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                  <text>-ZZ3

Bulletin

S"

DE

Société

la
0
G

des

ÉTUDES OCÉANIENNES
N» 75

TOME VII

DÉCEMBRE

Anthropologie
Histoire

—

des

—

(N° 4)
1945

Ethnologie

Institutions

—

Philologie,

et

Antiquités
populations maories.

Littérature et Folklore.

Astronomie

—

Océanographie

IMPRIMBRIB
A

DU

—

Sciences naturelles

QOUVBRNHMBKT

PAPEBTE

(TAHITI)

©

�BUREAU DE

LA*SOCIÉTÉ
m. de monlezun

Président
Vice-Président

m. ReY-Lescure.

Secrétaire-Archiviste

m. H.

Trésorier.

M. A. Cabouret.

Jacquier

Assesseur.

m. le d1' Rollin.

Assesseur

M. A. Poroi.

Secrétaire-Bibliothécaire-Conservateur du Musée Mlle Ahnne.
Pour être reçu Membre
membre titulaire.

de la Société

se

faire présenter par

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BIBLIOTHÈQUE
Le Bureau de la Société informe

ses Membres que dé¬
domicile certains livres de
reconnaissance de dette en
le livre emprunté à la date

sormais ils peuvent emporter à
la Bibliothèque en signant une
cas

où ils

ne

rendraient pas

fixée.
Le Bibliothécaire
La
et à

présentera la formule à signer.
Bibliothèque est ouverte aux membres de la Société
leurs invités tous les jours, de 14 à 17 heures, sauf le

Dimanche.
La salle de lecture est ouverte

de 14

à

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au

public tous les jours

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MUSÉE

Le Musée est ouvert tous lus

jours, sauf le lundi de 14 à 17 h.
jours d'arrivée et de départ des courriers : de 9 à 11 et de 14
17 h.

Les
à

Pour tout achat de Bulletins, échange ou donation de livres
au Président de la Société,
ou au Bibliothécaire du

s'adresser

Musée, Boîte

110,

Papeete.
LE BULLETIN

Le Bureau de la Société accepte

l'impression de tous les articles
qui paraissent dans le Bulletin mais cela n'implique pas qu'il
épouse les théories qui y sont exposées, o-u qu'il fait sien les
commentaires et les assertions des divers auteurs qui, seuls, eu
prennent toute la responsabilité.
Aux lecteurs de former leur appréciation.
La Rédaction,

�de

la

SOCIÉTÉ D'ÉTUDES

OCÉANIENNES

(POLYNÉSIE ORIENTALE)
m—

——s

TOME VII
N°

75.-

(No 4)

DÉCEMBRE

IR45.

SOMMAIRE
Pages

Littérature
Ru

a

et

Folklore

Kipo (pei mangarévien) (par Nicolas Mord vinoff).

131

Astronomie.
A propos

des connaissances astronomiques des
(par Janine Laguesse)

ciens Tahitiens

an¬

141

Ethnologie.
Souvenirs d'escales pour aider à déchiffrer le
mystè¬
re de l'île de
Pâques (par Jean de la Roche)......

Glyptique océanienne avant l'Histoire (par Jean de
la Roche)
Idéogrammes marquisiens (Dr Louis Rollin)
Note

sur

155
158

164

la découverte à Tahiti de Fours

Indigènes
(Umu), entourés d'ossements humains (par Jay)..

169

Météorologie.
Observations

météorologiques

Giovannelli)

en

montagne (par J.
..

183

Correspondance.
Lettre de M

Ropiteau, frère d'André Ropiteau

Société des

Études

Océaniennes

187

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Océaniennes

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•

�Bois gravé

de N. gYIuRDVINUFF.

RU A KIPO
Pei

Mangarévien

II semble

qu'en Polynésie le pei mangarévien soit une cho¬
se unique - bien
qu'on en ait parlé dans certaines autres îles
à propos de quelques similitudes de forme ou de fond
du
moins qu'il n'y ait rien de tout-à-fait semblable. Ballet
pan¬
tomine serait le terme qui lui conviendrait le mieux. Le su¬
jet en est généralement tiré de quelque passage de l'un des
deux volumes manuscrits, rédigés au temps du R. P. Laval,
-

existants

encore

et connus

sous

le titre de

Chronique Indi¬

gène, où la mythologie, la légende et l'histoire se mêlent de¬
puis les dieux jusqu'à l'arrivée des Missionnaires, en pas¬
sant par les périodes de migration et d'établissement dans
les îles.

�—

132

—

Rien, sinon la musique, ne semble plus abstrait, décrit
des mots, qu'une danse ou qu'un chant. 11 serait vain de
prétendre donner en ce court avant-propos autre chose
qu'un schéma. Comme dans les otea, sur deux rangs, à la
par

file indienne, lés hommes d'un côté, les femmes dé
l'autre,
casqués et parés de feuilles vertes aux épaules et à la taille,
au rythme d'un tam-tam au tambour
remplacé, comme ail¬
leurs, par la touque à essence accompagnée du toere, les
bras levés tantôt latéralement, tantôt
verticalement, tantôt
en avant à
chaque changement de mesure, le chœur des
danseurs piétine en cadence. Les doigts sont continuelle¬
ment en mouvement comme pour
suggérer des vagues ou
des ailes d'oiseau. Parfois ils
accompagnent d'une mimique
le jeu des acteurs
principaux. Il arrive qu'ils s'embrassent,
luttent ou se couchent en faisant mine de
dormir, suivant les
mouvements variés de la scène. L'ensemble offre une
singu¬
lière impression d'unité dans la
précision violente des ges¬
tes des hommes et dans le déhanchement
rythmique des

femmes.
Par

intermittence, les roulements du tam-tam cessent et
deux voix de femmes, stridentes, invraisemblable¬
ment hautes, modulées sur deux ou trois notes
seulement,
entonnent le chant qui résume des
passages de l'histoire.
Quand les voix se taisent brusquement, on n'entend plus
que le battement cadencé des pieds nus qui frappent le sol.
Entre les deux rangées, les acteurs costumés et
masqués
miment avec conviction la scène,
compliquée souvent d'un
décor conventionnel et
d'objets divers, omme une table
symbolisant une grotte ou une planche, une pirogue. L'ap¬
parence en est généralement burlesque. Autour d'eux et
comme par-dessus le
marché, à petits pas, les bras tendus,
les doigts en mouvement, s'inclinant à droite
et à gauche,
faisant songer à quelqu'oiseau
qui plane, évoluent en sou¬
riant deux ou trois danseuses. Le maître de ballet et
parfois
un ou deux
dirigeants se mêlent fréquemment au jeu. 11 faut
ajouter pour terminer que le pei est exécuté en plusieurs
parties, trois le plus souvent, pour changer, s'il y a lieu, de
une ou

mise
tant

du

scène et permettre aux acteurs de souiller en res¬
prostrés dans la pose où les aura surpris l'arrêt soudain
en

tam^tam.

Société des

Études

Océaniennes

�—

133

—

!ype d'un de ces sujets depei pourraitêtre reconstitué.
Mangaréviens, même dans les groupes de danse et
parmi les dirigeants en savent davantage que ce qu'il en est
dit par bribes dans les chants et les refrains.
Venant de Gatihina, le fils de Te Ma-puru-a-orokohu se
rendait au combat. Il s'appelait Te Hau-o-tahaki et il était
accompagné de son cousin Veka. Chemin faisant, ils firent
halte à Ati-hoi dans le temple Mata-a-hau-ruga. La nuit
se passa en prières, en hymnes en l'honneur de leurs guer¬
riers et en chants d'amour. Il évoquèrent aussi les méfaits
de Ru-a-kipo. A vrai dire la fin de ses actes nous paraît tou¬
jours quelque peu obscure. Mais les faits sont les faits s'ils
ne sont rapakau. Tantôt c'était qu'il tuait un enfant, plon¬
geant la malheureuse mère dans un désespoir forcené, mu¬
tilait une jeune fille aussi belle que la lune en lui tranchant
un sein pour le manger, simplement parce qu'il avait faim
011 égorgeait un vieux père devant ses fils terrifiés. Certes,
il était aussi de ceux, qui se privaient le moins de délecta¬
ble chair d'homme ou, comme on disait parfois, de long co¬
chon. Bon nombre de ses victimes avaient simplement été
tués en passant, par des flèches qu'il tirait de sa case au
hasard de la nuit. Quand l'un d'eux finissait de conter, l'au¬
tre concluait invariablement par un "akapeu" consterné ou
un "a a a a puct/ca neil " réprobateur.
Cela se passait il y a quelque quatre cents ans. Une que¬
relle ayant éclatée entre deux de ses chefs, la confédération
de Taku s'était trouvée divisée. Le frère du gigantesque
guerrier Ru-a-kipo ou plus exactement Rouru-a-kipo ou
Rouru, Te Ma-kipo avait prit du poisson dans la nasse de
Gau, Usage violé : c'était grave. Alors comme maintenant
le prétexte valait pour autant que l'on désirait se battre.
Pour trancher, on fit, appel à l'ennemi héréditaire Apeiti, roi
de Rikitea. Apeiti avait plus d'un tour dans son sac. Ayant
accepté l'arbitrage, il divisa spécieusement son parti en
deux clans. L'un, sous sa conduite, ferait mine d'être avec
Gau, l'autre, commandé par Te Ma-puru-a-orokohu, avec
Te Ma-kipo. « Mais, recommanda-t-il à ses guerriers, ayez
soin de toujours diriger la pointe de vos lances contre ceux
de Taku. Ainsi le résultat importera peu et nous y gagneLe

Peu de

Société des

Études

Océaniennes

�—

rons en

ge

134

—

définitive. Quant à moi, Dieu de la Nuit,

de les inciter à la

je

me

char¬

guerre. »

Aux

approches de Taku, (quoique d'autres prétendent que
l'engagement eut lieu dans l'île d'Akamaru) le fils de Te
Ma-puru-a-orokohu se sentit brusquement envahi d'une
appréhension étrange. 11 dit à son cousin
Veka, le soleil va mourir ce soir et je ne le verrai pas
renaître où finissent les eaux, De l'autre côté, je ne verrai
—

plus le soleil s'arracher
nouvelles récoltes de
—

—

—

montagnes pour annoncer les

Tu sais combattre, Te Hau-o-tahaki

:

dit Veka.

Ekore, dit Te Hau-o-tahaki.
Alors défie-toi du

des flèches de
fait

aux

uru.

son

frère

javelot de Te Ma-kipo et encore plus
Ru-a-kipo. Tiens-toi près de moi et

que je ferai.
E, dit Te Hau-o-tahaki, mais je ne verrai plus le soleil
après cette bataille.
Dans l'herbe humide qui battait leurs
cuisses, ils gravis¬
saient les dernières collines aux flancs
rongés de plaques
rouges. Entre les touffes de roseaux blancs, les roches noi¬
res étaient
assoupies comme des bêtes. L'argile glissante
du sentier collait à la plante de leurs
pieds nus qui s'aggrippaient aux racines. Au delà des brisants de corail où la mer
est sombre et houleuse, un soleil neuf éclatait derrière des
coussins de nuages roses. Sur la nappe des eaux du
lagon
ce

—

entre les traînées émeraudes
mauves

des courants et les sinuosités
des récifs sous-marins, glissaient doucement trois

doubles pirogues de guerre. A contre
jour les étroits trian¬
gles inversés des voiles ne paraissaient guère plus grands
qu'une main d'homme. Quand la brise encore incertaine mol¬
lissait, des silhouettes arc-boutées poussaient avec de lon¬
gues perches. Un vaste radeau hérissé de lances semblait
immobile. Soudain, rasant la crête rocailleuse, un
grand oi¬
seau noir passa avec un cri au-dessus de leur
tète. Un point
dans le ciel crémeux agrémenté
de petits nuages en relief,
traça en planant trois grands cercles puis plongea dans le
vert profond de la vallée encore sombre. En descendant la
végétation se faisait plus dense. Leurs lances se prenaient
aux
branchages et aux lianes. De petits rats s'enfuyaient de-

Société des

Études

Océaniennes

�135

—

Vant

eux,

disparaissaient

sous

—

les pierres et les feuilles

mortes.
De très

loin,

comme

porté par l'air limpide, parvenait clai¬
guerriers se provoquant au combat.

rement la clameur des
—

Ils crient fort! dit Veka.

Te Hau-o-tahaki était sombre. Avait-il l'intuition

qu'à ce

moment à

Ati-hoi, adossée au mur de la grande maison
Mata-a-hau-ruga, la prêtresse Koutu qui aytait écouté leurs
chants de la nuit, prophétisait de cette voix de
ventriloque
dont elle avait pris l'habitude :
Malheur à celui de

deux chefs

qui s'est trompé dans
qui a sa demeure dans
le corfDS de la prêtresse Koutu, écoute par ses oreilles et
parle par sa bouche, le dieu Tu-te-vero-kura l'a entendu.
Malheur à celui-là, même s'il est parent de roi. Cette nuit,
—

ces

cantate. Le dieu Tu-te-vero-knra

sa

son

âme

errera

Le soleil était
cours

tance

de Te
Les

dans le Po...
encore

»

haut et les ombres petites quand, au

de la

bataillle, un javelot lancé d'une très grande dis¬
transperça la poitrine de Te Hau-o-lahaki. Un javelot
Ma-kipo.
ennemis firent trêve pour célébrer en commun les fu¬

nérailles. Comme c'était le fils d'un chef de famille royale,
la dépouille fut entourée d'un nombre considérable de ban¬
delettes de Tapa qu'il fallut une échelle pour terminer l'en¬

veloppement. Exposé
teinte des rats, c'était,

le tréteau mortuaire, hors d'at¬
boudin énorme. Les interminables

sur
un

cérémonies et olïïces des pleurs, des danses, des chants et
des processions venaient de s'achever. On s'était bien la¬

menté, on avait bien pleuré, bien mangé et bien ri. Te Mapuru-a-orokohu s'était désolé comme il convient.
Où est-tu, mon fils? Ton père te cherche. Où est-tu?
Mes yeux te cherchent. Pourquoi ne réponds-tu pas? Si tu
es parti vraiment alors arrive sans encombre au lieu de tes
ancêtres "sous l'arbre rouge" où règne le bon dieu Agai-a—

tui!...

Tikei-ili, ses longs cheveux noirs épars sur le visage, al¬
longeant ses bras nus au-dessus du cadavre, avait longue¬
ment sangloté.
0 mon neveu! je ne te verrai plus jamais, toi que je
voyais assis au bord de l'eau dans l'ombre des purau. Des
—

�—

136

—

jaunes tombaient sur tes épaules... Et main¬
parti. Tu es parti pour toujours !...
Elle tordait ses bras en fléchissant les genoux, se redres¬
sait, levait un bras, puis l'autre. Par moment, elle se reje¬
tait en arrière, les coudes levés, les doigts entremêlés der¬
rière la nuque. Enfin, une main sur la hanche et l'autre de¬
vant les yeux, elle avait émis les cris les plus déchirants.
Avant de se retirer, elle s'était encore mordu les mains et
avait frappé son front contre la pierre. Certains s'étaient
tailladé la peau en hurlant de toute leur force. D'autres s'é¬
taient lamenté en geignant doucement. Le corps était déjà
en décomposition lorsqu'on le lava dans la mer et que le
taura gratta la peau fétide avant de l'envelopper. Il y avait
eu foule, et on avait apporté beaucoup de présents. Les
meilleurs chœurs avaient longuement modulé leurs com¬
plaintes.
fleurs roses et

tenant tu es

ava

te ito ! Ku

Mate roa,

mate roa !

«

Ku

ava

te ito !

Moe roa, moe roa

Ko Te Hau-o-tahaki

»

parti ! Il est parti. Il est mort, il est mort. Il dort
Hau-o-tahaki !...
Mais il restait à apaiser au plus tôt les mânes du défunt.
On avait bien sacrifié plusieurs victimes, mais de peu d'im¬
portance, prises parmi les uru-manu. Un tout jeune taura,
qui venait seulement d'être initié par "la bouchée mysté¬
rieuse", avait même étonné par sa dextérité à trancher la
gorge d'un coup de nacre et à découper la peau du front sur
la pierre expiatoire. Pourtant il fallait une victime de haut
rang. Tikei-iti, afin de venger son neveu, offrit en prime à la
convoitise sa grande pirogue double connue sous le nom de
Agaroa, des dents de cachalot ainsi que divers ornements.
Te Ma-puru-a-orokohu jeta à peine un regard sur les lar¬
gesses de sa sœur. Quelle victime serait digne de payer pour
un tel crime ! Il fallait immoler aux divinités de l'âme de
son fils le grand, le redouté Ru-a-kipo, le frère aimé de Te
Ma-kipo, le coupable. Il fit donc égorger sa propre truie,
une bête énorme et convia ses guerriers.
Ena koiau, leur dit-il. Vos têtes sont toujours rasées,
—

Il est

dans la mort., il dort. C'est Te

—

Société des

Études

Océaniennes

�437

—

encore chaudes. Pour que nous tous puissions
paix, pour que l'âme de mon fils parvienne sans
encombre là où l'attendent ses ancêtres, pour que son tupapa/cu n'aille pas errer dans le Po en proie aux mauvais
dieux, pour qu'il ne revienne pas la nuit parmi nous se plain¬
dre et nous nuire, pour faire honneur aux dieux et faire gé¬
mir Te Ma-kipo qui lança le javelot sur Te Hau-o-tahaki, il
faut sacrifier Ru-a-kipo !...
« A présent,
ajouta-t-il, pour vous donner la force, le cou¬
rage et la ruse nécessaire pour venir à bout de cet énorme
excrémentiel organe de lézard, Rouru, je vais partager mon
cochon entre vous. Mangez et soyez prêts dès que le soleil
aura pris la place de la lune.
Des ricanements fusèrent deci delà pour dissimuler le ma¬
laise. La lâche n'était pas aisée. Et qui donc oserait s'atta¬
quer à Rouru-a-kipo ? Mais les meilleurs morceaux étaient
déjà distribués. Le feu des fours, incliné par la brise, mon¬
tait obliquement dans le ciel qui commençait à pâlir. Alors
un homme se présenta. Il n'avait ni l'allure, ni la taille, ni

lances

vos

vivre

en

guerriers-mangeurs-d'hommes. Il
jambes courtes, le nez aplati et il louchait si fort
qu'il lui fallait tourner la tête pour regarder en face. Le ta¬
touage révélait toutefois une origine noble. Une petite cape
recouvrait ses épaules et il était circoncis, c'était Hare-kamôme la tête rasée des
avait les

veka.
—

Horoa mai te tahi vahi puaka

naku, dit-il simplement

tendant la main.

en

—

Amenei !

Voici, répondit perfidement Te Ma-puru-a-

orokohu. Voici pour

celui qui

va

tuer le grand Ru-a-kipo.

Et, se baissant, il arracha de la carcasse un

lambeau ensan¬

glanté qui adhérait aux os.
Tout le monde rit parce qu'on savait qu'il n'avait jamais
accompli d'exploits. I-Iare-kaveka mordit ses grosses lèvres
avant de s'éloigner à petits pas pressés. La rancœur hachait
son soufle et sa tête se tournait davantage sur le côté gau¬
che. De loin, on le vit s'enfoncer dans la vallée par le sen¬
tier de Gatihina.
Les fêtes avaient consommé toutes les réserves de nour¬

po-poi étaient vides. El il n'y avait certes
personne pour aller à la pêche. Le four était éteint. Ac-

riture. Les trous à
eu

Société des

Études

Océaniennes

�—

438

—

croupie devant la porte, la femme allaitait un enfant. Elle
un sein gonflé et blanc. Les boucles de
ses cheveux roux couvraient son dos droit jusqu'à terre. Sur
la plage, près d'un bouquet de vau/ara, une fillette tirait
des notes stridentes d'une feuille de ii qu'elle serrait entre
ses paumes. Des crabes transparents, gros comme des arai¬
gnées, s'évanouirent dans leurs trous à l'approche de Harekaveka. Il avait faim, car l'orgueil l'avait fait jeter dans un
fourré sa part de cochon.
J'ai mangé un gros morceau de cochon donné par Te
Ma-puru-a-orokohu, dit-il à sa femme; mais donne-moi
néanmoins un peu de po-poi.
Ekore, répondit la femme. Il n'y a pas depo-poi. Il n'y
en a plus. Pau.
Alors il avala une bouchée de po-poi réservée à sa fille, se
donna une tape sur le ventre, ota son turban en "rereJci" et
sa pèlerine, se serra étroitement d'une ceinture de
logo, prit
sa lance et partit.
Le ciel se teignait violemment de rouge et de violet. Des
libellules accouplées étaient comme vissées dans la derniè¬
re lueur. Le disque orangé était près de toucher l'eau.
Dans la baie, une branche de pandanus avec sa touffe
verte, semblait portée à la dérive. Derrière cette branche
nageait Hare-kaveka.
Ena koe, avait-il dit dans la vallée, quand quelques
heures auparavant il avait croisé Veka.
Koe noti, avait répondu Veka, eha te takau ?
soutenait de la main

—

—

—

—

—

Dis moi où
En

se

trouve la

case

de Rouru.

moment, la case de Rouru est face à la mienne,
près de l'eau où il y a deux fois deux arbres à pain et une
fois deux manga, au pied du grand tamanu. Il y a des taros
—

ce

derrière...

Hare-kaveka savait bien que pendant les périodes d'hos¬
tilité et de trouble, les chefs et les nobles tiraient la nuit par
la

porte basse de leur case, tant pour se faire respecter que
pour éloigner les ennemis possibles. Il avait dit à Veka :
Je

ceci pour les mânes de ton cou¬
qui est mort: cette nuit, baisse ton arc
en sorte que tes flèches
passent plus bas que les plus bas¬
ses branches du grand tamanu. Et il était
parti en courant.
—

parle: fais

encore

sin Te Hau-o-tahaki

Société des

Études

Océaniennes

�—

Pendant les nuits

sans

139

—

lune, les feuilles sèches de panda-

qui tapissent le bord de la mer, craquent fort. On dirait
qu'un rat ou un lézard y fait autant de bruit qu'un cochon le
jour. L'imposante masse noire du tamanu était devant lui,
immobile. Il n'y avait pas de vent. On entendait comme des
soupirs les vaguelettes du lagon qui caressaient la plage et,
au dessus du chant touffu des grillons, le puissant ronfle¬
ment de Ru a-kipo. Les feuilles étaient humides et le tronc
glissant. Une pluie de rosée courait dans son dos lorsqu'il
empoignait une branche pour se hisser plus haut. Plusieurs
flèches avaient sifflé sous lui quand il s'assoupit. Le front
appuyé contre l'écorse rude, il rêvait qu'il découpait du
front de Rouru le petit carré de peau tatouée; car Ru-a-kipo.
Rouru, Rouru-a-kipo était mort. Puis il courait et ses jambes
poussaient dans le vide. Il faisait de grands bonds sans ja¬
mais sentir le sol sous ses pieds. Il était léger parce qu'il
n'avait rien mangé, parce qu'il était fier, et surtout parce
que Ru-a-kipo était mort et qu'il était mort de la main de
Hare-kaveka auquel on avait donné un mauvais morceau de
cochon. Dans sa course, il croisait des hommes qui accou¬
raient aux clameurs qui retentissaient derrière lui. « Qu'y
a-t il? » lui demandait-on. « Je ne sais pas! » répondait-il.
Bondissant, il atteignait l'arête de la montagne. Des deux
côtés s'étendait la mer. Etait-ce des morceaux sanguinolents
de cochon ou des blocs de corail dont était parsemé le la¬
gon? Une grosse forme flottait, le ventre à l'air. N'était-ce
pas la truie de Te Ma-puru-a-orokohu? De ses oreilles sor¬
taient des feuilles de pandanus. Il hurlait: "Ko Rouru-akipo te cogia moe roa... Il dort du long sommeil... Il ne sera
plus jamais embrassé .. Il a été abattu par Iiare-kaveka !..."
nus,

Le

ciel blanchissait. La fraîcheur fit

frissonner l'homme

embusqué. A l'horizon, derrière un mur de montagnes de
coton, filtrait une lueur jaune. La moitié d'un corps immense
apparut sous la porte basse. Jamais il n'avait été si facile
de harponner un gros poisson. L'eau est aussi plus trom¬
peuse. Les épaules aux deltoïdes énormes et le dos large
s'offraient...

Crispé sur sa lance, Hare-kaveka, de tout son poids, se
laissa basculer en avant,

Veka raconta

plus tard qu'il eut du mal à retirer la lance.

Société des

Études Océaniennes

�_

Te

140

—

Ma-puru-a orokohu ne le crut pas tout d'abord. Il fallut
avait fait le vœu de ne pas

le convaincre. Alors,' comme il
se

baigner tant que sa vengeance ne serait pas assouvie,

levé, il dit:
Ru-a-kipo est mort tout-à-fait, je vais
pouvoir laver la saleté de mon corps ; je vais laver de l'eau.
Et il se plongea dans la mer.
Te Ma-kipo le convia aux. funérailles de son frère qui s'an¬
nonçaient plus somptueuses encore que celles de Te Hau-oet, le tapa étant
—

Maintenant que

tahaki.
—

—

C'est

fini, dit Te Ma-puru-a-orokohu ; la dette est payée.
toi, lui répondit Te Ma-kipo, la nôtre

C'est fini pour

n'est pas encore
—

payée.

Non, dit Te Ma-puru-a-orokohu. C'est fini tout-à-fait.
Moorea, le 10 janvier 1946.
Nicolas MORDVINOFF.

Société des

Études

Océaniennes

�—

Â propos

141

—

des connaissances astronomiques des anciens taiiitiens.

dépit des travaux et des recherches remarquables en¬
trepris il y a déjà plus d'un siècle par des savants an sujet
des migrations polynésiennes, il persiste, et il persistera en¬
core longtemps de nombreux points obscurs relativement à
ces migrations. L'un d'eux sans contredit est bien celui des
grandes navigations à travers l'Océan Pacifique depuis que
l'hypothèse pratique et séduisante de continents engloutis,
définitivement abandonnée, n'a permis d'envisager que le
peuplement par migrations successives. Cependant, dans le
cas de l'île de Pâques en particulier, un pareil mode de peu¬
plement semble au premier abord un défi à la raison même,
et le calcul des probabilités ne peut que démontrer les chan¬
ces infimes d'un aLterrissage au hasard sur un point perdu
En

de l'Océan.

Quoiqu'il en soit, il fallait reconnaître aux Polynésiens des
qualités nautiques exceptionnelles, tout au moins si on les
compare à celles des autres peuples, et à ce compte les
voyages des Phéniciens semblent des promenades et le pé¬
riple d'Hanon une randonnée touristique.
Pour ce qui est du moyen de transport lui-même, il a été
prouvé que les Polynésiens savaient et pouvaient construire
des pirogues suffisantes en tonnage et en flottabilité, capa¬
bles de couvrir des distances considérables. Des éludes en¬

treprises par des marins au siècle dernier, au moment de
l'apogée de la marine à voile ont d'autre part démontré l'ex¬
cellence des qualités nautiques et manœuvrières de ces cons¬
tructions. Il restait une question capitale à résoudre, celle
de la navigation elle-même et c'est ici, il faut bien l'avouer
que le mystère s'épaissit. M. Pierre Jourdain, enseigne de
vaisseau à bord de la "Zélée" dans un article apprécié du
Bulletin de la Société d'Etudes Océaniennes de décembre

posait judicieusement la question au sujet des naviga¬
polynésiennes: Instinct ou science? La réponse n'est
guère aisée. Notre civilisation occidentale imbue de ratio¬
nalisme scientifique admettra difficilement un compromis
1933

tions

Société des

Études

Océaniennes

�—

142

—

moins qu'une
la façon de certains
Cependant, les élé¬
ments dont nous disposons pour nous faire une idée de cette
navigation sont rares, insuffisants et parfois contradictoires.
entre ces deux

tendances, elle admettra

encore

humaine peut avoir possédé et à
animaux un sens inné de l'orientation.
race

Si l'on

ne

veut faire intervenir

alors reconnaître

un

véritable instinct il faut

anciens

Polynésiens de sérieuses con¬
astronomiques et météorologiques. Le problème
pourrait donc se réduire ou presque à une étude de l'astro¬
nomie chez ces peuples. Malheureusement les difficultés sur¬
gissent ici nombreuses et souvent insurmontables.
Remarquons tout d'abord que l'art de la navigation impli¬
quant ces connaissances astronomiques était chez les Poly¬
nésiens rigoureusement ésotérique, seuls les initiés, des prê¬
tres généralement détenaient ces secrets ignorés de la masse
du public. C'est ainsi que Cook eut la chance de prendre à
son bord Tupaïa grand prêtre de Tahiti qui lui fournit de pré¬
cieux renseignements sur les connaissances géographiques
des Tahitiens. Mais la valeur de renseignements ainsi recueil¬
lis était grandement subordonnée à une connaissance par¬
faite de la langue indigène et on sait quelle était sa richesse
et la diversité du vocabulaire tahitien, à tel point qu'au dé¬
but du XIXe siècle rares étaient les indigènes comprenant la
langue parlée par leurs ancêtres.
Il va sans dire que celui qui recherchait des renseigne¬
ments devait posséder lui-même de solides connaissances
astronomiques afin de pouvoir classer sans hésitation les di¬
vers éléments qu'il pouvait ainsi recueillir. A notre connais¬
sance il ne semble pas que toutes ces conditions aient été
réunies dans le cas d'un observateur unique, mais, l'auraientelles été posséderions-nous la clef de l'énigme?Cela ne sem¬
ble pas évident, car en effet à l'époque de leur découverte à
aux

naissances

la fin du XVIII0 siècle les

Polynésiens

ne

paraissaient déjà

plus entreprendre de grands voyages maritimes, j'entends
de ceux qu'on cite de Tahiti aux îles Hawaï ou de Raialea à
la Nouvelle-Zélande. Certes, il en demeurait le Souvenir. Le
grand prêtre Tupaïa exposait à Cook en traçant la carte des
îles connues des Tahitiens que lui-même ne s'était rendu que
dans quelques-unes d'entre elles, les plus proches d'ailleurs,
et qu'à sa connaissance aucun de ses contemporains n'avait

Société des

Études

Océaniennes

�—

443

—

poussé plus loin, mais, que dans les traditions lahitiennés
trouvait le récit de plusieurs expéditions lointaines.

011

Comme d'autres

peuplades polynésiennes les Tahitiens
expéditions
se bornaient à quelques voyages aux îles Sous-le-Vent. aux
Tuamotus, quelquefois aux îles Gook, très rarement aux Mar¬
quises. 11 est évident que l'art de la navigation hauturière
devait être en régression et partant celui des connaissances
astronomiques. Ceci posé, on comprendra que l'on ne peut
disposer aujourd'hui que d'informations fragmentaires, tron¬
quées et souvent obscures. En réunissant toutes ces obser¬
vations un essai de synthèse s'imposait etc'est le mérite de
Maud Worcester Makemson d'avoir eu le courage de l'entre¬
prendre. Sous le titre "The morning star rises"- an account
of Polynesian astronomy " (Yale University presse 1941) cet
auteur présente un livre très intéressant dans lequel plusieurs
théories ingénieuses permettent, d'expliquer en partie les
voyages maritimes des Polynésiens. D'après ce qui précède
on conçoit aisément qu'une pareille étude impliquait forcé¬
ment, une recherche systématique de lousles renseignements,
sans exception pouvant se trouver dans les ouvrages écrits
sur la Polynésie. Travail énorme sans doute, mais absolu¬
ment nécessaire en raison de l'indigence et de la contradic¬
tion des renseignements. Il ne semble pas que Maud Wor¬
cester Makemson s'en soit rigoureusement acquittée. Certes,
les titres scientifiques de cet auteur sont suffisamment re¬
connus et appréciés (chairman of the départaient of astrono¬
my- Vassar Collège) il n'en est pas évidemment question ici.
étaient devenus relativement sédentaires et leurs

Maud Worcester

Makemson.

lit sans doute que l'anglais
elle a été ainsi amenée à dé¬
laisser tous les écrits en français sur la Polynésie qui for¬
ment cependant un ensemble respectable. Les écrits étran¬
gers ne sont pas mieux traités d'ailleurs, en particulier ceux
et cela est bien

dommage,

ne

car

langue allemande. On remarque alors dans la notice bi¬
bliographique de "The morning star rises " une indigence
notoire. Moerenhout, de Bovis, Dordillon, Caillot, le P. Mathias Garcia, Lesson, Quatrefages, Huguenin ne sont pas ci¬
tés pour la France et Blumenbach, Fredirici, Von den Steinen pour l'Allemagne. Nousne parlons évidemment que des
en

Société des

Études

Océaniennes

�—

144

—■

principaux auteurs mais les autres sont
On s'apperçoit à la lecture du livre
Makemson que ses
concerne

renseignements proviennent, pour ce qui
de deux sources:

Tahiti, à peu près uniquement,

pour la période ancienne de l'ouvrage
"Àncient Tahiti", et pour la période

informations recueillies ces

de MissTeuira Henry

moderne de diverses
dernières années par des cher¬

spécialement aux Tuamotus.
qu'on peut accorder à l'œuvre

cheurs,
leur

tout aussi délaissés.
de Maud Worcester

Quelle que soit la va¬

remarquable de Miss

conviendra qu'il était un peu téméraire de
se fier à un seul témoignage lorsqu'il s'agit, d'un sujet aussi
vaste. L.es souvenirs de Miss Henry, qui sont en réalité ceux
de son grand-père le pasteur Orsmond, représentent dès sou¬
venirs à la deuxième puissance avec tout le risque d'erreurs
que peut comporter une pareille interpolation. De toutes fa¬
çons il était nécessaire de passer ces renseignements au cri¬
ble de la critique scientifique.
Quant aux sources modernes, elles représentent une va¬
leur encore plus sujette à caution et l'on se rappelle qu'il y
a seulement quelques années l'un de ces informateurs bien
intentionné peut-être et dont nous respectons l'érudition était
Teuira Henry on

personnalité membre de no¬

formellement contredit par une
tre société.
Nous donnons

ci dessous quelques

exemples qui, nous l'es¬

pérons, feront mieux comprendre au lecteur toute la confu¬
sion qui peut régner quant aux dénominations de certaines
étoiles ou de certaines constellations. Nous avons choisis
trois constellations bien connues, visibles dans le ciel à cette

époque de l'année:

les Pléiades, Orion et les Gémeaux.
LES

Cette

PLÉIADES

remarquable petite constellation formée d'un amas
seule - et nous la citons à dessein concordent quant à la dénomina¬

bien caractéristique, est la
où toutes les informations
tion.

Mataiki (les petits yeux)
Mataiti ou Mata-iki

Dr Rollin(les îles Marquises).
P. Matbias Garcia (Lettres)
sur

Société des

Études

les îles

Océaniennes

Marquises).

�—

445

—

(Grammaire et

Mataiki, Mat.aii

Me-1' Dordillon

Matarii

Teuira He n r y

Matarii

El 1 i s ( Pol y n e si an

dictionnaire de la langue
des îles Marquises).

Matarii
0 Matarii

(îles de la Société)
e vahiné ia(Napu-

0 Matariki

( Àncient Tah i ti )
Rese ar che s)
Huguenin (Raiatea la sacrée)
P. Audran.
P. Audran.

ka)
Grammaire et dictionnaire de

Matariki

la

langue mangarévienne.

ORION
remarquables situées au milieu de cette
(d. e. f.) sont désignés par Miss Teuira Henry
sous le nom de "Taurua o mere-ma-tutnbi" mais elle ajoute
plus loin que le baudrier d'Orion (Orion's bel t.) porte le nom
de "Mere" ce qui s'applique évidemment aux trois mêmes
étoiles. Toujours selon le même auteur, l'ensemble de la cons¬
tellation à l'exception de ces étoiles (ail the rest oE Orion)
porterait le nom de "Te uru mere mere". Selon des rensei¬
gnements recueillis par nous même auprès de M. Alexandre
Drollet, le nom de Mere s'appliquerait à l'étoile de première
grandeur Rigel qui figure également dans la constellation
d'Orion. A défaut de concordance dans la dénomination on
peut y voir néanmoins la présence constante du nom "Mere".
Huguenin dans "Raiatea la sacrée" donne pour les trois
étoiles le nom de "Hui-Tarava", nom que l'on ne trouve pas
dans "Ancient Tahiti". Maud Worcester Makemson qui ne
cite pourtant pas Huguenin semble vouloir réaliser un com¬
promis entre ces appellations en désignant les trois étoiles
sous le nom de "Hui-tarava-ia-mere". Mais les difficultés
surgissent lorsque le même auteur dit qu'aux Tuamotus,
"Mere" désigne Antarès dans la constellation du Scorpion
alors que Emory sur les dires d'un indigène y verrait au con¬
traire Spica dans la constellation de la Vierge.
Le P. Audran dont l'autorité en la matière est incontesta¬
ble, cite pour les trois étoiles - les trois rois ainsi que les in¬
digènes les appelaient souvent-le nom de "O Taoro" pour
Les trois étoiles

constellation

Société des

Études

Océaniennes

�/
—

446

—

les îles de la Société et "0 Takero" pour les Tuamotus

(à l'île
Napuka exactement).
Aux îles Marquises, le Dr Rollin trouve le nom de "Hakaïki e tou" les trois (chefs) dénomination qui se rapprocherait
de celle du P. Audran. En remontant à une source plus an¬
cienne, on trouve dans le livre du P. Mathias Garcia (1) et
toujours pour les mêmes étoiles le nom de "ta-tuitui-hohoe"
et cet auteur ajoute que "les trois rois ne sont pour eux
qu'une forme de rame". D'après M&gt;r Dordillon le nom serait
à peu près semblable: "natuitui hoehoe" que l'on retrouve
aussi dans l'ouvrage du Dr Rollin '"tuitui hoehoe". Le lecteur
comprendra déjà par ce simple exposé toute la difficulté qui
existe pour assembler ce puzzle. Remarquons que tous ces
noms ne sont
pascités dans le livre de Maud Worcester Made

kemson.

Dénominations d'Orion
I Hakaiki

e

d'après les différents auteurs.

loù

Dr Rollin

(Les îles Mar¬
quises)
iVRr Dordilion (Gram¬

| Tuitui hoehoe

| Na tuitui hoehoe

maire et dictionnai¬
de la langue des

re

îles

Marquises)

P. Ma thias Garcia (Le ttres sur les îles Mar¬

quises)
Féhue Tarava

Moerenhout (Voyage
aux îles
du grand

IIui-TaraVa

Huguenin (Raiatea la
sacrée)

0 Taoro

P.
Audran
p. Audran.

Océan)

Ile de la Sooiélé

Ana-varu

(Betelgeuse)

Taurua- o-merematu-

tahi
1

Mere

(Orion's belt)

r"nry (Ancient

Te Uru-mere-mere (ail
the rest of Orion)

I
Napuka....
(1) Leltros

sur

Mere

(Rigel)

Alexandre
Alexandre Déollet.

0 Takero (e kaefa ia)

P. Audran.

les îles Marquises (1813).

Société des

Études

Océaniennes

�147

—

LES

—

GÉMEAUX

Dans le cas de cette constellation la confusion est la
plus
grande et elle s'explique aisément. Pendant longtemps les
Européens et les Tâliitiens ont respectivement vu dans les
Gémeaux deux constellations différentes. Cela a été possible
du fait que les Tahitiens connaissaient, tout comme nous
qui
la tenons de l'Antiquité, une
légende de deux enfants ju¬
meaux
inséparables envolés au ciel. Les Européens y
voyaient évidemment Castor et Pollux et les Tahitiens deux
étoiles dans la constellation du Scorpion. La différence est
de taille!
Le

premier témoignage en date-la première erreur pour¬
semble être celui d'Ellis (1) qui connaissait la
légende des deux enfants, des'1 Ainanau" comme les ap¬
pelaient les Tahitiens et sans hésitation il les identifie comme
étant Castor et Pollux, D'après plusieurs auteurs le terme de
Ainanu"-aurait deux significations qui semblent différentes
mais s'accordent pourtant bien avec le sens de la légende.
La première serait " ceux qui ne sont pas conviés" et la
seconde " ceux qui ne veulent pas partager".
Moerenhout (2) observateur pourtant remarquable, tom¬
bera d'ailleurs dans la même erreur. Partant toujours de la
légende qui selon lui serait originaire de Bora-Bora, il dé¬
signe les deux enfants sous le nom de Hui-Tarara ; ajoutant
que ce sont nos Castor et Pollux. La confusion entre les Gé¬
meaux et le Scorpion persistera
jusqu'aux environs de 1859
ou Cuzent, pharmacien de la marine, auteur
d'ouvrages ap¬
préciés surla Polynésie identifiera (3) sans contestation dans
les Ainanu les deux étoiles Pipiri et Rehua dont, l'ensemble
Pipirima représente deux étoiles de seconde grandeur dans
la queue du Scorpion. Mgr. Tepano Jaussen voit aussi dans
les Ainanu les deux étoiles Pipiri et Réhia(ce qui sans doute
rait-on dire

-

"

est

une erreur

En

(1)
(2)
(3)
(4)

d'orthographe),

1914, Caillot (4), auteur de plusieurs ouvrages
Ellis - Polynesian ftescarches - 1829.
Moerenhout - Voyage aux lies du Grand Océan - 1834.
Cuzenl - O'Taïli -18(30.
Caillot - Mythes légendes et traditions des Polynésiens.

Société des

Études

Océaniennes

sur

la

�—

148

—

Polynésie, reprend à son tour la légende de Pipirima qui
a été contée par les indigènes de Huahine. A
quelques
détails près, elle est identique à celle de Cuzent, mais, Cail¬
lui

lot tombe lui aussi dans l'erreur de

situant

ses prédécesseurs en
Pipirima au-dessous de Matarii (les Pléiades), c'est-

à-dire dans les Gémeaux.
Maud Worcester Makenson
naissance de

ces

ne

auteurs mais cite

semble pas avoir eu con¬

cependant

ces noms

ainsi

que la légende de Bora-Bora rapportée par Moerenhout. Dans
un louable esprit de conciliation elle tente de
rapprocher
ces différentes dénominations en citant les 'Hui-Tarara"
formés de Pipiri et Rebua. Par la suite elle
ajoute un ren¬

seignement qui ne contribue guère à éclairer la question
puisque les Maoris d'après elle verraient dans Pipiri la cons¬
tellation du Bélier.
Cet exposé

risque de rebuter un peu le lecteur mais lui
peut-être entrevoir la principale cause d'erreur. En effet,
les Européens en interrogeant les indigènes ne
pouvaient
s'empêcher de voir dans le ciel la forme classique des cons¬
tellations, Sans doute, rien n'est plus arbitraire, et si les
fera

Pléiades et le

Scorpion

par

exemple peuvent former des

iniagesisolées. il fautuneffortd'imaginalion chez unindividu
non prévenu pour
voir dans le ciel un vaisseau, un chien, un
poisson ou un crabe, et ce n'est certes pas les Tahitiens qui
pouvaient voir un lion, une hydre, un aigle et encore moins
un centaure. On
pourrait d'ailleurs imaginer un groupement
de constellations complètement différent, ce
qui était évi¬
demment le cas pour les anciens Tahitiens. En
général l'in¬
digène ne contredit guère l'Européen, il a' même une ten¬
dance marquée à adopter son point de vue et si ce dernier
l'interrogeait à propos d'astronomie en s'aidant d'une sphère
céleste sur laquelle étaient dessinées les
constellations, ces
figures ne pouvaient qu'impressionner grandement les Ta¬
hitiens et influer sur leurs réponses.

Dénominations des G-érneaux

d'après les différents auteurs.
Moerenhout (Voyage aux
Iles du Grand Océan).

Rienzi (L'univers
que : Océanie).

Société des

Études

Océaniennes

pittores¬

�—

149

Iles de
la Société..

:(aina- Ellis (Polynesian Researnuabove,ainanu
cbes).
below)
Faa-ta po tu po tu Teuira Henry (Ancient Ta¬
(open valley)
hiti).
Caillot (Mythes, légendes et
Pipirima
traditions
des
Polyné¬

Marquises

Mahaka tutue ho- Mgr Dordillon (Grammaire
et dictionnaire de la lan¬
nu

Na ainanu

siens).

gue

Dénominations du

Scorpion d'après les différents auteurs.

I Ainanu: Pipirima Cuzent

I

des lies Marquises).

(O'Taïti).

(Pipiri et Rehua)

de
\ Ana-mua: Anta- Teuira
Société. /
res

Iles
la

I
f

Ainanu
Rehia

1
Marquises

.

Henry (Ancieut Tahiti).
(Pipiri et Mgr Tepano Jaussen (Grammaire et dictionnaire de

•

Hai (Antares)

la langue tahitienne).
Lawson (M S) cité par Handy (i)

PLANÈTES
Les
tout
une

anciens Tahiliens

connaissaient certaines planètes

les distinguant guère des étoiles, ils avaient aussi
idée de leur mouvement aux environs de l'écliptique.
en ne

Selon Moerenhout ils n'en

avaient, et c'est fort vraisembla¬

ble, identifié que trois : Mars, Vénus et Jupiter. Ce sont en
effet, celles qui sont facilement visibles. Cependant on trouve
dans " Ancient Tahiti" un nom Tahitien pour Mercure dont

l'extrême difficulté d'observation à l'oeil nu
proximité du disque solaire. Teuira Henry
cite ainsi: " Mercure (Bacchus, Mercury) Taero ". Tout le
monde connaît la signification du qualificatif Taero qui veut
dire" ivre" ou encore" empoisonné " ce qui après tout
on
en

sait pourtant
raison de sa

il) Handy " The native culture in tbe Maaquesas".

Société des

Études Océaniennes

�n'estguère différent, mais,
est une

son

rapprochement

avec

Bacchus

curieuse coïncidence. Maud Worcester Makemson

ajoute que le nom véritable serait " Taero arii
le roi ivre
(Royal inebriate) car, dit-elle, " Ce nom traduit bien la con¬
duite excentrique de la planète faisant des zig-zags d'un
bord du soleil à l'autre". L'explication est ingénieuse et nous
laissons au lecteur le soin de former son appréciation.
Pour Vénus, les dénominations abondent et sont assez
concordantes, mais ejles se compliquent du fait que les in¬
digènes la confondaient souvent avec Jupiter et lui donnaient
aussi

un nom

qu'elle

se

différent suivant les

lève

ou

époques de l'année selon

selon qu'elle se couche.

On trouve dans "Ancien! Tahiti"

un nom

curieux de cette

planète: "Taurua-e-liiti-e-Matavaï " parce que, ajoute impertubablement l'auteur, "on avait donné le nom de pointe
Vénus à la presqu'île de Malavaï". Ces quelques exemples
feront comprendre toute la circonspection dont un observa¬
teur doit s'entourer pour recueillir des renseignements.
Maud Worcester'Makemson a complété son livre en don¬
nant une liste des mois de l'année dan.s les différentes
îles,
niais pour les Tu.amotu, elle a dû y renoncer
n'ayant pas,
dit-elle, de renseignements à ce sujet. Le P. Audran en a
pourtant donné une liste détaillée parue dans le Bulletin de
la Société d'Etudes Océaniennes de
lecture aurait

permis à l'auteur de
de compléter cette lacune.
Dénominations des

mars

1919 et

sa

simple

The morningstar rises"

planètes d'après les différents auteurs.
Vénus.

Fetia

(star of day-Horo Ellis (Polyneisan
poipoi (forerunner of
Researches)
morning)
I1 "Fauma 011 Paupiti était le Moerenhout(Voyalles de
nom de Vénus quand elle
ge aux îles du
la Société.. I
paraît le soir et Huri poiGrand Océan)

j

|

!

ao

poi quand elle paraît Je
matin"

Fauroua

(étoile du matin)
(étoile du soir)
Atouahi (étoile du berger)
Faiti

l

Société des

Études Océaniennes

�—

151

—

"L'étoile du matin qui est Huguenin (Raialea
tantôt Vénus, tantôt Jula sacrée,

piter: horopoipoi, Fetia
poipoi ou encore. Fetia-

lies de

taiao"

la Société.

Fetia

no

te

Fetia

no

te ahiahi

poipoi
P. Audran

Ena Potu

Tau rua nui

Teuira
cien!.

Taurua-e-hiti-i-Matavaï
Hetu-Atea

(L'étoile du

Henry (An¬
Tahiti).

ma¬ Dr Rollin

(les îles
Marquises)

tin)
Hetu-nui

(grosse étoile)
i te ahiahi
(étoile pleine du soir)

Maono pupuu
Fetu

o

Fetu

maona

atea

ou

îetu atea

pupu(étoile du

M*r David Lecadre
Ms

Marquises

n

Hetu-nui

Lawson

(Eveningstar)

( Te heko o te ahiahi
rpe heko o te poipoi

(MS) cité

par Handy (The
native culture in

(Morning star)

Hetu ahiahi

de

langue des
îles Marquises.

matin)

j(

d i 11 o

la

Manapuùpuù i te ahiahi (é
toile du berger)
Hetu o atea (étoile du ma¬
tin)

Napuka....

or

dictionnaire

./ Fetu oatea ou fetu atea (étoile du

Iietu-ao

D

r

(Qram maire et

soir)

the

Marquesas).

P. Audran.

Ena Poutuu

Mars.
Fetia

Iles de

Fetia

ura

ma

(Red star)

Ellis

(étoile rouge)

Researclies).
M o e re n h o u 1 ( V o y a -

(Polinesian

aux Iles du
grand Océan.
Teuira Henry (An¬
ge

la Société.
Maunu-ura

cien t

Fetia-urà

(étoile rouge)

Société des

Études

Tahiti).

Huguenin (Raialea
la sacrée).

Océaniennes

�Jupiter.
Iles de
la Société.

"Ils donnaient souvent les
mêmes noms de fauma
et d'horipoipoi à Jupiter"
Horopoipoi, Fetiapoipoi ou

Fetiatai

Marquises.

Moerenhout.

Huguenin.

ao

Taurua-nui

Teuira Henry.

Hua

Lawson
par

(MS) cité
Handy.

Saturne.
Iles de
la Société..

Fetu-tea

Teuira

(pale star)

Henry.

Mercure.

Iles de
la Société..

Taero

ou

Taero arii

(Royal

Teuira Henry,

inebriate)
Que conclure de ce qui précède sinon que les documents
nous disposons aujourd'hui sur les connaissances as¬
tronomiques des anciens Tahiliens sont bien pauvres. Sans
doute, des recherches sérieuses entreprises dans ce sens au
dont

moment de leur découverte auraient

permis de

nous en

idée infiniment

faire

plus nette. Nous avons vu que ce travail
ne fut pas réalisé. Les marins et les premiers missionnaires
avaient d'autres soucis, que de se préoccuper de telles ques¬
tions. Lorsqu'ils s'y intéressèrent, il était déjà trop tard, et
d'ailleurs n'a-t-on pas un peu exagéré ces connaissances as¬
tronomiques ? A notre connaissance, il ne semble pas qu'on
ait encore rigoureusement indentifié et authentifié un seul
instrument d'observation chez ces peuples. Des érudits re¬
marquables ont démontré ingénieusement l'emploi de la
calebasse sacrée aux Iles Hawaï, mais d'autres érudits non
moins compétents se refusent à y voir autre chose qu'un
meuble ordinaire. 4insi le problème reste entier et il n'est
guère sur le point d'être résolu. Tel qu'il est cependant et
en dépit de regrettables omissions, le livre de Maud Worcester Makemson représente une tentative appréciable vi¬
sant à soulever le voile qui nous cache toujours le système
astronomique des Polynésiens et leurs migrations.
une

Janine LAGUESSE.

Société des

Études Océaniennes

�lU- dt&amp;

Société des

Études Océàniennes

ifctO

«

��—

î5o

—

Brairoxioei^
L

twww

—.

Souvenirs d'Escales pour aider à
de l'Ile de

déchiffrer le Mystère

Pâques.

par
Jean de la ROCHE

Océanie, au cours de l'été
1938, le très aimable Commandant Planté commandait l'a¬
Lors de

mon

dernier voyage en

"Rigault de Genouilly" qui a laissé de si bons souvenirs
eaux océaniennes. Il était partout connu comme le
plus "marin" et le plus courtois de nos otripiers de Marine.
Il n'en était pas moins doublé d'un chercheur curieux d'ap¬
prendre et de découvrir dans les plus petits coins où il fai¬
viso

dans les

sait flotter
Il

nos

couleurs.

grande générosité de me dévoiler ses archives
personnelles avec leurs précieux secrets. C'est ainsi qu'il
me fit connaître le Moaî de l'île de Vao qu'il avait découvert
quelques mois auparavant.
Naviguant dans les eaux des Nouvelles-Hébrides, il avait
jeté l'ancre devant la petite Ile de Vao à l'extrême Nord de
Mallikolo, à l'entrée Est du Détroit de Bougainville.
Descendu à terre, quelle ne fut pas sa surprise de trouver
là, dans une clairière de la brousse, une statue de bois de
1 m. 25 de haut, fichée en terre, dont il se mit en devoir de
dessiner le croquis séance tenante (Fig. ci-contre).
Il s'agissait ni plus ni moins d'un Moaî absolument sem¬
blable à ceux de l'Ile de Pâques, ces tètes énormes sans
corps, têtes plates sans nuques, aux regards, nus, perdus
vers

eut la

les immensités de l'Océan austral

Les deux seules différences

sans

limites.

Pâques étaient: dimen¬
sions plus réduites-et matière première ; bois au lieu de
pierre. Mais l'aspect extérieur identique.
Cette trouvaille absolument inattendue pose immédiate¬
ment un problème du plus haut intérêt. Et d'abord d'où vient
cette statue? ou plus exactement d'où venaient ses auteurs?
Car on n'en connait aucune autre en Mélanésie ni en Poly¬
avec

nésie.

Société des

Études

Océaniennes

�m

—

Il n'est pas sans
tion que

—

intérêt de rappeler ici certaine

conversa¬

j'eus

Mallikolo. Il

avec le D1' Brossier qui lut Administrateur de
me disait avoir eu connaissance
par des indi¬

gènes que dès statues très grandes et extraordinaires - sans
précision - existaient dans le Nord de l'île. Malheu¬
reusement cette région très difficile à
explorer pour les Eu¬
ropéens conservait son secret.
Un rapprochement semble s'imposer et nous
oblige à ou¬
vrir ici une parenthèse.
aucune

Les fameuses "Tablettes" de l'Ile de

Pâques, uniques en
jusqu'en ces dernières années, n'ont perdu
cette particularité qu'au profit d'une écriture, sinon entière¬
ment semblable, du moins bien voisine, sortie du silence de
l'archéologie lors des fouilles pratiquées vers 1925-1930 par
E. Mackay sur les bords de l'Indus et notamment à
MohendjoDaro et à Harappa. Ces deux écritures ont entre elles une
si proche parenté qu'on ne peut
qu'en conclure une origine
leur écriture

commune.

Ce

point étant admis,

rellement: l'une

un

des deux

corollaire
a

été

en

découle tout natu¬

importée par suite d'une

migration.
Or le continent de l'Inde revêt tous les caractères voulus
pour se présenter comme un berceau de civilisations. Tout

contraire, l'Ile de Pâques, de même que toutes les autres
Pacifique, présente toutes possibilités en faveur d'une
origine par le fait de migrations.
au

Iles du

On est donc

en droit d'en déduire
que l'écriture des Ta¬
Pâques aurait été importée des Indes.
Jusqu'ici on n'en sait pas davantage. Et l'on doit se con¬
tenter de cette unique conjecture.
L'origine de la civilisation de l'Ile de Pâques, qui a mis
tant de chercheurs à l'épreuve, se
complique du fait de ces

blettes de

énormes têtes

sans

corps, connues sous leur

nom

pascuan

de"Moai", jusqu'à ce jour rencontrées uniquement, dans
cette île perdue au milieu du
Pacifique, à 3.000 kilomètres

de toute autre terre.

D'où provenaient les auteurs de ces
Moaîs? - Enigme....
C'est alors que le Moaî de l'Ile de Vao
prend une impor¬

tance extraordinaire.

En effet, si l'on trace
de 20.000 kilomètres -

sur la carte la ligne - longue de
près
qui relie l'Ile de Pâques à l'Indus,

Société des

Études Océaniennes

�—

157

—

ligne passe, à bien peu près, par les Nouvelles-Hébri¬
qui en marquent environ la moitié.
La migration - d'Ouest en Est- qui, partie de l'Indus au¬
rait aboutie à l'Ile de Pâques, pouvait donc, en sa voie la
plus directe, passer tout naturellement par les NouvellesHébrides, première escale au sortir des Iles de la Sonde et
de la Nouvelle-Guinée, c'est-à-dire du maximum de terres
possibles tout le long de la route.
Il est assez curieux de remarquer en outre que cette route,
partie du Tropique du Cancer, aboutit précisément au Tro¬
pique du Capricorne: donc même situation géographique
d'un hémisphère à l'autre.
Par conséquent, rien de plus normal que de trouver des
traces de cette migration sur son parcours. Mais jusqu'ici,
cette
des

on

les cherchait

en

vain.

Le Moaî de l'Ile de Vao semble lever
recouvre

ce

un

mystère. Il serait le témoin du

coin du voile
passage

qui
des mi¬

grateurs.
Un deuxième point intéressant découle de sa découverte.
En effet, il n'est pas en pierre, comme ceux de l'Ile de

Pâques, mais en bois. Sans doute comme ceux des pays
d'origne. Et les Moaîs pascuans n'auraient été faits en pierre
que par suite du manque de bois sur cette île a végétation
difficile. Mais si le Moaî de Vao est en bois, matière essen¬
tiellement putrescible, surtout en ces pays à fortes pluies

chaudes, et à insectes destructeurs multiples, il ne serait
donc pas d'une grande ancienneté. Deux conclusions s'im¬
posent aussitôt: s'il date de la migration même, celle-ci
serait donc relativement récente. Et l'antiquité de la civili¬
sation de l'Ile de Pâques se trouverait assez réduite. - Ou
bien la migration est plus ancienne, et l'antiquité de l'Ile de
Pâques demeure lointaine; et dans ce cas, le Moaî de Vao
aurait été exécuté après la migration par les descendants. à combien de générations?...
des migrateurs qui auraient
conservé des souvenirs de leurs ancêtres, et même peutêtre leurs croyances et leurs rites.
Il est bien évident que, en tout ceci, il n'est nullement
question de certitudes. Mais peut-être l'Ile de Vao - point
imperceptible sur les cartes - contribuera-t-elle à dissiper
quelques incertitudes et à projeter quelques lumières sur un
des mystères qui planent sur le. grand inconnu.
.

Société des

Études

Océaniennes

�—

158

—

Glyptique Océanienne avant l'Histoire.
par

Jean de la ROCHE.
Dans

précédent article ( Bulletin de la Société d'Etudes
Océaniennes, N° 67 Août-Décembre 1939), j'avais montré
que certains idéogrammes qui se rencontre en Océanie sont
employés également à des époques extrêmement différentes
dans des contrées éloignées de nombreux milliers de kilo¬
un

mètres.
Et

j'avais étudié, entre autres, l'idéogramme "Homme".
compléter ce que j'en disais alors.

-

Je désirerais
Je l'avais

précisément montré tel que nous le livrent les
d'abord sous forme humaine (Fig. 1 et 2)- Puis
déformé (Fig. 3)- Et enfin la tète (ou le corps)
se stylisant
de plus en plus (Fig. 4), cette stylisation
prenant au début

Marquises

:

la forme d'une sorte d'M arrondi.
Cette stylisation n'est pas propre à la seule Océanie. - En
effet H. Obermaier, dans son "El hombre fossil" donne la

reproduction de quelques-uns des signes rupestres ibéri¬
ques qui datent du néolithique (Fig. 5), bien proches voisins
des galets peints du Mas d'Azil
(Ariège) qui datent de la
même époque (Fig; 6). - Nous y retrouvons on
peut dire
exactement le même idéogramme et la même
gamme de
déformations aboutissant au même M arrondi
qu'aux Mar¬
quises.
D'autre part la Grotte de Castillo
(Espagne) de la même
époque environ que le Mas d'Azil nous offre une série d'i¬
déogramme "Homme" toujours dans le même style (Fig. 7).
Et l'on y retrouve le principe M dans
la même ligne que
nous représentons sous la forme
simplifiée de la (Fig. 8).
Mais là où l'ubiquité de cet idéogramme
prend une valeur
vraiment inattendue, c'est par la découverte
qu'en a fait
M1Ie du Puvgodeau, en
plein cœur du Sahara. - En effet elle a
trouvé, en gravures rupestres, à Chaabat-en-Nekhlat, l'M
arrondi- avec tête bien en place sur le dos d'un cheval
(Fig. 9) - Et à côté s'en trouvaient deux autres isolés (Fig. 10)
-

-

littérallement semblables à ceux des Marquises.
Cette représentation identique, généralisée de
l'homme,
sa

même

stylisation et

son

Société des

aboutissement symbolique, l'M

Études

Océaniennes

�Société des

Études

Océaniennes

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Études

Océaniennes

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Études

Océaniennes

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m HB

Société des

Études

Océaniennes

�—

163

—

arrondi, donne alors une valeur spéciale et une interpréta
lion extraordinaire aux exemples que nous en avons trouvés
aux

Marquises.

t

Ce sont là matérialisations d'idées abstraites que l'on es
presque dérouté de rencontrer sous des formes aussi sem¬
blables comme les produits de l'esprit humain devant les

problèmes d'ordre spirituel, esprit toujours identique et
égal à lui-même sous les latitudes et les longi¬
tudes les plus différentes, tout au long de la suite ininter¬
rompue des siècles et des millénaires.
strictement

Société des

Études

Océaniennes

�—

164

—

IDÉOGRAMMES MARQUISIENS
Le

tatouage marquisien peut-il être apparenté à une écriture

primitive ?

qui peupla les îles Marquises il y a en¬
(88 générations en 1800, d'après les légendes
et généalogies transmises) était une des plus intelligentes et
manifestement très orientée vers les arts graphiques. Les
anciens Marquisiens ont du reste laissé de nombreux témoi¬
gnages de leur suprenante habileté d'exécution.
Disséminés dans les vallées marquisiennes, une douzaine
d'individus vivaient encore récemment qui présentaient des
tatouages cutanés très com pliqués, œuvre des derniers "tuhuka". Depuis l'arrivée des premiers européens quelques
voyageurs ont heureusement pu. soit parle dessin, soit par
la photographie, fixer l'image de plusieurs de ces œuvres
délicates et éminemment périssables.
Par ailleurs, de nombreux objets de pierre et de bois figu¬
rant dans les musées et collections présentent, gravés, les
signes les plus divers qui, jusqu'à nos jours, semblaient
n'être que de simples motifs ornementaux dus à la fantaisie
La branche maorie

viron 1500

ans

de l'artiste.

auteurs, sauf Tepano Jaussen, affirment que, seuls
parmi les populations maories, les indigènes de Rapa-Nui
(alias Ile de Pâques) possédaient une écriture idéographi¬
que transmise jusqu'à nous par les fameux "kohau-rongorongo" dont une quinzaine d'exemplaires seulement ont été
découverts depuis 1864.
Tous les

Dans

sa

célèbre brochure éditée

en

1893, Jaussen rappe¬

lait que

les Maoris de la Nouvelle-Zélande avaient une écri¬
ture courante et cite en témoignage les paraphes pensonnels
des Chefs indigènes qui, en 1834, signèrent avec l'Angleter¬
re le traité de Vaitangi. (cf. "L'Ile de Pâques,
fig. 7.-Paris1893). Quatrefages avait déjà signalé en 1864 dans son ouvra¬
ge "Les Polynésiens et leurs Migrations", p. 38, que les no¬
bles maoris de Nouvelle-Zélande avaient chacun leur "moko"

personnel.
En 1929, nous émetlions l'hypothèse, alors très risquée,
que le tatouage marquisien était peut-être apparenté à une
écriture primitive (cf. "Les îles Marquises", p. 124).

Société des

Études

Océaniennes

�—

165

—

Une tête de pilon trouvée dans la vallée Ikoehi à Taiohae,
île Nuku-I-Iiva,

témoigne depuis 1934 en faveur de cette hy¬

pothèse.
Selon le mode nuku-hivien cette tête de pilon est ornée
d'une double face humaine

(Janus bifrons). Le type en est

classique

: vastes orbites, nez épatés, bouches largement
fendues. Son origine marquisienne est indiscutable. Gomme
il est

fréquent, les commissures labiales sont ornées chacu¬

d'un fin tatouage.
Au cours de l'examen de cette

ne

pièce la diversité des qua¬
signes gravés attira notre attention et nous eûmes l'idée
de les comparer avec ceux des "kohau-rongo-rongo" de Rapa-Nui reproduits dans l'opuscule deTepano Jaussen. Nous
tre

eûmes le bonheur d'en retrouver trois absolument identi¬

L'interprétation qu'en donne Jaussen, d'après le savant
indigène Metoro Tauaure de Rapa-Nui qui les lui traduisit,
nous réservait une seconde surprise: ces signes, en effet,
paraissent figurer les principales fonctions de la bouche:
(fig. 1) crier, (fig. II) manger, (fig. IV) chanter, enfin se saluer
à l'indigène (hoki) si nous interprétons sans références deux
personnages qui s'étreignent (fig. III).
De retour en France, en juillet 1934, nous présentâmes pour
ques.

fig. I.

p.

hg. II.

32-4

p.

fig. III.

31-18

Pierre de Ikoehi.

fig. IV.

(Musée de l'Homme).
Paris

p.

Société des

31-14

Études

Océaniennes

�—

contrôle cette curieuse
confirma
sée

nos

166

—

pièce à M. le professeur P. Rivet

qui

constatations et nous la demanda pour le Mu¬

d'Ethnographie du Trocadéro, aujourd'hui Musée de
socle, cette tête de pilon y figu¬
dans la Section de l'Océanie sous le nom de "Pierre d'I-

de l'Homme. Montée sur un
re

koehi".

plus loin nos investigations, nous exa¬
pilon des collections du Musée du
Trocadéro. Les tatouages des commissures labiales de ces
pièces paraissent représenter, très stylisés et par conséquent
relativement récents, des hommes en train de manger. Ils
semblentla répétition, avec quelques variantes, du 17e signe
figurant à la page 21 de la notice de Tepano Jaussen et du
19m® signe de la page 31 du même opuscule.
Un de ces pilons, immatriculé 87-31-11, présente un signe
particulier qui confirme l'interprétation proposé: il figure
nettement un homme consommant la "poipoi" selon le mode
commun encore de nos jours. On le retrouve dans la figure
n° 3 du tableau des signes pascuans dressé par Pietrovski en
Désireux de pousser

minâmes deux têtes de

1925.

dernier séjour aux îles Marquises nous avions
plusieurs signes gravés sur un gros bloc roulé dans
le thalweg de la vallée Tahauku en l'île Hiva-Oa. L'un d'eux
(fig. V) est, un peu stylisé, la représentation du 22me signe
Lors de notre

relevé

de la page
Enfin

21 de la notice de Jaussen.
avons relevé dans la copieuse iconographie

nous

marquisienne de l'ouvrage de Karl von Steinen ("Die Marquesanerùnd threeKunst", 3 vol., Berlin, 1928) 27 signes qui
nous ont paru intéressants. Nous les avons comparés avec
6g- V.

Pierre de Tahauku.

(Hiva-Oa)

p.

21-22

Société des

Études

Océaniennes

�—

les
15 y

167

—

signes pascuans reproduits par Jaussen et Pietrovski :
sont représentés.

Il convient de tenir

compte :

seulement 15 tablettes de Rapa-Nui sont parvenues
jusqu'à nous et qu'un grand nombre de signes ont été vrai¬
semblablement perdus ;
2° que les signes ont été de plus en plus stylisés par les
artistes marquisiens pour des motifs d'ornementation;
3° qu'enfin l'étude de ces signes ne fait que commencer et
qu'elle repose seulement sur un très petit nombre de pièces.
La question se pose de savoir comment les Marquisiens
purent avoir connaissance des idéogrammes découverts à
1° que

l'île de Pâques.

Tepano Jaussen (in op. cit.) nous informe qu'en 1864 trente
générations s'étaient succédées depuis l'arrivée à Rapa-Nui
du premier maori, Iloatumetua avec deux pirogues. Or les
légendes marquisiennes rapportent que Atea et sa femme
Atanua vinrent de l'île Vavau (archipel des Tonga) à NukuHiva 88 générations avant 1800, année où régnait à Taiohae
Keatanui, grand-chef des Teii.
Les migrations polynésiennes s'effectuaient d'île à île, par
petits groupes de pirogues, progressant toujours davantage
vers l'Est ou le Sud-Est à mesure que les ferres découver¬
tes recevaient des habitants.
Les maoris qui abordèrent à l'île de Pâques y parvinrent
quand les Marquisiens étaient déjà depuis prés de soixante
générations installés sur l'archipel nuku-hivien.
Il est possible qu'au cours de leur migration les gens de
Rapa-Nui firent un séjour plus ou moins prolongé chez les
Marquisiens auxquels ils enseignèrent leur écriture si toute¬
fois ceux-ci ne l'ont pas importée eux-mêmes de leur loin¬
taine patrie asiatique.

Il convient

d'ajouter qu'à Rapa-Nui comme

aux

Marquises

spécialisés connaissaient l'art de l'écriture
et du tatouage qu'ils se transmettaient de père en fils, for¬
mant une caste fermée et très honorée. Les manants igno¬
raient la signification des figures dont le secret était jalou¬
sement gardé.
Il est assez vraisemblable que lors de l'arrivée des Euro¬
péens aux Marquises à la fin du XVIIIe siècle, les "tuliuka

seuls des savants

Société des

Études Océaniennes

�—

-168

—

paiu tiki" pratiquaient encore cette écriture évoluée et sty¬
lisée mais gardèrent farouchement le secret de sa significa¬
tion, secret qui fut perdu à la mort du dernier spécialiste.
Depuis, les tatoueurs continuèrent à s'en inspirer à la fa¬
çon d'un de nos ouvriers parisiens qui ornerait un panneau
d'écriture chinoise ou arabe tout en ignorant la valeur des
signes représentés. La fantaisie individuelle déforma les
idéogrammes primitifs, les relia entre eux, nous en donnant
une représentation très défigurée et sans qu'aucune signifi¬
cation scripturale puisse leur être attribuée.
Docteur Louis

ROLLIN,

Membre Correspondant du Muséum National
d'Histoire Naturelle de Paris.

Société des

Études

Océaniennes

�—

169

—

NOTE

Sur la

découverte, à Tahiti, de Fours indigènes (Umu)
entourés d'ossements humains.

(A défaut de livres et d'inscriptions, il
Fustel
En Janvier

reste le sol).
Coulanges.

nous

de

1946, les travailleurs de M. E. Bordes, Chef du

district d'Afaahiti, creusaient une tranchée destinée à
installation hydraulique, dans la vallée de Rarouri (1).
Sous

une

couche d'environ 50

cms

une

de terre, les ouvriers

mirent à découvert 5 Fours Tahitiens

(Umu) de différentes
grandeurs, entourés d'ossements humains, représentant 7
à 8 squelettes.
Malheureusement, les travailleurs ne virent pas l'intérêt
que pouvait présenter cette trouvaille ; ils détruisirent com¬
plètement les deux premiers fours; quant aux ossements
humains, M. E. Bordes fit décemment enfouir dans une fosse
creusée à cet effet ceux qui avaient résisté au contact des
pelles et des pioches.
Lorsque nous vînmes voir l'état des travaux, il ne restait
que trois fours, dont un que la tranchée avait coupé parla
moitié, laissait paraître des ossements affleurant.
Nous entreprîmes immédiatement de dégager avec pré¬
caution la terre qui recouvrait ces restes humains, mais leur
grande fragilité nous fit ajourner ce travail.
Nous revînmes les jours suivants, et c'est en imprégnant
les ossements de paraffine fondue, à mesure qu'ils appa¬
raissaient, que nous réussîmes à dégager la moitié posté¬
rieure d'un thorax d'enfant, les os des bras, et deux crânes
d'adultes, dont l'un semble avoir été défoncé par un coup
très violent asséné

en travers

de la base du

nez.

Les fours ont été creusés dans cette roche

(2)

argileuse, très

très compacte et homogène, ne contenant pas ou
de pierres et qui constitue la plus grande partie du

tendre,
peu

(1) Peut.-cire autrefois ; "liaroooim'" : (lieu Pas (et) Sombre.
(2) Nous espérons qu'il se trouvera un spécialiste pour consacrer
de

aux

ossements recueillis et

transportés

Société des

au

Études

Musce de Papeele),

Océaniennes

une

élu¬

�—

170

—

le nom de "Mamu".
d'argile qui se trouve immédiatement sous le
dépôt de charbon de bois, marquant la base du four, a pris
cette couleur rouge clair caractéristique que lui donne la
sous-sol de Tahiti où on la désigne sous
La bande

cuisson.

pierres qui ont ser¬
dégagée par la charge de bois :
certaines sont agglutinées, partiellement enrobées par une
sorte de laitier formé par des roches plus fusibles.
Plusieurs Indigènes, après avoir examiné les restes de
charbon de bois, ont cru pouvoir certifier que le bois em¬
ployé pour chauffer ces fours avait été de l'Aito (Casuarina
Equisetifolia) (1).
Au-dessus des trois premiers fours et des ossements qui
les entouraient, s'étendait une couche d'environ 50 cms de
terre noire contenant des petits galets et des morceaux de
A l'intérieur des

fours, se trouvent les

vi à accumuler la chaleur

corail.
A

ne

considérer que la terre, ce dépôt alluvial pourrait
un des multiples exemples de l'exhaussement du

sembler

pied des collines par des apports dûs aux ruissellements des
pluies sur les pentes et s'expliquerait de lui-même ; mais
la présence de morceaux de corail dans les sédiments ré¬
clame une autre justification.
Avant de proposer une explication,
brièvement le site de Rarouri :

il convient de décrire

vallée, à proximité de la mer, à droite, en
regardant vers la montagne : un bouquet de gros ora (Ficus
Prolixa, (2), d'où part la grande arête rocheuse, aux parois
L'entrée d'une

(1) L'Aito ou Toa est un bois très dur. dégageant une grande chaleur. Il était
la guerre, dont les "TU'' étaient sculptés dans son bois.
L'Aito servait encore à l'aire les armes et les maillets à battre le " Tapa".
(cf Tcuira Henry (Ancient Tahiti, p. ol). Le héros d'une légende lahilienne
fixe un rendez-vous "«à l'époque où les fourmis s'assemblent au pied de l'Aito"
(pour manger les innombrables petites fleurs qui tombent autour du tronc).
(2) Le Ora est une variété de Banian dont les racines adventices servaient
à faire un très beau Tapa. Le Ora est un arbre prestigieux. Les Tahitiens lui
attribuaient une origine lunaire : Hina habitait la lune, dans un grand Ora,
dont on peut voir le feuillage se détacher sur le disque de la lune lorsqu'elle
est pleine. Un jour Hina, de son pied, brisa une racine du Ora, celle-ci tom¬
ba sur la terre à llaiatea, et de là proviennent tous les Ora de Tahiti.
consacré à Oro, dieu de

Société des

Études Océaniennes

�—

verticales, qui monte

vers

171

—

la crête

; sur

les premiers

treforts de cette arête, à l'intérieur de la vallée

:

une

con¬

petite

terrrasse

sur
laquelle gisent ou se dressent, éparses, 5 gros¬
pierres semblant de petits Menhirs, mais qui provien¬
nent simplement d'un effondrement de l'arête rocheuse.
A une quinzaine de mètres de cette térrasse, en contre¬
bas, près de la rivière, et grossièrement alignés suivant
l'axe de la vallée : les cinq fours. Les trois premiers, ense¬
ses

velis

sous une

couche de décombres et d'alluvions, étaient

entourés d'ossements humains; les deux derniers, à fleur
de

terre, n'étaient accompagnés d'aucun vestige, ceux-ci
protection, ont été dispersés et détruits par les intem¬

sans

péries. (1)
Recherchant l'origine du corail trouvé dans les sédiments,
été amenés à

faire, sur la terrasse, une série de
sondages, qui ont révélé l'existence d'une couche étendue
de corail, marque évidente d'une habitation.
Celte terrasse se trouvant actuellement en partie encom¬
brée par les grosses pierres provenant de l'arête rocheuse,
nous avons été amenés à penser que cet éboulement. était
peut-être plus récent que la construction des fours, que c'é¬
tait peut-être cet éboulement qui avait mis brusquement un
nous avons

terme à leur

utilisation, détruisant l'habitation et

vrant, d'éboulis la terrasse

et les

recou¬

trois

premiers fours. En¬
pluies aurait tassé et nivelé ce
manteau de décombres et d'alluvions, grâce auquel ces ves¬
tiges sont parvenus jusqu'à nous.
La texture de la couche de sédiment et la fragilité des
ossements, nous portent à croire que ces vestiges remon¬
tent à plusieurs siècles.
D'autre part, la disposition des ossements, auteur des
fours, au niveau même qui a été celui du sol au moment de

suite, le ruissellement des

(1) Nous avons récemment examiné à 'faillira, un Irès grand four (6 mètres
de diamèlrei. Il a été construit au milieu d'une plaine et garnie de pierres
apportées de la rivière voisine (environ 8 m3 de pierre). Ces pierres couver¬
tes de mousse ont repris l'aspect de leur innoncence première et n'attirent

qu'un regard prévenu. Ce vieux four est connu de tous les anciens du district,
mais personne ne pourrait dire pour la cuisson de quels aliments il a été cons¬
truit : aucun éboulement n'étant venu protéger les reliefs, ceux-ci ont été ra¬
pidement disséminés cl anéantis.

Société des

Études

Océaniennes

�—

leur

172

—

activité, le désordre de ossements et

l'absence com¬

plète d'ossements d'animaux, tout cela nous porte à croire
qu'il s'agit de restes de repas cannibales.
Nous formulerons donc sur Rarouri l'opinion suivante:
« Rarouri nous présente les vestiges d'un lieu dé réunion
et de festins anthropophages datant de deux ou trois siè¬
cles.

»

(1)

C'est le moment de nous

rappeler la devise des

Archéo¬

logues : «Celui qui a vu un monument n'en a vuaucun ;
celui qui en a vu mille en a vu un ». (2).
Le fait sociologique isolé reste incompréhensible ; c'est
une monstruosité ou un faux. Au contraire, réintégré dans

grande famille de faits semblables, il s'éclaire et prend
sa signification.
Nous allons donc chercher à dépeindre brièvement la

une

toute

grande famille de faits à laquelle

appartiendrait Rarouri. (3)

II
Tarde

a

fait remarquer que

.

les Archéologues font de

sociologie pure, parce que, les Individus exhumés par
eux leur étant impénétrables, et les œuvres de ces morts,
vestiges d'idée et de besoins archaïques, se prêtant seules à
leur examen, ils entendaient en quelque sorte, la musique
du passé sans être influencés par le spectacle de l'orches¬
tre ..." (4)
En ce qui nous concerne, nous devons nous féliciter de ne
pas être contraints de voir "l'orchestre" qui nous eut rem¬
pli d'une horreur incompatible avec la calme comtemplation
indispensable au Sociologue.
la

(1) Outre que nous ignorerons probablement toujours l'exacte identité des
Itarauri, de toute façon, il ne saurait en résulter aucun discrédit

convives de

les Tahiliens d'aujourd'hui.
L'anthropophagie est un fait universel dans l'histoire de l'humanité et tous
les peuples, à un moment de leur évolution ont vu des groupes plus ou moins
importants s'adonner au cannibalisme sous une forme ou sous une autre.
(2) Edouard Gerhart "Monumenlorum qui unum vidit, nullum vidit. qui mille
vidit, unum vidit".
(3) Nous n'avons pas la prétention de dresser un tableau complet de l'an¬
thropophagie dans le Pacifique, nous voulons seulement rappeler quelques
faits qui aideront à situer le problème qui nous occupe.
(4) Tarde, "Lois de l'imitation" p. 100.
pour

Société des

Études

Océaniennes

�—

Il

nous

reste "la

173

—

musique du passé " musique assez sau¬
ancienneté doit nous permet¬
ainsi de comprendre.

vage il est vrai, mais que son
tre d'écouter sans passion et
Il y a une

vingtaine d'années, à Tahiti, en coupant un nou¬

tracé de la route, près de la limite Mataiea-Papeari, les
travailleurs mirent au jour un grand iour tahitien entouré de
veau

nombreux, ossements humains.
Le surveillant

des travaux, M.Keans, ne comprit pas

portance de celle découverte ;
(1).

l'im¬

il laissa démolir le four et fit

réenterrer les ossements
Mme Teuira
avec

Henry parlant des accords

les Chefs des Tuamotu, nous

passés par Pomare

dit qu'il fût convenu d'in¬

l'anthropophagie, mais, ajoute-t-elle, «... il fallut
venir complètement à bout » (2).
Nous en avons une preuve dans l'histoire du naufrage de
la " Sarah Ann
En 1856, cette goélette s'échoua sur l'îlot
de Temalangui, les Membres de l'équipage et les passagers,
dont une femme et plusieurs enfants, furent capturés par les
Indigènes et mangés. Le Gouvernement français fut obligé
de déporter les habitants de cette île, afin d'éteindre ce foyer
terdire
du

temps pour en

de cannibalisme

(3).

Marquises, le Dr Rollin nous dit que «les derniers
cannibals eurent lieu en 1867 à Nuku-Hiva et en 1879 à
Hiva-Oa, tout au moins officiellement (4).
C'est en Nouvelle-Zélande, vers 1880, que M. Angas (5)
nous décrit le Pah Maori de Waitahanui en des termes qui
conviennent étrangement à Rarouri : «... des fours où la
chair humaine avait étécuite en tas, était encore là avec les
pierres ... noircies par le feu et ici et là un crâne désséché
Aux lies

repas

blanchissant

au

soleil

...

».

(!) Ce fait nous a été rapporté par M. Alexandre Drollel, qui habite le voi¬
sinage.
(2) Teuira Henry, Àncient Tahiti, p. li t "... it look lime to stop it allo-

gelher".
(3; Dans le i\° 87 de ce Bulletin, M. Bcy-Lcseure a
plusieurs expéditions qui recherchèrent les disparus.
(4) Dl Rollin. "Les îles Marquises", p. 175.
(5) "Wood the uncivilised races of men", p. 831.

Société des

publié les rapports de

Études Océaniennes

�—

474

—

Capitaine d'Entrecasteaux passa en NouvellePérouse, il se trouva un jour
en face d'un Indigène qui mangeait un morceau de chair rô¬
tie qu'il reconnut comme appartenant au corps d'un enfant;
l'Indigène, interrogé ne fit aucune difficulté pour reconnaître
Lorsque le

Calédonie à la recherche de La

le fait,

(1).

Enfin, c'est aussi en Nouvelle-Calédonie que
tume suivante nous est signalée par le même

l'étrange cou¬
auteur:

combat entre tribus, les Indigènes Néo-Calédoniens confiaient aux femmes les corps des ennemis tués.
Celles-ci les préparaient à l'aide d'un couteau de serpentine
appelé "Nbouet" et d'une sorte de fourche faite d'os hu¬
mains, puis, nous dit Wood : « ... ils étaient cuits sur le four,
entiers, et les femmes se faisaient un point d'honneur de les
«

Après

un

présenter au festin

assis et revêtus de tous leurs

attributs

guerriers » (2).
Les Iles Fiji, bien qu'abondamment pourvues en aliments
de toutes sortes, ont été la terre de prédilection de l'anthro¬
pophagie. Un Roi Fijien, que son appétit avait fait surnom¬
mer " le bassin aux tortues " avaiteoutume de déposer une
pierre (3) près de sa maison chaque fois qu'une victime hu¬
maine faisait les frais de sa table ; à sa mort on en compta
près de 900. La fourchette spéciale dont il se servait dans
ces occasions avait un nom qui signifiait " petite qui porte
une grosse charge ". Une tradition fijienne veut que l'origine
de l'anthropophagie dans ces îles ait été l'arrivée de deux
étrangers jetés sur la côte par la tempête : bien reçus, ces
nouveaux venus offensèrent leurs hôtes de mille façons et
furent bientôt une cause de trouble dans l'île. Les Prêtres in¬
digènes décidèrent de venger ces offenses en les faisant tuer
et manger par le peuple. Ayant goûté de cette nourriture,
les Fijiens n'auraient pu s'en passaient par la suite. Le Roi
et ornements

de

(!) Wood, op. cit. il 886.
(2) Ihid. 11 885.
(3) Il csl curieux de rappeler à ce sujet la coutume des Thraces, de dépo¬
ser chaque soir, dans une urne, un petit gravier blanc si la journée avait été
heureuse, et un noir si elle avait été malheureuse ; à la mort, la famille fai¬
sait l'inventaire et en tirait des présages. Réf. Pline VII 131, cité par Dot tin
"Anciens Peuples de l'Europe" p. 160.

Société des

Études

Océaniennes

�—

Thakombau, converti au

175

—

Christianisme, était allé en canot

district de son domaine, il y fut reçu suivant la
tradition, on le fit défiler entre deux rangées de pieux aux¬
visiter

un

quels étaient suspendues, par les pieds, des victimes pro¬
posées à son choix : hommes, femmes et enfants. Incapable
de résister à pareille tentation, Thakombau toucha de sa
massue les sujets les plus à son goût. Ceux-ci furent mis à
mort et couchés dans les fours (1).

prolongée considérable¬
(2). mais elle est, croyons-nous, suffisante pour rappe¬
ler combien l'anthropophagie était une coutume largement
répandue dans le Pacifique, il y a seulement quelques siè¬
cles, et c'est, dans cette ambiance qu'il faut nous placer pour
interpréter les vestiges de Rarouri.
Cette

énumération aurait pu être

ment

III

Il

Montaigne a dit substantiellement « ...
y a
barbarie à cuire un homme et le manger lorsqu'il

qu'à le torturer

moins de

est mort,

lorsqu'il est vivant » (3).

plus

Réconfortés par cette parole, nous allons pénétrer
avant dans ce sombre sujet: il nous faut maintenant recher¬
chera

quelle classe d'anthropophage
fours de Rarauri.

appartenaient les cons¬

tructeurs de

Si

l'anthropophagie: « La manducation
il reste encore que l'on
distinguer cinq grandes classes d'anthropophages, sui|

nous

définissons

de la chair

peut

humaine par l'homme »,

(1) Wood 11, p.

945.

(2) Bien que la portée de cette note ne pourra pas permettre, en principe,
de sortir du Pacifique, nous ne pouvons omettre de citer M. Déchelette au su¬
jet de l'abri sous roche de Krapina en Croatie : 3... il était rempli de dépôts
lluviatiles et d'éboulis de parois. Ces alluvions recelaient plusieurs foyers con¬
tenant des cendres... les restes humaines comprennent des fragments de 10
à 12 crânes et plus de cent fragments isolés,., certains ont été recueillis dans
les cendres et sont calcinés. On a conclu que ces foyers contenaient les res¬
tes

p.

de repas

cannibales ; (Cf Déchellctte Manuel

109.
(3) Montaigne. Essais 1

d'Archéologie Préhistorique,

.

Société des

Études

Océaniennes

�vant l'attitude

d'esprit qui accompagne cette
suivant le contexte mental du convive (1).
A

manducalion,

L'anthropophage " sans le savoir
l'Homme qui, à
de la chair humaine.
11 y a dans le folklore tahitien une légende qui illustre ce
cas, c'est l'histoire de Taarei et de Tepua : Taarei voyait avec
désespoir l'affection de sa femme Tepua se détourner de lui
au profit d'un de leurs amis.
N'ayant plus de doute sur son
malheur, il convia l'ami à une partie de pêche puis l'emme¬
son

na

-

insu mange

chercher des féi.Là, dans le creux d'une vallée, il le tua,
couteau de

bambou, il mutila son corps, puis enrou¬
prélevé dans une feuille de Taro,il
revint chez lui. A côté des féi et des poissons, il
plaça dans le
four le paquet enveloppé de feuilles de Taro et, quant tout fut
cuit, il l'offrit à sa femme comme étant son poisson favori :
sans méfiance tout d'abord, elle reconnut ensuite la nature de
sa nourriture et comprenant ce
qui était arrivé, elle partit
en se lamentant à la recherche du
corps de son amant (2).
avec un

lant le

B

morceau

de chair

L'Anthropophage malgré lui, l'Homme qui, contraint
parles circonstances, avec répulsion, surmontant son dégoût,
consent à manger de la chair humaine pour ne pas mourir de
faim. C'est en pensant à lui que Diogène Laerte a dit : « Il
n'y
a pas de mal à
manger de la chair humaine lorsque faute de
le faire en s'exposerait à mourir de faim »
(3).
-

(1) Toute classification comporte une part d'arbitraire : nous classons les
la couleur de leur peau et la langue qu'ils parlent. Les naviga¬
teurs de l'antiquité n'attachaient pas
d'importance à ces détails : le point dis¬
criminant pour eux était ce qui constituait la nourriture de hase d'un
Peuple.
Aussi avaient-ils divisé la terre entre Ichthyophage,
Eléphanlophages Pithékophages, Sitophages, Lotophages, etc... (Cf Victor Bérard : Les navigations
d'Ulysse IV, p. 100.
(2) On doit aussi rappeler la légende grecque de Thyeste : Thyesle"avait
gravement offensé son frère Àtrée, en séduisant sa femme, dont il eut plu¬
sieurs enfants ; puis il partit pour de longues années. Revenu à sa ville na¬
tale, il chercha à rentrer en grâces avec son frère., celui-ci feignit d'accepter
et convia Thyeste h un
grand festin. On servit des chairs succulentes et l'on
but des vins délicieux ; à la lin du
repas, Thyeste lit demander à son frère
la permission de voir ses enfants: Alrée lui lit
présenter sur un plateau les
têtes de ses trois lils en lui faisant dire : "Tu as
mangé le reste". Thyesle
accablée de désespoir et d'horreur se roula sur le
sol, rejetant des lambeaux
de chair, et le soleil épouvanté, dit l'histoire, se détourna de sa course habi¬
hommes par

tuelle.

(3) Diogène Laerte. Vilae Philosophorum,

Société des

Études

p.

64.

Océaniennes

�—

177

—

Les anecdotes illustrant ce cas sont sans nombre, dans les
histoires de guerres, de famines ou de naufrages, nous ci¬
terons seulement les naufragés de la ^ Méduse", qui, allant
à la dérive sur leur radeau, en vinrent à manger ceux
qui,
moins

résistants, mouraient les premiers.
L'Anthropophage par soumission à une observance ri¬
tuelle: que ce rite soit religieux, guerrier, funèbre, médici¬
G

nal

-

ou

vindictif.

a) Rite religieux, celui qui obligeait le Roi

ou

Prêtre Tahi-

tien à manger l'œil gauche (1) de la victime humaine offerte
en sacrifice, victime à
laquelle il s'identifiait par ce rite communiel, victime à laquelle il donnait ainsi ses lettres de créan¬
pour le dieu près duquel on l'envoyait intercéder (2).
b) Rite guerrier, en observance duquel les Hurons s'assem¬
blent par centaines pour se partager le corps d'un valeu¬
reux guerrier, dont ils ne reçoivent chacun
qu'une parcelle
destinée à leur en communiquer les mérites (3).
c) Rite funèbre, la coutume des Mayarunas de l'Amazone
(4) qui, à la mort d'un des leurs, mangent chacun la part qui
leur revient, afin disent-ils, de préserver le défunt de l'at¬
teinte des vers. Cette coutume est parfois compliquée d'exoanthropopbagie, amenant la curieuse pratique de l'échange
des morts: ils échangent leurs morts avec ceux des autres
tribus ne pouvant accepter de manger leurs parents ou com¬
ce

(5).
d) Rite médicinal, tel est le motif qui portait le Chinois de

pagnons

Pékin à boire du sang de décapité pour guérir certaine ma¬
ladie (6). Tertullien rapporte (7) que les Romains payaient

(1) L'œil gauche était considéré comme étant lé siège de l'âme.
(2) Diefl'enhach. Tiavols in New-Zealand, p. 128.
Remy Ka Moolclo Hawai
in Hawai... "après le sacrifice humain... le Peuple pratiquait une
sorte de communion en mangeant certaines parties de la victime".
(3) Wcslermarck "The Origin and devclopment ol' moral ideas" tome 11,
p. 501. L'auteur mentionne la même coutume chez ies indigènes de New
South YVales.
Wood II, p. 1073 The only cannibalisme ^Tahitians) arc
nection with war, and even in thèse occasion the viclorious
small portion ol' the dead adversary's hodv...

guilty is in con¬
party only cat a

(4) Schulz-Ilolzhausen : Dcr Amazonas ap. Westermarck op. cit
(5) Arhousset et Paumas : Expédition au cap de lionne Espérance, p. 123,
(0) Rennie ap. Westermarck. p. 564.
(7) Tertullien Apologétique IX,

Société des

Études

Océaniennes

�—

178

fort cher le droit d'entrer sur la

—

piste pour boire, à même la

blessure, le sang des gladiateurs moribonds, propre,
à

dit-il,

guérir de l'épilepsie.

ej Rite de vengeance : dans certains groupes humains
l'usage veut qu'un affront ne puisse être vengé qu'en man¬
geant la cliair de l'offenseur (1) ou d'une façon plus précise :
le cerveau de l'offenseur (2) ou son cœur (3) ou son foie (4),
etc...

L'Anthropophage proprement dit : l'homme qui mange
avec délectation et prédilection : ayant
par ailleurs à sa disposition une nourriture suffisante.
Lévy-Bruhl a écrit que : " ... l'étude comparative
de
l'infanticide, des sacrifices humains, etc... nous montre, dans
un grand nombre de sociétés, le sentiment collectif tolérant,
ou même commandant de façon catégorique des actes que
notre conscience actuelle juge" immoraux; (5)
Notre Anthropophage " proprement dit " bénéficie de cet
D

-

de la chair humaine

assentiment collectif,

il

ne

sent peser aucune

réprobation

qu'il accomplit en toute tranquillité d'esprit, Si
le Fijien dissimule son habitude aux blancs, ce n'est pas en
obéissant à un sentiment de honte, qu'il n'éprouve aucunesur un

acte

(1) Celle coutume régnait aux Fiji, où elle fut même, d'après la tradition
rapportée plus hautx l'origine de la diffusion de l'anthropophagie. On note le
même usage aux Marquises, aux Nouvelles-Hébrides, et aux Tuamotu.
Cf. Histoire de Moaeva le grand Kailo Tuamotu de Takaroa. Moaeva avait
établi sa domination en ravageant successivement toutes les îles du centre
et de l'ouest des Tuamotu : Ragiroa, Fakarava, Makemo, etc... profitant d'un
de ses voyages, dix-neuf Tini-Tagata envahirent Takaroa pour se venger des
Moaeva : ils réussirent à capturer trois de ses fils, les tuèrent et les mirent
sur un grand four... et l'on donna à chacun sa part de chair humaine. Bul¬
letin E. 0. n° 2, p. 53, II. Audran.
Celle forme de vengeance subsiste encore de nos jours sous une forme al"
tenuée, non suivie de manducation. Celte même année 1940, un Indigène de
Makemo a été convaincu d'avoir tué et mis sur le four sa propre fille qu'il
accusait d'avoir pratiquer contre lui des manœuvres de sorcellerie (Pifao).
(2) Autrefois dans certains groupes des Tuamotu : le language à conservé
le souvenir de celte coutume dans l'expression de menace ; "Toe roro !" (ta
cervelle). Ce trait nous a été rapporté par M. Alexandre Droilet, qui a vécu
longtemps aux Tuamotu.
(3) Dans certains groupes Maoris (lîcst Jour. Polvn. Sec XII 83).
(4) En Cochinchine : Von Langdorff "Voyages and Travcls..."
(5) Lévy-Bruhl. La morale et la science des mœurs) page 238.

Société des

Études

Océaniennes

�—

ment, mais par égard pour
heurter les sentiments. (1)

179

—

des étrangers dont il ne veut pas

D'autre part, il est bien établi que les Peuples chez lesquels
l'anthropophagie a pris son plus grand développement, ha¬
bitaient des terres fertiles et riches en gibier de toute sorte.
Qu'il s'agisse des Fiji (2) du Sud-Africain (3) ou du Congo
Supérieur (4), ce sont toujours des Peuples vivant facilement
qui ont poussé le plus avant l'organisation de l'anthropo¬
phagie. (5)
E
L'Anthropophage perverti : celui qui ressent vivement
le caractère odieux de son acte et qui l'accomplit précisé¬
-

ment à cause de

cela, trouvant dans l'horreur même de son

action le stimulant nécessaire pour

la perpétrer, cela dans
atmosphère de crainte, de sadisme, voire de magie.
Cette forme corrompue a donné lieu à la formation de so¬
ciétés secrètes, elle existe encore actuellement chez nombre
de Peuples dits primitifs : elle est le fruit malsain d'une pé¬
riode de transition, elle est à l'anthropophagie proprement
dite ce que la messe noire est à la religion. On doit l'appa¬
renter à ces formes d'épidémie de possessions diaboliques,
de convulsions, de mysticisme, de débauche et de suicide
qui ont été si bien écrites par le professeur Bechterew (6).
Après de rapide examen des diverses variétés d'anthro¬
pophages, retournons à RAROURI : devant le site que nous
avons décrit s'étend une mer très poissonneuse, en arrière,
vers la montagne, une riche vallée, fertile, bien arrosée, où
jamais n'ont dû manquer les bananes, les fei, ni les cochons,
pour peu qu'on ait pris garde.
Rien ne permet de soutenir que les habitants des parages
une

(1)
(2)
(3)
(4)

Wood Op. cit. Passim.
William et Calvcrt "Fidji".
Layland "Two Irips to Cerilla Land" ap. Wcstermarck.
Coquilhat "Sur le Haut-Congo".
(5) L'antropophagic proprement dite trouverait son terrain de prédilection
dans les sociétés "au seuil de la civilisation".
Etant

ples déjà

un

luxe alimentaire

assez

développés

on

conçoit qu'elle n'apparaisse que chez les peu¬
être capables d'une semblable "recherche"

pour

dans leur nourriture.

(6; Bechterew, la suggestion et

Société des

son

rôle dans la vie sociale.

Études

Océaniennes

�—

180

—

de RAROURI aient pu se trouver

contraints de manger de la
éviter de mourir de faim. (1)
D'autre part, les constructeurs des fours de RAROURI
n'étaient pas des gens de passage, relâchant quelques jours
sur un point de la côte, le temps de faire un bon repas: la
multiplicité des fours et teur variété suggère impérativement
des visites réitérées pour des festins d'inégale importance.
Enfin, seuls des habitants du lieu auraient pu s'imposer le
travail de construire une terrasse que surmontait évidem¬
ment un abri, (2)
Nous croyons donc que les hôtes de RAROURI étaient des
anthropophages " proprement dits", qui, bien que suffisam¬
ment pourvu de nourriture, ne perdaient pas l'occasion,
lorsqu'elle se présentait (3) de se réunir sur les lieux décrits
pour prendre part à un festin de chair humaine en toute can¬
deur et tranquillité d'esprit, avec une primitive et sauvage
innocence. (4)
chair humaine pour

(i) Cela a pu être le cas pour des groupes de "Manahune" cantonnés dans
la haute montagne, et qui, la nuit, au péril de leur vie, venaient prendre de
l'eau de mer, dans des cocos vides, pour assaisonner leur nourriture.
(2; Il ne faudrait pas conclure que tous les Tahilicns d'autrefois ont été an¬
thropophages : les explorateurs et ethnologues sont unanimes il signaler cette
particularité du cannibalisme de n'affecter que certains groupes au sein même
de peuples qui d'autre part professent la plus grande aversion pour cet usa¬
ge.

Livingstonc dans son "Last.Tournais" mentionne ce fait au sujet de plusieurs
peuples de l'Afrique et Schweinfurlh plus particulièrement pour les NiamNiam ; concernant les Fiji le Dr Seemann cite la ville de Nakelo où la chair
humaine était "Tabu" et dont la population manifestait une grande horreur
du cannibalisme qui se trouvait ainsi exclusivement réservé à l'usage de quel¬
ques chefs.
(3) Rarouri est proche de la limite du district d'Afaahiti-Pucu, ces deux
districts étaient toujours en guerre, repoussant la limite tantôt d'un côté, tan¬
tôt de l'autre. Ces guerres n'allaient pas sans faire des victimes : proies tou¬
tes désignées pour les fours de Rarouri.
(4) On a souvent noté, chez les peuples adonnés à l'antropophagie, l'usage
de préparer leurs festins dans des lieux plus ou moins caché d'où femmes et
enfants étaient rigoureusement prescrits. On a parfois cherché à donner un
caractère mystérieux voire religieux ou magique à cet aspect "fermé" des réu¬
nions cannibales. Une étrange survivance, constatée encore de nos jours, aux
Tuamolu jette sur ce point une lumière très différente.
Les indigènes des Tuamolu sont très friandes de la chair du chien, lorsqu'il
veulent en manger un, ils se gardent bien de le faire cuir à leur foyer habj-

Société des

Études

Océaniennes

�—

181

—

On s'est souvent demandé ce qui avait poussé
l'anthropo¬
phagie des peuples habitant des terres fertiles et bien pour¬
vues en poissons et en gibiers.
A Fatuna (1) une tradition veut que le cannibalisme soit
apparu à l'occasion d'une grande tempête qui provoqua la
iamine : mais il se répandit tellement que les guerres ne
suffisant plus à fournir des victimes, les hommes s'entretuèrent

sein même des tribus pour se manger.
nous avons vu plus haut une tradition semblable.
Mac Donald (2) prétend que le cannibalisme prendrait
Aux

au

Fiji,

naissance à l'occasion d'une famine à
L'écrivain arabe Abd-AUatif décrit

laquelle il survivrait.
en ces

termes la ter¬

rible famine

qui s'abattit sur l'Egypte en l'an 1200 : « Le
cannibalisme apparut deci-delà, provoquant la réprobation
et l'horreur, puis, peu à peu, il obtint le droit de cité. Le
commerce

et la cuisson de la chair humaine le fit ouverte¬

ment et la famine avait

ches entretenaient
curer

goût

à leur table

point de

depuis longtemps cessé que les ri¬

des assassins à gages pour pro¬
nourriture à laquelle ils avaient pris

encore
une

plus pouvoir s'en passer. » (3)
peuplé, des guerres incessantes
obligeaient sans cesse tel ou tel groupe à se retirer dans un
refuge de la montagne ; d'autre part, la navigation d'île en
île était assez hasardeuse. Enfin, les tempêtes et
cyclones
sont fréquents dans cette région ; il est donc très probable
que beaucoup d'anciens habitants de Tahiti se trouvèrent
un
jour ou l'autre poussés, par la nécessité, à se nourrir de
au

ne

L'ancien Tahiti était très

chair humaine.
Il arriva alors pour ce

qui s'était déjà produit pour d'autres :
prit goût au remède, il continua le traitement long¬
temps après la guérison et la famine disparue, la guerre terle malade

tuel, près de leur case, s'ils faisaient ainsi, disent-ils, le repas fini, ils auraient
encore

faim".

Ils

partent donc dans la brousse, en secret, et ainsi à l'abri des invités in¬
désirables, ils se partagent entre peu de convives cette friandises qu'est au¬
jourd'hui pour eux un chien et qu'à pu être, en d'autres temps, un homme.
(1) Percy Smith "Fatuna".
(2) Mac Donald "Océania", p. 196.
(3) Abd-Allatif. Relation de l'Egypte, p. 366, ap. VVestermarck II, 577.

ici

�482

—

minée,

les naufragés sauvés... on a continué par luke et par
goût ce qu'on avait commencé par nécessité et peut-être
avec

aversion.

Nous terminerons

en

livrant à la méditation de chacun les

paroles d'un chef anthropophage de Nouvelle-Bretagne rap¬
portées par Powell : « Celui qui a une fois goûté de la chair
humaine, trouvera très difïieilé de s'en abstenir par la
suite.

»

(1)

(1) Powell "Three

»

years among

Société des

the cannilials of New-Britlain",

Études

Océaniennes

�183

—

—

@313
Observations

météorologiques

en

montagne*

A 650 mètres d'altitude, sur un des pitons qui dominent Papeete et qui forment les premiers contreforts du "Pic Vert",
a été installé en juin 1938 une
petite station météorologique
composée d'un abri type anglais analogue, en tous points,
à ceux qui sont en service dans les autres stations du ré¬
seau météorologique des Etablissements français del'Océa-

nie.
Dans cet abri

nous avons

placé

:

1 thermomètre à maxima TONNELOT.
1 thermomètre à minima TONNELOT.

2 thermomètres-fronde formant
1 thermomètre

psychromètre.
enregistreur RICHARD.

La série d'observations commencée le 1er

juillet 1938 fut
interrompue les premiers jours de mars 1939 à la suite d'un
accident matériel. En août 1910, nous avons pu remplacer
le thermomètre enregistreur par un thermo-hygromètre en¬
registreur, et une série de relevés de la température et de
l'humidité put être effectuée jusqu'aux premiers jours de
janvier 1941. A ce moment-là, faute de personnel, nous dû¬
mes renoncer à poursuivre nos mesures. Mais telles qu'elles
sont, nos observations permettent de procéder à une com¬
paraison de la température et de l'humidité de l'air entre
la Station du "Faiere" et celle du "Pic Vert". Les

diagram¬
enregistreurs ont été changés très régulièrement;
les corrections nécessaires ont été déterminées d'après les
indications fournies par les instruments étalons. En fait, on
peut considérer que les mesures effectuées à la "Cote 650"
mes

des

conditions absolument compa¬

ont été exécutées dans des

rables à celles

qui ont lieu quotidiennement.à l'Observatoire

du "Faiere",
#

Société des

#

#

Études

Océaniennes

�184

—

—

Dans

ce qui suit nous donnons, pour chaque mois et par
décades, les résultats des observations faites simultanément

et dans les mômes conditions

TABLEAU I.

-

Observations

Juillet 1938

Août 1938

Septembre
1938

Octobre
1938

Novembre
1938

Décembre
1938

Janvier
1939

Février
1939

juillet 1938

au

au

"Pic Vert".

Stations du "Faiere" et

aux

28 février 1939.
T empérature

Température minima

Dé¬

cades

"Faiere" et

thermométriques

du "Pic Vert" du 1er

Mois

au

Faiere

Cote 650

1

21.0

18.7

2

20.8

18.6

3

20.1

17.6

2.5

1

20.9

18.1

2

20.4

18.0

3

20.4

17.0

Ecart

maxima

Faiere

Cote 650

Ecart

2 3

30.3

26.1

4.2

2.2

30.4

26.7

3.7

29.9

25.5

4.4

2.8

30.9

26 5

4.4

2.4

30.1

25.6

4.5

3.4

29.5

24.2

5.3
4.8

1

20.4

16.9

4.0

30.1

25.3

2

21.0

17.4

3.6

31.1

25.6

5.5

3

20.9

17.7

3.2

31.6

26.1

5.5

1

21.4

18.2

3.2

32.3

27.1

5.2

2

21.5

18.1

3.4

32.4

28 0

4 4

3

22.0

18.4

3.6

32.9

26.7

6.2

1

21.5

18 1

3.4

31.9

25.7

6.2

2

21.9

18.9

3.0

30.2

25.6

4.6

3

21.9

18.9

3.0

29.5

25.1

4.4

1

22.1

19.5

2.6

30.7

26.6

4.1

2

21.6

19.4

2.2

31 4

29 5

1.9

3

22.2

19.9

2.3

32 6

29.0

3.6

1

2.1

22.0

19.7

2 3

32.2

30.1

2

22.0

19.7

2.3

31.6

26.2

5.4

3

22.9

20.4

2.5

32.8

28.3

4.5

4.8

1

21.9

18.8

3.1

32.0

27.2

2

X

X

X

X

X

X

3

22.0

18.8

3.2

30.5

27.0

3.5

Société des

Études

Océaniennes

�185

—

TABLEAU II.

-

Observations thermométriques aux Stations du "Faiere" et
Vert", du 1er août 1940 au 31 décembre 1940.

-

du "Pic
Mois

Dé¬

cades

Septembre
1940
Octobre
1940

Novembre
1940
Décembre
1940

Températures maxima

Faiere

Cote 650

Ecart

Faiere

Cote 650

Ecart

21.2
20.7
22.0

19.8
18.4
19.1

1 4
2.3
2.9

28.5
26.2
26.1

25.8
23.6
22.7

2.7

17.0
19.4
18.0

2.2
1.8
3.3

27.0
30.0

3

19.2
21.2
22.2

23.3
26.2
22.5

3.7
3.8
5.6

1

20.2

25.5

22.4
22.1

18.8
20.7

28.6

2

30.0

26.1
24.7

3.1
3.9
4.5

1

Août 1940

Températures minima

2
3
1

2

3
1

2
3
1
2

3

28.1

2 6

3.4

20.1

1.4
1.7
2.0

22 6
22.7
22.4

20.7

1.9

30.6

21.2
20.6

1.5

30.6
30.1

25.4
27.3
26.2

5.2
3.3
3 9

23.6
22.8
23 1

21.1

2.5

30.0

24.3

5 7

20.7

2.1

29.4

4.2

20.9

2.2

31.0

25.2
24.9

1.8

29.2

5.1

TABLEAU III.- Observations hygrométriques aux Stations du "Faiere" et
du "Pic Vert" du 1er août 1940 au 31 décembre 1940.
Mois

Août 1940

Septembre
1940

Octobre
1940
Novembre
1940

Décembre
1940

Dé¬

cades

Humidité minimum °/0

Humidité maximum °/0

Faiere

Cote 650

51
56

59

8

67

59

2

51
51

11

3

64

62
72

1

60
61
59

59
66
70

1
5
11

93
88

54
55
57

67

13
9
9

89
88
91

93

64

94

4
6
3

13
10
6

89

95
94
94

6
6
4

1
2
3
1

2
3
1

2
3

2

64
64

3

63

1

Faiere

Cote 650

11

84
86

75

16

90

93
91
95

62

11

80
85
92

91
93
94

90

93
93
93

66
77

74
69

Société des

Ecart

8

Études

88

90

Océaniennes

94

Ecart

9
5
5

11
8
2

3
0
5

�-186

—

Si

considère les moyennes des mois les plus chauds et,

on

celles des mois les
vante

—

plus frais on établit la comparaison sui¬

:

Minimum

Maximum

Mois
Faiere

Cote 650

Ecart

Faiere

Cote 650

Ecart

Juillet 1939

20.6

18.3

2.3

30 2

26.1

4.1

Août 1939

20.6.

17.7

2.9

30.2

25.4

4.8

Décembre 1939

22.0

19.6

2.4

31.6

28.4

3.2

Janvier 1939

22.3

19.9

2.4

32.3

28.1

4.2

Décembre 1940

23.2

20.9

2.3

30.0

24.8

5.2

Et enfin, pour
tion

1°/

on

l'ensemble des deux périodes d'observa¬

trouve que :

pour

le minimum, la différence entre le ''Faiere" et la

"Cote 650" est de

2°/

pour

:

2°7 ;

le maximum, la différence entre le "Faiere" et la

"Cote 650" est de

:

4°4.

Papeete, le 20 octobre 1945.
J. GIOVANNELLI.

Ingénieur-Météorologiste.

-

Société des

Études

Océaniennes

�187

—

—

€©S3S,3!Sf&gt;©£rojl5W€B
esaeç

Monsieur de

Monlezun, Président de la Société d'études
océaniennes, a reçu de M. Ropiteau, frère d'André Ropiteau noire regretté membre à vie, la lettre suivante qu'il
s'empresse de communiquer aux sociétaires.
Meursault, le 31 octobre 1945.
Monsieur,

Le Révérend Père Patrick

O'Reilly me dit votre désir de
la Société d'Etudes Océaniennes de Tahiti un
exemplaire de la notice qu'il a consacrée à mon frère André
Ropiteau.
Je suis sûr que nulle part mieux qu'à Tahiti, et dans vo¬
tre chère société son souvenir sera mieux gardé-comme
vous l'avez vu dans cette notice
jusque dans les dernières
recevoir pour

-

semaines de
ses

sa

vie, André était demeuré océanien de

toutes

fibres.

Il dort maintenant roulé dans
terre de Lorraine

son

pareo

-

dans cette froide

et

j'ai voulu qu'un collier de fleurs l'en¬
tourât- pour cette fête de la mort où il est allé en guerrier.
Puis-je vous demander d'être auprès de ses amis notre
interprète à ma mère et à moi et de les assurer de notre
très profonde amitié à laquelle je me permets de vous as¬
-

socier.

ROPITEAU.

Société des

Études

Océaniennes

�.

g|!

m

-

.

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Société-des Etudes Océaniennes

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m

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.

�Les articles
teur

a

publiés dans le Bulletin, exceptés ceux dont l'au¬
ses dioits, peuvent être traduits et
reproduits,
expresse que l'origine et l'auteur en seront men¬

réservé

à la condition

tionnés.

la

Toutes communications relatives au Bulletin, au Musée ou à
Société, doivent être adressées au Président. Boîte no,

Papeete, Tahiti.
Le Bulletin est
Prix de

ce

envoyé gratuitement à tous

ses

Membres.

numéro

10

Cotisation annuelle des Membres-résidents

40

Cotisation annuelle des Membres résidant

en

français

fr.

»

francs.

pays
50 francs.

Cotisation annuelle des

étrangers

3

dollars.

SOUSCRIPTION UNIQUE.
'

Membre à vie résidant

France

en

Membre à vie résidant à

ou

dans

ses

colonies. 500

l'Etranger, six livres sterling

fr.
ou

trente dollars.

faire recevoir Membre a vie pour cette som¬
(Article 24 du Règlement Inté¬
rieur, Bulletins N° 17 et N° 29).
Avantages de

me

versée

une

se

fois pour toutes.

i° Le Bulletin continuera

,à lui être adressé, quand bien même

il cesserait d'être Membre résidant à Tahiti.

Le Membre à vie n'a

plus à se préoccuper de l'envoi ou du
paiement de sa cotisation annuelle, c'est une dépense et un souci
•2°

de moins.
I£ii

conséquence: Dans leur intérêt et celui de la Société,

sont invités à devenir Membre à vie:

TOUS CEUX qui, résidant hors de Tahiti, désirent recevoir le
Bulletin.

TOUS LES

jeunes Membres de la Société.

TOUS CEUX qui,

quittant Tahiti, s'y intéressent quand même.

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        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Littérature et Folklore - Ru a Kipo (pei mangarévien) (par Nicolas Mordvinoff) 131&#13;
Astronomie - A propos des connaissances astronomiques des anciens Tahitiens (par Janine Laguesse) 141&#13;
Ethnologie&#13;
- Souvenirs d'escales pour aider à déchiffrer le mystère de l'île de Pâques (par Jean de la Roche) 155&#13;
- Glyptique océanienne avant l'Histoire (par Jean de la Roche) 158&#13;
- Idéogrammes marquisiens (Dr Louis Rollin) 164&#13;
- Note sur la découverte à Tahiti de Fours Indigènes (Umu), entourés d'ossements humains (par Jay) 169&#13;
Météorologie - Observations météorologiques en montagne (par J. Giovannelli) 183&#13;
Correspondance - Lettre de M. Ropiteau, frère d'André Ropiteau 187</text>
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