destinées à
rappeler les
hauts faits de leur existence. Peut

distinction réservée

tion

,

ou

bien

une

richesses, qui leur

à leur naissance

être

ou

est-ce une

à leur

conséquence naturelle

posi¬

de leurs

permettent de rétribuer plus
les sauvages artistes de cette industrie
spé¬
ciale. Une seule chose,a été.
constatée, c’est que les
chefs et les guerriers
célèbres, sont ceux dont
souvent

le

corps est le plus recouvert par le tatouage. La
popu¬
lation ordinaire ne présente
ces

qu’un petit nombre de
beaucoup d’individus n’en possè¬
du tout, ces derniers appartiennent tou¬

bigarrures,

dent pas

et

jours à la basse classe. Et, comme un des effets du
tatouage est de voiler en quelque sorte la nudité des
sauvages, il en résulte que ceux-ci paraissent beau¬

coup moins vêtus.
En

complétant les renseignements que nous

recueillis

sionnaire

nous-mêmes, par ceux donnés
Stewart, nous avons obtenu

suivant des différentes classes de la
Au

premier abord

on

avons

par le mis¬
le tableau

population.
remarque deux grandes di15

�226

ÎLES MARQUISES

visions : celle de la

classe tabouée, ou des chefs et

prêtres, et

peuple.

celle de la classe non tabouée ou

des

du bas

comprennent les Atouas, nom
donné en gënérdl à toutes lès divinités noukahiviennes, et qui est aussi appliqué â certains hommes
de la classe des TaoMas, dont nous parlerons plus
bas, qui ont été divinisés de leur vivant. Ces dieux,
qui rappellent à merveille les demi-dieux de la mytho¬
logie , exercent un pouvoir surnaturel sur les élé¬
ments; ils peuvent donner de riches récoltes ou
frapper là terre de stérilité, ils infligent â leur gré
les maladies et là mort, et la crâintë superstitieuse
Les classes tabouées

qu’ils inspirent est

si grande, qu’on leur offre des

humains pour détourner lès effets de leur
colère; heureusement le nombre de ces bommesdieuJt est très-limité : il y èri a tout au plus un ou
deux sur chaque île ; ils vivent dans une réclusion
et un mysticisme, faits pour èn -imposer aux crédules
sacrifices

sauvages.
cette

que

Lès honneurs èt

classe ne sont pas

le pouvoir attribués à

toujours héréditaires, quoi¬

cette transmission s’opère quelquefois.

hesAkdikis bu Kakcnkis, sont les

pulation ; les fenimès

chèfs civils de la po¬

de cette classe portent le titre
extérieure de respect

d'Àtépéiou: Aucune marque

accordée à ces personnages ; ôn les voit senlêlèr
la foule, diriger leurs pirogues et quelquefois

n’est

à

pagaier, pécher pour la subsistance de leur famille,
constructions conîme les derniers in¬
dividus de leur tribu, ils nè pèuvènt prélever aucun

travailler aux

�ou

NOUKA-HIVA.

227

impôt, aucune dîme sur leurs sujets; ce n’est que
par la voie des échanges pu à titre de don
volontaire,
qu’ils obtiennent les objets appartenant à d’autres
naturels. Cependant, on leur reconnaît un droit
héré¬
ditaire de possession des terres et de
supériorité mo¬
rale; leurs personnes et leurs maisons sont inviola¬
bles, probablement à cause de l’origine sacrée qu’on
suppose à leurs ancêtres. Le concours de la
popu¬
lation leur

est

assuré aussi dans certains:

grands
travaux; pour l’obtenir, ils donnent une fête et
exposent leurs désirs aux conviés; leurs demandes
sont presque
toujours satisfaites, mais c’est entière¬
ment par l’effet du bon vouloir des
auditeurs, et non
par le fait d’une obligation forcée.
Les Taouas sont une classe d’individus
qui devien¬
nent des divinités
après leur jùôrt, qui possèdent, de
leur vivant, la facultéliérédilaired’étre
inspirés parla
divinité ou par les Taouas déjà morts
;’on leur attribue
la faculté de pouvoir
indiquer la cause des calamités
qui affligent la population, et.d’annoncer les dangers
qui la menacent. Leurs attributions sont un mélange
de celles des sorciers

des

pipphètes. Quelquefois,
pendant la nuit, oii les entend jeter des. cris per¬
çants et émettre des soiis rauques et inusités
;. puis,
reprenant le son naturëi de leur voix, ils’feignent de
converser avec unêtr'e
invisible; iis prétendent se trou¬
ver alors en communication avec la
divinité qui leur
révèle.ses volontés. Dans ces
moments, ils sont en
proie à de hideuses convulsions, leurs rcgards.s’animent, leur corps frissonne, leurs mains tremblent;
et

�ÎLES MARQUISES

228

1

R

il

état d’exaltation, ils parcourent les envi¬
pronosticfuant la mort, ou en demandant
des sacrifices pur apaiser la colère des dieux..
Les Taoîtfts agissent, en outre, comme médecins ou
conjùrateurs, dans les affections intérieures des or¬
ganes du corps, car chez les Noukahiviens, comme
chez tous les peuples enfants,. toute maladie dont le
siège n’est pas apparent, est considérée comme une
manifestation de la colère des dieux. Ils appellent cet
éiSitmate no te atoua, maladie donnée par un dieu. Les
Taouas, dans cés cas, cherchent le dieu malfaisant qui
et, clans cet

'f:

ir,

rons

i

J

en

dans les entrailles
ils cllercffent à l’apaiser en le caressant
doucement avec la paume de la main, ils le pressent
entre leurs doigts,, et si les douleurs s’apaisent,
le Taoua a triomphé
l’espèce de friction qu’il a
pratiquée, a désarmé la divinité cpurroueée; mais,
lorsque les moyens ordinaires ne suffisent pas, le
malade est placé’dans de l’eau qù’on frappe avec des
branches sèches pendant qu’on lui en verse sur la

exerce en

'

r

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qu’il inspirait; cette
signal infaillible de courses nocturnes
les vallées voisines, pour y faire des prison-

selon la vénération et la crainte

;,

ivTï?i^iSB
■■'■

.

l’esprit de la
population qu’elle dirige à son gré. Non-seulement
chaque Taoua devient ^toua après sa mort, et souvent
de son vivant, comme on l’a vu plus haut; mais tou¬
tes les fois qu’un Taôuü meurt, on sacrifie à ses mânes
unnombre plusou moins grand dé'victimes humaines,

■

.■,■■■■••■•,-. J-'

■fr;--vr-^'i

•

Cette classe.a une grande influence sur

■_.:

mort est
.

dans

le

�ou

niers destinés à
nie funèbre.
Les
tres

Talminas

jouer

NOUKA^HIVA,
un

229

triste rôle dans la cérémo¬
.

'

Toulioums sont les véritables
prê¬
du culte noukahivien
; 'ils forment une classe
ou

plus nombreuse, mais moins ïedoutablé que la
pré¬
emploi n’est pas héréditaire, il de¬

cédente. Leur

mande un' noviciat,
offrir

et

consiste

principalement

à

l.qs sacrifices aux Acoiias^ à
accomplir les céré¬
monies du culte, àjchanter les
hymnes sacrées, à
battre les tambours d'ans les
jours solennels, aux fu¬
nérailles et dans les opérations
chirurgicales, cj[ui
leur sont exclusivement dévolues.
Ilsdilfèrenten cela
des Taouas qui ne
S'occupent que. des maladies in¬

ternes.

.

Ce sont

,

qui pansent les blessures reçues dans
combats, qui font l’extraction dès' os
cassés; et
on dît même
qu’ils-poussent la science jusqu’à exé¬
cuter l’opération du
trépan, à 1,’aide d’une dent de re¬
quin. Ils font cette perforation à l’extrémité des fêlures
eux

les

du crâne, survenues à la
suite des coups de mas¬
sue, pour empêcher la fente de se
Les î'a/ioMJifls ont

connaître

un

il consiste,

prolonger.
signe distinctif qui les fait re¬

dans une feuille de cocotier
sqrtede bonnet. La tige est placée
devant le front, tandis,
que les feuilles sont attachées
derrière la tête. Ils portent, aussi
un.orneinent du
même genre autour du cou ; ils
fendent une bran¬
che de cocotier,
jusqu’à un pouce des extrémi¬
tés, et y passent la tête. Les côtes,
dépouillées
de leurs feuilles,
pendent sur le dos et sur la pni:

dont ils font

une

�230

ÎLES MARQUISES

.

porté habituellement par
eux, et inYariablemeht clans toutes les cérémonies ptrine; cet Qrpernent est

ligieuses.

qui doit être le même que celui
Moas, sont des homines dont l’office consiste à
aider aux sacrifices humains, présentés aux divinités
parles Tahouncts. On n’admet à.cet emploi cjue ceux
cjui ont tué un ennemi dans un combat avec le cassetête appelé oiiliou , d'où leur nom dérive. Les Ouhous
'

Lés

Ôuhous , ordre

des

ont le

Tahounas
non

dés Tcioms et des
ce qui est interdit aux classes inférieures

droit d’assister aux festins
,

tabottéés.

•

O

quel est le rang des Tous, nom
donné aux* chefs guerriers illustrés par leurs
prouesses. Ce titre est tout à fait, distinct cle celui
On

ne

sait pas trop

civil, quoique les mêmes individus
puissent pprter ces deux désignations'différentes. Ce
titre parâît être aussi entièrement nominal ; il ne
concède aucun droit de suprématie, si ce n’est celui
de donner Texemple et dé marcher Je premier au
combat. Il est possible que le toa d’une tribu soit
chargé de diriger les opérations- contre les ennemis,
quoique en général, dans ces cônflits, chaque guer¬
rier paraisse avoir là liberté de combattre ou de fuir,
selon qu’il le juge convenable , sans dépendre en au¬
cune façon d’une volonté étrangère.
Les Ndü-Kalia sont des individus qui ont le don
de jeter des'maléfices nommés Kahü; ils ont des at¬
tributions communes avec les Taouas, auxquels nous

d’d^flï/d ou chef

croyons

qu’on doit les joindre.

�ou

Les classes

non

231

NOUKA-HIVA.

ïaftoHees-.coriliénnent

dividus de là condition la

tous les in¬

plus basse, ceux qui rie
possèdent pas de terres, qui n'ont pas la réputation
de guerriers accomplis ou de constructeurs habiles.
Ces classes sont naturellement bien

que
elles

plus nombreuses
celles qui constituent l’ordre taboué; parmi

on

Les

remarque :

'

,

Peio-Pekéiog, qui reçoivent leur subsistance
des chefs auprès desquels ils
remplissent des fonc¬
tions serviles ; ils cultivent les
terres, récoltent les
fruits, pi’éparent les aliments auxquels ils partici¬

pent eux-mêmes.

Averias, dont les oecupa tiens sont d’une nature
plus indépendante, pourvoient à leurs besoins en
allant à la pêche; ils forment la
populaibn mari¬
time par excellence, car ils h’exèreent aucune autre
industrie, tandis que les autres’naturels ne sont pê¬
Les

cheurs
n’ont

qu’accidentellement,

aucune

autre ressource

Les Holds ou Kciioqs

et seulement
alimentaire*

lorsqu’il

sont^une espèGede troubadours
nomades, des chanteurs qùi .vont de tribu en tribu
chercher fortuné; ce sont eux
qui, dans les grandes
fêtes, remplissent'les rôles de danseurs. Soigneux
de leurs personnes, qu’ils blanchissent Comme les
femmes avec le suc du papa, ils sont tout à la fois
poètes, musiciens, improvisateurs et chorégraphes ;
toutes ces qualités réunies ne
parviennent pas toute¬
fois à leur donner quelque considération. Leurs ha¬

bitudes efféminées leur attirent le dédain d’une po¬

pulation qui apprécie peu les beaux-arts.

t

�ÎLES MARQUISES

232-

Enfin, les iVo/iOMas sont placés encore

d.es Holds. Leur condition est
toutes :

au-dessous

là plus misérable de

ils tirent leur subsistance de la terre, et

c’est dans leurs rangs que sé recrutent la
victimes réclamées par-les Taouas.

plupart des

propriété.des terres, entièrement dévolue à la
tabouée, est cependant concédée quelquefois
par les chefs aux individus qui excellent dans un
art,, tel que celui de la construction des pirogues,
de la fabrication des. armes de guerre., ou dé la con¬
fection des instruments de pèche. Cette concession
amène une espèce d’élévation dans la position de
ces hommes ; ils, participent alors aux avantages de la
classe tûèouée ; probablement le nom de Taliouna qu’ils
portent quelquefois, indique une espèce d’assimi¬
lation, avec les prêtres qui sont réputés fort adroits
La

classe

dans l’art dé raccommoder les

membres fracturés.

peut-être une liaison dans l’ésprit des sauva¬
ges, dans les résultats de.cette adresse manuelle dif¬
féremment employée.

Il y a

çj

Ce que nous connaissons, des traditions conservées

dans le souvenir des

Noukahiviens,

se

réduit à quel¬

faits recueillis par les personnes à qui un long
séjour a permis de comprendre la, langue et dé s’ini¬
tier .aux coutumes des lieux, coutumes qui échappent
inévitablement, aux navigateurs dont le séjour est
toujours fort limité dans les mêmes endroits, et
qui d’ailleurs , ne peuvent comprendre le langage

ques

,

des naturels.

Stewart, d’après les récits du missionnaire Crook,

�NOUKA-HIVA.

ou

indique

233

les traditions de ces peuples sont
hymnes sacrés des Taliounas -, c’est
ainsi que les peuples primitifs ont toujours cherché
à conserver l’instoire des principaux événements histoiâques, et à les transmettre d’âge en âge. L’ori¬
gine fabuleuse des îles de l’archipél, les noms des
autres îles, à l’existence desquelles ils
croient, la
généalogie des chefs, les hauts faits.des héros, l’his¬
toire des guerres., enlin tous les événements remar¬
quables, sont contenus dans ces chants qui ont plus
que toutes

contenues dans les

d’une ressemblance

avec ceux

dé' l’Iliade.

L’origine de l’archipel Nouka-Hiva y est présentée
qui le composent
étaient, dans le principe, enfouies dans « Havdild, »
( la région àu-dessous ), le lieu des esprits qui ont
quitté la terre, et elles furent élevées æ la place
qu’elles occupent maintenant, par les efforts d’un
dieu quiies souleva. A cette époque il n’y avait point
de mer; ce fut une femme qui la,produisit, ainsi
que tous les animaux et toutes les plantes. Les
hommes et les. poissons, se trouvaient enfermés
dans des cavernes, dans lés profondeurs de la terre
;
une grande
explosion rejeta les hommes à la surface
du monde, et précipita-les
poissons dans- la mer.
de la manière Suivante. Les terres

Ces mêmes chants

én.umèrent- les'noms .de qua¬
rante-quatre îles, outre eelleule. Nouka-Hiva. Dans
ce nombre,
plusieurs se rapportent évidemment à
quelques-unes du groupe de Taïti, une autre est dé¬

crite

comme

possédant

rapporte évidemment

un

aux

lagon, description qui

se

îles Pomotou, aucune île,

�ÎLES MARQUISES

234'

des autres
formation.

groupés
■

Une des traditions

présentant une pareille con¬
•
'
relatives a ces îles étrangères

noix de cocos aux
îles Nouka-Hiva. —^^'Ce fut l,e dieu Tao, venu de i’île
donne le récit de l’introduction des

dénuéés
de,cet arbre important, lé lèür apporta'dans un
canot de pierre. Les détails cle cet évenément sont
décrits avec des particularités et une minutie in¬
croyables. Les Tahouncis ont de semblables récits,
Oata-Maaoua

ou

Otoupôou, qui les trouvant

des visites des dieux des.autres îles, et

c’est dans

qu’on trouve la raison qui faisait ap¬
peler les premiers navigateurs des Atoiiàs, nom donné
maintenant â tous les-Européens, quoiqu’ils aient
aujourd’hui considérablement perdu', aux yeux des
Noukaiiiviens, de leur p.r.e’stige passé.
cés traditions

renseignements suivants de
l’origine dé la [population. —Otdia,
(aube du jour ), et Ovcinova on 'Ananéùna, sa femme,
vinrent d’une île appelée Yavao ^ peupler les îles
Nouka-Hiva. Ils apportèrent avec éux dilférentes es¬
pèces de plantes .qui' donnèrent leur nom aux qua¬
rante enfants de .ce couple'fortuné, à l’exception,
toutefois, du premier-né, qui fut nommé Pô ciu là
Nuit, ce qui signifie aussi noir, sombre.
Keatanoui plaçait le lieu où‘ s’établirent Otciia et
sa femme, dans la vallée de Taïo-Hae, et se glo¬
Porter

a

Keatanoui

recuèiili'les

sur

,

rifiait d’avoir liéiité des honneurs de ce pre¬
mier fondateur de sa race. Cette généalogie, qu’il
faisait remonter à

quatre-vingt-huit générations en-

�ou

NOüKA-inVA.

235

viron, lui atl'irait la 'considération des chefs de
toutes les tribus de i’îie; tous recherchaient de s’allier
à lui, et sa no'mbreuse famille lui avait donné les
moyens de satisfaire aux nombreuses demandes de
mariage qu’om lui ayait adressées.
D’après Porter, les iridigéries n’auraient conservé
aucun souvenir dù
passage de Mendana, ce qui est
hasardé, car son apparition avait eu lieu â, l’île
Tàouata, et Nouka-Hiva peut bien ne pas s’être
émue d’un événement qui ne la touchait que trèssecondairement. Keatànoui expliquait ainsi l’in¬
troduction des cochons. Une vingtaine de généra¬
tions ( 300 ou 330 ans ) avant l’arrivée de Porter
qui observe qu’un homme est grand-père à einquante
,

ans, et que, par conséquent, quatre générations
existent de son vivant; tin dieu nommé Haii visita

îles du groüpë, et apporta avec lui des
cochons et des poules, qu’il y laissa. Il apparut d’a¬
toutes les

bord dans la baië yttooMtoua (

peiit-être Atma-Atoua,
Dieu-Dieu), sur la côté estde l’île (B. de la Neva).
Là, il creusa le sol pour trouver de l’eau, entreprise
dans laquelle il réussit. L’arbre sous
lequel il résida
pendant son séjour, est considéré comme sacré par
les indigènes cjui, cependant, ne peuvent dire s’il
est venu dans une
pirogue ou dans un bâtiment, et
quel est le laps de temps de sa relâché.
Aucune relation de voyage

lie remonté à

une

époque aussi élevée; de sorte qu’il faut admettre que
le compte des générations des
indigènes est erroné,
il est probable d’ailleurs que ee
navigateur est ün Es-

�ÎLES MARQUISES

236

pagnol, à en juger par les rapprochements d.es noms
du cochon dans les deux langues. Les Espagnols le
nomment puerccret les indigènes powaÆa ou pouarka.
Cette conjecture prend une nouvelle force, lorsqu’on
considère que les Espagnols sont les premiers navi¬
gateurs qui ont sillonné ces nièrs.
L’introduction du fer .est ainsi’racontée

années

:

Plusieurs

après le passage à’Hctii, des individus de la
les Nouka-Hmens, mais dépour¬

même couleur que

vinrent, dans un bâtiment à deux
dans la baie de Analiou, sur
l’autre côté de l’île; ils apportèrent des clous, qu’ils
échangèrent contré des cochons. Les indigènes ap¬
précièrent tellement les ayantages de ce métal, qu’ik
accoururent de toutes parts pour faire percer des
coquilles et autres objets aussi durs, et donnaient,
dit-on, un cochon pour avoir l’usage d’un clou pen¬
dant quelques heures.
' ;. ■
Cette tradition.peut, avec quelque vraisemblance,
s’appliquer au passage du Solide, qui n’avait que
deux mâts ; d’autant mieux, que bien peu de navires
de cette forme se sont aventurés dans ces archipels
éloignés.Au temps de Porter, il y .avait un ou deux chiens
et quelques chats dans l’îlé; cés derniers étaient at¬
tribués, à un dieu, appelé Hita-Hita, qui les apporta,
il y avait quar'ante ans environ (ce qui conduirait
à 1773). 11 vint dans une j^irogue grande comme une
île à Taouata, où l’on voyait pour la première fois un
navire de cette dimension, ce qui étonna d’autant
vus

de tatouage

,

mâts, qui jeta l’ancre

.

�ou

NOUKA-îtivA,

23“?

plus la'population, qu’-elle n’avait jamais entençlu

parler auparavant d’un pareil vaisseau. Ce diep tua
homme pendant son séjour. Cette dernière cir¬
constance et la date indiquée se
rapportent parfaite¬
ment au
passage de Cook, qui passa dans ces îles en
1774, et qui, en effet, y tua un homme. En outre, il
venait alors de Taïti, nom qui offre
quelque rappro¬
un

chement
des

avec

noms

celui de Hita-EUa. Du
reste,

est peu

importante,

turent constamment les noms

prononciation leur .est difficile.

l’analogie

les sauvages déna¬
européens, dont la

car

.La traversée de l’île Yavao

aux îles
ÎN'oukà-Iliva-,
qui embrasse une distance de 680 lieues marines,
n’est pas absolument impraticable avec les vents ali¬
zés du sud-est,
qui régnent la majeure partie de
l’année, surtout quand on considère que ces vents

varient souvent

sud, et que cette route est semée
qpi offrent des ressources aux na¬
vigateurs. En outre, les pirogues des îles Tonga sont
infiniment supérieures à celles de la pliijrart des au¬
tres peuplades de
l’Océanie; leurs doubles pirogues
au

d’îles nombreuses

affrontent

vitesse

souvent

de bien mauvais temps et ont une

remarquable.
migrations des insulaires de l’Océanie sont des
faits incontestables aujourd’hui ; des défaites dans les
combats, rôppi’essioa d’un voisin puissant, une di¬
sette passagère ou l’insuffisance du sol à nourrir tous
ses
habitants, sont autant de causes qui poussaient
des familles entières à partir sur la foi des
prédictions
de leurs prêtres, pour découvrir des terrés
plus proLes

.

�ÎLES MAUQÜISES

238

piccs. Elles sumient l’impulsion du besoin, inné
chez l’homme, de chercher des âvenlures au péril dé
sa vie
et marchant sur les traces de leurs,ancêtres ,
qui avaient cherché et peuplé tant d’îles., elles se di¬
rigeaient vers des rivages inconnus qu’elles attei¬
gnaient quelquefois; mais combien de fpis aussi la
,

mer

englouti dans son sein lès débris
expéditions hasardeuses?.—,,Cet esprit voya¬
expliqué comment les îles de l’Océanie se sont

n’a-t-elle pas

de,ces

geur
successivement

peuplées.

Nouka-Hivà, la croyance de l’existence de nom¬
breuses terres dans les environs, avait, à plusieurs
A

reprises, lancé des pirogues sur-une mer qui ne les
rendait plus. Le grand-père de Keatanoui partit luimême, un beau jour, avec quatre grandes pirogues

rechercher ces îles, tant prônées par
Tahounas, plusieurs familles l’accompagnèrent,
emmenant avec elles des cochons, des poules et des
plantes de toute espèce, et'jamais on n’a su quel
doubles pour

les

avait été

son

'

sort.

,

Temaa-Taïpi, chef de la vallée de
iloumi, craignant les résultats de ,1a guerre, avait
préparé plusieurs grandes pirogues pour abandon¬
ner l’île, et aller chercher de nouvelles terres où la
tribu entière se ,serait établie. L’Anglais Wilson as¬
sura à Ppi’ter ,c{ue, pendant les dernières années,
de ,1807 à 1813, plus de huit cents hommes,
Vers .l’ari 18 j 4

femmes

et

,

enfants, avaient abandonné les différentes

l’Archipel,
patrie. Aucune de
îles de

aller trouver une nouvelle
expéditions ne reparut : une

pour

ces

�239

QU NOUKA-mVA.

fois

seulement, quatre pirogues étant parties, elles

arrivèrent aux îles Iliaou et Fetou-Ilouhou
; une seule
des pirogues y séjourna
quelque

tenta

clé

témps, puis elle

Nouka-Hiva où elle n’arriva
Un lipnime etunë femme restèrent seuls sur
l’etourner à

jamais.
Hiaou, ils bâ tirent une case ; mais, au bout de quel¬
ques mois, l’homme mourut et la femriie fut rame¬
née par des chassëurs de
phaétons : ce fut d’elle
qu’on recueillit les détails qui précèdent.
Les prêtres sont
presque toujours la cause de ces
émigrations ; quels que soient leurs motifs; ils en¬
couragent les indigènes à les entreprendre, et, plus
tard, lorsque le départ a eu lieu, ils se glissentpenclant la nuit près des cases des
parents de ceux qui
sont partis; et là en jetant des cris
aigus, comme
s’ils succombaient dans la lutte avec un,
pouvoir oc¬
culte, ils annoncent que les émigrants ont trouvé de
,

fertiles et riantes terres

au

bout dedeur àventureuse

traversée; ils dépeignent la beauté de ces îles, la ri¬
piroductipus, les avantages dont on
y jouit, de manière à Lairé naître le, désir de tenter
une
entreprise semblable pour atteindre le môme
chesse de leurs

but.

■

i

Chez tous les peuples à l’étàt primitif, Thomme
n’entrevoit la divinité qu’à travets le prisme de sa

lës événements qui menacent son
cxistepce sont autant de causés qui occupent sa
pensée; il lës redoute, et né pouvant lës ëxpliquer
natürellement, il en fait des sujets de superstitieuses
apprdiensions. 11 divinise ce qu’il craint ; c’est un
propre

faiblesse

:

�240

ÎLES MAEQülSËS

pouvoir terrible ajuquel il rend uncuite, plutôt qu’une
divinité bienveillante qu’il yénère.
Chez les Noukaliiviens, lés Atouas sont nombreux,
soit qu’ils proviennent des hommes divinisés après
leur mort, soit qu’ils existènt encore, soit enfin
qu’ils datent d’uné époque reculée. Toutes ces divi¬
nités sont.autant de pouvoirs suprêmes, jaloux, ter¬
ribles dans leur courroux, redoutables dans leur
vengeance, qui demandent un .culte.
Le bruit des orages, le roulement du tonnerre
dans les montagnes, le froissement des feuilles, les
murmures des insectes dans l’herbe, sont autant de
manifestations de la présence de YAtoua, nom donné
dans toute l’Océanie aux êtres qui constituent un
polythéisme grossier. Il y a des atouas dont l’empire
s’étend sur les monts, et d’autres qui régnent sur
les rivages ; des atouas des bois, de l’intérieur de l’île
et de la mér y des atouas qui président à la paix, à la
guerre^ à la danse et aux chants; leur nombre est
considérable, et chacun d’eux est honoré selon le
degré de crainte qu’il inspire.
M. Croolc a donné les noms suivants de quelques
divinités principales : Opouamanne, Okio, Oenamoc,
Opi-Pitdie Onouko, Oetaliopu, Tali-Aïlapou, Onoetdie.
Aucun de ces dieux ne paraissait du reste avoir une
supériorité marquée sup les autres.
Voici encore le récit que fait ce missionnaire d’une
visite qu’il fit à un atoua vivant :
Get atoua était un homme fort âgé ; il vivait depuis
sa jeunesse dans la vallée d’Haha-tetena, dans une
,

�ou

NOURA-HIVA.

241

grande

case entourée d’un.en'clos,
Dans cette maison était une

appelée Hae( mai¬
espèce d’autel ; sur
les poutres de cet édifice et sur les
àrb^es environ¬
nants étaient
suspendus des squelettes humains, la
tête en bas. Personne n'entrait dans cette
enceinte,
à l’exception des hommes attachés
au service de
l’atoua; l’introduction du peuple n’était permise que
dans les jours de sacrifices humains. Cet atoua
rece¬
vait plus de ces sacrifices
qu’aucun autre dieu; sou¬
vent il
s’asseyait sur une espèce d’échafaudage, éta¬
son.

bli devant

sa

demeure

et

times humaines à la

réclamait deux

ou

trois vic¬

fois, et toujours il était obéi :
qu’il inspirait était extrême. On l’in¬
voquait dans l’île entière, et des offrandes lui étaient
envoyées de toutes parts.
En 1829, il n’existait
point d’atoua vivant dans la
caria terreur

vallée de

Taïohae;

d’un de

on
êtres

montrait seulement la de¬

supérieurs, au pied d’un pic
escarpé dans les montagnes. •
Les Taouas, qui paraissent être les desservants
meure

ces

titulaires des divinités, sont
chargés de faire les
offrandes : elles consistent en jeunes

fruits, poissons, chiens, cochons,
times humaines.

pousses,

et énfin

fleurs,

en

vic¬

principe, Tatoua paraît être le pouvoir occulte
effrayant qui, dans ses jours de colère, demande
des victimes pour
expier de graves offenses : le sang
humain apaise seul sa
fureur; les dons de fleurs et
d’animaux sont des offrandes pour le rendre
jpropice.'
L’influence des Taouas sur Tespritde la
population
En

et

16

�242

ÎLES MARQUISES

raison.de la faveur qu’on leur suppose auprès
desatouas; ils apaisent le dieu lorsqu’il n’est que
médiocrement èn, colère; l’irritation de Tatoua se
est en

manifeste par les maladies qui affligent la population.
C’est à l’intercession des Taouas que le mal cesse,

mais aussi c’est à leur

intercession qu’il arrive.

les,simples desservants, les
hommes dévoués au service de là divinité, mais
n’ayant qu’une moindre influence qui dérive par¬
ticulièrement des sortilèges qu’ils peuvent jeter.
L’office des Tahounas dans les cérémonies religieu¬
ses consiste en grande partie à'chanler au son des
tambours et des claquements de mains; ces chants
Les tahounas sont

intelligibles seulement
pour ces prêtres. D’après M. Crook, un de ces
chants est une espèce de litanie qu’un tahouna chante
en frappant le grand-tambour du temple, un autre
tahouna la répète à l’autre extrémité de Tédifice sur
le même ton. Les ifotes sont très-prolongées et vers
la fin la voix du tahouna se change, én sons rudes et
sacrés sont variés et souvent

creux.

-

récitatif
déclamé par le prêtre avec la qvlus grande force pos¬
sible de gestes et de voix, il se termine par un son
aigu semblable àTaboiement d’ün chien, auquel l’au¬
Un autre

de cës chants est une espèce de

ditoire répond en chœur.
Les tambours sacrés sont de deux
‘

miers sont

semblables à

ceux

espèces ; les pre¬

employés dans les fêtes

publiques, ils ont environ deux pieds de haut, et
jieuf à dix pouces de diamètre. Us sont formés par le

�a

ou

NOUKA-UIVA.

243

d’un

artoe, le kaou (corclja), creusé jusqu’aux
sa
longueur; une séparation ayant un
petit trou'au centre, sépare cette première excava¬
tion de celle qui est. recou ver te
par une peau de re¬
quin, attachée soigneusement avec des tresses de
bourre de cocos ; le bas est
percé de trous ovales pour
tronc

deux tiers de

accroîtrë.la force du

son.

Les seconds sont

beaucoup

plus grands ; hauts de quatre à cinq pieds, ils sont re¬
couverts delà peau,
plus dure, du poisson nommé par
les Anglais devÜ-fish. Tous les deux sont
posés droit
sur le sol, et sont
frappés avec les mains et les doigts;
mais des petits sont
frappés continuement, tandis
que les grands produisent dés sons moins pressés,
formant une espèce de mesure avec le bruit des
petits;
on pourrait assez
comparer cela à nos. tambours or¬
dinaires dont le bruit serait
accompagné par celui
d’une grosse caisse.
Le claquement des mains
qui suit ordinairement
les chants, est exécuté dans le même
mode; les mains
frappées à plat produisent un son mat, qui alterne
avec un son
plus profond lorsqu’on rassemble les
doigts en creux et qu’on les frappe soit les uns contre
les autres, soit contre le coude. Cet exercice
produit
une telle excitation, chez,les
Noukaluviens, qu’on a
vu
quelquefois la peau du coude gauche enlevée par
ces attouchements réitérés, sans
qu’ils cessent pour
cela de frapper.

Les maisons destinées au culte ne diffèrent
pas
des autres ; seulement, l’entrée en est
plus vaste.
Dans la vallée des Happas, on voit un de ces
édilices,

�ÎLËS MARQUISES

244

signifie permis,

appelés Meae (peut-être

Meïe, qui

premier, grand et vide,

était, à l’époque où on le vi¬

consacré). H se compose de

sita, rempli par un
frandes ; le second,

deux corps de

logis; le

grand nombre de différentes of¬
plus petit, contenait deux idoles

grossièrement travaillées,. Une d’elles était à deux
semblable au/«HMs ùî/rons. ,
Une autre case, destinée aux mêmes usages, dé¬

faces,

crite par

était faite pour
dans

ce

saient.

la'vallée de Haka-Happa,
inspirer un profond dégoût. C’est

StQvvart, dans

les sacrifices humains s’accomplis¬
Au centre d’une plate-forme de trois mètres
lieu que

d’élévation, entièrement ob¬
struée par une épaisse végétation, se trouvait l’en¬
droit où-les restes des victimes étaient jetés; sur le
devant, seul point accessible, on voyait encore,
dans,une^uge grossière, un corps.en putréfaction.

carrés et

Une .tête

d’un mètre

imparfaitement sculptée, à

l’extrémité de

dé¬

l’auge, ouvrait une large mâchéire, comme pour
vorer les victimes qui pourrissaient là, devant une
idole toute contournée et tombant en ruine, sans

qü’on parût s’en
Porter

de

son

inquiéter.

décrit aussi un

temps, au

la tribu des

endroit de ce genre, situé,

haut de la vallée de Taïo-Hae, chez
grand et magnifique

Ilavouhs. Dans un

bosquet de cocotiers, de casuarinas et de
d’autres arbres, au pied d’une montagne

beaucoup
escarpée,

près d’un ruisseau, sur une plate-forme pavée,
sculptée sur une pierre dure, de.la
hauteur d’un homme ; ses yeux et ses oreilles étaient

et

était unedéité

�ou

NOUKA-IUrA.

245

bouche très-large, ses bras et ses jambes
auprès de ce bloc, se trouvaient plusieurs
autres idoles semblables, mais en bois. Des faisceaux
de roseaux étaient posés près de là ; leur sommité était
décorée de longues banderolles blanches, et à leurs
pieds étaienf déposés des têtes de cochons et autres
offrandes. A quelques pas de là, se trouvaient quatre
canots de guerre, richement ornés de touffes de che¬
veux, de coquilles et de banderolles blanchés; la¬
vant de la pirogue principale était tourné vers les
montagnes ; et sur l’arrière,» on voyait une statue te¬
nant une pagaie, comme si elle dirigeait la course
de l’embarcation. Une des plus belles pirogues était
celle d’un prêtre qui avait été tué récemment par
les Happas. Une odeur insupportable érnanait de
ce canot, dans lequel on avait placé en: offrande le
corps d’un dés Taïpis tués dans l’excursion de Por¬
ter ; plusieurs autres carcasses humaines étaient èntassées là, et les naturels disaient c[ue cette pirogue
était destinée à conduire le prêtre en question au
Ciel ; mais, que ne pouvant y aller tout seul, il luifallait un équipage de pagayeurs. Dix victimes étaient
nécessaires pour effectuer ce départ, et il n’y en
avait encore que huit.. Dans lin enclos voisin, on
voyait les cochons et les provisions qui devaient
subvenir aux besoins de ce voyage funéraire.
En voyant le peu de vénération des naturels pour
leurs idoles, qu’ils prenaient par les oreilles et dont
grands,

sa

courts ;

ils montraient le

bouche

et des

nez

camus

et les

difformités, de la

janabes, Porter leur demanda pour-

�ÎLES MARQUISES

246

quoi ils les respectaient si peu. On lui répondit que
divinités n’occupaient qu’un rang très-secon¬
daire dans la hiérarchie des Atouas, et qu’elles n’a¬
vaient d’autre emploi que celui de servir de cortège
et de remplir les fonctions de la domesticité auprès
du dieu principal. On sortit bientôt ce dieu, ren¬
fermé soigneusement dans une case enfouie sous le
feuillage du massif déjà décrit, et on l’exposa au
grand Jour. C’était tout simplement un morceau de
bois assez mince, enveloppé par des étoffes blanches
et porté sur une branche de cocotier. Immédiate¬
ment la troupe des indigènes présents commença la
représentation des cérémonies de leur culte.
Un naturel prit le dieu dans ses bras, pendant que
ses
compagnons chantaient en frappant dans leurs
mains ; il agita ce paquet plusieurs fois, l’éleva en
l’air, le jeta sur ses épaules en faisant des sauts con¬
tinuels. Un moment de repos succéda à ce violent
exercice, puis on entonna un nouveau chant sur un
ces

ton

différent, Le dieu fut alors conduit successive-

points de l’enceinte, où on lui fit
à la fin de cette prome¬
nade, il fut replacé au dentre de la place, sur sa
feuille de cocotier. Alors l’homme qui avait exécuté
mènt vers divers

faire de courtes pauses, et

tous ces

mouvements, adressa, d’un ton très-animé,

plusieurs questions à l’auditoire; les réponses qu’il
reçut ayant paru fe satisfaire, il termina la céré¬
monie en remettant

le dieu dans la case. Porter ne
put obtenir de Wilson , son interprète, aucun ren¬

seignement, si

ce

n’est que les chants qu’il avait en-

�ou

tendus, reiifermaiént des louanges

VAlom.

247

NOUKA-HIVA.

en

rhonneur de

-

Le missionnaire

Çrook avait aussi remarqué des
cérémonies analogues dans, l’île Taouata. Il rapporte
que, dans certaines solennités, un paquet, composé
d’une pièce de bois enveloppée d’étoffes blanches, et
orné de quatre conques de. guerre, était élevé et
abaissé successivement par les prêtres, qui. adres¬
saient avec vivacité des questions auxquellesla foule
répondait d’un commun accord. D’autres fois,’les
mêmes prêtres plaçaient en évidence, sur un vase
curieusement sculpté, un crâne humain, au milieu
d’un bouquet de fleurs. Une branche de
cocotier,
attachée sur une perche , représentait, dans ces oc¬
casions, le corps d’une victime humaine ; et d’autres
objets, tels qu’une petite pirogue garnie de touffes de
cheveux, une ceinture, un morceau de bois coudé,
étaient levés en l’air et montrés à l’assemblée, de la
,

même manière que

les Tahounas tendent leurs in¬
ciel, lorsqu’ils vont accomplir une
opération chirurgicale. Cette élévation semble avoir
pour but d’implorer l’assistance d’un pouvoir supé¬
struments vers le

rieur.

La crainte

des

sortilèges forme un des points
saillants du caractère Noukahivien ; une classe d’in¬
dividus nommés Nati-Kahas^ qui ne sont peut-être

autre chose que

des Tahounas, jouissent delà faculté

de lancer le terrible Kalia

sur

leurs ennemis. Ce

sortilège s’accomplit en enfermant dans une feuille
salivé, des cheveux, et même des excréments

de la

�248

Iles marquises

individu; on l’entoure ensuite d’un sac tressé
compliqués, et on enterre le tout en ac¬
complissant certains rites. La personne ainsi maléficiée dépérit graduellement, sous l’empire d’une
maladie de langueur qui dure vingt jours. Lé seul
remède qu’on puisse apporter à ce mal, est de cher¬
cher le lieu où la feuille est enterrée, et de retirer
le dépôt confié à la terre; le charme cesse alors. —■
La moindre indisposition, la
phthisie qui existe dans
ce
groupe toutes les maladies de langueur, la cécité
même, sont attribués au Kaha, et l’on voit des indi¬
d’un

de nœuds

,

vidus chercher
le fatal charme
Les

sans

relâche l’endroit où est caché

qui doit les tuer.

INoukahiviens

des nom¬
la civilisation, sont
cependant exposés à d’affreuses infirmités., suite
inévitable de leur genre de vie. Couchés sur le sol
dont ils sont à peine séparés
par une natte, ils con¬
encore

breuses maladies enfantées par

tractent des

exempts

inflammations des organes

respiratoires,
foie; ils sont sujets à des rhu¬
matismes douloureux qui contractent leurs
membres,
à l’hydropisie qu’ils attribuent à
l’usage des fruits
taboues. Indépendamment des inflammations causées
par le tatouage et des phlegmons qui en résultent
quelquefois, ils sont en proie à plusieurs maladies
cutanées, à l’éléphantiasis et à une espèce de lèpre’
qui prend peut-être sa source dans l’abus du Kava,
dont l’effet est de couvrir la
peau d’écailles blanches.
Les scrofules abondent aussi
; il n’est pas rare de
et

des affections du

rencontrer des

malheureux atteints d’ulcérés

dégoû-

�ou

tants ;
verts

NOÜKA-HIVA.

249

les enfants, surtoutsont généralement cou¬
pustules et d’éruptions. Lès maux d’yeux

de

fréquents,
complète cécité.
sont

et conduisent

Les maladies contractées
par

quelquefois à

une

le libertinage vien¬

compliquer et aggraver celles-là ; cepen¬
dant, quoi qu’on ait dit à cet égard, elles sont peu
répandues ; c’est à peine si deux ou trois cas se sont
manifestés parmi les marins de l’Astrolabe et de la
Zélée, au nombre de cent cinquante environ, après
un libre contact avec la
population pendant une re¬
lâche de plusieurs jours.
Ori doit ajouter aussi
que dans aucune île de l’O¬
céanie, la population n’a l’apparence aussi saine qu’à
INouka-Hiva; partout ailleurs, les maux physiques
atteignent une proportion bien plus élevée, relative¬
nent encore

ment au

chiffre des habitants.

Le massage

pratiqué par les Taouas, paraît être
considéré, indépendamment de son but religieux,
comme un
moyen thérapeutique. Lorsqu’un indi¬
vidu est gravement
malade, il se couche et montre
une
apparente tranquillité ; ses parents po'urvoienl à
ses besoins, et
quand le mal augmente, ils s’occupent
ouvertement des dernières
dispositions. Le malade
voit préparer
l’espèce de cercueil qui doit le renfer¬
mer, et ce soin qui doit lui ôter tout espoir; ne
pa¬
raît pas l’affecter
sensiblement; il considère ces pré¬
paratifs comme un témoignage de l’affection des
siens, qui veulent lui rendre tous les honneurs pos¬
sibles, Aux approches de
mort, des femmes en-

�ÎLES MARQUISES

260

pendant que les Tçiouas usent tout
éloigner le fatal moment. Les fem¬
mes sont vêtues de pièces de Tapa blanche, et ne se bar¬
bouillent pas, dans ces circonstances, d’huile de coco

vahissent la case,
leur savoir pour

elles le font d’habitude.
décharges de mousqueterie retentissent, des cris
perçants se font entendre, les lamentations bruyantes,
et

du

suc

du papa, comme

Des

communes

à toute l’Océanie, ne cessent plus ; un cer¬

Bègne dans ces manifestations de douleur,
pleureuses n’emploient pas les-mêmes
exprçssion^-, mais elles terminent les versets qui
suivent leurs récitatifs par clés cris et des gémisseihents cadencés qui étouffent leurs voix. Quelquefois
elles sautent autour du moribond dans un état pres¬

tain accord
toutes

les

des morceaux
requins. Ce rôle
pénible a ses intervalles de repos, de nouvelles ac¬
trices remplacent celles qui sont fatiguées ; celles-ci

que frériéticjue, et se frappent avec
de pierres, pointues ou des dents de

rentrent alors

dans la foule des spectateurs,

raissent d’ailleurs fort peu
ment.

qui pa¬

affectés de cet événe¬

Loçsque'la mort a accompli son œuvre, le cadavre
lavé avec soin, on l’étend sur une plate-forme
formée par une réunion de lances et de casse-têtes
recouverts par une natte, dans une petite case qu’on
construit incontinent, à côté de la demeure du
mort. On recouvre le corps d’une pièce de tapa
qui n’a jamais servi, et, pendant plusieurs jours,
les prêtres continuent leurs chants funèbres, tandis
que Içs parents et les amis du défunt veillent sur
est

�ou

251

NOUKA-HIVA^

son corp^, qu’ils ne, cessent de frotter avec de
l’huile de coco ; dans cet intervalle
pn

prépare une
proportionnés à la richesse de la
famille. Pendant que les provisions
s’apprêtent, plu¬
sieurs individus en costume de
cérémonie, c’est-àdire revêtus d’une étoffe blanche, le front ceint d'un
fête et des festins

turban de la môme couleur et la tête couverte
,par
une feuille de bananier
pliée en forme de mitre, et
portant en outre un éventail et une longua perche,
à laquelle pendent
sept banderplles terminées par un

nœud, font l’office de messagers ; ils passent de case
case, pour engager les chefs et les individus des
classes supérieures à assister à cette
fête; ils leur
adressent ces mots : toou ki, qui paraissent
signifier
en

vous

êtes invité.

.

Les hommes ainsi conviés

-se

rassemblent dans

quelque case voisine réservée à ces cérémonies ;
tandis que les femmes exclues restent au dehors dans
leurs plus beaux atours. Depuis l’instant
qui

a

suivi

celui de la mort, jusqu’à celui
qui voit terminer les
chants dés prêtres, toute cette .assemblée
jeûne et
aucun feu n’est allumé dans les alentours. Les
cé¬

rémonies
est

religieuses une fois achevées, la nourriture
apportée, le repas commence, et les cochons sont

retirés du four où. on les fait

cuire, pour être livrés

l’appétit des convives. Le chef de la famille du
défunt sépare les. membres de ces animaux avec un
morceau de bois
pointu; la tête revient de droit au
prêtre principal, les autres morceaux sont distribués
aux chefs,
qui, à leur tour, peuvent pn .faire part à
à

�ÎLES MARQDISES

252

plats de pâte de fruits à pain, des
bananes, des cocos, abondent aussi dans ces repas
funèbres, qui durent autant que les provisions, or¬
dinairement jusqu’à la fin du troisième jour; alors les
alentours du lieu du festin sont jonchés de débris,
l’air est empesté des miasmes qu’ils exhalent et de
ceux que
jettent les offrandes faites aux morts et aux
atouas ; ces offrandes sont indispensables, çar les
dieux participent aux dîners des hommes; chaque
fois qu’un homme prend son repas, il a soin de jeter
un morceau de chaque met, sur le chaume de sa
case ou dans les environs, en guise de don propitia¬
leurs amis. Des

toire à la divinité.

Toutes ces cérémonies

ne

s’accomplissent que pour

tribu, car les individus des classes
inférieures ne possèdent ni assez de vivres pour
donner une fête ni assez de considération pour y
les chefs de la

,

prétendre. Ils sont tout simplement enterrés, tan¬
dis cjue les chefs jouissent de la prérogative d’êtré
mis dans une espèce de bière qui contient le corps
entier, à l’exception des deux cornes de la cheve¬
lure, soigneusement serrées dans des bandelettes
blanches. Le corps reste ainsi exposé dans une case
particulière, qui reçoit à Taïti le nom de tompapao.
Au bout d’un temps plus ou moins long ( ordinainairement une année), fine seconde fête a lieu : les
os des morts sont empaquetés avec soin; le temps
en a détruit les chairs, et la boîte qui les enveloppe
ne contient plus qu’un squeletteentiérement dénudé.
Pendant le passage de l'Astrolabe, une de ces der-

�ou

NOUKA-IUVA.

253

niéres fêtes avait lieu à Taïohae. Les

naturels, ras¬
échafaudagq et revêtus de tous
leurs ornements, chantaient en
s’accompagnant
du son des tambours.
Quelquefois la véhémence
de'leurs gestes était extrême, et. leurs cris trèsviolents. Ils frappaient avéc force sur le coudé de
leur bras gauche,
replié sur la poitidne, et par¬
fois de longs cris, mate, male te
Tciipis, mort aux
Taïpis ! retentissaient spontanément.: Était ce, des
victimes qu’on demandait pour les mânes du chef
décédé, ou bien ces cris étaient-ils l’expression
semblés autour d’un

-

d’une haine invétérée qui se réveillait au
sopvenjr
de la mort de ce chef, tûé par les
Taïpis? C’est ce
que nous n’avons pas pu savoir. Tout ce que

comprendre, c’est que les hosti¬
reprisés, et qu’on nous
engageait à y prendre part..
Les Mordis, monuments
fqnèbres où,les corps sont
déposés, sont établis sur une plate-forme de pierre,
nous

lités

avons cru

ne

tarderaient pas à être
.

base de toutes les constructions noukahivieunes. Ori

les rencontre

épars danstqute l’étendue des vallées;
particulière ne paraît être exigée
dans le choix de remplacement. Près du ri
vage de Taïo¬
hae se trouve le moraï
,'qui contient les restes d’un
frère de Vatepeïou Palini, un on.cle de
Moana, mort
depuis quelques années, à ce qu’on nous à assuré.
Sous un hangar souteiiu par des
poutres, recouvert
par un toit, mais dépourvu de parvis, à un mètre et
demi au-dessus du sol, en
voyait le coffre contenant les
restes du mort, Une
enveloppe de tapa blanche le
aucune

,

condition

�ÎLES MARQUISES

254

pîis, mais du côté de la tête une
large laissait apercevoir les deux
cornes factices dont nous avons déjà parlé, et en¬
suite le squelette en entier. Tout autour de cet
ajoupa, des perches longues et flexibles laissaient
flotter d’étroites banderôlles blanches d’un effet pit¬
couvrait de

ses

ouverture assez

milieu d’elles une grossière colonne
pierre, haute d’environ deux mètres, portait une
enveloppe de tapa. :Un trou était perforé au milieu
de ce bloc, qivi avait dû exiger beaucoup de travail
aux indigènes pour-le polir et le façonner ainsi. Des
matières animales en décompositioii, des débris de
fruits et de fleurs, une mâchoire de cochon , indi¬
quaient que le mort avait reçu de nombreuses of¬
frandes; niais elleaétaient déjà vieilles,-et il est pro¬
bable qu’elles.né ^ont plus renouvelées au bout d’un
temps assez court;. Grâce à leur frêle construction ces
monumènts ne tardénf pas à se détériorer ; ils dispa¬
raissent en peu d’années, sans laisser d’autre vestige
que les grosses pierres qui les ont supportés!
D’après les renseignements les plus précis, à
charjue mort de chef important, des victimes humai¬
nes sont nécessaires ; les sacrifiés prennent le nom de
ïlecma, et c’est dans les tribus voisines que les sujets
sont choisis. Le jour même de la mortdu chef, les

toresque, et au
de

guerriers se mettent en campagne. Malheur alors à
pirogue solitaire qui ne peut fuir à temps , mal¬
heur à la famille endormie dans une douce sécurité;
malheur surtout à l’homme isolé dans les champs;
saisi, garrotté, il est enlevé et transporté aux lieux du
la

�ou

NOÜKA-HIViV.

255

sacrifice, il est tué impitoyablement , et son corps se
dessèche à côté de celui à
qui il est offert;
Le

mune

hiva.

cannibalisme, cette affreuse dépravation com¬
à tant de
peuples est aussi pratiquée à NoukaAujourd’hui l’antropophagie paraît avoir'dimi-

nué considérablement dans

ces

îles ;

cependant il n’y

pas bien longtemps encore, on voyait à
Taïohae,
les débris d’un homme, d’une femme et
d’un
a

enfant,
qui avaient servi de pâturé à des guerriers Taïs. Il
est probable
que ces repas monstrueux n’ont lieu qùe
lorsque les dieux ne réclament pas de victimeSj et que,
dans ce cas, les guerriers
mangent leurs prisonniers.
Quoi qu’il en soit, les femmes sont exclues de ces
repas; le vieux chef Nia-hitoutémoigna devant

nous

de la manière la

avait

eu

plus expressive le plaisir qu’il
jeune enfant. La femme qui
faisait partie dès victimes citées
plus haut, -avait

subi la

de manger un

mort

à la suite de

son

Elle

dévouement maternel.

s’aperçut cpie son enfant avait été enlevé, et,elle
qui l’égorgèrent, sans
pitié, avec sa progéniture.
Cependant quoiqu’on ne puisse justifier ces
crüàutés, il faut ajouter que, sans-doute, la vengeance
est le
principal mobile de ces festins contre natiiré ;
chaque famille a un membre qui a péri sous les
coups de l’ennemi, c’est la peine du talion
qu’elle
applique.
'
suivit les traces des ravisseurs

C’est à

res

ces enlèvements de victimes
que les guer¬
de tribu à tribu doivent leur
origine. A la mort

d’un chef, des bandes font
irruption chez la peuplade

�ÎLES MARQUISES

256

voisine, la surprennent, et y

sèment la désolation;

représailles suivent ces attentats, et les hostilités
commencent pour ne plus finir. La possession de
certains terrains, l’esprit conquérant de certaines
tribus sont autant de causer nouvelles qui réagissent
et qui constituent un état de guerre permanent.
Une déclaration de guerre précède la rupture de
la paix. Un chef est presque toujours député pour
annoncer les projets belliqueux de sa tribu ; il passe
la nuit .dans le village ennemi où son caractère
d’ambassadeur paraît être respecté; il revient le
lendemain répéter auxsienslesdiscoursqu’ila tenus,
où qu’il «est censé avoir tenus.. Les guerrière se ras¬
semblent alors j les conques de guerre résonnent,
les tambours barttent, et, dès qu’on le peut, des sa¬
crifices humains, nommés, cette fois No-outou, sont
offerts aux divinités pour les réndrês propices.
Avant l’introduction des armes à feu, le mode de
combattre différait ; il consistait dans des escarmouclies prolongées. Les deux partis opposés se plaçaient
des

sur

dés hauteurs ayant une.vallée entre eux; alors
deux des plus braves, ornés de leur costume le

un ou

plus splendide,, s’avançaient en dansant vers l’enn’emi;, et le déliaient par des grimaces et des, gestes
outrageants;, de venir engager un combat singulier.
Aussitôt, un nombre supérieur d’ennemis se déta¬
chait pour les poursuivre; à leur tour ils étaient
forcés de se retirer devant des forces plus considé¬
rables et ainsi de suite. Cette partie de barres s’exé¬
cutait au milieu d’une grêle de pierres et de lances,
,

�ou

NÛÜRA'-BIVA,

357

les indigènes évitaient avec une mei'veitleuse
prestesse, mais si par hasard ces projectiles venaient
à abattre
quelques hommes, ils étaient sur-le-champ
assommés sans
miséricorde, et emmenés en triom¬
phe par l’ennemi. Toutefois, l’enlèvement des
corps
devenait le signal de la plus vive
résistance, l’hon¬
neur
exige de ne pas abandonner le corps des tués à
l’ennemi, qui les offrirait à ses dieux, ou qui les
mangerait en réservant leurs-têtes et leurs cheveux
pour en faire des trophées. Ces crânes
tapissent les
cases de tous les
guerriers renommés, qui, par déri¬
sion, leur appliquent des yeux de nacre, un nez de
que

bois

des dents de cochon. Ils insultent ainsi
àleurs
ennemis, et s’enorgueillissent delà prouesse de leur
et

bras, qui

brisé les os de ces crânes. Ces blessures
voir; sur des,têtes recueillies par
M. Dumoutier, on pourrait
presque passêf le poing
dans les lésions qui ont donné là mort.
Aujourd’hui ces combats ont perdu leur caractère
primitif; des coups de fusil à l’improviste atteignent
plus sûrement un ennemi, quoique, dans les grandes
batailles, les sauvages encore inhabiles, tirent de
sont

a

horribles à

fort loin redoutant leur
sont

pas

familiarisés,

versaires.

arme

,

avec

laquelle ils

ne

autant que celles de leurs ad¬
'

Lorsqu’une balle a atteint un homme, l’a dé¬
est générale dans son
parti; ce mode de
combattre est infiniment plus meurtrier
que l’an¬
cien; il prête plus à l’assassinat, et ses résultats
plus certains sont une des causes majeures du
bandade

17

�ÎLES MARQUISES

258

décroissement de la
îles.

population qui frappe ces

toujours tués; un
chef, un tahouna, peuvent leur sauver la vie; dans
ces cas ils les adoptent, et les prisonniers devien¬
Les

nent

prisonniers

ne sont pas

membres de la tribu ou de la

famille qui les

reçoit dans son sein. On en a vu un exemple dans
Moe, l’insulaire qui accosta l’Astrolabe, dans le dé¬
troit de Taouata et de Hiva-oa. Cet homme avait été

était venu com¬
et le suivait
à la guerre contre son ancienne, tribu de Taouata.
Une disposition spéciale pèrme taux individus qui
ont épousé des femmes des tribus voisines, de cir¬

saüvé par un chef de Hiva-oa qu’il
battre. Dès lors, il avait adopté sa cause

culer librement entre les

deux vallées lorsqu’elles

guerre. Leur personne
s’ils tiennent aux chefs par

sont en
tout

est respectée, sur¬
des liens étroits. Ils

propositions de paix, ou colportent les
C’est au moyen de ces hommes
privilégiés que .Porter ouvrit des négociations dans

portent les

nouvelles de la guerre.

incursions armées.
qu’on a pu le voir, les

toutes ses

Ainsi

Noukahiviens n’ont

point de forme arrêtée de gouvernement. Chez eux,
T influence des chefs ne dérive que de leurs richesses :
la classe tabouée possède seule les terres, qu’elle se
transmet héréditairement, et le reste de la popula¬
tion tire sa subsistance de son industrie ou de la pê¬
che. De grossières traditions, la crainte des pouvoirs
malfaisants sont les liens imparfaits de cet état so¬
cial rudiraenlairé. Dans l’association de ces sauvages,

�ou

NOÜKA-mVA.

259

l’indépendance de l’indi-s'idu est complète., elle ne
plie qu’à la nécessité de repousser l’ennemi com¬

se

mun,'

le danger seul unit

chacun est libre de
à

ses

tous les bras ;

actions. L’homme

hors dé là,
a

rarement

semblable, car il peut satisfaire luimême à tous ses
besoins; dans l’état de guerre mêrne,
il agit souvent
isolément; il combat son ennemi lors¬
qu’il le rencontre, ou le tue traîtreusement s’il
recours

son

Aucune loi civile

déterminée

ne

peut.

réglant sa conduite, aucune peiné

punissant une offense, il en résulte
qu’il se laisse guider par ses passions bonnes ou mau¬
vaises, et ne reconnaît d’autres devoirs imposés par
ne

la société que ceux de la
parenté. Dans cet état
bon et son mauvais

côté,

a son

une

qui

seule règle reli-

giquse, règle puissante et efficace, pose, des bornes
excès nuisibles, arrête les
déprédations, et relie

aux

entre eux tous ces

mille.
Le

Tabou,

bizarre dans

car

enfants libres d’une

grande fa¬

c’est de lui que nous voulons
parler,

effets, varié dans

applications^
qq’il revêt,
car il est
l’expression avouée de la volonté des dieux,
expression révélée aux prêtres qui la manifestent à
reçoit

leur

Sa

toute

ses

sa

ses

force du caractère divin

tour.

première.mission

a

été,

sans aucun

doute, de

constituer la propriété, base de toute société.'
Lés
Taouas destinés à devenir des dieux à leur
mort, les
Tahounas qui participent aux honneurs de cette
classe, les Akaïlds, descendant des hommes divinisés

qui ont peuplé

ces terres,

les ïoas, illustrés par leur -

�gôü

MAftQWiSESl

courage et favorisés par la divinité, les hommes
enfin pourvus par la nature de dons plus exquis que

le reste de leurs compagnons,

ont, sous la sauve¬

gardé du Tabou, formé une grande catégorie de pro¬
priétaires qui,, aux yeux du vulgaire, jouissent d’une
position plus riche, plus heureuse, en vertu d’une
espèce de droit divin.
Le tabou a seul produit, heur sécurité, seiil il les
défend contre l’empiétement de leurs voisins plus
pauvres et naturellement envieux d’un bien-être
dont ils voient les effets.

une garantie suffisante; la propriété des
n’est pas entièrement assurée à ceux qui en

toujours
terres

Toutefois, cette loi n’est pas

jouissent. Il arrive quelquefois que le fort s’empare
des biens du faible, un parent puissant de ceux d’un
héritier en bas âge. Mais.alors c’est la force qui dé^
eide de la légalité, le plus puissant l’emporte et ren¬
tre dans la catégorie tabouée, à laquelle il appar¬
tient déjà presque toujours. Roquefeuille a assisté
à un différend soulevé par lès prétentions injustes
d’un oncle sur une portion des terres de son neveu.
Une espèce de conseil de famille s’était assemblé,
mais n’avait rien décidé; outre les parents et les
amis des deux parties, les habitants de la vallée s’étaiertt réunis en divers groupes; presque tous étaient
armés pour assister aux débats des deux parties. De
temps en temps la querelle s’échauffait jusqu’à faire
croire qu’on allait en venir aux mains, mais tout.se
passa sans effusion de sang. Les seuls coups portés
le furent par une tante de l’enfant à l’un de ses cou-

�ou

.

sins, celui-ci

eut le

moment. Cette

NOÜKÀ-HIVA,

dessous;

neveu

très-actif

au

fut l’affaire d’un
jeune et d’une grande
ce

femme,

encore

; toutes

deux remplissaient

taille, soutenait ainsi
de leur

261

milieu du

que

sa

sœur

de

les

intérêts

un

rôle

dispute,Lorsque la dis¬
voyait plusieurs des
compétiteurs abattre les buissons avec leurs bâtons,
comme pour
essayer la force dé leurs bras ou pour
dégager le cliamp de bataille.. Quelques hommes et
beaucoup de femmes étaient simples spectateurs et
se tenaient
pour la plupart un peu à l’écart, mais
aucun d’eux
cepeudant ne témoignait de crainte
pour Je cas où on en serait venu aux mains. Les
pro¬
et

n’y paraissaiçnt

vacarme

la

pas déplacées.
cussion s’animait le
plus, on

tecteurs de

l’enfant étant les plus
nombreux,
adversaire parut se relâcher d’une
partie de ses

son

pré¬
Quelques jours après, ayant pris des me¬
dont il espérait
plus de succès, le même indi¬

tentions.
sures

vidu revint
dans la

son
neveu; mais.,
nuit, à l’insu de Tusurpateur, les partisans

de l’enfant
sort

les terres de

sur

des

se

réunirent,

armes.

et l’oncle n’osa tenter le
Il fut chassé du terrain dont il
né

réclamait plus qu’une partie. Ses
projets injustes
ayant complètement échoué de ce côté,' il se tourna
contre

qui,

de

se

un

de

ses

frères plus âgé que lui et
aveugle,

ne se trouvant pas

retirer dans

aussi bien appuyé, fut obligé

coin de

terres, et d’aban¬
cadet.
On remarque
que, dans ces cas de rixes particu¬
lières entre les habitants d’une même
vallée, les
donner le

reste

de

un
sa

ses

propriété à

son

�262

ÎLÈS MARQDISÈS

morts ne sont pas

mangés, les enfants sont respec¬

on les voit passer sans crainte devant
des maisons des ennemis de leurs parents.

tés;

le seuil

tabou, il est imposé par les
prêtres, qui se concertent probablement avec les
chefs ; il change de forme de vallée à vallée, de tribu
à tribu ; à chaque grande solennité, à la mort d’un
chef, un nouveau tabou est imposé, et les restrictions
qu’il impose sont souvent aussi rigides que singu¬
lières. Ainsi, l’enceinte des lieux sacrés, la maison
des chefs, les cases destinées à des festins particu¬
Pour

en

revenir

au

liers, les moraïs ou monuments funéraires, les
objets appartenant aux classes supérieures sont taboués pour les classes inférieures.
La tête de l’homme est tabouée, rien ne
on ne doit pas
femmes refuser de monter

au-dessus,

vire pour ne pas passer

placés au-dessous.

doit passer
la toucher; on a vu des

sur

la dunette d’un

na¬

au-dessus de la tête des chefs

les effets, les ustensiles d’un chef sont
les autres individus; ils ne peuvent y
loucher; si uh homme taboué se couche sur la natte
d’un individu non taboué, elle nepeut plus servir à ce
dernier pour dormir, il l’emploie-à un autre usage.
Les nattes,

taboués pour

Les

rigueurs dutaboupèsentpfincipalementsurles

femmes; elles ne peu vent pas entrer dan s les pirogues.
C’est pour cela qu’on les voit toujours arriver à la
nage à bord des navires. Elles ne mangent pas de
tous les aliments permis aux hommes; elles ne pren¬
nent

pas

leurs

repas avec eux,

tandis que céux-ci ont

�ou

toute
trent

NOÜKÀ-HIVA.

263

liberté d’action vis-à-vis des femmes. Ils

dans leurs cases, mangent

en¬

leurs jarovisionSj
s’emparent de leurs Ustensiles sans le moindre scru¬
pule.
A côté de ces tabous
particuliers, on voit des ta¬
bous généraux qui
empêchent de manger pendant
un certain
ternps de tel ou tel aliment : lorsque les

cochons deviennent rares, un tabou défend de les
ou de les
vendre, et il est fidèlement exécuté.

tuer

exemple delà rigidité dü tabou’ nous fut offert
M&amp;te-omo, le tayo Ûn lieutenant
Dubouzet, était convié à dîner; il mangea et but sans
scrupule jusqu’au moment où il vit servir des volailles
rôties ; aussitôt il se leva et ne
répondit aux questions
qu’on lui adressait que par les mots sacramentels :
Tabou, tabou. Il ne voulut reprendre sa place à table
que-lorsque le plat fut enlevé.
Dans nos courtes dans la
vallée, nous remarquions
aussi les regards mécontents
que les indigènes nous
jetaient Iprsque, en caressant leurs enfants, nous ve¬
nions à toucher leurs
têtes; les enfants eux-mêmes
nous
regardaient d’un air courroucé dans ces mo¬
Un

à bord de la Zélëe.

ments.

■

mariage des chefs est la cause fréquente de.
tabous bienfaisants qui'eimentent la
paix entre deux
tribus. Une fille dé la tribu des
Taipis ayant épousé
un chef de
Taïohae, tout l’espace de mer
Le

parcouru à la rencontre de

boué. Aucun combat
cette

ne

son

mari

pouvait plus

étendue, le tabou le défendait.

qu’elle avait

,

avait été talivrer dans

se

Cette défense

�Î^.ES MARQUISES

264

la durée de la vie de cette femme,sa mort-, car on supposait que
son esprit devait errer sur les lieux où elle avait vécu,
et qu’il tirerait une terrible-vengeance de toute in¬
fraction offensante pour sa mémoire. Un seul cas
avait le pouvoir de rompre ce tabou, c’était celui où
le chef aurait renvoyé sa femme, chez ses parents ;
alors l’effet des restrictions imposées devenait nul.
ne se

mais

limilait pas à

encore

survivait à

La couleur blanche est

que les lieux sacrés
de cette couleur. A

celle du Tabou

: on a vu

étaient entourés de banderolles

l’époque des funérailles, les ha¬
bitants se revêtent de blanc, et lorsque des collisions
avaient eu lieu avec les navires européens, l’envoyé

qui venait réclamer Ja paix, se faisait reconnaître

de tapa blanc, et la plante du Kava,
symbole certain d’un désir pacifique.
Cependant on remarque, dans les enclos où sont
cultivés les végétaux fruitiers, sur le tronc de quel¬
ques arbres, et dans les monuments funéraires, un
autre signe du Tabou; c’est une poignée d’herbes
sèches, dont nous ignorons le nom. On remarque
ces
signes dans plusieurs endroits; leur disposition
fait conjecturer qu’ils sont destinés à indiquer
la prohibition des objets alimentaires, d’un usage

par un morceau

ils serviraient à défendre
l’emploi des vivres offerts aux morts.
Un des plus puissants effets de l’efficacité du
Tabou se révèle à certaines époques de l’année, qui
amènent de grandes réjouissances dont la cause est
inconnue. Ces fêtes, nommées Kdika, sont-elles céhabituel. Dans les Moraïs,

�ou

lébrées

265

NOUKA-HIVA.

commémoration de

quelque événement
important, ou bien n’ont-elles lieu qu’au gré des
caprices de la population? Reviennent-elles périodi¬
quement ou à des époques indéterminées? c’est ce
qu’il est impossible de déterminer aujourd’hui; mais
un fait
certain, c’est qu’elles sont fréquentes ; cha¬
que vallée a la sienne, et pendant sa durée, un
en

tabou solennel défend de faire le moindre mal

étrangers qui viennent

aux

participer. Les habitants
époques ; à Taïo-Hae,
le lieutenant Gamble vit arriver une
pirogue double
de l’îlè Houa-Poou, conduisant plus de
quarante
naturels à ces réjouissances, illne trêve
générale
règne pendant ce temps, les tribus ennemies vien¬
nent sans crainte
participer aux plaisirs de ceux
qu’ils combattaient la veille, et qu’ils combattront
encore dans
peu de jours. Ils prennent part aux
repas et aux divertissements, pêle-mêle avec les
hommes de la tribu qui en fait les frais, mais ils
partent ordinairement la nuit du troisième jour,
temps que paraîtdiiniter leur sauf-conduit.. D’après
Stewart, ces fêtes, à l’une desquelles il a assisté,
ont lieu à
l’époque de la récolte des fruits à pain, et
à la ratification de la paix entre deux tribus.
Voici,
du reste, la substance du tableau qu’il a tracé de
y

des îles voisines affluent à

ces

réunions.

Le Talioua

ces

.

ou

théâtre

représentait

un

parallélo¬

d’environ vingt mètres de long sur une lar¬
geur de treize. D’immenses pierres, des quartiers
de rochers, d’un mètre d’élévation et de deux
gramme,

�ÎLES Marquises

266

de longueur, assemblés àvec une régularité
soin remarquables, eu égard aux moyens res¬

mètres
et un

indigènes, formait l’am¬
phithéâtre occupé par les spectateurs, assis sur un
espace pavé qui se développait tout autour de ce
treints de l’industrie des

mur.

voyait d’aütres pierres sur
bas; elles servaient de sièges aux indi¬
vidus chargés de faire résonner les tambours, c’était
la place d’une partie de l’orchestre ; l’autre portion
composée de chanteurs, au nombre de cent cin¬
quante environ, était placée sur la plate-forme
destinée aux chefs. D,ans le centre de cet emplace¬
En dedans du mur

un

,

on

niveau plus

ment se
sans

trouvait

un

terrain uni et battu

,

nettoyé et

pierres, ayant sept mètres de longueur sur
était destiné aux acteurs

quatre de large; cet espace

représentation.
Chaque village possède un emplacement pareil,
c’est un diminutif des cirques romains, il est uni¬
quement destiné aux plaisirs de la scène.
Les acteurs mentionnés par Sfe'vVart étaient au
nombre de trois, un. jeune homme de vingt ans et
de cette

deux enfants de dix-à douze

ans.

Tous trois étaient

longues touffes de cheveux
blancs, qui recouvraient leur tète, entouraient leurs
poignets ou pendaient au bout de l’étoffe blanche
qui leur servait de vêtement; comme dans,les céré¬
monies religieuses, lé blanc paraissait la couleur
adoptée. Les deux enfants se trouvaient à l’extrémité
du carré, et l’autre acteur au bout opposé. Leurs
bizarrement accoutrés de

�ou

mouvements

suivaient la
rent

fut

furent d‘aborcl gracieux et lents. Ils

mesure

bientôt'; la

des

tambours; mais ils s’animè¬
des chants s’accéléra, et ce
les plus rapides que

mesure

milieu des

au

967

NOÜKA-ftiVA.

mouvements

la danse sé termina.

Des chants succédèrent à cette scène ;

les femmes

sur un ton lent et monotone;
les battements de leurs mains indiquaient la mesure

joignirent leurs voix

accords sauvages,
d’harmonie.
de

ces

Personne

encore

qui n’étaient pas dépourvus

n’a recueilli les

chants ; souvent on y a

paroles de

ces

remarqué le nom de di¬
individus, et celui de certains objets; on
a
pu aussi se convaincre que les expressions de¬
vaient être très-libres, à en juger par les gestes ;
vers

mais toutes les observations

recueillies

se

bor¬

nent là.

d’assister, à bord de l'As^
chants des femmes noukahiviennes.
Assises d’abord sur deux fdes se faisant face, elles
On eut aussi l’occasion

irolabe,

aux

avaient entrelacé leurs

jambes et accompagnaient un
des mouvements de leurs mains
et des doigts,
qu’elles portaient à droite, à gauche,
en avant, avec une
rapidité qui semblait indiquer le
vol des oiseaux. Une d’elles paraissait guider l’or¬
chestre ; elle donnait fréquemment à sa voix une in¬
chant

en

chœur par

tonation

interrogative, à laquelle

ses compagnes

paraissaient répondre. Plus tard, elles frappérerit
dans le

creux

quable, et

ce

de leur main

avec un

ensemble

remar¬

bruit, si peu harmonieux par lui-même.

�268

ajoutait cependant

ÎLES MARQUISES

certaine énergie aux accords
troupe. Quelques mots re¬
venaient très-souvent ; céux qui suivent ont été sur¬
tout remarqués. Une femme criait à pleine voix :
Ariri, ar'iri, les autres répétaient en chœur ariri, le
mot était répété encore une fois, puis toutes en¬
semble prononçaient, sur un ton très-élevé,
Une espèce de récitatif à trois temps suivait d'or¬
dinaire ces grands cris, qui revenaient à chaque
une

monotones et lents de la

instant.

Après ce concert vocal, les beautés noukahiviennes donnèrent un échantillon de leurs talents
chorégraphiques, si toutefois on peut donner ce
nom à des
gestes hardis, exprimant des images li¬
cencieuses. Une des figui^es les plus compliquées de
cette danse consistait à former un grand rond ; une
femme se plaçait au cerifre et exécutait sur place une
pantomime expressive, en suivant la mesure deS
chants du reste de la troupe; ses compagnes répé¬
taient les mêmes mouvements en les imitant parfai¬
tement, puis elles sautaient lourdement, à pieds
joints, à la file les imes des autres. Lés chants conte¬
naient sans doute la signification de ces évolutions
qui restèrent un mystère pour nous.
Malgré la nudité presque-complète des indigènes,
le nombre de leurs ornements est encore considérable ;

mais, contrairement à ce qui a lieu chez les nations ci¬
vilisées, ce sont leshommes qui éripossèdentleplus.
Outre le tatouage, armoiries ineffaçables dont-la com¬
plication indique la richesse et la puissance tout aussi

�ou

bien que nos habits à la mode ou nos
les Noukahiviens ont
plusieurs objets
fort curieux-. Une étroite

uniformes,
de toilette

ceinture, de l’étoffe du mû¬
rier, forme leur unique vêtement dans les temps or¬
dinaires ; quelques-uns même s’en
dispensent, pré¬
textant, probablement que sous un climat aussi
chaud, on souffre si peu que l’on soit babillé; mais
dans les jours d’apparat, les guerriers ornent leur
front d’un panache'circulaire de
plumes ondoyantes ;
une visière ronde, couverte de
petits pois rouges
,

d’Amérique,
bois, divisé

tations de

entoure leur front ;

en

un

collier de

rayons, recouvert aussi d’incrus¬

pois rouges, entoure leur cou; des
plaques de bois minces, larges et peintes en blanc,
cachent les oreilles, ou bien des dents de cochons
curieusement travaillées, dont l’extrémité est ter¬
minée par une coquille polie (le cône
drap d’or),
remplissent la fente du lobe de l’oreille ; un collier d’os
humains coupés en petits fragments, et
présentant
en relief la
figure de J’atoua des batailles, atoua
difforme, dont l’énorme bouche semble menacer les
chairs des vaincus, vient pendre sur la
poitrine ; des
bracelets formés avec des touffes de cheveux,
trophées
sanglants conquis sur l’ennemi, couvrent les join¬
tures du poignet et du pied, et souvent entourent
la taille. De courts manteaux
blancs, laissant la
poitrine découverte,; flottent soulevés par la brise,
tandisquele guerrier marche à pas précipités, en por¬
tant sur l’épaule son lourd
casse-tête; de temps en
temps, il s’arrête pour tirer de la coquille d’un grand
,

�270

MARQUISES

ILES

triton, percé à sa pointé extrême, des sons rauques
prolongés, signal d’alarme compris par toute la

et

tribu.

Noukahivien apparaît
dans toute sa .majesté; ses niembres robustes^ sa
taille agrandie par sa nudité, lui donnent un asr
pect bien supérieur à celui d’un Européen. Ge n’est
plus le sauvage indolent et dégradé de la veille, il
est là dans toute sa force, dans toute son énergie ;
son œil brille d’un éclat remarquable ; .sa démarche
élastique donne la mesure de sa vigueur muscu¬
laire; il devient.imposant et redoutable, dans la
Dans

ces

moments

,

le

noble attitude de l’homme

rils du combat.

qui

va

affronter les pé-,

réunie à des
proportions de corps admirables, en contemplant ce
port hardi, l’expression terrible du visage, les posi¬
Souvent

en

voyant tant ‘d’élégance

tions heureuses des membres libres de toute entrave,

regrette de ne pouvoir reproduire exactement
l’impression que cette vue fait naître. C’est de nos
jours le plus beau modèle de l’homme primitif, de
l’homme guerrier, qu’on puisse voir.
Les vêtements des femmes sont moins compli¬
qués ; les touffes de cheveux, dépouilles sanglantes,
n’ornent pas leurs bras, le panache n’ondoie plus
sur leur tête ; leurs oreilles sont vides ; mais, en re¬
on

elles lissent leurs cheveux avec l’huile
qu’elles retirent de la noix de coco, elles les relèvent
sur le derrière de la tète, ou les laissent flotter sur
leurs cous. Un étroit bandeau , ou un turban nommé

vanche

,

�ou

NOUKA-HIVA.

271

palii ceint gracieusement leur front 5 un collier de
fleurs entoure leur cou, petit et flexible. Une courte
pagne descend jusqu’au genou et leur sert de robej
c’est le
fait d’une étoffe plus forte que le
pahi, dont la finesse admirable lui donne l’aspect de
,

la gaze.

complète le costume. C’est tout sim¬
pièce d’étoffe carrée jetée négligem¬
ment sur une épaule ou sur la
tête, cacbant sous ses
replis tout le corps, à l’exception d’un bras toujours
exposé à l’air. Mais cette tlernière pièce de l’habille¬
ment est rarement
portée ; elle ne sert que pour at¬
Un manteau

plement

une

ténuer les rayons du soleil ou pbur
cheurs du soir. Au premier abord,

abriter des fraî¬
la nudité de ce
peuple étonne l’œil des Européens; mais on s’y ac¬
coutume |»ien vite, et l’on finit
par reconnaître que
l’habitude influe beaucoup sur l’idée qu’on se fait de
la décence.

Les femmes donnent à leur
peau

des soins fré¬

quents, soins qu’elles partagent avec les hommes de
la classe des Hokis ou Kaioas,
qui, renonçant à la

gloire des guerriers, sont les véritables dandys de
la population. Une poudre
jaune, obtenue delà
plante nommée papa, est employée avec l’huile
de coco pour,
assouplir l’épiderme. Celte couche,
qui blanchit considérablement le teint, a une odeur
nauséabonde; il faut un long contact pour s’y habi¬
tuer. Cette
préparation est la principale cause de la
curiosité sou\ènt indiscrète que les femmes té¬
moignent, envoyant la blancheur de la peau des

�ÎLES M4UQIJJ8ES

Européens; elles la flairent de près, pour y chercher
qu’elles lui supposent. Souvent,
leurs recherches ne s’arrêtent pas aux mains et" au
visage ; elles demandent à voir les bras et la poitrine,
pour s’assurer que la peau a partout la môme cou¬
leur. Leur étonnement donne lieu parfois aux scènes
les plus comiques.
Hommes et femmes se baignent fréquemment ;
c’est dans les flots d’écume soulevés par le ressac
qu’ils cherchent un soulagement à la tempéra¬
ture élevée de l’atmosphère. Vers trois heures de
l’après-midi, le rivage est couvert de groupes assis
à l’abri des Pandauss, quittant, de temps à autre,
la trace de l’enduit

leur repos, pour se plonger dans une mer tiède;
c’est dans cette lutte avec l’eau que ces naturels dé¬

ploient une agilité, une souplesse, une vigueur peu
communes, et qui excitent l’admiration de leurs

spectateurs.

Les ruisseaux de la vallée

offrent aussi, près de

des baignoires artificielles, dont ils font
habituel. Les navires ont à souffrir quel¬

leurs cases,
un

usage

quefois de

est souvent

ces penchants aquatiques, car l’aiguade
envahie par une foule de baigneurs des

qui troublent la limpidité de l’eau, dans
laquelle ils plongent, sans la moindre retenue, leurs

deux sexes,

membres malades.

La coiffure des hommes est des

plus singulières;

ils portent leurs cheveux presque toujours divisés
sur le sommet de la tête, en deux petites touffes en¬

veloppées d’une bande d’étoffe, ce qui leur donne

�ou

NOUKA-HIVA.

273

exactement la forme de deux

petites cornes blanches ;
proéminences, jointes à la teinte noire du
tatouage, rendent l’ensemble On ne peut plus diabo¬
lique. Une portion considérable de la tête est rasée.
Autrefois les, coquilles remplissaient l’office des ra¬
soirs, mais aujourd’hui des instruments plus perfec¬
tionnés les ont remplacées.
L’usage des coquilles
s’est conservé cépendant pour la barbe. Les naturels
s’épilent une portion du visage, et du corps, et lais¬
sent ci’oître
capricieusement des bouquets de poils
ces

deux

le menton, en forme de barbe de bouc.
L’industrie ne se développe chez les

sur

raison de leurs besoins
habitants de Noukahiva

peuples qu’en
point de vue, les
ne.devraient occuper qu’une
: sous ce

place bien minime dans l’échelle industrielle ;
dant

un examen

tables
ments

attentif découvre chez

eux

cepen¬
de véri¬

prodiges d’art, lorsqu’on considère les instru¬
qui les ont accomplis.

Ces instrunients

petit nombre sont grossiers
sont faits; une
pierre
dure usée par le frottement, emmanchée sur un mor¬
ceau dé bois
CQudé, sert de hache^et de marteau;
avant l’introduction du fer, on
coupait le bois, on le dé¬
bitait en planches pour les
pirogues, ou on le façonnait
pour édifier la charpente de certaines habitations, avec
cet outil défectueux. Des instruments
pointus, faits
avecla nacre dès huîtres
perlières, servaient à perforer
le bois, tandis
que d’autres coquilles tranchantes, des
dents de requin disposées en scie, étaient
employées
pour graver les armes, pour les sculpter et les,polir.
comme

en

les matériaux dont ils

18

�ÎLES MARQUISES

274

restreints ont suffi longtemps à ce
peuple pour vaincre les difficultés de la construction
des cases, et celles bien plus grande's de la confection
des pirogues. Aujourd’hui, le fer apporté par les na¬
vigateurs a amoindri les obstacles ; Chaque Noukahivien possède au moins une hache, et le grand nom¬
bre de ces instruments lés-rerid déjà presque sans
valeur aux yeux des indigènes..
Le plus souvent les cases sont placées sur une
terrasse carrée, formée par de grosses pierres super¬
posées avec symétrie. Cette plate-forme, haute de un
mètre à un mètre cinquante centimètres, semble
avoir un double but : celui de garantir de l’humidité
du sol, et de l’invasion des torrents impétueux qui
descendent des montagnes dans la saison pluvieuse,
et ensuite, celui de fortifier ces demeurés contre une
attaque inopinée des ennemis. C’est Un faible obstacle,
il est vrai, aux entreprises nocturnes des rharaudeurs
en
quête de victimes humaines; mais c’est dêjà une
Ces moyens

moindre bruit peut donner
Une'poutre mobile,
entaillée de coclies profondes, sert d’échelle pour
arriver du sol dans la maison, dont l’accès’est dé¬

difficulté à vaincre, et le

l’alarme à là famille endormie.

fendu par une porte étroite, basse
Il faut s’accroupir pour la franchir.

et incommode.

mais leur
change pas. On en voit dont les dimen¬
sions dépassent vingt-cinq mètres, de longueur, sur
une largeur de deux métrés, d’autres n’ont que sept
mètres de longueur , trois mètres de largeur et deu.x
Toutes

forme

ne

ces cases

varient .de grandeur,

�Oir NOUKA-HIVAi

275

mètres et demi de hauteur ; leur construction n’offre
pas de grandes difficultés à vaincre ; elle est cepen¬
dant ingénieuse, et donne un abri
parfait pour le
climat.
Des poteaux

les quatre

supériéure

plantés dans le sol forment d’abord
coins de la charpente; à leur extrémité
une

entaille

cocotiers lisses et

sert à recevoir des troncs de

^minces qui forment la

de l’édifice. Le derrière de la maison est

que la

carcasse

plus élevé

partie antérieure à cause de l’inclinaison de
toiture, qui n’a qu’un versant, ce qui donne à ces
habitations l’asjDect d’une maison qu'on aurait
par¬
tagée en deux dans le'sens delà longueur du toit.
Sur les poteaux et sur lès troncs des
cocotiers,
d’autres pièces de bois léger sont posées transversale¬
ment ; elles sont liées à leurs extrémité
par des amar.
rages réguliers faits avec des trésses de fibres de cocos,
et le vide qui lessépare est rempli par des roseaux
serrés, qui laissent cependant circuler librement
l’air, dont l’action est si indispensable dans les cha¬
leurs du milieu du jour.
Pour achevèr la toiture, les constructeurs en¬
veloppent des perches avec les longues feuilles
du cocotier et du
Ckamœrops humilis, qu’ils plient
en
deux, et les poserit sur les cadres formés par
les poutres et les lattes
déjà mentionnées. Les feuilles
de la preniièrë perche recouvrent cellés de la
seconde,
et ainsi de
suite; le toit déborde un peu les parois
de l’édifice, et les
préserve parfaitement de la
pluie.
:
■
la

,

�ÎLES MARQUISES

276
Un

OU

deux trous carrés

ménagés dans la cloison,

fois d’entrée et de fenêtres ; une pprte de
sert aies clore hermétiquement, et le peu

servent à la
roseaux

jour qui entre par ces ouvertures,

de

laisse régner

demi-obscurité favorable aux
mœurs indolentes des indigènes, et qui éloigne les
mouches, fléau insupportable des climats chauds.
Un tronc d’arbre bien sec, bien poli et bien net¬
toyé, est posé à terre contre la pàrdi .la plus élevée ;
un autre tronc semblable est disposé de la même
manière, à un mètre cinquante centirnètres:environ
du premier, à peu près au milieu de la case. Dans
dans l’intérieur une

qui les sépare, une couche d’herbes sè¬
odoriférantes, forme un matelas sur lequel

l’intervalle
ches et

grossièrement faites complètent le luxe
mollesse du lit commun de la famille; la pre¬

des nattes
et

la

mière poutre

remplace l’oreiller, la

seconde sert

d’appui aux pieds. C’est sur cette couche grossière
que les hommes, les femmes et les enfants se livrent
pêle-mêle au sommeil.
Dans les

coins, des cocos secs

dont

on

extrait

l’huile, des calebasses, de petites auges en bois où
se conserve la pâte aigre du fruit à pain , et quelques
autres

ustensiles

Les armes sont
sous

lit,

sont les

n’y a pas d’habitant aujourd’hui qui
fusil, bon ou mauvais, placé près de son

la main. Il

n’ait un

seuls meubles du ménage.
suspendues de manière à les avoir
,

V

Noukahiviens ont le soin de ne pas allumer
de feu dans la case où ils séjournent ; un petit ajoupa.
Les

�ou

Ni)UKA-HiVA.

placé à quelques pas de distance, est consacré à cet
usage ; près de cette cuisine rustique on voit aussi de
grands trous creusés dans le sol, qui servent à con¬
server la pâte du fruit à
pain cuit ; de grosses pierres
recouvrent ce réservoir alimentaire
et le font re¬
,

connaître.

végétaux sont la base principale de l’alimenta¬
et les poules
sont réservés pour les festins des jours de
fête, ou
pour la table des chefs opulents. Le poisson n’est
pas d’un usage constant, à cause des moyens défec-.
tueux employés par les pêcheurs. Le fruit à pain sa-*
tisfait presque à lui tout seul aux besoins de la popu¬
lation qui le mange à l’état frais oü conservé, en
forme de pâte qu’elle nomme invariablement popen.
Ce mets a l’apparence d’une bouillie jaunâtre et
épaisse; son goût est douceâtre lorsqu’il est fait
avec des fruits à pain à l’état frais, mais il devient
aigrelet et légèrement piquant, lorsqu’il provient
d’une préparation déjà ancienne des mêmes fruits.
La conservation du fruit à pain demande quelques
manipulations, à l’époque delà maturité. Il est alors
posé sûr un- feu constamment alimenté ; une épaisse
fumée s’exhale des fruits qu’on grille, et dont la peau
Les

tion des Noukahiviens. Les cochons

,

noircit

au

contact de la flamme. L’écorce et le cœur,

trop durs pour être mangés, sont enlevés, à l’aide
d’un instrument tranchant fait avec des coquilles, et

présente une substance tendre, spongieuse,
malléable, et assez fade au goût. Cette substance,
placée dans une auge, subit une trituration complète,
le reste

�ÎLES MARQUISES

278

d’un pilon de bois ou de pierre, après quoi
l’enferme dans des trous circulaires, creusés
dans le sol à une profondeur d’un moire et plus, et
au

moyen

on

soigneusement tapissés par de
larges feuilles de bananiers, destinées à préserver
la pâte du contact du sol. Lorsque le trou est
plein, oh le recouvre de terre et de pierres, et à
dont les bords sont

chaque repas on en retire là quantité de pâte-néces¬
saire pour faire la popoï. Elle est de nouveau triturée
avec des bananes, des noix de cocos râpées, des pa¬
tates douces
ou d’autres racines
avant d’être
mangée.
'
Les bananes sont aussi enfouies dans le sol pour hâ¬
ter leur maturité ; en effet, peu de jours suffisent alors
pour Jaunir un régime tout entier,,et pour le rendre
excellent. Ce fruitprécieux joue aussi un grand rôle
dans les repas des indigènes ,, dont il est en quelque
sorte l’unique dessert. Le taro, l’igname, la patate
douce, etc., subissent l’action du feU avant de se
mélanger à la popoï,'mais le poisson se mange cru,
Les Noukahiviens se contentent de le tremper dans
,

la popoï, et l’avalent ensuite.
La cuisson des viandes a lieu
commun

à toute l’Océanie, et

d’après le mode

décrit par tous les

fait chauffer des pierres à un feu ar¬
dent, on les place ensuite dans un trou creusé dans
la terre, on y met le dochon qu’on veut cuire, en¬
veloppé de feuilles, et on enterpe ,1e tout pendant le
temps nécessaire à la coction,. Les viandes appr^ées de cette façon ont une saveur parfaite.

voyageurs ; on

�279

NPUK.A-HIVA.

ou

huoiains sont cuits de la même

Les

corps
nière.

ma¬

des chefs sont naturellement les

plus
d’autres plus grandes
encore et d’une construction plus
soignée : ce.sont
celles qui.sont destinées à certaines réunions dont
le but n’est pas ençore'bien connu. Elles sont ré¬
servées à la classe supérieure, et leur entrée est
tabou pour les individus qui n’ont pas un droit ac¬
quis de s’y rassembler. Les femmes ne jouissent pas
non plus, du privilège d’en dépasser l’enceinte, ex¬
cepté dans certaines époques, où "une ou deux
d’entre elles participent aux festins de cette société,
qui deviennent alors très-licencieux. .
Les

cases

belles, mais-

Un de

ces

on en remarque

édifices

se trouve

dans le haut de la val¬

diffère pas des autres cases, sous
beaucoup de rapports. Les colonnes de la charpente
lée des Tais

sont

,*

il

ne

sculptées ; elles représentent l’image commune
^ c’est sans doute un signe de con¬

à tous les Atouas

sécration.

Peut-être est-ce aussi dans

enceintes que

s’ac¬
de chair humaine, avec une
pompe et avec des cérémonies qui n’ont encore été
décrites par personne. Tout ce qu’on sait c’est que

complissent les

ces

repas

,

le Kava

se

lieu. Cette
hautement

boit

avec une

certaine solennité dans

ce

liqueur, dont les qualités enivrantes sont
appréciées par les chefs, est obtenue de

la manière suivante
Des personnes

racine du -Kata

:

des classes inférieures mâchent la
{ Piper mèüsticum ), et la crachent

�ÎLES MARQUISES

280

ensuite dans
on

un vase en

bois. On

verse

ejisuite de

vase, et lorsque le mélange est à point,
le sert dans des noix de cocos, qui passent de

l’eau dans

main

ce

main. Cette

liqueur est blanchâtre, son
goût est piquant, ses effets sont prompts. Elle pro¬
duit une ivresse qui rend presque stupide et qui a
horreur du moindre bruit..Elle détruit l’appétit, et
en

conduit à

un

état de torpeur presque constant. La

peau des buveurs se couvre d’écailles blanches, leurs
nerfs s’affaiblissent, et sans doute ce breuvage hâte la
fin de leur existence.

Joseph Cabri et Roberts fai¬
partie de ces réunipns;.ce dernier exprimait
de vifs regrets d’y avoir été admis, quoique ce
fût un grand honneur aux yeux des Noukabisaient

viens.

plus difficile pour des sauvages
pirogues. Cette indus¬
trie n’est pas très-avancée à Noukahiva, ou plutôt
elle a subi la décadence qu’on remarque dans toute
l’Océanie. Il semble que la vue des perfections des
navires européens a dégoûté ces peuples de continuer
La construction la

estinconléstablement celle des

leur ancien mode de travail.

pirogues ordinaires, qui servent pour la pêche,
petites, et leur largeur ne dépasse pas soixantequinze centimètres ; leur profondeur est un peu plus
considérable. Mais les dimensions des pirogues de
guerre sont un peu plus grandes, et leur construc¬
tion présente quelques différences.
Ces dernières sont étroites, longues et
profondes;
les mesures de ces pirogues varient depuis six mètres
,

Les

sont

�NOUKA-HIVA.

ou

‘281

jusqu’à quinze au plus pour la longueur, et cinquante
à soixante centimètres pour la largeur, quelquefois
plus, et environ un mètre de profondeur. Un balan¬
cier, formé, par une grosse pièce de bois assujettie
par des liens à trois ou quatre traverses, leur donne
la stabilité nécessaire; le fond de la pirogue est ordi¬
nairement composé d’un seul tronc d’arbre creusé
avec soin, mais les
plats-bords, les bancs des pagaieurs, sont formés par des planches étroites et
mincés, attachées les unes aux au tres par des fibres
de

coco.

La bourre de ces fruits sert aussi à boucher

les fentes des

bordages, mais très-imparfaitement ;
ces embarcations, de manière
constammentl’emploi d’un homme pour

l’eau s’introduit dans
à nécessiter

la vider.

.

est basse J elle projette sa pointe à petite
distance de la mer et,présente ordinairement à son
La proue

extrémité

sculptée; son contour est aussi
siège carré la surmonte :
il est sans doute réservé au chpf ou au guerrier qui
conduit l’attaque ; sur l’arrière un* siège semblable
indique la position de l’homme qui gouverne la piro¬
gue. Dans les occasions d’apparat, ces deux sièges
sont ornés de palmes vertes, arrachées aux cocotiérs
du rivage, et les hommes qui s’y placent revêtent
leurs plus riches ornements.
Les diverses parties de la pirogue ont différents
propriétaires : le balancier, les bancs, les pagaies,
chaque fraction de ce tout, appartient à celui qui l’a
confectionnée. Il arrive souvent de retrouver éparses
une

tête

orné de divers dessins. Un

,

�.282

ÎLES MAUQÜISES

dans lés eabanesy

les diverses pièces qu’on a vues pré¬

cédemment sur l’eau.

pagaies ont ordinairement de un mètre vingtcinq à un mètre trente centimètres de hauteur; elles
sont terminées en pelle vers l’extrémité destinée à
frapper l’eau. Les Noukahiviens les tiennent à deux
mains, et les plongent perpendiculairement dans la
Les

mer.

Cette manière de s’en

servir demande des efforts

continus, qui donnent uiie grande .célérité à la mar¬
pirogue, conduite par une dizaine de
naturels unissant leurs mouvements dans un ensemble

che; Une belle

parfait, sUr la mer paisible d’une baie pittoresque,
dés plus jolis spectacles qù’on puisse voir dans

est un

lès scènes de la vie sauvage.
Des crânes enlevés aux ennemis^

décorent quel¬

quefois l’avant de ces embarcations. Ces ossements,
blanchis par le temps, sont t)izarrement ornés : l’or¬
bite de l’œil est rempli par un morceau de nacre,
sur lequel un point noir simule la prunelle ; la cavité
du nez est bourrée avec du bois, de manière à pro¬
duire Un nez factice ; et, au-dessous de l’arcade zygo¬
matique , de chaque coté des mâchoires, de longues ‘
dents dé cochons avancent leurs pointes recourbées.
Des touffes de cheveux, noires ou grises, sont suspen¬
dues à ces débris, qui témoignent de la valeur de
celui qui les possède. Les cheveux gris surtout pa¬

raissent très-estimés.
Les

armes

des Noukahiviens comprennent

deux

espèces de casse-têtes
l’un, haut de. un mètre
soixante centimètres, est terminé par un renflement

�283

NOUKA-HWA,

ou

orné de deux

figures sculptée^s en relief 5 c’est une
pesante qui demande une grande vigueur pour
manier. Le second casse-tête est de forme plate,

arme

la
et

il est moins lourd. Le

premier est destiné sans
frappe,

doute à écraser d’un seul coup la tête qu’il
tandis que le second est plus apte à blesser
tranchant.
Une

par son

■

longue lance, dont la pointe est unie ou bar^

beléé, est destinée à atteindre l’ennemi dans les com¬
bats corps à corps, tandis qu’une sagaie plus
légère
se lance de loin et va briser son exitrémité dentelée
dans

une

plaie qu’elle envenijpe,

■

frondes sont faîtes avec les fibres du cocotier;
elles se terminent par une tresse plate qui sert de sac à
Les

la

pierre, qu’elles projettent à une grande distance.
Nous avons parlé des ornements d’os
humains, es^
pèces d’amulettes dont les guerriers entourent leur
cou ; la sculpture uniforme
qui les recouvre sereproduit sur les manches des éventails et sur de
petites
statuettes, rares aujourd’hui, qui paraissent être la
représentation des dieux lares., protecteurs de la far
mille.

„

Les éventails sont

un

,

des

plus jolis produits de

l’industrie de ce peuple, plats, dé forme semi-circu¬
laire, souples et légers , blanchis par une couche de
chaux, ce sont des instruments gracieux dans les
mains des vieillards. Les vieux chefs en sont
toujours

pourvus, ainsi que

noir, surmonté

d’un long bâton en boisidur et
par une toutfe de cheveux soigneuse^

ment .serrés dans nn

eorden. A voir

l’importance et

�'284

ÎLES MARQUISES

hommes dans cet attirail, on dirait
que, pour eux, l’éventail est leur sceptre, et le bâton
qui soutient leurs pas, un bâton de commandement.
Nous avons vu deux statuettes en bois, représen¬
la

gravité de

tant

un

ces

homme endormi et

un

oiseau de mer; mais

sculptées, si Joliment faites,
qu’on doit douter de leur origine ; elles sont proba¬
blement dues à l’industrie de' quelque matélot dé¬
serteur, dont l’adresse est façonnée de bonne heure
elles étaient si bien

à tous les métiers.

indi¬
gène se trouve dans les échasses, composées de deux
pièces distinctes, d’un bâton et d’un marche-pied;
c’est dans la structure de ce dernier qu’on observe
une perfection et un fini remarquables. Ils sont for¬
més par une figurine supportant un morceau de bois
recourbé de la largeur dü pied qui s’y appuie ; ces
instruments ont longtemps étonné les voyageurs;
on les attribuait d’abord à un simple but d’amuse¬
ment ; mais il paraît aujourd’hui certain qu’ils sont
nécessités par les inondations des torrents qui, dans
les saisons pluvieuses, courent à la mer en débor¬
Le véritable chef-d’œuvre de

la sculpture

dant de leurs lits.

La fabrication des étoffes nommées tapa

demande

de travail; elle a lieu au moyen d’un battoir can¬
nelé, de forme quadrangulairë. L’écorce du mûrier à
papier est mise dans l’eau pendant un certain temps,
peu

puis elle est battue sans relâche jusqu’à ce qu’elle de¬
vienne assez mince et assez grande pour former un
vêtement. L’épaisseur de ces étoffes varie; on super-

�ou

NOUKA-HIVA.

285

plusieurs écorces pour en augmenter l’épais¬
ou bien on frappe jusqu’à ce qu’elles aient
atteint la ténuité désirée. La tapa
qui est destinée à
envelopper la tête est la plus difficile à confection¬
pose
seur

,

ner, en

raison de

son

extrême finesse.

Les vieilles femmes sont

chargées ordinairement
les voit sur les bords des ruisseaux
accomplir leur tâche bruyante. Dans un jour, elles
peuvent facilement produire trois grandes pièces
de

ce

travail ; on

d’étoffe.

Les instruments de

pêche sont les seuls qui nous
se
composent, d’une lance
dont l’extrémité est garnie de plusieurs
pointes bar¬
belées et de lignes, de pêche en tresses de cocos,
garnies d’un hameçon en nacre de perle.
I
Cet hameçon est ovale ; sa pointe est très-grossière
S
et elle varie de
grosseur selon le poisson auquel il
i est destiné; on en voit de grands comme la main
pour les requins , et de tout petits; quelquefois la
substance de ces instruments imparfaits est retirée
d’un os humain; ils sont alors plus
pointus, leur
forme n’est plus ovale, elle est anguleuse; mais
ces derniers sont
rares, et en général ils paraissent
peu usités; les naturels préfèrent l’emploi d’un
moyèn de pêche plus sûr; ils plongent sous l’eau et
répandent au fond une substance végétale (Inophyllmn
Chllophyllum) qui enivre le poisson, et rejette à la
surface une proie facile à saisir.
Ce qui précède résume les notions
qu’on possède
jusqu’à ce jour sur les mœurs et l’industrie des
restent à examiner. Ils

,

�ÎLES MARQUISES

286

leur organisation sociale est encore
rudimentaire, aucune loi ne règle les
limites de la wlonté de l’individu ; une seule cou¬
tume, qui tire sa puissance delà superstition, pro¬
hibe ou tolère l’exercice de certains droits, l’emploi
de certains objets; c’est à cette règle puissante que
les chefs doivent la conservation des propriétés héré¬
ditaires qui sont leur unique moyen d’influence sur
leurs sujets; peu disposés à laisser entraver leur li¬
Noükahi'vïèns ;
dans

état

un

,

berté d’action.

La guerre est la suite d’une grave injure ; là
relle dé l’homme devient celle de la tribu, et

c’est

l’anthropophagie. C’est le désir de satisfaire

une

dans cette animosité

que¬

qu’il faut chercher l’origine de

jusqu’au bout, qui a amené ces repas
monstrueux, non moins peut-être que les moments de
famine dans lesquels le plus fort attaque le plus
faible, et satisfait ses besoins en le mangeant ;
dans certains naufrages, on a vu la même cause pro¬
duire un effet analogùé chez des hômmes civilisés.
La faim est un puissant moteur, lorsque aucun autre
obstacle que le sens moral ne s’oppose au meurtre.
Cependant, nous croyons que Krusenstern, si mal
disposé envers les Noukahiviens, a exagéré beaucoup
la férocité de leur caractère, en les représentant
comme des êtres essentiellemieht mauvais
qui dans
les temps de disette, massacrent leurs femmes et leurs
enfants pour s’en repaître. Non, le sauvage noukahivien peut bien, dans ses mauvais jours, tuer un en¬
nemi et le dévorer; mais chez lui les affections de
vengeance

,

�ou

famille sont

287

N0UK\-H1VA.

réelles, et si jamais de pareils attentats

ont été commis

ils forment
exception dans leurs mœurs *
,

A côté de cette

sans aiicun

organisation sociale,

constitution de famille

non

doute

une

,

on

voit

une

moins défectueuse. La

libre; elle choisit en quelque sorte de son
plein gré celui qui sera son époux, pendant un temps
plus- ou moins limité ; ut, à l’opposé des peuples de
l’Orient, l’homme n’a plus de harem, c’est la femme
qui jouit dé ce privilège. Comme chez les anciens
Bretons, on voit des ménages où les mâris habitent
ensemble dans une harmonie complète, harmonie
bien rare partout ailleurs dans des cas semblables.
On ne doit pas en inférer que les enfants sont dé¬
laissés; au contraire, l’infanticide, si commun aux
îles Sandùich et à Taïti, ne paraît pas avoir été
ja¬
mais pratiqué à Nookahiva.
femme est

L’affection mutuelle des mem*bres d’ulie même fa¬
mille ne saurait non plus êfre
révoquée en douté.
On voit des lai'mes couler des yeux

des hommes qui
s’éloignent pour quelque temps; ou qui se revoient
après une longue absence. Ils se pressent les mains
et les bras, sé saluent-en frottant leur nez l’un
contre l’autre, et â’attêndrissent au souvémr de leur
séparation. Stewart a vu une manifestation irré¬
cusable de la force de cette affection. Dans

une case

de la tribu de

Houmi, on lui montra les parents d’un
homme enlevé par un baleinier américain. A son as¬
pect, des larmes coulèrent : la vue du mission¬

naire rappelait le rapt commis par ses compatriotes.

�ÎLES MARQUISES

288

C’est ici le lieu de mentionner la conduite

de certains

infâme

navigateurs ; ils ont soulevé dans toutes

bien lé¬
gitime, dont leurs successeurs ont quelquefois été vic¬
times. On cite l’exemple d’un capitaine qui s’empara
d’un chef, le fit attacher par les poignets à un mât,
et le laissa dans cette position douloureuse, jusqu’à
ce qu’on lui eût apporté un certain nombre de co¬
chons. Qu’en résulta-t-il? une embarcation de
son
navire eut deux hommes tués par une dé¬
charge de coups de fusils. Après de pareils faits, on
s’étonne de ne pas avoir à énumérer un plus grand
nombre d’actes de représailles sanglantes; à notre
les îles de l’Océanie

un

besoin de vengeance

connaissance, le massacre de ces deux Européens
sur Nouka-Hiva, celui de l’équipage d’une embar¬
cation américaine sur Hiva-Oa, mentionné par

rioiiuefeuille, et la catastrophe mentionnée dans le
commis par
le funeste
événement qui a privé notre màrine de deux officiers
distingués.
Les enfants noukahiviens sont soignés pendant

récit de Porter, sont ies seuls meurtres
les habitants de cet archipel, avant

âge avec une tendre sollicitude, mais dès
qu’ils ont grandi, ils errent en liberté, concourent
leur bas

aux

pèche ou à la récolte des fruits,
qu’enfin iis aient atteint l’âge où ils se

travaux de la

jusqu’à

ce
marient.

particulière ne signale cet en¬
n’est quelquefois un repas où les

Aucune cérémonie

gagement , si ce
membres des deux familles

se

réunissent. L’homme

�ou

et la

femmç

dit. Leur

lieu.

NOUKA-HIVA.

289

plu, ils s’unissent et tout est
ménage est prêt aussitôt que leur union
SC sont

Cependant le refus des parents a empê¬
quelquefois la conclusion des mariages; des

a eu

ché

enlèvements

ont

tribu à

été suivis de guerres cruelles de

tribu, mais ces cas sont rares, car les jeunes
lilles jouissent d’une liberté
illimitée; aucune entravé
ne gêne leurs
penchants, peut-être môme ne sontelles pas assujetties à une
règle plus sévère quand

elles

mariées, comme on nous l’a assuré. Dans
Taïo-Hae, toute retenue à cet égard avait
disparu, si jamais elle a existé ; le contact des ma¬
rins qui fréquentent ce
port, a eu une grande
sont

la baie

influence

les

déjà dévergondées de la
population; le langage même s’en est ressenti, bien
des mots anglais ont pris
place dans le dialecte parlé
sur

mœurs

dans la baie.

définitive, la population noukahivienrie pïàrcbe
décroissance rapide ; ce fait est
déjà constaté
depuis plusieurs années.'Les armes à feü ont eu des
En

à

une

résultats funestes.
LecontactdesEuropéens
des effets nuisibles

aproduit

mais on doit espérer que, sous
une administration
régulière, ces maux cesseront
d’avoir leur cours, et que l’habitant
primitif ne dis¬
paraîtra que pour faire place à une population de
;

métis richement constituée.
Les Noukahiviens font de bons matelots
;

plusieurs
déjà fait de longs voyages ; un jour,
peut-être, ils pourront présenter un supplément de
d’entre

eux ont

marins à

nos

armements.

-•

r\
X V/

�ÎLES MAUÜViyES

290
Le

langage des Noukahiviens est doux ;

presque

entièrement composés de

leurs mots,

voyelles, n’em¬

ploient que quelques consonnes. Les lettres P, T,
M, N, reviennent fréquemment, ainsi que des sons

alphabet ne peut rendre, et qui forment
aspirations gutturales, mais assez douces. Nous
nous proposions de joindre à notre œuvre un voca¬
bulaire des mots les plus usuels ; mais ayant appris
que notre

des

queM. Lesson, cliirurgien-major du Pylade, allait
publier celui qu’il tient des missionnaires établis à

qu’il était préfé¬
à ce travail plus complet que n’eût

Nouka-Hiva, nous avons reconnu
rable de renvoyer

été le nôtre.
Le mode de compter le temps à Noukahiva
lui du jour et de la nuit ; le jour se divise en

popo-oui.. en

est ce¬

matin,
milieu du jour, oiiatea, et en soir, ahi-

ahi.Les retours des pleines lunes forment

des périodes

qui ont les noms particuliers qui suivent :
Omoa, Ouameliaou, Opolie, Ouapea, Mqldiki, Tououameatakeo, Takouna, Oe liouo, Mdinàihea, Avamanou ,

de temps

mois lunaires for¬
peu près l’époque qui sépare le commence¬

Ouùvea, Oelioua,
ment à

Aveo. Ces treize

pluies de chaque année ; c’est
sans doute à ce phénomène périodique , ou à la pre¬
mière floraison de quelques plantes, que le com¬
mencement de l’année a été fixé chez les sauvages.
En 4836, le premier mois lunaire Ouaoa correspon¬
ment

de la saison des

près à celui de janvier de notre calendrier.
jours des mois lunaires a
une désignation spéciale, que nous donnons ici :

dait à peu

Chacun des noms des

�ou

291

NOUJi-A-HIVA.

1 Timoui.

16Ohotouaue.

2 Tou-hata.

17 Otouou.

3 Hoata.

18 Oamoa.

4 Mahama-tahi.
5

Mahama-vaena.

6

Mahama-hapaou.

19 Ometohi.
20 Oekaou.
21

7 Kokoe-tahi.

22

8 Kokoe-vaena.

23

9

24 Ohotx)uaïva.

Kokoe-hapaou.

10 Oaï.

...

.....

?5 Tanaou-tahi.'
26 Tanaovj-vaena.

11 Ohouna,

12 Onehaou.

27

13 Ohoua.

28 Notani.

14 Oatoua.

Tanaou-hapaou.

29 Onounoui.

15 Ohotounoui.

30 Onamata.

,

Pendant le dernier voyage

des corvettes l’Astrolabe
spéciale a été confiée à M. Dumoutier, cliirurgien à bord de l’Astrolabe. Elle avait
pour but d’appliquer la phrénologie à l’étude de This»
loire naturelle de l’hoipine, dans les divers
pays devant
être visités par l’expédition.
L’intérêt qui semble s’être attaché aux
résultats,
et

la Zélée, une mission

non

publiés

velles

(1),

encore,

de

ces

recherches

toutes

nou¬

fait penser que quelques-uns de nos
lecteurs verraient, avec intérêt, la note suivante
qui
résume les observations de ce genre faites sur les
naturels de l’archipel de Nouka-Hiva.
nous a

(1) Foir le n* 13 des Comptes rendus hebdomadaires des séances
sciences, t. XIII, 1841, rappoi't de M. Serres
et celui de M.
Ducrptay de Blaiaville.

de l’Académie des

�ÎLES MAU'QUISËS

292

Bien que nous ne partagions pas les opinions
émises dans cette notice, pour l’appréciation de la¬

quelle nous déclarons notre incompétence, nous la
donnons sans réflexion aucune, telle qu’elle nous a

été

communiquée par son auteur, en lui en laissant
responsabilité.

toute la

plirénologique et ethnologique sur les naturels de
l’archipel Nouka-Hiva, par M. Dümoutier.

Notice

La forme de la

[tête des Noukahiviens est généra¬

lement oblongue d’avanten arrière, et légèrem en t com¬

primée sur les côtés ; les sutures frontales et interparié¬
tales sont, chez la plupart, saillantes , et donnent au
sommet de la tête l’appai’ence d’un toit de cabane. Le
front est bordé inférieurement par des saillies sour¬
cilières très-prononcées, et en dehors par des crêtes
osseuses temporales aussi très-accentuées. Ce front est
peu élevé ; sa distance à une ligne qui passe par les
deux orifices auditifs, est jibis courte que celle qui
sépare cette ligne des parties occipitales ou posté¬
rieures. De cette disposition, on peut en toute certi¬
tude inférer que. le plus grand développement du
cerveau a lieu dans les parties postérieures, et qu’ici
l’intelligence est asservie aux instincts. Ce n’est pas
que je prétende que ces insulaires ont peu d’intelli¬
gence ; je m’expliquerai bientôt sur ce point : je dis
seulement que l’activité intellectuelle est chez eux in¬
férieure à leur activité instinctive.
Chez la

plupart des hommes et des femmes, bn

�ou

29n

NOÜKA-IÜVA.

peut remarquer la saillie et la largeur de la nuque,
indices du grand développement du
cervelet, et de la
grande influence de cet organe dans toutes leurs

érotiques.

coutumes

Le

grand volume de la région occipitale supé¬
rieure, où siègent tous les organes des" penchants
qui unissent les individus et les familles dans les
liens d’une étroite amitié,
témoignent aussi en fa¬
veur de la
grande activité de ces impulsions instinc¬
tives chez les hommes, et
plus particulièrement
chez les femmes de Nouka-Hiva. Bien
que chez
les personnes des deux sexes non
casées, ou libres
d’engagements conjugaux, le caprice le plus frivole
puisse motiver les intimités amoureuses, et que l’in¬
constance en amour n’ait
pas la moindre importance,
cependant l’attachement amical, l’amour filial, l’a¬
mour fraternel sont
portés jusqu’au dévouement.
Toutes les relations intimes de la
famille, tou¬

tes les

de

ses

relations établies entre elle

membres

ou

quelqu’un

étranger, sont remarqua¬
prodigalité de soins, d’égards, de ca¬
qui rend l’hospitalité de ce peuple douce et
et un

bles par une
resses,

attrayante.

Que celui

qui

maine les indices

ne

saurait

pas

lire sur

phrénologiques de

une

ces

tête hu¬

belles qua¬

lités, se pénètre de la forme de la tête d’une femme
aimante, affectueuse et dévouée, et il comprendra la

forme de la tête des femmes de Nouka-Hiva.
Bien que

la distance qui sépare la base de la voûte
médiocre, et que cette disposition soit

du crâne soit

�ÎLES MARQUISES

294.

l’indice d’un faible

développement des organes des

les Noukahiviens
généralement révérencieux pour les vieillards;
ils ont beaucoup d’égards pour leurs femmes et ils
honorent la mémoire des morts, eii rendant uil vé¬
sentiments de vénération, cependant
sont

ritable culte

au

du développement des
organes des facultés intellectuelles, la tète de ces in¬
sulaires est encore remarquable par la proéminence
des, organes des facultés perceptives sur ceux des fa¬
cultés réflectives, disposition qui donne à leur front,
vu de profil, un aspect presque fuyant ^ bien que, vu
de face, il paraisse élevé à cause de sa nudité. C’est
à la calvitie factice des Noukahiviens ( ils se rasent
les cheveux du devant de la tête) ; c’est à cette appa¬
rence trompeuse qu’il faut attribuer une erreur com¬
mune à quelques voyageürs qui ont dit en parlant
des naturels : Leur front est haut. Non i chez la plu¬
part des naturels de ces îles, le front ne présente
que peu à'élévation et que peu de profondeur; dispo¬
sition qui est due chez eüx ail faible développement
des organes des facultés réflectives, ainsi qu’au trèsmédiocre volume des organes de la bonté,
d^ la com¬
passion, de la douceur.
Il est incontestable pour moi que ces derniers or¬
ganes sont beaucoup plus-grands, plus apparents
fchez les femmes que chez les hommes de ces con¬
trées et cette particularité est parfaitement en rap¬
port avec la même diflërence de caractère dans les
Considérée

•

Moraï.

sous

,

,

deux

sexes,

le rapport

�Oü

Quant à
avons-nous

NOüKA.-mVA.

295

riiiLcilligence des Noukahiviens, elle est,
dit, assujettie à la prépondérance des

instincts, et elle s’applique plutôt aux idées maté¬
rielles qu’aux idées abstraites. En effet/elle est, et
ne peut être
qu’én rapport avec leurs besoins ha¬
bituels. Or, ces besoins sont tous suscités pour
la satisfaction des impulsions de la vie matérielle;
iis ne s’exercent que sur tes objets du monde exté¬
rieur, et, poui’ le Noukahivien, l’abstraction ou
l’idée abstraite n’est que très-secondaire, sans
portée pour lui qui h’en connaît pas encore les avan¬
tages, et qui n’en éprouve pas le besoin. C’est que
ces avantages et ces besoins
appartiennent à un
mode d’existence auquel il n’est pas encore parvenu.
Aussi, les organes intellectuels les plus exercés
chez lui sont-ils ceux des perceptions; et, il faut le
dire en passant^ chez lui comme chez tous les peu¬

ples non civilisés, ces geCceplions sont incomparable¬
plus viveset plus nettes que chez l’homme civi¬

ment

lisé. Chez ce dernier elles sont plus nombreuses et plus

variées, mais aussi plus confuses et plus passagères.
L’écriture, qui lui devient indispensable pour fixer,
transmettre ou reproduire les innombrables percep¬
tions dont il a enrichi son intelligence, cet immense
bagage de signes conventionnels est inutile et inconnu
à l’homme non civilisé; Ses diverses mémoires Suffi¬
sent à ses besoins : aussi, n’est-ce
qué très-exceptionnellement et très-ràrenient qüé l’on voit appa¬
raître dans les nations naissantes quelques organisa¬
tions cérébrales transcendantes, soi'tes de sentinelles

�il.ES MAROüISES

296

l’inteiligence humaine, véritables flam¬
providentiels qui l’éclairent.
La tête des Noukahiviens adultes, est générale¬
ment forte, bien proportionnée à leur stature, et
parfaitement significative de leur constitution ro¬
buste et de l’âpreté de leur caractère. J’ai sous les
yeux plusieurs de ces têtes ; elles sont remarquables
par la similitude qu’elles présentent entre elles , sous
plusieurs rapports, et particulièrement dans leur
avancées tle
beaux

,

structure osseuse.

Le tissu de leurs

os est

serré,

pesant, compact, presque éburné. Toutes les sail¬
lies musculaires, toutes les empreintes sont for¬
tement accentuées-, une seule de ces têtes est un peu

les autres ; les parois du crâne y
peuplus minces. Sur toutes, les dents sont for¬
tes
très-blanches, et très-régulièrement disposées.
Cesitêtes sont encore remarquables par le travail que
leur premier possesseur a pris soin d’y ajouter,
pour les rendre plus hideuses, ou plutôt pour exa¬
gérer la bravoure du vainqueur, en tâchant, après
la mort, de donner à la tête du chef ennemi qu’il a
tué_, une apparence formidable ou terrifiante qu’elle
n’avait pas pendant la vie.
Une courte description, et l’imagination du lec¬
teur suppléeront au défaut d’une figure, qui ne trouve¬
rait pas place dans cette notice.
Qu’on se représente une tête osseuse, dont la mâ¬
choire inférieure est maintenue fortement à sa place
par des petites tresses très-fines, et très-bien disposées
moins pesante que
sontun
,

autour

de l’articulation. Celles-ci sont consolidées

�ou

NOUKA-HiyA.

297

plus forte et plus large, se pro¬
longeant au devant des dents incisives des deux mâ¬
choires, puis sous le menton et se terminant par
des nœuds derrière la voûte du palais.
De chaque côté de l’arcade dentaire, une
grande
et forte dent de cochon
sauvage est fixée par des
par une autre tresse

l’os de la pommette, et semble sortir dqla
bouche'de l’individu, comme elle sortait du grouin
tresses à

de l’animal

auquel elle avait appartenu.
de bois dur, grossièrement sculpté,
remplit l’ouverture antérieure des fosses nasales,
et figure tant bien que mal un nez monstrueux.
Les yeux sont simulés par de grands morceaux
de nacre, ajustés dans les orbites : une petite
pièce ronde en écaille tient lieu de prunelle et
quelques cheveux placés entre le morceau de nacre
et l’orbite, représentent les cils de cet œil cha¬
Un

morceau

,

toyant.
Enfin, et pour compléter ce hideux assemblage,
quelques mèches des cheveux du vaincu ont été adap¬

guise de barbe, à l’os maxillaire et
pendantes au-dessous du menton.
tées

,

en

Sur

de

sont

voit les traces de muti¬
après la mort, et qui sont les. témoi¬
gnages d’une horrible coutume que l’on a constatée
chez plusieurs peuples anthropophages : d’après
certains renseignements,^ il est vrai, très-dou¬
teux, il paraîtrait que cette coutume n’est pas
fondée sur une prédilection bien «narqiiée pour le
une

lations faites

ces

têtes,

on

�298

ÎLES MARQUISES

pllis délicat et plus
qüe les autres parties deleuUs victihies.

uervëau, tjëi séi ait pour eux
savoürëtix

Elle serait fondée

l’idée

générale qui motive
repas de chair humaine. Les cohvives de
ces hideux
repas croient qü’en mangeant là chair de
leurs ennemis, ils s’approprient les qualités qu’ils
leur reconnaissent*, et comme ils placent lé siège de
ces diverses qualités dans les diverses parties du
corps; et que ces qualités sont plüs ou moins méri¬
tantes à leurs ÿeUx, de là le choix des mOrCeaüx et
leur distribution, selon le rang ou la dignité dés
convives : aux premiers chefs là tête , parce qu’elle
est le siège des principaux sms et de l’intelli(jence, et, Si plusieurs chefs ont droit au moi-ceau,
chacun veut avoir sa part du nez, des ÿèux, delà
langue, dés oreilles et surtout de tâ ôerveîtè. Pour
des motifs analogues, ils réclament quelquefois une
main et Un pied, si le héros vaincu s’était fait remar¬
quer par sa force oU son adresse manuelle, par son
agilité à la course, etc.
Sur un des crânes noukahiviens qui sont en ma
possession, la portion antérieure OU basilaire de l’os
occipital, a été brisée et enlevée. Cette ablation, qui
s’étend jusqu’un peu en arrière du trou Occipital, et
qui est limitée en avant par le sphénoïde, et latéra¬
lement par les apophyses mastoïdiennes, ressemble
tellement par sa forme à celle qu’on observe sur les
têtes conservées par les naturels de la Nouvelle-Zé¬
lande, que l’on est tenté de croire qu’elle a été pra-

l’usage des

sur

�ou

299

NOUKA-IHVA.

tiqüée par le hiême procédé. On sait qu’une pierre
aiguë leur sert à ouvrir les noix de coco dont ils
veulent obtenir le lait ; le même moyen leur sert à

ouvrir

un

crâne humain.

Une autre remarque, peut-être

plus intéressante,

m‘a frappé dès la préiuîère vue de ces têtes. Sur
l‘une d’elles, un morceau enlevé, laisse un grand

trou

triangulaire, dont les côtés

mesurent cinq
centimètres, Ce trou existé à gauche, sur
les limites du front et de la tempe, prés dü som¬
met delà tête. Sés bords lisses, tailles en
biseau,
sont couverts d’une éOuche de tissu compacte bien
ébürné. Quelques petites végétations Osseuses de
la table interne du crâne, plusieurs petits sillons
Vasculeux attestent irréfragablement que cette ou¬
verture a été plus grande pendant la vie, puis¬
qu’un travail de cicatrisation en a poli les botds en
comblant les mailles du diploé. Gettè perte de
à six

substance

est la suite d’une blessure

duite

horriblé,

pro¬

probablement par un coup de casse-tête, qui a
déterminé Une fracture du crâne en cet endroit.

fragments se sont exfoliés, où ils ont
été extraits du vivant de l’individu, une cicatrice
Ensuite les

les

remplacés, et le malheureux a
vécu à cette mutilation.
a

longtenips sur¬

Que de réflexions à faire sur de telles guérisons
abandonnées presqüé aux seuls efforts de la nature,
chez des peuples non civilisés

pas en

! et Combien

ne

serait-on

droit de s’étonner davantage de la régénéra-

�300

II.ES

MARQUISES

de presque toute la yoûte du crâne,
qu’on l’a souvent observée chez les peuples
américains qui ont Tusage de scalpe?- leurs ennemis!..
tion de la peau

ainsi

Parmi les tètes de Noukahiviens

qui m’appartien¬
nent, il en est une à laquelle j’attache plus d’intérêt
qu’aux autres,-c’est la tête de Teï-Eïto. Je la dois à
l’un de nos compagnons de
voyage, M. Lafond, en¬
seigne de vaisseau, qui me la donna pour en faire
mention dans mes publications.
Teï-Eïto, frère du roi Keatanoui et parent de Patini, était un desprincipaux chefs de la grande tribu
desTaïs. Il s’était fait remarquer par sa valeur et son
intrépidité dans plusieurs combats contre les Taïpis.
Doué d’une intelligence supérieure, et devenu
redoutable, il avait acquis une grande influence sur
les tribus des Happas ; peu s’en fallut qu’il n’u¬
surpât le trône de son frère, et plusieurs fois
son ambition suscita des dissensions
qui faillirent
être funestes à la puissance et à la sécurité delà
tribu.

homme, d’une stature élevée et d’une consti¬
très-robuste, semblait défier la fortune de lui
être jamais défavorable, et en effet elle ne lui flt dé¬
faut qu’une seule fois.
Vers sa quarantième année, victime d’une in¬
signe trahison, il fut atteint d’un coup de lance
qui lui transperça la poitrine; ramené mourant
chez les siens, il expira en peu d’heures, et
son corps fut
déposé, selon l’usage, dans unmoraï
Cet

tution

�OÜ

NOUKA-UIVA,

301

orné

de tous Iqs insignes du plus haut rang.
la structure, par la résistance et le
poids de ses os,, par toutes les apparences d’une con¬
stitution athlétique, par tous les indices
phrénologiques d’un caractère très-énergique et très-indépen¬
dant, la tête de Teï-Eïto ressemble à .celles dont
Bien que par

j’ai déjà parlé, cependant elle en diffère par le
développement remarquable de toute la région qui
est le siège des
organes des sentiments moraux et
des sentiments religieux; son front,
plus large
et plus élevé,
indique une capacité intellectuelle
bien supérieure à celle des autres. Enfin, et
pour
tout dire en deux mots,
elle présente, l’orga¬
nisation phrénologique de tout homme appelé
par la nature à conduire et gouverner ses sem¬
blables.

Relativement à

l’origine des Noukahiviens, les
anatomiques et phrénologiques de leur
tête s’accorderaient assez avec les opinions des lin¬
guistes et des ethnographes ; et, bien que 20 degrés de
latitude séparent au nord les naturels des îles Sandwich
des Noukahiviens, et que ceux-ci soient séparés par
plus, de 40 degrés de latitude sud des insulaires de
la Nouvelle-Zélande, cependant ces peuples parais¬
sent avoir une origine ou une souche commune. Le
type qui les caractérise se retrouve sur beaucoup
d’autres terres plus rapprochées de l’archipel Noukahivien, telles que les îles Gambier, Taïti, les Pocaractères

motou, les îles Tonga et Samoa, etc., etc.

�302

ILES

MARQUISES

Pes différences tout aussi sensibles existent entre

noukahivien et celui des populations ma¬
laises, ou bien encore entre le type noukahixien et
le type

celui des hommes de la

race

noire océanienne, et

seul et
L’espace me manque pour indiquer
les analogies et les caractères différentiels de ces
peuples. Contrairement à l’opinion de plusieurs
savants distingués, et bien que la position géogra¬
phique des Noukahiviens les rapproche beaucoup
plus du continent américain que du continent d’Asie,
cependant tout porte à leur reconnaître une origine
asiatique.
Pour résumer en quelques mots les inductions
qui ressortent de la comparaison des divers peuples
ne

permettent pas de les confondre

même berceau.

dans

un

de Nouka-Hiva, je
rappellerai les qualités essentiellement attrayantes

de l’Océanie, avec les insulaires

que je leur ai reconnues.
Ils sont généralement hospitaliers,

très-affectueux^
enfants;
de défé¬
rence pour les femmes ; ils sont industrieux, et leur
esprit est vif, léger, pénétrant et enjoué. Les fem¬
mes ont incomparablement plus de douceur, de

pour leurs
ils révèrent la vieillesse; ils ont beaucoup

très-tendres

et^très-caressants

tendresse, d’attachement et de dévouement que lés
hommes, et par-dessus tout, elles sont voluptueuses.
Aucun peuple de l’Océanie ne m’a paru mériter au¬
tant que celui-ci,' la qualification si naïve qui les ca¬
ractérise le mieux : « Ce sont de grands enfants. »

�ou

303

NûUKA-tUVA.

population ne m’a paru, posséder au
degré toutes les qualités que je viens d’énon¬
cer, et qui rendent ineffaçable le souvenir des
trop courts instants que j’ai passés, chez les NoukaAucune autre
même

hiviens.

Enfin, pour être vrai, je dois faire connaître
leurs défauts et leurs vices. On doit
supposer que
l’organisation du cerve.au est la même pliez tous
les hommes, mais que le
divers

sont en

développement des

organes cérébraux, et que leur activité
raison de l’état social où l’bomme est
placé.

Or, l’état social des Noukahiviens

fance des sociétés. A

est

celui de l’en¬

point de vue, les vices de
peuple peuvent être attvûbués en partie à son
état social : ne pourrait-on pas les attribuer aussi
aux
rapports qu’il eut fréquemment depuis plus de
deux siècles avec des étrangers qui, loin de lui
ap¬
porter les bienfaits de la civilisation, ne lui en ont
fait connaître que les vices, et n’ont fait
qu’ajouter
à sa barbarie et à sa
corruption.
Composé en grande partie de métis de toutes
nations, le peuple noukahivien n’a plus les vertus
sauvages et l’héroïsme de ses pères. Depuis quel¬
ques années il est envieux, rusé, perfide méfiant,
vindicatif et vaniteux. Son manque de
générosité,
d’équité sa corruption, en feront, pour long¬
temps encore, un peuple turbulent et indisciplinable; longtemps il produira des voleurs incorri¬
gibles, des traîtres, des meurtriersj c’est*dire
combien il est éloigné d’éprouver le besoin du
ce

ce

,

,

�304

ÎI^ES MARQUISES

travail^ et de désirer les perfectionnements qui
aux jouissances
honorable des hommes civilisés.

pourraient le' conduire

*'1

de la^ vie

�ou

NoüRA-invA.

305

CHAPITRE IV.

Considérations générales.

l’époque où l’art de la navigation vint doter le
nouveaux
continents, et le commerce et

A

n\onde de

l’industrie européenne denouvelles terres à
exploi¬
ter, chaque puissance lança à l’envi des flottes à

la mer, des milliers de
passagers quittèrent ie sol
de la patrie pour aller demander des richesses à

pays nouveaux. Déjà le cap
avait été franchi, et te

de BonnerÉspégrand archipel d’Asie
se couvrait de ces riches
comptoirs, qui à eux seuls
disposaient de toutes les ressources de l’Inde, lors¬
que les pavillons de tous les états de l’Europe
ces

rance

.

vinrent marquer la

prise de possession des rives
américaines, dont les pauvres peuplades sauvages
furent refoulées ou totalement détruites.
Presque
toutes ces colonies naissantes
réussirent, et bientôt
un nouveau
peuple surgit sur les rivages du nouveau
monde, dont les premiers habi tants peuplèrent l’in¬
térieur, Combien en eflet, à. cette époque, ces éta¬
blissements

durent réunir de

puis¬
succès-, malgré l’état peu avancé de la
navigation et les ressources bien inférieures du
commerce. Les guefres civiles, les
guerres religieuses,
santes

nouveaux

causes

de

20

�ÎLES

306

MjVftQÜISE's

qui désolaient les royaumes les plus puissants,
le paupérisme et, la servitude qui pesaient encore
de tout leur poids Sur la masse générale des
peuples par suite des lois féodales, toutes ces causes
réunies, rejetaient dans la migration une foule
immense de pauvres

cultivateurs, qui, sachant que

étrangère ils pouvaient avoir des
champs et des troupeaux â eux, espérant même pos¬
séder, à leur tour, des esclaves qui travailleraient à
leurs propriétés, partirent avec joie et se mirent à

sur

une

terre

l’oeuvre avec courage.

puis, ces cohortes déjà nonibreuses vinrent se
grossir de tous les aventuriers, de ces hommes qui,
riches seulement de leurs bras et de leurs épées, ne
Et

peuvent vivre heureux, ou- au moins dans 1-’ abondance,

qu’au milieu des combats et des rapines que la guerre
eùtraîhe nécessairement après elle. Tous les embaucheurs; si adroits pour recruter des soldats, furent
mis en mouvemént, et bientôt des chefs improvisés

l’Amérique, en promettant
vainqueurs les propriétés et les biens des vain¬
cus. L’occasion, en effet, était belle; d’imnienscs
terres étaient à quelques centaihes de, lieues de l’Eu¬
rope, n’attendant que des bras poür se couvrir de
riches cultures. Elles attirèrent bientôt tous ces
cadets de famille, dépossédés par les lois contre
nature de l’époque, et dictées par une politique
injuste; ceux-ci n’avaient sauvé de léur héritage pa¬
ternel que la morgue et l’insolence de l’aristocratie
européènne ; ils obtinrent des terres et des emplois

traînèrent leur troupe sur
aux

�ou

dans

colonies,

ces

nos-mœurs et nos

A cette

sur

307

lesquelles ils transportèrent

habitudes

avec

époque aussi, l’Europe

ment sur ses

dentelle

NOUKA^HIVA.

leurs pénates.

ne

voyait

que rare¬

marchés toutes les denrées colonialés

si riche

aujourd’hui. Ces nouveaux cofouillant la terre, lui firent produire des ri'chesses immenses qui vinrent
s’échanger contre celles
delà mère patrie. Tout d’avenir de ces colonies
était
dans l’agriculture. Si les
travaux,, sous un ciel de feUj
étaient pénibles, les débouchés étaient assurés à leurs
produits, dont les colons avaient peine à fournir,
lotls,

est

en

les marchés

d’Europe, malgré leurs prix élevés. De
grandes fortunes s’édifièrent alors; chaque coin de
terre devint un trésor
pourda métropole, qui avait rtécessairèment sa bonne part dans les bénéfices. Mais en¬
suite, une espèce, d’équilibre s’établit; l’étendue des
terres cultivées prit un accroissement immense
; les
arrivages des denrées coloniales multiplièrent la con¬
currence qui, à son
tour, vint faire tomber les prix
et tarifer,
pour ainsi dire, les gains possibles du plan¬
teur. Alors les

on ne

vit

fortunes

se

firent moins

plus, parmi les émigrants,

rapidement;

les jeunes
qui, n’ayant
rien, espéraient s’enrichir sur la terre étrangère.
Mais, pour eux^ les travaux des champs étaient
trop pénibles, ét 1© pep d’artisans et de cultivateurs
laborieux qui allèrent essayer d’arriver
par le travail
à la richesse et à
l’aisance, allèrent aussi chercher des
climats moins chauds et plus assortis à leur vie. habi¬
tuelle que ceux du Mexique et des Antilles.
Auséi,
cadets de famille

Ou ces aventuriers

que

�308

ILES

bientôt les colons,

MARQUISES

dont la concurrence

avait abaissé

prix des denrées, manquèrent de bras pour exploi¬
les terres qu’une yégétatiqn active couvrait encore
d’arbres majestueux, mais inutiles. Par un motifde phi¬
lanthropie bien dirigée on alla chercher les habitants
dé l’Afrique .qui, destinés à une mort certaine, éclrangèrent leur sort contre celui de la servitude dans la terre
d’exil. Alors naquit l’esclavage, qui vint donner la vie
et l’activité aux colonies ; puis ,les races se mélangè¬
rent, un peuple nouveau surgit sur une nouvelle
patrie, et oubliant bientôt les liens qui ne le rete¬
naient plus que faiblement à la métropole, le cri de
liberté retentit, et l’Amérique fut couverte de répu¬
bliques.
• ‘
le

ter

refoulant loin de leurs établissements
peuples primitifs qui ne voulurent poipt rester
condamnés à labourer, comme esclaves, les champs
de leurs vainqueurs, les européens se transplan¬
taient sur les rives américaines; tandis que, à la
suite des travaux des champs, leur industrie y en¬
fantait des prodiges , et que lès vastes ports de cette
immense terre se couvraient de vaisseaux qu’y atti¬
rait le commerce, d’autres colonies grandissaient
aussi en puissance et eh richesses dans l’Inde , dans
l’archipel d’Asie, et dans les Philippines. Mais là, les
Tandis que

les

conquérants rencontraient des peuples plus avancés
dans l’industrie, qui vivaient du produit de leur
terre, et qui, déjà courbés'-aux pénibles travaux des
chainps

n’attendaient, plus que les ressources
plus étendu pour devenir nations. De

d’un commerce

�OÜ

NOÜKA-HIVA.

309

longues et sanglantes guerres établirent les Euro¬
péens sur ce sol fécond ; ils se posèrent en maîtres,
venant exploiter le
peuple conquis. Alors s’élevè¬
rent les
comptoirs opulents de l’Inde où' vinrent
s’échanger contre les produits européens lés étoffes
de l’industrie indienne et les denrées
particulières
au sol de ces vastes
archipels. Les relations qui
s’établirent entre 'les vaincus et lès
vainqueurs
assoupirent peu à peu les haines; les Malais.et
lés Indoi/s s’habituèrent à travailler
pour lèurs
maîtres, et, sous le monopole du commerce, de
grandes richesses vinrent et viennent encore en¬
richir les métropoles. Ainsi’, deux
systèmes pour
ainsi dire

de

colonisation

deux points

différente s’établirent

oppo'sés du globe ;-sdans l’un les
Européens prirent possession du sol et l’exploi¬
tèrent tout entier après en avoir
expulsé les ha¬
bitants ; dans le second, ils ne firent
qu’imposer
leur domination et leurs lois à des
peuples qui con¬
servèrent une apparencé de liberté, tout en se sou¬
aux

mettant

aux

conditions commerciales

queurs. Toutes ces colonies durent leur
leur grandeur aux travaux dé

et

si, dans le premier

culteurs

et

Européens

le

cas,

des vain^

puissance

l’agriculture; et
les colons durent être agri¬

commerçants, dans le second cas les
trouvèrent toutes leurs ressources dans

commerce.

Les colonies de l’Inde et de
l’Amérique durent
leur accroissement rapide à la
législation de l’époque,
au malaisé de la classe
laborieuse, et surtout au des-

�ÎLES MARQUISES

310

potisiîie des gouvernements existants. La rareté des
marchandises coloniales, leur nouveauté et leur uti^
lité amenèrent dé

prompts débouchés, et ce

lés-établissements européens d’outre-mer
d’immenses richesses.

fut pour

des sources

jours, sur les, rivages sauvages de l’Aus-&gt;
tralie, se sont élevées, comme par enchantement,
des villes européennes, des villes, avec tous, les ac¬
cessoires delà civilisation lapins avancée ; d’abordçe
De

nos

point occupé par quelcfues misérables con¬
jetés âu hasard sur un sol inhospitalier, et
puis cette famille s’est agrandie et a couvert de ses
rejetons les rivages presque entiers de cette nouvelle
pai’tie du monde, -Là-, tout était à créer 5 les pauvres
peqplades qui parcouraient ces tristes forêts n’étaient
susceptibles d’aucun travail ; le sol ne produisait que
peu de ces denrées enviées par le monde civilisé ; les
éléments de cette société nouvelle furent ces mêmes
hommes que tout peuple cherche à bannir de son
sein comme une lèpre hideuse qui corrompt la
société qu’elle touche.
•
pans ces derniers temps , les résultats obtenus
par les Anglais dans leur système pénitentiaire ap¬
pliqué aux colonies américaines d’abord, et ensuite
aux établisseménts del’Australie, ont occupé tous nés
philanthropes. Bien desfois déjà on a spulèvé la ques¬
tion de savoir, si le système employé par l’Angleterre
pour rendre à la société, le. plus de criminels possible,
était le meilleur^ celui mis en éxpérience par les
Éitats-Dnia d’Amérique et une partie de la Suisse a

fut

un

damnés

�ou

fait naître

NOUKA-HIVA,

plus, d’un doute, la question est loin

d’être

311
en¬

vidée; l’étàt actuel de la Fçance, sa lé¬
gislation, ses idées toutes'populaires, l’esprit caracté¬
ristique de ses habitants, enfin les charges de son
trésor, l’étendue de son sol, dont les sept huitièmes
seulement sont en culture, sont autant de considéra¬
tions puiss^intes qui arrêtent une
pomparaison directe
entre ce que pourrait faire la France et ce
qii’elle
core

voit

pratiquer par l’Angleterre; Mais quel que soit
jugement de nos philanthropes, j’en¬
registre les faits. Un nouveau peuple a choisi l’Aus¬
tralie pour patrie; déjà la Nouvelle-Hollande,- la
,T,asmanie, la Nouvelle-Zélande, sont liées par un com¬
merce actif et prospère ; l’avenir de ces établissements
repose en entier, sür les produits du sol, et tout
doit faire croire à une prospérité sans cesse crois¬
sante. Je sens ma voix trop
faîbjie pour oser abprder la
question morale des colonies pénitentiaires, ques¬
tion qui a été déjà tant de fois trai'tée par des hommes
supérieurs, doués d’un talent d’observateur et
d’écrivain que je suis loin de me reconnaître. Mais
si jamais une des opinions émises prévalait; si la
Fi’ance pensait à former un établissement lointain
qu’elle ne perde pas de vue qu’elle possède dans
ses
Jragnes une force qui, prudemment dirigée., peut
assurer le .succès de toute qolohie
agricole.
Déjà, toutes les zones habitables ont été par¬
courues dans tous les sens ; il ne reste
plus de terre
végétable qui n’ait été foulée paç le pied européen*
et c’est dans les glaces éternelles qùe ,nos intrépides
le résultat du

,

�ÎLES MARQUISES

312

navigateurs doivent aller bravei* la mort s’ils veu¬
lent encore faire des voyages de découvertes et ar¬
borer le pavillon de leurs nations sur des terres
nouvelles, mais inutiles.. Il n’y a plus de ces régions
où l’or, l’argent se trouvent répandus à profusion
comme naguère le croyaient nos pères ; les denrées
de toutes les parties du monde abondent sur nos
marchés d’Europe, à des prix qui font oublier que
pour les obtenir il a fallu traverser les mers et re¬
muer une terre lointaine, dont souvent aujourd’hui
le consommateur ignore lé nom. Aussi., toute spé¬
culation basée sur les richesses prodigieuses des
pays lointains est terminée , et l’homme qui s’expa¬
trie pour aborder sur une terre vierge sait que, si le
soi doit un jour suffire-à ses besoins, il sera long¬
temps avant arrosé de sa sueur. Une seule consi¬
dération pourrait aujourd’hui jeter le gouver¬
nement dans une voie de colonisation d’agriculteurs, :
ce serait celle d’un surcroît rapide de la population
qui amènerait un trop plein qu’il faudrait verser
loin de la. mère patrie. Tel est l’exemple donné
par l’Angleterre et dont nous devons faire notre
profit.
Si

nous

cherchons à reconnaître les

sources

où

puisé pour fonder de nos jours «ces
agricolesnous retrouvons chez
elle un trop-plein dans la population que ‘ ne
présentent encore nulle parties États de l’Europe.
Là en effet, la population déborde, le paupérisme
étale partout sa misère et ses besoins , que font
l’Anglèterre

a
établissements

,

�ou

ressortir

encore

possesseurs ou

313

NaUKA^HIVA.

le luïe

et

les richesses des

propriétaires • des trois

seigneurs

royauuies.

Là, encore, nous retrouvons cés Ipis monstrueuses
qui accordent aux aînés des familles nobles les vastes

propriétés foncières, qui réunissent toujours.en peu
de mainS|la force politique qui estinhérente à la
pos¬

session du sol. Les' cadets de famille

sont

destinés

à composer l’armée,, et souvent ils vont demander
à une terre lointaine une fortune dont ils ont été

dépossédés’dans la mère patriè. Là, enfin, règne en¬
préjugés exclusifs, avec tous ses
privilèges, cette aristocratie orgueilleuse et égoïste
que deux révolutions sanglantes ont pu seules faire
disparaître en France. Là, enfin, nous- trouvons la
puissance dont le commerce est le plus étendu.du
core'avec tous ses

monde, .et dont les nombreux comptoirs ont dû né¬
cessairement beaucoup aider les nouveaux établis¬

sements.

cependant, si nous étudions quels ont été les
d’action du nouvel établissement, quelles
causes de sa
grandeur et de sa rapide ex¬
tension, nous aurions le droit de demander encore
si tes établissements de l’Australie auraient
pu exister
réduits aux simples ressources d’une
émigration vo¬
lontaire. Je me,garderai, je le repète, d’examiner si
Et

moyens
sont les

les colonies de la Nouvelle-Hollande ont été heureuses
comme

établissements

thropes

ont vu couronner de succès, une entreprise

pénitenciers, si les philan¬

conseillée par eux pour ramener à la société des

hommes qu'ils ne considéraient que comme égarés;

.

�314

ÎLES .MARQUISES

réginjepénitentiaire appliqué sur ce rivage
lointain a pu diminuer cette, plaie de toute nation
civilisée, celle dont nos bagnes présentent le hideux
spectacle. Mais je vois le premier noyau de la colo¬
nie agricole de Botany-Bay, formé d’hommes actifs
et intelligents, condamnés, à des travaux pénibles,
auxquels la loi imposé une tache que, bon gré,
mal gré, il faut accepter; je vois dans ces hommes
si enfin le

condamnés et réduits

aux

.fonctions de machines des

cultiver le sol. C'était la une
compagnie d’ouvriers difficile à diriger, il est vrai,
mais qu’avec des règlements à part, avec toutes.les
ressources que donne la force de la loi envers des
hommes'qui en sont en dehors, on pouvait avanta¬

bras tout trouvés pour

geusement utiliser.
Après avoir cherché ,à

.

former un établissement
uniqüenient composé de condamnés, l’Angleterre

qui jus¬
Suffisants d’existence, et qui
par cela même donnèrent une nouvelle vie à ces
établissements, extrêmement onéreux à la métro¬
pole. L’argent, en effet, ce levier de tout pays agricole
ouvrit la colonie à des hommes libres,

tifièrent de moyens

industriel, devait être singulièrement rare avec
premiers éléments de colonisation; mais, grâce
à ces nouveaux, arrangements-, grâce, surtout à cet
excès de population britannique et à la grande quan¬
tité de numéraire qui circule dans les transactions

et

ces

anglaises et-qui rend les placements si difficiles, on
vit accourir, de la métropole, de nombreuses cara¬
vanes, de petits propriétaiïes ou de petits rentiers

�ou

NOUKÀ-HIVA.

345

quiy apportèrent leurs fortunes; ils vinrent avec clés
capitaux entreprendre des spéculations qui leur
offraient

des

chances

bien

‘ autrement

avanta¬

qu’ils auraient pu tenter dans la
patrie.
Alors, les villes de l’Australie furent des villes
européennes, avec tous leurs établisséments in¬
dustriels. Et puis, peu à peu, une génération
nouvelle remplaça celle qui connaissait la patrie;
il y eut des fortunes faites et défaites
; les enfants
nés sur ce sol et qui eurent besoin du travail
pour
subsister, s’habituèrent facilement aux rudes épreu¬
ves de
ragricuJlüre; dès lors il y eut des ouvriers
libres qui prodiguèrent leur sueur à la terre; le
grand pas, l’épreuve, suivant nous, crîticpie de la
colonie était franchie, et là, en facè de l’Angleterre
où se trouve, accumulée une si grande population,
une extension
rapide devait avoir lieu; car le récit
de ce qui se passait sur les terres australiennes devait
désormais amener de nombreuses émigrations parmi
toutes les classes de la population, même parmi
celle des fermiers agriculteurs.
Plus tard enfin là population de Botany-Bay dut
présenter les éléments les plus divers, et réunir,
coinme celle. d’Europe, des ouvriers de toute nature
qui y transplantèrent leur industrie; alors des cris
s’élevèrent contre les déportations des condamnés;
tant que les colons avaient eu besoin de leurs services,
ils les avaient désirés, mais, dès que chez eux la maind’œuvre ne fut plus rare, ils repoussèrent de toutes
geuses que ce

�316

ÎLES MARQUISES

leurs forces

ce

dépôt, qui souille toute société.

l’état actuel..des colonies anglaises; cer¬
tainement si le but tle la Grande-Bretagne était dé
Tel

est

peupler l’Australie entière avec des condamnés qui,
par leur conduite, auraient mérité leur liberté, ce but
est manqué ; certainement si la plupart des
philan¬
thropes avaient cru, par ce système, détruire en entier
le viceet le crime, ils sont loin d’un succès complet ou
même satisfaisant; maisjéle répète, F Angleterre a uti¬
lisé par là avantageusement la population de ses
bagnes ; elle s’est créé des colonies’qui recevront pen¬
dant des siècles encore le trop-plein de «a population ;
elle asatisfaità un besoin urgent, et enfin elle a grandi
sapiiissance d’un peuple nouveau, et qui bientôt com¬
mandera peut-être à l’hémisphère austral. Enfin elle
a jeté une nouvelle vie dans son commerce de
l’Inde,
qui déjà va échanger dans l’Australie ses riches pro¬
duits contre les cuirs et leS; grains de la NouvelleHollande.

Enfin la colonie

anglaisé de Sincapour , créée de
jours et à peine née d’hier, semble former un
type à part et être le modèle des colonies purement
d’entrepôt. Là, -en effet, les ressources du sol sem¬
blent devoir être peu appréciées
; le peuple Malais
que les Anglais y ont trouvé implanté, ne livre
que peu des produits de la terre ^ c’est un simple
comptoir, où se tient un dés marchés les plus im¬
portants du monde. C’est à sa position sur le glohe,
à la vaste étendue du commerce, et des
possessions
de ses maîtres, aux franchisés de son port, que
nés

�ou

cet
son

établissement doit

NOUKA-HIVA.

toutes

ses

317

richesses'

importance. C’est à Sincapour

que se

et toute

donnent

rendez-vous les nombreuses flottes de
jonques chi¬
noises et de praos malais qui se confient volontiers

tranquilles eaux des mers des Moluques^ mais
qui hésiteraient à se lancer dans les vastes mers de
l’Inde, Un comptoir européen, placé là, à la limite
que peuvent atteindre .les vaisseaux de ces peuples,
chez qui l’art de la construction des navires est en¬
core dans l’enfance, ce
comptoir, dis-je, doit devenir
le dépôt assuré des transactions de ces
peuples. Mais
ce
qui ajoute encore ici aux avantages déjà si grands
de la position de Sincapour, c’est cet immense com¬
merce
britannique qui possède à lui seul presque
tous les marchés du monde.
Sincapour est le dépôt
des marchandises que la Chine envoie dans l’Inde
pour ensuite se répandre dans le monde.
A côtéde Sincapour, s’élève le
pavillon hollandais,
et cependant rétablissement de
Rhio, occupé par les
Bataves semble végéter à peine à côté de cet essor
rapide de la colonie anglai-se ; c’est, que Sincapour
est admirablement placé pour servir d’intermédiaire
entre la Chine et les maîtres de l’Inde, tandis
que
Batavia, le centre du monopole hollandais, est le
véritable entrepôt où se font les échanges des
denrées d’Europe contre toutes les productions asia¬
tiques.
D’après ce que nous venons de dire, nous sommes
aux

,

naturellement amenés à. diviser les colonies établies
en

deux

classesdistinctes, d’après le but quia présidé

�318

îtES MARQUISES

à leur établissement. Elles sont

agricoles

ow com¬

agricoles peuvent être formée^
libres, ou bien elles
sont composées d’un mélange d’hommes libres et de
condamnés, régis par des règlements particuliers; ou
enfin, elles ne contiennent que des condamnés. Les
colonies totalement pénitentiaires n’ont point encore
été essayées ; sans aucun doute, si, suivant les idées
de quelques philanthropes, elles peuvent devenir
avantageuses pour les condamnés, elles doivent être
extrêmement onéreuses à la' métropole. Du reste,
pour nous qui, sans nous occuper de la question mo¬
rale des prisonniers, ne les considérons que comme
un moyen puissant de fonder le noyau d’une colonie ,
en fournissant des bras propres à la culture, ces
derniers'établissements ne diffèrent, en aucune ma¬
nière dés colonies mélangés de condamnés et d’hom¬
merciales. Les colonies

entièrement par des colons,

,

mes

libres.

Les

-

'

,

,

,

établissements commerciaux peuvent être im-

par la conquête à dés peuples vaincus , ou
ils sont formés par une réunion de négociants spé¬
culant sur les arrivages dans leur port ; bien plus

imposés

les produits du sol.
'
Enfin; arrivent les colonies militaires qui se
trouvent dans une catégorie tout à fait particulière.
Leur but en effet, 'est non-seulement de servir de
que sur

lieu de
au

défense, et d’abri

aux

moment'de la lutte de la

mais elles

doivent avoir

vaisseaux de guerre,

puissance fondatrice ;
une grande
influence

partout j OU le commerce d’une nation lointaine

�ou

349

NOUKA-HIVA.

butte à

odieuses,
la protection du pavillon est
trop éloignée. Pour toute puissance mai’itime, une
colonie militaire est une nécessité, là où des in¬
est

souvent en

par

le seul fait

térêts

des

mesures

que

commerciaux conduisent

ses

flottes

rnar-

chandeSi Le

monopole du commerce exercé par
peuples, a créé aussi des colonies mili¬
taires; elles deviennent les postes armés, chargés de
défendre les intérêts des vainqueurs contre les ten¬
tatives d’indépendance des peuples vaincus. C’est
ainsi que le poste militaire, établi à Ternate, veille
sur la conduitedes sultans,
chargés d’interdire à leurs
sujets tout commerce d’épices avec les étrangers.
Mais le plus souvent une pensée d’avenir a présidé
à ces espèces^de châteaux forts, placés au milieu de
l’Océan comnie pour y régner en maîtres et y com¬
mandes ; et si le pavillon britannique flotte sur les
rochers stériles de Sainte-Hélène et de l’Ascension,
c’est que la politique de l’Angleterre fut toujours
toutede prévoyance et de domination.
Une colonie agricole ne devient une nécessité
pour un peuple , que lorsque sa population déborde,
et que le sol lui manque pour nourrir ses nombreux
habitants. Dans l’état actuel, la France est loin en¬
core d’avoir à songer à dépeupler son sol et éclairçn
le nombre de ses enfants. L’Afrique, cette belle
conquête, dont elle s*est glorieusement enrichie, en
débarrassant le monde d’un foyer de pirates, voit en¬
core ses longues plaines désertes. Il est vrai qu’une
certains

guerre

dévastatrice promène encore la faux sur ces

�320

ÎLES MARQUISES

fécondes; mais la. lutte aura sa fin plus ou
prochainoi Quand nos économistes calculent,
d’après la superficie de la France, quel peut être le
nombre de ses habitants, leur esprit se tranquillise,
car toute la terre cultmble n’est
point encore sillon¬
née par la charrue, et cependant la France peut en¬
terres

moins

core

fournir bien

au

delà de la nourriture à

ses en¬

qu’elle y prenne garde , um autre danger
; l’homme voue aujourd’hui aux travaux
des champs, occupe le dernier degré de l’échelle
sociale; courbé sous les fatigues les plus grandes il
suffit à peine à sa nourriture et à celle de sa famille,
fants. Mais

la

menace

,

aussi les laboureurs sont loin de s’accroître dans

nos

à peine un-fils est-il né, que poussé par
qui impose au père de famille les plus durs
sacrifices, le laboureur Cherche à donner un état à
cet enfant qu’il chérit, et à qui il voudrait éviter les
rudes épreuves de la vie champêtre. Pour le labou¬
reur, l’ouvrier de nos manufactures est un homme
heureux ; en effet s’il travaille, il peut vivre aisément,
se vêtir avec luxe, et enfin jouir
quelquefois de ces
douceurs de la vie inconnues au paysan. Aussi la po¬
pulation de nos villes croît rapidement, et la moindre
épreuve commerciale, en arrêtant l’élan de nos ma¬
nufactures, laisse sans pain et dans les plus fâcheuses
conditions, de longues et tumultueuses cohortes ou¬
vrières. Le désçBuvrement, l’entraînement de ceux
qui déjà sont plongés dans la débauche, les poussent
rapidement à l’inconduite et au désordre, puis ces
hommes deviennent les ennemis d’une société qu’ils
campagnes;

cet amour

�ou

NOUKA-HIVA.

haïssent, ils lui déviennent'à charge et

nuisibles.

C’est

321

souvent fort

vain que nos économistes
créent mille systèmes pour donner à l’ouvrier
en

àvenir assuré, et des moyens

se '
un

suffisants d’existence;
qu’ils voient dans quelle proportion effrayante croît
le nombre des petits marchands et dés ouvriers manu¬
facturiers, et qu’ils-établissentla balance avec celui
des consommateurs? En vain les tarifs s’élèvent dans
les ateliers. Il faut encore du travail à
cbacun, et

pour
diminuer le nombre des producteurs ou
açcrottré celui des consommateurs. Etsi enfin le tor¬
cèla il faut

ou

déborde, si jamais on doit êonger à créer un
cette population des
villes, qui com¬
mence à
abonder, une colonie agricole.,sera-t-elle
posSiblè avec de pareils- éléments ? La migration
viendra pèut-être purger'nôs. villes. de tous ces
spëc'ulâteurs malheureux qui n’ont rien., mais
qui veu¬
lent courir à là richèsse, sâns
passer par lès travaux
manuels qui doivent seiils commencer la fortune
qu’ils ont rêvée ; on verra affluer dans nos ports
une foule'
nombreuse, s’expatriant pour aller ex¬
ploiter des terres nouvelles ; mais pas un homme
d’ordre né prendra cette route pour
y chercher,
par le travail, une vie non moins .activé que celle
qui fournit à ses besoins dans la patrie, mais qui
peut aussi lui offrir plus,d’occasions de s’enrichir.
Et puis, au milieu de ces'bandes
d’industriels, dont
rent

débouché à

nos

villes regorgent, et

premiers

l’agiotage

quii se transplanteront les
le sol de; la colonie, on verra naître
qui élèvèra d’abord les prix des terres à

sur

21

�ÎLES MAJl.Q.UISES

322

exorbitants, et lorsque tiendra ,1e moinent
réalité, lorsqu’il faudra faire .produire à ces

des taux

•de là

quoi payer j’întérèt de l’argent empoché
par les brocanteurs, les. bras, manqueront;, car
tous les colons se seroiit éxpatriés pour être maîtres
terres

et

de

d’établissements, et non point pour
livrer eux-mêmes à des travaux manuels (1).
Avec nos lois toutes populaires, les. propriétés
chefs

se.

foncières vont constammeut en se

divisant ; chaque

parties
qu’ il y a d’enfants; et, dans eètte classe laborieuse èt in¬

famille partage la terre de ses pères'en autant de
téressai! tedes laboureurs,

ce

coin de terre que

lui

chacuns Attachetellement à
légué son pèré, ou qü’d a

a

gagné au prix de ses sueurs , ,que rien ne saurait l’en
détacher-, quand bien même il peut à peine vivre.sur
son soi', auquel il consacre ses travaux et ses peines.
Telle est notre conviction ,.qué de nos jours une colo¬
nie purement agricole serait infiniment
former, si to.utëfois elle pouvait exister.

lente à se
L’époque

nécessité pèsera sur la. France, est encore
loin de nous; mais nos villes grandissent en popu¬
lation nos campagnes restent stationnaires, nos luanufactures, pQurvues de machines puissantes qui. les
font mouvoir presque sans le secours de l’homme, ne
ou

cette

,

(1) Au mois de

offrait

un

mai 1840 , la baie des Iles (NoÜTelle-Zélande)
agiotage à Korora-Reka, le

exemple frappant, de cet

élevé

près du rivage, presque sans valeur d’abord , s’était
trois mois, à, 3 livres sterling (123 fr.) le pied de façade; et
à quelques cents pas dans l’intérieur là même'mesure
encore
une livre sterling.
'
• ,
,
terrain
ep.

valait

�ou

NOÜKA-HIYA.

323

r

plus utiliser tous les bras qui se sont voués,
riridustrie. Les ouvriers, laborieux
comprendront
vitCj il est vrai, que les consommateurs manquent
pour les objets que peuvent enfanter leur
génie. Ils
peuvent

à

retourneront,

peut-êtro

les travaux des

champs,
qui (seuls assurent l’pxistence, et la population ira
en
grandissant rapidement. Heureuse,, la France, si
cette réaction
arrive, et si elle a lieu sans ébranlement !
mille fois heureuse, la France, si elle
n’éprouVe la né¬
cessité d’établir des colonies agricoles,
que lorsqu’elle
sera débordée
par la population des campagnes. Heu¬
reuse surtout, si avant elle
n’éprouve pas le'besoin de
donner un écoulement à cè trop-plein des
villfs, etde
jeter sur des rives lointaines ces hommes qui, pour
n’étre pas nuisibles à leurs
semblables, ont be¬
vers

soin de vivre loin dés, sociétés où ils trouvei’aient

toujours des exemples

ment.

pervers, et un fatal entraîné-,
•

L’établissement d’une colonie commerciale d’eiirtrepôt nous seinble aussi difficile à établir pour les
Français qu’une colonie agricole libre. Avec les

moyens d’émigration dont
cet attachement
pour le sol

tère de

dispose la France, avec
qui entre, dans le carac¬

habitants, quels, seraient les colons d’un
établissement de ce genre? Les négociants
qui jouis¬
sent. à juste titre d’une considération
bien acquise
et qui honorent notre
commerce, auraient-ils intérêt
à s’expatrier
lorsqu’ils vivent heureux et tranquilles
dans leur patrie dont ils sont les soutiens ? Les
pre¬
miers éléments de colonisation ne séraient-ils
ses

pas,

�ÎLES MAUQtJISES

324

contraire, les Jiommes que rinconduite laisse
sur les pavés de nos villes, les gens

au

sans ressources

qui, apfès avoir-tout perdu, le plus sou¬
par leur faute, iraient tenter de s’enrichir sans
s’inquiéter des moyens qui doivent les conduire à
leur but? On verrait accourir dans nos ports , prêts
à réclamer leur passage pour un pays neuf à ex¬
ploiter, tous ces aventuriers qui vivent au jour le
jour, et pour qui la terre d’exil n’est qu’un lien de
sans

aveu,

vent

aussitôt qu’ils auront réa¬
de la réputation
d’honneur et dè probité qu’ils laisserit derrière èux.
Consultons à l’étranger les hommes respectables qui,
passage qu’ils doivent fuir
lisé une fortune, sans s’occuper

grandes maisons de commerce,
glorifient d’être Français, et nous comprendrons
leurs plaintes sur la conduite de plusieurs de nos
nationaux, qui chaque jour encore vont tenter la

fondateurs de -nos
se

lointains. C’est sans, doute à
derniers, dont les torts heureusement dispa¬
raissent derrière la réputation irréproehablé de nos
négociants à l’étranger, que s’adressent les paroles
sévères consignées dans l’ouvrage de M. Laplace (1) :
Les escadres, les comptoirs, les traités et de meil¬
leures lois de douanes pourron t bien ouvrir un champ
plus vaste aux opérations de notre commerce, mais
non lui inspirer cet esprit d’ordre et d’économie ,
cette probité dont il manque entièrement et sans les¬
quels il ne fleurira jamais . Tel je l’ai vu dans l’Indé et

fortune dans les pays
cés

«

(I)

de la Favorite.

�ou

.NOUKA-mVA.

325

Chine, tel je l’ài retrouvé àValparaiso età Lima, où
pourtant les produits de notre sol et de nos manufac¬
à là

tures se vendent

plus grande quantité que partout
ailleurs; aussi la plupart des Français qui trafiquent
sur, les côtes occidentales du nouveau
monde, n’in¬
spirent que fort peu de confiance aux habitants et
aux
étrangers. Cesohtgénéralementdes pacotilleurs
que de mauvaises affaires, ou l’inconduite, forcent à
quitter l’Europe, et qui,, pour vus de quelques ballots
de marchandises achetées le plus souvent à crédit, et
par conséquent à.dés prix exorbitants, comptent, dans
leur inexpérience, les vendre en Amérique avec des
bénéfices assez élevés pour remplir sans peine leurs
onéreux engagements. Mais, à peine sont-ils arrivés
à leur-destination, que leurs beaux projets subissent
peu à peu des modifications notables ;- d’abord ils
éprouvent mille difficultés à placer leur pacotille,
ensuite ils la livrent beaucoup au-dessous du prix
d’achat ; pour se consoler de tant de désappointe¬
en

ments, nos brocanteurs courtisent les belles Lima-

niennes, sirènes bien dangereuses pour la bourse
des jeunes Européens, et oublient auprès d’elles
leurs créanciers ; puis quand ils sont complètement
ruinés, de dupes qu’ils étaient peut-être, ils devien*

fripons.. D’autres, plus sages ou
plus heureux courent de port en port,, de ville en
ville, pour débiter leurs marchandises, et font as¬
nent de déterminés
,

saut

de

ruse

et

de mauvaise foi

avec

les marchands

indigènes ; lorsqu’enfin, à force de peine , ils ont
capitaux, ils retournent en France, et

réalisé leurs

�ÎLÈS MARQUISES

326

les coule à fond ou en fait des
importants. »
Nous avons déjà dit que le succès d’un établisse¬
ment commercial d’entrepôt dépendait non-seule¬
ment de sa position sur le globe, mais encore du
plus ou moins grand nombre de colonies déjà établies
par la puissance fondatrice, et qui se soutiennent entre
elles par de nombreuses transactions commerciales;
or, les possessions coloniales de la France sont telle¬
un

second voyage

personnages

ment

isolées et clair-semées

sur

la surface de la terre,

que si elle songeait à former qix établissement d’en¬
trepôt, celui-cime devrait spéculer presque que sur
le passage des navires étrangers et sur le. voisinage
des colonies de ses voisins; il est vrai que la,fran¬

chise du port est, sans contredit la première condi¬
tion d’un établissement de ce genre , mais elle n’est

point la seule. Aujo.urd’huile commercé, et surtout
celui

d’entrepôt, he saurait exister

de bonne foi et de
et

si

une

sans une garantie
probité de la pairt deseommettants;

colottie commerciale devait être tentée par

compagnie française, elle aurait besoin dérègle¬
particuliers pour se prémunir contre toutes
chances d’insuccès. Du resté, disons-le; franche¬
ment, un établissément de ce genre doit être le ré¬
sultat progressivement amené par Un commerce actif,
dont les longues ramifications ont besoin d’tin
centre plus rapproché que'là métropole pbuc s’y coricentrer; et alors'combien la France est loin encore
d’avoir à y songer ! Sans doute, quand la France vou¬
dra" coloniser elle devra aussi, dans le choix dé la
une

ments

�du NOUKA-'HIVA.

327

position' du lieu destiné à recevoir ses colons, calpossibilité d’y créer un centre commercial
dans un avenir plus ou moins éloigné. Mais cettè con¬
culet la

sidération isolcè

il faut du
•temps pour gagner la cdnfiancé des commerçants, et
ce ne sera

que

l’on

ne

saurait la fixer ^ car

accordera des garanties,
s’expatrier ces négociants qui fpnt
tous les pays où ils vont s’établir.

que lorsqu’on leur

verra

l’honneur de

Au.point où

en

sont aujourd’hui lës hâtions civi¬

lisées de l’Européj à voir les principes de philanthro¬
pie qui y Sont professés, et tous'lés succès assiu'és'à Ses

apôtres,

devrait croire à l’impossibilité de fon¬
imposée par la conquête ; mais,
n’avpns-noüs pas vu l’Angleterre persister à éten¬
dre sa domination dans rtnde, et chaque jour en¬
core, imposer sêslois à des peuples nouveaùx ; enfin
la guerre injuste faite à la Chine est-ellé terminée?
Aurait-on pu croire, il y a quelques jours à peiné,
que la hàtion dont les relations sont les plus étendues,
celle qui se yahte d’ètrè la plus philanthropique, et
d’occuper lé premier rang par sa force et ses lumières,
que l’Angleterre, enfin^ déclarerait fa guerre à une
nation qui^ à elle seule, a prbsqùe pôüssé lés arts et
der

une

on

colonie

la civilisation

au

niveau de

l’Eùrope, parce, que la

Chine refusait de recevoir dans son intérieur une den¬

population, mais qui assurait par
grandes richesses aux maîtres de l’Inde.
Ouelques lambeaux de l’empiré céleste, arrachés par
la forcé des armes, doivent être le prix dè la paix; le
mondé comptera une colonie dé plus pour l’Anglerée nuisible à Sa

son'débit de

�328

ILES

MARQUISES

pavillon britannique, flattant sur ces pla¬
ges nouvelles, sera là pour dire ce que peut un
peuple puissant guidé par l’égoïsme et l’ambition.
Naguère encore, l’île Sumatra, cette rivale de là
féconde Java, obéissait à des sultans indépendants
et dont l’Europe connaissait' à peine le nom. Au¬
jourd’hui, c’est,après des combats sanglants, après
une lutte
qui n’est point encore terminéaj qiie
le pavillon hollandais vient de couvrir ses ri^es, afin
d’exploiter, par le monopole odieux et exclusif qui
pèse sur l’archipel entier de l’Inde, les, richesses
sans nombre de
cette,grande terre.
Enfin l’Algérie, il faut l’espérer, sera bientôt
soumise, et régie entière par des lois françaises; et
alors, comme l’Angleterre et la Hollande/la France
aura une belle part dans les colonies imposées par
la conquête à des peuples actifs et industrieux.
terre, et le

C’est

ici le lieu d’attirer l’attention

sur

celte

propagande religieuse qui, en atteignant les limites
orientales- de l’Océanie, menace de l’envahir d’un
bout à l’autre.
'
’
Il est difficile au voyageur qui visite encore
aujourd’hui ces îles naguère habitées par des peu¬
plades sauvagee, de ne pas cliercher à prévoir, l’avenir
de ces ai’chipels fortunés, semés au milieu du vaste
océan Pacifique. La première chôse.qui l’affecte, c’est
devoir ces hommes, voués à un servi ce tout religieux,
s’immiscer dans les affaires temporelles de ces peu¬
ples libres, auxquels ils ont impose leur domina¬
tion, sous prétexte de diriger des consciences.

�ou

NOUKA-UlVA.

329

plaise que Je m’élève ici contre la pen¬
première qui a présidé peut-être à l’êtablissemen|;
des missions lointaines! Plus que tout autre, J’admire
le zèle et le dévouement de ces hommes
inspmés'qui
les premiers allèrent essayer d’unir à la
grande fa¬
mille des nations civilisées, ces peuplades barbares'
et anthropophages, par le seul
moyen de la morale
et de la religion.
Un point,' un point inaperçu sur l’étendue du
globe, le petit-archipel Gambier (Manga-reva) connaît
et vénère le iiom français, et réunit à luiseul toutes les
vertus. Quatre niissionnaires de lapatrie
y ont en effet
porté la parole de l’Évangile et ses préceptes, mais ils
n’ontpoint.cesséde prôcheràcette nombreuse famille,
dont ils sont devenus lés pères, les principes de
charité et d’humilité dont ils ont été les premiers à
A Dieu

ne

sée

donner

l’exeinple. Heureux les Mangareviens, s’ils

peuvent connaître ces douces lois de la société civi¬
lisée, tout en conservant leurs droits et leur liberté !

prêtres catholiques, s’ils savent résister
pouvoir! Heureux enfin si, fidèles
aux devoirs
que leur impose leur caractère, ils sa¬
vent conserver le titre
de,pères de cette famille,
sans Jamais mériter le sort des
oppresseurs !
A peine le voyageur a-t-il quitté
l’archipel Garahier qu’il rencontre - les îles.Taïti, Samoa,
Tonga,
Vîti, où partout l’Angleterre domine. Ce sont-, il est
vrai, ses missionnaires qui gouvernent pour elle;
mais, si un de ces rois sauvages, qui ne conserve de
sa faible
royauté qu’un titre trop pompeux, voulait
Heureux nos

aux

charmes du

�330

ÎLES SIARQUISES

agir par lui-même et repousser tout conseil pour
veiller sur ses intérêts, on verrait le pavillon bri¬
tannique se fixer, et dominer sûr ces terres où la

similitude de croyances
^

religieuses lui ménage¬

parti fort puissant. En voyant
la progression rapide dans laquelle chaque peuple
de l’Europe multiplie et s’étend au delà' de ses
premières limites, il n’est pas permis de douter,
qu’un jour peut-être ho'rt éloigné viendra, où une
colonie européenne s’élèvera sur chacune de ces in¬
nombrables îlès qui forment l’Océanie. Sous ce
pointde vue, l’œuvré des missions mérite toute l’at¬
rait

toujours

un

si, aujourd’hui, c’est
conquête morale faite par quelques hommes

tention du gouvernement ; car
une

dont

on

doit admirer la constance autant que

le dé¬

vouement, ce n’en est pas moins une conquête véri¬
table, qui déjà monopolisé le peu jje commerce de

peuplades, grâce au caractère avide et
jjeU libéral de certains ministres méthodistes. Les
îles Sandtvibh, les plus importantes comme position,
comme terres et même comme population, les îles
Sandwich, dis-je, sont aux Etats-Unis d’Amérique;
les ministres anglais sont déjà sur presque toute
l’Océanie ; sur un seul point à peine visible on parle
le langage français: Totalement dévoués jusqu’ici à
leur ministère, qui ne doit pas s’occuper des choses
d’ici-bas, nos missionnaires prêchent la morale chré¬
ces

pauvres

tienne dans l’Asie et dans la

Nouvelle-Zélande, et,

quelle que soit la nation à laquelle appartiennent les
peuples idolâtres, nos prêtres poursuivent égale-

�ou

leur

NOUKA.-HIVA.

331

religieuse et toute d’abnégation.
direction, au contraire, semble diriger les
apôtres dissidents, et, sousi le masque religieux, il
est facile de
s’apercevoir que l’A-ngleterre poursuit
son système
colonisateur, qui n’a plus que quelques
chaînons à forger pour former une vaste ceinture
autour du globe,
qu’elle semble s’être adjugé.-Au
premier coup de canon qui retentira dans la vieille
Europe, on verra un pavillon protecteur surgir sur
chacune de ces îles aujourd’hui, si
paisibles. Dieu
veuille que les ^rois couleürs nationales
s’y montrent
ment

œuvre

Une haute

avec;honneur!
J’ai

entendu dire que l’Angleterre était
souveraine dans l’art de créer des colonies, et
je suis
loin de le contester j niais ce que
je repousse, c’est
.souvent

la France soit totalement incapable de faire
son pavillon sur de riches
comptoirs
posés au delà des. mers.. Certes, je suis loin d’assu¬
rer que si la France eût, comme
l’Angleterre, planté
son drapeau sur le vaste continent de
^Australie,
elle eût-produit des établissements qüi eussent
grandi
aussi rapidement que ceuxvde Sydney et d’Hobart-town
;
je sais que,pourlaprospérité d’une colonie, il faut des
rapports possibles et fréquents avec la métropole,
Sous çç point vue, la Nouvelle-Hollande,
pas plus
que la Nouvelle-Zélande, ne nous aurait convenu 5 car
leur position est celle des antipodes ; presque au¬
cun lien ne les eût réunies à la
France, et les commu¬
que

aussi flotter

nications de nos navires commerçantssont loin d’être,

aussi nombreuses que

celles de la Grande^-Brètagne.

�332

ILES MARQUISES

Je sais encore que le caractère national est loin
d’aider les migrations volontaires ; je sais que chez
nous, r.on ne verra que bien rarement des hommes

déjà fortunés, abandoiiner fe sol de la patrie, dans
le but d’agrandirieur fortune et d’en faire profiter
leurs enfants ; je sais encore qué ee qui fait surtout la
prospérité des colonies britanniques, c’est cette lon¬
gue suite d’établissements transatlantiques, qui
établissent entre'eux et

avec

toute

société naissante

d’Anglais, dès relations commerciales continues.
La France, il est'vrai, n’a pour elle aujourd’hui
aucune de ces chances dé succès que l’Angleterre
réunit toutes; mais quelle est la cause première du
mal? Si on se reporté aux; époques où chaque peu¬
ple commençait à se jeter dans ce système de colo¬
nisation, qui a gagné tout l’imivers, yerra-t-pn les
colonies de. cotte époque, fondées par. les Français
moins riches et moins puissantes que celles de leurs
voisins ? Maurice et Saint-Domingue n’ont-elles pas
été les deux plus belles coloiiies du monde, et n’ontelles pas commehcê sous le pavillon de la France?
Mais ensuite, pendant qüe la France concentrait ses
efforts pour maintenir son indépendance, on a vu la
Russieétendfe ses doigts de fer pour joindre l’Europe
à l’Asie sous un même gouvernement despotique ;
tandis que l’Angleterre, tranquille dans ses limites
infranchissables, a continué à étendre ses conquêtes
maritimes. Naguère encore, sous l’empire, combien
de millions, combien de milliers d’hommes n’auraîton pas sacrifiés pour posséder une province de plus
,

�ou

NOUKA-HIVA.

le Rhin, tandis que

l’on reoùlerait peut-être
aujourd’hui devant quelques dépensés et
l’envoi d’une flotte pour conquérir un royauiué en¬
tier, mais séparé de nous par une longue nappe d’eau.
Par suite, la France, eiclusivejnerit occupée' d’étendr.e ses possessions eri-Europe, a pour ainsi dire
abandonné sa puissance sur mer, èt aujourd’hui, lors¬
qu’elle porte ses regards en dehors de ses frontières,
lorsqu’elle voit les envahissements de ses rivaux, et
que justement effrayée de la puissaîice qu’ils y ont
acquise, elle mesure les sacrifices qu’il faudrait s’im¬
poser pour ressaisir la prépondérance qui lui échappe
et qui lui est due, elle recule et semble croire à son
incapacité , sans songer qu’il a fallu des siéclés à
l’Angleterre pour assurer sa domination dans toutes
les mers; et que cette longue série d’établissements
britanniques, qui assurent le succès de toute colonie
anglaise naissante, est comme une longue chaîné
dont chaque anneau a été forgé séparément à force
de temps et de sacrifices; mais qui,. une fois com¬
mencée, n’exige plus que de la constance joour s’é¬
tendre et.envelopper lé globe entier.
.
J’admets qu’une' colonie pureflient commerciale,
ou qu’un colonie
agricole libre, serait longue à établir,
et peut-être impossible à la France avec les .éléments
qu’elle peut donner à la migration; mais ne pou¬
vons-nous pas former une colonie
agricole péniten¬
tiaire ? ne reste-t-il pas des lieux à exploiter ? n’ayonsnous pas des forçats dans nos bagnes? manquonsnous d’hommes et dé vaisseaux? Nos ressources’
sur

encore

�334

ÎLES MARQÜISÈS

financières sont-elles tellement

épuisées, que nous
puissions encore disposer de quelques millions
pour débarrasser nps ports du redoutable voisinage
des chiourmes, et créer
quelque puissante colonie où
notre armée navale puisse trouver un abri, lorsqu’il
faudra disputer à notre rivale l’empire des mers
qu’elle s’est adjugé. Nous ne sentons point encore
chez nous, il est vrai, ce trop-pleiil delà population,
qui chez nos voisins a besoin de déborder ; mais nous
y marchons rapidément, et peut-être lorsque le mo¬
ment en sera Venu, il ne restera plus de terre culti¬
vable qui ne soit abritée par un pavillon;' et la
France verra alors, mais trop tard qu’elle à perdu
à jamais toute possibilité de se créer des colonies.
Que l’on jette les yeux sur que carte : partout,
à nos côtés, nous voyons là puissance britannique
avec des forces imposantes. Deux peuplés semblent,
pour ainsi dire, vouloir se partager l’empire du
ïïionde : la Russie étend ses conquêtes et promène
ses étendards.sur deux parties du globe; l’Angleterre
couvre la mer dé ses
yaisséaüx, et fait flotter son
pavillon sur toutes les pârties dé la,terre.
Da, nier des Indes, limitée par l’Afriqùe à l’ouest,
au nord les riches possessions de l’Indoustan, et à
Fest le grand archipel d’Asiè.et la Nouvelle-Hollande,
présentent, sur, tous ces alentours, les plus riches
comptoirs. du monde. ' Partout le pavillon anglais
flotte avec, orgueil : sur, le cap de Bonne-Espérance,
dans rinde, dans l’Australie, il ne trouve point
de rivaux. Un point; isolé au milieu dé ce vaste
ne

,

�ou

î^QURà-niVA,

335

océan, un point qui était trop français pour çlpvoir jamais être abandonné, l’ile Maurice, semble
devenir le point central d’où b Angleterre surveille
et protège toutes ses possessions, Là encore, dans
ce vaste
archipel d’Asie, un drapeau qui longtemps
fut le roi des mers, celui des. Hollandais, couvre, de
vastes et belles terres ; Java, Sumatra, qui vient de
recevoir des chaînes, seraient à peine suffisantes pour
équilibrerla puissance anglaiserai elles appartenaient
à une grande nation, qui possédât de nombreuses et
puissantes flottes de guerre; mais.déjà l’Angleterre a
pris pied sur ces terres qu’elle convoite , et la pres¬
qu’île de Malaca, sur laquelle elle a bâti Sincapour,
lui a servi à jalonner, sa route vers Ja Chine. L’île
Bourbon, vient seule rappeler, dans ces mers, l’exis¬
tence de la France; car c’est à peine si j’ose mention¬
ner nos
possessions de i’inde, qui se réduisent à ce
que l’Angleterre n’a pas voulu nous enlever. Quel¬
ques mètres de terrain affermés par;lés domina¬
teurs de l’Inde sont tout ce qui rappelle le pavillon
de la France à là génération actuelle, qui ce¬
pendant le vit flotter plus d’une fois avec orgueil,
sur nos escadres souvent- victorieuses, avant de suc¬
comber dans les, derniers combats qui nous cour
tèrent l’île de France. Si, lors des guerres de l’em¬
pire, même après nos revers maritimes, nos frégates
dans l’Inde purent lutter avec autant d’avantages, en
possédant pour tout point de refuge l’îlé Maurice,
ce rocher au milieu de la mer ;
que ne devrionsnous pas espérer de notre marine, si la France pos,

�336

ÎLES marquises

-sédait clans ces mers une colonie puissante,

prés^'iitant

des ports nombreux â nos bâtiments en croisière ?
Dans l’état actuel, Bourbon ne saurait manquer de

succ(&gt;mberà la
de possessions

première guerre, et, avec elle, le peu
qui nous restent dans l’Inde,, et c|ui

sauraient résister à l’armée im¬

dans tous les cas, ne

les Anglais possèdent dans ces parages.
Bourbon estime belle, colonie agricole et industrielle,

posante que

fournissant, il est vrai, du

du caféàla métro¬
pole, mais demandant du riz et des troupeaux à
Madagascar, dont elle ne peut se passer pour nour¬
sucre,

inhospitalière
point d’abri à nos vaisseaux : ainsi, pas un
seul port ne nous est ouvert dans les mers de l’Inde,
et si la guerre venait à éclater, de quel poids dans la
bfdance pourrait y être la marine française?
Â côté des mers. de. l’Inde où l’Angleterre est si
riche et la France si pauvre, se présente un autre
bassin bien plus vaste ^ l’océan Pacific[ue, (|ui est
dediné à devenir peut-être avant peu le théâtre de
grands événements. Au nord, 'la Russie traversant
les mers a étendu sa domination sur l’Amérique,
les îles Aleutiennes ei toutes les îles septentrionales.
Les possessions nouvelles de l’Australie et de la
iNbuvelle-Zélande, les- Mol tiques,. les Philippines,
puis la Chine, 'sur lac|ueile l’Angleterre ne s’est
point encore'prononcée, limitent ce bassin vers
l’ouest, dont rAméric[ue avec toutes ses répüblitpies
({Ue dominent les États-Unis, forme les rives orien¬
rir

ses

habitants. Du resté, sa côte

n’offre

tales.

■

^

^

^

�ou
«

Dans

NOUKA-UIVA.

337

partage de richesses et de puissance,
Laplaceen 1835 (4) , où se feront admet¬
tien certainement les États-Unis, etaucfuel l’Es¬
ce

écrivait M.
tre

pagne môme voudra participer,
tout à fait à l’espérance de

elle

se

contentera

langage, des

lorsqu’ayant renoncé

reconquérir

d’exercer

sur

ses

colonies,

elles l’influence du

mœurs, et d’une ancienne domination;
quelle part s’est réservée la France, qui en Europe
sert de
contiœ-poids à la Russie, et peut rivaliser

TAngletei’re? elle ne paraît môme pas
avoir songé. Ses hommes d’état trouvent ces ré¬
gions trop lointaines pour s’en occuper, ils les dé¬
daignent parce qu’ils ne les connaissent pas ; comme
si la Nouvelle-Galles du Sud et
Yan-Diémen, dont les
progrès rapides les étonnent, étaient moins igno¬
rées à Paris au commencement du
siècle, que ne le
sont aujourd’hui les archipels de la
Polynésie ou le
nord-ouest dé l’Amérique.
Au lieu de s’emparer dans les mers de la Chine
ou dans l’océan Austral d’un
.point qui puisse offrir
par la suite un débouché à ses manufactures et un
abri à ses,escadres, elle sé borne à faire doubler le
cap Horn ou celui de Bonne-Espérance par quelques
sur mer avec

y

»

bâtiments armés, trop peu nombreux pour
paraître
dans tous les, lieux où l’intérêt de son commerce

exigerait leur présence, et trop faibles pour inspirer
peuples en proie aux révolutions,
de la barbarie. Dans quel cpin du

du respecta des
et à peine sortis

(1) Yoyayé de la Favorite, tome IV,

page 83.

22

�ëë8

ÎEÈS MAtlQUISÈS

globe sont nos établissements militait'es Ou commercfüellé terre, ou seulement sur quel ro¬
cher flotte le pavillon tricolore j aü milieu de ;bette
iïhitiehse mer dü Sud parsemée d’îles jiresque tontes
Occupées actüëlieinent par les nations maritimes nos
rivales, qui, plus prévoyantes que nous, sê prépa¬
rent a une lutte commerciale et politique beaucoup
moins éloignée que' l’on ne le proit généralement ?
Quand cette lutte commencera, la France se
trouvera sans moyens dé défense, Comme" sans auciatix? Sür

»

d’agression dans l’océan Pacifique. Au
premier bruit d’üne guerre maritime, ses stations,
privées d’un port de relâche et de ravitaillement,
seront obligées, pOur échapper aUx croisières enne¬
mies, de fuir précipitamment verS rEürope,^ en lais¬
sant nos négociants à la merci des autorités locales.
Depuis la paix de 4814, le mal a augmenté con¬
ciln

moyen

»

vingt années de tranquillité sem¬
blent n’âvoir diminué en rien l’inexpérience de nos

tinuellement, et

goUvérnants en fait de comniéreej les intérêts de nos
à la politique intérieure dü
moment, aiiisi qU’à la Crainte de mécontenter les
propriétaires fonciers et les manufacturiers ; des dis¬
cours prononcés légèrement à la tribune, et dont
probablement les suites n’ont pas été calculées, jet¬
tent l’inquiétude parmi nos concitoyens trafiquant
ènpays étrangei’S, ébranlent leur crédit, et parfois
iè rüincnt complètement. D’un autre côté, le gou¬
vernement, toujours resti’eint dans ses dépenses
même les plus nécessaires, et ne pouvant assurer
armateurs sont sacrifiés

�ou
atictin

NOÜM-HIVX.

avoîiif finaiîcîer k

réduire

chaque année les

ses

339

projets,' est obligé de

armements de la marine

m'ilitairê et de renoncer à la formation d’aucun éta¬
blissement d’outre-mer.
'

s

Cette

pénurie d’armemehts est cause que les
côtes de la
presiju’île de l’Inde, cellès dela Chine,
lê grand archipel
d’Asie, Van'-Dîém’edj et la NoUvelIè»

Galles du Sud; toutes contrées
que

marchands,

fréquenteùt

nos

qu’ils fréquenteraient si des traités
leur en ouvraient
l’accès, ne sont visitées qu’à de
longs intervalles par les bâtiments de l’État. Il y a
inéine des points sur Ces côtes
; tels que Sart-Blas et
ou

les aufres ports

bien

rarement

pU étendré
»

sa

d’AméfiqUe

au

nord dé Panama, où

nôtre Station du Pérou
surveillance.

et

du Chili

un te! état de choses est éxtrênxemënt

et s’il s'é

ritimes

prolonge plus lohgtènfips,

et notre

influence

(FAmérique fômi)èrÔnf

sur

les

nos

a

fâcheux,

relations' ma¬

peuples d’Àsîé ét

tout à fait. Mais il faut

es¬

pérer que les chatnbrès adopteront énfrn, à l’égard
de notre cofnmeree,' les mésùfèS
cràmélîofatiôn dont
presque tôtttès lés puissances leur donnent l’exémple; ét qù’èllés abandonneront ce principe éxàgéré
d’égoïsine national,' qui,' en empêchant d’établir un
bon système
d’échange avec les autres pays, nuit
considérablement à la prospérité de nos
provinces
frontières. Alors, si elles
comprennent bien leur niîssrôn, elles n’hésiteront pas d’accorder les fonds né¬
cessaires air dévéloppement de ce
systèhre, ét le
gouvernement serà dinsr a mêriie dé remplir digiie-

�ÎLES MAUQUISES

310

les armateurs, nonles moyens de débiter
leurs cargaisons , mais encore en entretenant sur
toutes les mers dès forces imposantes qui, présentes
partout au moment du danger, repousseront l’en¬
nemi
ou qui, succombant avec honneur, répan¬
dront sur le nom français un éclat bien préférable au
prix de quelques frégates qu’une excessive prudence
ment ses

engagements envers

seulement en leur procurant

,

aura

conservées.

»

■

.

Depuis quelques jours à peine le pavillon national
sur les îles Marquises , et semble annoncer
que la France ne: veut plus rester étrangère à ce par¬
tage du globe entre les puissances rivales. Quel est
l’avenir de cette colonie naissante? quelles sont ses
Hotte

pour notre commerce ? de quel poids peut
établissement, si jamais la.patrie avait be¬
soin de recourir aux armes pour repousser ses en¬
ressources

être cet

nemis?
Suivant nous,

la colonie des Marquises est un

point militaire, un poste

avancé de la France pour

veiller sur son commerce et

défendre ses intérêts. Le

cultivable qui reste sur ces terres déjà
climat brûlant de ces contrées, ne
permettent pas de supposer que ce nouvel éta-

peu de terrain
si petites, le

blissementpuisseavoir unegrandeimportance comme
colonie agricole, libre ou pénitentiaire ; placé à une
distance immense de la métropole, il ne se trouve
dans aucune des conditions de position nécessaires

devenh’ un dépôt important de marchandises,
établissement commercial où puissent se tenir

pour
un

�ou

NOUKA-niVA.

341

des marchés nombreux. Le bois de

sandal, jadis
les navires de commerce pour l’ex¬
porter en Chine, semble s’être perdu sur ces îles, et
peut-être il faudra l’y replanter. Du reste, la popu¬
lation de cet archipel, faible et livrée par
goût à
une, inaction complète, ne présente, dans son indus¬
trie aucun objet que l’Europe puisse envier. Pour
amener au travail ces hommes insouciants, il faudrait
d’abord leur créer des besoins. La nature, si riche
sous ces zones
torrides, semble avoir prévu, cette
tendance qu’ont tous les peuples des tropiques à
si -rocherché par

vivre dans, l’indolence et l’oisiveté. De nombreux
arbres fruitiers assurent, sans culture, une nour¬

riture abondante à

ces

hommes si sobres et si limi¬

tés dans leurs désirs. La guerre,

qu’ils

ne cesseront

pas de faire,' car elle est essentielle à leur nature,
la liberté licencieuse des femmes, si caracté¬

ristique à ce peuple, et qui ne peut qu’ari’êter
la procréation, puis l’abus deS
liqueurs fortes,
dont ils seront avant peu très-avides, enfin les ma¬
ladies dont plusieurs îles sont déjà infestées, toutes
ces causes réunies doivent tendre
rapidement à
diminuer la population. Si on consulte les récits
des voyageurs qui seulement depuis Krusenstern
visitèrent ces peuples et cherchèrent, dans leur pas¬
sage, à estimer lenombrê des habitants, on reconnaît
déjà une tendance vers un prompt décroissement
de la race. Naguère encore M. Dupetit-Thouàrs n’a-til pas constaté une diminution sensible dans la popu¬
lation, diminution qui, il faut l’espérer, ne sera

�342

ILES

MARQUISES

point encore augmentée par la présence définitive
des Français sur ces terres, mais qu’ils ne pourront
pas arrêter, car les mœurs de ces peuplés ne
sauraient, suivant nous, éprouver un change¬
ment avantageux, sans une transition lente, si
jamais elle doit avoir lieu. Aussi, suivant toute
probabilité, et malgré toute la bienveillante solli¬
citude qui^ nous en sommes certains, formera
le caractère du nouveau gouvernement qui vient
de prendre possession de ces terres, les ha¬
bitants primitifs diminueront leur nombre ac¬
tuel, et peut-être disparaîtront totalement’ de ces
îles, dont nous resterons les paisibles posses¬
seurs.

^

explorations, hydrographiques de détail man¬
quent encpre sur ces côtes, si souvent visitées, pour
Des

faire connaître toutes les

maritimes,
ports pouvant donner abri aux flottes de
commçrce et même de guerre. Cependant, à moins
en

ressources

comme

que

plus tard, ce gui est peu probable, on ne trouve

des baies bien fermées et défendues de tous les vents,

qui eussent échappé aux reconnaissances sous voiles
déjà exécutées, oh peut, dès aujourd’hui, croire que
la

grande île Nouka-Hiva deviendra le dépôt

tral de

cen¬

les établissements maritimes du gou¬
vernement. Sur sa côte méridionale se trouve en
tous

Taiohae , capable de recevoir et mettre
tous les temps, des escadres et de
grands vaisseaux. A peu de distance de là s’ouvre la
baie Àkahi ou tchitchagoff, la seule qui jusqu’ici

effet le port
à l’abri de

�ou

NDUKA-HIVA.

343

paraisse offrir une mer assez tranquille pour y former
des établissements de construction, pu l’on
puisse
exécuter én toute sécurité les.opérations de carénage
qui exigent toujours un abri parfait. Enfin c’e^t en¬
core sur

des

l’xle Nouka-Hiva que se trouve la vaste baie

Taïpis, qui jusqu’ici n’a

offrir un port
mais qui aurait besoin
d’une exploration complète pour en faire connaître
tous les contours et les ressources maritimes ; suivant
certains auteurs, il est vrai d’une opinion douteuse,
elle présenterait des mouillages sûrs et des bassins
parfaitement abrités; quoi qu’il en soit, c’est sur
cette baie que s’ouvre la vallée la
plus vaste et la plus
féconde du groupe, et sous ce point de vue, c’est
encore là
que s’établiront par la suite un grand
nombre de colons, destinés peut-être à devenir les
sûr

aux

navires de passage j

fournisseurs des navires

en

pas paru

relâcbe. Sur toutes les

jusqu’ici quedes anses offrant
mouillages, que les navires ne
peuvent fréquenter-que suivant l’époque où ils se
trouvent, et ta direction des vents régnants.
autres îlesonnetrouve

de très-médiocres

Suivant nous, donc, l’île Nouka-Hiva est destinée

à devenir le centre

Ce

sera

tous

contre

ou

la

capitale de l’établissement.

l’dle Nouka-Hiva que se

dirigeront

les efforts de l’ennemi qui, en terpps de guerre,

chercbera à

s’emparer

à détruire notre établisse¬
Nouka-Hiva,, entourée de,tqus côtés par
une Cote élevée et accore sur laquelle la mer déferla
avec force et ne
permet point un débarquement j
puise sa première force dans cette disposition même
ment.

L’île

ou

�344

(le

ILES

côtes

qui

MARQUISE.S

abordables que sur peu de
points; la hauteur des montagnes de l’île, leurs fa¬
laises ardues qui ne permettent que difficilement les
communications entre les différents points de la côte,
rendraient aussi pénibles et peu fructueux les débar¬
quements qui seraient tentés par l’ennemisur tout au¬
tre point que ceux occupés par I es Français. Sur la côte
méridionale où, je le répètesera probablement le
siège principal de l’établissement, la côte est inabor¬
dable sur tout le littoral, excepté dans les baies Akani,
Taio-hae et des Taïpis; les deux premières baies se¬
ront faciles à défendre, grâce à leur entrée étroite et
aux hautes
montagnes qui lés dominent de toutes
parts. Toutefois; ce ne sera point sans des diffi¬
cultés nombreuses et de grandes dépenses
que
les batteries françaises pourront couronner les
hautes et dures falaises qui limitent ces ports. La
vaste baie des Taïpis sera probablement le
point
où rennemi cômmencerait l’attaque à cause des faci¬
lités qu’auraient les. navires de guerre à y entrer avec
vent sous vergues et d’en sortir au cas de non réus¬
site- Un point sur la côte est, l’anse de la Néva, et un
autre signalé sur la côte nord
par M. DupetitThouars comme pouvant offrir
mouillage, sont les
seuls connus jusqu’ici sur tout le reste du
pourtour
de l’île Nouka-Hiva. Enfinj comme colonie
militaire,
les îles Marquises semblent réunir toutes les condi¬
tions nécessaires pour la défense en cas
d’attaque;
mais s’il
s’agissait de s’établir solidement sur
chacune des îles de l’archipel, la garnison deses

ne sont

�ou

vrait y

rables.

345

NOUKA-HIVA.

être nombreuse et les travaux d’art considé¬

Après Nouka-IIiva,
qui offrent,
Leur étendue dépasse,
Hiva ; mais, nulle part,
sont celles

les îles Taouata et Hiyaoa
les plus grandes ressources.
il est vrai, celle de Noukaleurs côtes abruptes ne pré¬

des abris, assurés

temps pour les
grands navires, et faciles à défendre; cependant, il
ne faut
pas perdre de vue que le port de Vaïtahou, assez tranquille pendant la mousson d’est, peut
envoyer les navires qui fréquentent sa rade,
passer le teipps déThivernage sur la côte méridionale
de Hivaoa,^ où se trouvent des ports.à petite distance
sentent

et_abrités des

vents

d’ouest.

en

tous

.

position, les navires de guerre mouillés
Marquises seront appelés à commander tous les
archipels de l’Océanie, où les vents d’est, qui souf¬
flent régulièrement pendant huit mois de l’année,
peuvent les porter en quelques jours. L’Australie,
la Nouvelle-Zélande, toutes les Moluques, les Phi¬
lippines, la Chine, le Japon, auront, en cas de guerre,
constamment à redouter un coup de main .tenté
par
nos escadres
embusquées dans les Marquises. Toute¬
fois, ne perdons pas de vue que, jusqu’ici, les Mar¬
quises ne sont qu’un point isolé pour la France; que
de là, s’il est vrai qu’elle peut envoyer ses vaisseaux
sur toutes les
possessions occidentales de nos rivaux,
elle n’a pas un seul port ,sous le vent pour les rece¬
voir en cas de besoin ou de non réussite; aussi, es¬
pérons que la France ne s’arrêtera pas dans ce sysComiïie

aux

�,&gt;&gt;1. Il'

346

ÎLES MARQUISES

régénérateur

pour notre marine et notre
bientôt, dans ces vastes mers,
on verra son
pavillon flotter sur d’autres points
que sur les deux rochers de Bourbon et des Mar¬
quises.
Depuis longues années, la France avait senti la
tème

commerce,

et que

nécessité d’entretenir
côtes

une

station nombreuse

sur

les

occidentales d’Amérique; la,

vires de commerce ont

encore

en effet, nos na¬
des relations nom¬

breuses ; et toutes ces petites républiques,,
leur indépendance, orgueilleuses mêpie'de

Aères de
leur fai¬
blesse, ont besoin d’une surveillance active, dans
l’intérêt de nos,nationaux.’Des noüvelles possessions
des États-Unis, dont le port de Columbia semble de¬
voir être le centre principal, méritent une attention
toute spéciale du gouvernement. Les îles Marquises
Sont destinées à devenir le centre de notre station;
c’est de là, désormais, que nos vaisseaux iront s’é¬
chelonner sur cette vaste côte, prêts à appuyer la
justice des réclamations de nos nationaux, et à faire
respecter notre pavillon, s’il devait jamais y être ex¬
posé à des insultes. Sans douté, douze cents lieues
encore séparent nos colonies nouvelles du continent;
un point
plus rapproché de cette vaste terre eût été
préférable ; mais la mer dans ces parages est pauvre
dé ces archipels aux rives découpées dont elle est si
richeensuite. De toutes les îles de l’Océanie réunissant

former un établisse¬
durable, les îles Marquises se présentent les
premières sur la ligne; et à ce titre;, nous devons
les conditions nécessaires pour y

ment

�ou
nous

féliciter

347

Nouka-hiva.

d’y voir flotter le pavillon de la patrie.

L’utilité des îles

Marquises, comme possessions
françaises, ne saurait être limitée à l’influence
qu’elles sont destinée^ peut-être à exercer dans le
cas d’une
guerre,' dont le théâtre serait l’océan
Pacifique; nos navires de commerce, dont le nom¬
bre augmente tous les jours, n’aüront-ils
pas un
immense avantage à trouver dans ces mers un éta¬
blissement français qui puisse leur prêter secours et
assistance, lorsque, après-avoir doublé les mers tou¬
jours si tempétueuses du cap Horn, ils débouquènt
dans l’océan Pacifique, souvent avec des besoins
urgents qu’ils lie peuvent satisfaire dans les ports
américains; et puis nos baleiniers qui aujourd’hui,
pour se livrer à leur louable-industrie, viennent par¬
courir toutes les côtes d’Amérique et les mers
qui baignent la Nouvelle-Zélande et l’Australie?,
la poursuite du cachalot, si peu pratiquée
par les
Français, qui se fait dans les archipels de l’O¬
céanie, la pêche des holothuries celle des perles
et de la nacre, enfin la récolte de
l’écaille, toutes
ces industries réclamaient un
point central dans
ces mers, où
nos nationaux pussent réparer leurs
pertes refaire les vivres qui souvent leur man¬
quent, enfin retrouver la protection efficace du
pavillon. Aujourd’hui, cette lacune est comblée,
èt la colonie des Marquises doit être d’autant plus
utile, qu’elle sera abondamment pourvue de tous
les objets que nécessitent cés industries.'.
,

,

Le

commerce

futur des îles

Marquises

sera pro-

�348

ÎLES SIAROUISES

bableinent limité

aux

fournitures

qu’elles pourront
aux.navires pas¬
sagers qui, dans leur trajet à, travers l’Océanie,
viendroiit y relâcher. Mais là encore, dans ce com¬
merce, nos possessions françaises am’onl à lutter
contre la^ concurrence
que ne manqueront pas de
leur faire les îles Taïti, Samoa,
Tonga, munies
comme
elles de bons ports placés sur la route
des navires, et qui possèdent encoi;e des plaines plus
vastes et plus fécondes
que les vallées noukahiviennes. Le capitaine Roquefeuille, qui nous a laissé
des renseignements détaillés sur le commerce fran¬
çais dans ees,parages, dit, en parlant des îles Mar¬
quises, qu’elles sont une bonne relâche pour les
bâtiments qui, après avoir doublé le cap Horn, se¬
raient appelés par la nature de leur expédition dans
quelque partie de l’Australie, pour les baleiniers qui
fréquentent le .Grand-Océan méridional., pour les
navires allant à la côte nord-ouest d’Amérique, et à
qui des besoins urgents ne permettraient pas de
pousser jusqu’aux îles Sandwich en tout préféra¬
bles (à l’époque du passage du capitaine). Enfin,
les Marquises sont la relâche naturelle des naviga¬
teurs destinés pour les ports de l’Amérique mé¬
ridionale, et de ceux qui, partant de la côte nordfaire

de, vivres frais

et de campagne,

ouest, vont doubler le cap Horn.
Il suffît de jeter

les yeux sur une carte pour réduire
juste valeur tous les avantages énumérés par
Roquefeuille en l’honneur des Marquises. Ce serait
à leur

nécessairement vrai, si la côte du Ghiliétaitsans ports

�ou

NOUKA-HIVA.

349

et sans

ressources'; si, à côté des Marquises, ne s’éle¬
vaient pas les îles Taïti, des
Navigateurs, etc. Poul¬
ies navires qui ,■ après avoir doublé le
cap Horn, vont
dans l’Australie ou à la côte nord-ouest

d’Amérique,

les baleiniers siu’tout qui vpnt poursuivre leur
pêctie le long de la côte américaine, nous nous ran¬
gerons à l’avis de Krusenstern, lorsqu’il dit qu’il sera
préférable pour eux dé toucher à un port du Chili :
le Chili, en effet, si jamais if tombe entre des
mains
déplus en plus industrieuses et animées par le travail,
offrira des avantages nécessairement bien
plus pré¬
cieux queles Marquises. Sa
températurepermet d’y ré¬
colter de lafarme, les
troupeauxy sontabondants, les
salaisons ne peuvent nianquer
d’y êtréà bon marché,
pour

ses

ports sont vastes et sûrs, et, au moins tout

tant

que

les Marquises, ils

au¬

se trouvent sur la route

des navires qui vont là chercher le souffle favorable

des vents alisés. Un seul
avantage pour les îles Mar¬
quises peut momentanément leur valoir la préfé¬

rence; mais il dépend des habitants, du Chili de le
faire cesser,-aussitôt qu’ils voudront tenir leurs ma¬

gasins au niveau des besoins de la navigation; Les
Marquises, aujourd'hui couvertes par le pavillon de
la France, vont avant peu se couvrir de
jardins; les
légumes y seront abondants; c’est peut-être'le point
où .les cochons, cette ressource de
l’Océanie, sont
le plus nombreux ; les
poules et les chèvres ne peu¬
vent tarder
d’y multiplier de manière à pouvoir
offrir des approvisionnements aux navires.
Les ilea Marquises sont eutiffetsur la route d’uneiu-

�350

ItES

MjïRQBISES

fjiiité de navix'es ; ceux qui vont de l’Amérique mérir
dionàle en Chine, aux Philippinès, aux Moluques et

qui delà côte nord-ouest auront
pour point d’arrivée .quelquesrùris desportsde laNoüdans l’Australie; ceux

velI'e-Galles du Sud et de la

Nouvelle-Zélande, même
qui vont dü cap Horn à la côte nord-ouest,
pourront toucher aux Marquises, si leurs ports
ceux

réels ; mais il ne faut pas
perdre, de vue que les îles de la,,Société, les îles dés
Navigateurs , ainsi que . celles des Amis et une
foule d’autres, jouissent des mêmes avantages, que
déjà la civilisation ÿ marche avec rapidité, que les
troupeaux commencent à y être nombreux. Si, jus¬
qu’ici, la relâche des Marquises a été préférée pâr
un
grand nombre de.navrres à celle des autresArchipels, c’est que les Cochons et les poules y étaient
offrènt des avantages

encore

dis

quelques bagatelles, tan¬
à Taïti, ces mêmes rafraîchissements

abandonnés pour

que,

plus élevée que le prix
les missionnaires qui, à peu de choSe
près, y monopolisent le commerce.
En résumé, la colonie des Marquises ne peut
avoir aucune importance comme colonie agricole;
comme établissement commercial, ses ressources
seront celles qui sont le partage de tout point de
relâche où,les vivres frais sont abondants, et la con¬
dition pour qu’elle consei’ve cette source de' richesse,
sera que ses produits puissent toujours lutter par
leur qualité, leur abondance et leur bon marché,
avec lès îles ses rivales, qui coïmïie elle spéonleront
avaient
en

est

une

valeur d’autant

fixé par

�ou

W.OÜKA-HIVA.

33.1

dés navifes. Ajoutons à cela_, que les
l’Océanie, si riches par leurs végétation j ont
sur les îles
Marquises l’avantage immense de possé¬
der des plaines vastes et fertiles
j que les îles Taïti,
des Navigateurs et autres, Si elles étaient
exploitées
par un autre peuple que la race cuivrée sauvage,qui
l’halnte, et (Jui partout décroît rapidement, que ces
îles^ dis-je ÿ pourraient avec le secours de l’agricul¬
ture^, prendre de rimportançe Comme .colonies agri¬
sur

le passage

îles de

coles

donner lieu à des transactions nombreuses.
L’isthme de Panama,'si jamais il vient à être
et

percép eri

ouvrant

une

route

nouvelle, suivie

bientôt par tous les navires qui visitent
l’Océan,
viendra offrir on nouveau débouché à toutes les îles

de

l’Océanie, mais les conditions restent toujours
le commerce des Marquises aie
plus à j gagner que celui de ses rivales.
Comme point militaire j la colonie des
Marquises
nous
paraît utile ët avantageuse. Plus de cent navires
de coitiinerce français parcourent
aujourd’hui l’océan
Pacifique; ils avaient besoin d’un point de refuge,
d’un point où ils pussent trouver
prOtectioù et assis¬
tance; d’un autre côté, l’inférêt national comme
aussi l’honneur du.pavillon,
exigeaient impérieuse¬
ment que la France entretînt dahs cës mers
éloignées,
des forces imposantes
qui mancjuaient d’un centre
d’action et d’un abri assuré en cas d’événements
qu’il
est souvent. difScile de
prévoir. Les îles Marquises
remplissent ce double but.
Pans l’état actuel; avec le
pèu de possessions qui
les mêmes, pour que

4-

�ÎLES MARQUISES

352
restent à

la France

en

dehors de

l’Atlantique, le

militaire des îles Marquises paraît appelé à
plus de services dans un coup de main ou
dans une guerre peu animée avec quelqu’une des
petites républiques de l’Amérique, que dans le cas
d’une lutte avec une des grandes puissances, mariti¬
mes du monde ; dans ce dernier cas la France senti¬
rait bien vite l’insuffisance de ce poste avancé, de
cette sentinelle perdue qui ne saurait être soutenue
immédiatement par le corps d’armée.
C’était un beau projet que celui qui semble
avoir été conçu à l’époque où une colonie fran¬
çaise allait essayer ses forces sur la Nouvelle-Zé¬
lande; c’était là, en elfet, une belle terre sur la¬
quelle toutes les conditions autres que celles de
la distance, se trouvaient réunies pour fonder des éta¬
blissements durables, pouvant après peu de temps
résister aux flottes européennes, et devant avec les
Marquises rétablir la puissance française dans ces
mers, où aujourd’hui elle compte à peine. Mais, il
faut l’avouer, au milieu des vastes ports de la Zé¬
lande des riches plaines qui les entourent, et dont
les Anglais aujourd’hui semblent tirer un si beau
parti, le lieu choisi par la Francé pour les colons
qu’elle y envoyait, était peu propre à rassurer l’opi¬
nion publique sur le succès futur de l’établissement.
On aurait dit que la beauté du port, les facilités de
poste

rendre

^

le défendre étaient les seules

établissement lointain ; comme si la nadu terrain, la fécondité du sol, la facilité d’éta-

pour cet
tpre

conditions nécessaires

�ou

NOUKA-HIVA.

blir des communications

nourrir n’étaient
pas

353

enlin la possibilité de s’y
la base d’un établissement du¬
,

rable, qui aussi doit avoir soin de sa défense et
pos¬
séder des ports et des citadelles. Pour
quiconque a
parcouru les nombreuses baies de la
Nouvelle-Zélande,
il sera facilede
comprendre que le choix ne fut point

heureux;

et quand bien même

les seuls et

il n’est pas

France, si

1

nous

fussions restés

paisibles possesseurs de cette vaste terre,
douteux pour nous que le pavillon de la
on

avait dû songer à

ment, n’aurait dû

l’y tixer définitive¬

par flotter sur

d’autres
points autrement rétribués parla nature de leur sol et
par leurs ressources maritimes, que le port d’Akaroa.
De même ici, s’il eût été loisible à la France de
choi¬
sir parmi les îles de l’Océanie
pour y faire flotter ses
couleurs, le choix des Marquises à côté de la riante
commencer

Taïti serait loin d’être heureux. Mais

ce

choix n’était

point possible; les Aies Marquises sont et doivent
rester françaises. Sans doute, la
prise de possession
de cet archipel, qui a suivi de si
près les navires qui
portèrent nos premiers colons à la Nouvelle-Zé¬
lande, n’est que le commencement d’un projet
plus vaste et digne de la grandeur du nom fran¬
çais. On n’a pas spéculé sur le percement futur
de l’isthme de Panama,
pour, en cas de guerre,
assurer une route à nos vaisseaux. On sait
que les
colonies sont comme des forts qui, souvent sans
importance par eux-mêmes, en prennent une im¬
mense en croisant leurs feux avec ceux du
voisin;
notre colonie des Marquises ne doit
pas restçr seule,
23

�Iles marquises

354

isolée

au

la patrie.

milieu de l’Océan, à cinq mille

lieues de

conditions, la prise de possession des îles
Marquises nous paraît comme un événement heureux
qui semble annoncer à la France que son gouverne¬
ment songe à l’avenir. Espérons que le pays, recon¬
naissant ses besoins et fier de sa dignité, prêtera un
appui ferme et solide au ministre d’état qui a fait
entreprendre cette noble tâche ; espérons surtout que
l’œuvre se terminera, que la possession isolée des
Marquises ne viendra point dans l’océan Pacifique,
A ces

comme

le rocher de Bourbon dans l’Inde, attester

seulement notre faiblesse.
Pour nous, voyageurs, nous
comme un

considérons d’abord

devoir de faire connaître nos réflexions

sur

les pays que nousavons visités,

ainsi que les ressources
que chacun d’eux présente comme colonie future;
mais nous savons que la jalousie de nos rivaux est
la presse française,
toujours si empressée défaire connaître les actes du
facile à exciter ; nous savons que

gouvernement, a donné la Nouvelle-Zélande à l’An¬
gleterre, lorsqne celle-ci ne songeait point encore à y
planter son pavillon ; aussi, nons croyons devoir taire
ce que nous avons pu voir, pour avant tout servir
notre pays.

�NOTES.

NOTE PREMIÈRE.

C’est

une

tâche düBcile que

tous les détails de l’aventure

les

celle de reproduire exactement

survenue au

missionnaire Harris chez

Nouka-Hiviens, peuple dont les actions ne

des contraintes

imposées

connaissent

aucune

la décence chez les nations civilisées.
11 paraît que ce
missionnaire, déjà mal disposé en faveur des ha¬
bitants de Taouata, ne voulut pas
accompagner son confrère Grook
dans une excursion qu’il devait faire dans une vallée
voisine, sous
la conduite duchef Tenaï, leur hôte. Ce chef
bienveillant, qui
avait déjà partagé sa demeure avec les deux
missionnaires, ne
borna pas son hospitalité à cette démonstration
amicale; il voulut
encore conférer à
Harris, pendant le temps de son absence, ses
droits tout entiers ; il en faisait un second
lui-même, sous tous les
rapports, et, pour employer les expressions de Krusenstern, il lui
conféra la charge à’allumeur des
feux du roi, emploi qui donne
la jouissance de toutes sortes de faveurs. Mais le
missionnaire, déjà
accablé par la sombre perspective d’un
séjour prolongé au sein
d’une peuplade aussi sauvage, n’avait pas même
compris le sens
des discours qu’on lui avait tenus : il
négligea totalement la
famille de son ami, ne s’occupa en aucune façon des fonctions
qu’on lui avait imposées, et, cherchant dans te sommeil un remède
à ses inquiétudes, il s’endormit do bonne heure. La femme du
chef, étonnée de cette conduite, et ci-aignant peut-être les re¬
proches de son mari, mue d’ailleurs par ledésir devoirde prés un
Européen, profita du sommeil de Harris ainsi que toutes les femmes
de sa suite pour le contempler à son aise ; mais la curiosité ne se
par

�356

NOTES.

borna pas

à cette inspection silencieuse, toutes ces femmes vou¬
de leurs mains réveilla
sur-le-champ qu’on en
voulait à sa vie. Éperdu, il saisit à la hâte la malle contenant ses
effets la chargea sur ses
épaules et se dirigea au plus vite vers le
rivage où il arriva au beau milieu de la nuit.
Malheureusement le Buff était mouillé loin de terre, le bruit du
ressac couvrait la voix du missionnaire
qui appelait à son aide de
toutes ses forces, et il s’était déjà
résigné à attendre le jour assis
sur son
coffre, lorsque quelques sauvages, attirés par ses cris,
s’approchèrent et essayèrent de lui dérober quelques-uns de ses
effets. Cette dernière tentative mit le comble à son
épouvante ; il
s’enfuit dans les bois à moitié fou, et erra
jusqu’au matin en proie
à des transes mortelles. M.
Falconer, vin officier du Buff, envoyé
à sa recherche, ne
put pas débarquer à cause de la barre trèsviolente ce jour-là. Pour comble d’infortune, on fut
obligé de
haler à bord avec une corde le
pauvre Harris à travers le bris
des lames à la plage ; sa raison avait résisté avec
peine à tant de
contrariétés; en arrivant à bord, il n’avait pas encore repris l’usage
lurent le toucher; et le contact imprudent
en sursaut le malheureux Harris
qui crut
J

,

de

sens, et

ses

donna

une

pire que le mal.

Nous

avons

vu

que

nouvelle preuve que souvent la peur est

l’amiral

russe

Krusenstern

Européens, anciens matelots déserteurs

trouva

deux

de leurs navires, fixés sur

les îles Nouka-Hiva. Ces deux hommes
avaient,

chacun de leur côté,

parcouru ime carrière brillante au milieu des sauvages, dont ils
avaient adopté la manière de vivre en se conformant aux mœurs

et coutumes du
pays. Tous les deux étaient devenus des guer¬
riers redoutables, et ils étaient arrivés à
l’apogée de la gloire et

de la

puissance

navires

russes

sauvage lorsque parurent' sur la rade les deux
la Nadeshàa et la Néva. L’un d’eux,
Joseph Ca-

�357

NOTES.

bri, Français de naissance, et dont ses journaux nous ont der¬
nièrement rappelé les aventures, se trouvait sur le navire la
JVadeshda lorsque ce bâtiment fut obligé d’appareiller en toute

hâte, sans pouvoir renvoyer notre aventurier à terre. Dès lors Jo¬
seph Cabri fut obligé de suivre la destination de la Nadeshda, et il
quitta pour toujours les îles Marquises pour revenir en Europe. Il
dut être, au commencement, bien embarrassé de la contenance ;
car le
tatouage complet de son corps attirait l’attention de la foule
qui s’ameutait autour de lui ; puis-il devint l’objet de spéculations
particulières et fut promené de ville en ville comme un objet de
curiosité.

11 fut d’abord présenté à l’examen des hautes sommités scienti¬
fiques, il eut l’honneur d’être présenté devant plusieurs têtes cou¬
ronnées, et finit enfin par se montrer au public pour une modique
somme d’argent.
A la foire d’Orléans, on vit, pendant quelques jours, les
longues
affiches du spectacle promis par Joseph Cabri à côté des prouesses

savantes du

fameux

chien Munito.

Ce

rapprochement blessa

l’amour-propre de l’ex-chef sauvage qui, saisissant son casse-tête
faillit faire un mauvais'parti au savant Munito et surtout à son
maître. Joseph Cahri avait presque perdu l’usage de sa langue et il
avait contracté

au milieu des Noukahiviens un sifflement
particu¬
l’on remarque fréquement parmi les Em’opéens qui ont
longtemps véeu parmi les sauvages ; ses auditeurs avaient peine à
le comprendre.
Depuis l’événement qui l’arracha pour toujours à sa patrie adop¬
tive, les Marquises, et qui le ramena dans son pays, Joseph Cabri
dut mener une vie assez misérable ; il continua à exploiter la cu¬
riosité publique jusque vers l’année 1818 oùil expira à Valenciennes
sa ville natale. Il eût sans doute été
précieux de pouvoir conserver
la peau bigarrée de-mille tatouages capricieux de ce vaillant ami
de Keatanoui ; toutefois son corps fut confié simplement à la terre,
grâce peut-être à l’obscurité dans laquelle il passa ses derniers

lier que

instants.

Quant à l’Anglais Roberts, il

plète de

sa

a laissé une histoire presque com¬
vie dans la lettre suivante, adressée à M. Rare, en date

du 11 décembre 1811.

�358

NOTES.

a

Monsieur,

prends la liberté de vous adresser le résumé de la narration
aventures, savoir :
n En novembre 1797
, j’ai quitté Londres pour entreprendre un
voyage au delà du cap Horn ; après avoir demeuré à Spithead jus¬
qu’au commencement de janvier 1798, nous avons fait voile, et
trois mois après nous avions atteint l’île de Saint-lago , où nous
avons séjourné
quelques jours avant de nous rendre à Rio-Janeiro.
Notre relâche dans ce port a été de douze à quatorze jours, et
nous avons doublé le cap Horn dans le mois de juin 1798. Nous
avons séjourné pendant six mois aux îles Gallapagos, d’où nous
nous sommes dirigés vers la côte de Californie, en compagnie des
navires le Butterworth et le Liberty, tous les deux de Londres.
Par la latitude de 17» noi’d, nous avons éprouvé à minuit un coup
de vent, le Liberty n’a plus reparu depuis lors, et le Butterworth
perdit son grand mât. A la suite de ce malheur imprévu, nous nous
sommes dirigés vers les îles Marquises, situées par 9“58' latitude sud,
et environ 158» longitude ouest. A lasuite de diverses circonstances,
je devins un habitant de l’île Santa-Christina (Taouata), où j’ai ré¬
sidé près d’un an ; à cette époque j’ai passé sur une autre île éloignée
d’environ trois lieues; je tentai alors de.faire quelques spéculations ;
mais mon éducation imparfaite m’empêcha de réussir. A la fin,
je partis avec un ami, dans une double pirogue, pour Noukahiva,
éloignée d’environ trente-cinq lieues. Dans cette île, la fortune m’a
été plus ou moins favorable. Mon ami, le roi, m’affectionnait
beaucoup, et, de mon côté , je faisais tout ce qui dépendait de moi
pour mériter sa faveur ; j’ai guidé ses guerriers dans les combats
pendant quatre ans. Plus tard, il m’accorda la main de sa sœur
Ena-o-ae-a-ta, comme un faible témoignage de son estime ; de¬
puis j’ai considéré ce mariage comme une grande faveur.
» A la
fin, en février 1806, je quittai les Marquises sur le navire
la Lucy^ de Londres, destinée pour Port-Jackson ; six jours après
nous arrivâmes à Taïti, où se trouvaient douze missionnaires. Ma
femme étant enceinte de son second enfant , je débarquai dans ce
lieu, le 8 mai 1806, et j’y demeurai pendant dix-huit mois, au
bout desquels le capitaine Dalrymple arriva et me prit à bord en
qualité de pilote. Je conduisis son navire aux îles Ladrones, et
dans un mois je le ramenai à Taïti. Après avoir fait de l’eau, du
«

de

Je

mes

�NOTES

nous partîmes de nouveau pour les îles Pheacus et
la Nouvelle-Zélande, où nous prîmes un chargement
d’Espars pour Penang; nous arrivâmes dans ce port, en mars
1808 ; j’y séjournai vingt-trois mois , mon capitaine étant mort
;
en février 1810,
je pris passage pour le Bengale, où nous sommes

bois, etc., etc.,

de là pour

arrivés le 17
»

Telle

mes

mars

1810.

est, mon bon monsieur, l’esquisse de mes voyages et de
puisse-t-elle satisfaire à votre désir.

courses,
»

Je

suis, etc.
»

E. Roberts.

»

C’est là tout ce que l’on sait de la vie de Roberts, qui,
après avoir
occupé une si haute position chez les sauvages noukahiviens, est
peut-être allé se condamner à une vie misérable dans un coin éloi¬

gné du globe.

NOTE 3

DÉCLARATION

présente déclaration a pour but de faire connaître au monde,
moi, David Porter, capitaine ,de la marine des États-Unis
d’Amérique, commandant actuellement la frégate des États-Unis
La

que

VEsseæ, ai, au nom desdits États-Unis, pris possession de l’île appe¬
lée par les indigènes Noukahiva, généralement connue sous le nom
d’île sir Henry Martin, mais maintenant nommée île Madison.

requête et avec l’assistance des tribus amies, résidant dans
Tieuhoy, aussi bien que celle des tribus résidant dans
les montagnes, que nous avons vaincues et rendues tributaires de
notre pavillon, j’ai fait bâtir le village de Madison, consistant en
six maisons convenables, une corderie, une boulangerie et autres
dépendances, et pour la protection de ce village autant que pour
celle des indigènes nos alliés, j’ai fait construire un fort, suscepA la

la vallée de

,

�360

NOTES.

tible de recevoir seize
canons, sur

lequel j’en ai placé quatre, et

que j’ai nommé fort Madison.
Nos droits sur cette île étant fondés

sur une

priorité de décou¬

verte, de conquête et de possession, ne sauraient être contestés.
En outre, les indigènes
sans défense, pour s’assurer une protec¬
,

tion amicale si nécessaire à leur situation

, ont
demandé d’être
admis dans la grande famille américaine, dont les lois
républi¬
caines ont tant d’analogie avec les leurs.
Et., dans le but d’encou¬

rager ces vues,

dans leur intérêt et

que pour assurer nos

droits

de

pour

leur bonheur, aussi bien

île importante sous beaucoup
moi de leur promettre qu’ils seraient
sur une

rapports, j’ai pris sur
adoptés ainsi qu’ils le désiraient, que notre chef serait leür chef,
et ils ont donné l’assurance
que chacun de leurs frères des ÉtatsUnis qui les visitera dorénavant, recevrait
parmi eux une récep¬
tion cordiale et

hospitalière, et qu’ils leur fourniraient tous les
provisions que l’île produit, qu’ils

rafraîchissements et toutes les
les

protégeraient contre leurs ennemis, et autant qu’il dépendra
d’eux, ils empêcheraient les sujets delà Grande-Bretagne (les con¬
naissant comme tels), de venir parmi eux,
jusqu’à ce que la paix

soit faite entre les deux nations.
Des

présents considérables des produits de l’île,

ont été

par chacune des tribus de l’île, sans en excepter les
et elles ont été énumérées ainsi
qu’il suit, savoir :

apportés
plus éloignées,

Six tribus dans la vallée de

Tieuhoy, appelées les Taeehs,
2° Maouhs, 3° Houneeahs, 4“ Pakeuhs, 5“ Hekuahs, 6“ Havvouhs.
Six tribus des Happas : 1° Nieekees, 2° Fattievovvs, 3“
Pachas,
4" Keekahs, 5° Fekaahs , 6“ Muttawhoas.

savoir

:

1° Hoattas,

Trois tribus des Maamatwuahs

3° Cahahas.

Trois tribus des Attatokahs

heutahs.

;

1“

:

1“

Maamatwuahs, 2“ Tivahs,

Attatokahs, 2“ Takeeahs, 3“ Pa-

Une tribu des Nieekees.
Douze tribus

des Typees : 1“ Poheguahs
,
2“ Naheguahs,
Attayiyas, 4o Cahunukohas, 5“ Tomavaheenahs, 6“ Tickeymahues, 7“ Mooaeekas, 8° Atteshows, 9“ Attestapwyneuahs,
10“ Attehacoes, 1°
Attetomohoys, 12“ Attakakahaneuahs.

3®

La

plupart des tribus ci-dessus ont réclamé d’être admises sous la

�361

NOTES.

protection de notre pavillon, et tontes ont manifesté le désir d’ob¬
tenir, à quel titre que ce soit-, une alliance qui leur, promet tant
d’avantages.
Mû par des considérations d’humanité qui promettent une
prompte civilisation, à une race d’hommes qui jouit de tous
les dons intellectuels et corporels que la nature peut accorder, et
qui ne demande qu’à se perfectionner ; sous l’influence de vues
particulières, qui assurent à mon pays une île fertile et populeuse,
dotée de tous les avantages de sécurité, d’approvisionnement pour
les navires, et qui est parmi toutes les autres la’ mieux située, sous
le rapport du climat et de la position locale, je déclare que j’ai, de
la manière la plus solennelle, à l’ombre du pavillon américain
déployé sur le fort Madison, et en présence de nombreux témoins,
pris possession de l’île Madison, au nom des États-Unis dont je suis
citoyen ; et que l’acte de la prise de possession a été annoncé par
un salut de
dix-sept coups de canons , tiré par l’artillerie du fort
Madison, qui a été répété par les navires sur la rade, qui sera do¬
rénavant appelée Massachussets bay. Et que, pour que notre droit à
cette île ne puisse être contesté plus tard, j’ai enterré une bou¬
teille au pied du mât de pavillon du fort Madison, dans laquelle
se trouve une copie du présent acte, avec plusieurs pièces de mon¬
naie

au

coin des

États-Unis.

quoi, j’ai apposé ma signature ci-dessous. Ce dix-neu¬
jour de novembre 1813.
Signé David Porter.

En foi de

vième

Témoins

présents.

Signé John Downes, lieutenant U. S.N. — James P. Wilmer d®.
—S.D. M’KNiGflT,acting lieu tenant U. S. N.—John. G. Cowel d“.
—David P. Adams, chaplain U. S. N.—John M. Gamrle, lieu¬
tenant U. S, marines. —Richard K. Hoffmann, acting surgeon
U. S. N.—JohnM. Maury, midshipmanU. S. N.—M. W- Bostwiok, actiag rnidshipman U. S. N.,— William Smith , master
of the American ship Albatross.—William H. Odenhbimbr,
acting surgeon master U. S. N. —Wilson P. Hdnt, agent for
the North Pacific fur company. — P. de Mester; Benjamin
Cl AFP, citizens of the United-States.
Le contenu

emphatique et pompeux de cette pièce nous a engagés
24

�3t)2

NOTES.

produire comme un spécimen remarquable du style américain.
à cette note d’autres documents de cette
nature ; car, Dieu merci, les îles Nouka-Hiva n’ont pas manqué de
découvreurs et de prises de possession; mais le temps nous manque,
et nous les croyons,’ pour le momentdu moins, inutiles à notre sujet.
à la

Nous aurions pu annexer

FIN

DES

NOTES.

�TABLE DES CHAPITRES

Préface.

Pag.

CnAP. I.

Histoire

Chap. II.

Géographie

CnAp. ni. Mœurs et Coutumes.
CflAP. IV. Considérations

FIN

1)13

LA

.

.

générales,

TABLE

DES

CHAPITRES.

PARIS—IMPRIMERIE DE FAIN ET ÏHÜNOT,
IMPRIMEURS

DE

u’uKIyERSITE

ROYALE

DE

RuoRaoioe, 23, près de TOdéon..

FRANCE

��Pub/fé-^&gt; -'i’/ ’

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J.
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Jhibïie

��VOYAGES
PE

«iSSlON

SCiE.WIFIOÜE DE KORD,

rinUÉS
sous

LA

PAIt OUIRE du

!a direction d&amp;xM. Paul Gaijiaud

27 volumes g

,

roi,

piésideiit de la Commission.

and iii-8" el 766 plancLes grond ra-loiio.

IPAiaTaS lP0T7@i?i[gS^l3I
rin

MM

A.

Majer, B. liativei-gue, t'U. €i&lt;irRiicl
et ïi. Bet'nScf,
[rEJ.MlitS

DE LA COM'IlfSIUA Dl AOI’iD.

Comme toutes les autres sciences, celle des voyages a eu

phases diverses, scs révolutions et ses progrès ; au temps
du pays natal étaient fantasques et bizar¬
res
le voyageur y rapportait des récits étranges : c’étaient
des hommes à taille de géant ou de nain, des espèces inter¬

ses

où les croyances
,

médiaires d’une structure inattendue, des animaux de formes

fabuleuses, des plantes et des minéraux dé¬
l’air,
au sein des flots, naissaient par myriades les phénomènes
extraordinaires, produits de notions incomplètes et de l’a¬
et d’habitudes

sormais introuvables. Partout enfin, sur la terre, dans

mour

du merveilleux.

ÿOTA. Voir à la page

31,

p3tir

1(* clivwior.i de l'ctivrage.

1

�disposition à idéaliser dépassait toutes les limites
poésie et de la peinture ; car, s’il est réel¬
lement de nécessité pour les arts d’idéaliser les objets de
l’observation, jamais ils ne doivent l’être à côté de la vérité.
Rien de plus intéressant que de parcourir les annales des
voyages, d’y voir par degrés disparaître devant le flambeau
de la seienee les apparitions extravagantes de l’imagination.
Lisez les récits des premiers naturalistes; au milieu d’obser¬
vations tout empreintes de géiiic, vous trouvez les descrip¬
tions les plus incroyables : auprès des Scythes septentrio¬
naux, anthropophages, les Arimaspes, remarquables par
l’œil unique qu’ils ont au milieu du front. « Ce peuple, dit
« Pline, est continuellement en guerre avec les Griffons
es«t
pèce de monstres qne l’on représente ordinairement avec
Celte

raisonnables de la

,

mines, ils mettent à le

&lt;t

des ailes. Tirant l’or des

«

autant d’ardeur que

a

est du moins le récit d’Hérodote et d’Arislée de Proconcsc.

conserver

les Arimaspes à le leur enlever : tel

Les Sauromates, à dix

journées du Roryslhèné,

nent de nourriture que de trois en trois jours.
Les Androgynes, suivant Calliphane, réunissent

«

ne pren¬

les deux
chez
tous le sein droit est celui de l’homme, et le sein gauche
celui de la femme. Phylarque cite la race des Thibiens, dans
le Pont, et plusieurs autres, comme caractérisées par une
double prunelle dans un œil et une figure de cheval dans
l’autre; Cicéron d’ailleurs nous enseigne que partout le re¬
gard des femmes à double prunelle est funeste. Non loin de
Rome, au territoire des Falisqucs, les Hirpiens marchaient
sexes,

sans

dont ils usent tour à tour. Aristote ajoute

SC

brûler

sur un

l'Ethiopie surtout

que

que

bûcher embrasé. C’est dans l’Inde et

fourmillent les merveilles

:

les plan¬

tes, les animaux, tout y est prodigieux. Certains hommes
sont hauts de huit coudées ; d’autres ont les pieds tournés en

doigts à chaque pied.
parle de plusieurs montagnes habitées par des
à tête de chien ; leur nombre, selon l’historien

arrière et huit
Ctésias
hommes

,

�plus de eeiit vingt mille. 11 parle encore d’une
espèce d’hommes, nommés Monocolcs, qui n’ont qu’une
jambe, et qui sautent avec une légèreté surprenante; ils sont
voisins des Troglodytes. Un peu à l’occident de ceux-ci, on
trouve des hommes sans tète ; ils ont les yeux aux épaules;
Nous remplirions des volumes nombreux d’histoires de cette
espèce, en suivant pas à pas les voyageurs et les naturalistes
des premiers âges ; nous verrions les faits de toutes sortes
ainsi dénaturés transformés par une prédominance singu¬
s’élevait à

,

lière des sentiments de merveilleux et d’idéalité. Cette

ma¬

de,procéder, commune à tous les peuples à la même
époque de civilisation, prouve que l’homme a toujours vu
les objets du monde extérieur par une vue interne, par la
pensée bien plus que par les yeux. Cette idée-là, pour le dire
en passant, est une clef intéressante des lois, de la nature et
des degrés fort divers des certitudes humaines.
Aussi, à mesure que nos méthodes d’observation se sont
perfectionnées, que nos connaissances se sont étendues et
que les sciences ont pris une assiette plus solide les récits
des voyageurs ont présenté un caractère i)!us prononcé de
vérité et d’intérêt positif : la fantasmagorie d’un monde idéal
a cédé par degrés la place aux merveilles de la nature
aux
phénomènes réels.
Aujourd’hui, toute expédition entreprise par des hommes
d’un mérite reconnu rapporte aux différentes branches de
nos connaissances de précieux accroissements,
d’importantes
confirmations : le naturaliste recueille les minéraux, les plan¬
nière

,

,

tes et les animaux

encore

décrit,

non

de

riches collections.

inconnus

ou

mal étudiés ;

il les

plus d’après la fantaisie de son esprit, mais d’a¬
près leur caractère d’organisation, d’aspect et de structure;
il les classe dans les espèces, les genres, les familles que lui
indique l’analogie ; il dépose ces hôtes nouveaux au milieu
nos

physicien, l’astronome et le météorologiste constatent
phénomènes célestes, suivent leur développement, et

Le

les

�étudient les influences,
des grands agents de la nature,

s’efforcent d’en saisir les lois; ils
variables selon les contrées

,

calorique, électricité, magnétisme, lumière. Leurs nombreu¬
ses observations sur les longitudes et les latitudes, sur les

l’aiguille aimantée, sur les
magnétiques, sur les variations du baromètre , du
thermomètre, des vents et des marées, viennent prendre
place et se coordonner à côté des observations de leurs de¬
vanciers, les confirmer ou les infirmer, et de la sorte hâter
le temps où le système entier du monde se déroulera au re¬
gard de l’homme.
Au médecin philosophe est départie une tâche plus limitée,
mais non moins importante ; c’est à lui qu’est remis le soin
d’étudier l’homme dans ses organes et dans ses manifesta¬
tions à l’état sain et à l’état malade , de déterminer ses rap¬
ports de race, les modifications si diverses que lui font
éprouver les milieux où il vit ; c’est au médecin qu’il convient
de recueillir les collections de crânes et d’empreintes des¬
tinées plus tard à révéler les conditions et les lois de pro¬
duction des phénomènes physiologiques, à diriger leur déve¬
loppement vers le but le plus utile à l’individu et à l’espèce.
Le littérateur, l’historien, nous transmettent les traits ca¬
ractéristiques du langage et de la pensée, leurs, beautés,
leurs défauts; ils portent à notre connaissance les progrès
des sociétés, les grandes actions des peuples et de leurs
chefs; ils enrichissent nos bibliothèques des travaux qui ré¬
vèlent l’activité de l’esprit et l’état de la civilisation dans
les pays qu’ils ont parcourus.
Le peintre, enfin, fait passer sous nos yeux les aspects
infiniment variés du sol et de ses produits, des animaux,
des hommes, du ciel, de tous les objets, en un mot, qui
peuvent frapper les regards ; son œuvre est comme le résumé
matériel de l’œuvre de tous. Les richesses encyclopédiques
d’expéditions ainsi conduites ont donné à la cosmographie
une importance incontestée.
déclinaisons et les inclinaisons de

intensités

,

�5
Dans les

—

quatre expéditions au nord de l’Europe exécutées

de 1835 à IS't-O, plusieurs circonstances spéciales sont ve¬
nues attacher aux travaux de la Commission un intérêt tout

particulier : jamais programme plus vaste n’avait été dressé,
jamais questions plus précises, plus variées , n’avaient di¬
rigé le zèle et l’activité des voyageurs : les académies, les
sociétés savantes les administrations publiques, l’élite des
savants français et étrangers, avaient fourni les instructions ;
un volume de six cents
pages leur fut consacré et restera
comme le guide précieux de ceux qui
exploreront ces con¬
trées. Plusieurs des membres de la Commission scientifique
avaient acquis dans des excursions précédentes une longue
expérience des voyages. Le président, M. Gaimard, avait
accompagné M. Freycinet et l’infortuné Dumont d’Urville
dans deux voyages de circumnavigation ; déjà préocupé de
la pensée de ces expéditions, il avait parcouru la Hollande,
la Belgique, la Grande-Bretagne, explorant les musées, à la
recherche de documents propres à diriger les travaux à venir ;
,

il avait visité la Russie, la Prusse et diverses contrées de l’Al¬

lemagne pour étudier et combattre le choléra, dont il fut luimême frappé deux fois. Investi de la confiance du ministre,
M. Gaimard a été chargé de désigner au choix de l’autorité
les personnes qu’il croyait le plus capables de concourir au
succès de l’entreprise ; il est résulté de cette unité d’influence
dans la composition de la Commission un ensemble , une
harmonie véritable entre tous les membres ; chacun voyait
avec joie les travaux de ses collègues, et, comme il arrive
d’ordinaire dans une réunion d’hommes qui s’entendent, les
difficultés si nombreuses d’une telle exploration n’étaient
qu’une occasion de redoubler de zèle , de persévérance et
d’activité. Une idée grande et heureuse a été celle de faire
concourir les savants du Nord

aux

recherches et

aux

travaux

voyageurs ; d’établir ainsi par anticipation entre les
hommes de science le lien de fraternité que rêvent certains

de

nos

cerveaux

précurseurs

pour

l’humanité tout entière. Ainsi,

�—

G

tandis que MM. Gairaard, Lotlin, Marmier, Bravais, Delaroche, Mayer, Lauvergne, Giraud, Bevalet, Biard, Robert, Durocher, Martins et Angles représentaient la France, MM. Lilliehdok, Siljestrüm, Sundevall, Ulric de Gyldenstope et
Læstadius s’associaient de la part de la Suède à la Commis¬
sion ; la Norvège envoyait MM. Boeck , Meyer et Bue ; le

Danemark, MM. Krôycr et Yahl

; l’Angleterre et la Saxe
représentées par MM. Thomas et Ihle, qui spon¬
tanément s’étaient joints à la Commission.
Un dernier fait qui nous paraît avoir puissamment concou¬
ru aux brillants résultats de
l’expédition , c’est le caractère
du président, son dévouement, l’oubli de soi qu’il porte en
toute chose : arec un tel compagnon , les questions do per¬
sonnes
ordinairement si irritantes, les susceptibilités, l’en¬
vie rien de tout cela ne peut entraver la marche. Sa réponse
à des objections contre un collaborateur qu’on lui présentait
comme trop personnel et
passablement jaloux le peint sous
ce rapport : Laissez-le venir , disait-il, et au bout de peu -de
temps il saura qu’il ne peut être plus dévoué à ses propres
intérêts que je ne le serai moi-môme.
En voyage, d’ailleurs, M. Gaimardestun homme entre¬
prenant , peu soucieux du danger, mais aventureux pour lui
seul. Son savant collaborateur, M. Quoy, nous a souvent
raconté de lui des actions pleines de courage : là il savait
tenir en respect pendant six jours les sauvages insulaires de
Vanikoro ; ici le calme ne l’abandonnait pas au milieu des
périls qui menaçaient tout l’équipage.
Et dans ce dernier voyage encore, prévoyant des dan¬
gers sur les côtes du Groenland il les réclamait pour lui

étaient

,

,

,

seul.
«
«
«

«
«

Dans le

monts

sur

cas

où

nous

obtiendrions

quelques renseigne-

la Lilloise, écrivait-il au ministre de

la Marine

( amiral Duperré), je vous prie. Amiral, de vouloir bien
me
porter , au besoin , de ma personne, sur
le point qu’on nous indiqu-erait, soit par terre, soit sur la
m’autoriser à

�7

—

dans un de ces bateaux d’Esquimaux qui sont montés
des femmes. De cette manière je serais seul exposé ,
« dans le cas où il y aurait du
danger et l’expédition elleK même ne couri’ait aucun
risque. «
Bien que nous éprouvions un véritable plaisir à mettre en
lumière le courage, le dévouement et l’abnégation
qui carac¬
térisent notre ami, nous ne l’eussions point fait, s’il ne nous
«

cAte

«

par

,

,

eût été démontré que ces

qualités sont autant d’éléments
avantageux. L’hospitalité touchante, la sincère cordialité des
gens du Nord, savaient apprécier ces heureuses dispositions.

Partout où les voyageurs de la Recherche se sont arrêtés ils
ont vu venir à eux les hommes du
pays, ceux-ci pour leur
,

offrir

l’appui du pouvoir , ceux-là le fruit de leurs travaux.
Partout, dit 51. Jlarmier, ils ont reçu cet accueil entraî« nant
qui vient du cœur et qui laisse dans le cœur une pro« fonde
impression. A les voir assis à la môme table avec les
« fds de la Scandinavie, célébrant mutuellement leurs
gloires
« nationales
leur patrie, on eût dit des hommes d’une
« même nation, des frères
qui se retrouvaient après une lon«
gue absence, et se racontaient dans leurs joyeux épanche« ments leur vie
passée et leurs émotions. G’est que c’étaient
« en effet des frères, des membres de cette
grande commu« nauté
que l’amour de la science unit d’un bout du monde
« à l’autre,
qu’un même désir anime, et auxquels une même
«
poésie donne sa langue universelle. «
La nature de ce recueil, et les limites qui nous sont
impo¬
sées nous empêchent de suivre chacun des
voyageurs dans
ses recherches, dans ses excursions. Aussi laisserons-nous
physiciens, naturalistes, astronomes, météorologistes et mé¬
decins accomplir leur mission pour nous attacher aux
pas
des peintres de l’expédition. 5151.
51ayer, Lauvergne et Gi¬
raud ont mis à la disposition du président leurs riches collec¬
«

,

,

,

tions ; nous les avons parcourues avec un

vif intérêt, dirigé
parles renseignements, par les anecdotes qui se rattachaient
à chaque localité, à chaque personne.

�—

,

La

8

quantité (ios itossins, leur belle exérutian, disent mieux
l’infatigable acti¬

que nous ne saurions le faire le mérite et
vité des artistes. M. Jlayor, seul,

compte, sur l’Islande, deux
sept dessins pittoresques à la mine de plomb, à la sépia
et à raquarelle, et de plus douze études à l’huile. Sa manière
est d’un bel effet, animée et naturelle ; elle offre une
grande
précision dans les détails et un fini qui se rencontre rare¬
cent

ment dans

genre. Scs paysages , scs vues ont une frap¬
pante analogie, pour la finesse, la gracieuse per.spective, avec
ce

les dessins des artistes

Mais que

toresque ?

anglais.

représente cette première partie du voyage pit¬

L’Islande et

ses

habitants ; l’Islande avec

ses

montagnes

,

glaciers, ses volcans, ses plaines de lave; son aspect
sauvage et désolé est d’un effet tout nouveau pour nous. « Là
est le Jôkull, superbe avec sa robe de neige et sa'cime de
glace ; là est le cratère aux flancs rougis encore par la
flamme qui l’a torturé ; là les colonnes de basalte debout
l’une contre l’autre ou gisant sur le sol comme des vestiges
d’un édifice gigantesque ; là les grottes profondes aux voûtes
de cristal, aux parois ornées de stalactites; les sources
d’eau bouillante qui s’élancent en mugissant avec des tour¬
billons de vapeur ; les crevasses où la terre apparaît béante ;
tout autour des champs incultes et déserts ; les
longues plai¬
nes poudreuses où le vent
d’orage soulève des trombes do
cendre jaune ; les collines aux couches irrégulières, à la crêto
dentelée. » Toute cette physionomie étrange, imposante
d’une nature à peine sortie de révolutions violentes a
pro¬
duit sur l’artiste une impression qui se retrouve visiblement
dans son œuvre. L’habitant do cette terre a l’expression do
calme et d’assurance qui caractérise les hommes accoutumés
à vivre au milieu des dangers ; les portraits que nous avons
sous les yeux disent que les éruptions do l’Hekla, les
tempê¬
tes de la mer et ses mille montagnes de glace ont donné à
l’Islandais, au simple paysan, uue sorte do stoïcisme enses

,

,

,

�ces émotions puissantes, qui ont affermi
qu’il faut aller chercher la source de l’amour pas¬
sionne qu’il a pour son pays. D’où lui viendrait, en effet, cet
amour? Cent fois assailli par la faim, le froid et la misère,
il a vu sa population décimée ; cent fois envahi par les flots
de lave, il a vu autour de lui la désolation et la mort. Les an¬
nées ne sont pasrares dans l’histoire de ce peuple où plusieurs

thousiaste. C'estdans
son

cœur,

milliers d’individus sont morts de faim à la suite d’un hiver

rigoureux. Que dire des désastres produits par l’éruption des

au delà du dix-huitième siècle
quelle
catastrophes épouvantables de 1720 à 17851...
De 1720 à 1730, il y eut dans la partie méridionale de l’iîe
des tremblements de terre et des éruptions de volcans pres¬
que perpétuels. Au nord-est, le Krabla vomit un lac de feu de
deux lieues de largeur et de quatre de longueur ; au sud, le
Kotlugia verse un torrent d’eau qui inonde un espace de huit
lieues de longueur. Puis, la terre tremble, un bruit pareil à

volcans ? Sans aller

,

suite de

celui du tonnerre résonne dans les entrailles de la montagne;

le sommet du cratère s’enflamme, et l’on en voit tour à tour
jaillir des masses de matière fondue, des boules de feu et des

lames d’eau.

De 1753 à

1755, le Skeïdarar et le Kotlugia vomirent toute

sorte de matières

volcaniques. En 1766, l’IIekla ouvrit do

plus terrible de toutes ces
éruptions fut celle du Skaptan et du Jokull.
C’était en l’année 1783; l’hiver avait été très-doux; l’an¬
née s’annonçait sous les auspices les plus favorables; vers la
fin du mois, une légère fumée, flottant à la surface de la
terre, attira le regard dos gens qui connaissaient les traditions
du passé... Quelquesjours s’écoulèrent,ctalorsoncommença
à ressentir des tremblements de terre qui devenaient de plus
en
plus violents. Le 8 juin , le ciel était encore beau à voir, et
l’atmosphère pure ; mais à neuf heures du soir, à l’heure où,
les jours précédents , les secousses souterraines devenaient
plus sensibles, on vit s’élever du cèté du nord une colonne
nouveau scs

entrailles ; mais la

�de fumée

qui grandit,

district de Sida. A

se

déploya et finit par s’étendre sur le

qu’elle s’avançait, le district de¬
plus sombre, et, quand elle s’éleva vers le
ciel, la terre fut tout à coup inondée d’une quantité de cen¬
dres pareilles à celles du charbon de terre. Le
lendemain,

venait de

un

plus

mesure

en

vent du sud arrêta cette trombe de

dit tout le

bruit
bruit
ou

sable, mais

on enten¬

jour des craquements souterrains semblables au
du tonnerre
et vers le nord on distinguait un autre
qu’on eût pu prendre pour le mugissement d’un fleuve
,

le bouillonnement d’une chaudière.

Le 10

juin, la Skapta, qui était une large et puissante
Skapta-Jokull et arrosant le district
parut très-enflée ; le 11, elle avait complètement

rivière descendant du
de Sida

,

disparu.
Le lendemain, à la place des vagues profondes on vit
bondir un torrent de feu que le lit même de la rivière ne
pouvait contenir. Dans la nuit du 14. au 15 juin , les habi¬
,

tants du district furent réveillés par

des éclairs et des coups
et par un bruit si effroyable qu’on eût cru voir
les rochers éclater. Le matin , le fleuve de lave continuait sa
de

foudre,

route, inondait la vallée de
habitations.

ses

flots brûlants et dévorait les

Au delà d’une ferme
et continua

dans

un

qu’il venait de consumer, il se divisa
pendant trois jours sa marche terrible; arrivé

certain

de lave amassée

endroit, il tomba tout à

l’arrêta pas ; il la fondit de

nouveau

couche
froide ne

coup sur une

depuis longtemps, mais cette

masse

et l’entraîna dans

ses

vagues.

Le 19

juin, un troisième torrent de feu jaillit du sein de
montagne, se précipite sur les flots vomis par la dernière
éruption et qui commençaient à se refroidir, emporte dans
la

des

quartiers de roc, des cabanes et des églises,
divise en deux branches et l’épand de tous cotés la
mort, la misère et la désolation.

son cours

puis

se

Pendant

plus d’un mois, presque chaque jour le cratère

�—

11

—

«'ouvrit, la lave bouillante jaillit de la fournaise, descendit
dans la plaine et inonda la contrée. Chaque jour, une couche
de matière enflammée tombait

sur une

autre

couche, et, à la

place où le regard du passant contemplait naguère

un

vallon

fleuri, on vit s’élever des tourbillons de cendres et
des montagnes de pierres calcinées. Souvent le fleuve em¬
brasé se précipitait si vite du milieu du volcan , et se dérou¬
vert et

d’impétuosité, que les pauvres gens avaient à
peine le temps d’emporter à la hâte les choses les plus néces¬
saires et de se sauver. ,Tusqiie-là cependant on n’avait eu à dé¬
plorer que les ravages produits par le cratère à l’ouest de
lait

avec

tant

Sida. Au mois de juillet, une autre éruption éclata à l’est,
une rivière se dessécha dans son lit, comme la Skapta, et fut

remplacée par une rivière de feu. L’explosion de ce volcan
dura plus longtemps que celle de l’autre; elle se renouvela
en

1784.

Voici donc pour un siècle seulement le tableau fort abrégé
des calamités produites par les volcans ; qu’on y ajoute les
influences d’un froid intense et prolongé, les atteintes d’épi¬

population
plus de cent mille individus s’cst trouvée, par degrés ,
réduite à cinquante, assujettie d’ailleurs aux exigences d’un
système commercial entièrement ruineux.
Mais revenons à notre objet, l’étude pittoresque de la na¬
ture de l’homme et de ses œuvres en Islande.
Après avoir reproduit dans une suite de dessins les aspects
dont nous venons de parler, et qui tiennent à l’effet général,
M. Mayer a pris les détails ; là , c’est la vue d’une ville ; là ,
celle d’une maison de campagne au milieu d’un petit vallon
qui la ceint ; là, une station de voyageurs ; plus loin , quel¬
ques cabanes éparses ; une cascade; une cataracte; le paysan
islandais qui rappelle ses chevaux à moitié sauvages, ses
chevaux, fidèles compagnons de ses fatigues.
Cette seconde partie de l’album offre assurément pour nous
moins d’effets insolites que la première : l’Islandais est un
démies meurtrières, et l’on verra comment une
de

,

.

�—

12

—

peuple d’une civilisation ancienne; scs habitations, ses
mœurs
ses usages, bien que pleins d’originalité, ont pour¬
tant de l’analogie avec ce que nous connaissons déjà.
,

La terre n’est pas partout désolée,
hommes et des animaux. On n’y voit,

puisqu’elle porte des
il est vrai, ni champs
ensemencés ni forêts, seulement quelques frêles tiges de
bouleau, traînant à terre leurs branches sans vigueur ; mais

çà et là l’herbe l’herbe fraîche et abondante nourrit des
troupeaux de chevaux et de moutons.
,

De toute cette surface de terre, plus grande que le Da¬
nemark et le Holstein réunis , dit M. Marmier, un tiers seu¬
«

lement est

occupé, la côte surtout, le fond des baies et
quelques vallées posées au pied des montagnes. Toutes les
habitations sont dispersées à une longue distance l’une de
l’autre : lorsqu’il s’en trouve trois ou quatre réunies, on leur
donne le nom de village ; s’il y en a plus, c’est une ville.
Reykiavik, capitale de l’île, renferme environ huit cents ha¬
bitants; Hafnarfiordur, Eyrarbacki, Eskifiürdur, en renfer¬
ment soixante ou quatre-vingts. Au delà de cette
ceinture,
souvent brisée d’habitations
qui bordent la mer, on ne trouve
plus que de loin en loin un de ces verts enclos où le pêcheur
bâtit sa cabane. On peut voyager des jours entiers sans
aper¬
cevoir une trace de vie humaine; là, point de chemin, le che¬
val guide son maître avec un instinct admirable. »
Après ses excursions (de huit ou neuf cents lieues), le pré¬
sident de la Commission écrit au ministre de la marine: «Nous
à traverser des fleuves

nombreux, larges, rapides et
plages de sable, situées entre d’im¬
menses glaciers et la mer,
qui ne présentaient pas un brin
d’herbe pour nos chevaux; de hautes montagnes, de vastes
plateaux sans habitations, quelquefois sans un seul être
animé, entièrement couverts de neige, sur lesquels nous
étions obligés de camper ; des
champs de lave coupés de pro¬
fondes fissures; des marais fangeux et
profonds. Plusieurs
avons eu

à fond mouvant; des

�—

13

—

des beaux dessins

pittoresques de M. Mayer ont été faits par
température de 0'*. »
Ainsi, nous le voyons, partout où le pays a présenté quel¬
que aspect remarquable, l’artiste s’est armé de scs crayons ;
il veut ne nous laisser ignorer de cette terre rien de ce qui
peut nous intéresser. Revenu sur les points habités, il prend
avec le même soin tout ce qui peut donner une idée exacte
de la civilisation, des arts et de l’industrie en Islande : ins¬
truments, sculptures, ornements, détails de costumes, tapis¬
series il ne néglige rien ; il comprend toute la portée de
l’exclamation du naufragé qui voit sur le rivage quelques
figures de géométrie.
Ce que fait l’Islandais, le point où il s’est maintenu malgré
tant de circonstances contraires, malgré tant de calamités,
nous prouve ce qu’il eût pu faire, le degré de perfection
qu’il eût pu atteindre, aidé par un milieu plus favorable. Les
costumes, ceux des femmes surtout, sont pleins de grâce ,
ils auraient même parmi nous un caractère de bon goût et
d’élégance. L’intérieur des maisons , quoique d’une disposi¬
tion simple, révèle une connaissance nette des lois de l’ar¬
chitecture. Quelle énorme distance de l’habitation de l’Islan¬
dais à celle du Lapon, par exemple 1 L’une atteste la
confraternité avec l’Europe civilisée ; l’autre, sorte de tau¬

une

,

pinière éventée , ne rappelle aucune des formes de l’habita¬
tion humaine.

L’expression de la figure est celle de l’élite des peuples du
: tous les portraits de la collection ont un caractère
remarquable de candeur et d’intelligence. Lejeune Islandais,
Gudmundur Sivertsen, ramené en France par M. Gaimard et
aujourd’hui médecin militaire, serait dans tous les pays un
homme d’une organisation remarquable. Plusieurs fois, nous
avons examiné sa tête, elle nous a paru de proportions har¬
moniques ; le développement des parties antérieures et supé¬
rieures, siège de l’intelligence et des sentiments moraux, est
de nature à recevoir largement les lumières de la science et
Nord

�d’ulie noble éducation. Ce

jeune homme nous a semblé capa¬
d’inspirer l’estime et la sympathie pour ses compatriotes
et le désir de connaître son pays ; il sera plus tard, nous n’en
doutons pas, un lien entre les deux nations. Son portrait
fait partie de la publication du gouvernement ; ce grand
travail, presque entièrement terminé, reproduit la plu¬
part des dessins de M. Mayer, et nous nous trouvons
ainsi dispensé de suivre l’artiste pas à pas. Les dessins
recueillis pendant le voyage au Spitzberg , dans la Laponie
et la Scandinavie, sont encore inédits ; nous allons tâcher,
en suivant l’expédition , d’en faire ressortir le mérite et l’in¬
ble

térêt.

Spitzberg.

Ici la scène change : point d’homme à étu¬
des animaux, compagnons ordinaires de ses
travaux et de ses plaisirs ; c’est le séjour des glaces, des noirs
frimas ; l’homme y passe parfois, mais ne s’y arrête jamais.
Le navire baleinier y dépose de loin en loin la dépouille
mortelle de quelque pécheur et la surmonte d’une croix.
En 1838 et 1839, la corvette la Recherche, commandée
par M. le capitaine Fabvre, et portant à son bord la Commis¬
sion scientifique, s’en alla explorer ces régions polaires; elle
pénétra jusqu’aux 80“ de latitude, et jeta l’ancre à Magdalenabay, dans une des parties les plus tristes, les plus sauvages,
les plus pittoresques de toute cette terre désolée. Tandis que
de nouvelles explorations allaient, de la sorte, compléter
nos connaissances sur les régions du pôle nord, le contreamiral d’Urville explorait le pôle sud, et découvrait la terre
Adélie : de part et d’autre, au même instant, nos hardis na¬
vigateurs demandaient aux deux points extrêmes du globe
des lumières nouvelles sur le système du monde.
L’ancre est jetée dans la baie de la Madeleine : quel spec¬
tacle s’offre alors aux yeux étonnés! De tous côtés des mon¬
tagnes taillées à pic, des cimes dentelées, des rocs noirs et
humides traversés par de larges ruisseaux de neige qui tom¬
bent delà montagne; des glaciers dont les parois, battues
dier

,

—

aucun

.

�—

lo

—

parles flots, labourées parle vent eterevassées parla

ressemblent à des remparts ouverts et sillonnés par lo canon ;
des plateaux de neige fuyant comme une route lointaine

montagnes; puis alentour, comme

entre les

cadrement, la

un

immense

en¬

soulevées par l’orage, aux
glace emportés par le vent.
Trente ou quarante dessins ou peintures à l’huile reprodui¬
sent les aspects divers du ciel, des rochers, des montagnes,
de la grève et des masses flottantes que le froid a condensées.
C’est assurément la peinture de ce que la nature a de plus
sombre et de plus terrible, do ce que la mer et lo ciel
ferment do plus menaçant.
Parmi les dessins recueillis par M. Mayer au sud du
berg, nous nous bornerons à indiquer le panorama de la
blocs de

mer aux vagues

Bell-Sound, la montagne de l’Observatoire,
générale d’un
effet, l’un des flancs du Spitzberg parsemé de petites éminen¬
baie de
vues

de la baie de Bell-Sound, une vue

desquelles s’élèvent des croix en assez grand
un étrange cimetière où des ossements char¬
gés de quelques pierres sortent épars des fosses qui les
renfermaient. La fonte des neiges, les torrents qui tombent
sans direction de la montagne, ont emporté les
parties
plus légères du sol, et des débris humains s’élancent comme
ces

au-dessus

nombre

:

c’est

une menace

du sein do cette terre maudite...

La collection de M.

Lauvergne, au Spitzberg, est

un

aspect de ces étranges contrées ; c’est, au nord, la baie de la
Madeleine, des glaciers, de la neige, des rochers, des mon¬
tagnes de glace d’une immense étendue. A mesure que 1’
parcourt ces solitudes, l’esprit est saisi de tristesse et frémit
d’une telle désolation. C’est alors
vre,

dans

un

repos

agréable

charmant dessin, les mouvements et les efforts

qui gi’avissent la montagne, armés de longs
bien de contempler sur un sommet nu les
des savants, l’observatoire magnétique où, malgré les

de nos voyageurs,
bâtons ferrés ; ou
tentes

un

�rigueurs du froid, nos courageux compatriotes
le

cours

do leurs

expériences.

Remercions aussi M. &lt;jiraud d’avoir semé
ses

vues,

habitant

poursuivent

çà et là, dans

quelques souvenirs de la nature vivante, le renard,
affamé de ces rives, et le phoque pacifique. Les

points de vue si variés rapportés par nos trois artistes ont un
caractère d’analogie qui dit éloquemment combien leur est
apparue sévère cette nature du pôle nord.
La pensée, après cette station, se porte avec regret vers
l’Islande ; elle, au moins, montre parfois de vertes prairies ;
mais là, rien de pareil : une mousse noire et humide, sans
racine dans le sol, se détache dès qu’on y pose le pied ;
quelquefois une renoncule à tète jaune, un pavot blanc,
une saxifrage débile, un lichen dont la racine est entourée
d’une couche de glace, apparaissent comme jetés là par
hasard.

la possession de laquelle tant de marins
intrépides, tant de braves soldats ont péri, nous est enfin
connue sous ses aspects divers, son souvenir nous reste
Cette terre, pour

comme un

monument de

l’avidité et de la folie humaines

que nos voyageurs reçoivent le juste tribut de notre
tion pour leur courage et leur persévérante activité.

;

admira¬

poursuivre notre examen, revenons en arrière ;
négligé sur la route deux points où la Commission
scientifique a recueilli des faits intéressants ; ce sont les îles
Ferde et la côte septentrionale de Norvège.
Iles Ferôc. — Partie de France, la corvette alla mouiller
aux îles FerOe. Cette première relâche était un acheminement
aux émotions du Spitzberg ; nos artistes ne devaient pas,
Avant de

nous avons

transition brusque, passer de nos sites vivants aux
aspects sombres et terribles d’une nature désolée. Les îles
Ferde leur offrirent déjà, réunis aux traces grossières de cL
vilisation parmi des pêcheurs, aux scènes de la vie pauvre cl
rude des habitants, les vastes amphithéâtres de rochers nus,
par une

�—

17

—

flancs âpres et sans végétation. La lutte
point du globe, est incessante entre les deux
r(^gnes, devient pour l’artiste, tout comme pour le naturaliste
médecin, une source puissante de contrastes : au second,
elle déroule la série des lois invariables qui régissent toutêtre toute substance ; au premier, elle présente la source
d’une infinité d’effets qui se heurtent et se combinent. Et,
nous le demandons, qu’on ne prenne point ce que nous di¬
sons là pour de vaines oppositions do mots ; qu’on ouvre les
de montagnes aux

qui,

sur ce

,

livres des membres de la Commission, ou les cartons de ses
.artistes, c’est l’expression simple et naïve des faits : la vue
de ïhorshavn et de

ses

pêcheurs, celle des environs de la

ville, rapprochées l’une de l’autre, montrent aux prises la

un combat qui ne doit pas finir. Voyez
dans les albums de MM. Giraud et Lauvergne, d’une part ,
le village de Siaou, les ruines de Kirkebde, des habitations

vie et la mort dans

éparses, entourées d’une végétation qui résiste, les portraits
des enfants, des femmes, des hommes ; et, d’autre part, la
ceinture sans mouvement de masses organiques qui semblent
vouloir étouffer
Le mont

raît

ce

coin de vie

sur

la terre.

Skaëbling, qui s’élève au-dessus de tous,

comme un

appa¬

monument indestructible de la domination de

la nature inanimée ; il est là pour rappeler à l’homme que
jamais ni lui-même, ni ses animaux, ni ses végétaux ne re¬
cevront dans ces parages leur entier développement.
N’abandonnons pas toutefois les îles Feroe sans rappeler
un gracieux souvenir que nous a conservé M. Giraud; c’est
le portrait d’une fille de pêcheur, en costume de mariée.
Venez étudier l’expression de cette figure, vous autres,
enfants d’une vieille civilisation, qui rêvez des femmes libres,
qui transformez une union sainte en un accouplement animal,
et dites-nous si jamais, dans aucun des jours de sa vie, la
femelle de votre choix eut cette expression profonde de calme,
d’espérance et de joie.
Hambourg, Dane mark, Suède, Norvège. — A son premier
2

�18

—

Spitzbcrg, la Commission scientifique avait chargé
quelques-uns de ses membres de parcourir le Nord, d’y re¬
cueillir des matériaux, tandis que les autres iraient affronter
les glaces du pôle : un rendez-vous général avait été donné
d’abord à Drontheim puis à Ilammerfest, ville de la Lapo¬
nie septentrionale. M. Mayer était au nombre des collabo^
rateurs qui devaient s’avancer du sud au nord pour rejoin¬
dre Hammerfest. Il reprenait la route que, quarante années
auparavant, le roi dos Français avait parcourue. A chaque
pas il pouvait constater combien étaient restées vives au
souvenir du roi les impressions de sa jeunesse ; les villes ,
les sites, le caractère général des habitants, quelques rcngeigncments particuliers donnés au président de la Commis¬
sion sur des individus encore vivants, tout fut repris et
voyage an

,

vérifié.
A son passage dans la
Danemark et la Norvège,
cune

ville libre de Hambourg, dans le
M. Mayer ne laissa échapper au¬

occasion d’enrichir les belles collections de la Commis¬

sion.

générale de Hambourg et le canal de Binnen-Alster,
des étu¬
des d’architecture, de costumes, furent les fruits de sapror
mière station. Cette ville commerçante et riche était un point
do départ plein d’intérêt pour un artiste qui voulait, d’un
regard philosophique, étudier du sud au nord la décroissance
successive et lente delà civilisation : des quartiers modernes
de Hambourg à la hutte du Lapon de l’île do Mageroe, que de
degrés nombreux et variés! Artiste, il faisait pour la civilisa¬
tion du nord de l’Europe ce que fait le naturaliste pour les
hautes montagnes, lorsque, de la base au sommet, il observe
la progression décroissante de la végétation. M. Mayer, con¬
tinuant sa route, recueille Ballerup, les monuments Scan¬
dinaves d’Udleire, la vue de la Bourse de Copenhague, le
château de Kroneborg, la ville de Gotheborg, plusieurs
vuesdoChristianiaet deses environs, la citadelle d’Aggerhuus.
La

vue

les dessinsderintérieuretdel’cxtérieurdela Bourse,

�—

De Christiania à

Droutheim, il

sur

—

ne

laisse passer aucun point

ce sont les rochers de Krog-Kleven,
la même route, la cascade de Honefoss, les

digne de quelque intérêt :
Klekken

19

romanes de Gran, des paysages pittores¬
Braadstad, près Lund; la cascade impétueuse de
Storærn, près Lillehammer ; le cimetière de Ringeboe; le
tumulus de Ilundtorp ; le monument élevé en mémoire de la
défaite du colonel écossais Sinclair ; la chapelle de Dovre ;
le portrait de Paul P. ïofte, descendant de Harold Harfager ;
les montagnes de Sneehàtten, cinq ou six vues admirables
deLaurgaard, des costumes, des portraits de la même ville:
ces nombreux matériaux, réunis au même point, sont le
produit d’une nouvelle station. Dans cette vaste galerie, où
chaque dessin porte sa date, on s’aperçoit que chaque jour
a donné son œuvre et que bien rarement le repos en absorbe
quelqu’un. Au sortir de Laurgaard, de nouvelles descriptions
indiquent la route qui conduit à Drontheim : une suite de
rochers pris de Kongsvold s’élèvent comme des jalons con¬
ducteurs ; puis viennent Kongsvold et Drivstuen ; celle-ci
avec scs costumes, ses morceaux d’architecture; enfin Dron¬
theim apparaît dans une vue générale avec ses nombreux
édifices, sa splendide cathédrale. Ce monument est pour
M. Mayer l’objet d’études nombreuses, de détails où se dé¬
veloppent aux yeux les aspects divers des faces, les vues
intérieures, les ornements partiels d’architecture, des statues,
tout ce qui peut, en un mot, donner l’idée des parties et de
leur ensemble. La précision apportée dans la reproduction
de la masse de l’édifice rappelle les plus beaux dessins do
l’ouvrage de Landon (Description de Paris).
Laissons M. Mayer à Drontheim. Après de nouvelles études
de la ville et de ses environs, il reprendra ses crayons en
chemin toutes les fois qu’un monument, un paysage, un phé¬
nomène naturel appelleront son attention ; ses collègues,
partis de Drontheim sur la Recherche, vont l’attendre à Hammerfest; c’est de ce point que, réunis, après avoir visité le
deux

chapelles

ques ;

,

�cap

Nord, l’ile de l’Ours et le Spitzberg, ils

doivent partir

étudier la Laponie, la Finlande, la Russie et la Po¬
logne mais en se rendant de Drontlieim à Hammerfest sur
le bateau à vapeur , M. Mayer nous retrace successivement
le passage de Stoksund, Hildringer et ses chalets , BindalFiorden, Heilhornet, le rocher et la caverne deTorghat,
Syv-Soster, Bodôe, Sandtorv, la ville de Trorasoe, Kaafiord, Kærring-Fiord, sur l’île Seiland.
Laponie norvégienne, russe, suédoise. — Hammerfest,
une fois déjà, a reçu nos navigateurs, lorsqu’ils se di¬
rigeaient vers le pôle; c’est une ville de six cents âmes,
qui, sous bien des aspects, leur rappelle les villes de
l’Islande : ainsi l’a voulu la nature. Plusieurs dessins des
trois artistes nous conservent les souvenirs de ce point de
départ et de ses environs : des habitations laponnes nous
offrent, bruts et rudimentaires , les développements de l’ar¬
chitecture au point de vue où l’abstraction saisit la statue,
chef-d’œuvre de l’art, dans le bloc de marbre informe. Si,
après avoir mûrement observé l’homme et les influences ex¬
térieures auxquelles il est incessamment soumis dans ces
parties extrêmes du Nord, l’esprit se porte vers les contrées
du Sud, aux points qui virent naître toute civilisation, il
s’illumine de masses de faits, et, comme dans une révélation,
il voit clairement le secret de la loi providentielle qui fit
marcher la lumière du sud au nord, la civilisation de
pour

,

l’Égypte, de la Phénicie, de la Chuldée, vers les glaces de
la Laponie, par un mouvement de progression décroissante ;
et la force d’impulsion une fois admise, il se dit : Si la civi¬
lisation n’eût pas euceberceau, la civilisation ne serait point.
Cette vaste perspective ouverte à l’esprit humain, loin de
le disposer à l’orgueil, à l’oubli de la cause première, le ra¬
mène nécessairement à conclure en toute
toute

sa

humilité que ce qui

c’est aussi la conclusion de la foi dans
ferveur. La connaissance donc, loin d’exclure le

est devait être ainsi ;

sentiment

religieux, l’épure et le fortifie.

�—

21

—

Hammerfcst, les dessins de l’expédition nous transpor¬
Ce pays fut, pour les voyageurs et pour
les habitants , le théâtre d’une cérémonie touchante.
De

tent à Havôe-Sund.

premier voyage, en 1838, M. Gaimard avait ren¬
antien hôte du roi ; à son retour , il rap¬
portait à l’habitant de Havôe-Sund le buste en bronze du
souverain, offert en mémoire d’une bonne hospitalité. La
seule excursion au cap Nord, sur l’île Magerôe, a fourni
à M. Mayer des dessins très-intéressants : Raalsoe, HavôeSund Stappen (vis-à-vis Giesvær), deux vues de l’est et
de l’ouest du cap Nord, la baie de la Corne, 'Kielvig,
Ovnene, où se trouvaient des Lapons avec leurs troupeaux
A

son

contré M. Ulich

,

,

de

rennes.

Suivons,

en

revenant du nord au sud, les développements
: de nouveaux faits, sans doute, nous appren¬

de la civilisation

l’importance du sentiment religieux, et la place qu’il

dront

doit occuper dans l’histoire des peuples. Nous découvrons
d’abord Kaafiord et de nombreuses perspectives de ro¬
ches ; le sommet

de l’une, d’elles est couronné d’un édifice

c’est une église surmontée de sa flèche élan¬
expression simple du sentiment religieux,
elle se montre au-dessus de la contrée, telle qu’appa¬
rut à Constantin la croix lumineuse, et semble répéter aux
habitants ces paroles propres à fortifier contre toute espèce
d’ennemis : In hoc signa vitices. Plusieurs dessins donnent
religieux
cée.

la

:

Comme

vue

d’un édifice d’une tout autre nature, les mines de

cuivre de Kaafiord. C’est un établissement anglais
dans la mère

patrie et

sur

où, comme
tous les autres points du globe, ce

peuple industrieux assure, par une infatigable activité, la
puissance de déclin que donnent les richesses. A ïalvig, pau
vre village où le voyageur trouve un pasteur rempli de zèle
et d’instruction
succède l’observatoire magnétique de Bossekop ; là, physiciens, météorologistes, astronomes, ont passé
l’hiver tout entier, sans que la rigueur de la saison interrom¬
pît un instant leurs travaux.
,

�—

22

—

de l’Alten et Kautokeino, dans la Lapoblé üiOrtègienne; Suvajàrvi, dans la Laponie russe; Karasüando,
Muonioniska les cataractes d’Ayanpaïka, Kilangi, Kolare,
Kengisbruk, Turtula, Mattarengi, Haparanda, dans la La¬
ponie suédoise, ont fourni de nombreux dessins à M. LauLes bords

,

Cette contrée est d’un effet attristant : intérieurs de
habitations bourgeoises, haltes en plein air, tout y porte
une empreinte sombre. On est étonné de rencontrer dans ce
désert des constructions de quelque caractère, et pourtant
les faits sont là; l’église deMattarengioffre des réminiscences
vergne.

cases,

style gothique. Nous approchons des limites qui séparent
Avant d’aller plus loin, il nous pa¬
raît convenable, au point de vue de l’histoire de l’art, de si¬
gnaler des contrastes qui s’appliquent aux deux pays. Us sont
frappants, ces contrastes, lorsque sous les yeux se présen¬
tent, d’une part, les habitations misérables, dénuées, des
Finlandais et des Lapons ; et d’autre part, leurs temples,
d’un aspect majestueux, d’une exécution caractérisée, avec
du

la Finlande de la Laponie.

mille ornements intérieurs et extérieurs d’architecture et de

comprendre la puissance du sen¬
religieux, son influence magique sur des peuples en¬
core grossiers ; et comme il est d’observation générale que
partout et toujours l’homme a construit à ses dieux dés mai¬
sons magnifiques, avant même de songer au bien-être de son
habitation, il faut reconnaître que ce sentiment fut, de tous
les temps, le premier instigateur des grandes conceptions
artistiques.
Aux dessins précédents delaLaponierecueillis par M. Lauvergne, il faut ajouter d’autres vues également intéressantes
dues à M. Giraud, et quinze à vingt toiles, études remar¬
quables de physionomies, de costumes et d’intérieur. Parmi
les portraits, il en est un que nous ne pouvons passer sous
silence, celui du pasteur Læstadius. Cet homme éminent a
voué sa vie entière à une mission dont la gloire est supé¬
rieure à toutes les gloires de ce monde : il répand la civilidessin. Alors il est facile de

timent

�—

sation parmi ses
leurs afflictions.

23

—

compatriotes, il les éclaire et les aide dans

portrait l’expression de la
bienveillance, de la tendre sympathie qui anime ce ministre
de l’Évangile ; l’expédition devra au pasteur Lœstadius une
histoire exacte de la mythologie laponne (1).
Finlande.
Lorsque de la Laponie on passe dans la Fin¬
lande, on a peine à s’imaginer que des aspects si différents
appartiennent à des contrées voisines l’une de l’autre : d’un
côté, des cases jetées çà et là sans ordre, sans goût, autour
d’une église, des maisons sans symétrie, sans proportions
dans leurs parties ; de l’auti’e, des groupes bien alignés d’ha¬
bitations, aux effets d’ensemble pleins d’unité et d’agrément,
surmontés d’édifices religieux imposants. Partout où l’œil et
l’esprit se dirigent en Laponie, ils cherchent, mais ils ne se
reposent pas ; ils veulent l’analyse et ne la trouvent que con¬
fuse : en Finlande, au contraire, l’action simultanée de l’œil
et de l’esprit tend à la synthèse, au regard d’ensemble, car
tout paraît net et distinct. C’est ainsi que se déroulent devant
nous les vues de Torneâ, de Kemi, d’Uleâborg, de Brahestad, de Ny-Carleby, de Mustajarvi, de Tammerfors, de Tavastehus, de Ilelsingfors, de Lovisa, de Hogfors, deFredrichshamn, de Frügârd, de Borgâ et de Viborg. — De
cette perspective pleine de charmes, il ne faut pas pourtant
M Giraud

a su

conserver au

—

se

hâter de conclure

au

bien-être intérieur, à la douceur do

habitations; car là, surtout, est frappant le
parlé.
Le soin qu’a pris M. Lauvergne do réunir dans une suite
de charmants dessins l’aspect de toutes ces villes ne l’a point
détourné dos sites pittoresques, des effets naturels, ougrands,
ou gracieux. La cascade de Nokia, aux environs de ïammerla vie dans les
contraste

dont

nous avons

(I) M. Gaimard a déjà roçH, de M. le pasteur Lasladlus, la premîîjrc partie de la Mrlholo^ic
laponne \ elle eal entre les mains du traducteur et on la publiera trca-inccs.samiiicnt.

�fors; celle de Kirü, près du village du même nom; les nei¬

ges, à Frugârd; le Pont du Diable, des études de rochers,
les colonnes granitiques dePy terlax, la cataracte d’Imatra, font

partie des vues de la Finlande. Pour Helsingfors, nou¬
capitale du pays, il ne s’est pas contenté d’une vue
d’ensemble ; sur un rouleau d’une vaste dimension , il a fait
passer, dans un panorama, l’apparition successive des édifi¬
ces. Lorsque la capitale de la Finlande fut ainsi développée
sous les yeux du second fils de l’empereur de Russie, il re¬
connaissait et indiquait les monuments publics, les maisons
qu’il voyait au passage, tant avait été exacte l’étude qu’il
aussi
velle

avait

sous

les yeux.

Ici, comme dans tous les autres pays parcourus par la
Commission, M. Giraud a joint à quelques vues des toiles
nombreuses où sont fixés les caractères généraux d’expression
et de forme

des habitants,

plusieurs portraits de paysans et

de paysannes finlandais ; à Helsingfors , ceux de la jeune et
belle comtesse Armfeld, du savant professeur Hüllstrôm, du

minéralogiste Nordenskiold, du docteur Haartmann et de
sa charmante fille ; à Borgâ, du poète Runeberg ; à Viborg,
du zoologiste comte Mannerheim, du poète Judén, ainsi que
de nombreuses études de costumes anciens et modernes.
Pour le naturaliste, pour
dividus

le philosophe, cette peinture d’in¬

appartenant aux diverses classes de la société estime

rapprochements, de comparaisons, de
collection
des portraits de savants rapportés de tous les points du Nord
aproduit sur nous une vive impression. A voir toutes ces tètes
auxquelles une même activité do la pensée a donné, malgré
des formes infiniment variées, un caractère de famille, on ne
peut s’empêcher de reconnaître la profonde, l’ineffaçable in¬
fluence de l’éducation sur l’homme. A l’encontre donc des

source

abondante de

connaissances de toute sorte et de méditations. La

philosophes qui voudraient renfermer la liberté humaine dans
un cercle trop étroit, on est forcé de conclure que, bien que
retenu par les limites sensibles do son organisation , il peut

�—

s’y mouvoir et donner
sans

nombre.

uses

2d

—

manifestations des modifications

Riissie, Lithuanie et Pologne.—Si nous jetons un regard en
arrière, et que des sommets glacés du Spitzberg notre esprit
suive la marche des membres de la Commission
nous verrons

de

ce que

dans

un

nous avons

scientifique,

ordre inverse, et comme confirmation

avancé, la vie

se

développer et grandir

par degrés, les ouvrages de l’homme suivre la même progres¬
sion , depuis la mousse appauvrie jusqu’au chêne à la cime

élevée, depuis la demeure informe du Lapon jusqu’aux palais
du czar. Toutefois encore, à ce point le plus avancé de notre
marche, les efforts partiels de la civilisation n’ont guère fait

qu’ouvrir la carrière. A Viazma, ville de quinze mille âmes,
l’aspect extérieur est séduisant; mais pour qui jugerait par
cette apparence, la réalité serait trompeuse : l’un des mem¬
bres de la Commission, atteint dans cette ville d’une maladie
passagère, eut toutes les peines du monde à trouver un lit
pour reposer son corps fatigué. Ainsi donc, le Finlandais et
le Russe, s’ils puisent dans l’observation de leur état présent,

comparé à celui du Lapon, un juste sentiment d’orgueil, doi¬
diriger leurs regards vers le Sud, pour se pénétrer
de l’émulation qui doit hâter le perfectionnement de leurs
vent aussi

sciences, de leurs arts et de leur industrie.

premiers souvenirs de la Russie qui ouvrent l’album de
Lauvergne sont d’un effet tout local. Au marché de Sennoi, à Saint-Pétersbourg, des milliers do moutons, de veaux,
de bœufs, dépouillés et vidés, sont plantés sur leurs jambes
tout roidis parle froid ; le paysan, monté sur le devant de son
traîneau, amène, pour les vendre, quelques têtes de bétail
dans la même attitude. Par un froid do 15 à 20 degrés, l’étude
de cette place fournit des physionomies et des costumes qu’il
était intéressant de rapporter; ils font partie de l’histoire du
pays. L’amoùr de son art, l’ambition honorable de prendre
rang par des travaux distingués, a soutenu M. Lauvergne
pendant tout le cours do son voyage en Russie. La tempéraLes

M.

�26

—

tuïè, constamment aussi rigoureuse, tie l’a point empêché
de rapporter les vues des villes, des monuments, ou des paysa¬
ges que des beautés naturelles ou
commandaient à notre attention.

de grands souvenirs re¬

Après quelques

vues de Saint-Pétersbourg et de l’Obser¬
Poulkova, il arrive à Moscou. Il va reprendre
là l’épisode le plus dramatique assurément de la révo¬
lution française; aucune des positions signalées par la
bravoure et la persévérance des soldats de la grande
armée, par la présence de leur chef, glorieux même
dans sa défaite ; aucun de ces beaux souvenirs d’une puis¬
sance sans égale ne passera
inaperçu. Le 24 juin 1812, cinq
cent mille hommes commandés par Napoléon avaient passé
le Niémen; après les victoires d’Ostrowno, de Polotzk, do
Mohilew, de Smolensk, de laMoskowa, cette armée qu’au¬

vatoire de

autre armée n’avait pu

vaincre, ce général qu’aucun
général n’eût osé affronter, faisaient leur entrée dans
Moscou. Le 19 octobre, ils commençaient une retraite que le
froid et la faim, bien plus que l’ennemi, transformèrent en
cune

autre

un

affreux désastre. Alors l’artiste s’attache à leurs traces.

Plusieurs

vues

édifices, des jardins d’A¬
groupent autour du point élevé

de Moscou et de

lexandre, du Kremlin,

se

ses

l’empereur observait les progrès de l’incendie. En ce
jour fatal, il comptait trop encore, sans doute, sur la paix
que l’ennemi paraissait désirer 1 Mais pourquoi ces vains re¬
grets? le sort a décidé. Saluons en passant la tour du grand
Ivan
la porte Sainte et l’église de Saint-Basile. La grande
armée opère son mouvement rétrograde : voici Mojaïsk ; le
d’où

,

couvent de

avaient été

Kolotskoï, où les blessés français de la Moskowa

portés ; Borodino, Viazma, Semlowo, Valontina,
Dorogobouje, Smolensk, Fomino, célèbre par la perte de
l’artillerie française. L’empereur se trouvait encore au mi¬
lieu de ses vieux soldats; les privations de toutes sortes,
les horribles souffrances du froid, les attaques incessantes
de l’ennemi, les décimaient sans les disperser ; à chaque

�—

27

—

vide danâ les rangs, ils se serraient et continuaient en ordre
leur route difficile ; Merlino, Krasnoë, Sirokorenié, Housi-

Korithnia, Liadi, Dubrowna, Orscha , Borisow, les
défiler militairement. Us y seront reçus comme
les hommes qui furent pendant quinze ans les maîtres de
l’Europe.
Mais voici Studianka et Brill, sur les bords de la Bérésina;
et bientôt la retraite n’est plus qu’une vaste déroute. Hâtonsnous de parcourir Minsk, Smorgoni, où l’empereur quitta
l’armée, Wilna et Kowno, nos regards se reposeront sur
les bords du Niémen et de la Vilia, sur le paysage charmant
de la vallée de Mickiewicz : nous y verrons les sites frais, les
ombrages à travers lesquels l’esprit rêveur du poëte semblait
poursuivre sa pensée.
Au milieu des vues de la Lithuanie et de la Pologne, nous
remarquons les bords de la Vistule, à Varsovie ; les églises
et les nombreux monuments de l’antique ville de Cracovie ,
mais il en est une surtout dans les caveaux de la cathédrale
noë,

verront encore

de

Cracovie, qui arrête l’œil et

remplit le cœur de sentiments

solennels ; le souvenir des grands citoyens qui sont dans ces
tombeaux est encore palpitant ; Sobieski, Kosciusko, Ponia¬

towski, vos

noms,

la vie!

Tandis que

prononcés

en ce

lieu, paraissent y ramener

M. Lauvergne accomplissait cette tâche dou¬

loureuse, et que dans une excursion en

Gallicie il reprodui¬

féerique des mines de sel de Wleliczka, âl. Giraqd réunissait les physionomies variées des
diverses classes de la société en Russie et en Pologne : le Co¬
sait l’intérieur vraiment

revêtu des insignes de son
saint; la paysanne de Viazma et la juive de Krasnoë ; le cocher russe et le paysan de Smolensk ; la paysanne de
Kalouga et les laveuses de Saint-Pétersbourg ; et de plus, au

saque de l’Oural et le prêtre russe
caractère

milieu d’un

grand nombre de portraits, ceux des amiraux

Krusenstern, Wrangell et Lütke, gouverneur du prince grand
amiral ; do M. Struve, astronome ; de M. Baer, naturaliste;

�—

28

—

Ostrogradsky, mathématicien ; de M. Jacobi, chimiste ;
naturaliste; du jeune Chamille, en otage à la
cour de Saint-Pétersbourg, et que,
par ordre de l’empe¬
reur Nicolas, on élève avec soin dans le premier corps do
de M.

de M. Fischer,

Cadets de Moscou.

peine âgé de douze ans, combattait
ses compatriotes ; le courage,
la résolution et la ruse dont il porte sur la figure l’expres¬
sion combinée, l’avaient rendu plus d’une fois redoutable
Cet enfant circassien, à

les soldats

aux

russes

ennemis de

à la tête de

son

pays.

portrait du métropolitain Philarète (le seul de toute la
qui ne soit point d’après nature ) et une famille
bulgare prise à Moscou sont de petits tableaux de genre d’un
effet fort agréable.
Le

collection

Pologne, les généraux Thomas Lubienski ( le même
qui, à la tête du 8° régiment de chevau-légers de la brigade
Corbineau, passa le premier la Bérézina à Studianka, au mo¬
ment de la construction du pont en 1812 ), Chlopicki, et
Dunin Wonsowicz (qui, dans la retraite, accompagna fidèle¬
ment Napoléon depuis Smorgoni jusqu’à Paris), un paysan,
né sculpteur, d’une habileté remarquable , relèvent la
physionomie d’une douzaine d’autres toiles, telles que le
Cosaque de la mer Noire, le paysan, le voiturier et le cocher
en grand costume de la ville de Cracovie. Cette
galerie si ri¬
che dit assurément beaucoup sur l’aspect général, la struc¬
ture et l'expression de l’habitant de chaque pays ; elle donne
des usages , des habitudes, de la vie, des costumes et des
mœurs une idée assez
complète ; mais pour les naturalistes
qui, dans ce moment, recherchent tes différentes formes de
la face et du crâne en rapport avec les manifestations, elle
laisse à désirer des voyages futurs une collection de têtes et
d’empreintes. C’est au savant président de la Commission
qu’il appartiendra de combler ce vide, tout en dirigeant les
travaux de la Commission, en se livrant, comme il l’a fait
En

�déjà, à réunir tout ce qui peut éclairer la médecine, la zoo¬
logie, la statistique et l’histoire des voyages.
Bohême, Saxe, Danemark.—En Bohême,

en

Saxe,

comme

dans toutes les autres contrées visitées
par nos compatriotes,
les objets dignes d’intérêt ont été conservés ; la seule ville
de

Prague

a

fourni d’admirables dessins à M. Lauvergne, et

le portrait de l’astronome Kreil, à M. Giraud qui, à Dresde,
a enrichi son album des
portraits du docteur Carus et du

poète Louis ïieck

mais le Danemark, plus que ees autres
pays, a fixé l’attention des artistes. Sur ce point spécialement,
;

l’expédition s’ajoutait pour cha¬
plus doux encore, dicté par la recon¬
naissance. Depuis quatre années, nos compatriotes avaient
été, de la part du gouvernement, des autorités et des sa¬
vants danois, comme précédemment en Suède et en Nor¬
vège , l’objet d’une sympathie, d’une bienveillante sollici¬
tude qui ne s’était pas démentie un instant. Tous, et particu¬
aux

devoirs des membres de

cun

d’eux

un

devoir

lièrement M. Gaimard, avaient été à même de constater à la
de Danemark combien était vraie

aujourd’hui la
M'"® de Staël nous a faite de la simplicité de
mœurs, de l’aménité bourgeoise des souverains du Nord.
Comme souvenir de ces bonnes relations, les portraits du
roi de Danemark, Christian VIII, du poète Oehlenschlàger,
du ministre d’Etat Adler, du physicien Oersted , de l’anti¬
quaire Rafn , de l’astronome Schumacher, etc., resteront à
côté des vues de Copenhague, de Forgenfri, et du château
de Fredericksborg (1).
Il sera bon de trouver dans les albums des artistes, comme
dans les sentiments de tous les membres de la Commission,
cette mémoire du cœur pour une hospitalité cordiale et
cour

peinture

encore

que

franche.

Histoire naturelle, médecine, anatomie, aurores boréales,—

(1) Les porlrails de Tliorvnldson et de Finn Mu3nuscn ont déjà paru dans le Voyait en Islande
ei (tu

Groenland»

�—

30

Parvenusau terme de nos excursionsdanslesconlréesduNord,
nous ne

comme

les

pouvons omettre les travaux d’un homme de mérite ;
naturaliste et dessinateur, il a partagé les fatigues,

dangers de MM. Mayer, Lauvergne et Giraud; il doit
part qu’il a dans notre reconnaissance.

aussi recevoir ici la

partie pittoresque de la collection
plantes, animaux inconnus ou
mal définis dans leur espèce. Les dessins que nous avons sous
les yeux prouvent que l’artiste a senti combien ont d'impor¬
tance dans cette partie de l’art les détails les plus minutieux
de forme, de couleur et de structure.
M. Bevalet

a

enrichi la

de deux cents dessins environ,

Quatre-vingt-quinze sujets des deux règnes et des planches
Lépreux appartenant à l’Islande sont déjà publiés ; la
partie inédite se rapporte au Spitzberg, à la Laponie et à la
Scandinavie. Parmi les poissons s’offrent le Cottus tricuspis
doré ; le Cyclopterus spinosus brun ; une nouvelle espèce de
de

Spitzberg; le Cottus groenlandais surtout, noir,
orange et blanc, avec des couleurs remarquablement vives pour
un poisson de la mer Glaciale. Une nouvelle espèce de fusus
avec l’animal est une admirable coquille qui, par ses brillants
reflets paraîtrait devoir appartenir aux mers équatoriales.
Huit planches entières sont consacrées à des champignons
de couleurs extrêmement variées ; l’histoire pittoresque des
champignons, tracée par le savant phytographe J. Roques,
n’offre pas de dessins d’un plus bel effet.
Cottus du

,

Quarante et

un

sujets du professeur Boeck, de l’univer¬
brillante, donnent, pour

sité de Christiania, d’une exécution

plusieurs espèces d’animaux, des détails anatomiques com¬
plets, résultant d’observations microscopiques suivies avec
autant d’habileté que de persévérance.
MM. Lottin et Bravais, pour la France,
Siljestrôm, pour la Suède, constataient les
des aurores boréales sur les instruments magné¬

Tandis que

MM. Lilliehûôk et
influences

tiques et météorologiques, M. Bevalet s’efforçait de fixer.

�^

31

^

dans de beaux

dessins), les apparences de ces phénomènes
(dixplanches représentant quatorze aurores boréales).
Quelle est la
se

cause

de

ce

météore?

—

Dans

produit-il?
A

deux

questions, la science n’a point
réponse décisive.
ces

Mais

quelle

en

quel milieu

encore

fait de

est l’apparence ?

«Lorsque le ciel est sans nuages, ou que du moins il
des vapeurs légères, une lueur confuse apparaît
d’abord vers le nord ; bientôt des jets de lumière s’élèvent
au-dessus de l’horizon; ils sont larges, diffus et irréguliers.
Après ces apparences, déjà très-variées, qui sont comme
le prélude du phénomène, on voit, à de grandes distances,
n’offre que

deux vastes colonnes de

feu, l’une à l’orient et l’autre à
l’occident. Elles montent lentement au-dessus de l’horizon

grande hauteur; pendant qu’elles s’élè¬
inégales et variables, elle changent
sans cesse de couleur et
d’aspect; des traits de feu ou plus
vifs ou plus sombres en sillonnent la longueur ou les enve¬
loppent tortueusement; leur éclat passe du jaune au vert
foncé ou au pourpre étincelant. Enfin les sommets de ces
deux colonnes éblouissantes s’inclinent, se penchent l’un
vers l’autre et se réunissent pour former un arc ou
plutôt
et

parviennent à

une

vent avec des vitesses

une

voûte d’une immense étendue. Quand l’arc est

il

soutient

formé,
majestueusement dans le ciel pendant des heu¬
res entières. L’espace qu’il enferme est en général assez som¬
bre, mais, d’instants en instants, il est traversé par des lueurs
diffuses et diversement colorées. Au contraire, dans l’arc luimême, on voit incessamment des traits de feu d’un vif éclat,
qui s’élancent au dehors, sillonnent le ciel verticalement
comme des fusées étincelantes, passent au delà du zénith, et
se

vont

que

se

concentrer dans

l’on appelle la

un

petit espace à peu près circulaire,
de l’aurore boréale. Dès que la

couronne

-

�—

couronne

est

32

—

formée, le phénomène est complet, l’aurore

déployé dans le ciel tous les plis de sa robe de feu, on peut
contempler dans toute sa majesté.
« Après quelques heures, ou d’autres fois après quelques
instants, la lumière s’affaiblit peu à peu, les fusées ou les jets
deviennent moins vifs et moins fréquents, la couronne s’ef¬
face, l’arc devient languissant, et enfin l’on n’aperçoit plus
que des lueurs incertaines qui se déplacent lentement et qui
s’éteignent.
«Telle est l’aurore boréale dans toute sa magnificence;
mais, soit que l’état du ciel ou les circonstances asmosphériques ne soient pas toujours favorables, soit que les condi¬
tions elles-mêmes qui déterminent lephénomène ne soient pas
toujours satisfaites en même temps, il arrive très-rarement
que l’on puisse observer une aurore boréale complète,
môme dans les régions septentrionales. Tantôt la couronne
ne se forme que d’une manière vague et incertaine ; tantôt
l’arc est incomplet ou multiplié dans quelques points ; tan¬
tôt enfin l’on aperçoit des nuages qui interceptent la lumière,
qui se colorent sur leurs bords ou dans leur épaisseur, et
qui altèrent par mille accidents plus ou moins remarquables
la forme régulière de l’aurore boréale. Alors on distingue
encore vers le nord une lumière extraordinaire, mais le phé¬
nomène est confus et mal defini. On conçoit qu’il puisse
offrir mille apparences plus ou moins étonnantes. »
M. Bevalet a reproduit dans ses dessins le météore aux
phases diverses de son élévation : aucun de ses phénomènes
saillants ne lui est échappé. Les occasions de l’observer ont
d’ailleurs été fréquentes. Si nous ouvrons le recueil de notes
de MM. Lottin et Bravais, nous trouvons, sur 218 jours, 153
observations d’aurores boréales ; leur apparition est réelle¬
ment l’état normal de l’hiver, et l’on a dit avec raison qu’elles étaient alors le soleil des régions polaires. Pour ne point
laisser toutefois d’idée inexacte prendre place dans l’esprit
a

la

�lecteurs, rappelons-leur que la description précé¬
sur les lieux, et chaque fois,
quelque modifi¬
cation. 1“ Quant a l’époque de l’apparition, rien de constant j
de

nos

dente souffre

météorologistes l’ont signalée aux diverses heures de la
: le 6
janvier, elle apparaît à trois heures vingt-deux
minutes du soir, les 8 et ik décembre, dès trois heures trente
nos

nuit

minutes, et à ti’ois heures quarante minutes le 6 décembre.
plus, l’aurore se montre souvent à une époque de la nuit

De

très-avancée dans l’un des deux

crépuscules. Ainsi, par exem¬
très-rare de la voir lorsque le centre du soleil
degrés au-dessous de l’horizon ; elle peut
même exister lorsqu’il est au-dessus. 2° Quant à la forme,
elle se rapporte à deux tjpes ; l’arc ou bande, le
rayon ou
jet lumineux. 3° Quant aux mouvements, MM. Lottin et
ple, il n’est

pas
est à 8 ou 9

Bravais

en

ont observé

deux bien distincts, l’un de vibra¬

tion et l’autre d'ondulation; ils les ont suivis attentivement,

leur existence paraît intimement liée avec les
perturbations des aiguilles magnétiques, k" Enfin, quant â la
couleur, le vert, le jaune et diverses nuances ont été vus par
eux, mais jamais le rouge pourpre.
La belle description que nous avons empruntée au
profes¬
seur de la Sorbonne laissait
pressentir ces modifications; il
nous a
paru intéressant de les énoncer d’une manière pré¬
cise, car ici la science est intimement liée à l’aperçu pitto¬
parce que

resque.
Si nous

joignons à tous les dessins dont nous avons parlé
jusqu’ici les études de géologie faites avec tant de soin et
d’habileté par MM. Robert et Durocher, les plans où se dé¬
roulent les couches successives du globe et les secrets de sa
structure, les vues d’intérieur des mines de fer, d’argent, de
cuivre, de sel, etc., de Suède, de Norvège, de Finlande,
de Wieliczka, de Freyberg, etc., on verra que nous avons
pu dire en commençant que réellement la partie pittoresque
est comme le résumé matériel des travaux de l’expédition. Au
météorologiste, elle représente les phénomèmes célestes; au
3

�—

34

—

géologue, la charpente de la terre; au naturaliste, les plantes
et les animaux de sa surface, au philosophe, l’homme entouré
d’éléments infiniment variés de sa royauté terrestre. Four
tous enfin, elle conserve quelque précieux souvenir.
D. Gaübert,
attaché

*

LES

VOYAGES

DÈ

LA COMMISSION

au

miuîslére de rintérlcur»

SCIENTIFIQUE DU NORD,

sous la direction de M. paul gaimard,
Président de la Commission , ont été exécutés en
deux campagnes et se divisent en deux parties ,

publiés

ayant chacune leur titre et leurs divisions

culières.

PREMIÈRE

parti¬

PARTIE.

VOYAGES EN ISLANBE ET AU GROENLANB

exécutés, pendant

les années 1835 et 1836, sur la corvette la Recherche, com¬
mandée par M. Tréhouart, lieutenant de vaisseau : 7 vo¬
lumes grand in-8'’, accompagnés de deux atlas in-folio
et

un

in-d”; ensemble 246 planches, dont 60 tirées en cou¬

leur et retouchées

Cette

au

pinceau.

partie formera 35 livraisons de planches et 14 livraisons
de texte. A l’exception de la
Physique, dont le prix est de
16 fr., le texte se délivrera gratis aux souscripteurs à la
partie complète, il en paraît déjà 8 livraisons et 33 livrai¬
sons de planches ;
prix de chaque livraison. . .
14 fr.
Il a été tiré un petit nombre d’exemplaires sur papier vélin

�33

—

satiné, doubles figures

couleur

papier de Chine, pour celles
28
; prix de chaque livraison
Cette partie se compose de six divisions.
sur

PREMIÈRE
niSTOIRE DE

—

,

L'ISLANDE, depuis sa découverte jusqu’à nos Jours, par M, XAVIER MAR»

illustré de 80 vignettes

sur

bois,

littérature islandaises,
deux livraisons ^sous presse) : prix,

langue et
en

publiciuc : un volume grand ia*8o,
prix,

en vente ;

DEUXIÈME

tO'8e,

fr.

DIVISION.

51IER, iiiblinthécaire du niinlstcre de l'instruction

livraisons

en

en

deux

14 fr«

DIVISION.
par

M. XAVIER

MARMIER ; U»

VOÎumc grand
14 fr.

TROISIÈME DIVISION.
ASTRONOMIE, THYSIQUE ET MAGNETISME
veue r un

volume

grand in»8^,

en

,

par

deux livraisons,

QUATRIÈME

M. VICTOR

en vente ;

LOTTIN

prix,

,

capitaine de

cor»

26 fr.

DIVISION.

GÉOLOGIE, MINÉRALOGIE ET BOTANIQUE, par M. 1c docteur EUG. ROBERT

: un

volume

grand in-8o , en deux livraisons , orné de 53 vignettes sur bg s, et accompagné d'un atlas de
30 planches, meme format que le texte, gravées par M. BIMEI.Y, d’après les dessin-s faits sur
les lieux par l'auteur, en vente ; prix,
42 fr.

CINQUIÈME

ET STATISTIQUE par M. PAUL GAIMARD, Président de la Com¬
grand in-8e, en deux livraisons ( sous presse) prix 14 fr., accompagné
d'un atlas grand in-folio de 60 plmches gravées, tirées en couleur et soigneusemcct retoueliérs au pinceau.
livraisons de planches sur 20 sont publiées; prix de chaque livraison,
24 fr.

ZOOLOGIE,
mission

8

MÉDECINE

DIVISION.

; un

,

vo'ume

.

SIXIÈME DIVISION.
M. PAUL GAIMARD; deux volumes grand In-Se,
pittoresque , en 2 volumes in-folio,
planches liihog.'aphiérs , imprimés sur papier de Chine .
1,'allas est enlièiement puMié : prix,
llparait deux livraisons de texte ; prix des deux livraisons,

HISTOIRE DU VOYAGE, par

livraisons, accompagnés d'un ntlas historique et
150

en quatre

conlenan t

375 fr*
14 fr*

�DEUXIÈME PARTIE.
EN

VOYAGES

SCANDINAVIE, EN LAPONIE

,

AU SPITZBERG

pendant les années 1838, 1839 et 18i0,
sur la corvette la Recherche, commandée par M. Fabvre,
lieutenant de vaisseau ; 20 volumes grand in-8“ et 516 plan¬
ches grand in-folio.
Cette partie formera 86 livraisons de planches et 40 livrai¬
sons de texte; il paraît trois livraisons de planches, et une
livraison de texte.
Prix de chaque livraison de planches,
12 fr. 50 c.
Prix de chaque livraison de texte,
5 50
Il a été tiré un petit nombre d’exemplaires, sur papier Jésus
vélin satiné pour le texte, et sur papier de Chine colom¬
bier vélin pour les figures ; prix de chaque livraison de
planches,
25 fr.
Prix de chaque livraison de texte,
11
Cette partie se compose de neuf divisions.
ET

AUX

FERôE

,

PREMIÈRE DIVISION.
ASTRONO.mS}
que
de

,

.

P.

par

A, SILJESTROMi

MM. VICTOR tOTTIÎÎ

,

élève de Técole polylecbniBILLIEHOOK , lieutenant de vaisseau de la marine royale

BRAVAIS , docteur es sciences, ancien

enseigne de vaisseau ; C. B.

Suède;

MARÉES,

PEXDUIE, HYDROGRAPHIE,

capitaine de corvette ; A

professeur de physique à

Norrltoping; DE LAROCHEles

POtVCIÉ, ingénieur-hydrographe de la marine ; et par MM. !e capitaine FABVRE et
•fficiers de la corvette la Recherche : un volume grand in-8o, sous presse.

DEUXIÈME DIVISION.
/

MM. LOTTIIV, BRAVAIS, LILLIEHOOH, SILJESTROM , DE LABOCBE-PONCIÉ; MARTINS, professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris; L. L. LÆSTADIOS, pasteur à Karesiiando en Laponie , membre de la Société royale des sciences
d'Upsal y et POTTIER, chef de timonerie de la corvette la Recherche : trois volume#
grand in-8o , tous presse.

MÉTÉOROLOGIE,

par

TROISIÈME DIVISION.
MAGNÉTISUB TERRESTRE

,

par

MM. LOTTW

,

BRAVAIS, LILtIEHOOfi, SILJESTROM;

�37

—

B

G-.

de sénie dans l'armée norvégienne, aide de camp d’eS. M.
; ei jar MM. le capitaine PABVRE et le» oBi-

MEVER, cnpîtalne

&lt;S-.î&lt;’an;

le roi ( liar

DE LA'iOCnK-POAClÊ

2,volitmi

ciers de tn Ppcliarche
Os trois divisions

ne

s

|j,rand in-So;,

vendront pas

se

sons presse.

séj aiénier.t ; elle.-,

feront nccompasncrs

plîiiulus gravéfs grand in*foIio et (oimeiant douze Itvraisons de
pl.inchrs.
Prix de cluiqiie livraison d« trxte,
Piix de chaque livraison di^ planches,

1:8

,

d’un allas de

leale ei 3 livraisons

de

6 fr. 50

c.

50

QÜATRIÈ.UE DIVISION.
AliRORES
un

BOREALES,

vo.ume

grand in-8o

2 livraisons de texte p

2 livraisons de

par

MM. lOTTIN. BRAVAIS, LILLIEIToÔ'e ET SlLJESTROH

;

accompagné d’un allas de 12 planches grand in-folio, sous presse.
prix dechaqiiu livraison
Q fr. 50 c.
,

,

planches ; prix de chaque livraison,

14

50

CINQUIÈME DIVISION.
CÉOLOGIC, MIKËRALOGIE
Commission'

; un

ET

MÉTALLURGIE,

volume grand in-8o

,

par

M. le docteur ROBERT, géologue de'a

sous prc.sse.

GÉOLOGIE, MINERALOGIE, MÉTALLURGIE ET CHIMIE, par BI. J. BUROCIICR, docteur
es sciences, ingénieur au corps
royal des mines et profe.'-srur de géologie à la faculté des
grand in-8o il paraît une livrais«)n.
accompagnée d'un atlas de 40 planches.grandin-folio gravées, la plupart co¬
loriées par les meilleurs artistes.
4 livraisons de texte ; prix de chaque livraison
6 fr, 50 c.
6 livraison.*: de planches ; prix de chaque livraison,
14
50
sciences de Rennes; un volume

.Cette division

,

sera

,

.

SIXIÈME
BOTANIQUE,

DIVISION,

GÉOGRAPHIE BOTANIQUE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE, PHYSIOLOGIE ET
par MM. ÎIARTIXS, J. VAHL , LÆSTADIUS, BRAVAIS, BUROCHER ,
,

MÉDECINE,

SILJESTRÜM, BOECK ET ROBERT; 2 volumes grand in 8®, sous presse.
sera accompagnée d'un allas de 30 planches grand in-fulîo gravées et coloriées
les meilleurs artistes.
livraisons de texte ; prix de chaque livraison ,.
6 fr. 50 c.
livraisons de planches; prix de chaque livraison ,
14
50

Cette division
par
4
5

SEPTIÈME

DIVISION.

; MAMMIFÈRES, OISEAUX, ARACHNIDES, INSECTES ET ÉCHINODERMES,
IVl. le professeur C. J. SUNDEVALL, directeur du musée national de zoologie à Stock¬
holm et membre de l'Académie royale des sciences de la meme ville.
POISSONS, CRUSTACÉS, MOLLUSQUES ET ACALEPHES, parM. H. KROYER, membre
delà Société royale des sciences d?Copenhague.

ZOOLOGIE)
par

�38
JINXÉtIDES, TrUBELLAlnES, IXFl’SOIRES,

BRYOZOAIRES ET POLYPES, parM. BOECK
Puniversiié de CljriKtianij. Celte division, composée de 3 volum.i
acconipagiiée d'un atlas de 140 planches grand in-fulio gravées et cO'

professpiir de physiologie
in&gt;8o

presse

sous

sera

,

,

a

1rs meilleurs orlistrs.
6 livraisons de texte ; prix de cliaq te livraison
31 livraisons de planches ; prix de
cltaque livraison,
loriéi'S par

G fr- 50

,

11

e*

50

HUITIÈME DIVISION.
HISTOIRE

par

DE

LA

SCAKDIXAVIE, IHSTOIRE LITTÉRAIRE

31. XAVIER NARBIER

lûmes

grand tn-S^

,

,

sous presse.

,

RELATION CH VOYAGE

bibliothécaire du ministère de l'instruction publique

;

4

vo«

HISTOIRE ET MYTHOLOGIE DES
LAPONS,

suanilo
sous

on

par 31. L. L. LÆSTAOIÜS, past ur à RnreLaponie, membre de la Société royale des sciences d'Upsal ; 1 volume grand in*8o,

presse.

Celte division
Il

se^a accompagnée d’un allas de 240
planches grand in-folio lithographiées.
paraît trois [ivrai9:ins d - J'.itlas.

10 liv.';*ison5 de texte;

40 livraisons de

p&gt;ix de chaque livraison,
planches; prix de chaque livraison,

6 fr. 50

14

e.

50

NEUVIÈME DIVISION.
STATISTIQUE DE LA SCANDINAVIE
GAIMAP.D,

Piésideni d^* la ('onimis ii

36 tableaux

grand in-folio,

2

livrai.sons de

9

livraiiion» de

ON

,

DE LA LAPOME ET DE.S FEROK, par

n ;

un

M. PAUL
volume grand in-8o, accompagné d'un alla» de

sous presse.

piix deihaqiie livraison ,
tableaux : prix de chaque ilvraieon
texte ;

6 fr. 50
14

,

SOUSCRIT, SANS RIEN PAYER D’AVANCE,
A

PAUIS,

Clies Artliiis Bertranil,
LlBBAiRE DE

et

LA.

SOCIÉTÉ

de la Société

DE

GÉOGRAPHIE

royale des Antiquaires du Nord

RUE HAÜTEFEÜILLE
et

Éditeur ,

,

DE

PAHIK

,

23 ;

chez tous les Libi’aircs de Fraæe et do

l’clranger

50

c.

�—

PREMIETl FEVTHEK

JEJV VJEWTÆ! VHE'Æ EE

1843-

—

MÊlflE

EIBUAinE.

VOYAGE

DI niiRioi Dü mu,
EXÉCUTÉ

PEXDANT LES

ANNÉES 1832, 1833 ET 1834

,

PAR

iL!g

[p:ai]i?o©[E

Trois volumes

[MA2io[iUi]ii[LQ[g[tîii

m

grand iit&gt;8o, papier vélin siipeiTii^, ornés de 60 vi^neltcs
et gravées sur Lois;

au

moins, destinées

ACCOMPAGNÉS

d’un allas

composé de 80 planches environ, format demi-grand colom¬
bier, dessinées sur les lieux,
FAR

M. CHARLES
ET

GRAVÉES

PAR

TES

PROS

UARIRES

BODMER,

ARTISTES

DE

PARIS

ET

DE

LOXDRES.

Le leste est imprimé par M.VI. Firmin Didot frères, avec des carac¬
tères neufs, sur papier grand raisin vélin supeifin saliné, et les
p'anches
sont lirées par M. IJougeard , successeur deM.
Finot, connu par les
grands et beaux ouvrages sortis de ses presses. Le coloi'iage, loin d’èlre
fait en atelier, est confié en lolaliléà M. Adolphe l,econile, dessinaieur
de méi ile , qui a bien voulu se charger de celle partie de la
piiblicalion.
Ce bel ouvrage parlailernenl exéculé, mérite les
sufli’ages îles savanis,
des artistes, des gens de goùi, et justifie complètement ralleule du

public.

Prix des

exemplaires, figures noires,

Prix des exemp'aires , figures noires, dont 30 environ li¬
rées en couleur et soigneusement retouebées au
pinceau".
Prix des

exemplaires, figures noii-es lirées

Chine.

sur

papier de

Prix des exemplaires , figures noires lirées sur
p.apier de
Chine , dont 30 environ tirées en couleur et soigneusement

relonciiées

au

Prix de.s

pinceau.

exemp'aires, figures lirées en couleur et soi¬
gneusement retouchées au pinceau.
Prix des exemplaires, doubles figui'es, noires et
coloriées,

240 fr.

320 fr.
320 fr.

400 fr.
720 fr.

les figures noires lirées sur papier'de Chine.
1,000 fr.
Les trois volumes de texte se vendent
séparément avec la
carte du voyage.
24 fr.
"

INota. Les

jilaticlies coloriées

sont

celles represeninnt des sei nes de la vie dcnsesliqîie, des

portrails, cosiumt’S, aru.cs, iai.rumcnls, (isleoAiici, qui ont Lesuia Je la couleur
failemcnt lompitses.

�III (imiiitiiiiTioii
DE LA

PE.NDAXT LES
suus

FRÉr.AïE L AUTÉMISE,
A.VRÉES 1837

,

1833

,

1839 ET 1840

le conimatifl iirenl de M. Lai’LA,üe

,

,

conliT-aminiJ.

4

pysiGÈs paa ®jî© îÊ ©y îî@G,
volumes in-S”. J! paraît 4 liviaisons sur 8; prix de la liv., 7 fr.

su»

LA COXSTBUCTIOSJ A AVALE
iteingtles

ttes

eüD(ra&lt;‘ete»'opéetis &gt;
ou

COLLECTION DES NAVIRES ET PIROGUES
conslriUls par

les habiianls de l’Asie , de la Malaisie, du grand Océan
et de l’Ainéiiiiue
mesurés et dessinés
,

PARIS, CAPXIAINE SE CORVETTE,

PAU la.

l»E\DA.\T
A

&amp;ES VOYAGES AUTOUR DU DIONDE

SORO

DES SATlMCNTS DE SA

,

MAJESTÉ

TAstrolabe, Ist Favoi'îte et l’ArtéiHise ;
OUVRAGE PUBLIE PAR ORDRE DU ROL,
SOUS

LES

AUSPICES DU

MINISTRE DE LA MARINE*

CONDITION DE LA SOUSCRIPTION.
Cet ouvrage contiendra 130 planches environ, grand in-folio de Jésus,
accompagnées d’un texte explicatif du même formai; les planches seront
soit hihogi aphiées, soit gravées, selon la nalui-e des sujets (|u’elles représenteni; il sera puhlié en 10 livraisons, chropie livraison soit 10 plan¬
ches , soit 4 ou G planches , avec 4 ou G feuillets de texte.
11 paraît déjà 8 livraisons ; le prix de chaque livraison est,

les souscripteurs , de
12 fr.
L’ouvrage sera entièrement terminé avant la fin de l’année 1843.

pour

IJll’lU.UËllIE DE M'" V®

BOUCIlARD-llUZAUD, 7, RUE DE

L’EI’ËUON.

�������</text>
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                <text>Livres libres de droit qui proviennent de la Bibliothèque de l'Université de la Polynésie française (BUPF), du Service du Patrimoine Archivistique et Audiovisuel (SPAA) de la Polynésie française ou de collections privées.</text>
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              <text>Îles Marquises, ou Nouka-Hiva : histoire, géographie, moeurs et considérations générales : d'après les relations des navigateurs et les documents recueillis sur les lieux</text>
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