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                  <text>N° 73

TOME VIr

(N° 2)

JUIN 1945

Anthropologie
Histoire

—

des

—

Ethnologie

—

Philologie.

Institutions et Antiquités
populations maories.

Littérature et Folklore.

Astronomie

—

Océanographie

IMPRIMERIE

A

DU

Sciences naturelles

GOUVERNEMENT

PAPEETE

Société des

—

(TAHITI)

Études Océaniennes

�Les articles
teur

à la

publiés dans le Bulletin, exceptés ceux dont l'au¬
ses droits, peuvent être traduits et
reproduits*
condition expresse que l'origine et l'auteur en seront men¬
a

réservé

tionnés.
Toutes communications relatives
la

Société, doivent être adressées
Papeete, Tahiti.
Le Bulletin est

Prix de

ce

au

Bulletin,

au

au

Président.

envoyé gratuitement à tous

ses

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10

Cotisation annuelle cles Membres-résidents
en

français
Cotisation annuelle des

étrangers

à

110,

Membres.

numéro

Cotisation annuelle des Membres résidant

ou

Boîte

fr.

»

40

francs.

50

franes.

3

dollars.

pays

SOUSCRIPTION UNIQUE.
Membre à vie résidant

en

Membre à vie résidant à

France

ou

dans

ses

colonies. 500

l'Etranger, six livres sterling

fr.
ou

trente dollars.

Avantages de

faire recevoir Membre a vie pour cette som¬
(Article 24 du Règlement Inté¬
rieur, Bulletins N° 17 et N° 29).
me

versée

i° Le

une

se

fois pour toutes.

Bulletin continuera à lui êtreadressé, quand bien même

il cesserait d'être Membre résidant cà Tahiti.
2°

Le Membre à vie n'a

paiement de

sa

plus à se préoccuper de l'envoi ou du
cotisation annuelle, c'est une dépense et un souci

de moins.
lïn conséquence : Dans leur intérêt et
sont invités à devenir Membre à vie:

celui de la Société,

TOUS CEUX qui, résidant hors de Tahiti, désirent recevoir le
Bulletin.

TOUS LES

jeunes Membres de la Société.

TOUS CEUX

qui, quittant Tahiti, s'y intéressent quand même.

�ce

la

SOCIÉTÉ D'ÉTUDES

OCÉANIENNES

(P O LYNÉSIE O RI ENTALE,

TOME VII
A"

73.—

(N°2 )

.FIJ ï N

('£» 4 5.

SO jYLTs/C A. T IE&amp;IE3

Pages

Compte rendu de PAssemfoiée générale
du 14 mai 1945
Littérature

et

....

47

Histoire

Le

mirage et l'exotisme tahitiens dans la littérature
(H. Jacquier) (suite)

50

EUiiiogs'apliie.
Essai de reconstitution des
l'Ancien Tahiti

mœurs

et coutumes de

(Rey-Lescure) (suite)

77

Divers,
Brest et le
Arrêté

Pacifique

86

466 a,p. du 30 mai 1945 approuvant la
constitution du Bureau de la Société des Etudes
Océaniennes
n°

Avis

87
88

Société des

Études

Océaniennes

�Le Comité de la Société des Etudes

Océaniennes

a

le grand

regret d'apprendre à ses Membres le décès de son Président
Monsieur Edouard Ahnne, Chevalier de la Légion d'Honneur

Compagnon de l'Ordre de la Libération.
dix-sept ans, Monsieur Ahnne fut à la tête de cette
Assemblée et, par son intelligence, son dévouement, son ac¬
tivité et son érudition remarquable; il a contribué, pour une
grande part, à la vitalité de ce groupement.
Son vœu le plus cher était de consacrer ses dernières an¬
nées à ce petit Cercle intellectuel auquel allait toute son af¬
fection. La mort l'a surpris au moment où il réalisait ses
vœux et la Société des Etudes Océaniennes lui gardera tou¬
et

Durant

jours son plus cher souvenir.

Société des

Études

Océaniennes

�ASSEMBLEE
sous

GENERALE DU 14

MAI

1945

la présidence d'honneur de Monsieur le (Gouverneur Orselli-

La date de réunion de cette Assemblée a été reculée en
raison du décès de son Président Monsieur Edouard Ahnne survenu

Etaient

peu

de jours auparavant.

présents parmi les membres du bureau

Le Dr Rollin
M. Cabouret

M.

Vice-Président
Trésorier

Rey Lescure
Absents

:

Assesseur

:

M. Poroi

Excusé

M. P. I. Nordmann

En voyage.

La séance est ouverte à 17 h. 30. Le Dr Rollin
après avoir souhaité la bienvenue à Monsieur le Gouverneur évo¬

que en termes émus le souvenir du défunt président Mon¬
sieur Edouard Ahnne qui pendant 17 ans fut à la tête de
cette Assemblée. Il rappelle en particulier
la haute intelli¬
gence, l'activité et la grande connaissance des questions
océaniennes de celui qui pendant si longtemps fut l'âme
de notre groupement.

Se faisant l'interprète

tous les membres de la Société il renouvelle
léances à la famille éprouvée.

au nom de
ses condo¬

Rendant ensuite

rapidement compte de l'activité de la
depuis l'Assemblée générale du 3 avril 1943,1e viceprésident signale que le nombre des Sociétaires s'élève
maintenant à 214 ce qui, en raison des temps
difficiles
que nous traversons, est malgré tout encourageant pour
Société

l'avenir. Par contre, le Bulletin trimestriel n'a
pu
et

paraître

grâce à la bienveillance du Gouverneur, que
deux fois par an, ce qui évidemment ne constitue
qu'un
simple témoignage de continuité de la compagnie qui en¬
encore

tre maintenant dans sa 28e année.

Société des

Études

Océaniennes

�48

_

-■

invitant l'Assemblée à

procéder
par son vote au renouvellement du bureau. La parole est
alots donnée à M. Cabouret, trésorier.
Le Dr Roi 11 n termine

en

Résumé de la situation financière.

Solde

caisse

en

Recettes

au

2.276,29

31 mars 1943

depuis cette date

22.240

Total

24.s

Dépenses
Solde

en

pour

la même période

18.280
6.236,29

caisse

répartissent ainsi

Les recettes et les dépenses se

Achat d'un tableau

Allocation du service
local

:

Dépenses

Recettes

11.700

Cotisations

16,29

3

objets marquisiens

i.oio

1.000

Salaire de la bibliothé-

encais-

sées

8-77°

Dons divers

I-77°

11.600
caire
Frais d'encaissement
des cotisations et
du bureau

Total

22.240

*

1.980

Total

18.280

L'Assemblée

procède alors au vote, il y a 22 membres
présents et deux procurations déposées sur le bureau. Le
dépouillement des bulletins a donné le résultat suivant
qui, sous réserve de l'approbation de Monsieur le Gouver¬
neur, représente la constitution du bureau :
M. de Monîezun Président

M.

Rey Lescure Vice-Président 20

M. Cabouret

Le

Trésorier

voix
voix

20voix

Secrétaire

23

M. Poroi

Assesseur

23

voix
voix

Dr Rollin

—

22

voix

M.

jacquier

nouveau

zun se

23

id

—

bureau

lève pour

prend place et Monsieur de Monîe¬
remercier l'Assemblée ; il dit toute l'émo-

Société des

Études Océaniennes

�_

49

—

tion

qu'il ressent en prenant la place de l'homme érudit
grand Français qui l'a précédé. 11 fait part de l'intérêt
qu'il a toujours porté aux sciences anthropologiques en
particulier. A Paris, Monsieur de Monlezun a tait partie de
la brillante Société présidée par le Dr. Rivet; il s'est inté¬
ressé, au cours de nombreux séjours en Amérique du Sud,
à toutes les questions touchant à l'histoire de ce Conti¬
nent. Son premier soin en arrivant à Tahiti fut de se taire
et du

admettre

comme

Membre de la Société d'Etudes Océanien¬

Le Président rappelle l'utilité incontestable de ce pe¬
groupement intellectuel dans une Colonie si éloignée,
et les résultais obtenus jusqu'ici, en liaisons avec d'autres
Sociétés Savantes, dans les questions intéressant l'histoire
du Pacifique. En terminant M. de Monlezun souhaite qu'en
raison des temps meilleurs qui se préparent, la Société
puisse reprendre son activité normale. 11 émet l'idée que
la fête du Folklore, qui connaissait autrefois un si vif suc¬
cès puisse être rétablie bientôt.
L'Assemblée applaudit le discours de Monsieur de Mon¬
nes.

tit

.

lezun et la séance est levée à 18 h 45.

Société des

Études Océaniennes

�—

Le mirage et

50

—

l'exotisme tahitiens dans la littérature (1)
( suite )

III

Tahiti, " Terre d'Utopie'' ( staite )
Je lui ai appliqué le nom d'Utopie que Tho¬
mas

Morus

avait donné

à

sa

république

idéale.

COMMERSON.

Il

se

trouvait à bord de la "Boudeuse "

un

admirateur fa¬

natique des idées de Rousseau, c'était Philibert Commerson,
le fameux naturaliste. Au cours d'un voyage auteur du monde
où les péripéties et les occasions d'étudier les mœurs primi¬
tives ne manquaient pas, ce bouillant philosophe ne se dépar¬
tira pas un instant de l'attitude qu'il s'est fixée avec un parti
pris évident il niera délibérément tous les faits qui semblent
contraires au sens de ses idées. Ce remarquable botaniste qui
à première vue fixait aussitôt une espèce inconnue dans une
division, un embranchement, une famille et un genre, était
affligé par contre d'une regrettable myopie lorsqu'il s'avisait
d'étudier l'espèce humaine. Aussi son apologie de l'état de
nature ne manque pas de paradoxes, sa défense des Tahitiens
en est un exemple : « Je ne les quitterai pas, ces chers Tahi¬
tiens, sans les avoir lavés d'une injure qu'on leur a faite en
les traitant de voleurs. I! est vrai qu'ils nous ont enlevé beau¬
coup de choses, et cela même avec une dextérité qui ferait
honneur au plus habile filou de Paris : mais méritent-ils pour
cela le nom de voleurs ? (2) Il est évident qu'à moins de
(1) Voir B.S.E.O. N° 72.
(2) Montessus - Biographie et martyrologe de Commerson.

Société des

Études

Océaniennes

�_

51

—

changer la signification du mot " vol " au dictionnaire, il de¬
vient malaisé de définir autrement cette action. Mais Com-

précurseur de Proudhon, trouve pour justifier la
ingénieuse explication: "Voyons
ce que c'est que le vol? C'est l'enlèvement d'une chose qui
est en propriété à un autre, mais ce droit de propriété est-il
dans la nature ? Non : il est de pure convention, or aucune
convention n'oblige qu'elle 11e soit connue et acceptée... donc
l'acte d'enlèvement qu'il (le Tahitien) vous a fait d'une chose
qui excite sa curiosité n'est selon lui qu'un acte d'équité na¬
turelle par laquelle il vous sait faire exécuter comme il s'exé¬
cuterait lui-même. Je ne vois pas l'ombre de vol là-dedans".
Précisément au cours de l'escale un Tahitien est pris en fla¬
merson, en

conduite desTahitiens une

grant délit de " restitution naturelle " : « J'ai vu, dit Commerson, la canne d'un officier levé
sur lui : comme on le
prenait dans cette supercherie dont on n'ignorait pas le gé¬
néreux motif (!), je me jetai avec indignation entre eux, au
hasard d'en recevoir la décharge moi-même. Telle est l'âme
des marins, sur laquelle Jean-Jacques Rousseau place judi¬
cieusement un point de doute et d'interrogation. » (1)
conçoit aisément que le malheureux Commerson se soit
plaint du peu d'égard de ses compagnons de voyage vis à-vis
de lui. Ce civil embarqué avec des marins devait avoir des
étonnements de parlementaire en mission sur un croiseur,
perdu dans ses classifications botaniques il n'en sortait que
pour émettre des paradoxes invraisemblables et qui devaient
agacer prodigieusement le " carré" comme on dirait aujour¬
d'hui. D'ailleurs tout en émettant des doutes sur la valeur de
On

propriété il écrivait au même moment une lettre énergique
sujet de l'administrateur de ses biens en France qu'il ac¬
cusait de vol en ajoutant " qu'il lui ferait rendre gorge ". En
ami de l'égalité sociale et en haine des grands personnages il
avait décidé d'embarquer au départ de France sur "l'Etoile"
dont l'état-major surtout constitué par des officiers delà ma¬
la

au

il) Allusion à la note dédaigneuse de. Rousseau sur
gateurs ainsi que sur les marins en général.

Société des

Études

les relations des navi¬

Océaniennes

�—

52

—

rine marchande lui

permettait d'éviter la compagnie des offi¬
prince de Nassau de la " Boudeuse
Cependant à la première escale il se hâtait de débarquer de
L'Etoile " cette « caverne deCacus, dit-il, où régnaient les
officiers bleus, pêcheurs de morues et pirates, hostiles par
esprit de corps à la marine du roi, qui, ajuste titre, les mé¬
prisait souverainement, » Avec satisfaction il retrouvait sur la
Boudeuse " des " gens de naissance et de mérite " — A Riode-Janeiro il avait, écrit-il avec complaisance, " Table ouverte
chez le vice-roi " ce qui semble flatter particulièrement sa
vanité. Après la découverte de l'identité de Jeanne Baret la
situation de Commerson devint plus délicate, malgré ses pro¬
testations l'équipage devait l'accabler de sarcasmes ; il faut
convenir que ce philosophe égalitaire non seulement contre¬
venait sérieusement aux règlements maritimes mais avait une
singulière façon de comprendre l'égalité pour tous des droits
ciers nobles et celle du

"

"

et des devoirs.
#

*

#

IV
Ce
"

Vénusbcrg

L'homme est ainsi fait, il n'a pas

retenu les formes gou¬

vernementales, les idées religieuses desO-ïaïtiens, mais dans
sa mémoire sont gravées en traits de feu les peintures libres
d'un sensualisme dans toute sa naïveté, des tableaux de l'Aibane à coloris remarquable par sa nudité. Pour lui O-Taïti
est le

paradis de Mahomet où l'âme n'est pour rien dans les
plaisirs des sens qu'il prodigue. " (1) C'est ainsi que Lesson,
pharmacien de la marine et membre de l'Institut qui accom¬
pagnait Dumont d'Urville dans son voyage de circumnaviga¬
tion en 1823 s'exprime au début du chapitre concernant Ta¬
hiti. On savait déjà universellement, à peine les relations de
Bougainville et de Cook étaient-elles connues, que les naviga¬
teurs et leurs équipages avaient trouvé auprès du beau sexe
tahitien d'appréciables compensations à la monotonie des
voyages.

(1) Lesson. Voyage autour du monde

Société des

Études

sur

la " Coquille".

Océaniennes

�—

53

Il est curieux de comparer

—

dans les diverses relations la

façon dont chaque auteur essaie de décrire cette particularité.
Si les rapports officiels publiés dans la prude Angleterre sous
ie contrôle de l'Amirauté se bornent à signaler le degré de

à Tahiti en déplorant 1e préjudice qu'il
équipages, Sparmann avoue que '• les
Tahitiennes avaient un défaut qui, celui-là, était considéré
par nos marins comme désirable et charmant ; la majeure par¬
tie de celles qui n'étaient pas mariées, non seulement ne con¬
sidéraient pas comme un manquement les relations avec
l'autre sexe et les liaisons qui en résultaient, mais ne faisaient
même rien pour s'y opposer." Ces nymphes ne se conten¬
taient d'ailleurs pas d'une détense pleine de promesses, elles
passaient directement à l'attaque.
Banks et Solanders les deux naturalistes faisant partie de
l'expédition de Cook ne manquent certes pas d'humour lors¬
qu'ils décrivent en vrais biologistes les avantages de l'escale
tahitienne. " Cette princesse ( la reine Oberea) compatissante
aux besoins de l'humanité, voulait contre l'avis de ses con¬
seillers, qu'on envoyât sur le champ aux étrangers une troupe
de jeunes filles avec un nombre suffisant de cochons. ïl était
difficile que la reine Oberea ouvrit un avis qui peignit mieux
sa bienfaisante sensibilité. Et, en effet, quelles offres plus gé¬
néreuses que des femmes et des cochons pour des marins qui
en avaient été privés depuis longtemps. " (1)
Des jeunes gens comme le chevalier Fesche de la " Bou¬
deuse " devaient apprécier particulièrement ce genre d'offran¬
de, cependant i'impudeur des insulaires l'effarouche un peu
et pour le coup notre jeune homme devient presque philoso¬
phe en avouant candidement " que la corruption de nos
mœurs nous a fait trouver du mal dans une action dans la¬
débauche qui règne
cause à la santé des

quelle ces gens, avec raison, ne trouvent que du bien. Il n'y a
que celui qui fait ou qui croit faire le mal qui craigne la lu¬
mière. "

de

(i) Journal d'un voyage autour du monde en 1768-1769-1770-1774. Traduit
l'anglais par M. de Fréville à Paris chez Saillant et Nyon. MDCCLXXII.

Société des

Études Océaniennes

�—

84

—

catégorique " Là ni la honte, ni
pudeur n'exercent point leur tyrannie : la plus légère des
gazes flotte toujours au gré des vents et des désirs : l'acte de
créer son semblable est un acte de religion, les préludes en
sont encouragés par les vœux et les chants de tout le peuple
assemblé, et la fin célébrée par des applaudissements univer¬
sels, tout étranger est admis à participer à ces heureux mys¬
tères, c'est même un devoir de l'hospitalité que de les inviter,
de sorte que le bon utopien (Tahitien) jouit sans cesse ou du
sentiment de ses propres plaisirs ou du spectacle de ceux des
autres. " Voici élégamment décrit un amusement de société que
la morale et la police surtout semblent réprouver particuliè¬
rement. Faut-il pour cela imaginer les Tahitiens débauchés
et libidineux ? Pas le moins du monde "quelque censeur à
double rabat ne verra peut-être en tout cela qu'un déborde¬
ment de mœurs, une horrible prostitution, le cynisme le plus
effronté, mais il se trompera grossièrement lui-même en mé¬
connaissant l'état de l'homme naturel né essentiellement
Commersôn est bien plus

la

bon. "

(1)

Commerson découvre aux Tahitiens des qua¬
qu'eux-mêmes auraient été fort surpris de se voir attri¬
buer, ii remarque en particulier "l'honnêteté de leurs pro¬
cédés envers les femmes qui ne sont nullement subjuguées
chez eux, leur philadelphie entre eux tous, leur horreur pour
l'effusion du sang humain. " L'attention des Tahitiens pour
Il est vrai que

lités

leurs femmes
ont " l'art

non

se

révèle dans les moindres détails, ainsi ils

pas

de tisser le fil à fil de la toile, mais de la

faire sortir subitement toute faite de dessous le battoir, de la

goutte de pourpre en faveur des femmes de manière
que leur sûreté de tous les mois ne soit jamais trahie. " In¬
vention ingénieuse, sans doute, ii est cependant dommage
que de pareils détails aient empêché Commerson d'entrevoir
l'état de servitude de la femme à Tahiti.
colorer de

Bougainville avec tout le tact d'un galant homme et s'aid'images empruntées à l'antiquité et à la mythologie

dant

(1) Montessus

-

Biographie et martyrologe de Commerson.

Société des

Études Océaniennes

�nous a

peinture très expres¬
les " scènes dignes du

laissé des mœurs tahitiennes une

sive. Les " doux chants de

l'hymen

pinceau de Boucher" et les "chansons anacréontiques "
contemporains. Malgré que les relations de Cook
semblent peu prolixes à cet égard, les Anglais n'avaientpourtant pas été moins bien traités que les Français. Ils avaient
tenu d'ailleurs à recevoir cette charmante invasion avec beau¬
ont ravi les

sigrand

coup d'hospitalité. " Elles étaient (les Tahitiennes)en
nombre qu'elles auraient pu triompher de l'équipage si elles
avaient été à moitié aussi courageuses qu'elles se montraient

amoureuses."
L'Amirauté

(1)

jetait

un

voile pudique sur le culte qu'on célé¬
Sa Majesté, mais les

brait à Tahiti à bord des vaisseaux de

compagnons de Cook ne se croyaient pas tenus d'observer la
même discrétion. Un compilateur du nom de Hawkesworth

publia les renseignements qu'il en avait obtenus. En parti¬
culier il relate une curieuse cérémonie que la reine Oberea
crut devoir, paraît-il, organiser en réponse à un service reli¬
gieux célébré le matin même à bord de " V Endeavour". Vol¬
taire qui en eut connaissance n'en cache pas sa joie— «Ne
pouvant voyager, je me suis mis à lire le " Voyage autour du
monde" de MM. Banks et Solander. Je n ; connais rien de
plus instructif. Je vois avec un plaisir extrême que M. de
Bougainville nous a dit la vérité. Quand les Français et les
Anglais sont d'accord, il est démontré qu'ils ne nous ont point
trompés. Je suis encore dans l'île de Taïti, j'y admire la diver¬
sité de la nature, j'y vois avec édification la reine du pays
assister à une communion de l'Eglise anglicane et inviter les

Anglais au service divin qu'on fait dans le royaume. Ce ser¬
vice divin consiste à faire coucher ensemble un jeune homme
et une jeune fille tout nus, en présence de Sa Majesté et de
cinq cents courtisans et courtisanes. On peut assurer que les
habitants de Taïti ont conservé dans toute sa pureté la plus
ancienne religion de la terre. » (2)
(1) Sparmann. Un compagnon suédois du capitaine
(2) Lettre au chevalier de Lisle 11 juin 177 t.

Société des

Études

James Cook.

Océaniennes

�—

56

—

Certes la licence était

grande au cours de l'escaie tahitienne
n'en pouvons douter, car sur ce sujet aussi les cons¬
tatations des navigateurs sont unanimes. li est cependant
et

nous

nécessaire d'en

préciser la portée. LesTahiîiens,

comme

beau¬

coup de primitifs, ne voyaient pas, à priori tout au moins, un
sentiment de honte lié à un acte naturel. Il est aussi vraisem¬
blable

qu'ils attachaient peu ou pas de valeur à l'état de pu¬
de virginité chez la femme, mais ils ne représentaient
pas pour cela une exception parmi les civilisations anciennes
ou primitives. Cependant les équipages qui obtenaient si ai¬
sément les faveurs des femmes du commun, devaient s'aper¬
cevoir que les filles de chef ne se pressaient pas en général
d'accueillir aussi facilement leurs hommages. A Tahiti comme
ailleurs existait un corps de prêtresses de Vénus sachant con¬
cilier le plaisir et les nécessités de l'existence. Ce clergé d'un
nouveau genre était bien obligé de prélever une dîme afin
d'assurer sa vie matérielle, mais à Tahiti cette dîme devait
être infime en regard des ressources du pays, ou ne concerner
que le superflu, les parures surtout. Ces naïades ne venaient
pas chercher à bord des vaisseaux étrangers un plaisir qu'elles
pouvaient se procurer à terre en toute tranquillité ; eiles y étaient attirées par la curiosité, îe désir de briller auprès d'au¬
tres femmes et enfin il faut bien le dire par l'idée d'une aima¬
ble prostitution. Mais la douceur du pays et la facilité de
l'existence enlevaient à ce terme toute ia hideur dont il est
revêtu dans les pays civilisés.
reté

ou

Quant aux femmes mariées leur conduite était subordonnée
époux. Il est vrai que la jalousie était un
sentiment peu développé chez le Tahitien, en certaines occa¬
sions-il pouvait même honorer l'étranger en lui offrant sa
propre épouse, coutume qui se retrouve chez d'autres peuples
et que Montesquieu avait déjà signalée dans " L'Esprit des
lois". Malgré tout, les navigateurs pouvaient difficilement
connaître la position sociale de la personne présentée à leurs
à la volonté de leurs

hommages, s'agissait-il de l'épouse en titre ou d'une de ces
qui peuplaient

femmes moitié concubines moitié servantes

Société des

Études

Océaniennes

�57

—

—

Bougainville avec sa franchise habi¬
L'honnête Toutaa m'offrit une de ses femmes fort

les maisons de chefs.
tuelle dit

:«

jeune et assez jolie
de

une

ses

femmes

et plus loin « Il ( Ereti) envoya chercher
qu'il fit coucher dans la tente de Mr. de

»

Nassau. Elle était vieille et iaide.

»

(1)

cependant certain que lorsqu'un Tahïtien éprouvait
un se timent suffisamment vif pour sa compagne il semblait
bien s'en réserver la propriété exclusive. La situation très in¬
férieure de la femme à Tahiti ne lui permettait non seulement
pas de protester mais " elle aurait lavé dans le sang son infi¬
délité ". Si par ruse, elle passait outre la volonté de son maitre cela ne représentait pas une- nouveauté, et si le mari se
Il est

servait d'elle pour obtenir des
tait pas typiquement tahïtien.

objets convoités cela aussi n'é¬

qui régnait à Tahiti, qui surtout sem¬
générale et se montrer sans honte, voilà bien ce qui ai¬
guisera au plus haut point la curiosité des littérateurs. Disonsle tout de suite ; de tous les avantages que la société tahitienne
pouvait offrir, celui-ci semblait bien en être le principal ; Di¬
Cette liberté de mœurs

blait

derot intitule d'ailleurs son
"

livre

:

Supplément au voyage de Bougainville " (2)
ou
"

sur

Dialogue entre A et B

l'inconvénient d'attacher des idées morales à

certaines

physiques qui n'en comportent pas. "
Qu'une question aussi vieille que l'humanité, aussi grave,
aussi compliquée ayant provoqué tant de drames puisse être
résolue aussi facilement, voilà qui méritait d'y attacher toute
l'attention nécessaire. C'est ici que Orou va développer l'idée
actions

particulière. Pour lui, les prin¬
cipes du mariage sont " contraires à la nature, parce qu'ils
supposent qu'un être sentant, pensant et libre peut être la
propriété d'un être semblable à lui. " D'autre part cette union
est " contraire à la loi générale des êtres, rien en effet ne
d'une morale naturiste bien

(1) Bougainville. " Voyage autour du monde".
(2) Manuscrit de Léningrad.

Société des

Études Océaniennes

�—

58

—

paraît-il plus insensé qu'un précepte qui proscrit le change¬
ment qui est en nous, qui commande une constance, qui n'y
peut être, et qui viole la nature et la liberté du mâle et de la
femelle en les enchaînant pour jamais l'un à l'autre. " (1)
L'objection est aisée et Orou La prévue. La naissance d'en¬
fants, conséquence bien naturelle d'unions mêmes passagè¬
res, vient compliquer aussitôt le problème, c'est pourquoi il
réplique : " Un enfant qui naît, occasionne la joie domestique
et publique, c'est un accroissement de fortune pour la cabane
et de force pour la nation. Ce sont des bras et des mains de
plus dans Otaïti, nous voyons en lui un agriculteur, un pê¬
cheur, un père. En repassant de la cabane de son mari dans
celle de ses parents, une femme emmène avec elle ses enfants
qu'elle avait apportés en dot : on partage ceux qui sont nés
pendant la cohabitation commune et l'on compense autant
qu'il est possible les mâles par les femelles, en sorte qu'il
reste à chacun à peu près un nombre égal de filles et de gar¬
çons.

"

Diderot admet donc tacitement

une

telle facilité d'existen¬

à Tahiti, que les enfants ne constituent pas une charge
bien lourde pour la famille. Peut-on s'imaginer dans les pays
ce

froids où les nécessités de la vie

journalière sont très dures,
d'esprit de vieux parents recueillant leur fille répudiée,
accompagnée des « enfants qu'elle avait apportés en dot ».
D'ailleurs si le problème de l'enfance semble être résolu par
Diderot, du fait même que son existence semble assurée, il
n'en résout pas pour cela même celui du mariage. Dans ces
unions qui se nouent et se dénouent avec facilité, la femme,
si elle n'y prend garde devient la victime assurée de sa pro¬
pre nature. Si les enfants constituent « un accroissement de
force pour la nation », la femme se voit soumise en revanche
aux pénibles obligations
physiologiques de la maternité. Ses
charmes s'en ressentent terriblement au bout de plusieurs
épreuves et c'est sans doute à ce moment qu'elle se voit ren¬
voyée à la « cabane de ses parents». 11 faut bien admettre
l'état

(1) Diderot. " Supplément

au voyage

Société des

de Bougainville

Études

Océaniennes

�—

59

—

constitue une sorte de contrat
toujours cherché à s'en tirer à
compte, et c'est pour cela qu'à Tahiti malgré l'atten¬

que ce genre d'association
léonin : la partie menacée a
meilleur

tion et l'affection dont était entourée

l'enfance, i'avortement

répandu et si fréquent. II apparaît aussi que dans une
telle société la position sociale de la femme sera très infé¬
rieure, ce qui était précisément le cas à Tahiti. Plus tard,
malgré les interdictions édictées par les missionnaires au
sujet du péché de la chair, malgré les punitions et les sévi¬
ces exercés par eux sur les récalcitrantes, les femmes se
rallieront les premières au christianisme ; elles devaient y
trouver le seul moyen de sortir de cette situation.
Diderot par le truchement de Orou est d'ailleurs décidé à
résoudre le problème sexuel jusque dans ses moindres dé¬
tails. C'est ainsi que l'inceste n'est pas considéré comme
chose anormale à Tahiti, il ajoute cependant qu'il n'est pas
très courant, par exemple pour un fils «à moins qu'il ait
beaucoup de respect pour elle ( sa mère ) ( 1 ) et pour un pè¬
re » à moins que sa fille ne soit laide et peu recherchée. Si
son père l'aime il s'occupe à lui préparer sa dot en enfants ».
On retrouve ici le Diderot ami des paradoxes et des énormités propres à scandaliser le bourgeois. La façon dont Orou
félicite l'aumônier de la Boudeuse pour sa manière de com¬
prendre enfin l'hospitalité tahitienne nous fait rappeler aussi
la prédilection de l'auteur de "La Religieuse " pour les gras¬
ses plaisanteries sur les moines et les nonnes.
L'horreur de l'inceste semble bien être une caractéristique
universelle de l'humanité comme le démontre l'ethnologie.
Les Tahitiens élevaient selon le degré de parenté, des inter¬
dictions bien plus absolues que nous, relatives au mariage
entre individus de même consanguinité; deBovis déclare que
le mariage avait ordinairement lieu entre personnes de
même condition qui se choisissaient mutuellement avec une
certaine liberté, d'ailleurs le lien n'était pas indissoluble, la
même autorité qui l'avait sanctionné le brisait sans hésitaétait si

«

( 1 ) Diderot. Supplément

au voyage

Société des

de Bougainville.

Études

Océaniennes

�—

60

—

tion à la moindre instance des deux conjoints

: cette autorité
simplement celie du chef de famille, plus ou moins ap¬
puyée par le consentement du chef de la localité. Les obsta¬
cles principaux à ces unions étaient l'inégalité des rangs et
le lien de parenté. On ne peut pas se faire une idée de l'hor¬
reur que leur inspire un
mariage contracté entre proches pa¬
rents». (1) Nous le suivons cependant moins lorsqu'il ajoute,
« bien
que la femme fut réduite à un état d'intériorité qui
allait en certains cas jusqu'à la servitude, bien qu'elle fut ex¬
clue de la prêtrise et des Marae, elle portait en elle, à ce
qu'il semblerait un degré de noblesse supérieur à celui de
l'autre sexe ; elle pouvait être reine, et ses ordres étaient
aussi bien exécutés par ses sujets et ses privilèges aussi sa¬
crés que dans le cas où le sceptre était tenu par une main

était

masculine.

«

En réalité la nature même de la femme n'était

pour rien dans cette
dans le vrai lorsqu'il

prérogative, Moerenhout est bien plus
écrit : « Malgré le mépris généralement
professé pour les femmes, la noblesse était si engouée de sa
supériorité, que, s'il arrivait qu'une fille fût le seul rejeton de
dentelle ou telle noble famille, cette fille héritait de la souve¬
raineté, dans le seul but de l'y conserver » ( 2 ).
Le Tahiti du

Supplément" est un curieux mélange où se
Cyîhère, de ia République de Platon,
de Sparte, parfois agrémentés de défroques orientales. Cer¬
taines femmes portent des voiies noirs « signe de la stérilité »,
d'autres des voiles gris «signe de la maladie périodique »,
les jeunes filles un voile blanc et les jeunes garçons une
"

retrouvent des traits de

chaîne

(?).

Prenant

pied cîe la lettre le mot de Buffon disant qu'en
a que le physique qui soit bon », Diderot pré¬
conisera dans le " Supplément " la plus large liberté de
mœurs, plus tard Fourier reprendra cette idée dans sa " Méamour

«

il

au

n'y

( 1 ) Lieutenant de vaisseau de Bovis. Etude de ia société tahitienne avant
l'arrivée des Européens. Revue coloniale, 1883.

(2) Moerenhout. " Voyage

aux

Société des

îles du Grand Océan " Tome II,

Études

Océaniennes

page

11.

�—

thode d'union des

61

—

septième période
et de nos
jours M. Léon Blum dans son livre " Du Mariage".
Il est intéressant d'ailleurs de retrouver les origines de
cette idée. L'antiquité quand elle ne voyait pas dans la fem¬
me un instrument de plaisir pouvait tout au plus l'élever à
la dignité de mère, certes les héros de la mythologie sont
souvent éprouvés par de violentes passions parfois funestes,
aussi Phèdre, Didon ou Hélène sont considérés comme des
êtres dangereux, au fond de véritables monstres. La notion
supérieure de l'amour est d'origine nordique et la manifesta¬
tion ia plus ancienne sans doute se retrouve dans la légende
de "Tristan et Yseult". La poésie bretonne présentera ainsi
un amour qui ne vit que pour lui-même sans mérite ni démé¬
rite moral, dépouillé de toutes conventions sociales et se pla¬
çant même au-dessus d'elles. Autour de Tristan tout le mon¬
de prend parti pour lui, l'évêque, le baron, le soldat, l'hom¬
me du peuple protègent ses amours en dépit de leur irrégu¬
sexes en

.

larité

(1). Le roi Marc lui-même se trouve désarmé sans
cela revêtir l'aspect ridicule qui sera plus tard l'apana¬
ge de cette situation. Chez le Breton, pourtant déjà converti
au christianisme !a passion
préserve du vice, elle peut mê¬
me devenir une vertu et c'est pour cela que Marie Joseph
Chénier dira en pariant de l'amour dans la poésie du Moyen
Age qu'il « déplaçait les devoirs sans les supprimer». Gott¬
fried de Strasbourg avait d'ailleurs proclamé :
pour

Dass Wider der nature

Kein Herze

tugentliche du
cœur n'agit vertueusement ».
Mais Diderot ne se contentera pas de déplacer les devoirs ; il
les supprimera radicalement.
Que Diderot n'ait tenu aucun compte des relations de Bou¬
gainville ou des autres navigateurs, cela semble démontré,
mais comme apôtre de la philosophie naturiste il se devait
en conscience d'attacher plus de soins à l'étude de la men¬
talité des primitifs. Lesson parlant des Tahitiens remarque
c'est-à-dire

«

contre la nature nul

(1) Maurice Kufferath "Tristan et Yseult".

Société des

Études

Océaniennes

�—

62

—

de l'état de nature sont peu
des raffinements si utilisés
chez ies nations civilisées. L'amour chez eux n'est qu'un ap¬
pétit des sens, il ne va jamais au delà d'un besoin satisfait ».
Quant aux « sacrifices publics à Vénus », ils devaient surtout
servir aux littérateurs comme matière à joyeusetés ( 1 ). Vol¬
taire convient en les décrivant compiaisamment que « quoi
qu'il en soit, il est vraisemblable que jamais aucun peuple
n'établit ni ne put établir un culte par libertinage ( 2 ).
Les contemporains de Diderot devaient se former sur les
mœurs tahitiennes des idées sans doute fort suggestives mais
inexactes sur beaucoup de points, et on ne peut qu'être in¬
dulgent pour eux si l'on songe qu'à notre époque beaucoup
d'Européens s'en font un tableau presque identique.
que « les peuples les plus proches
sensuels. Ils ne pratiquent aucun

#

#

#

volupté semblait établir son règne à Tahiti, cette
souveraineté était malheureusement partagée avec le cortège
Si la

de

ses

conséquences fâcheuses et la rose tahitienne n'était

pas sans épines.
A peine revenus
vaient lui payer un

polémique un peu
uns

des plaisirs de Cythère les équipages de¬
sérieux tribut, et c'est ici que se situe une
scabreuse entre Français et Anglais. Les

et les autres avaient été à la fois ravis et meurtris au

de leur

séjour, ils s'accusèrent alors mutuellement
responsables de ce fléau.
A vrai dire c'est Cook qui devait en accuser le premier les
Français, ceux-ci d'ailleurs avaient beau jeu en répliquant
que les Anglais les avaient précédés à Tahiti.
Ce n'est pas diminuer la gloire d'un grand homme que de
lui reconnaître un léger défaut, que dis je un simple travers;
la célébrité de Cook est suffisamment établie pour n'en soufcours

d'être les auteurs

( 1) On retrouve pourtant chez Stendhal, et d'une manière inattendue, un
argument tiré de l'exemple des mœurs tahitiennes: « On a observé que les
oiseaux de proie se cachent pour boire, c'est qu'obligés de plonger la tête
dans l'eau, ils sont sans défense h ce moment. Après avoir considéré ce qui
se
passe à Otaïti, je ne vois pas d'autre base à la pudeur ». ( de l'Amour ).
(2) Voltaire "Les oreilles du comte Chesterfield ".

Société des

Études

Océaniennes

�—

63

—

frir d'aucune manière. II faut admettre que l'on remarque
chez le grand navigateur anglais une certaine susceptibilité
pour tout ce qui touche de près ou de loin à sa patrie. Au
demeurant il est bien malaisé d'être exempt de toute préven¬
tion nationale. A l'appui de son assertion Cook fournit un ar¬
gument qui lui semble péremptoire. « Il est certain, dit-il, que
le Dolphin (Cap. Wallis) et i'Endeavour et les deux vais¬
seaux commandés par M. de Bougainville sont les seuls bâ¬
timents européens ayant abordé à Tahiti. Le capitaine Wallis
s'est justifié sur cet article dans la relation de son voyage et
il est sûr que lorsqu'à notre tour, nous arrivâmes dans i'île
elle y
M. de

avait déjà fait les ravages les plus effrayants. C'est
Bougainville ou à moi, à l'Angleterre ou à la France
qu'il faut reprocher d'avoir infecté de cette peste terrible
un peuple heureux : mais j'ai la consolation de pouvoir dis¬
culper d'une manière incontestable et ma patrie et moi ». ( 1 ).
Quelles étaient les justifications de Wallis et de Cook? Elles
consistaient exactement dans le rapport des chirurgiens du
bord, attestant que les derniers malades vénériens avaient
été guéris avant l'escale de Tahiti. Que le terme de chirurgien
employé ici n'abuse personne, au XVIIIe siècle " chirurgiens
et barbiers " ne formaient qu'une seule et même corporation.
Il faut de plus se rappeler l'état de la médecine à ce moment ;
surtout une affirmation pareille était bien téméraire de la
part d'un Esculape nautique de l'époque, si l'on songe que
de nos jours même, les tests de guérison de ces affections
sont encore discutés. Ajoutons que sur les vaisseaux anglais,
le matelot atteint d'une de

ces

maladies était

non

seulement

puni, mais la période d'indisponibilité lui était retranchée de
les soins étaient à sa
charge ; cette pratique n'était évidemment pas pour favoriser
le dépistage de ces affections et l'état sanitaire des équipages
du " Dolphin " et de la "Résolution " n'était vraisemblable¬
ment à ce sujet rien moins que douteux.
la solde et les frais occasionnés par

fi) Cook devait s'apercevoir par la suite que les Néo-Zélandais étaient tout
les Tahitiens sans pour cela avoir eu contact avec les
français.
aussi contaminés que

Société des

Études Océaniennes

�—

64

—

De leur côté les Français affirmaient avoir trouvé la mala¬
« Je fis visiter Aoutourou, dit
Bougain¬

die installée dans l'île.

ville, il

était perdu mais il paraît que dans ces pays on
s'inquiète peu de ce mal ». Vivès, chirurgien de XEtoile relate :
«Quant aux prémices de cette maladie il est certain qu'ils
n'ont pas été portés par les Français dans ce pays où elle pa¬
raît régner depuis longtemps. Je ne dis pas en avoir ouï-di¬
re mais j'ai vu deux femmes qui m'en ont donné les preuves.
Pontaveri le sauvage que nous avions à bord nous en offrit
qui lui étaient personnelles. Il nous fit entendre que cette
maladie était commune dans son pays mais que leurs méde
cins la guérissaient à l'aide de plantes ». Il est d ailleurs cu¬
rieux de voir le témoignage de Cook contredit dans une cer¬
taine mesure par un de ses officiers, ie lieutenant Watts de
la Lady Penrhyn ayant fait partie de la 3e expédition. « Un
grand nombre d'indigènes avaient été emportés par la mala¬
die vénérienne fruit de leur commerce avec les équipages de
en

la Résolution et de la

Discovery

».

Cette controverse pour le moins délicate, devait aussi pas¬
sionner l'opinion, Voltaire ne se fait pas faute d'en faire men¬
tion dans " Les oreilles du comte Chesterfield ". « Ce sont
les

Français qui nous en accusent et nous en accusons les
Français. M. de Bougainville dit que ce sont ces maudits An¬
glais qui ont donné la vérole à la reine Oberea, et M. Cook
prétend que cette reine ne l'a acquise que de M. de Bougain¬
ville lui-même

».

A la vérité,

il est infiniment probable que les Tahitiens
les prémices de cette maladie » bien avant l'ar¬
rivée des Français et des Anglais. Le fait que les Espagnols
séjournèrent à deux reprises à la fin du XVIe et au début du
XVIIe siècle aux Marquises et aux Tuainotus, celui des rela¬
tions relativement fréquentes et aisées de ces îles avec Tahiti
suffiraient déjà à disculper Français et Anglais de leurs ac¬
cusations réciproques. Il n'est pas non plus invraisemblable
avaient reçu «

de voir dans la licence effrénée
des navires à Tahiti

une

qui accompagnait le séjour

condition éminemment favorable

Société des

Études

Océaniennes

au

�65

—

—

rajeunissement et à la dispersion de la souche microbienne,
comme diraient les
bactériologistes.
Ainsi sans doute s'arrête cette polémique fameuse dans
l'histoire des découvertes.
*
*

*

V

Le Naturisme Takitiesa
'6

Bon

au

XVIIIe Siècle et le

Sauvage "

Je vois, qu'excepté dans ce recoin écarté
de notre globe, il n'y a point eu de
mœurs,- et qu'il n'y en aura peut-être
jamais nulle part.
Diderot

En

dépit des touches sombres qui noircissaient malgré tout
Tahiti,les contemporains devaient s'ex¬
tasier sur le bonheur des Océaniens. Peu importaient les sacri¬
fices humains, les infanticides, l'orgueil des grands et les atro¬
cités des guerres, tout disparaissait devant les mœurs aimables
de la Nouvelle-Oythère, ce n'était sans doute pas payer trop
cher un tel avantage. Plusieurs ouvrages paraissant en ce mo¬
ment reflètent cet enthousiasme ; cependant, dans le concert
d'éloges, on remarque une note discordante. Rétif de la Bre¬
tonne (1) plus connu comme auteur d'ouvrages erotiques, de¬
vait faire une vive critique des mœurs tahitiennes précisément
à cause de leur relâchement. Il faut avouer, que c'était de la
part de cet écrivain assez inattendu.
L'exotisme tahitien fut rapidement très à la mode mais il de¬
vint parfois un véritable engouement. En voici d'ailleurs un
exemple curieux : Joseph Joubert, jeune provincial lettré, eut
l'idée en 1787 de concourir pour l'obtention d'un prix de l'a¬
cadémie de Marseille. Le sujet proposé était l'éloge du célèbre
navigateur Cook. Joubert, très épris de voyages, se mit en tête
de lire et d'étudier toutes les relations des navigateurs dans le
le tableau enchanteur de

(1) La découverte australe par un homme volant, ou le Dédale Français.
se trouve à Paris 1781.

Imprimé à Leipzig et

Société des

Études

Océaniennes

�Pacifique, sans compter les ouvrages qui pouvaient toucher de
près ou de loin à cette question. Il semble pourtant que ce jeune
homme, dont les moyens de fortune étaient assez confortables,
fut d'esprit un peu fantasque. Après avoir étudié soigneusement
le sujet, il ne concourut même pas, et ce fut un Mariste qui
remporta le prix.
Si Joubert n'eut pas l'occasion de présenter son travail, ses
papiers retrouvés par Mr. André Beaunier ( 1 ) et publiés par
lui nous montrent un état d'esprit bien significatif. Il est peu
probable que Tahiti ait jamais connu amoureux plus fervent
et plus fanatique. Cependant il ne devait pas voir l'objet de sa
passion, et comme il le dit tristement : « Hélas, je n'ai jamais
vu la mer, pas même du rivage. »
Cela n'affecte en rien d'ailleurs le lyrisme qu'il déploie pour
célébrer son amour. Voici le thème d'un refrain que l'on voit
revenir à tout moment : « Otahiti ! Que tes femmes sont belles
et que tes hommes sont doux ! Depuis que tu es connue le so¬
leil se couche plus beau sur les montagnes de l'Europe. Qui
peut te voir descendre sans avoir le cœur réjoui par cette pen¬
sée : il se lève pour Otahiti. v&gt; Le soleil se lève en Europe et
Joubert le salue : « Tu viens d'Otahiti, père du jour ! » Pour
lui, Tahiti règne au milieu de l'Océan Pacifique en y exerçant
influence indéniable et bienfaisante : « Plus une île est près
de Tahiti plus les mœurs y sont bonnes, la terre féconde et les
hommes heureux. Tu es au milieu de toutes ces îles comme le
soleil au milieu des astres. Otahiti ! que tes filles sont belles et
tes hommes sont doux ! Ta découverte, île charmante, ne sera
une

pas inutile au bonheur du monde. »
Joubert se rend à Paris, c'est l'hiver,

l'obscurité et le froid

davantage la chaleur des tropiques, mais le feu
de son imagination peut y suppléer : « J'aime à dormir tourné
vers toi comme pour donner à mes dernières pensées avant le
sommeil un cours plus facile vers tes habitants » et le refrain
« Otahiti ! Que tes
filles sont belles et que tes hommes sont
doux ! Tu es la merveille des tropiques dans les mers qui sont
lui font désirer

(1) Revue des deux Mondes. 15

Société des

décembre 1914. -'Joseph Joubert et Tahiti''.

Études

Océaniennes

�—

67

—

pieds. Cette moitié del Océan que tu partages en deux
plus grand ornement. Le néant est à
deux bouts, l'âge d'or est dans tes bocages, -l'aime à dor¬

sous nos

autres moitiés te doit son
ses

mir tourné

vers

toi.

»

Son ami Fontanes étant à

Londres, Joubert le presse d'obte¬

renseignements supplémentaires auprès des compagnons
lui, Tahiti est un Olympe dont les navigateurs
sont les demi-dieux. Aussi son indignation est à son comble
lorsque Fontanes lui écrit au sujet d'Omaï, le Taliitien ramené
en Angleterre par Cook : « Ils (les Anglais) viennent
de faire
une
pantomime d'Omai. C'était un sujet charmant. Le génie
de Cook devait les élever. Eli ! bien, ils ont donné Arlequin pour

nir des

de Cook. Pour

domestique à Ornai. Ils peignent l'Otabitien débarquant à Port¬
smouth poursuivi par les officiers de la douane et la justice en
grand panier. » Fontanes ajoute que cette farce connaît beau¬
coup de succès et attire une grande affluence au théâtre du Covent-Gfarden.

de Diderot. «On
spectacle de tous les malheurs en contemplant
quelques minutes l'heureux sort de ce peuple aimable, vif et
toutefois si doux qu'il semble que la nature qui ne lui permet
Voici maintenant l'influence deRousseau et

se

délasse

au

pas d'être indifférent lui ait cependant rendu la haine impossi¬
ble. Il a toute la beauté et toute la bonté des enfants. Ses lé¬

gèretés mêmes sont à peine des défauts, et parmi ses défauts,
n'est ni incompatible avec l'innocence. Peut-être le meil¬
leur des hommes serait-il, parmi nous, celui qui, à force de phi¬
losophie, serait enfin devenu ce qu'est naturellement un jeune
aucun

Otahitien.

»

plusieurs devaient tenter de le réaliser,
plupart de ceux ' ' qui à force de philoso¬
phie " ont essayé de devenir " ce qu'est naturellement un jeune
Otahitien ", ontmalgré tout semblé échouer dans leur entrepri¬
se, et ceci aussi bien aux yeux des Européens qu'à ceux des
Ce rêve de Joubert,

malheureusement la

Tahitiens.
Les moralistes
mœurs.

Joubert

/

reprochent aux Insulaires la légèreté de leurs
répond magnifiquement que « s'ils aiment le

Société des

Études

Océaniennes

�68

—

—

plaisir

ce n'est pas par la corruption des mœurs mais par
cellence de leur tempérament. » Admirable

l'ex¬
réponse ! Dans ce
cas, Joubert devait connaître beaucoup d'Européens qui étaient
Tahitiens, au moins sur ce point. Le langage des Océaniens le
séduit et le moindre des étonnements n'est
pas de le voir écrire
Taliitien.

en

(1)

La défense de la thèse naturiste le
idées de Rousseau « 0 mes

porte parfois au dehà des
concitoyens plus j'y pense et plus

je trouve que nous aurions tous besoin de devenir un peu sau¬
vage ? » Pour apprécier ce passage à sa valeur il faut se
rappe¬
ler que Joubert écrivait des
lignes relativement peu de temps
avant la
promulgation de la fameuse loi de Prairial.
Il est

doute trop rêveur pour posséder des idées bien
précises sur la manière dont la société se rapprochera de l'état
de nature. Il voit cependant le monde divisé en une infinité de
sans

portions,
formant

favorite de
' '

découpages do Tahiti innombrables et juxtaposés
sorte d'universel fédéralisme, selon
l'expression
l'époque.

en
une

C'est

grande question pour le bonheur public de savoir
quelle étendue devrait avoir chaque pays, pour que les mœurs
y fussent bonnes. En attendant qu'on la décide voici une règle
générale : l'homme animal ne regarde vraiment comme sa pa¬
trie qu'autant de pays
que ses yeux en peuvent embrasser en se
tournant de tous les côtés
lorsqu'il est placé au point qui forme
une

le milieu du sol où

au

milieu de la

demeure natale est située

sa

mer.

Et l'homme sensible

comme une

île

regarde comme
qui habitent cet espace de
terre. Quant à l'homme civil sa
patrie morale sera toujours trop
étendue toutes les fois qu'il ne sera
pas membre d'un peuple
où il sera possible à
chaque individu de connaître tous ses com¬
patriotes et d'être connus de tous.
Les grands Etats doivent
ses

ne

véritables compatriotes que ceux

.

chercher à

.

subdiviser de mille manières s'ils désirent véri¬
tablement le bonheur général et individuel. » Mais les
grands
se

(1) " E paha tayomaleme taye
Nous laissons

aux

de déchiffrer

ce

érudits et

rébut.

aux

no

tabano to nota

wa

whano

inaiye.

lexicographes de la langue tahitienne le soin

Société des

Études

Océaniennes

�—

Etats
reux

69

—

semblent pas avoir partagé ce
et le fédéralisme considéré comme
ne

rêve naïvement géné¬
un crime, devait bien¬

puni de la peine de mort.
gardera toute sa vie son touchant amour pour Tahiti,
en 1798 il écrivait
mélancoliquement à Pauline do Beaumont :
« Je connaissais Otahiti
beaucoup mieux que mon Périgord. Je
me souviens encore de Tupia.
de Teinamai, deTowa, de Toutôt être

Joubert

bouraï Tamaïdi.

»

Si l'enthousiasme de Joubert nous fait parfois

sourire il nous
cependant un état d'esprit qui pour être curieux n'était
pourtant pas exclusif. Camille Desmoulius, condamné à mort,
écrit à sa femme de la Conciergerie :«.0 ma chère Lucile, j'étais
né pour faire des vers, pour défendre les malheureux, pour te
rendre heureuse, pour composer avec ta mère et mon père et
montre

quelques

personnes

selon notre
#

"*

cœur un

Otaïti ! »

#

difficile

d'échapper à la mode, encore plus aux
idées à la mode. Celle du " bon sauvage " fit fureur auprès du
public mais elle eut des répercussions inattendues jusque dans
la politique, le Gouvernement et même auprès de ceux qui pou¬
vaient en vérifier la valeur, auprès des navigateurs.
Au moment où Lapérouse s'embarquait pour le voyage de
circumnavigation qui devait finir si tragiquement, il reçut de
Louis XVI les instructions suivantes écrites de sa propre main :
« Si des circonstances
impérieuses, qu'il est de la prudence de
prévoir, obligeraient jamais le sieur de la Pérouseà faire usage
delà supériorité de ses armes sur celles des peuples sauvages
Il est bien

pour se procurer, malgré leur opposition, les
à la vie, tels que des substances, du bois, de

objets nécessaires

l'eau, il n'userait
qu'avec la plus grande modération et punirait avec
une extrême rigueur ceux de ses gens qui auraient outrepassé
ses ordres. Dans tous les autres cas, s'il ne peut obtenir l'ami¬
tié des sauvages par les bons traitements, il cherchera à les con¬
tenir par la crainte et les menaces, mais il ne recourra aux ar¬
mes qu'à la dernière extrémité, seulement pour sa défense et
dans les occasions où tout ménagement compromettrait déci¬
dément la sûreté des bâtiments et la vie des Français dont la
de la force

Société des

Études Océaniennes

�—

70

—

conservation lui est confiée. Sa

Majesté regarderait comme un
plus heureux de l'expédition qu'elle put être ter¬
qu'il en eut coûté la vie à un seul homme. »

des succès les
minée

sans

L'expédition devait eu réalité coûter la vie à tous les Fran¬
çais ; Sainte-Beuve parlant de ces instructions dit « Tant dc
précautions est honorable, puéril et dangereux. » D'ailleurs lés
faits rapportés par les navigateurs devaient bieutôt donner un
sérieux démenti à ceux qui soutenaient la bonté de l'état de
nature.

C'est ainsi que le capitaine de vaisseau dc Langle comman¬
dant " L'Astrolabe " est massacré avec 11 hommes de son équi¬
page aux Samoa, les indigènes ayant attiré les
faire de l'eau daus un cul-de-sac dont elles

chaloupes venant
ne
pouvaient se
dégager. C'est la Pérousse et les équipages delà " Boussole "
et de " L'Astrolabe " périssant misérablement à Yanikoro en
butte aux attaques des sauvages. C'est le capitaine de vaisseau
Marion-Dufresne commandant le " Mascarin " qui devait ra¬
mener le Tahiticn Aoutourou dans son
île, assassiné en Non"
velle-Zélande avec une traîtrise et une duplicité de la part des
indigènes dont peu d'Européens auraient pu être capables. C'est
le cas du capitaine Bligh et de ses compagnons abandonnés au
milieu du Pacifique dans une chaloupe par l'équipage mutiné
de la " Bounty
obligés de tenir constamment la mer sans
pouvoir se ravitailler dans aucune île ; une tentative pour se
procurer de l'eau se termina par une attaque concertée des sau¬
vages au cours de laquelle un des Anglais fut tué.
.

C'est le célèbre Cook massacré
furieuse. C'est d'Entrecasteaux

aux

qui,

.

îles Hawaii par une foule

beaucoup d'hon¬
de la fête l'air bizarre
et inquiet des indigènes et, plus perspicace que ses devanciers,
ordonne une retraite en bon ordre qui devait sauver la vie à

neur

à

tous

ses

Les
ment

Tonga-Tabou

reçu avec

remarque au cours

compagnons.

exemples de traits de férocité des Océaniens vont rapide¬
multiplier. On a souvent soutenu que les indigènes se

se

vengeaient ainsi des sévices exercés contre eux précédemment
par d'autres Européens, et aussi que ces derniers, ignorants des

Société des

Études

Océaniennes

�71

—

—

indigènes, violaient parfois inconsciemment
l'objection a été souvent valable par
la suite, il est cependant bien prouvé qu'au début des grandes
navigations dans le Pacifique la plupart des insulaires n'avaient
jamais vu de bâtiments européens, et leurs plans d'attaques
étaient déjà fixés avant même le débarquement des équipages.
Les deux mobiles auxquels obéissaient ces sauvages étaient
la cupidité, le désir de s'emparer même par la force d'objets nou¬
veaux
pour eux. sentiment qui, chez certains plus avenants,
comme les Tahitiens, se traduisait simplement par l'idée du vol
(1), ensuite un instinct de cruauté atavique, un besoin presque
impérieux de tuer.
Les navigateurs, qui malgré tout étaient à la merci de payer
de leur vie toutes ces utopies, protestèrent énorgiquenvent con¬
tre les "faiseurs de systèmes". Au moment où Lapérouse
apprenait l'assassinat de son second, le capitaine de vaisseau
de Langle et de ses compagnons, il écrivait avec indignation :
« Je suis mille
fois plus en colère contre les philosophes qui
préconisent les sauvages, que contre les sauvages eux-mêmes.
Le malheureux Lamanon, qu'ils ont massacré, me disait encore
la veille de sa mort qu'ils valaient mieux que nous ». De Rossel,
commandant l'Espérance, un des navires envoyés à la recherche
de Lapérouse, reconnaissait en fin de campagne l'erreur dan¬
gereuse présentant les peuples sauvages comme « naturellement
bons» : «Le sentiment de curiosité, dit-il, qui avait excité en
nous le désir de visiter les peuples sauvages et do connaître
leurs mœurs, était entièrement éteint. Ces hommes si voisins de
l'état de nature, et sur la simplicité desquels nous avions des
idées exagérées, ne nous inspiraient plus que des sentiments
pénibles: nous avions vu plusieurs d'entre eux se livrer aux
excès de la barbarie les plus révoltants : et tous étaient encore
plus corrompus que les peuples civilisés » ( 2 ). Condamnation
mœurs

et coutumes

de véritables " tabus". Si

(1) Il faut cependant se rappeler que lorsque le
Dolpliin ' fit
hiti, il dut se défendre contre une attaque en règle de la part des
n'ayant d'autre hut que de s'emparer du vaisseau.

escale à Ta¬
Tahitiens et

(2) Voyage de d'Entrecasteaux par de Rossel. Librairie impériale.Paris

Société des

Études Océaniennes

1808.

�72

—

—

peut être absolue des idées de Rousseau mais qui appuyée par
des faits aussi
de la

significatifs devait ébranler sérieusement l'édifice
philosophie naturiste.

La littérature

pouvait, en ne tenant aucun compte des rela¬
authentiques, enjoliver de détails charmants des pays
quasi-imaginaires et y situer les utopies les plus séduisantes ; il
lui devenait malgré tout difficile depuis que la connaissance de
ces
pays s'étendait, de négliger systématiquement le mauvais
tions

côté et l'envers de la médaille.
#

#

Ainsi

donc, et dès la fin même du XVIIIe siècle, la théorie du
avait déjà fait long feu, mais c'est grâce à Tahiti
qu'elle dut se maintenir si longtemps.
Si l'exemple de la société tahitienne loin d'offrir une confir¬
mation aux idées naturistes en était plutôt un démenti, les Tahitiens représentaient cependant de tous les Océaniens le peuple
le plus affable vis-à-vis des Européens tout au moins, et malgré
tout, « au vol près tout se passait de la manière la plus aima¬
ble ( 1 ).
Pourtant ni la race, ni les institutions, ni la religion ni la lan¬
gue même ne faisaient do Tahiti un pays absolument original
dans le Pacifique. La race polynésienne à laquelle appartien¬
nent les Tahitiens s'est répandue par migrations successives sur
un immense
espace dans les doux hémisphères et qui va de la
Nouvelle-Zélande aux Iles Hawaii en passant par les Samoa,
les îles du groupe de Tahiti, les Pomotous et les Marquises. Si
la férocité et la traîtrise devaient rendre désagréablement célè¬
bres les Néo-Zélandais et les Samoans, il ne tenait qu'à l'occa.
sion que Marquisiens et Pomotous partageassent la même cé¬
«

bon sauvage »

lébrité. Plusieurs d'entre

eux

étaient adonnés à

gie et les cartes marines de toutes
les &lt;&lt;baies des traîtres

» et

les

ces

«anses

régions
du

ne

massacre».

tiens semblaient donc bien
et à

première

vue

l'anthropopha¬
comptent plus
Les Tahi¬

représenter une exception curieuse
inexplicable, elle avait d'ailleurs frappé les

(1) BougaiuvilJe '* Voyage autour du inonde".

Société des

Études

Océaniennes

�—

73

—

navigateurs, et les philosophes s'en serviront pour étayer une
de leurs idées favorites. Pour eux, les Tahitiens sont doux par
ce que leurs institutions sont douces, ils sont bons parce que
leurs lois sont bonnes. Il était malgré tout singulier de voir des
lois et des institutions d'essence similaire produire des effets
diamétralement opposés dans d'autres pays. A vrai dire cette

particulièrement chère à la philosophie naturiste du
elle, l'homme social n'est uniquement que
le résultat de ses institutions. Ainsi, pour assurer le bonheur
public il suffit simplement de promulguer de bonnes lois, idée
particulièrement séduisante et tentante dont la réalisation sem¬
ble à la portée de beaucoup d'intelligences. On conçoit alors
que l'avenir heureux d'un peuple puisse être fabriqué « en
chambre» par un ou plusieurs spécialistes désignés à cet effet
et c'est à cela sans doute qu'un humoriste devait répondre :
«Les peuples ont les Gouvernements qu'ils méritent».
Faire table rase des habitudes ancestrales, des conditions
extérieures de vie et des particularités géographiques ou climatériques, est une façon par trop simpliste d'envisager la ques¬
idée est

XVIIIe siècle. Pour

tion.

où les exigences de
simple vie matérielle pouvaient être satisfaites avec un mi¬
nimum de travail (i) jouissant d'un climat doux et plutôt amolissant, ne possédant ni animaux féroces, ni bêtes dangereuses
avaient des facultés agressives bienémousséès.
En égard des ressources du sol le pays n'était pas surpeuplé,
En réalité les Tahitiens

habitant

un pays

la

ne

faisant la guerre que par

passe-tefîips leurs

armes

étaient

simples et ne comportaient pas les ingéniosités que l'on retrou¬
ve chez d'autres peuples, la topographie même de leur île ne
prêtait pas comme aux Marquises par exemple à des guéril¬
perpétuelles de vallées à vallées, guérillas n'ayant d'autre
but d'ailleurs que de se procurer de la chair humaine. L'abonse

las

embonpoint auquel
généralement les chefs polynésiens : cela tient à une vie plus ac¬
tive, 8 moins de soins et de ménagements, à l'influence du climat et à une
alimentation moins facile et moins abondante. Lesson " Les Polynésiens '
Gme 111 p. 99.
( i ) Les chefs néo-zélandais n'acquièrent jamais cet

arrivent si

Société des

Études

Océaniennes

�_

74

—

poissons et de porcs avaient évité l'anthropophagie
Tahitiens. Il est vrai que pour le vulgaire la viande de porc
était un met bien rare et même quasiment inconnu pour les fem¬
dance de

aux

mes,
me

mais chez les peuplades anthropophages il en allait de mê¬

pour

la chair humaine réservée uniquement à la table des

guerriers et des chefs.
Voltaire qui ne se souciait guère de prendre les moeurs pri¬
mitives comme modèles, reconnaissait que la facilité d'existence
des Tahitiens était sans doute pour beaucoup dans leur aménité :

possède d'ailleurs beaucoup do volailles, de légumes et
besoin dans un tel pays de manger son
semblable ». ( 1 )
A l'abri des craintes provenant des soucis de la vie matériel¬
le, les Tahitiens vivaient dans le présent, et uniquement dans
le présent. L'avenir était pour eux un mot vide de sens, et le
passé ne représentait après tout qu'une suite de noms souvent
plus ou moins mythologiques fixés dans la mémoire des prêtres.
Evidemment cette conception instantanée de la vie entraînait
un
genre d'existence bien particulier. De Bovis les définit par¬
faitement « Semblables aux enfants par la soudaineté et le peu
de profondeur de leurs impressions, ils ressemblent aux vieil¬
lards par les raffinements qu'ils savent introduire dans leurs
délassements et par les répugnances qu'ils éprouvent à se livrer
à un effort physique à moins d'y être contraints par la nécessité
ou excités par une cause accidentelle».
Si les Tahitiens étaient meilleurs que d'autres peuplades
océaniennes de même race, ils le devaient surtout au pays qu'ils
habitaient ; c'est Tahiti qui a fait pour la plus grande part la
«

Otaïti

de fruits. On n'a pas

renommée des Tahitiens.

Lorsque Lesson déclare, avec une certaine justesse « que les
peuples les plus proches de l'état de nature sont peu sensuels »
il faut reconnaître qu'il est encore sous l'influence des idées de
Rousseau. Cette constatation n'est pleinement applicable que
dans le cas de la vie ordinaire et normale, de celle de l'homme
statique si on peut dire, car il est
(1) Voltaire.

difficile de concilier cette.

Les oreilles du comte Chesterfield

Société des

Études

Océaniennes

�—

idée

75

—

les

orgies et les saturnales invraisemblables qui sui¬
généralement certaines fêtes, et dont quelques détails
qui nous sont parvenus sont dignes de figurer dans un traité
d'érotologie.
avec

vaient

D'autre part,
reconnaître

les premiers navigateurs sont d'accord
affabilité naturelle

une

voyait

aux

pour

Tahitiens. Sur leurs visa¬

inscrit cet instinct de férocité et de bes¬
chez les autres sauvages, et il est aussi
difficile d'imaginer ce peuple ayant un réel fond de bonté, en
regard d'autres peuplades océaniennes, se déchirer dans des
guerres intestines, tuant les enfants et empalant les vieillards.
L'usage des boissons fermentées et celui de l'alcool leur était
inconnu, au fond ils ne disposent d'aucun excitant physiologi¬
que permettant d'expliquer en partie ces débordements parfois
ges ne se

tiale cruauté si

monstrueux.

kawa

pas

commun

En

certaines occasions

ils absorbaient bien le

sorte de boisson

stupéfiante préparée avec le « Piper
methysticum » ; mais outre que ce breuvage était réservé aux
chefs, ses effets étaient diamétralement opposés au but qu'on
se
proposait d'atteindre.
«

»

A la vérité, ces primitifs loin d'être ingénus savaient habile¬
éveiller et exaspérer certaines passions. Ils avaient, bien

ment

avant

Pavlov, découvert deux puissants mobiles des actions

humaines

:

l'instinct sexuel et l'instinct combattif. Les chants

d'inspiration érotique, les danses d'essence plus que voluptueu¬
se dont les détails souvent des
plus obscènes étaient soigneuse¬
ment et progressivement dosés, amenaient sûrement et par de¬
gré l'assistance à un point de frénésie tel qu'il devenait ma¬
laisé de distinguer acteurs et spectateurs ; un véritable délire
collectif s'emparait de tous et l'orgie se poursuivait
jusqu'à
épuisement des forces.
Nous

que les guerres étaient un passe-temps ainsi
de satisfaire l'orgueil des grands. Cependant chez
un
peuple doux et aussi indolent il était nécessaire de lui faire
subir en vue des événements une sérieuse préparation. On com¬
mençait par exciter habilement le ressentiment d'un district ou
d'une île en invoquant des affronts, vrais ou prétendus, impu-

qu'un

avons vu

moyen

Société des

Études

Océaniennes

�—

tables

76

—

futurs ennemis. Les

prêtres devenaient alors de
puissants auxiliaires du pouvoir, tout comme dans l'Antiquité
ils lisaient des présages dans les entrailles des
animaux, leurs
visions étaient prophétiques, des sacrifices humains étaient or¬
donnés. Si la guerre nécessitait un
déplacement des forces par
aux

mer

le nombre des victimes immolées devenait

ble,

on

devait

en

assez

considéra¬

effet décider les dieux à

quitter leur résidence
embarquer avec les guerriers. Une terreur panique se ré¬
pandait peu à peu et on finissait par vivre dans une atmosphè¬
re de meurtre. Les
parents des victimes voyaient leur haine
s'exaspérer, non pas contre les sacrificateurs mais contre le
district ou l'île qu'on allait combattre. Le
jour de la bataille
des orateurs spécialement destinés à cet office
accompagnaient
les guerriers, les excitant du geste et de la
voix, insultant l'en¬
nemi, vociférant sans arrêt ; les antagonistes se jetaient alors
les uns sur les autres comme des
possédés ; par la suite, mas¬
sacres et atrocités se
passaient le plus naturellement du monde.
A ce moment de toute la subtile classification de
Joseph
Joubert allant de l'homme politique à l'homme sensible, il ne
subsistait que l'homme animal, la bête
dangereuse que la so¬
ciété depuis qu'elle existe s'évertue à refouler avec
plus ou
pour

moins de succès.

A suivre.
H.

Société des

JACQUIER.

Études Océaniennes

�77

—

■

E^sai de recenstitution des

mœurs

—

saisi

et des coutumes de l'ancien Tahiti (1).

(Suite)
IV
L'Industrie

Les étoffes

(nous employons ce terme pour plus de facilité)

étalent confectionnées
une

Vestimentaire

avec

différentes écorces suivant toute

technique. Ces écorces étaient mises à tremper pour les

amollir, puis battues pour les assouplir et les agglutiner et
leur donner la suriace et le fini nécessaires.
Les

principales écorces employées

:

"Âute"

(morus papyfera), elle donnait les plus belles écor¬
ces "Aoraa ou oraa" (urostigma prolixum). La tradition vou¬
lait que le premier arbre ait poussé dans la lune, ce serait
un oiseau qui en aurait apporté la graine sur terre.
"aere" (sponia discolor).
"aahaari" toile naturelle du cocotier à la racine des

palmes.

Technique
Les écorces étaient recueillies "ao"
Le travail

se

faisait

sous un

en

nombre suffisant.

hangar "farehaa" par des femmes

groupe de femmes engagées pour ce travail "uiui".
Les écorces arrivées au point voulu pour l'agglutination "pa-

ou un

disposées "rahi" en couches "apapa" sur une
poutre c'tutua, titia" et battues à l'aide d'un maillet "ie" à
quatre faces portant des stries plus ou moins espacées "ao",
oo" étaient

très

espacées "aoareva". Les femmes accompagnaient leurs
gestes de chants "totorouto". Ensuite les étoffes ainsi confec¬
tionnées étaient calandrées "'naapatiitii".
1) Voir B.S.E.O. N° 72

Société des

Études

Océaniennes

�—

Certaines de

78 —:

étoffes

pouvaient être teintes. Elles étaient
préparées pour recevoir la teinture ''tava, taata". On se ser¬
vait pour cela de la racine de i' "abu"
(?),du "fenia" (carumbium nutans),du "mao"
(commersônnia echinata),du "mati"
(ficus tinctoria) dont les baies "rotomati" combinées avec des
ces

feuilles de "tou"
couleur rouge.
Les

(cordia subcordata) donnaient

une belle

On étendait cette couleur "haro".

étoffes étaient: surtout

blanches, couleur naturelle,
"hopuu, parupape" ; teintes en rouge avec le "mati"; ou de
couleurs foncées "maraia, haapaa, pupaa, uere,
upu, haapaopao, arara, tatiti". Pour les noircir on les faisait séjourner
dans la boue des marécages "urepu". Elles
pouvaient être
bleuies avec l'arrow-root "puitao". Certaines étaient même
parfumées avec 1' "avapuhi". Elles étaient chargées d'orne¬
ments et de dessins "apiapi, ufarufaru, ahoarava". Les dan¬
seurs avaient des robes particulièrement ornées "tahema".
Les étoffes étaient

plus ou moins fines suivant les usages
auxquels elles devaient servir et la qualité de la préparation.
Les plus grossières "ahupau" étaient les étoffes "araia" raides et noires ; épaisses : "haapa, reipee, hiri, reipu, paau,
oehapa" ; pleines défibrés "aaa, aeaeoa" ; faites de plusieurs
épaisseurs "upariirii".
Les plus fines "ahupara", finement striées "areva,
tupepu,
uererairai, varepuai".

Ces étoffes

fois terminées, on en effaçait les plis "felissait
"taia", les étendait "tauai", les plis¬
les
sait "auperu", les pliait "arapepe", les exposait à la rosée
rafera" ;

une

on

"tahau". Finalement elles étaient mises

ru". Elles étaient

en

rouleaux "pepe-

prêtes à ia confection de vêtements.

Les Vêtements
Terme

générique "ahu". 11 ne semble pas que le mot de
"tapa" qu'on emploie pour désigner les étoffes indigènes soit
un mot tahitien, mais on trouve dans la langue le mot "ta
pe" qui indique un fragment d'étoffe n'atteignant pas une
brasse,

Société des

Études

Océaniennes

�79

—

Les "ahu"

divisaient

—

"pateatea, vaivai, vaivaihua,
pauteute, tipara, tips". Ï1 serait intéressant de sa¬
que ces mots désignaient exactement.
se

en

pauraura,

voir

ce

Les habits des e'tii" étaient de

plusieurs morceaux "ahutii.
pièce, genre poncho : "tiputa",
Il y avait des vêtements pour ies enfants "paahi, paau", pour
les guerriers "pararuru" ; pour le deuil "pautu" ; pour le
mauvais temps "tatuavero" ; pour les temps humides "faarahaha". Les habits d'une seule

ri"

;

faits

avec

des cheveux humains "ruruta mau"

; en

filet

si fin

qu'ils n'étaient pas portés par des personnes décentes
"pupepu". .Les turbans de pleureurs "tiavero"; des foulards
"taai" ; une sorte de veste "ahu nati". Toutes sortes de frag¬
ments

(chiffons) "aahi".

Les ceintures

slips etc... jouaient un grand rôle dans l'ha¬
"pareu" ceint par les deux sexes autour des reins .
&lt;'maro" dont il est souvent parlé au sujet des dieux et des
rois (maroura). Le maro était la ceinture sacrée des rois cein¬
te le jour de l'investiture royale. Tout entier il portait le nom
de "teraipuatata" ; les bouts pendants portaient le nom gé¬
nérique de "arero" qui subdivisaient en "hihiopea, tainuhauiti, haoa, hanea". L'action de ceindre le maro "hume".
billement

:

Arero était aussi

slip. "Tihere" couvrait la nudité. "Apendant sur le devant d'une ceinture de
femme. Il y avait des ceintures en feuilles de pandanus "tatuaai". Les jupons de femmes "tihi, araihupehupe" ; faits
d'étoffes grossières "puotihi".
un

horo" était le bout

Des hommes seulement

pouvaient confectionner "aapa"

écorce d'aute, la nuit, pour le tii. Cette étoffe servait à le
couvrir lors de certaines cérémonies "ahutii".

en

Outre

l'emploi habituel, les étoffes servaient de présents.
sur la qualité et la quantité ne devaient
pas
être rares puisqu'un rouleau d'étoffe qui sefaisait passer pour
plus large qu'il ne l'était réellement était "haapuahaha" ;
quand il trompait sur ses proportions véritables "haapuaha".
On donnait des rouleaux aux visiteurs en présent "rao,
ahutai". Une étoffe inachevée préparée comme présent pour
Les tricheries

Société des

Études

Océaniennes

�—

les
on

SO-

présentations publiques "aaone". Au cours d'une dispute
cherchait à arracher les vêtements pour humilier "hamo-

re". Les danseurs allaient de lieu en lieu avec tlûtes et tam
hours pour

recevoir des étoffes et des présents. (Au 14 juil¬
agissent ainsi et dansent dans la
les magasins chinois dans le même but). S'orner

let, à Papeete, les danseurs
rue

devant

avec

vanité "faratatetate". Etre vain de ses habits "faaeva".
#

#

#

V
La

Représentation! des Dieux.

Les dieux étaient des héros déifiés.
Ils étaient

tés "too" à
Dresser

représentés parmi les hommes par des bois sculp¬
qui on donnait les mêmes soins qu'aux hommes.

un

too "ruruhere".

Oro avait une maison sacrée "manaha".
Il avait
un

lit

:

un

corps

"tinotino atua"

"roiitemoemoeoravaa"

; on

;

des mains "rimaatua"

;

le lavait avec de l'eau et

"rauapevai" ; il laissait des excréments : "tiaoffrait des aliments "taumaha" ; à Oro la
fleur du cocotier "raineatua"; une oreille de porc "rahutal ia" ; un
porc de mauvaise augure "toini". Le too possédait
des ornements de plumes "vaue". Il était transportable; le
prêtre qui le transportait "hiiatua", dans un filet "eterauaha". Le too pouvait être à son déclin "toounuhi" ; quand son
pouvoir baissait "mehoi". Il avait des hommes comme inten¬
dants "tiri", qui lui étaient dévoués "Tuiaha, Atori".
H existait même une pierre-dieu "unania".
des feuilles

:

taeeatua" ; on lui

#

*

#

VI

lapa et Rahui.
de défenses,
prohibitions, sur les aliments, les cultures
ou pour certains états particuliers (pour les guerriers, les
femmes enceintes, etc).
Les Tahitiens étaient entourés de toutes sortes

de restrictions, de

Société des

Études

Océaniennes

�—

81

—

Le

"tapu" est une restriction. Ce mot a aussi le sens de
au Dieu, de serment, d'engagement solen¬
nel d'accomplir ou non certaines actions, de se lier ou de
lier une autre personne par un serment de faire ou dene pas
faire. 11 a aussi le sens d'adjurer. C'est aussi un sacrifice à
sacré, de dévoué

Oro.
Le "rahui" est

une prohibition mise par les chefs sur cer¬
certaines récoltes. Ce terme est encore employé
couramment aux Iles Tuamotu à la saison du coprah.

tains fruits

ou

Le

signe marquant le tapu était un bouquet de feuilles au
perche devant un champ ou un arbre fruitier "purahu". Cela pouvait être aussi une bûche sculptée dans sa
longueur d'une image de "tii" signe de rahui, c'était a!ors
"potuaruu".
Une certaine incantation pouvait être prononcée à la suite
de la mise en place du tapu sur les fruits "rahui".
Le rahui général était "rahuipotuaraa". La personne qui
mettait le rahui "tarahui'J. Au changement de rahui on en¬
levait le signe qui le signifiait "totoe'b
bout d'une

Nombreuses étaient les restrictions

sur

les aliments "uoa,

châtiment "paeere, paha"mahemeamea". Manger
ignames des avant la levée du tapu produisait une sorte de

hue". Violer le tapu entraînait un
ra" car c'était profaner le sacré
folie "nevanevauhi".

de certaines prières sans respecter la
un crime souvent puni de mort "aiaifaa". Manger malgré le rahui "airahui".
Toute levée de tapu devait être précédée de cérémonies.
Par ex. "fatoi" était une fête donnée par les parents pour
enlever le tapu sur leur enfant. "Amca" cérémonie avant la¬
quelle l'enfant ne pouvait manger avec ses parents.
Les femmes enceintes se voyaient interdire certains ali¬
ments. Le tapu pouvait être déplacé par la cérémonie "amoa".
Le premier porc donné au chef après la levée du tapu "araroa '. Jusqu'à l'achèvement de leur tâche les constructeurs
de pirogues de chefs étaient astreints à des prohibitions ali¬
Manger au moment
défense des chefs était

mentaires "amaraa" etc...etc...

#

Société des

#

#

Études Océaniennes

�_

82

—

VII
La Guerre

On aurait tort de croire que
étaient

les combats chez les Tahitiens

improvisés

ou désordonnés et ne consistaient qu'en
embuscades et escarmouches ou la valeur de certains guer¬
riers suffisait à mettre l'ennemi en déroute.Si nous en croyons
l'ancien vocabulaire les choses étaient

plus sérieuses que ce¬
la, il y avait une stratégie, une tactique; tout était précédé et
suivi de cérémonies religieuses.
Les Armes
La fronde "maa", la

pierre de fronde "uriti", lancer la

pierre "aavai".
La cordelette

en

"aute" était

La lance, iavelot ou

"papao".
sagaie "tao", le manche "apua", la

pointe "omuatao".
Différentes sortes de haches. La hache

pierre "haoa'J
"oiri, toi arapepe".
L'arc "fana" ; l'intérieur de l'arc àses extrémités "apeu" ;
la courbure intérieure "apoi". Les flèches "tea". Leur dard
était fixé au roseau par une gomme "mira". Pour éviter les
excoriations produites par le frottement de la corde,on fixait
à l'avant-bras une écaille du poisson "maratea". C'était le
''puipuirima". Mais l'arc était surtout réservé aux jeux. A
Mangareva il servait à la guerre.
La massue, casse-tête "omore".
Le bouclier "paruru".
Des forts, qui servaient de refuge et d'ultime retranche¬
ment,étaient construits dans les valiées et sur les crêtes ou au
bord de la mer "ahu, ahupare, àhumoua".
en

"orna" et différentes autres

Les Guerriers
Les

guerriers étaient les "aito, toa". "Puaraumataura"
qui enfoncent tout devant eux comme le fait le poisson
de ce nom qui fonce dans les filets et les déchire.
"Oho" le guerrier le plus avant dans le combat.
ceux

Société des

Études

Océaniennes

�—

"Paraiati" le

83

—

"tuiaau" celui qui cherche
était le nom porté par les
"Ateau" les principaux parmi

plus courageux

;

partout son ennemi. "Tamahu"

guerriers en temps de guerre.
les guerriers.

métier des armes "turaau"; devaient
approches des hostilités et pour
cela habitaient la case "purimeamea". Ils étaient coiffés d'u¬
ne sorte de turban "upoopua, rurutamai'J et avaient des vê¬
tements particuliers.
En campagne on dressait des abris "tiahapa", des camps
volants "pufara", des camps permanents "puhapa", avecuUs

s'exerçaient

au

vivre dans la continence aux

maison de veille "fareutu".

ne

Les Préliminaires

dans les entrailles des porcs "a(rapprocher des aruspices des Romains). Les nua¬
ges noirs "mataatao" étaient de mauvais présages. On offrait
des sacrifices humains au marae "aea tamaiJJ. Des prières
étaient dites, entre autres les prières "arihi". Celles-ci se dé¬
composaient en "arihi inia" et étaient subdivisées en prières
''paepaetiairi, te faatainuu,tiataahiarepo, tumuriri et ateeaea",
et en "arihi i raro" pour exciter les chefs et le peuple à la vi¬
gilance.
On cherchait les augures

huruhurif'

(II faut remarquer que la corde supérieure du filet qui tient
nia", et celle qui tient les poids "arihi i raro").
Une cérémonie avait lieu avant d'engager le combat "paeles flotteurs est "arihi i

taaaitu, uraaha".
Le Combat

division principale
l'arrière "apoa". Le parti en réserve
"apihoî, ahoea". Le deuxième rang "hotuoi". Les femmes
et les enfants étaient placés à l'arrière "hua", sous la garde
d'un détachement "tape". Tout ce qui se trouvait sur les ar¬
rières et les bagages "tapearo '.
L'armée "nuu". Le front "aroviri". La

au

centre "arahura",

L'expression "ua afa te vai" indiquait le commencement
(idée d'une digue qui se rompt).

du combat

Société des

Études

Océaniennes

�_

On

84

—

poussait le cri de l'oiseau torea "faaîaitorea"

;

chantait

des chants de guerre "mataîutu".
Le combat "aroraa'", le combat
singulier
mouche "aro

"arorui", l'escar¬
taputapu". Le champ de bataille "tahua, ta-

huaoti".
11 y

avait des attaques soudaines, imprévues "hotumata,
araiore, hotuape, puafafao". Quand tout était engagé

anoano,

"maeva".
Comme le

poisson "parai" on prenait parfois des chemins
détournés pour tomber sur l'ennemi. L'avantage consistait à
parvenir sur le flanc ou les derrières de l'ennemi "aratipi".
rampait "aronee". On terrifiait l'adversaire.
Le premier parti qui abandonnait le combat "aharo". Le
désordre se mettait dans les rangs "aereere". On disait le
combat mauvais "arae, taveureroa". Le petit reste
qui con¬
tinuait à combattre lorsque le gros était parti
"arahapehape '. Le guerrier qui fuyait "hihi", on le poursuivait "ahaaha", il se cachait dans les buissons "meho"ou bien retraitait
"peru", ou s'échappait "âhopau". L'armée en retraite "pauOn

mu".
Le

premier ennemi tué "tapoa" était porté au marae "ahaihea, aha" du nom de la corde de fibre de coco^avec lequel
il était attaché. On disait

lui les

prières "faiaia".
"aritu", 011 se chargeait de trophées
"taapuni". On découpait le corps des ennemis "aula, tuitaata". On écrasait les têtes avec des pierres "apaupoo", on mu¬
tilait les cadavres "piue". On dévastait le pays "tanuna. Les
prisonniers "titi moeapa".
sur

On recueillait le butin

La Paix
"Hau". On célébrait certaines cérémonies "apaapia, manuhou". On étendait une pièce de tapa entre les deux
camps,
si l'adversaire la recouvrait d'une autre

pièce la paix était

conclue, sinon les hostilités continuaient.
Les Combats Navals
ils étaient livrés par
ta". La

de grandes pirogues de guerre "apegrande flotte "nuu, auono, ruu, tumoarau". Ellecom-

Société des

Études

Océaniennes

�—

85

-

prenait une avant-garde "ritotai", une division centrale dans
laquelle se tenaient les guerriers les plus renommés. Si l'un
d'eux était tué, cela était regardé comme de mauvaise augu¬
re. La flotte en ligne "aupiipii".
La première pirogue qui touchait un bord ennemi "tuetueavere". Le combat "arutiaorao".
Des cérémonies

religieuses accompagnaient i'entrée en
"ahatahatai". On se servait d'un morceau de "aha"
comme charme au moment où la pirogue prenait la mer.
Tant que celle-ci était en construction, des ouvriers étaient
soumisà des restrictions sévères "amaraa". Un po:c était of¬
fert en sacrifice au départ "purepapa". Un petit autel était éta¬
bli à bord avec une idole temporaire '"hiutira". La flotte était
passée en revue "houi" ; lorsqu'elle naviguait de concert "auvaa". Il y avait en merdes places de refuge "parafai".

guerre

(A suivre)
REY LESCURE

Société des

Études

Océaniennes

�—

86

—

miwmwiB
Actualité

Brest et le

Pacifique
La ville de

Brest, les installations
et de l'arsenal sont
presque entièrement détruites.
Les Journaux
du port

Au

premier abord il peut sembler étrange de parler de
une revue d'études concernant le
Pacifique et
cependant Tahiti est associé à cette ville par beaucoup de
Brest dans

souvenirs.
C'est Pierre Loti

qui a fait sentir si fortement la beauté
mélancolique ilde sa rade immense, brumeuse et solen¬
nelle" avant que Mac-Orlan lui consacre des
pages d'une
poésie intense.
Brest a non seulement été le "Gésocribate" de l'époque
Gallo-romaine, legrand port du Moyen-Age, puis le formi¬
dable arsenal de Richelieu et de Colbert, au fond le cœur
même de la Marine, mais surtout c'est de Brest que de¬
vaient partir la plupart les expéditions françaises dans le
Pacifique. C'est de sa rade que mit à la voile le 5 novembre
1766 la frégate "La Boudeuse" sous le commandement de
Bougainville pour un voyage autour du monde qui devait
l'amener sur les rivages de la "Nouvelle-Cythère".
C'est de Brest qu'appareillèrent la "Boussole" et L "As¬
trolabe" sous les ordres de Lapérouse pour exécuter un
des voyages les plus complets et les plus fertiles en résul¬
tats et qui devait finir si tragiquement à Vanikoro, de
Brest également la "Recherche" et 1'
"Espérance" com¬
mandées par d'Entrecasteaux afin de retrouver les traces
de la malheureuse expédition.
C'est du grand port breton que devait
partir DupetitThouars sur la "Vénus" pour soutenir la politique fran¬
çaise dans le Pacifique, plus tard sur la "Reine Blanche"
pour fonder un établissement aux Marquises. Ce furent en-

Société des

Études

Océaniennes

�—

87

—

1' "Uranie" et le "Phaéton" dont

suite l' "Artémise'J,

les

souvenir.
Les première? troupes débarquées à Tahiti appartenaient
au 2e régiment d'infanterie de marine et à la compagnie
d'ouvriers d'artillerie casernés à Brest. Enfin c'est aussi de
noms

ce

demeurent encore dans le

port que s'embarquèrent pour

les Iles Gambier et Ta¬

premières Religieuses de l'ordre de Cluny dont le
costume rappelait intentionnellement par sa couleur- bleu
et noir-l'uniforme des soldats de marine.
Aussi parmi tant de destructions qui ont désolé notre
pays, celle de Brest nous touche particulièrement en nous
rappelant toute une page d'histoire du vieux Tahiti.
(H. J.)
hiti les

ARRÊTE

n°

466

approuvant la constitution du Bureau

a. p.

de la Société des

Etudes Océaniennes.

(Du 30 mai 1945.(1
Le Gouverneur des

l'Océa-

Etablissements français de

Officier de la Légion d'Honneur,
organique du 28 décembre 1885 concernant le gou¬
vernement de la colonie et les actes modificatifs subséquents ;
Vu l'arrêté du 1er janvier 1917 portant création de la Société
nie,

Va le décret

Océaniennes ;
arrêtés du 7 mai

des Etudes
Vu les

l'arrêté ci-dessus en ce
ladite Société
Vu les

modifiant
bureau de

;

élections

le Bureau

1932 et du 1er juillet 1936
qui concerne la composition du

en

date du 14 mai 1945 à

de la Société des

l'effet de renouveler

Etudes Océaniennes ;
Arrête

:

— Est confirmé le résultat des élections auxquelles
procédé le 14 mai '1945, en assemblée générale, constituant
qu'il suit le bureau de la Société des Etudes Océaniennes :

Article 1er.
il

a

été

ainsi

MM. de

Monlezun

Rey-Lescure

Président

Vice-Prèiident

Cabouret

Trésorier

Jacquier

Secrétaire
Assesseur
Assesseur

Dr Rollin
Poroï

Société des

Études

Océaniennes

�—

Art. 2.— Le

blié

présent arrêté

partout où besoin

88

sera

—

enregistré, communiqué et

pu¬

sera.

Papeete, le 30 mai 1945.
ORSELLI.

Avis
Le Comité de

appel à

ses

aux

Sociétaires

la Société des Etudes Océaniennes fait

Membres

pour

leur rappeler qu'en raison des

temps meilleurs laissant présager une activité plus grande,
la rédaction du Bulletin

sera

toujours heureuse d'accueillir

des articles ayant trait à l'histoire de Tahiti ou du Pacifique,
ainsi qu'à l'archéologie, l'ethnologie ou la linguistique.

Rappelons que ces études doivent concerner plus par¬
ticulièrement la Polynésie et être soumises, pour leur pu¬
blication, à l'approbation du Bureau, qui sera seul juge en
la matière.

Société des

Études

Océaniennes

�BUREAU DE LA

SOCIÉTÉ

Président

m.

Vice-Président

de

monlezun

M. Rey-Lescure.

Secrétaire-Archiviste

M. H.

Trésorier.

M. A. Cabouret.

Jacquier

Assesseur.

M. le D1' Rollin.

Assesseur

M. A. Poroi.

Secrétaire-Bibliothécaire-Conservateur

du Musée- M"0 Ahnne.

Pour être reçti Membre de la Société
membre titulaire.

se

faire présenter par

un

BIBLIOTHÈQUE.
Le Bureau de la Société informe ses Membres
que dé¬
sormais ils peuvent emporter à domicile certains livres de
la Bibliothèque en signant une reconnaissance de dette en
cas

où ils

ne

rendraient pas le

livre emprunté à la date

fixée.
Le Bibliothécaire présentera la formule à
signer.
La Bibliothèque est ouverte aux membres de la Société
et à leurs invités tousles
jours, de 14 à 17 heures, sauf le
Dimanche.

La salle de lecture est
de 14

à

17

public tous les jours

ouverte au

heures
MUSEE

Le Musée est ouvert tous les

jours, sauf le lundi de 14 à 17 h.
jours d'arrivée et de départ des courriers : de 9 à 11 et de 14
17 h.

Les
à

Pour tout achat de

s'adresser

au

Musée, Boîte

Bulletins, échange ou donation de livres

Président de la Société,
110,

ou

au

Bibliothécaire du

Papeete.
LE BULLETIN

Le Bureau de la Société accepte
l'impression de tous les articles
qui paraissent dans le Bulletin mais cela n'implique pas qu'il
epouse les théories qui y sont exposées, ou qu'il fait sien les
commentaires et les assertions des divers auteurs qui, seuls, en
prennent toute la responsabilité.
Aux lecteurs de former leur appréciation.
La Rédaction.
Société des

Études

Océaniennes

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Société des
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Compte rendu de l’Assemblée générale du 14 mai 1945 47&#13;
Littérature et Histoire - Le mirage et l'exotisme tahitiens dans la littérature (H. Jacquier) (suite) 50&#13;
Ethnographie - Essai de reconstitution des mœurs et coutumes de l'Ancien Tahiti (Rey-Lescure) (suite) 77&#13;
Divers&#13;
- Brest et le Pacifique 86&#13;
- Arrêté n° 466 a,p. du 30 mai 1945 approuvant la constitution du Bureau de la Société des Etudes Océaniennes 87&#13;
- Avis 88</text>
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