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1

���L'OCÉANIE

2'

SÉRIE

IN-S·

.

...

.

�PROPRIÉTÉ

DES

ÉDITEURS

��'3Z&lt;J5i

o lIS'ô

�ff��-

L'OCÉANIE
GÉOGRAPHIE, HISTOIRE,
DEPUIS

PREMIERS

LES

JUSQU'A

COLONISATION

EXPLORATEURS

NOS

JOURS

PAU

LE COMTE DE LAMBEL

DEUXIÈME EDITION

TOURS
ALFRED MAME
M

ET

FILS, ÉDITEüRS

DCCCI'lJX,Jqov
,

.

�PRÉFACE

L'Océanie, encore si peu connue, est intéres­
plus d'un titre: la nouveauté a de l'attrait,

sante à

et il y

a

bien des nouveautés dans les contrées loin­

taines dont

cinquième partie du
climat,
minéraux, la luxuriante
végétation, le règne animal, en un mot, la géogra­
phie comprise dans la plus large acception du mot,
excite la curiosité et les patientes recherches des
érudits. Mais, de toutes les questions soulevées
au sujet de l'Océanie, la plus importante est sans
contredit celle qui concerne l'histoire de ses indi­
gènes barbares, souvent cruels et anthropophages
tant qu'ils sont privés des lumières de la foi; ils
se

compose cette

monde. Là le

les

.

.

arrivent à 'de mervëilleüses transformatlôns à me­

qu'ils puisent plus abondamment
pure de la vérité religieuse.
suré

En

à la source

partout, le sauvage plongé
dans les ténèbres de l'idolâtrie est abruti par le

Océanie,

comme

�PRÉFACE

6

vice; il conserve à peine une lueur d'intelligence,
et perd quelquefois jusqu'à la notion de la pré­
voyance. « Il coupe l'arbre pour en cueillir le fruit,
dit le comte de Maistre t; il dételle le bœuf que les
missionnaires viennent de lui confier, et le fait

cuire

avec

le bois de la charrue

...

Il n'a

jamais

été civilisé que par Je christianisme. C'est un pro­
dige du premier ordre, une espèce de rédemption
exclusivement réservée
Pour

ne

au

véritable sacerdoce.

»

citer ici que deux

grands événements,
temps modernes, quand l'Évangile

empruntés aux
a pénétré dans le Canada et dans les réductions du
Paraguay, il y a opéré des prodiges. Il les renou­
velle en Océanie, et nous convions nos lecteurs à
les admirer avec nous. Après les avoir étudiés,
ils reconnaîtront une fois de plus que la condition
des individus dépend, comme celle des sociétés, de
leur fidélité aux lois divines. En préparant le bon­
heur de la vie future, cette fidélité procure ici-bas
la paix de la conscience; elle inspire l'esprit de
famille, le goût du travail, l'amour de la patrie,
le dévouement au prochain; elle suscite, en un
mot, les plus aimables et les plus héroïques vertus.
Livres à consulter

sur

l'Océanie:

propagation de la foi. mine
laquelle on ne saurait trop pui­

Les Annales de la
sûre et

féconde,

à

ser;
1

Soirées de

Saint-Pétersbourg,

tome lu.

�PRÉFACE

L'Australie

(Marne,

Les Mémoires de MI!&lt;

7

à

Tours);
Salvado;

A travers l'Océanie, par la comtesse

La Nouvelle Nursie, par dom

Drohojowska;
Bérangier (Le-

coffre) ;
La Malaisie, par Robert Russel Wallace

chette)

(Ha­

;

Les Missions

en

Océanie, par M. Maxime de

Montrond

(Mégard, à Rouen);
catholiques en Océanie (les îles Sand­
wich), par M. TourneCond (librairie de la Société
bibliographique) ;
Les Missions

La Vie du vénérable Chanel, par le R. P. Bourdin

(Lecoffre) ;
La Vie de Mgr Douas-re, par le R. P. Maillet
(Briday, à Lyon);
La Vie

d'Aug. Marceau,
(R. Gaton, à Paris).

par le même auteur

�L'Q CÉANIE

CHAPITRE 1

Ses premiers explorateurs 1
géographiques sur l'Océanie.
Six puissances européennes ont
climat; ses habitants.
fondé dans cette cinquième partie du monde des colonies plus

Notions

-

son

-

moins Importantes: ce sont l'Espagne le Portugal lâ Hol­
Les États-Unis
lande, I'Angleterre l'Allemagne et la France.
commencent à y pénétrer.
Situation agricole, industrielle, com­
merciale de certaines parties du pays.
ou

,

,

-

,

-

L'Océanie est située entre

l'Amérique

à l'est et

à l'ouest. Entourée de tout côté par l'océan

l'Asie

Paciflque

,

auquel elle emprunte son nom, elle se compose d'une
multitude d'îles et d'archipels disséminés sur de vas tés
espaces marins; le nombre en est si considérable, qu'il
dépasse celui des îles du reste du. globe. Plusieurs
d'entre elles n'ont pas encore été visitées par les Euro­
péens; beaucou p dl autres ne sont habitées qüé sur léurs

rivages, à cause de l'âpreté de la température ou de
l'épaisseur des forêts.
La surface totale de l'Océanie, seize fois plus grande
que celle de la France 1 est évaluée à dix millions sept
cent mille kilomètres carrés. Une seule île forme les

sept huitièmes du territoire; aussi

son

ihlpOl'k
1*

:l.ce ex-

�L'OCÉANIE

10

ceptionnelle l'a t-elle fait définitivement classer parmi
les continents; c'est l'Australie, ou la Nouvelle-Hollande.
A l'exception de la Malaisie, qui paraît avoir été
explorée au moyen âge par les Arabes l, l'Océanie a été
successivement découverte depuis le XVIe siècle, très
fécond en lointaines entreprises, jusqu'à nos jours -.
Elle n'a, pour ainsi dire, pas d'histoire; cependant les
travaux accomplis par de courageux navigateurs pour
l'explorer, ceux .des colons et des industriels pour l'ex­
ploiter, par-dessus tout les nobles efforts des mission­
naires qui exposent leur vie pour éclairer et civiliser
ses habitants, tous ces labeurs méritent de fixer notre
-

attention.
Les

Bass,

principaux

détroits sont

de Cook et de Torrès. Le

qu'île asiatique qui porte
le second

se

ceux de Malacca, de
premier sépare la pres­

son nom

de l'île de Sumatra;
Tasmanie; le

trouve entre l'Australie et la

troisième est situé entre les

trois

grandes

îles

qui

forment la Nouvelle-Zélande; le quatrième existe entre
l'Australie et la Nouvelle-Guinée.
Les

géographes

divisent l'Océanie

en

quatre parties:

la Malaisie, la Mélanésie, la Polynésie et la Micronésie.
1.0 La Malaisie, ainsi nommée parce qu'elle a été

peuplée par les Malais, venus de la presqu'île de Ma­
lacca, comprend les îles de la Sonde, Java, Sumatra,
Timor, Bornéo, les Moluques, les Philippines, etc. Ces
îles, très montagneuses, recèlent des volcans. Leur
1
Au VI· siècle, ces hardis navigateurs parcoururent une partie
de l'océan Pacifique, la plus calme de toutes les mers, et ils éta­
blirent l'islàmisme dans la Malaisie.
2 Parmi les
principaux navigateurs qui ont découvert ou visité

archipels océaniens, on cite: les Espagnols Mendana de Neyra,
Fernandez de Quiros; les Hollandais Schouten, Roggeween, Tasman;
les Anglais Dampier, Cook, Vancouver, Gambier, Flindans, Wallis
et Carteret; les Français Bougainville, d'Entrecasteaux, de la Pé­
rouse, de Freycinet.
les

�L'OCÉANIE
ensemble est louvent

désigné

11

sous

li

nom

d'archipel

Indo-chinois.
La chaleur du climat y est tempérée par les brises de
la mer. Les indigènes ont le teiat olivâtre, brun ou rou­

geâtre.
Le territoire
La
riz

partie

produit

le

camphre,

occidentale donne deux

le

dans l'année. Plusieurs forêts

chênes,

de

châtaigniers,

de

café, l'indigo,

ou

sont

benjoins,

etc.

trois récoltes de
de

peuplées

de

gambiers et
teck, de fer,

de divers arbres à gomme. Les bois de
de sandal , d'aloès, d'ébène y croissent aussi. Les unes
sont habitées par les tigres, les léopards, les sangliers,
les

bœufs, les cerfs, les buffles; les autres,
phants, les rhinocéros, les singes.

par les élé­

L'hippopotame et le crocodile vivent dans les rivières
ces îles, et le serpent habite leurs marais.
2° La Mélanésie (île des noirs) comprend: l'Australie,
les archipels de la Reine-Charlotte, les Nouvelles-Hé­
brides, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Guinée, les
îles Salomon, la terre de Van Diemen ou Tasmanie, l'île
de Vanikoro, où la Pérouse fit naufrage.
Les indigènes sont nègres et moins cruels que les

de

Malais.
3° La

Polynésie (nombreuses îles) tire son nom de
grande quantité d'îles dont elle se compose. Nous
citerons celles : des Navigateurs, des Amis, les Mar­
quises, les Sandwich, la Nouvelle-Zélande, etc. Volca­
niques pour la plupart, elles sont situées dans la zone
tropicale. Leurs habitants, au teint jaune et basané,
semblent une variété de la race malaise. La plupart

la

ont coutune de
verses
assez

se

tatouer, c'est- à-dire de tracer di­

figures sur leurs corps, au moyen de piqûres
profondes dans lesquelles ils versent une matière

colorante.
4°

Quant à la Micronésie, que plusieurs confondent

�12
avec Ià Polynésie, elle est ainsi désignée à eause dé la
petitesse de ses iles. Située dans la partie la plus sep­
tenlrionale de l'Océanie, elle comptè parmi se" princi­
paux archi pels : les Marlanneë les Carolines', les îlea
,

Marshall el Gilbert.

Cette nomenclature incomplète indique lM principales
parties de l'Océanie. Nous n'y ajouterons rien, de peul'

de la rendre trop aride. D'ailleurs de nouveaux noms et
des détails spéciaux se présenteront sous notre plume,
quand nous ferons connaître les renseignements qu'il
nous a été donné de recueillir' sur plusieurs de MS loin­
tables contrées.

M. Tournelond

ainsi le caractère des pre­
mières relations établies entre l'Europe et l'Océanie:
«
Nos poètes (Cbampfort , Delille, Victor Hugo,
etc. ) chantèrent ces îles fortunées , et nos philosophes
1

signale

...

pensèrent y

contempler

avoir enfin

à leur

rencontré, pout' pouvoir les

aise, des

peuples

encore au

berceau,

enfants de la nature, que J .-J. Rousseau il si bien
mis à la mode.
ces

«

cir

Hélas 1 de sombres nuages 'Vinrent bientôt obscur­
brillants horizons. A mesure que des navigateurs

ces

visitaient

ces

terres si

vantées, l'enthousiasme dispa­

raissait.

L'Australie, l� Papouasie, la Nouvelle-Calédonie,
Marquises el tant d'autres îles apparaissaient suc­
cessivement avec leurs nègres abrutis et anthropo
phages.
«

les

..

«

Les poètes durent aller chercher ailleurs les thèmes

de leurs ballades, et, pour cette fois encore, nos pauvres
philosophes s'aperçurent qu'ils n'étaient que des dupes.
C'est qu'en fréquentant ces mortels soi-disant sans
1
Voir la remarquable étude de M. Tournefond sur les missions
catholiques en Océanie i la publication en a été commencée dans le
Mbnd. 611 ôelobrê iBSO.
.

�t'OCÉANIE

pareils,
leurs,

on

plus

flots

hypocrites, menteurs,

esclaves des plus viles passions,

stinct et
les

les avait trouvés

sur

sans

nécessité,

barbares et les

adonnés

aux

vo­

cruels pal' in­

superstitions

plus immondes, répandant

les autels de leurs dieux de

paille,

de bois

fi.

ou

pierre, le

sang des victimes humaines, et se repais­
sant dans d'horribles repas de la chair pantelante de

de

leurs ennemis vaincus.
«

Or, quand l'auréole poétique dont les premiers

na­

avaient à l'envi paré le front de ces peuples
eut disparu, et que l'Océanie apparut à tous les yeuX

vigateurs

telle qu'elle était bien réellement, une foule de ces
hommes aventureux, enfants perclus de la civilisation
qui, dans notre Europe, sont en rébellion contré toutes
les lois, et que l'on est toujours sûr dé trouver sur les
des terres à peiné
nèrent bientôt rendez-vous.
routes nouvelles

éonnues

,

s'y don

..

savoir- faire qui se joue
insurmontables, et qui est propre
Au caractère entreprenant et rudement trempé de ces
rôdeurs de mers, En échange de leurs produits ils li­
«

Ils

apporlèrent

avec eux ce

des obstacles les plus

,

qui les accueillaient les industries
diverses et les traditions des peuples civilisés. Mais
aussi, il faut bien le dire, ils ne leur cachaient rien de
leurs vices ni de leur corruption; ils leur donnaient de
dangereux exemples d'ivrognerie et de libertinage, pré­

vraient aux sauvëges

parant ainsi, pour la suite, des difficultés sans nombré
à l'établissement et au progrès de la civilisation chré­
tienne.

Après eux arrivèrent les marchands de tous les points
cette curée nouvelle, et
leurs vaisseaux, chaque jour plus nombreux, sillon­
nèrent bientôt le Pacifique en tout sens. Puis la poli
tique des puissances continentales comprit que dans
t&lt;

du globe; ils accoururent à

..

cet océan lointain venaient de naître pour elles des inté""

�L'OCÉANIE

i4

rêts
A

qui lui inspiraient de nouveaux devoirs.
tour elle arma ses navires, et bientôt l'on vit flot­
sur ces terres étonnées les différents pavillons des
nouveaux

son

ter

nations civilisées.
((

Quand la France aborde

une

plage inconnue, elle

n'y jette pas seulement ses marchands et ses soldats,
elle y laisse aussi ses missionnaires, et elle entend qu'ils
y soient libres et respectés. Ce rôle sublime que Dieu
lui a donné de porte -ëtendard de la civilisation chré­

tienne, je dirai plus, de la civilisation catholique, par le
monde entier, elle l'accomplit encore ici, et dès 1825
les pères de la société de Picpus, puis les maristes, com­
mencèrent

en

Océanie leur

œuvre

de christianisation.

»

Il est difficile d'évaluer exactement le chiffre de la

population océanienne. Il paraît être d'environ trente­
cinq millions d'âmes, et tend à s'augmenter chaque an­
née dans une large proportion, à cause des émigrations
attirées parl'espoir de grands profits.
Les indigènes diffèrent comme le climat et les pro­
ductions de sols placés sous des latitudes très diverses.
Les Malais sont ingénieux et policés, tandis que l'an­
thropophagie est en honneur chez les Papous.
La plupart des peuplades qui vivent en Océanie se
nourrissent surtout du produit de la chasse et de la
pêche. Plusieurs, indolents et paresseux à l'excès, se
contentent des végétaux qui croissent spontanément
sous leurs yeux. L'arbre à pain se trouve partout, ex­
cepté en Australie et dans la Nouvelle-Zélande; son
fruit occupe une place importante dans l'alimentation
des indigènes. Ils y ajoutent la moelle du sagou, l'i­
gname, la patate, la banane, la noix de coco, etc. Ils
se tissent de grossières étoffes avec l'écorce du palmier.
en

en

faire des

nage.

utilisent le bois pour
des cordes et des vases de mé­

mangent les fruits

Ils

planches,

et

en

�L'OCÊANIE

i5

Les Océaniens que l;Évangile n'a pas encore éclai­
rés, mahométans pour la plupart en Malaisie, sont

païens ailleurs. Les idées religieuses les plus accrédi­
ces contrées viennent de l'Indoustan, de la

tées dans

Chine et du

Japon. D'après ces systèmes, qui ne sont
pas
analogie avec plusieurs des erreurs encore
répandues de nos jours, l'esprit est dieu; le divin s'unit
au terrestre, l'anime, le pénètre, et il élève l'homme
jusqu'à l'extase. L'esprit est tabou, c'est-à-dire invio­
lable ou sacré. Les dieux, les ossements des morts la
personne des princes, celle des prêtres et certains ob­
jets, même inanimés, sont aussi tabou. Quiconque ou­
trage le tabou est digne de mort.
Le tabou, dit M. Tournefond, est général ou relatif,
permanent ou temporaire. Certains objets, taboués
pour la femme, ne le sont pas pour les hommes. Si un
fruit, un poisson, un objet quelconque servant à la
nourriture devient rare, il est aussitôt taboué, le peuple
est obligé de s'en priver, et les principaux de l'île en
ont alors assez pour leur consommation. Des signes
convenus appelés aunou font connaître que certains en­
sans

1

droits sont taboués.

indigènes croient que l'âme des défunts reste
exilée sur la terre pendant un certain temps, jusqu'à ce
qu'elle ait été délivrée par des sacrifices expiatoires,
Les

souvent par l'offrande de victimes humaines; elles s'é­
lèvent alors vers le séjour des bienheureux. Les rela­

tions

qui
les

se

sont

continuent entre les morts, c'est-à -dire ceux
partis les premiers, et les vivants, appelés à

rejoindre bientôt. Ainsi quelques lambeaux de vérités,

conservées par la tradition, se trouvent mêlés aux plus
monstrueuses erreurs. En Océanie, comme partout où

le christianisme n'a pas pénétré, on rencontre les té­
nèbres de l'ignorance, les vices abrutissants, les pas­

sions honteuses

qui ne

connaissent

plus

le

remords,

en

�L'OCÉANIE

i6
un mot
vons

,

guère

si

dépravation

une

nous en

profonde, que

nous he

pou­

faire exactement l'idée.

Indépendamment de plusieurs souverainetés indi­
gènes, à Bornéo, à Sumatra, aux Sandwich, aux îles
Salomon, à Tonga, à la Nouvelle-Guinée ou Papoua­
sie, etc., six puissances européennes ont fondé dans
l'Océanie des colonies plus ou moins importantes, et les
États- Unis

commencent à y

pénétrer,

en

s'établissant

îles de la

dans

quelques petites
Polynésie qu'on pour­
appeler la Polynésie américaine.
1° Les Espagnols possèdent l'important archipel des
Philippines, les Mariannes, les Carolines.
2° Les Portugais occupent la partie orientale de Ti­

tait

Flores, Sabao

mor,

,

etc.

Il y

a

là

près de deux

cent

mille habitants

parmi lesquels se trouvent beaucoup de
Flores
est une petite île qui compte douze
catholiques.
mille habitants et s'adonne à l'élève des moutons. Ti­

l'archipel de la Sonde (cinquante-sept mille
kilomètres carrés), peuplée par les Malais, est parta­
gée entre les Portugais, les Hollandais et des princes
indigènes à l'intérieur.
3· La Hollande domine dans la partie occidentale de
Timor, aux îles de la Sonde, à Java, à Sumatra, dans
) a moitié de Bornéo, à Célèbes, aux Moluques, dans la
moitié de la Nouvelle-Guinée, etc.
4° Les Anglais sont maîtres en Australie, en Nou­
velle Zélande, dans les îles Peal, Labuan, Norfolk,
Van Diemen ou Tasmanie, Chatham, Bounty, Campbell,
Auckland, Macquarie, aux Cocos ou Boscawen.
mor, île de

-

5° Les Allemands ont des stations

aux

îles Saucoa et

Tonga.
6° La France

règne

en

souveraine

ou

en

protectrice

à

Nouvelle-Calédonie, aux îles Marquises, à l'archipel
de la Société, à ceux de Gambier, de Wallis, aux îles
la

Tuamotou

ou

Paumoutou et à

Clipperton.

�L'OCÉANIE
Au

point

de

vue

agricole,

17

industriel et commercial,

certaines contrées de l'Océanie ont
de
il

fait, depuis un quart
siècle, d'immenses progrès que chaque année tend
accroître. M. Levasseur, membre de l'Institut, dans

son

livre intitulé: La Terre moins

la

l'Europe, apprécie

de

suivante le mouvement des affaires dans la cin­

façon
quième partie
Le

du monde.

de l'Océanie, commerce tout mari­
time, excepté entre Victoria et la Nouvelle-Galles du
Sud, peut être évalué à plus de deux milliards
(2,200,000; 000 de francs). très inégalement répartis
«

commerce

entre les trois groupes. Celui de la

Polynésie ne monte
'millions; celui de la Malai­
vingtaine
guère qu'à
à
ou
six
millions
cents
; celui de l'Australasie
sie, cinq
eu Mélanésie) à seize ou dix-sept cents millions.v, La
proportion du commerce par tête est notablement supé­
rieure à celle de l'Afrique: elle est presque le double de
de

une

Gelle de la Russie.
«

Dans

ce commerce

,

l'Angleterre figure pour plus

du

tiers, c'est-à-dire pour environ huit cents millions: si
l'on considère, non pas le pays de provenance ou de
destination, mais le pavillon sous lequel les produits

transportés, elle figure pour plus de moitié. La
Hollande, à cause de ses colonies, est au second rang i
les Etats- Unis, l'Espagne, l'Allemagne, au troisième;
sont

le

commerce

direct de la France

que de huit millions.

Après
semble,
ses

avoir
nous

avec

l'Océanie n'est

»

jeté sur l'Océanie un coup d'œil d'en­
allons successivement revenir à celles de

parties sur lesquelles nous avons pu recueillir
spéciaux dignes de quelque intérêt.

détails

des

�CHAPITRE

II

Groupe espagnol: les Carolines et les Mariannes, peu importantes;
les Philippines, d'une valeur considérable; Manille, capitale,
ses fortifications; gouvernement paternel.
Dévouement et suc­
cès des religieux jésuites, franciscains, dominicains et augus­
tins.
Quatre millions de catholiques répartis dans cinq liio­
cèses.
Piété, respect du dimanche, culte de la très sainte
Pouvoir absolu des chefs mi­
Vierge, processions solennelles.
tigé par des institutions municipales où l'élection joue un rôle
sérieux.
Les rois d'Espagne onl donné aux indigènes un dé­
-

-

-

-

-

fenseur spécial appelé le Protecteur des Indes. -Ils trouvent leur
meilleur appui dans la sollicitude des religieux placés à la tête
de leurs paroiêses.

Le groupe espagnol des îles océaniennes se compose
des Carolines, des Mariannes et des Philippines. Sa ca­
pitale, Manille, située dans l'île Philippine appelée Lu­
çon, est la résidence du gouverneur, qui porte le titre
de capitaine général. La population de Manille est de

vingt

mille habitants

Cette ville

d'appel,

environ, Européens

possède
siège
université, un
un

une

Les maisons sont

pour

un

tiers.

archiépiscopal l, une cour
collège de missionnaires.

régulièrement bâties,

et n'ont pour la

t
Indépendamment de l'archevêché de Manille, les Philippines
comptent les trois évêchés de Zébu. Nova Segovia et Nova Caceres.

La

majorité

de leur nombreux

clergé s,e

recrute

parmi

les

indigènes,

�L'OCÉANIE.

plupart qu'un seul étage.

A la

f9

place

viLraux, les fe­

de

nêtres sont fermées par des coquillages transparents.
Les habitants catholiques méritent d'être cités pour
leur .dévotion

femmes,

se

faire

ment Je
«

Vierge.

«

•••

A

Manille,

Retord,

connu.

et

la sainte

envers

le respect humain est heureusement in­
Vous voyez une bonne partie du peuple, hommes

dit Mgr

scapulaire
Lorsque sonne

honneur de porter ostensible­
l'épaule et le rosaire au cou.

un

sur

l'heure de

l'angélus,

chacun s'em­

presse de saluer Marie. Dans les ateliers, on suspend
tout travail; au sein des familles, on se met à genoux;
sur Jes places publiques, on se découvre; dans les rues
et à la
({

un

promenade',

on

s'arrête et l'on

prie.

Je fus pour la première fois témoin de ce spectacle,
soir que j'étais allé en pèlerinage au cimetière, qui

petit et fort beau. A mon retour, je me trouvai
près des remparts, au milieu d'une grande foule qui se
promenait à la fraîcheur. D'un côté de l'esplanade, les
soldats indiens exécutaient une musique qu'on appré­
cierait même à Paris; de l'autre, Jes troupes espagnoles
faisaient l'exercice,
« Soudain
je vis tout ce monde, militaires et civils,
mettre chapeau bas, s'arrêter et faire silence. De bril­
est très

lants cavaliers sautaient à terre et

debout

au

milieu du

signes

de croix:

courir

un murmure

fus

se

voiture,

re­

et

t

chemin, dessinaient de grands

cette multitude immobile semblait

sur

confus et

mystérieux

de

prières.

Je

et bien édifié.

surpris
Quoique je
lait dire, je ine
«

mais

paraissaient

dames descendaient de

cueillir; d'élégantes

en

ne susse

pas d'abord

mis de Ja

partie

entendant

sonner

que cela vou­
comme un vieil habitué;

les cloches de la

compris que c'était l'angélus.
« A ce trait, on devine
que la
à Manille. Ses treize

églises

ce

religion

ville, je

est florissante

sont d'une ricbesse

remar-

�L'OCÉANIE

20

quable; ses autels sont couverts ou plutôt sont chargés
d'argent. L'or aussi est prodigué sur les ornements. »
Les navigateurs européens qui découvrirent le groupe
espagnol étaient de généreux chrétiens, sérieusement
décidés à éclairer les populations avec lesquelles ils -en­
traient en relations; c'est assez dire qu'ils facilitèrent
l'arrivée des missionnaires. Les premiers apôtres turent
martyrisés par les païens et les musulmans; niais l'un
de ces vaillants religieux, le P. Sauvitores, d'une illustre
naissance, avant de tomber sous les coups des indi­
gènes, avait 'propagé le catholicisme dans trois îles; il
avait fondé

séminaires et

plusieurs

baptisé cinquante

mille infidèles.
A la fin. du xvr'

siècle,

les

Philippines comptaient
pacifiques

plus de quatre cent mille conversions, et les
conquêtes ne s'arrêtèrent que quand elles
présent

se

quatre millions d'habitants restés
fidèles à la foi catholique.

étendues

aux

Les Carolines sont ainsi

furent découvertes,

sous

appelées,

parce

furent

jusqu'à
qu'elles

le règne de Charles II, par les

Espagnols, qui en prirent possession au nom de leur
souveraip. Les indigènes appartiennent pour la plupart
à la race malaise, vivent de pêche et sont habiles navi­
gateurs. Le premier apôtre de ces îles, le P. Centora,
répandit dans de nombreuses âmes les lumières de la
vérité. Les descendants de ces néophytes sont doux et
pacifiques.
Les Mariannes durent leur nom à cette circonstance
que

l'Espagne

s'en empara

sous

le

règne

de Marie-Anne

d'Autriche.
M. Jurien de la Gravière raconte de curieux détails
sur ces

îles lointaines

1

:

1
Voyage de la Dagonnais dans les mel'S de Chine, par le vice­
amiral Jurien de la Gravière. 2 volumes; Henri Plon, à Paris.

�L'OCEANIR

21

Sit\\é &amp; qUÇ\�I'� cents Iieucs ev.xiro,Q des Philip­
des Mariannes se compose de dix-sept
îles ou îlots t et s'étend du 13e I:\U 206 degré de latitude.
On serait tenté de �t'lconn�ître dans ces îles ainsi ëche­
Ionnées vers le Nord, autant Ç\e degrés naturels par les
quels. ont dû. descendre les. émigrations japonaises os
mongoles des bords de l'Asie septentrionale jusqu'aux
(

,"

pinea � l'archipel

l

..

,

groupes occidenta-ux de l'Océanie. Il est certain que le
��g\me des vents, q'U\ règneat dans, l'océan Paciâque
rapproche les îles Mariannes des côtes du Japon � tandis
q,,� C�I;I mêmes 'Vents les placent, PO,\l,\, ains] dire, hors
de. la portée des. naturels de la Malais.ie. En admettant

mode de colonisation,

ce

on

les

comprendrait sans- peine
Espagnols vinrent planter

16S6,lorsqQe
drapeau sur les îles Mariannes, les institutions les
I;I.OqlS1 le langage même des habitants conservaient en­
core les traces incontestables d'une origine asiatique
comment,

en

leur

�

...

Montueuses 6,t accidentées, les. quatre, îles du
groupe �ér\dionaI1 n'ont pas de sommet dont la, aau
«

...

teur dépasse cinq cents mètres, Ces iles sont arrosées
pendant la, saison des pluies par de nombreux ruis­
seaux, toujours prêts à se changer en torrents; elles ont
� craindre, pendant le, reste de l'année" de, funestes sé­
,

,

cheresses. Des tremblements da. terre. les ont soavent

ébranlées jusque dans leurs fondements, et d'atbeuses
tempêtes dévastent leurs rivages. Aussi les. îles Ma�
riannea n'auraient pas tenté l'ambition de l'Espagne
si elles ne se fussent trouvées sur la routa. du galion des
Pailippines qui, pendant plus d'un siècle, ne manqua
jamais soit en partant de Manille, soit 6&amp; rezenant
ç\.'Açap.uJ.ço� de relâcher SUl' un dea pointa ùecei archip!Ù.
,

,

1
Enes se nomment G,1,l.a�� SaypaIl.� J;l.,q.t�, 'IJ.{li.'m, �.� s.�lcl:t les
plus importantes de l'archipel. Leur population ne dépasse pas dix
mille habitants. L'île de Guam à elle seule compte environ huit
�U�� ��ft.

�'"

L'OCÉANIE

22

l'Espagne que l'on peut reprocher de
montrer trop d'âpreté dans l'exploitation de ses posses­
sions coloniales. Son gouvernement a poussé, sur ce
point, la modération jusqu'à l'indifférence. C'est sur­
(l

Ce n'est pas à

tout dans les îles Mariannes que l'on

peut remarquer

tendances

apathiques. Aucun effort ne trahit le dé­
sir d'améliorer les finances ou de développer les res­
sources de la colonie. Jamais possession lointaine ne
put se croire plus complètement oubliée de la métropole
que cet archipel; mais aussi jamais joug plus léger ne
pesa sur ce peuple. Les indigènes doivent à l'État qua­
ces

jours de travail pour l'entretien des routes. C'est
l'accomplissement de ces corvées personnelles que
se bornent leurs obligations envers la couronne d'Es­

rante

à

pagne.
«

L'administration d'une semblable colonie devait

se

faire remarquer par la simplicité de ses rouages. Le
gouverneur, investi d'immenses prérogatives, y rend la

justice comme Sancho dans l'île de Barataria. Dans la
plupart des circonstances, ce haut fonctionnaire pro­
nonce sans appel des sentences qui sont sur-le-champ
exécutées; si la gravité de la faute paraît exiger une ré­
pression plus sévère que le châtiment corporel infligé
d'ordinaire aux délinquants, le concours des principales
autorités de l'île de Guam devient nécessaire. L'inten­

dant

chargé de présider

tous les deux

à

l'emploi

des fonds

expédiés

par le trésor de Manille, le comman­
des
dant
cent cinquante Indiens qui composent la gar­

nison,

les

ans

cinq ou

six officiers

sous

les ordres

desquels

marche cette indolente milice, les alcades qui admi­
nistrent les districts d'Umata et de Merizo, sont alors

convoqués et consultés par le gouverneur. Il
occasions où le

premier
appel aux lumières de cette junte supé­
mais, lorsqu'il ne s'agit pas de matières judi-

tenu de faire

rieure i

est d'autres

fonctionnaire de la colonie est

�L'OCEANJE

23

le gouverneur des îles Mariannes n'est nulle­
ment enchaîné par les résolutions qu'il a provoquées, et

ciaires,

c'est
«

sa

Si

volonté seule
un

qui

décide.

absolu et

pouvoir
délégué

les mains du

titutions

de la

contrôle réside entre

sans

couronne

d'Espagne, les

ins­

n'en

municipales
jouent pas moins un grand
rôle dans l'île de Guam. Une sorte d'élection à deux de­
grés y désigne au choix du gouverneur, par la voix des
notables de l'île, des qobernadocilloe , des teniantes de
juslicia et des alguaziles, magistrats indigènes, qui
reçoivent pour insignes de leurs fonctions la canne à
pomme d'or ou d'argent et le rotin vénéré des Indiens.
C'est par l'intermédiaire de ces officiers municipaux que

ponctualité remarquable, les rè­
police et les divers commandements de
l'autorité supérieure.
«
Les augustins déchaussés, qui succédèrent aux
jésuites en 1767, n'ont rien perdu de la puissance mo­
rale des premiers missionnaires
, On imaginerait difficilement un contraste
plus com­
plet que celui que présentaient les curés d'Agagua et
d'Agat, le P. Vicente et le P. Manoël, tous deux mem­
s'exécutent,

glements

avec une

de

•••

..•

bres de la même communauté, tous deux entourés d'un
égal respect par leurs paroissiens Le P. Vicente avait
...

tout oublié pour ne songer qu'à
leur salut et à leur avancement

ses

chers

Indiens,

à

spirituel. Sa physio­
nomie, son front sillonné de rides précoces, ses traits
amaigris par l'ascétisme et par les travaux apostoliques,
méritaient de rester gravés dans notre mémoire. Il me
semble encore voir cette figure austère, ces yeux caves,
ce regard éclairé d'un feu sombre dont la charité évan­
gélique tempérait à peine l'éclat. Il y avait un moine
du moyen âge dans le curé d'Agagua; sa figure, enca­
drée par le froc blanc des augustins, rappelait à s'y
méprendre les types rendus célèbres par le pinceau des

�L'OCEAN.IE'

24

Riheira

OU

des V élasquez, Le .P, Mano.ël I,

Çl.V�C sa

{(let;)

épanouie et son h'iple menton; ne pouvait é'leille� au­
cune de ces idées
poétiques, Une (oi sin.çè('�" un sérieux
devoirs rachetaient amplement
aimable. abandon. L'�n{a.t�
la
avec
curé
même ardeur des iJ;l.térêlS
s'occupait
gable
des
intérêts
et
temporels de $etf ouailles,
spirituels
C'était lui qui. le.\l.f avait appris à choisir les terrains
convenables p.our la culture du m.aï� et pour celle du
taro '. qui leur avait conseillé de ploye� au ioug 1e"l;'$
attachement à tQU�
sa verve

ses

andalouse et

son

...

bœufs � demi sauvagea, et de naturaliser dans leur île
les chevaux de Sydney \ c'était lui qui le,1,l.,r recomman­
dait sans cesse d'ensemencer leurs tel're� el; c;l'eI;lgJ;'8;\S$6f
leurs bestiaux, afin d'attirer à Guam ces navires balei­
niers do.nt la présence. peut seule vivifier aujourd'hui les
îles de l'Océanie. Le village d'Agat se ressentait de l'ac­
tive et bienfaisante influence de son euré, C:ét�it le vil­
lage le. mieux aligné et le plus pro.pw de nIe. La. route
qui le traversait était tQqjo,u.r� exempte, d.e. fondrières ;
les ponts fl,'\ls étaient emportés par: \\1:\ ouxag�l\" se
trouvaient f! l'iQstan,t rétablis r;�glise,. bâtie e.t entre
tenue p� la piété des (idèles, n'avait, !le, pareille dall;f$
nul autre village ; et, quand; � la lueur des cierges flam­
bQy,ant sur ral.l;tel � la Madone apparaissait, fe.vêtu� de
ses habits de fête" on eût pu. remarquer SUl.' � sainte
i.q:v�ge. des. perles et des dorures à. faire mouri� d'e:r;l.v�e
toua les habitants d'4.gagu.� ».
Les Carolines, et les Mariannes �oJ;\.t des, pO$sess,i.oDl
peu importantes ; mais, les Philippines (orw.e.n.t Q..Q
grQ\I,pe d'une, yalel,\,J;' considérable " et 1.elJ.1; sQnt fl!tt(l.,,"
chées :P1M' le li&lt;;:.'il �ÇllP.�h:�\Î�" :p:l,al��é- WJ?, qUÇ,l,�J;e. Qent!f
�i#Q�� qq\ 1��. IWP�rent. J!)�n,s �'�.JMl,ée; 1l&gt;.2,011 S,Q�. �e, J;�Q.e
de Pbilippe.ll l le Portugais, Mage.llan,.s'el\ emparait. pout
'e. CO,J,Ilpte. de l'Espagne, et péJ;iss(lÏ\ daQI4 ces �ointai�
P1,\::ça,g\\�ll laissant à S�bastieD, del C�l(lO " l'un de ses
,

..

..

..

�L'OCÉANIE

20

compagnons, la gloire d'achever son œuvre et d'accom­
plir le premier voyage autour du monde.
Situé entre les côtes de la Chine et les colonies hol­

archipel comprend douze îles principales,
îlots, et composant trente-quatre
On
y distingue trois grou pes plus importants:
provinces.
l'ile de Luçon, au nord; au midi, Mendanâo; entre ces
deux grandes îles, le groupe des Bisayas.
A la suite des Espagnols, les missionnaires s'empres­
sèrent de venir évangéliser les nombreux indigènes,
adonnés au vice et spécialement au vol, ce qui fit ap­
peler d'abord Je pays archipel des Larrons. Mais le
sublime dévouement des religieux jésuites, franciscains,
dominicains et augustins, triompha de tous les obstacles,
et conquit à la vérité plus de quatre millions d'âmes,
réparties en cinq. divisions. Les fervents apôtres a p­
prouvèrent chez ces peuplades les coutumes qui n'a­
vaient rien de blâmable, aûn de gagner plus vito la
confiance et d'améliorer plus sûrement des mœurs per­
dues par une corruption raffinée. Ils traduisirent l'Écri­
ture sainte, composèrent de pieux cantiques en tagalien
(langue du pays), et soutinrent pendant cent quatre­
vingt-dix ans la foi des populations, persécutées par les
landaises,

cet

entourées de soixante

mahométans.
Les deux tiers des habitants vivent

Luçon. Sa

superficie

dans l'île de

totale est de cent douze mille kilo­

près le quart de celle de la France. Manille,
capitale, est la résidence du gouverneur. Sa ca­
thédrale est remarquable; la richesse de son commerce
a.1riplé depuis 1800. Cent mille âmes habitent Meudanâo,
et un million trois cent mille peuplent les Bisayas.
«
Les Philippines, dit M. le vice-amiral Jurien de
la Gravière, ne connaissent, comme presque toutes les
contrées situées sous les tropiques, que deux saisons
mètres,
sa

à peu

ville

...

bien distinctes: la saison

pluvieuse

et la saison sèche.
2

�L'OCÈANtE
Dès que la mousson du sud-ouest règne dans la mer de
Chine, l'île de Luçon voit ses champs inondés par de
longues journées de pluie ou de soudains orages. Vers
la fin du mois de

juillet

s'élèvent les vents

d'ouest, qui

roulent souvent d'énormes vagues sur la plage de Ma­
nille. Du mois d'octobre au mois de décembre, les deux.
moussons

se

combattent et

se

repoussent. Ce

ne

sont

plus alors les vapeurs d'un jour d'été qui" vont se con­
denser au sommet des montagnes; ce sont de lourdes
nuées que des brises variables rassemblent des extrémi­
tés

opposées

«

d'un

de l'horizon.

La ville de Manille

large

fossé

les

qu'alimentent
qui se développent

hautes murailles

trois mille

cinq

proprement dite
eaux

du

est entourée

Passig,

sur un

et de

espace de

cents mètres. Dix mille habitants sont

renfermés dans cette enceinte. La citadelle de

Santiago,

occupe un des angles de la cité, formerait à elle
seule une place forte. Les Espagnols ont possédé jadis

qui

singulière activité des zoophytes : partout où leur
pied se posait, on voyait s'élever des remparts. La ville
de Manille eût pu figurer au nombre de celles qui cou­
vrirent en moins d'un siècle les rivages du nouveau
monde. Ces imposantes fortifications n'ont point empê­
ché cependant les Anglais de s'emparer, en 1762, de la
capitale des Philippines; confiées, comme elles le sont,
à la garde de régiments indigènes, elles seraient d'un
faible secours contre une insurrection populaire. Le
plus grand inconvénient attaché à ce système de dé­
fense, c'est d'obliger les autorités espagnoles à résider
dans une ville où la brise du large ne pénètre qu'à re­
gret. On cite bien peu de gouverneurs des Philppines
qui aient pu revoir l'Espagne; la température étouffée
de cette prison militaire a ruiné leur santé et abrégé
leur existence. La ville officielle, que n'égaye pas l'acti­
vité, s'est réfugiée sur l'autre rive du Passig.

la

�L'OCÈANlE
«

Le

sombre

faubourg
: on

de Binoudo offre

27
un

y rencontre de nombreuses

aspect moins

boutiques,

des

y sent circuler l'air et la vie.

étalages
plein vent;
Cependant ce sont encore des rues presque européennes,
avec leurs maisons contiguës et leur inflexible aligne­
ment que vous retrouvez ici, sur un terrain où le défaut
d'espace n'excuse plus cette disposition routinière.
Chaque maison est, à la vérité, entourée d'une galerie
de trois à quatre pieds de large qui fait saillie sur la
rue. Pendant la nuit,
ou quand l'orage éclate,
des
cadres à coulisse, garnis d'écaille transparente, Cerment
ces balcons auxquels l'intérieur des appartements doit
en

on

peu de fraîcheur.
La solennité du dimanche est, d'une extrémité à
l'autre de l'archipel, célébrée par une foi naïve qui J si
un

«

...

elle n'a pu inspirer à ces peuples enfants l'austérité
des anachorètes ou les généreuses ardeurs qu'elle éveille
souvent dans
ceur

nos

âmes,

leur

a

du moins

appris

la dou­

et la soumission.

Chaque village a sa fête patronale son saint parti­
qu'il honore. Manille rend grâce à saint André de
la protection que cet apôtre étendit sur elle le 30 no­
vembre 1.574. Un chef de pirates chinois, Li-ma-hong,
était venu mettre le siège devant les remparts qui ve­
naient à peine de s'élever sur la rive du Passig. Le
conquérant de Luçon, Legaspi, était mort: Je trésorier
Guido de Labezares lui avait succédé; mais l'épée de la
conquête, le bras droit de Legaspi, don Juan de Sal­
cedo, était absent; il se trouvait alors sur la côte occi­
dentale. Don Juan vit passer la flotte qui allait assiéger
Manille, et la suivit de près avec cinquante-cinq Espa­
gnols. Ce renfort inespéré releva le courage de la gar­
nison ; une sortie vigoureuse dispersa les Chinois, et la
colonie fut sauvée. C'est en mémoire de ce grand événe­
ment que, chaque année, la bannière royale parcourt
«

culier

J

�t'OCEANIE
toutes les rues de la ville

portée par l'alrerez� que le
parmi les membres de la

choisi

gouverneur général
municipalité. Les troupes sont sous les armes, les au­
torités ont revêtu leurs plus riches costumes; l'air re­
tentit d'hytnnes pieux et de fanfares guerrières
Le nom­
breux clergé qui suit l'archevêque, les vierges indiennes
vêtues de blanc, les images des saints parées des plus
riches atours, les dais de pourpre sous lesquels fument
les encensoirs, les branches de feuillage dont la voie
publique est jonchée, tout cet appareil qui embellit
aussi lés fêtes de l'Espagne et de l'Italie, souvent même
celles de la France mérionale, n'est pas ce qui étonne
le plus les regards du voyageur. Ce qu'il ne remarque
pas sans surprise, c'est le sentiment unanime dont cette
foule immense est remplie: dès que l'hostie sainte se
montre aux mains du prêtre, tous les fronts se décou­
vrent, tous les genoux fléchissent; les tambours battent
aux champs, les drapeaux s'humilient: c'est le Roi du
ciel et de la terre qui passe 1
« On ne saurait croire à
quel point ces processions sont
chères aux Indiens
N'est-ce pas, d'ailleurs, un beau
spectacle que celui des vainqueurs et du peuple conquis
confondus dans une commune adoration? La conquête
n'en devient-elle pas plus indulgente, le joug plus léger,
la soumission plus honorable ?
« Les habitants
qui peuvent se targuer, à tort ou à
d'une
raison,
origine européenne, forment à Manille
une aristocratie qui a plus de prétentions que de privi­
lèges. Les métis, issus de femmes tagales (c'est-à-dire
indigènes) et de pères espagnols QU chinois, composent
On compte
ce qu'on pourrait appeler la classe m-oyenne
à peine cinq mille Européens et dix mille Chinois dans
l'île de Luçon: les derniers recensements accusent, au
contraire, une progression rapide dans le chiffre des
métis. On évalue à vingt mille âmes la classe des métis
a

...

...

...

�L'OCÉANIE

20

à cent soixante mille celle des métis chinois.
La plupart des Chinois sont restés fldèlos au culte

espagnols,
'_

de Bouddha. Ils sont
et

ne

venus

à Manille pOUI'

s'enrichir,

moment où ils

songent qu'au

pourront se rap­
ancêtres; mais leurs en­
chrétiennes, professent tous

pro cher du tombeau de leurs

fants, élevés par des
la

mères

Avec leur sang mongol, les Chi­
nois ont transmis à cette l'ace intermédiaire leur indus­

religion catholique.

trie et leur
métis

esprit spéculateur. Les métis, et surtout les
chinois, sont les seuls capitalistes des Philippines.

Ils ont le sentiment de
Dès

qu'un Tagal

a

l'avenir; les Indiens ne l'ont pas.
gagné une piastre, il ne songe qu'au

dissipateur insouoiant est la
métis, au contraire, a reçu en
partage l'instinct économe et prévoyant de la fourmi: il
s'enrichit par ses épargnes plus encore que par ses
spéculations: les grandes affaires lui font peur; mais il
excelle dans les transactions dont les produits agricoles
des Philippines sont l'objet
«
L'Espagne n'emploie qu'un très petit nombre d'a­
gents européens aux Philippines: elle doit, par censé­
quent, leur conférer d'immenses attributions. Le capitaine
général de l'armée est aussi le chef de toutes les admi­
moyen de la dépenser;
cigale de la fable. Le

ce

...

nistrations civiles. La direction seule 'des finances
soustraite à

son

a

été

autorité dans l'année 1784. L'audience

contrepoids à cette omni­
potence, est à la fois le tribunal su périeur qui juge en
dernier ressort les causes civiles et criminelles, et le
conseil du gouvernement, dont le capitaine général doit
prendre l'avis avant d'adopter aucune mesure Imper­
tante. Dans les provinoes, des préfets, sous le nom
d'alcades sont investis par le capitaine général de tous
les pouvoirs civils et militaires. Ces alcades sont sou­
verains dans toute l'acception du mot. Ce sont eux
qui président à la répartition du contingent de la milice,
rouale,

destinée à servir de

,

�L'OCÉANIE

30

qui

surveillent l'entretien des routes et la

des

impôts, qui

instance

rendent aussi la

justice

perception
première

en

délégués de leur autorité dans les
divers villages de la province, les préfets espagnols.
n'ont que des agents indigènes. L'Espagne a emprunté
ce rouage indispensable à l'état social qu'elle était appe­
...

Comme

lée à transformer.

débarquant dans l'île de Luçon, les compagnons
Legaspi n'y trouvèrent point de grand centre poli­
tique. -Tout au plus quelques rajahs avaient-ils réussi
à faire reconnaître leur suprématie par un certain
«

En

de

nombre de tribus. Le morcellement de l'autorité était
la côte de

infini.

Chaque

Luçon

y avait transporté un chef, le dato, et
subalternes. Telle avait dû être

à

bateau

qui

avait abordé

sur

cinquante

quarante

l'origine

d'une aristocratie héréditaire et d'une classe inférieure

qui

évitaient

avec

intestines avaient

soin de
à

se

ajouté
des esclaves. Les Espagnols

ces

confondre. Les

querelles
catégories la classe
abolirent l'esclavage et

deux

reconnurent le droit exclusif de l'aristocratie indienne

privilèges politiques. Chaque dato fut chargé, sous
de cabeza de barangay, de maintenir le bon
ordre et l'harmonie au sein des cinquante familles dont
on lui laissa la direction. Ce fut lui qui répartit les cor­
vées, régla les différends, et fut chargé du recouvre­
ment de l'impôt, dont il fut lui-même affranchi ainsi que
son premier-né
Lorsque l'absence d'un héritier mâle
rendit une cabeceria vacante, lorsque le développement
de la population vint accroître le nombre des baram­
gays, ce fut sur la proposition de tous les chefs du vil­
lage que fut nommé, par l'autorité supérieure de la
province, le nouveau membre de cette aristocratie lo­
Cette organisation ne donnait que des chefs de
cale
quartier; il faUait un maire, des adjoints, des juges de
paix, une police au village. C'est encore à l'élection
aux

le

nom

...

...

�L'OCÉANIE

qu'on les
parmi

demandés. Treize électeurs

choisis, la moi­
place,
parmi les
notables qui ont déjà exercé des fonctions municipales,
procèdent chaque année, dans le courant du mois de
décembre, à la nomination d'un gobernadorcillo, maire
ou capitaine du village, d'un adjoint, teniente, d'un
certain nombre d'agents de police, alçuasiiee et de
trois juges, dont le premier a l'inspection des terres
ensemencées, le second des plantations, le troisième
des troupeaux. Les gobernadorcillos sont, ainsi que
l'indique leur titre, des gouverneurs au petit pied. C'est
à leur tribunal que sont déférées les causes civiles, tant
qu'il ne s'agit pas d'une valeur supérieure il quarante­
quatre piastres. Ce sont eux qui doivent faire la pre­
mière instruction criminelle, et qui reçoivent l'impôt

tié

-

31

a

les cabezas

l'autre moitié

en

,

Les rois d'Es­
par les soins des cabeza»
pagne avaient poussé la sollicitude pour leurs nou­
veaux sujets jusqu'à leur nommer un défenseur spécial
recouvré

...

qui portait,

au

sein du conseil du

gouvernement, le titre

de protecteur des Indes. Cette précaution cependant n'eût
pas sauvé la population ta gale des excès de pouvoir de
tant

d'agents

sans

contrôle,

offert à leurs

toire,

une

néophytes,
protection plus

missionnaire vivait

au

si les

sur

tous

religieux
les points

immédiate et

milieu des

n'eussent
du terri­

plus efficace.

indigènes qu'il

Le

avait

Le village qui s'élevait au milieu des
.conquis à la foi
forêts vierges était son œuvre. II n'avait d'autre joie,
d'autre orgueil que de le voir prospérer. Au sein de
...

cette communauté

le

naissante, il était le consolateur

il était le

et

paciûcateur,
juge il était surtout l'avocat.
qui allait porter à Manille les doléances de
ses paroissiens, et qui, grâce à la puissance dont l'in':'
vestissaient les ordres de la métropole, servait de frein
»
aux exigences de l'autorité locale
C'était lui

...

�·

CHAPITRE III

(h!onies hollandaises.
Seize millions d'habitants sous la dépen­
dance QU la suaeraineté de la Hollande.
Lit superficie de Bornéo
dépasse celle de la France. La Nouvelle-Guinéq , la plus grande
îl,) du mon ne.
Sumatra, avec sa population de quatre millions
-

-

-

-

Java.
Célèbes, l'île la plus importante des Moluques.
Caractère et coutumes
111 première des colonies hollandaises.
Améliorations dues au général comte
�t!s Javanais.
Batavia,
van der BOéCh.
Château et parc de Buitenzorg.
Cavernes
eù la salangana bâtit ses nids.
Organisation administrative
!I� judiciajre,
Dépravation des indigènes.- Ablis tolérés de la
Le régent de Bandoug,
Pl!rt des fonctionnaires.
d'âmes,

-

-

-

-

-

-

-

-

�

-

Les établissements hollandais

occupent

une

grande

Océanie. Ils comprennent, sous leur dépen­
dance ou leur suzeraineté, quinze cent mille kilomètres

place

en

de territoire et seize millions de

sujets. Parmi les rois
indigènes, quelques-uns
indépendants j la plupart
sont tributaires. Banca, Florès, Sumbawa, Sandalwod,
Java, les Moluques, la plus grande partie des îles de
Bornéo, Sumatra, la Nouvelle-Guinée, Célèbes et Ti­
mor composent les points les plus saillants des pesses­
sions de la Hollande: la suprématie qu'elle a sucessi­
vement conquise sur ces diverses contrées, au prix
d'efforts persévérants, de procédés rigoureux et de nom­
breux sacrifices, s'exerce sous des formes diverses, à
sont

des conditions souvent

onéreuses?

et les revenus de

�L'OCÉANIE
la

métropole

sont loin de

33

correspondre

à l'étendue

de

possessions. Si l'on excepte Banca et Java, on trouve
peu de domaines où les recettes de l'État soient supé

ses

..

rieures à

ses

dépenses.

superficie de Bornéo dépasse celle de la France.
Sa longueur est de douze cent quatre-vingts kilomètres
La

sur une

largeur

de douze cents kilomètres. Découverte

par les Portugais en 1521 j elle vit
dais s'établir sur son territoire.
Le

diamant

constitue

son

en

1604 les Hollan­

princi pal produit. Elle

compte plus de trois millions d'habitants de diverses
nationalités: Javanais, Malais, Chinois, Hollandais et

Anglais s'y rencontrent, attirés par l'espoir d'améliorer
position.
L'île se divise en deux parties. L'une, appartenant à
la Hollande, comprend deux provinces désignées BOUS

leur

le

nom

de résidence de la côte occidentale j son cher­
(vingt mille âmes). L'autre

lieu est le port de Pontianak

partie, appelée résidence de la cour orientale, contient
plusieurs royaumes indigènes, entre autres celui de
Bornéo, avec une capitale du même nom (trente mille
âmes ).
En 1881, le séminaire de Saint-Joseph situé à Mill
Gill, près de Londres, a envoyé plusieurs prêtres à
Bornéo pour y fonder une mission, bien accueillie par
le rajah ou gouverneur du pays, qui est Anglais d'ori­
gine.
La Nouvelle- Guinée ou Papouasie, découverte en
11'.;29 par l'espagnol Saavedra, doit son nom à la res
semblance de ses habitants avec ceux de la Guinée
...

africaine; c'est l'île la plus grande

du

mondé,

abstrac­

tion faite du Groënland, dont l'étendue n'est pas encore
constatée. Deux races distinctes se sont perpétuées
dans cette contrée. Les

Papouas venus de Bornéo, se
svelte, à leurs traits régu,

reconnaissent à leur taille

2*

�L'OCÉANIE

34

à leur

liers,

(Aroforous
pophages.

ou

volumineuse chevelure.

Alforous)

Les Hollandais

se

Les

indigènes
nègres, féroces, anthro­

sont

sont établis

1�29 dans la Nou­

en

velle-Guinée i ils la comprennent dans leurs colonies,
ne la possèdent guère que nominalement.

mais

La Nouvelle-Guinée forme

avec

l'archipel Salomon.

la

Nouvelle-France, etc., l'un des deux vicariats apo­
stoliques récemment créés par le souverain pontife, et
missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun;
situé en Micronésie, se compose des archipels

confiés

aux

l'autre,
Carolines, Marshal, Gilbert, etc. Cette immense mis­
sion de plus de douze cents lieues carrées, à sept mille
lieues de la mère patrie, s'adresse à des naturels fé­
vivent dans

qui

roces,

un

climat souvent insalubre.

l'une des

Sumatra,
grandes îles de la Malaisie, n'est
la
de
séparée
péninsule de Malacca que par le détroit
du même

longue

Son territoire est traversé par
chaîne de montagnes volcanisées. Le pic le
nom.

élevé est à quatre mille
niveau de la mer.
Sa

population

cinq

une

plus

cents mètres au-dessus du

est évaluée à

quatre millions d'habi­

tants.

La

Padang
située

la

et

sur

hollandaise de l'île

comprend la ville de
celle de Palembaug, capitale de la colonie,

partie

le fleuve du même nom, à cent kilomètres de

mer.

partie indépendante renferme plusieurs royaumes:
plus important, celui d'Achem a pour chef-lieu une
ville du même nom. C'est la cité ]a plus commerçante
de l'Océanie indigène i on Y remarque des manufactures
La

le

,

de coton et de
Les

soie, des fonderies de

canons, etc.

Moluques furent découvertes, en 1511, par les
Portugais, qui les exploitaient en secret, craignant
d'être troublés dans la possession de leur nouvelle for-

�L'OCÉANIE
tune. Ils semblaient

pressentir qu'ils

n'en

jouiraient

pas

longtemps.
Parées de la

végétation des tropiques,

ces

îles pro­

duisent des muscadiers de huit mètres de haut, des gi­
rofliers de dix mètres, etc. Aussi sont-elles surnommées
les ûee

aux épices.
plus importante de toutes est Célèbes, avec sa po­
pulation de deux millions; ses profondes échancrures
la divisent en quatre presqu'îles. Sa configuration, aussi
étroite qu'irrégulière, lui donne une largeur moyenne de
quarante milles, disposition favorable à l'exploitation de
ses vastes forêts, de ses bois d'ébène, par exemple, et
de ses autres essences, avec lesquels se fabriquent les

La

meubles et

se

construisent les navires.

Macassar est la ville

principale et le port de la côte
désigne à la fois le fort de Rot­
terdam et la cité de Viaardingen (dix-huit mille âmes l,
son commerce annuel dépasse trente millions; sa rade
pourrait abriter une flotte; son horizon est émaillé de
nombreux îlots verdoyants, habités par dix mille indi­
gènes. La pêche est la ressource de cette population.
Le poisson abonde; le riz et les fruits se vendent à très
bas prix: ainsi se trouve résolu le problème de la vie
frugale à bon marché. La Hollande ne possède de ce côté
que quelques districts peu importants i le reste de cette
partie de l'île appartient à des rois vassaux ou alliés.
Ménado est une autre place forte hollandaise, située
vers la pointe septentrionale des Célèbes. On compte de
ce côté doux cent quinze mille idolâtres ou mahomé­
méridionale. Ce

nom

tans, et dix. mille chrétiens. Les campagnes environ­
nantes produisent en abondance le riz, le café et le
Le gouvernement s'est réservé le monopole du
café. Il le payait naguère encore aux indigènes qua­

cacao.

rante-trois centimes le

kilogramme,

et le vendait à peu

près trois fois plus cher, Au contraire, la culture

et le

�L'OCËANIE

36
commerce

du

cacao

sont tout à fait

l'aisance. Aussi voit-on

jardins

de cacaotiers

libres,

et

répandent

autour de la ville de nombreux

clair

au

feuillage

et

aux

longs

fruits d .. rés. A

l'Intérieur, on fabrlque des cordages de
la
palmier pour flotte coloniale, et on accumule les pail­
let tes d'or extraites de plus de quatre-vingts mines,
situées dans le district de Coroutalo.

Parmi les colonies
mier rang. La

hollandaises,

population

s'est

Java occupa le pre­

multipliée depuis qu'elle

ê consenti à recevoir le bienfait de la vaccine.

millions slx cent mille ,
millions. Très

De quatre

chiffre s'est élevé il sept
de Sumatra, elle en eat sépa­

son

rapprochée

rée par le détroit de la Sonde. Plus vaste que Ceylan et
Saint-Domingue, sa superficie, à peu près égale à celle

l'Angleterre, mesure cent soixante-quinze lieues de
long sui' vingt-six lieues de large. Au milieu de longues
chaînes de montagnes, couvertes de magnifiques forêts,
et recélant jusqu'à trente- huit volcans, autour de larges
bandes de terres très fertiles, les habitants cultivent,
Sous la direction des colons hollandais, deux millions
de

d'hectares. Le climat ,

à la fois

très humide et très

procure une végétation luxuriante; tnais en
même temps il favorise la naissance de fièvres perni­

chaud,

cieuses

Cinq

qui

déciment de

races

île. Les Javanais

breux,
répand

temps

différentes

se

indigènes,

à autre la

population.
grande
beaucoup les plus nom­

côtoient dans cette
de

habitent l'intérieur du pays. Le bouddhisme
dans leurs esprits ses obscurs systèmes et ses

nuageuses erreurs.
Les Malais, venus des
trouvent des travaux

plus

grandes ries du voisinage,
rémunérateurs que

ceux

y
de

leur pays ..
Dés le xv'
Cent

plus

siècle, les mahométans s'y sont établis.
cinquante mille Chinois forment la classe

habile et la

plus

industrieuse.

la

�L'OCÉANIE
Enfin

quinze

mille

37

Européens, Hollandais pour la
commerce extérieur, et occupent

plupart, se livrent au
emplois civils ou militaires.
Plusieurs puissances se sont disputé la possession de
celte importante colonie. Les Portugais, qui l'avaient
fondée en HH 1, en furent dépouillés par les Hollandais
en 1796; l'Angleterre s'en emparait quinze ans plus
tard (1811), et la rendait à la Hollande en 1816.
les

La base de la nourriture des Javanais consiste dans
du riz peu cuit, bouilli à la vapeur et assaisonné de pi­
ment et d'autres condiments propres à exciter l'appétit.

Ce sont des hachis de

jasmin;

des

poissons

viande, parfumés
séchés

au

soleil,

à la

rose

des œufs

et

au

salés,

des tranches de cocos, etc. Ils sont offerts aux convives
dans des plats à compartiments, pour que chacun se
serve suivant son goût. Ceux qui en mangent pour la

première
mais

on

fois

impression,

et

on ne

la

sensation d'une brûlure ;
pas longtemps cette douloureuse
tarde pas à apprécier cette cuisine

éprouvent

ne conserve

si différente de la nôtre.

Le caractère du Javanais est ordinairement doux et

timide. Quand il veut commettre

crime, il commence
par s'enivrer, et a recours à l'opium. Puis, armé d'un
poignard, il sort de sa maison, se précipite sur la vic-.
time qu'il a choisie, et l'égorge. Comme la soif du sang
n'est pas assouvie par ce premier crime, il court dans
les rues, et blesse ou tue indistinctement ceux qui .se
trouvent

sur

son

passage.

Il

un

en

est

qui

assassinent

personnes. Fou et criminel, il ar­
rive à un paroxysme de fureur appelé œmock. Dès que
ce mot retentit dans une ville, les veilleurs de nuit et les

ainsi

jusqu'à quinze

gardes de la cité prennent les 'armes, cherchent le cou­
pable, s'en emparent, et le tuent immédiatement.
Pendant son séjour à Java, M. Wallaces a voulu sa­
voir comment s'administrait la justice, et il s'est rendu

.

�L'OCÉANIE

38

audience du tribunal

D'abord, dit-il,
présentèrent dans la salle d'audience cinq individus
qui s'accroupirent sur une natte, vis-à-vis d'une se­
conde natte, sur laquelle vinrent s'installer, peu après,
le chef du district et son commis. Il s'agissait d'un vol.
à

une

indigène.

«

se

premiers 'venus étaient le plaignant avec ses deux
témoins, le garde de police et l'accusé; celui -ci ne se
distinguait des autres que par une corde lâche, enrou­
lée autour de ses poignets. Chacun parle tour à tour,
sans être interrompu et sans quitter sa position accrou­
pie. Après avoir écouté avec flegme les dépositions des
témoins et les réponses de l'accusé, le juge prononça
la sentence, qui condamnait le voleur à une légère
Les

amende. Puis tout le monde
cert et

assistants,
cune ou

La

se

se

retira de

con­

ne

intelligence. Rien, dans les allures des
témoignait le moindre sentiment de ran­

de mécontentement.

»

des royaumes

capitale
s'appelle Java,

Hollande

On cite

leva et

bonne

en

encore

indigènes

comme

vassaux

de la

l'île elle-même.

la ville forte de

Sourabaya,

avec ses

mille habitants, actifs et industrieux, sa
rues sillonnées par de nombreux palan­
dont les formes varient suivant les nationa­

quatre-vingt
richesse et

quins,

ses

lités.

C'est là que M. H. Vattemare

perles

vives

qui

se

avoir

reproduisaient.

trouvé, chez une
sept perles réunies dans

dame

M.

avoir

vu

des

de Molins

dit

assure

européenne fixée à Java,

petite boîte: deux d'entre
elles étaient père et mère de la jeune famille.
Il résulte des renseignements recueillis par ce voya­
geur que les Indiens et les Chinois possèdent une es­
pèce de perles semblable à celle des perles fines, et dont
ils savent obtenir des rejetons. Pour élever une famille
de perles, il suffit de lui donner un peu de riz, des bains
de

mer

trois fois la

une

semaine,

et de la tenir à l'abri des

�L'OCÉANIE
odeurs

39

telles que celles du tabac, de

l'ambre, et
cologne.
Batavia, capitale des possessions hollandaises, est la
cité la plus considérable de l'île. Sa partie basse est
forles,

surtout de l'eau de

malsaine, mais les nombreuses
construites

sur

les hauteurs

et confortables maisons
se

distinguent par leur
jardins; elles ap­

leur solidité et leurs beaux

élégance,
partiennent à des négociants ou à des
européens.
La population de Batavia dépasse

administrateurs
cent

cinquante

mille âmes.
Son port reçoit de nombreux navires, chargés de co­
tonnades, de fers ouvrés, de machines, de vins, de spi­
ritueux et de

produits

alimentaires. Il exporte le

café,

le sucre, le riz, l'indigo, le tabac, le gingembre, le bois
de safran, l'écaille de tortue, la cannelle, la muscade, la

cochenille et le thé. Son trafic annuel

représente

une

valeur de quatre cents millions, et procure à la métro­
pole un revenu net de quarante-cinq millions.
Enfin Batavia est le chef-lieu d'un vicariat aposto­
lique, créé pour les vingt- six mille catholiques dissé­

minés dans les diverses

possessions hollandaises.

L'é­

secondé par plus de vingt prêtres, exerce dans
pays un difficile et très laborieux ministère.

vêque,
ce

La

Hollande, établie depuis près

de trois siècles à

Batavia,
pendant longtemps ses colons avec
persévérance peu couronnée de succès. Depuis 1825,
elle a di visé le pays en vingt résidences. En 1832, à la
suite de difficultés im prudemment soulevées par des
princes javanais elle s'est emparée du sol, et n'a permis
aux indigènes de le cultiver que sous certaines condi­
tions rigoureusement obligatoires.
A cette époque, il Y avait beaucoup de terrains in­
cultes; l'agriculture manquait de bras, et la colonie
était encore une charge ruineuse pour la Hollande.
a

soutenu

une

,

�40

L'OCÉANIE

C'est alors que le

général

comte

van

der

Bosch, nommé

gouverneur de Java, résolut d'améliorer ce triste état
de choses. Il y avait dans l'île une vaste province dont
les habitants étaient forcés de cultiver le café. Chaque
famille devait

plusieurs centaines
en livrer le produit, pour un prix très mi­
d'arbres,
nime, aux agents de la Hollande. Cette puissance était
représentée par une société commerciale privilégiée,
fondée en 1819, qui avait le monopole de toutes les
planter,

entretenir

et

récoltes réservées à l'État.
Le

nouveau

fiant. Au lieu

gouverneur

d'imposer

généralisa

une

l'idée

en

culture forcée

il leur offrit

la modi­

aux

autres

d'une

provinces,
l'exemption
partie de
l'impôt foncier en échange d'une valeur équivalente de
travail, exécuté sous la direction de chefs intelligents.
Cette combinaison fut accueillie; des millions de bras
utilisés, fécondèrent le sol, et obtinrent de ter­

furent

rains restés
Les

improductifs des
employés hollandais, de

récoltes rémunératrices.
concert

avec

les fonction­

surveillèrent les

plantations. Le café,
multiplièrent sur les hauteurs; la
canne à sucre et l'indigo réussirent dans les plaines ir­
riguées. L'État se chargea de fournir la canne et les
ouvriers à l'industrie privée, qui fabriqua le sucre, et
reçut vingt-neuf centimes par kilogramme; le prix de
revient était de vingt-cinq centimes, et l'État vendait
quarante-quatre centimes environ; de cette façon chacun
trouvait son compte, et la colonie entrait dans une nou­
velle voie de prospérité matérielle. Des vallées profondes
naires
le

indigènes,

thé, le mûrier

ont été

se

comblées, des tranchées

centaines de

ponts

ont été

creusées,

et des

ont été bâtis pour la création de belles

routes, qui ont facilité l'écoulement des produits.
La propriété individuelle est constituée sur
dixième à
tient à la

peine des terres cultivées; le reste
métropole ou aux groupes d'indigènes.

un

appar­

�L'OCÉANIE

41

quelque distance de Batavia se trouve le beau châ­
Buitenzorg. Ce château est la somptueuse de­
meure du gouverneur général. M. Jurien de Ia Gra­
vière, qui l'a visité, fait la description du parc dont il
A

teau de

est

entouré,

«

•.•

plus

L'imagination

beau que

rantes,

d'axis,
parties
Ternpé

ce

des

poètes

n'a

jamais rien

parc, traversé par des

rêvé de

eaux murmu­

grandes pelouses peuplées de troupeaux
arbres géants qu'ont vus naître les cinq

avec ses

et

ses

du monde. Il faut avoir parcouru cette vallée de
doux et modeste asile offert aux transfuges de
,

climats, pour savoir quelle variété infinie le
grand Artisan de l'univers a pu mettre dans la décou­
pure et les teintes mobiles des feuillages, dans le port
tous les

majestueux

des troncs, dans le

déploiement capricieux
Moluques, le
Beng-ale, la Chine, le Japon, l'Europe même, semblent
se donner la main sous ces ombrages. Le chêne et le
palmier ont trouvé une patrie commune. Le bétel enlace
des branches. La Nouvelle- Hollande, les

de

sa

liane "grimpante l'érable et le mélèze; le thé croît

poivre; le cactus du Mexique ou l'indigofère
l'Amérique centrale, à côté du coton de l'Égypte et

à côté du

de

de la

à sucre des îles Sandwich. Il n'est pas un
n'ait
été mis à contribution par les botanistes
pays qui
de Buitenzorg. Les bambous occupent tout un côté de
canne

la rivière. Dans certaines allées les arbres ont l'écorce

odorante; dans d'autres, chaque tronc laisse suinter
gomme aromatique. Ici ce sont de lars-es feuilles
digitées; plus loin de verts panaches, des tiges qui s'é­
lancent ou des sarments qui rampent, des fruits soli­
taires attachés sur un tronc colossal, ou des grappes
qui pendent de la cime d'une tige bulbeuse, épanouie
comme un parasol. Bien que le château da Buitenzorg

une

possède

une

sable d'un

ménagerie, complément

jardin botanique,

nul

presque indispen­
animal féroce ne

..

�L'OCÉANIE

42

trouble de

ses

le silence de cette déli­

rugissements

cieuse retraite. Des orangs-outangs pensifs, des pachy­
dermes affables, tels que le tapir et l'éléphant de Su­

matra, sont,

l'oiseau

avec

babi-routka de

Célèbes,
auxquels
prison.

faune indienne

Moluques et le
représentants de la
voulu donner cet Éden

royal

des

les seuls
on

ait

javanais pour
«
Après le château et le parc de Buitenzorg, que pou­
vions-nous visiter qui nous offrît plus d'intérêt que les
bâtit ces nids
cavernes au fond desquelles la snlangana
les
achètent
au
Chinois
poids de l'or? Le
visqueux que
résident de Buitenzorg voulut nOUR conduire lui-même
aux grottes de Tyampeo, creusées par la nature dans
les contreforts calcaires qui supportent la chaîne du
Salak. Deux relais de chevaux, disposés à l'avance sur
la route, nous amenèrent au pied de la montagne, qu'il
fallait gravir pour arriver.à l'entrée de ces labyrinthes
1

souterrains. C'est là que nous trouvâmes le fermier chi­
nois auquel a été concédé, au prix d'une rente an­

nuelle,
qui se

la récolte totale de
vendent cent

kilogramme
«

ces

nids

cinquante-huit

d'hirondelles,

francs environ le

...

Parvenus à l'ouverture des

cavernes

qui plongeaient

brusquement dans les entrailles de la montagne, nous
hésitions à nous enfoncer BOUS terre, quand le soleil
éclairait autour de

grands

arbres

aux

si merveilleux paysage. De
rameaux étendus comme ceux du

nous

un

cèdre couvraient d'ombre et de fraîcheur les pentes de
la colline. Entre leurs troncs penchés s'ouvraient vers
la campagne de délicieuses échappées et des lointains
infinis. Des troupes de singes noirs gambadaient au
1

La

salangana

est

une

espèce d'hirondelle dont

le nid est fort

recherché par la cuisine chinoise. On le fait dissoudre dans de l'eau
bouillante, et on obtient une gelée blanche propre à faire un:potage
très apprécié et comparable au tapioca.

�L'OCÉANIE

43

milieu du

feuillage, pendant que deux vieux magots de­
meuraient philosophiquement assis sur leurs branches.
Les hirondelles, aux reflets satinés, voltigeaient d'une
aile inquiète autour de nous. L'atmosphère était calme,
le ciel d'un bleu d'azur. Il semblait que le Seigneur
arrêtât un regard satisfait sur son œuvre. Mais chacun
de

nous

fut bientôt saisi

nais. Nous
deurs où

les bras par deux Java­
chancelant dans les profon­

sous

disparûmes
guides s'efforçaient de nous entraîner. Au
lumière du jour nous n'avions plus, pour con­
en

nos

lieu de la

nos pas sous ces voûtes ténébreuses, que la lueur
enfumée des torches. Nous errâmes longtemps dans des

duire

galeries où l'on entendait tomber goutte à goutte l'eau
qui filtrait à travers les fissures du rocher. Des milliers
de nids gélatineux étaient attachés aux parois de la
Avec quel plaisir nous sortîmes de cet antre
grotte
pour revoir la nature, épanouie et souriante comme une
jeune fiancée!. Il est des malheureux cependant qui se
dévouent à fouiller, comme des mineurs, les longs dé­
tours de ces cavernes, qui vont ramper dans ces couloirs
...

..

poser des échelles de bambou sur le bord
abîmes, afin de recueillir deux ou trois fois par

humides,
de

ces

an

la

ou

précieuse

moisson. On évalue à huit cents kilo­

grammes la récolte des nids que fournissent chaque
année les grottes de Tyampeo, et à plus de cent mille

francs les bénéfices du Chinois

l'exploitation.
Après avoir indiqué

auquel

en

est affermée

»

la

physionomie

et les

productions

des colonies hollandaises, nous avons à faire connaître
leur organisation administrative et judiciaire. L'empire
colonial

se

divise

en

trente-quatre provinces qui

dé­

pendent du gouverneur général. La seule île de Java
renferme vingt-trois de ces provinces, qui ont toutes un
Hollandais à leur tête. Elles
et les

régences

en

se

subdivisent

en

régences,

districts. Le gouvernement choisit les

�L'OCÉANIE

chefs de

ces

indigènes,

subdivisions

parmi

principales familles

les

et leurs fonctions deviennent ordinairement

héréditaires. C'est

un

dédommagement offert à l'an­
en échange des avantages
récompense des services qu'elle

cienne aristocratie du pays,

qu'elle

a

rend à la

Quant

pouvoir

perdus, et en
métropole.
aux

de

administrateurs de

l'élection,

comme

villages,

ils tirent leur

les maires des

Philippines.

Comme eux, ils président à la répartition de l'impôt, à
celle des corvées, avec l'assistance d'un conseil de no­
tables.

.

Vingt

mille hommes concourent ainsi à mainte­

nir l'ordre dans le pays; tous sont personnellement intéressés au progrès des cultures, c'est-à-dire à la prospérité

matérielle de la colonie. Le

prêtre

musulman

lui-même,

qui reçoit la dîme de beaucou p de récoltes, s'associe
efforts réalisés pour développer l'exploitation du sol.
Le Coran est le code des
leur est

appliquée;

s'il y

a

aidé d'une commission,

indigènes:

c'est la loi

aux

qui

procès, le chef de régence,

juge

en

premier

ressort les

affaires peu importantes; il correspond à notre juge
de paix. Au chef-lieu de la province, un tribunal appelé
conseils des campagnes
affaires plus graves.

Il existe à Java trois
les assises

président
à juger les
La

de

ces

cour

se

réunit tous les mois pour les

cours

d'appel

dont les membres

tribunaux ambulatoires,

appelés
passibles de la peine de mort.
Batavia réforme, s'il y a lieu, les arrêts
ou

crimes
de

tribunaux.

La Hollande traite

avec

de

grands ménagements

les

furent autrefois les maîtres du pays; elle
évite de froisser leurs susceptibilités. Dans l'espoir de

indigènes qui

se

les

attacher, elle

a

tort de laisser

pleine

carrière à

leurs désordres, et de tolérer souvent leurs exactions
en achetant, pour ainsi dire, leur fidélité. Ainsi, à côté

des droits reconnus, les fonctionnaires

se

procurent

des

•

�L'OCÉANIE

45

illicites, se font défrayer de leurs voyages
les
par
paysans, et prélèvent des tributs arbitraires
contribuer
à leurs divertissements. La plupart ne
pour
bénéfices

conservent leur autorité que par la crainte i ils
concilient ni respect ni affection. Leur regard

ne

se

terne,

leurs traits flétris, leur corps énervé par la débauche,
un douloureux aspect aux yeux des étrangers
qui, parcourant le pays, remontent aux causes de cette

offrent

ignoble décrépitude. Cependant quelques exceptions
rares se manifestent çà et là. M. l'amiral Jurien de la
Gravière cite, dans
à propos d'une

ce

sens,

un

ancien potentat et

son

grande chasse dont nous reprodui­
sons l'intéressante description.
«
Le régent de Bandoug est le prince le plus opu­
fils,

...

lent de Java; il touche annuellement sur la récolte du
café une remise évaluée à plus de trois cent mille francs;
il a,

outre, la dîme des rizières

et le droit de requérir
quand bon lui semble les services de ses administrés.
Quelques années avant notre arrivée à Java, l'assistant
résident avait été poignardé dans un désordre populaire.
00 soupçonna le régent d'avoir été l'instigateur du crime,
ou du moins on l'en rendit responsable. Le gouverne­
ment hollandais le dépouilla de ses dignités j mais il
en

lui chercha pas de successeur dans une autre famille.
Le fils aîné du régent dépossédé prit à l'instant sa

ne

que le vieux prince oubliait sa chute
les
doux loisirs d'une tranquille opu­
dans
lence. Le régent disgracié et le régent en place étaient

place, pendant

officielle

tous deux à cheval

quand

rendez-vous. Sous le turban

nous

arrivâmes

qui enveloppait

au

lieu du

leur front

pour des cavaliers numides,
tant ils semblaient faire corps avec les fiers coursiers

bronzé,

on

les eût

pris

qui piaffaient sous eux. Assis sur une selle sans étriers,
klewang à la ceinture, ces deux princes javanais me
faisaient oublier le régent énervé de Tjaujor; je retrou-

le

�L'OCEANJE

46

l'énergie dans leur pose, du feu dans leur re­
gard. Tous les nobles de la régence les entouraient,
prêts à lutter de vitesse et d'ardeur avec eux. Le signal
vais de

donné; nulle meute ne mêle ses aboiements aux
cris des chasseurs; ce sont les chevaux, race énorme
est

Mecklembourg, qui battent de leurs pieds les
en font sortir le gibier. Dès qu'un cerf paraît,
un escadron tout entier se lance à sa poursuite. On voit
bondir à travers la rizière, et l'animal qui fuit, et les
chevaux plus ardents que des limiers qui les pressent.
Sur ce terrain fangeux le cerf a bientôt épuisé sa vigueur.
Le premier cavalier qui peut l'atteindre l'abat d'un seul
coup de son klewang. Les buffles, cheminant toujours
deux par deux, se mettent alors en marche: le Javanais
qui les guide charge sur leur dos le cerf abattu, et d'un
pas indolent ils se dirigent vers le pavillon au pied du­
quel on apporte à chaque instant quelque nouvelle vic­
time. On tua trente-six cerfs ce jour-là: quatre-vingts
venue

du

herbes et

avaient succombé

gent, quand

mois auparavant. Le vieux ré­
il revint vers nous, portait l'orgueil d'un
un

vainqueur empreint sur sa figure, non pas cet orgueil
communicatif qui semble mendier des éloges, mais
cette fierté morose qui s'enivre du sang versé et savoure
secrètement son triomphe. Aucun coursier du Mecklem­
bourg n'avait pu devancer son cheval arabe; aucun
klewang n'avait plus souvent que le sien brisé d'un
seul revers les reins d'un cerf aux abois; il était sans
contestation le roi de la chasse.

»

En terminant cette étude sommaire et

incomplète

sur

les colonies hollandaises, nous avons besoin de dépo­
ser ici l'expression d'un vif regret. Après avoir loué les

persévérants
pour

assurer

efforts tentés par la puissance colonisatrice
le succès matériel de ses lointaines entre­

prises, nous ne pouvons pas nous empêcher de déplorer
son indifférence, relativement aux besoins spirituels des

�L'OCÊANIE

47

populations vaincues, et l'indignité avec laquelle elle a
pendant deux siècles le catholicisme porté à Java
les
par
Portugais. L'homme ne vit pas seulement de
pain, mais aussi de la parole de Dieu. Il ne suffit pas
banni

de

pourvoir
qui

citude

aux

nécessités

s'étende

nation chrétienne

aux

matérielles,
besoins

il faut

moraux.

une

solli­

Quand

une

d'un pays idulâtre ou infi­
faire connaître le bienfait incompa­

s'empare

dèle, elle doit lui
christianisme; il importe que l'Évangile soit
annoncé, afin que les âmes qui auront eu le bouheur de

rable du

le goûter puissent le pratiquer
et

l'indépendance

dans la

de leur conscience.

joie

de leur

cœur

�CHAPITRE IV

Colenies anglaises: Van Diemen ou Tasmanie ...... Hobart-Town.­
Deux races
Nouvelle-Zélande ....... Population; mœurs; religion.
Trois diocèses:
distinctes.
Gouvernement constitutionnel.
Wellington, Auckland, Dunedin.
Progrès du catholicisme.
-

-

-

-

Les

acquis
rité

fondées par l'Angleterre en Océanie ont
de
peu
temps une importance et une prospé­
leur donnent le premier rang parmi tous les éta­

colonies,
en

qui

blissements européens.
En 1642, le Hollandais Abel Tasman abordait dans
une

île,

et lui donnait le

nom

de Van Diemen, alors

gouverneur des Indes. Cette île, dont le climat est doux,
les côtes élevées et les sites pittoresques, appartient aux

Anglais depuis-1804.
Tasmanie

(ou

Ils ont divisé

neuf districts la

en

ils y ont créé la
et ils ont choisi

l'île de Van

Diemen),
( Georges-Town),
cette colonie comme lieu de déportation. Hobart-Town
(vingt-deux mille âmes) est la capitale de la Tasma­
nie: là résident le gouverneur, son secrétaire, un grand
juge, un solliciteur général, etc. Cette ville, siège d'un
évêché catholique, possède des édifices importants, des
institutions utiles, des établissements charitables, des
ville d'Hobart-Town

maisons d'éducation et des caisses de

Les

bêtes

par les

indigènes, traqués
fauves, tendent à disparaître

secours.

colons
de

comme

l'île;

des

mais elle

'

�L'OCÉANIE

49

est habitée par

quatre-vingt mille Anglais qui se di­
visent en trois classes, les émigrants libres, les convicts
libérés et ceux qui subissent leur peine.
De nombreux troupeaux dans les prairies, et des éta­
blissements de pêche dans toutes les baies alimentent
un commerce important de laines et d'huile de baleine.
Des prix sont distribués chaque année pour encou­
rager l'amélioration de la marche des pirogues et aug­
menter leur agilité.
Les frais de la colonie sont couverts par les bénéfices

qu'elle rapporte

à

l'État.

Enfin le port Macquarie est devenue le lieu de
déportés déclarés incorrigibles.

dépôt

des

Indépendamment

de la

vert la Nouvelle-Zélande

Tasmanie,

en

Tasman

a

décou­

1642.

La

Nouvelle-Zélande, située au sud de l'Océanie,
comprend deux îles séparées par le détroit de Cook, qui
a quatre à cinq lieues de largeur. C'est une bande de
terre longue de quatre cents lieues, large de vingt-cinq
à

trente, s'étendant du nord-est

au

sud-ouest. Sa

su­

perficie égale presque celle de la Grande-Bretagne.
L'île la plus septentrionale, Ika-Na-Maooin (c'est-à­
dire Poisson de

aspect agréable,

un

et

Maoui, fondateur de la nation), présente

ses

avec ses

collines couvertes de bois

vallées fertilisées par des ruisseaux d'eau douce.

L'autre,

Tavaï Pounamou

namou, c'est-à-dire le

jade),

(lac
est

trouve le pou­
montueuse, stérile et
où

se

peu habitée, excepté dans les environs
canal
la
du
de
reine Charlotte.

généralement
Une

longue chaîne

de montagnes traverse les deux
en ignition; quelques uns de

îles et recèle des volcans

-

leurs sommets sont blanchis par des neiges perpétuelles.
Les oiseaux aquatiques et les poissons abondent dans
ses

rivières. Le sol

pomme de terre. Les

la

produit

le

essences

forestières sont celles des

froment, l'orge
3

et

�L'OCÉANIE

50

pays tempérés; ses bois renferment environ cent vingt
différentes essences, le kauri , par exemple, propre à
la mâture, et le laurier karaka dont le feuillage reflète
,

la lumière, et dont le fruit consiste en grappes dorées;
son doux climat est favorable aux santés délicates, et
ses eaux thermales attirent les malades.
Le chiffre des

indigènes

est évalué à trente mille. Ils

divisent en une foule de peuplades indépendantes et
ennemies, qui se distinguent par la régularité de leurs
traits, leur force physique et leur bravoure. Leur in­
dustrie consiste à construire des. pirogues, à tresser des
filets, des tissus de phormium tenax 1, des nattes, à fabri­
se

quer des haches et des casse-tête.
Ils se graissent les cheveux et le corps avec une huile
de poisson d'une odeur nauséabonde; ils y mêlent de
l'ocre rouge afin de se donner un aspect plus
et se tatouent dans l'espoir de s'embellir.

Leur vêtement

redoutable,

compose de feuilles de phormium.
découpées en bandes entrelacées, elles

Desséchées,

se

laquelle ils s'habillent. Un mor­
épaules et descend jusqu'aux genoux;
l'autre part de la ceinture et va jusqu'à terre.
Les deux sexes se percent les oreilles et y suspendent
des ossements ou d'autres objets auxquels ils attachent
forment

étoffe

une

s'attache

ceau

avec

aux

de la valeur.

Leur

long

dix de

sèches et de
doit

se

dans
sur

1

fragile habitation, de vingt pieds de
large et six de haut, se compose d'herbes
perches. La porte est basse, et l'homme
et

petite

sur

traîner

sa

mains et

genoux pour entrer
maison. Les lits sont faits de feuillages étendus
sur ses

ses

le sol.
Le

phormium

spontanément
Préparé
tissus.

avec

au

tenax est le

bord de la

soin,

il

mer

plus

beau lin du monde. Il crclt

et dans les

peut être employé

à

crevasses

fabriquer

les

des rochers.

plus précieux

�L'OCÉANIE

racines, de fougères qui
profusion, de céleris, de choux, de navets,

Les habitants
croissent à
de

51

vivent de

d'oiseaux et de chiens cuits à la broche

poissons,

ou

feu. Ils mangent aussi des ignames, des patates et
des cocos. Leur santé paraît florissante, grâce à la fru­
au

de leur

régime.
langue douce et sonore de la Polynésie.
Ils adorent de grossières idoles et sont dominés par
la superstition du tabou. Leurs prêtres se nomment
arikis, et les femmes des prêtres remplissent les fonc­
tions de prêtresses. Chaque village un peu important,
muni de moyens de défense, renferme la maison du
Maître du monde et des divinités qui lui sont subordon­
nées: c'est une case plus grande, plus solide que les
galité
Ils

parlent

la

autres, destinée à recevoir la nourriture sacrée et à
réunir les habitants pour la récitation des prières Les
arikis expliquent les songes, interprètent les volontés
..

célestes,

décident les affaires.

principales circonstances de la vie, la naissance,
mariage, la mort, c'est-à-dire le passage de ce monde
à l'autre, sont consacrées par des cérémonies religieuses.
On prétend même que, pour l'enfant qui voit le jour, la
pratique appelée toïnga présente quelque chose d'ana­
logue au baptême.
Les indigènes se divisent en deux races distinctes,
les Mauga-Mauga, peu intelligents, et les Maoris, très
supérieurs aux premiers; on reconnaît ceux-ci à leur
taille élevée, aux traits réguliers, au nez aquilin, au
regard grave, au front soucieux qui distinguent leur
Les

le

extérieur.

groupés en tribus; chaque tribu
chef, auquel elle rend obéissance et res­

Les Maoris sont
reconnaît

un

pect. Elle se compose d'ailleurs d'hommes libres et d'es­
claves. Les esclaves sont les prisonniers de guerre,
leurs enfants et les indigènes réduits à la servitude,

�L'OCÉANIE
par suite de crimes ou de malheurs. L'esclavage leur
semble imprimer sur la personne de l'esclave une tache

indélébile; aussi ceux qu'elle atteint cherchent-ils rare­
ment à s'y soustraire par la fuite; ils restent comme
accablés sous le poids de leur infortune, travaillent
sous la direction des femmes à la culture, à la pêche
ou à la préparation des aliments.
Les Maoris sont anthropophages, et ils préfèrent la
chair des indigènes à celle des Européens.
En 1767, la Nouvelle-Zélande a été visitée par Cook,
et surnommée alors Terre de Cook; après lui, plusieurs
navigateurs français y sont venus; mais ce fut seule­
ment en 1839 que les Anglais y fondèrent leur premier
établissement. A leur arrivée ils trouvèrent peu d'arbres

fruits, à peine deux mammifères, le rat et le chien: ils
n'y rencontrèrent ni reptiles ni insectes venimeux. Le
nombre des colons est
maintena�t bien supérieur à
celui des indigènes.
Les colonisateurs se sont emparés de territoires im­
à

portants; ils

commencent à

en

tirer d'abondants pro­

duits; mais ils ont eu des luttes à soutenir contre les
Maoris, qui ont trouvé dans les settlers (émigrants an­
glais) des ennemis, au lieu de rencontrer en eux d'obli­
geants alliés. L'Angleterre voulut traiter pour la con­
cession des terrains avec les chefs, qu'elle sut gagner à
les tribus se crurent trahies par leurs protec­
naturels, et, malgré leur déférence habituelle
pour ceux qui sont à leur tête, elles s'insurgèrent et es­
sayèrent de reprendre les terres dont elles se trouvaient
injustement dépouillées. Après plusieurs années d'hos­
tilités la pai:x. fut conclue; mais c'est une paix armée
sa cause:

teurs

avec un

horizon

L'Angleterre

chargé

a

donné

ment constitutionnel.

pouvoir central,

le

de nuages.
au

pays

une

sorte de gouverne­

Un gouverneur, nommé par le

représente

dans la

Nouvelle-Zë-

,

�L'OCÉANIE

lande;
quinze

il doit s'entendre
membres et

une

tants, élus pour cinq

ti3

conseil

un

avec

législatif

chambre de trente-six

de

représen­

Sont électeurs: les colons et

ans.

les

indigènes adultes, propriétaires d'un bien non grevé.
cinquante livres, ou payant une loca­
de
dix
tion
livres dans les villes et de cinq livres dans
d'une valeur de

les campagnes. La reine s'est réservé le droit de veto,
pendant deux ans, sur les lois décrétées par la législa­
tion coloniale. On
tats de

ignore

encore

seront les résul­

quels

libérales concessions. Les

ces

indigènes

n'en

apprécient pas la valeur, et ne sont pas préparés à
exercer leurs nouveaux droits d'une matière utile aux
intérêts du pays.
Au milieu des difficultés suscitées par les Maoris, la
colonie n'a pas cessé de grandir et de prospérer. L'ex­

ploitation

de

gisements

vail et de richesse.

aurifères est

une source

de tra­

Un tunnel d'environ deux kilo­

mètres, creusé à travers les montagnes volcaniques qui
coupent en deux parties l'île du sud, est un travail

gigantesque qui fait grand honneur aux ingénieurs an­
glais, et qui améliore sensiblement les moyens de com­
munication et de transport.
Le pays est partagé en plusieurs

Wellington

est situé

de la colonie porte

son

au

provinces.
l'île; la capitale
Cette ville possède une

centre de

nom.

conférence de Saint-Vincent- de- Paul
et

zélée pour chercher à
environs.

assez

ses

La

province
Auckland, bâti
ports.
Tanaraké
de la

ou

la
sur

en

plus importante
un isthme étroit,

New-Plymouth

Nouvelle-Zélande,

à

florissante

pour chef-lieu
entre deux beaux

a

est surnommé le

cause

pittoresques paysages.
Nelson, riche en mines d'or,

assez

fonder d'autres dans

de
de

sa

jardin

fertilité et de

cuivre,

de

ses

charbon,

�L'OCÉANIE

fi4

par la douceur de son climat; Canterbury,
l'abondance
de ses pâturages, et Otago , pal' le
par
nombre considérable d'Écossais qui se sont réunis dans
se

distingue

la contrée.
Au

de

point

divisée

vue

catholique,

la Nouvelle-Zélande est

trois

diocèses, de fondation récente: Wel­
et
dans l'île du nord; Dunedin, dans
Auckland,
lington
celle du sud; ils comptent plus de soixante mille fidèles.
en

indigènes figurent dans ce chiffre pour une fraction
difficile à évaluer; il est bien désirable qu'elle aug­
mente: la vraie religion seule pourrait les sauver d'une
ruine totale, en réprimant chez eux les vices qui les
Les

tuent.

Quelques détails
neront

une

sur

idée de

Wellington

don­

La cathédrale

peut

le diocèse de

situation.

sa

contenir environ mille personnes. Il y a dans la circon­
scription soixante églises ou chapelles j trois à quatre
cents habitants trouvent

sanctuaires. Il

en

place

faudrait bien

de la

dépense pour
analogue à ceux qui

dans la

plupart de ces
davantage. La moyenne

la construction d'un édifice sacré,
existent déjà, est d'environ quinze

mille francs. Le diocèse

ne

possédait

encore,

en ces

der­

nières années, ni séminaire. ni collège, ni hôpital. Les
jeunes gens du pays appelés au sacerdoce s'élèvent en
France

ou en

dû essayer

Irlande.

Cependant

les frères maristes ont

de latin dans le pays.
maisons
d'école sont dirigées par des
Trente-quatre
religieuses ou des laïques. Ces sœurs, venues d'Eu­
rope

en

un cours

Zélande, appartiennent

à la

congrégation

de la

Merci et à celle de Notre- Dame-des-Missions. Elles
trouvent des vocations dans le pays,

attirent à leurs

pensionnats les protestants comme les catholiques, et
ont assez d'influence pour soutenir elles-mêmes et ac­
croître leurs

œuvres

L'ivrognerie,

de zèle.

la paresse

invétérée, la dépravation

et

�L'OCÉANIE
la vie nomade de

beaucoup d'indigènes

les

disposent

catholicisme; ils voient autour d'eux une foule
de sectes protestantes, et ce triste spectacle jette dans
mal

au

leur

esprit

peu ouvert
à discerner la vérité.

Les

Européens

ment leurs

ignorants;

venus

confusion

qui

ne

les aide pas

d'Irlande conservent

habitudes chrétiennes.

le contact des dissidents

fâcheuse influence j

visiter,

une

Ils

sont

générale­
pauvres,

exerce sur eux Une

cependant, quand le prêtre va les
avec une joie reconnaissante, et

ils l'accueillent

voudraient le

garder au

milieu d'eux.

En somme, dit MIl" Redwood, le catholicisme fait
des progrès. Il en fera de plus grands encore quand
«

nous aurons

plus
de

prêtres, plus d'écoles, plus de cha­
moyens extérieurs qui nous rendent
yeux des Anglais, c'est la respectabi­
de

pelles, plus
respectables. Aux
lité qui donne l'influence et commence
que l'instruction et la grâce achèvent. »
ces

En Tasmanie et

possède
nir;

dès

sements

en

des conversions

Nouvelle-Zélande, l'Angleterre

des colonies

qui promettent beaucoup à l'ave­
présent, en Australie, de vastes établis­
fournissent à la métropole d'importantes res­
à

sources.

Petitjean, missionnaire apostolique, donne sur
indigènes Zélandais des détails qui seront lus avec
intérêt: « Au milieu de mes courses fréquentes, néces­
saires pour avancer l'œuvre de Dieu, je vis comme les
Maoris; je ne peux suivre l'avis des Européens qui me
disent d'emporter des provisions. Ne faut-il pas que
le prêtre se fasse tout à tous, s'il veut tout gagner à
Jésus-Christ? Ne faut-il pas qu'il achète par quelques
privations la gloire d'annoncer l'Évangile?
« Ces
peuples sont, il est vrai, parfois d'une mal­
propreté dégoûtante. Aussi les Européens ne les ap­
prochent-ils qu'avec une extrême précaution, et ils ne
Mil"

les

..

�L'OCÉANIE
les souffrent pas chez eux; mais je ne saurais
ceux que Dieu m'a donnés pour enfants. Je leur

éloigner
permets
qu'ils voient,

ma demeure, de toucher ce
questionner à leur aise; et lorsqu'ils

d'entrer dans
de

me

faits,
cc

ils

se

retirent

en me

L'ariki est bon,

sont satis­

bénissant.

disent-Ils;

il

ne

ressemble pas

aux

étrangers.
cc

A toute heure

je

sillonne les rivières et la

mer

pour

néophyte. Lorsque je suis sur
leurs pirogues, les voyageurs, qui me reconnaissent à
ma soutane, à mon chapeau triangulaire et à mon cru­
cifix, disent: Voilà un prêtre catholique qui visite son
troupeau; il va prêcher l'Évangile ou voir un malade:
tandis que chacun court à ses affaires, celui -Ià ne court
qu'après les âmes!
Il Dans un de ces
voyages, j'appris qu'une petite fille
était près de mourir; je remontai aussitôt sur le canot
des naturels pour aller sauver cette âme en danger.
Sans doute je fus bien reçu de la tribu, qui fait notre
prière avec zèle, bien qu'elle n'ait pas encore entière­
ment abjuré ses superstitions; mais le père refusa de
me confier son enfant, sous prétexte que si elle était­
baptisée elle expirerait le même jour, et qu'à sa mort il
ne pourrait pas la pleurer à la façon des Maoris. Je dis
à ce père ce que le zèle put m'inspirer; tout fut inutile.
Mes efforts restant sans succès, je vouai l'enfant à
Marie; je la recommandai aux saints anges, et enfin
j'eus le bonheur de lui ouvrir le ciel. Voici comment je
réussis: on me prépara de la nourriture, et je la refu­
sai honnêtement. Je ne saurais manger, dis-je à mes
hôtes, mon cœur est triste à cause de celle enfant, qui
ne verra pas le Grand-Esprit. La pluie venait de tom­
ber; j'aperçois une feuille qui contient assez d'eau p0lU'
le baptême. Je la prends, et je dis au père: Le bap­
tême n'est pas à redouter; voilà comment je m'y prenme

rendre

près

d'un

�L'OCÉANIE
drais si tu

laissais

me

sacrement. Le

père

cette enfant est

un

faire;

et

li7

j'administrai

alors le

s'en irrita pas, et aujourd'hui
ange qui prie au ciel pour la mis­
ne

sion.
«

Nos Maoris sont dénués de tout. Le lit du malade

est la terre

nue ou recouverte tout au plus d'un
peu
d'herbe. Sa nourriture est à peu près la même qu'en
état de santé. Où sont nos admirables sœurs de Saint­

Vincent-de-Paul, qui gagnent

les

cœurs

à

Dieu,

tan­

dis que d'une main si charitable elles soulagent les
membres des pauvres infirmes? Ici, peut- être plus
qu'ailleurs, la religion est appelée à faire cesser bien
des
des

que

misères,

à civiliser

peuple qui a
défauts, mais qui a aussi de grandes qualités, et
sa simplicité enfantine rend si digne d'intérêt. »
promptement

un

�CHAPITRE

L'Australie", la plus importante

des colonies

V

anglaises.-Montagnes;

Curiosités du règne animal; chien sauvage,
fleuves; climat.
Cinq catégories d'oi­
kanguroo, opossum, ornithorynque, etc,
Richesses et variétés
seaux.
Casoar, oiseau-lyre, pélican.
des végétaux, des sources minérales, des gisements métalliques.
Extérieur, caractère, coutumes et croyances des indigènes.­
-

-

-

-

-

l'Évangile

Elle doit à
le rang
pitoyable de la femme.
Dialectes flexibles
occupe dans les sociétés chrétiennes.
Leurs armes et leurs outils.
et sonores des Australiens.
La

Condition

-

qu'elle

-

-

chasse et la

taires.

-

-

L'Australie est située
Micronésie. Dès
décou vrait, et
années

sur

côtes orientales.

Quelques
fréquentes

continent, qu'ils appelaient la Nouvelle­

nation d'Australie
se

justifie

ses

des Hollandais faisaient de

Hollande; mais les

qui

sud de la Malaisie et de la
Torrès la

longeait

le

au

1606, l'Espagnol Louis de

plus tard,

descentes

-

constituent leurs principales ressources alimen­
Médecine du bogUa ou sorcier.
Culte des morts.

pêche

par

Anglais lui conservèrent la dénomi­
qu'elle avait reçue tout d'abord, et
sa situation dans l'hémisphère aus­

tral.

1770, Cook prenait possession du pays pour l'An­
gleterre, débarquait sur un beau rivage qu'il nommait
En

Botany-Bay, à cause de son riant aspect, et donnait à
cette partie de l'Australie la dénomination de Nouvelle­
Galles du Sud.

�L'OCÉANIE
L'Australie

59

longueur de quatre cents myria­
mètres, sur une largeur moyenne de cent quatre-vingts.
On y trouve de vastes plaines et des plateaux peu
a une

élevés.

montagnes sont bien moins hautes que celles de
l'Europe. Cependant deux chaînes majes­

Ses

l'Asie et de

tueuses s'élèvent à

une

certaine distance des

l'orient, les montagnes Bleues

ou

d'Azur; à

côtes; à
l'occident,

Darling. Au sud, on voit de loin les Pyrénées
australiennes; toujours couvertes de neige, elles se re­
lient aux Alpes australiennes, qui rejoignent les monts

les monts

d'Azur.

Darling, le Clarence, l'Avon, le Hunter, le Mor
rumbridge et le Murray sont les principaux fleuves du
pays, qui renferme aussi des lacs d'eau douce et d'eau
Le

..

salée.
Son

climat varie suivant les

accablante dans la
vers

les

qu'on

tropiques,

s'avance

vers

zones.

partie septentrionale,
et

D'une chaleur

il est

tempéré

le thermomètre baisse à

mesure

le midi.

pôle de l'Australie est opposé au nôtre; les jours,
les nuits, les saisons s'y produisent à l'inverse de ce
qui se passe en Europe. Il est là dix heures du soir
lorsque nous entendons sonner midi. Le printemps
règne en septembre octobre et novembre; l'été, en dé­
cembre, janvier et février; l'automne, en mars avril et
mai; I'hiver, en juin, juillet et août. Les saisons, très
variables dans le nord, se suivent régulièrement dans le
Le

,

,

midi.
le lion, le tigre, le rhinocéros, l'hippopo­
tame ne se rencontrent pas sur ce continent: peu d'ani­
maux carnassiers s'y trouvent. Le plus répandu est le

L'éléphant,

chien sauvage, qui tient plus du renard que du chien
d'Europe. Il emploie la ruse pour attaquer les animaux

dont il veut

se

nourrir,

les moutons, par

exemple,

et

�L'OCÉANIE

60

saigne au cou, fini au
danger,
qu'il n'entend plus de
de
la
victime expirante. Les
bruit, et se repaît. alors
indigènes réussissent à l'apprivoiser et à l'utiliser pour
1eR oiseaux de basse-cour. Il les
revient dès

moindre

la chasse.

Le chat sauvage,
dans

un

tronc

comme

d'arbre,

la

fouine,

se

cache le

et voyage la nuit pour

jour
sur­

prendre les oiseaux dans leur sommeil.
Le plus grand quadrupède de l'Australie et en même
temps le plus répandu est le kanguroo, mammifère
de l'ordre des marsupiaux, et gibier très recherché. Il
porte ses petits dans une poche ouverte sous le ventre,
et vit en troupes dans les bois ou dans les prairies. On
en compte trois genres, se subdivisant en dix espèces.
Le géant arrive à sept pieds de hauteur, et dépasse le
poids de cent vingt livres. Le kanguroo-rat a la gros­
seur du lapin avec le museau de la souris. Les grands
kanguroos ont une queue longue d'un mètre; leurs
pattes de devant sont courtes et terminées par cinq
doigts garnis de griffes. « Souvent, dit M�r Salvado, je
les ai vus saisir une de leurs herbes préférées, s'asseoir
paisiblement sur leurs jambes de derrière, puis, par
une manière de jeu, faire passer cette herbe d'une patte
dans l'autre, comme fait un singe ou un écureuil. »
M. de Castella ajoute, dans ses Souvenirs d'un squet­
ter français en Australie: cc Le kanguroo saute sur
ses deux pattes de derrière seulement, le corps droit et
un peu penché en avant, les bras pendants sur la poi­
trine. Il se met en mouvement par de petits bonds
réguliers, les augmentant à mesure qu'il se sent pour­
suivi. A toute vitesse, il franchit bien douze à quinze
pieds à chaque bond. Quand il vient de sauter et qu'il
est en l'air, sa longue queue et ses longues jambes pen­
dantes se touchent. Elles se séparent de nouveau pour
le recevoir au moment où il ira retomber à terre, ce qui

�L'OCÉANIE
à chacun de

ses bonds, un double mouvement
original et très gracieux. Les kangu­
s'enfuient toujours les uns derrière les autres, en

produit,
de

très

pendule

roos

colonne par un,
Les

6t

comme on

étant les

dirait à l'école du cavalier.

trouvent ordinairement de

feuilles dont il
dans

plus lourds,

arrivent les

derniers;
jeunes étourdis,
qui n'ont pas obéi essez promptement au signal donné
par les mères. Au départ, le kanguroo est plus vif
que les chiens; mais, s'il est poursuivi sans relâche
pendant le premier mille, il commence bientôt à se
fatiguer, et à la fin du second il est atteint. Lorsqu'il
est forcé, il s'arrête et attend les chiens. Ceux-ci l'at­
taquent par derrière; car, s'il les voyait venir, il pour­
rait les éventrer d'un coup d'une de ses longues pattes,
formées de trois doigts seulement. Celui du milieu, plus
long que les autres, est armé d'une sorte de corne for­
midable. Mais comme ces pattes, qui lui servent de dé­
fense, sont en même temps celles sur lesquelles il est
assis, le kanguroo n'est pas bien agile; il ne peut faire
face à un ennemi adroit, comme le chien, qui le saisit à
la nuque et l'étrangle. »
L'opossum, très répandu aussi dans l'Australie, est
un animal timide, docile, facile à apprivoiser. Le jour,
il dort; la nuit, il monte sur les arbres pour cueillir les
vieux,

avec eux se

se

nourrit. La mère porte deux

trois

ou

besace. Quand ils sont parvenus à la
petils
des
souris, ils en sortent pour aller brouter
grosseur
rentrent
à l� moindre alerte, et alors la fa­
l'herbe, y
sa

fuite. La peau de l'opossum,
laine, est employée à des ceintures d'hommes
mille

se

met

en

garnie
ou

de

à des

couvertures.

L'écureuil-volant porte
leur noire

très

une

fourrure d'une belle
et d'un

élevé

cou­

fine,
grise,
prix
malgré
petitesse. Quoiqu'il n'ait pas d'ailes, il passe d'un
arbre à l'autre en élargissant ses pattes et en distendant
sa

ou

�L'OCÉANIE

62

la peau de son ventre. Le baudicourt, le moton, se nour­
rissent d'herbes; ils habitent sous terre ou dans des
troncs d'arbres. L'échidné ressemble
un

effilé

museau

l'autre

se

comme

au

hérisson,

avec

celui du fourmilier. L'un et

nourrissent d'insectes.

L'ornithorynque, long d'environ cinquante centimètres,
vit dans les lacs d'eau douce; sa peau est couverte de
poils, et sa mâchoire se termine en bec de canard. Ses

pattes de devant

sont

armées de

palmées; celles de derrière
rapproche des

sont

structure le

griffes;
rep­
petits viennent au monde dans un tissu très
mou: quand ils sont nés, leur mère répand son lait dans
l'eau, afin qu'ils puissent le boire.
sa

tiles. Ses

Peu de contrées sont aussi riches par la variété des

oiseaux. On

distingue cinq catégories: les rapaces,
pêcheurs,
gallinacés, les échassiers et les pal­
mipèdes. Plusieurs espèces d'aigles, les fauves, par
exemple, tuent un agneau d'un coup de bec: ils ont des
ailes assez fortes pour leur permettre d'emporter dans
leur nid un poids de quinze livres.
Les corbeaux, d'une taille inférieure à ceux de nos
contrées, voyagent par bandes de plusieurs centaines.
« Une
singularité du corbeau d'Australie, dit Mgr Sal­
en

les

les

vado, c'est

son

des corbeaux
s'il

aperçoit

ramage bien différent de l'affreux couac
A peine perché sur un arbre,

européens.
un

homme

qui

semble

l'écouter,

il

com­

bien étrange, avec
certains demi-tons d'un effet tout à fait comique et

mence

des
il

à chanter d'une

manière

de corps non moins drôles;' enfin
considérablement la finale, comme certains

mouvements

allonge

chantres de cathédrale. Aussi semble-t-Il

se moquer de
s'arrêtent
et
le
qui
pour
regarder,
qui ne peuvent
de
rire
en
entendant
ce
s'empêcher
singulier chan­

ceux

teur.

»

Les perroquets d'Australie surpassent

ceux

du monde

�L'OCÉANIE

63

entier par la beauté de leur

plumage. Les perroquets
(kakatoès) s'apprivoisent facilement, parviennent
reproduire les cris, et sont si attachés les uns aux

blancs

vite à

autres, que si l'un d'eux est blessé tous accourent pour
le défendre.
Le bisbiglia ou dindon sauvage, avec son plumage
gris-blanc, pèse plus de quinze livres; l'étendue de ses
ailes déployées est de sept pieds.
L'oiseau le plus grand du pays est l'autruche émou
ou casoar. Sa taille s'élève à sept pieds. Il se sert de ses
ailes, non pour voler, mais pour activer sa marche.

Il s'attache à

ses

maîtres.

«

Nous avions à la station

d'Yering, dit M. de Castella, un magnifique casoar
qu'on avait poursuivi et atteint tout jeune encore, par
une

fraîche matinée d'hiver. Il était devenu si

familier,

était le favori de tout le monde. Quand on montait
à cheval, il gambadait sur ses deux longues jambes,

qu'il

élevant

son

cou

et

l'abaissant, de

chien saute à la tête du cheval de

même
son

qu'un jeune
maître, pour lui

joie de la course qu'ils vont faire. On l'avait
appelé Tommy, et tout était permis à Tommy. Quand
montrer

sa

la porte de la salle à manger était ouverte, et que la
table était dressée pour le thé, si Typhon, le domes­

tique

chinois 1 avait

préparé quelque

friandise de

sa

fa­

Tommy avalait tout avant que le Chinois eût eu le
temps d'arriver au secours; de même pour les prunes
et les figues que notre cuisinier faisait sécher au soleil.
çon,

Quand celui-ci venait porter plainte contre le casoar,
savions guère que rire de ses griefs, et l'oiseau

nous ne

rengorgeait, de sorte que le Chinois et lui
personnels.
II. Comme
Tommy était plus grand que Tschimma
(frère de Typhon), il l'avait pris particulièrement pour
victime; du plus loin qu'il l'apercevait, il lui courait
Sus, lui donnait de grands coups de bec dans le dos,
intelligent

se

étaient ennemis

�L'OCÉANIE

pinçait sa longue tresse et la lui tirait
en arrière, ce qui meLtait Tschimma dans des fureurs
qui divertissaient tous les gens. Un jour que l'oiseau
souvent lui

traitait le Chinois

avec

irrévérence

son

.accou tumée

•

qui sortait de la cuisine tenant à la main,
par malheur, une fourchette en fer, dans sa colère se
précipita sur lui et lui creva un œil. Ce fut une déso­
Tschimma

,

générale à la station, et le lendemain Tommy
avait disparu. Jamais on ne retrouva vestige de lui, et
nous supposâmes, tant nous lui accordions de sensibi­
lité, qu'indigné de ce traitement, il avait voulu retour­
ner dans le bush, et qu'ayant suivi la longue barrière
jusqu'à la rivière, il Y était tombé et s'était noyé. »
L'oiseau-lyre est le faisan des bois australiens. Son
plumage est remarquable; sa queue reproduit la fidèle
image de l'instrument dont il porte le nom. Sa course
est plus rapide que son vol, et le chien de chasse le suit
difficilement. S'il sent l'ennemi de près, il s'envole
pour se réfugier sur les branches les plus basses des
arbres, saute ensuite sur de plus hautes, gagne ainsi
le sommet, et se cache sous le feuillage le plus épais. Il
chante et imite si bien les autres oiseaux, qu'ils viennent
se poser près de lui.
lation

Les vastes forêts de l'Australie n'ont pas de chantre
digne d'être comparé au rossignol ou même à la fau­

vette, mais, dans les ramages particuliers de chaque

oiseau, plusieurs

ont du charme.

Notre énumération serait trop incomplète, si nous ne
citions pas encore de grands pigeons, excellents à man­
ger; le cygne
can,
sons

qui porte

noir,
dans

avec son
sa

poche

destinés à nourrir

canard

musqué,

le loriot

port majestueux; le péli­
six à huit livres de

ses
aux

petits;

vives couleurs; le

plume brille au soleil comme une
traquet,
de
saïque
pierres précieuses; et la moucherolle,
dont la

pois­

le bec- rouge, le

petit
mo­

dont

�L'OCÉANIE
les cris

imitent,
d'un postillon.

à

s'y tromper,

le

65

claquement

du fouet

Parmi les
rare
aux

insectes, on trouve des papillons d'une
beauté, d'industrieuses abeilles qui ressemblent
nôtres, des mouches aux piqûres quelquefois dan­

gereuses, des fourmis

aux morsures

souvent doulou­

reuses.

coquillages des côtes
d'éclat. Des poissons délicats
Les

et dans les

Enfin les

nisation

se

sont nombreux et

pleins

abondent dans les rivières

mers.

zoophytes, ces animaux qui par leur orga­
rapprochent de la plante, sont plus multi­

Australie que partout ailleurs. Les polypiers
à corail s'y trouvent en si grand nombre, qu'ils en­

pliés

en

tourent d'écueils

les abords de la côte orientale du

continent.

Si le règne animal en Australie mérite de fixer notre
attention, celui des végétaux est peut-être encore plus

remarquable, car il est très varié, original, élégant et
souvent majestueux. L'Europe lui a fait déjà de nom­
breux emprunts, destinés à embellir les jardins et à en
augmenfer les produits.
La plus belle fleur australienne est le metrosùieros
,

le calastemma candidum embaume les forêts de

licieux

dé­

marsupia mirabilis se distingue par
jaunes, rouges et vertes.
Le cedrela australis est employé à confectionner d'ex­
cellents meubles. L'eucalyptus, dont le tronc peut s'élever
à une hauteur de cent cinquante pieds et mesurer trente
pieds de circonférence, est surnommé l'acajou de l'Aus­
tralie; son bois rouge foncé sert à tous les usages de la
menuiserie et de la charpente. Ses racines aspirent l'eau
des terrains marécageux et les assainissent. C'est en le
plantant par milliers que les trappistes ont rendu sa­
lubre leur vaste et florissante exploitation de Staouéli
parfum;

l'éclat de

le

son

ses nuances

�L'OCÉANIE

66

(Algérie). La décoction de ses feuilles ou de son écorce
préserve de la fièvre, et remplace le quinquina.
Une variété d'eucalyptus produit la gomme rouge,
très employée en médecine; une autre, à bois blanc
mals très dur, conserve l'eau de la pluie dans ses ca­
vités. Les indigènes creusent ses nœuds pour étancher
leur soif. Ils font griller ses racines, les mâchent, en
expriment le jus, et s'en nourrissent.
Le sandal à bois jaune, d'une agréable odeur, se
débite facilement, et figure avec avantage dans les
meubles de marqueterie. Sa fumée rappelle celle de
,

l'encens.
Le banksia

vivifolia est un arbuste de cinquante cen­
long, d'une circonférence égale à sa hau­
teur, qui produit une liqueur douce comme le miel. Ses
feuilles infusées donnent à l'eau le goût d'une sorte
d'hydromel très apprécié des habitants.
L'infusion des feuilles du tea-tree (arbre à thé) pro­
cure un breuvage analogue à celui du thé.
timètres de

La œantorrhëe recèle de gros vers que mangent les
Australiens. Ses feuilles couvrent les cabanes; elles
éclairent si

les brûle. Sa gomme

on

résineuse, d'une

té­

nacité

exceptionnelle, sert à fabriquer les marteaux et
les armes j ses tiges et son tronc sont très appréciés
comme bois de chauffage.
Parmi les nombreuses espèces d'acacias, il en est une
gomme nutritive.
Le bois des tustanies, facile à creuser, sert à la

qui produit

une

struction des

con­

barques.

L'erytruia (arbre

à

corail)

se

distingue

par

ses

belles

feuilles écarlates.
On

ne

végétaux

finirait pas si l'on voulait énumérer tous les
intéressants de l'Australie. Les feuillages n'y

sont pas aussi

épais qu'en Europe;

d'un vert aussi

leur teinte n'est pas
restent parés de

vif; mais les arbres

�L'OCÉANIE
feuilles

tombent, pour
remplacées.
Cependant l'Australie, sous

qui

ne

67

la

plupart,

le

rapport des plantes

quand

que

d'autres les ont
nutritives ,

est moins richement dotée que les îles de

l'Océanie. Elle

renferme ni les arbres à

épices, si
pain, dont
trois fruits peuvent suffire à la nourriture d'une journée,
ni le bananier, ni le cocotier, dont les produits jouent un
si grand rôle dans l'alimentation des pays chauds.
Le sol contient des sources minérales, des gisements
d'ardoises, de pierres calcaires, de sel, de fer, de char­
bon de terre, de plomb, de cuivre et d'or.
Quant aux indigènes, ils n'appartiennent pas à la
race nègre, et proviennent probablement de la race
ne

nombreux dans les

Moluques

ni l'arbre à

,

adamanne. Ils ont des cheveux floconacés et souvent

grande bouche, le nez épaté et le teint
présumer qu'ils sont arrivés par le détroit
de Torrès de la Nouvelle-Guinée, vaincus et chassés
par les Papou as. A propos de leur extérieur, dom Bé­
rangier résume ainsi les documents puisés à des sources
crépus,

une

brun. Il est à

sûres:
«

•••

La vérité est que,

sans

être des A poIlons, les

Australiens ont les membres bien
taille varie entre

un mètre

proportionnés j

soixante-deux et

soixante-douze. Ils ont la tête

petite,

le front

un

leur

mètre

large

et

un

peu fuyant, les yeux grands et vifs, la denture magni­
fique Leur poitrine large, leurs fortes épaules, leur
...

robuste j mais souvent ils
la
nourriture
n'est pas abon­
que
dante dans les solitudes de "Australie. Leur démarche

épais, indiquent
sont maigres, parce
cou

une race

est grave, presque imposante, et ils
dignité le manteau de kanguroo. »

Leur

intelligence

objets inconnus,

est vive

et les

:

ne

portent pas

sans

elle aime à étudier les

reproduit avec une fidèle exacti­
mémoire; ils apprennent

tude. Leurs enfants ont de la

�L'OCÉANIE

68

facilement le chant, la

géographie, les morceaux de
poésie,
d'aiguille, l'agriculture.
Les indigènes adorent un dieu tout-puissant appelé
motogon, créateur du ciel et de la terre, né dans le
les travaux

pays, éminent par la force et la sagesse. Ils admettent
aussi un mauvais génie, qu'ils nomment cienga. Ce

génie

déchaîne les

tempêtes, attire
petits enfants,

santes, fait mourir les
de la terre.

les

pluies

malfai­

et habite le centre

Ils croient qu'après la mort, l'âme du défunt reste sur
qui entourent la case de la fa­

les branches des arbres

mille, pour exciter la pitié, jusqu'à ce qu'un passant
vienne la recueillir. Quand une mère perd son enfant, le
cri d'un

oiseau nocturne lui semble la

petit être chéri,
sort de

cabane, le supplie

sa

plainte

de

ce

lui demandant assistance. Aussitôt elle
avec

larmes et

avec

les

tendres de revenir

expressions
plus
près d'elle; elle
ne rentre dans sa case que brisée de fatigue et d'émo­
tion, puis se console en pensant que l'âme et même le
les

corps de celui qu'elle pleure sont immortels.
Les Australiens regardent le soleil comme leur in­

signe bienfaiteur,
il faut

se

nocols, qui
tants

et la lune

comme

une

méfier. Ils redoutent aussi le
se

assez

cache

au

imprudents

ennemie dont

grand serpent

fond des eaux, et tue les habi­
pour venir se désaltérer pen­

dant la nuit.

L'usage traditionnel ne permet pas au sauvage de se
marier avant trente ans; le jeune homme qui trans­
gresse cette loi court risque d'être mis à mort par le
chef de la famille. La fille n'est pas consultée pour le
Eon époux. Ses parents
disposent d'elle comme

choix de
ils

l'entendent; et, dès qu'elle

est livrée à un

homme,
propriété, qu'il acquiert sur
elle droit de vie et de mort. Une fois qu'une fille est
promise à un fiancé, il y a engagement réciproque, et
elle devient tellement

sa

�L'OCÉANIE
celui

qui

le

romprait s'exposerait

69

à mourir de Ia main

de l'offensée. La femme belle est souvent

plus

malheu­

que les autres, à cause de la jalousie que sa beauté
fait naître dans le cqlUr de son mari. Si. elle paraît s'a­
reuse

avec des compagnes, un coup de lance
lui
vient
percer la jambe et l'avertir de ne pas recom­
mencer. Si elle s'oublie une seconde fois jusqu'à se

muser, même

livrer à des
son

jeux bruyants,

mari devenir

l'époux poursuit

son

le

il n'est pas

bourreau. En

ravisseur,

et le tue

l'atteindre. Du reste, l'ordre et
règnent dans le ménage: quand
s'arrête

cas

une

rare

de voir

d'enlèvement,
s'il parvient à

certaine décence

une famille voyageuse
air pour le repos de la nuit, les gar­
groupent autour du père, tandis que la mère

en

plein

çons se
réunit les filles et les

petits enfants.
enfant, dans un bois ou près d'un
étang, lui donne le droit d'y chasser, d'y pêcher, d'y re­
cueillir les gommes et d'y chercher les racines nutri­
tives. Aussi, quand une mère sent approcher le moment
de ses couches, elle allume du feu près de la terre ou
de la rivière, afin de ménager à celui qu'elle va mettre
au monde une sorte de propriété. Elle couvre ce petit
corps de cendre ou de terre réduite en poussière, le
plonge bien des fois dans l'eau, et l'enveloppe d'une
peau de kanguroo ou d'opossum; elle commence alors
un allaitement qui se continuera pendant quatre à cinq
La naissance d'un

ans.

Quand il entend le cri de l'enfant, le père demande
quel est son sexe: si c'est une fille, il ne se dérange
pas pour la voir j si c'est un garçon, il chante des re­
frains d'allégresse, et se rend à la chasse pour chercher

du

gibier et préparer une réjouissance.
Après deux ou trois jours de repos, la mère se lève et
porte l'enfant à son père, qui lui donne un nom. Les
parents mettent à

mort les filles et les garçons mal

con-

�L'OCÉANIE

70

formés, les sourds-muets et les idiots réputés incu­
rables, la troisième et parfois la seconde fllle qui leur
sont données, à moins qu'une voisine compatissante ne
se charge de l'élever.
Quant aux enfants qu'ils consentent à garder, ils les
aiment d'un

aveugle,

amour

leurs défauts. Le

n'osent pas corriger
bonne heure à son

et

père apprend de

fils la chasse, la pêche, et s'amuse à lui fabriquer des
engins et de petites armes, en rapport avec la faiblesse
de celui

qui doit les manier.
La monogamie est assez répandue chez les sauvages
australiens; cependant plusieurs ont deux femmes d'âge
différent; d'autres en ont trois et même davantage, s'il
leur arrive de recueillir pour les protéger les veuves
d'un

parent

d'un ami.

ou

Ils n'attachent nulle

importance

querelles

aux

des

eUes, souvent ne s'en mêlent pas, et mon­
trent beaucoup d'insensibilité pour les dangers qu'elles
courent et les blessures qu'eUes reçoivent. Après des
rixes féminines, on entend les hommes dire: « A quoi
femmes entre

bon
à

s'occuper

mourir, il
«

en

Pauvres

va do

,

si

vous

dernes, vous
vous

de leurs démêlés? Pour
resterait mille autres.

femmes, remarque
êtes quelque chose

le devez à

êtes réduites

au

une

qui

viendrait

»

ce propos Mgr Sal­
dans les sociétés mo­

à

l'Évangile.
dernier

Parmi les sauvages,
degré de l'abjection. Au

moment de votre

naissance, votre vie tient à bien peu
enfance, dans votre jeunesse, vous
en
cas
de famine, la proie de vos pro­
devenir,
pouvez
et
arrivées
à l'âge adulte, vous vous
enfin,
pres parents;
trouvez la bête de somme, la chose de votre mari, qui

de chose. Dans votre

peut
de

vous

tuer

reproche!

ou

vous

0 femmes

laisser mourir

d'Europe,

du don inestimable de la foi

vous

sans

encourir

qui jouissez

catholique et de tous les
avantages qui l'accompagnent, souvenez-vous de vos.

�L'OCÉANIE

71

pauvres sœurs de l'Australie, et, si vous le pouvez, que
aumônes aident les missionnaires à les tirer de leur

vos

dégradation physique
tiennes et civilisées

et

morale,

comme vous

1

en

les rendant chré­

»

En été, les sauvages ne sont pas vêtus, et ne portent
pour tout habillement qu'une ceinture d'environ vingt­
cinq centimètres de large, faite avec les fragments les

plus solides de la laine d'opossum. Dans les jours de
disette, ils la serrent soigneusement, afin de pouvoir
mieux supporter la faim. Cette ceinture contient les
tranchantes dont ils arment leurs lances,

petites pierres
les outils, le

sac

et les couleurs

de

avec

graisse

dont ils

lesquelles

ils

se

se

servent

peignent

souvent,

le corps. En

hiver, ils portent un manteau de peau de kanguroo ou
d'opossum. Ce manteau est composé de plusieurs peaux;
le fil qui les coud est fait des nerfs de l'animal; l'ai­
guille, c'est un petit os pointu et percé à l'une de ses
extrémités. Quand le sauvage s'asseoit, le manteau de­
vient son coussin; la nuit, c'est un matelas; s'il pleut,
c'est

une

toile

sous

laquelle

l'Australien s'abrite.

Il cherche dans de bizarres ornements

une

satis­

faction de vanité. La femme, par exemple, travaille à
en teignant sa chevelure touffue et en la cou­

s'embellir

façon qu'elle ne touche pas les épaules; mais
néglige les soins de la propreté, et ne se débarrasse

pant
elle
pas

de

assez

des insectes

qui

viennent s'établir

sur sa

tête.

aux hommes, ils graissent leurs cheveux avec
mélange d'une substance huileuse et de terre rouge
réduite en poussière; ils les relèvent vers le sommet du
crâne, les y maintiennent par une bande de peau, et
placent au milieu de cette forêt de brillantes plumes
d'oiseaux. Ils portent une longue barbe peinte de cou­
leurs diverses, Ils suspendent à leur nez un os pointu
tiré de l'aile d'un oiseau; cet os traverse le cartilage, au
risque de gêner la respiration. Ils se baignent volontiers

Quant

un

�L'OCËANIE

72

et

se

frictionnent souvent, afin de

se

prémunir

contre

les

piqûres d'insectes, et de donner à leur corps la sou­
plesse qui leur permettra de faire de longues courses
sans trop de fatigue.
Les Australiens

nomie;

ils

possèdent quelques notions d'astro­
distinguent les saisons à l'apparition de cer­

tains astres, et comptent les mois par les lunes.
Leur arithmétique est bien primitive : ils ont trois
mots pour

signifier

un,

deux, trois;

en

multipliant deux

par deux, trois par trois, ils arrivent à quatre et à neuf;
mais leur esprit de combinaison ne va pas au delà. Pour

indiquer

la distance

qui

les

sépare d'un point à

un

autre, ils énumèrent les montagnes, les plaines et les
rivières

qui séparent ces deux points.
musique est encore dans l'enfance: cependant
elle enflamme l'ardeur des guerriers si elle veut exciter
à la guerre; elle fait couler des larmes si elle déplore la
perte d'un être aimé; elle entraîne à la chasse si elle
exprime l'élan et la gaieté.
Leur

Les divers dialectes de l'Australie

se

rattachent à

douce, flexible et sonore. Le
nombre des mots est restreint, comme celui des idées
et des besoins des indigènes, qui aiment les phrases
courtes et laconiques. La poésie tourne dans un cercle
très étroit, s'exprime sous des formes peu variées, et

une

langue

commune,

cependant sait trouver le chemin des cœurs.
Les exercices, exécutés en cadence, offrent à ces na­
tures sauvages un immense attrait. Chaque année, en
automne, les Australiens se réunissent pour de grands
bals. Ils y viennent de loin et au nombre de plusieurs
centaines. La chasse du kanguroo ouvre les fêtes.
Après la chasse, ils en mangent les produits dans un
abondant festin. Les plumes les plus brillantes des oi­
seaux deviennent la coiffure de ceux qui les ont tués; les
queues de chiens sauvages couvrent le dos des chas-

�L'OCÉANIE
seurs; fiers de ces

ment la

trophées,

ils chantent

73

ils commencent grave­
harmonie et répètent

danse;
précision les figures et les mouvements exécutés
par le chef d'orchestre. Ces exercices se prolongent fort
avant dans la nuit, à la lueur de grands feux. Le jour,
les exercices recommencent : on représente une chasse
ou une guerre avec un entrain qui électrise la galerie.
avec

avec

Les hommes seuls exécutent les danses et les simu­

lacres

les femmes n'ont d'autre mission que
d'entretenir les feux et de préparer les boissons. Les ré­

guerriers;

jouissances durent quelquefois plus

semaine; mais
querelles et des

d'une

souvent elles sont assombries par des

haines farouches. Commencées dans la

joie, elles

se

ter­

rixes, la tristesse et l'effusion du sang.
Les indigènes se servent avec adresse de leurs armes

minent dans les

et de leurs outils.

Les
ou

armes

offensives sont la lance

voomerang, et le darwac. La

dur,

se

divise

en

trois

catégories:

ou

ghici,

le cale

lance, faite de bois
l'une est

pointue

et

blesse pas grièvement; l'autre, garnie de crocs, tire
des troncs d'arbres les animaux qui s'y cachent, cueille
ne

la résine des hautes

branches, les

les fleurs dont les calices renferment

nids d'oiseaux et
une

substance

su­

crée. La troisième lance est vraiment l'arme du guer­
rier. Elle porle à son extrémité des pierres dures, très

aiguës, qui déchirent les chairs.
Le cale, ou woomerang est un demi cercle de bois
de deux pieds de circonférence; lancé avec force vers
la terre par le guerrier qui lui imprime un mouvement
spécial de rotation, le cale descend, mais ne touche pas
le sol, puis il remonte, s'élance dans les airs à une
grande hauteur et retombe comme une massue qui
assomme ce qu'elle rencontre sur son passage.
Le darwac est un bâton épais de bois très dur, dont le
coup donne la mort s'il frappe la tête.
-

,

4

�L'OCÉANIE

74

L'arme défensive des

indigènes est l'unda ou bou­
clier,
préserver des atteintes de la lance'; il y
en a de deux sortes: l'un, fait en écorce', garantit mal;
l'autre, en bois que le feu a durci, atteint son but, mais
fatigue par sa pesanteur.
Les outils sont le coccio ou marteau, et le mangart
ou couteau. Le coccio est le maillet associé à la hache,
dont les pierres tranchantes et affilées remplacent le fer.
Les femmes sont munies de l'uana. Elles se servent de
,

destiné à

bâton pour chercher le terrier des animaux qu'elles
veulent chasser et les racines dont elles nourriront
ce

leur famille. Elles
écorces

qui

l'emploient

aussi pour détacher les

servent de cloison à leur

les trous destinés

aux

pieux

de celte

cabane,

fragile

Les Australiens casés dans les forêts
à chasser. Le

femme

matin, la famille
dos

se

et creuser

maison.

passent leur vie

met

en

route. La

de peau de

porte
kanguroo
qui contient tout le mobilier du ménage et quelques
provisions alimentaires. Accablée sous le poids de cette
charge, elle tient encore dans ses bras l'enfant trop pe­
tit pour faire la route à pied. Le mari ne porte que sei
armes, et emploie toutes ses facultés à explorer le pays.
L'oreille tendue, l'œil au guet, il cherche à découvrir
le gibier et l'aperçoit à de grandes distances. Il entend
ce qui se passe au loin sur terre, dans l'air et jusque
sur les arbres les plus élevés.
La chasse du kanguroo se fait la nuit. Au plus léger
bruit, toute la famille se jette à terre et reste immobile:
dès qu'on a vu le kanguroo, on s'approche en rampant
afin de

sur son

se

placer

immobile, attendant que l'animal

et reste
:

n'est pas

d'uana.

le vent. Quant le chasseur est
voulue, il se dresse devant sa proie

sous

arrivé à la distance
brouter

un sac

c'est le moment de le

frapper;

se

mette à

si la blessure

mortelle, la femme achève l'animal

à coups

�L'OCÉANIE
On chasse aussi
il dort dans le

l'opossum

creux

75

dans les ténèbres. Le

des arbres et

ne

jour,

voyage guère qu'a­
est l'un des gibiers

près le coucher du soleil. Le casoar
plus recherchés par les indigènes, qui mangent sa
chair, se servent de ses plumes pour se parer aux [ours
de fête, et emploient sa graisse comme remède de beau­
coup de douleurs. Pour atteindre les autres oiseaux, le
chasseur se sert du cale, dont les bonds inattendus les
atteignent en grand nombre. Les plus petits se prennent
à un autre piège.
les

Au tem ps des chaleurs et de la sécheresse, le chasseur
grand trou, le remplit d'eau, et se blottit der­

creuse un

rière

quand les oiseaux viennent pour se
prend un vivant, l'attache par la patte
à une branche d'arbre, le fait crier, et s'en sert comme
d'appeau pour atlirer les autres; il parvient ainsi à en
tuer jusqu'à cent par jour.
Les sauvages établis près des lacs, des rivières et des
lagunes, vivent de poissons. « Figurez-vous, dit M. de
Castella, par un chaud soleil, sous le ciel gris et blanc
des jours d'été des pays chauds huit à dix sauvages à
la peau luisante et d'un ton cuivré, qui tranche sur
un

buisson:

désaltérer, il

en

1

peu monotones de la nature. Debout
jusqu'à la ceinture ou seulement jusqu'à

tous les tons

dans l'eau
mi

1

un

jambe, ils tiennent dans chaque main une lance
laquelle ils fouillent le fond de l'eau, se balançant
réglant leurs mouvements sur la mesure d'un de leurs
-

avec

et

chants à notes saccadées. Quand ils ont traversé une
anguille, ce dont ils s'aperçoivent au mouvement qu'elle
fait

en se

débattant,

lance dans

un

autre

ils la

ils la transpercent avec la seconde
endroit, et, tenant les deux pointes

jeLtent sur la terre à l'un d'eux, qui les
après leur avoir coupé la tête. Ils en
de
cette-façon des quantités prodigieuses, et
prennent
en font d'immenses grillades. Ces pauvres gens n'ont
écartées

1

met toutes

en

tas

�L'OCÉANlE

76

pas de casseroles pour préparer leur dîner; ils placent
leur gibier sur des braises recouvertes d'un peu de
cendre, et le mangent quand il est cuit. Ils n'écorchent

petits quadrupèdes qu'ils rôtissent de cette façon
primitive; ils les épilent seulement avec grand soin, et
l'animal est cuit dans son jus, ce qui fait tendre sa peau
comme celle d'une outre pleine. La cuisine ainsi pré­
pas les

parée

est fort laide à

voir,

mais très bonne à manger

pourvu qu'on n'ait pas trop de préjugés. »
A défaut de gibier et de poisson, les

nourrissent de

vers

de toute

espèce,

...

,

indigènes se
d'insectes,

de nids

chrysalides et de fourmis blanches, rôties sur des
pierres très chaudes. Ils aiment la gomme de l'acacia,
qui remplace, dans une certaine mesure, le pain dont
ils sont privés. Ils mangent aussi des champignons
crus, des oignons dont la saveur ra ppelle celle de la
châtaigne, la pomme de terre qui pousse à plusieurs
pieds sous terre, les fruits du palmier, les racines d'yam,
les iris, les nénuphars, et beaucoup d'autres plantes
amassées pour les jours où la chasse ne sera pas pro­
ductive. Cependant ces précautions n'empêchent pas
toujours la disette, et quand elle arrive, les sauvages
de

nourrissent de chair humaine

se

en

exhumant les

davres nouvellement confiés à la terre,
mort leurs semblables 1

ou en

ca­

mettant à

contraire, s'ils sont dans l'abondance, s'ils ont
plus de gibier qu'ils ne peuvent en consumer, ils
font appel aux voisins par des cris déterminés ou
des feux allumés sur les collines; les inviLés arrivent
en toute hâle, mangen t avec gloutonnerie, puis exé­
Au

tué

cutent des danses et des chants

en

l'honneur de leurs

hôtes.

Quelquefois une famille vient de loin visiter des amis;
chef, escorté d'un frère ou d'un fils, va, les
armes à la main, au-devant des voyageurs; puis, quand
alors leur

�L'OCÉANIE
il les

a

partage

77

reconnus, il les accueille
avec eux

d'inaction,
plantes, ou

on

cordialement, et l'on
legibierde lajournée. Pendant les heures

fume les racines desséchées de certaines

l'on

prise

la

poudre

de certaines fleurs.

L'eau des sources, presque toutes minérales, celle
des étangs, qu'il faut filtrer en la faisant passer à travers

le .sable , l'eau de
tains

arbres,

pluie

contenue dans les troncs de

cer­

et celle que contiennent diverses racines:

que les indigènes ont à leur
disposition pour étancher leur soif.
Si les Australiens sont hos pitaliers, ils sont colères,

telles sont les

susceptibles

ressources

et

avides de vengeance. Quand l'insulte
femme, elle vient se plaindre il son

s'est adressée à la

mari 1 et allume dans

la lutte

commence

succombe à

ses

et

son cœur
ne cesse

haine; alors
quand le coupable

le feu de la

que
blessures. Là où ils reconnaissent

un

chef, le différend est parfois soumis à son apprécia­
tion, et le coupable est condamné à une peine pro­
portionnée à sa faute.
Quelquefois l'indigène, effrayé de sa faiblesse phy­
sique, ajourne le moment de la vengeance pour se mé­
nager le moyen de l'assouvir plus sûrement. Il attend,
par exemple, la nuit, afin de saisir son ennemi à l'im­
proviste, de lui enfoncer sa lance dans la poitrine, et
de s'enfuir à toutes jambes; mais ordinairement il
n'échappe pas aux coups des parents de la victime. A
peine les funérailles terminées, ils courent à sa pour­
suite, l'atteignent au bout de quelques jours, le tuent,
et rapporLent sa tête, ainsi que sa main droite, comme des
trophées de leur victoire. La vengeance, à leurs yeux
aveuglés, est un devoir qu'il faut accomplir; celui qui
ne le remplit pas est
digne de mépris.
Malgré leur robuste constitution, les Australiens sont
exposés à des maladies qui deviennent parfois mortelles,
grâce aux prétendus remèdes employés pour les guérir.

�L'OCÉANIE

78

Le malade

plaint-il d'étourdissements, un bain de
réservoirs remplis de sangsues'
réussit à le guérir.
Le phtisique pénètre dans le sable jusqu'au cou 1 y
reste plusieurs heures et en sort soulagé.
La saignée, pratiquée avec une pierre aiguë, est em­
ployée contre les maux de tête et les rhumatismes. 9'il
s'agit de douleurs d'entrailles ou de souffrances très
vives, on appelle le boqlia médecin sorcier, qui exerce
un pouvoir presque absolu sur ses compatriotes, à cause
de l'influence magique qu'ils lui supposent. Ils lui attri­
buent le don de tout entendre et le pouvoir de prendre
se

courte durée dans des

,

diverses formes. Tant il est vrai que le
besoin du merveilleux
il tombe

lée,

sous

cœur

humain

a

quand il ignore la vérité révé­
l'empire des superstitions les plus
:

absurdes.
Le

peine arrivé, questionne, le patient 1 le
fait coucher sur le dos, puis sur l'estomac, met son pied
sur la poitrine, la presse avec ses doigts, de façon à
empêcher la respiration, et ajoute aux souffrances pour
en rechercher les causes. Ensuite il trace des lignes
avec le pouce et l'index de chaque épaule à l'estomac,

boglia,

à

prononce certains mots à effet soi- disant prodigieux,
et prétend faire sortir du corps malade le maléfice qui

causait la maladie. Il multiplie les frictions, et suce
plusieurs fois le creux de l'estomac, comme pour tenter
d'y pratiquer une ventouse. Si ce traitement bizarre ne
paraît pas réussir, malheur au boglia 1 La famille passe
de l'extrême confiance à une défiance absolue, et veut
le punir de mort j il n'aura plus qu'à se soustraire par.
la fuite à la vengeance des parents.
Quand l'indigène souffre de fièvres de

marais,

de mor­

d'animaux venimeux ou de blessures faites avec
arme empoisonnée, les coradjiis , autres médecins

sures
une

sorciers,

lui

apportent des talismans;

ce

sont

des

�L'OCÉANIÈ

79

pierres brillantes, qu'il n'est pas permis aux femmes
regarder, et qu'on renferme dans un long ruban de

.de

fourrures.
Le mot

'signifie

sert à

boglia

aussi maladie

puissant, qui frappe

désigner

le médecin sorcier j il

mortelle, envoyée par
à distance et

sans

un

être

ennemi

vu.

Aux

yeux des Australiens, la mort n'est pas un événement
naturel: si quelque méchant ne venait pas la donner,
le corps' serait immortel comme l'âme. Aussi, quand un
membre d'une famille cesse de vivre, c'est un ennemi

qui l'a assassiné; les parents doivent le chercher, le
découvrir, et le tuer à leur tour. Si l'adversaire est in­
connu, le membre de la famille chargé d'exercer la
vengeance jette de la poussière au vent, et suit la
direction qu'elle prend elle-même. Le premier sauvage
qu'il rencontre, c'est le coupable présumé; c'est lui qu'il
faut mettre à mort.

défunt, les femmes se couvrent le
blanche, entonnent des chants plaintifs

Pour honorer le

visage

de terre

et versent des larmes abondantes. Les hommes entrent

fureur, grincent dès dents, menacent le ciel et ré­
pètent qu'ils vont tuer le meurtrier
Peu à peu le calme renaît, la famille pense à la sé­
pulture; chacun se met à creuser la fosse, qui doit être
profonde; on allume du feu, et, quand il commence à
s'éteindre, on dépose avec respect dans la tombe le
corps enveloppé de peaux de kanguroo, et on a soin de
tourner la tête vers l'orient. On place dans la fosse les
armes du défunt, ses lances brisées et les restes de son
en

...

dernier repas, et
que les animaux

on

le

couvre

d'une énorme

pierre,

afin

ne puissent pas le déterrer. L'inhuma­
tion terminée, on fait un grand. feu près de la sépul­
ture; les hommes chantent les exploits du guerrier

qu'on

a

perdu,

d'une main

une

les femmes

se

mettent à

danser,

tenant

branche de fleur, et de l'autre envoyant

�L'OCÉANIE

80

des baisers

ciel,

vers

c'est-à -dire

mier feu est

le ciel pour honorer l'âme montée au
au séjour du bonheur. Quand le pre­
les parents en allument d'autres, et
pendant des mois, pour que l'âme

éteint,

les entretiennent

pendant la nuit, quand elle viendra
visiter les lieux qu'elle habitait sur la terre. C'est la
coutume de la pleurer durant un certain laps de temps,
deux heures avant le lever du soleil, et deux après
qu'il s'est couché. Puis, si le chant d'un oiseau se fait
entendre dans les ténèbres, on se persuade aisément
que c'est une visite de l'âme absente, etles complaintes
puisse

se

réchauffer

recommencent.
et superstitieux, parce que les lumières de
n'avaient
l'Évangile
pas éclairé les ténèbres de leur
intelligence; sauvages et nomades, parce que le chris­

Ignorants

les avait pas dotés des vrais éléments de
la civilisation, les Australiens. étaient nombreux lors de
tianisme

ne

la descente des

leur

race

Anglais

dans leur pays; de

nos

est notablement décimée par l'abus des

jours,
spiri­

tueux et par la guerre d'extermination que les colons

dirigée contre eux. La tribu a cessé d'exister; il n'y
plus guère que des familles indépendantes, obéissant

ont
a

au

père, dont l'autorité

est absolue.

�CHAPITRE VI

En 1787, les
criminels.

Anglais choisissent l'Australie pour y déporter les
Botany- Bayet Sydney.
Épreuves des débuts.
Ses
Sage administration d'Arthur Philip, premier gouverneur.
-

-

-

-

successeurs

rencontrent des dil'ficultés

sans

cesse

renaissantes,

mais la persévérance de l'Angleterre parvient à les surmonter.
Relation du naturaliste Péron sur la colonie, en 1802.
Prodi­
-

-

Deux catégories de colons: les
gieux accroissement de Sydney.
émigrés volontaires·, les déportés et leurs descendants.- D'autres
colonies anglaises se fondent en Australie et deviennent en quel­
-

ques années très florissantes.

Queensland.

-

dionale, occidentale, heureuse.
En 1851, le fermier Hargreaves

-

Melbourne et

Australie méri­

splendeurs.­
qui ont
fait tant de bruit.
Détails de leur exploitation.
Prospérité
Vastes pâturages.
exceptionnelle de la colonie de Victoria.
Le capitaine Mac Arthur.
Plusieurs
Elevage des bestiaux.
hardis colons imitent son exemple et réalisent d'immenses béné­
-

ses

découvre les mines d'or
-

-

-

-

-

-

fices.

Lorsque l'Angleterre perdit ses possessions amen­
caines, elle résolut de fonder en Australie une colonie
pénitentiaire. Au lieu de continuer à diriger vers la Vir­
ginie ses condamnés à la déportation, elle chercha une
autre contrée où elle pût trouver plus tard un dédom­
magement aux pertes qui lui étaient imposées. Après
plusieurs tentatives infructueuses, les Anglais adop­
tèrent la partie orientale du nouveau continent, explorée
dès 1770 par le capitaine Cook, et désignée sous le nom
de Nouvelle-Galles.

�L'OCÉANIE

&amp;2

En

1787, le ,capitaine de vaisseau Arthur Philip par­
Grande-Bretagne à la tête de onze navires,

tait de la

le titre de gouverneur en chef de la future colonie.
Le choix était heureux, car cet officier distingué, pa­
tient, énergique et prévoyant, réunissait plusieurs qua­
avec

lités de colonisateur. Plus de mille individus l'accom­
La moitié de son personnel se composait de
condamnés; l'autre moitié comprenait les militaires et
les employés de tout grade. A Rio Janeiro, Philip se
munit de semences et de plantes �trangères au pays vers
lequel il se dirigeait j il se procura, par exemple, le ca­
caotier, le cotonnier, le caféier, le tamarin, le guava
l'oranger et le nopal. Au cap de Bonne-Espérance, il
acheta chevaux, bêtes à cornes, porcs, chèvres, mou­
tons, poulets; il fit provision de figuiers, de plants de
vignes, de bambous, de pommiers, de poiriers, de cannes
à sucre, de fraisiers, puis aborda l'Australie sans avoir
de graves accidents à déplorer,
Botany-Bay, désigné d'abord comme III lieu le plus
favorable à l'établissement projeté, fut bien vite regardé
comme insuffisant et défectueux. A part quelques sites
pittoresques et fleuris, le sol ne présentait guère que

pagnaient.

-

,

des sables arides

des

roseaux

douce faisait

des marais insalubres cachés par
verdoyants ou des plantes touffues; l'eau
ou

défaut,

et la rade

sans

profondeur

n'offrait

pas aux navires un abri rassurant : il fallut donc
chercher un emplacement plus propice. A quelques
lieues plus loin, des oonditions favorables se rencon­
trënent ; c'était la baie du

port Jackson, ainsi nommé

avait en­
voyé, comme sentinelle, lors de son passage. Philip vint
s'y établir le 26 janvier 1788, et déploya solennellement
sur le rivage le pavillon britannique, sans éprouver la
en

souvenir du matelot que I'illustre Cook y

moindre résistance de, la part des indigènes. La maison
du directeur, les tentes pour les malades, des abris des-

�L'OCÉANIE

83

aux animaux domestiques, un observatoire pour
l'étude des astres, un magasin devant renfermer les
vivres apportés par les navires! telles furent les pre­

tinés

mières constructions

qui absorbèrent l'activité des Euro­
péens; elles s'élevèrent rapidement. Le temple de la prière
ne fut pas oublié, et bientôt la cité naissante, placée
sous un climat tempéré, comparable à celui du midi de
la France, prenait le nom de Sydney, en l'honneur du
ministre anglais qui avait décidé la création de la colonie.
Un mois après leur arrivée {février 1788), vingt
colons partaient de Sydney et se dirigeaient vers la
petite île de Norfolk, renommée pour la richesse de sa
végétation, et emportaient des provisions alimentaires,
avec des graines et des instruments aratoires. Les dé­
buts de cette seconde entreprise furent pénibles. Ce­
pendant, au bout de quelque temps, les colons purent
se suffire à eux-mêmes. Dès l'année suivante, ils obte­
naient vingt fois la semence de froment qu'ils avaient
confiée

à la

terre, et ils recevaient

un

renfort de labo­

rieux ouvriers.

Grâce à 1&amp; sévérité de la loi

martiale, grâce

aux sages
le
paternelles mesures prises pal'
gouverneur, plu­
sieurs oonoiet» 1 se mirent sérieusement au travail. Ceux

et

se livrer à la culture devinrent proprié­
taires d'une part de terre; il fut concédé aux céliba­

qui "Voulurent

taires quinze hectares, et aux hommes mariés vingt­
cinq, avec addition de cinq hectares pour chaque
enfant. La bonne conduite était encouragée par la re­

mise partielle 011 totale de la peine encourue, à condi­
tion que les libérés se fixeraient définitivement en Aus­
tralie, L'un d'eux, James Ruse, vint dire un jour au
gouverneur : « Le revenu Ile mes terres suffit il mes be­

soins ; je
1

COlwjct

peux me passer de
est le

nom

dOI1I1é

en

secours.

Angleterre

au

Il

En moins de

crimineldéporté.

�L'OCÉANIE

84

deux ans, trois cent
distribués et défrichés.

cinquante

hectares furent ainsi

Toutefois les

épreuves ne manquèrent pas à la colonie
scorbut, la fièvre, la dysenterie, les dé­
sordres de plusieurs criminels multiplièrent les victimes;
les secours de la métropole, encore nécessaires à la sub­
sistance des colons, se firent plusieurs fois attendre. La
rareté des vivres d'abord, puis le naufrage d'un bâti­
ment chargé de provisions imposèrent de rudes priva­
tions. Le gouverneur diminua la. part de chacun, et,
voulant payer de sa personne, il fit porter au magasin
ses ressources personnelles
en se contentant de la ra­
tion qu'il assignait à chaque Européen. Son exemple fit
impression, mais ne parvint pas à maintenir les dépor­
tés dans le sentier du devoir. La discipline se relâcha,
naissante. Le

1

multiplièrent, et l'autorité dut fermer les
qu'elle réprima plus tard.
yeux
ne
Philip
'négligeait pas d'établir avec les indigènes
d'amicales relations. Il les traitait avec loyauté, justice,
humanité; et, si son exemple avait été suivi, l'Austra­
lie aurait conservé les habitants' qu'elle a perdus. Il les
attirait à Sydney, les admettait dans sa maison et même
à sa table. Parmi les sauvages recueillis chez Philip se
trouvait un jeune hemme appelé Bélinong, qui appar­
tenait à une famille importante du pays. Au milieu de
l'émotion générale produite par la famine, ce vaillant
guerrier s'éloigna de Sydney, et alla rejoindre les siens.
Mais il emportait un souvenir reconnaissant des bontés
dont il avait été comblé; et plus tard, quand les temps
devinrent meilleurs, Philip, toujours fidèle à ses idées de
les vols

sur

se

bien des abus

conciliation, allant
bien entrer

au

-

devant des sauvages , et voulut
avec une horde nombreuse

pourparlers
avait
disposée
que Bélinong
en

à

se

rapprocher des colons.
présents, promit
poursuivait avec

Le gouverneur fit une distribution de
des haches de fer, et la 'causerie se

�L'OCÉANIE

8l)

réciproque, quand tout à coup un sau­
Philip s'animer dans 1'8 conversa­
qu'il croyait hostile aux siens, se
c'était
un
figura que
signal donné aux Anglais pour
des
s'emparer
indigènes; vite il saisit la longue zagaie
que Bélinong avait plantée en terre, en frappe le gou­
verneur et le blesse grièvement. Cependant l'arme fut
habilement extraite, et la blessure se guérit rapidement.
Le jeune chef fit arrêter le sauvage encore plus aveuglé
que coupable, calma l'émotion générale, vint à Sydney
pour expliquer le malentendu; et ce fâcheux incident,
qui pouvait devenir l'étincelle d'un incendie, fut, grâce
à la générosité de Philip, l'occasion de relations plus
suivies et plus amicales avec les Australiens.
Cependant la paix ne régnait pas sans interruption
une

confiance

vage défiant, voyant
tion et faire un geste

entre la colonie et les sauvages. Des orages éclataient
parfois dans ce ciel ordinairement serein. Un jour, des

convicts, profitant d'un défaut de surveillance, mirent
pièces une pirogue neuve appartenant à un vigou­
reux sauvage, qui, se voyant ruiné, devint furieux. Il
en

justice, obtint une première répression qu'il
jugea insuffisante, réclama la peine de mort pour châ­
tier les coupables, et comme la sentence ne se pronon­
çait pas, il voulut se venger lui-même, en blessant le
premier colon qu'il rencontra sur. son chemin; son
exemple encouragea plusieurs indigènes à exercer. des
représailles, et suscita des difficultés que Philip parvint
demanda

à surmonter

avec son

habileté ordinaire:

Malheureusement tous les convicts

ne

pas à la culture de la terre; beaucoup,
siveté au travail, se répandirent dans les
en

relations

avec

étaient leurs

les sauvages, leur

ancêtres,

revenus

s'adonnaient

préférant
bois,

l'oi­

entrèrent

persuadèrent qu'ils

en ce

monde

sous une

peau blanche, et obtinrent ainsi de partager leurs pro­
visions. Mais l'illusion fut de courte durée, et les Aus-

.

�L'OOÉANIE

86

traliens, indignés de la fraude dont ils avaient été vic­
times, ne tardèrent pas à massacrer les criminels.
Quand Phili P, fatigué par des veilles fréquentes et de
perpétuelles sollicitudes, dut retourner en Angleterre
(1792), la Nouvelle-Galles comptait quatre mille Euro­
péens. L'agriculture progressait, l'accroissement des
troupeaux procurait l'engrais si nécessaire à la fertiliLé
du sal,et les colons vivaient en paix avec les indigènes.
Ainsi des résultats considérables avaient été obtenus;
mais les améliorations eussent été bien plus sérieuses
et plus profondes si le gouverneur avait appelé à son

catholicisme, ses missions ses sacrements,
pratiques religieuses, qui attirant Dieu dans les

secours le
ses

âmes

1

1

1

leur donnent

au mal et

pratiquer

une

force surnaturelle pour résistor

la vertu.

Son successeur eut à lutter

périls

et Jes

comme

lui contre les

de la l'amine. Les vais­

découragements
chargés des approvisionnements tardaient à ve­
nir. En 1794, le retard fut encore plus long que les pré­
cédents : on était à bout de ressources; les magasins ne
renfermaient plus de vivres que pour cinq jours; et
après, qu'allait-on devenir? Bien des prières s'élevaient
vers le ciel pour demander le pain de chaque jour,
quand tout à coup un vaisseau apparut à l'horizon;
mais en même temps une furieuse tempêta s'éleva, et
après une lutte vigoureuse le navire disparut. Deux
jours et deux nuits s'écoulèrent dans des transes inex­
primables, puis les vents s'apaisèrent et deux bâti­
ments chargés de vivres purent entrer dans le port.
seaux

,

Les gouverneurs �ui succédèrent à phiijp rencontre­
rent des difficultés sans cesse renaissantes 1 à cause des

vices des criminels qu'ils étaient chargés de gouverner.
Parmi les administrateurs les PIUS distingués de la
colonie 1 nous citerons H unter flt le colonel Lachlan

Macquarie.

�L'OCÉANIE

Hunter associait dans
et la

justice;
administrés,

réprimait

juste mesure la clémence
énergie les fautes de ses
don d'inspirer à la fois le

une

avec

et il avait le

et l'attachement.

respect

ploiter

il

87

Il ouvrit des routes

,

fit

ex­

des mines de

fer, fonda plusieurs écoles, et pré­
d'exportation.
imprimer un nouvel essor à la. co­

para le commerce

Macquarie sut
Ionie; une halle,

un

marché furent construits, les rues

reçurent des noms;
Il:J ville s'embellit, et des manufactures de draps, de
chapeaux, de cordes et de poteries devinrent floris­
furent soumises à

l'alignement

et

santes.

Malheureusement les
pas;

négligés

cevaient

indigènes

ne

s'amélioraient

maltraités par les colons , ils n'en re­
bienfait, et leur empruntaient !les dé­

ou

aucun

qu'ils ajoutaient à leurs propres vices; ils perdaient
leurs superstitions sans acquérir lél lumière.
Pendant que les gouverneurs luttaient contre les él�­
ments de désorganisation que la turbulence des indi­
gènes et la. mauvaise conduite des convicts semaient
dans le pays, deux hommes courageux, le chirurgien
Bass et le jeune aspirant de marine Flinders s'asso­
ciaient pour faire des excursions. En explorant les
côtes Bass découvrit que la terre de Van Diemen ré­
putée jusque-là partie intégrante de l'Australie en est
séparée par un détroit; il choisit quelques matelots
éprouvés pour essayer de le traverser. Il revint au port
Jackson après avoir fait If} tour de cette île importante.
fauts

,

1

,

1

Sur la demande de Flinders le détroit reçut le nom de
Bass, et la chaloupe baleinière le Petit-Poucet, dont s'est
servi le hardi navigateur, est conservée avec honneur
1

dans

le port de Sydney.
En 1802, III premier

consul

Bonaparte envoyait

en

Australie deux bâtiments commandés par le capitaine
Baudin pour un voyage d'exploration. Le savant na tu-

�L'OCÉANIE

88

partie de cette expédition; il en a
Quelques extraits de cette relation
une idée de ce qu'était, à cette époque,

raliste Pérou faisait

l'histoire

publié
nous

donneront

1.

la Nouvelle-Galles.
Notre arrivée à

Sydney y était depuis longtemps
elle
causa
donc pas beaucoup de sur­
annoncée;
n'y
mais
combien
ne
dûmes-nous
prise:
pas être étonnés
«

nous-mêmes de l'état florissant de cette colonie

singu­

lière et lointaine 1 La beauté du port fixait tous les
gards. Vers le milieu de ce port magnifique, et sur
bord
«

méridional,
Assise

sur

le

s'élève la ville de

Sydney.

de deux coteaux voisins l'un de

revers

traversée dans

l'autre,

re­

son

sa

longueur

par

seau, cette ville naissante offre

petit ruis­
d'œil agréable
un

un coup
la
pente nord de Sydney­
pittoresque.
on
du
découvre
la
batterie
Cove,
pavillon des signaux,

A droite,

et

établie

sur un

sur

rocher d'un accès difficile. Plus loin

se

les

grands bâtiments de l'hôpital, suscep­
présentent
tibles de recevoir deux à trois cents malades. Il faut

distinguer, parmi ces bâtiments, celui dont toutes les
pièces, préparées en Europe, furent apportées dans les
vaisseaux du commodore Philip, et qui, peu de jours
après l'arrivée de la flotte,

se

trouva

en

état de recevoir

qu'il avait à bord. Sur ce même côté de la
le rivage de la mer, on voit un très beau
magasin, au pied duquel les plus gros navires peuvent
venir décharger leurs cargaisons. Derrière la maison
du gouverneur sont déposés les légumes secs et les fa­
rines qui appartiennent à l'État: c'est une espèce de
grenier public, destiné surtout à l'entretien des troupes
et des personnes qui reçoivent leur subsistance du gou­
vernement, Sur toute la longueur de la grande place de
Sydney règnent des casernes, en avant desquelles il y a
les malades

ville,

1

et

sur

Voyage

din. 2 vol.

aux terres australes, sous les ordres du capitaine Bau­
in-Soi imprimerie impériale.

�L'OCÉANIE

89

plusieurs pièces d'artillerie de campagne; les édifices
destinés au logement des officiers forment les parties
latérales de cette place, et le magasin à poudre en
occupe le milieu.
« Sur le
rivage,

rapprochant de la ville, on
petite saline, où les Américains établis à
cet effet au port Jackson depuis 1795 préparent, en fai­
sant évaporer de l'eau de mer, une partie du sel em­
ployé dans la colonie. Plus loin et vers le fond du port
est la cale dite du gouvernement, parce que l'usage en
est réservé pour les agents et les navires de l'État.
Entre cette cale et la saline est le lieu d'abatage en ca­
rène pour les vaisseaux; les quais naturels en sont tel­
lement à pic, que, sans aucune espèce de travail ou de
dépense de la part des Anglais les plus gros navires
peuvent y être abattus sans danger.
« Près de la cale du
gouvernement on voit trois maga­
sins publics; dans l'un sont réunis tous les objets né­
cessaires aux divers usages de la vie domestique tels
que: poteries ameublements ustensiles de toute es­
pèce, batteries de cuisine, instruments d'agriculture et
de labourage, etc. Le nombre de ces objets est vérita­
blement immense, et le mode d'administration en est
plein de sagesse et de générosité. Sur ces bords loin­
tains, les marchandises de l'Europe sont d'un si haut
prix, qu'il eût été, pour ainsi dire, impossible à la popu­
lation de se procurer celles qui sont indispensables aux
premiers besoins de la vie. Le gouverneur anglais y a
pourvu: de grands magasins, entretenus à ses frais,
regorgent de tout, et tout s'y délivre à des prix fixes
rencontre

en

se

une

1

1

1

1

extrêmement modérés. On tient
son

et

en

réserve dans la mai­

voisine les divers habillements destinés

aux

convicts;

il

trouve aussi de

s'y
cordages pour

aux

grands

troupes

amas

de

les navires du gouvernement.
Le dernier des trois bâtiments dont je parle est une

toiles et de

�L'OCÉANIE

90

espèce d'atelier public,

où travaillent les filles et les

femmes condamnées.
ces magasins est située la maison du gou­
construite
à l'italienne, entourée d'une colon­
verneur,
aussi
nade
simple qu'élégante, et devant laquelle se

Derrière

Il

beau

développe un très
rivage de la mer.
«

Là

se

jardin, qui descend jusqu'au

trouvent réunis

brigands redoutables, qui
gouvernement de leur
de la société européenne, re­
globe, placés dès le premier

ces

la terreur du

furent si

longtemps
patrie: repoussés du sein
légués aux extrémités du

instant de leur exil entre la certitude du châtiment et

l'espoir
une

d'un sort

plus heureux,

environnés

surveillance inflexible autant

par
été contraints à

leurs

sans cesse

qu'active,

ils ont

antisociales. La

déposer
plupart d'entre eux, après avoir expié leur crime par un
dur esclavage, sont rentrés dans le rang des citoyens.
Obligés de s'intéresser eux-mêmes au maintien de
l'ordre et de la justice, pour la conservation des pro­
priétés qu'ils ont acquises, devenus époux et pères,
ils tiennent à leur état présent par les liens les plus
chers.

mœurs

»

M. Perrin

la ville de

nous a

donné

encore une

Sydney quelques

Cette relation

années

été écrite il y

idée de

après

sa

ce

qu'était

fondation.

environ

quatre-vingts
époque? C'est
à cette question qu'il convient de répondre mainte­
nant. Constatons d'abord qu'elle a reçu de prodigieux
accroissements. Sa population dépasse cent trente-cinq
mille habitants, et son commerce s'élève à cent qua­
rante millions 1. Elle est la capitale d'une belle pro­
vince anglaise (la Nouvelle-Galles dû. Sud), qui com­
prend quatre-vingts millions d'hectares, c'est-à-dire plus
ans.

1

a

a

Qu'est devenue Sydney depuis

cette

L'Angleterre figure dans ce ohiffre pour
peine pour un million.

et la France à

cent trente

millions,

�L'OCÉANIE
du dixième du

continent,

et

91

possède plus

de six cent

mille habitants.

Sydney,

c'est Londres

en

miniature:

ses

rues, spa­

macadamisées, sont éclairées
gaz. L'une
d'elles, d'une longueur de quatre kilomèLres, garnie de
heaux monuments publics et privés, coupe la ville en
deux parties à peu près égales. Les principales mai­
sons sont construites en grès ou en briques blanchies,
et sont placées entre cour et jardin. Longtemps il n'y
eut d'autres édifices religieux que des temples apparte­
nant aUX diverses sectes du protestantisme j mais, de­
puis le bill d'émancipation des catholiques, les choses
ont bien changé. La ville renferma plusieurs églises;
elle est devenue le siège d'un archevêché, dont la juri­
cieuses et

au

diction s'étend à toute l'Australie. C'est aussi la rési­

dence du gouverneur général des colonies anglaises en
Australie. Ce gouverneur est assisté par un conseil exé­

cutif, qu'il doit consulter sur tous les points impor­
tants. Il a près de lui un conseil législatif composé des
officiers et des potables, propriétaires et commerçants.
Les éLrangers de toute nationalité viennent à Sydney,
,

attirés par l'appât du commerce. Les colons se divisent
deux classes très distinctes : 10 les émigrés volon­

en

taires et leurs descendants dominent par le nombre et la
prépondérance financière i 20 les déportés 1 rendus à la
liberté

dirigent des établissements industriels, des exploi­
tations agricoles, et apportent dans les transactions une
attention scrupuleuse à remplir leurs engagements, afin
que la malveillance n'ait pas l'occasion de leur reprocher
la tache du passé. Malheureusement de permanentes
inimitiés séparent les deux classes. Les uns prétendent
composer l'aristocratie du pays; les autres regardent le
territoire comme leur propriété, et leurs adversaires
1

Depuis 1843, l'Angleterre

la Nouvelle-Galles du Sud.

a

cessé

d'envoyer

ses

convlcts dans
.

�L'OCÉANIE

92

des usurpateurs. Ces derniers se subdivisent
exclusifs, qui repoussent avec horreur touLe pensée
de rapprochement, et en confusionnistes, qui vou­
draient une sorte d'entente; chacun professe une anti­
pathie marquée pour ceux qui ne sont pas de sa nuance.
Cette société, profondément divisée, subit le joug de l'or­
gueil sans avoir la volonté et le courage nécessaires
comme
en

pour se soustraire à ce fléau.
Sa conduite envers les indigènes

ne

saurait être trop sé­

vèrement blâmée. Les Australiens ont été

cutés et exterminés à

Anglais
les

Sydney

comme

chassés, persé­
partout où les

ont fondé leurs colonies australiennes. Parmi

colons à

peine peut-on compter quelques
compatissantes qui ont fait de vains efforts
d'apporter aux sauvages autre chose que la dégrada­

nouveaux

âmes vraiment

afin

tion,

la misère et la mort. Un seul trait suffira pour don­
idée du vide que les Anglais ont fait autour

ner une

d'eux. Au commencement de

ce

siècle, il Y avait

encore,

près de Sydney, une tribu de quatre cents sauvages.
En 1845, quatre d'entre eux seulement avaient survécu:

peuplade, sa mère, sa femme et sa fille 1
Sydney prenait de si remarquables dé­
d'autres
colonies anglaises se fondaient
veloppements,
en Australie; un coup d'œil jeté sur ce continent nous
fera voir quels sont de nos jours ses principales villes et
les éléments de sa prospérité matérielle.
Queensland (pays de la reine) est une colonie située
dans la zone intertropicale. En 1859, elle se séparait
de la Nouvelle-Galles avec quelques milliers d'hommes
seulement; en 1877, sa population s'élevait à cent cin­
le chef de la

Pendant que

quante mille.

Ipswich,

sa

capitale,

est

une

De vastes forêts couronnent

ville de
ses

vingt mille âmes.

montagnes. Ses côtes

produisent le café, l'oranger, le coton; ses plaines, le
tabac, la canne à sucre, l'arrow-root la pomme de
,

�L'OCÉANIE

93

terre, la vigne, les céréales d'Europe; le bétail est la
princi pale source de sa richesse.
L'Australie méridionale date de 1836. En 1845 elle

comptait vingt

mille

colons,

devenus maintenant

plus

de deux cent mille.

Adélaïde,

sa

capitale,

abrite vingt-sept mille habitants.

L'Australie

Cygnes,

occidentale, ou colonie de la rivière des
une contrée cinq fois plus grande que la

est

France. Elle n'est pas encore peuplée, puisqu'elle ne
possède pas plus de vingt-cinq mille habitants; Perth
Ses vins sont de

qualité supérieure, et
jouit d'un climat
tempéré, ne voit jamais la neige; et, si les gelées d'hiver
sont fréquentes, elles sont peu élevées. En janvier, le
mois le plus chaud de l'année, la pluie tombe souvent 1
rafraîchit l'air et favorise l'agriculture.
est

ses

capitale.

sa

fruits sont très abondants. Elle

Au sud-est
mée à

cause

se

de

trouve l'Australie
sa

Heureuse, ainsi

nom­

fertilité: là s'est fondée la colonie de

Victoria. Melbourne, sa capitale, est la ville la plus im­
portante de toute l'Australie. Elle est bâtie sur la rivière
Yarra-Yarrad, Son port, situé à Sandridge, est à une
distance de deux milles et demi. Commencée en 1837,
elle

a

tants 1

déjà plus de
Ses larges

deux cent soixante-dix mille habi­
rues

bordées de monuments

(style

musées, son université, son obser­
romain),
ses
vatoire,
magasins somptueux, ses hôpitaux ouverts
à bien des misères, témoignent de la féconde activité
de ses habitants. La plus importante de ses biblio­
thèques publiques a coûté près de trois millions, pos­
grec et

ses

sède cent mille

volumes,

et

a

ouvert ses

portes

en

1876

à deux cent quarante mille lecteurs.
« Voici Collins street et Bourke
street, dit M. de la
deux
belles
artères
Cadière,
parallèles, bien larges,

garnies

de

grands trottoirs dallés,
boutiques

d'un bout à l'autre les

éclairées
les mieux

au

gaz, et

fournies,

�L'OCÉANIE

94

étalages qu'envieraient toutes nos villes de se­
en France. Longue file de voitures de place,

avec

des

cond

ordre

théâtres, promeneurs
maisons à hauts

en

foule, belles

et

luxueuses

étages, policemen irréprochablement

tenus, restaurants ouverts, porteurs ambulants d'affiches
par devant et par derrière, squares éclairés, tout
donne à celte ville l'aspect de nos capitales d'Europe.

posées

Voilà ce que le génie de l'homme a créé sur une terre
inconnue il y a cent ans, encore inoccupée il y a qua­

rante-cinq
Le

ans.

»

commerce

de Melbourne s'élève à

une

valeur

an­

nuelle de six cents

chiffre pour les
seulement.

millions; l'Angleterre figure dans ce
deux tiers, la France pour six millions

siège d'un archevêché. Cette jeune
Sydney l'a dépassée. La vie large
et confortable qu'on y mène attire beaucoup de riches
étrangers; elle peut être comparée à nos plus grandes
cités; mais, comme elles, Melbourne compte trop d'ha­
bitants dévorés de la soif du gain et oublieux des lois
divines, qui cherchent toujours le bonheur sans le ren­
contrer jamais, parce qu'ils ne prennent pas le chemin
qui conduit à sa source.
Après Melbourne, on peut citer, dans l'état de Victo­
ria, Ballarat (soixante-cinq mille habitants), Sandhurst
(vingt-huit mille), Geelong (vingt-trois mille), Collingwood
(vingt mille), etc.
Les colons victorins sont en général laborieux et éco­
nomes. Ils ont fondé cinquante-huit sociétés de construc­
tion qui emploient leurs fonds à bâtir et réunissent vingt­
deux mille membres; ils possèdent vingt-huit associa­
tions de secours mutuels. De nombreuses compagnies
Melbourne est le

et redoutable rivale de

d'assurances

sur

la vie et contre l'incendie groupent des

intérêts considérables j soixante-dix mille
sent leurs économies dans les caisses

déposants ver­
d'épargne de l'État.

�L'OCÉANIE

gouvernement de Victoria est à peu près calqué
métropole. Un 'vice-roi, ordinairement
nommé pour six ans, est le délégué du pouvoir royal.
Il forme, avec les membres du ministère, le conseil
Le

sur

celui de la

exécutif.
Deux chambres concourent à la confection des 'lois.
se compose de trente membres,
nommés par des électeurs qui ont un bail de cinquante
livres au moins, ou une propriété de même valeur.

La chambre haute

Les

propriétaires

fonciers d'un

immeuble de deux

mille

cinq cents livres, ou les rentiers de deux cent
cinquante livres, sont éligibles. Les élus reçoivent un
mandat de dix
Les

ans.

quatre-vingt-six

sont élus pour trois

ans.

membres de la chambre basse

Ils sont nommés par des élec­
et un ans, rési­

teurs, sujets de la reine, âgés de vingt
dant

depuis plus d'une année, ou naturalisés depuis
et remplissant certaines conditions de propriété.
Tout électeur est éligible.
Chaque membre des deux assemblées reçoit une in­
demnité annuelle de sept mille cinq cents francs.
trois

ans

Les lois votées pal' les deux chambres ne sont exé­
qu'après approbation du conseil exécutif et

cutoires

signature

du gouverneur

ou

vice-roi.

Ainsi les mandataires des habitants

siègent dans le
qu'ils connaissent, au grand bénéfice de la mé­
tropole, qui a des colonies prospères; et à celui des colo­
nies, qui développent librement leur esprit d'initiative.
L'État de Victoria, de tous le plus petit par son éten­
due, les dépasse par sa richesse; il est relativement très
peuplé, puisqu'il compte un million d'habitants. II
pays

s'est détaché de la

année

mârquera

Nouvelle- Galles

dans les annales de

1851; or cette
l'Australie, parce

en

que c'est celle de la découverte des riches mines d'or
qui ont fait tant de bruit dans le monde.

�L'OCÉANIE

\)6

A cette

daLe,

Hargreaves, qui avait ex­
agricole
petite ville

le fermier

domaine

à dix lieues de la

ploité
de Bathurst, l'avait abandonné pour aller demander
fortune à l'Amérique. Parvenu en Californie, où l'avait
attiré l'appât de l'or, il n'avait pas tardé à constater la
un

ressemblance des roches de

ce

pays

avec

les couches

superficielles des terres qu'il cultivait, et il était revenu
à ses champs, avec l'espoir d'y trouver le précieux métal,
objet de ses ardentes recherches. Il ne s'était pas trompé:
après deux jours de travail, l'or apparaissait à ses re­
gards éblouis 1 La nouvelle de la découverte se répan­
dit avec la rapidité de l'éclair, et bientôt une foule avide
accourait dans le vallon de Sommerhill-Creek ,

sans ou­

bien vite les

provision, épuisant
objets de pre­
montèrent
alors
à
des
nécessité, qui
prix fabuleux.
vice-amiral
hâta
Le gouverneur
d'envoyer
Fitzroy se
Bathurst un géologue chargé de rédiger un rapport sur

til,

sans

mière
à

l'existence et l'étendue des terrains aurifères i le compte
rendu confirma la réalité de la découverte, et signala

présence de quatre cents ouvriers, arrivés pour fouiller
le terrain. Le gouverneur résolut alors d'adresser aux
colons une proclamation dans laquelle il constatait le
la

droit de

l'Angleterre à l'or que recélait le territoire de
et annonçait les conditions auxquelles il se­
rait désormais permis de l'exploiter. Le taux fixé fut
perçu sans difficulté, et l'inventeur Hargreaves fut
largement récompensé. Il reçut une gratification de cinq
cents livres (12.500 francs), avec le brevet de commis­
sa

colonie,

saire du gouvernement pour la recherche de nouveaux
terrains aurifères, et un traitement quotidien d'une livre

sterling,
durée de

avec
son

A la fin de

l'ouvrage,
cinquante

ration de deux chevaux pour toute la

emploi.
1851, plus

de dix mille hommes étaient à

et chacun recueillait

grammes

d'or par

en

moyenne quarante à
Les cultures, les

jour.

�L'OCÉANIE

troupeaux, les ateliers

et les

91

comptoirs'

étaient aban­

donnés.
M. de Beauvoir raconte l'histoire d'un cordonnier

qui gagnait ju�qu'â quatre cents francs en grattant la
terre et en lavant l'or pendant quelques heures. C'était
le gain de sa matinée j l'après-midi il faisait une paire
de bottes et la suspendait devant sa tente. Le soir, des
groupes d'ouvriers passaient par là, les pieds hus et
les poches pleines de lingots; ils mettaient entre eux
les bottes à l'enchère, et les payaient trois cents, quatre
cents et cinq cents francs.
La fièvre de l'or, arrivée à son paroxysme, ne fut pas
de longue durée. Beaucoup d'hommes, trop faibles ou
trop inintelligents pour se livrer à un travail rémuné­
rateur, se retirèrent découragés, et on ne tarda pas à
reconnaître que pour réussir il fallait associer â une
forte constitution une conduite régulière et une éner­

Cependant cette exploitation a pris d'im­
menses développements, a occu pé jusqu'à trois cent
mille hommes, et a produit un rendement annuel d'en­
viron trois cents millions, plus de la moitié' (t65,OOO,OOO J
provenant de la province de Victoria.
Depuis cette découverte, l'émigration li fait de grands
progrès. La population des cités s'est rapidement aug­
mentée; les hameaux, les villages se sont multipliés, et
la vitte de Ballarat a surgi au milieu du désert, au
centre même des opérations des mineurs. Elle' compte
déjà trente mille habitants, qui n'ont plus à craindre
les attaques nocturnes ni les scènes sanglantes.
Les Chinois sont venus en Australie plus nombreux
que tous les Européens réunis. Retenus là par t'espoir
du gain, ils ont supporté la maladie, les vexations, les
mauvais traitements, et rien n'a pu les rebuter de la
tâche pénible qu'ils s'étaient imposée.
gique

volonté.

L'influence des

nouveaux

venus

fut désastreuse à
11

�L'OCÉANIE

98

l'égard des indigènes. Avides et désordonnés pour la
plu part, les étrangers ont apporté au pays l'exemple de
vices odieux: durs et méprisants pour les Australiens,
ils leur ont inspiré de profondes inimitiés.
En général, l'or se trouvait par petits fragments, mais
exceptionnellement on a découvert de grosses pépites
(grains d'or massif). La plus considérable, appelée
Welcome (la bien venue), pesait vingt-six kilogrammes
deux cent six grammes et a été vendue deux cent trente­
trois mille cent vingt-cinq francs. Une autre avait une

valeur à peu près égale.
L'industrie de l'or est

l'Australie,

mais elle

en

ne

décadence dans les mines de

paraît

pas à la veille de

dispa­

peuvent plus espérer des béné­
fices qui leur donnent la richesse en peu de temps; toutefois
raître. Les ouvriers
la conduite et la

ne

persévérance,

secondés par

capital,
parviennent
L'exploi­
tation comprend deux mille vingt-neuf filons bien dis­
tincts, existant sur une étendue de deux mille quarante
encore

kilomètres environ. On cite
mille trois cent

quatre-vingt

une

quatre-vingt-huit

deux milliards

un

à des résultats brillants.

trois cent

surface de trente-six
hectares

qui

a

produit

dix-neuf millions six

mille neuf cents

francs,

ou

cent

soixante et

un

mille neuf cents francs par hectare. Un puits a donné
pendant sept mois deux cent mille francs par jour.
Quelques privilégiés ont recueilli des millions en très
peu de temps; mais combien n'yen a-t-il pas qui ont
creusé cinq cents et six cents pieds de profondeur, et
qui ont dépensé quatre cent mille à cinq cent mille
francs sans découvrir un grain d'or 1 Aujourd'hui les
mines de l'Australie occupent encore dix-huit mille mi­
neurs et plus de cinq cents machines.
Le chiffre de

villes, bourgs
laquelle nous

et

six cents

villages

aimons à

le nombre total des

indique

de la colonie de

revenir,

à

Victoria, sur
cause de la place

�L'OCÉANIE

99

exceptionnelle qu'elle occupe en Australie. Il surgit de
bourgades à mesure que les colons s'avancent
dans l'intérieur des terres. Bien des religions sont prati­
quées dans cette province, mais chacun est tout à fait
nouvelles

libre de suivre les exercices de

son

culLe;

la conscience

jouit d'une complète indépendance, et les cérémonies
religieuses sont entourées d'un respect universel.
De six à quinze ans, les enfants doivent fréquenter les
écoles et suivre les classes pendant soixante jours au
moins, par période de six mois, à moins d'excuses pré­
vues

ture,

par la loi. Les enfants apprennent la lecture, l'écri­
l'arithmétique, la grammaire, la géographie, et

acquièrent

ainsi les connaissances

controverses,

aux

et où l'erreur

qui

prêtent guère
peut plus difficilement
ne

glisser.

se

Ce sont les vastes

pâturages

forment les meilleures

qui

et

l'élevage

sources

des bestiaux

de la fortune de

l'Australie.
«

Écoutez,

lique

dit M. de la Cadière

du 11&gt; février

1881),

écoutez

les Australiens appellent à
leur prospérité matérielle.

juste

(Association catho­
l'odyssée de celui que
titre le fondateur de

peine âgé de vingt ans, le capitaine Mac Arthur
partie des corps d'officiers chargés, en 1788, de
commander les troupes du penal seulement de Botany­
Bay. Abordant avec les convicts, témoins de toutes les
péripéties du premier établissement et des premiers
labeurs qui ont ouvert ces plages lointaines à la civilisa­
tion, il songea tout d'abord à l'élevage des troupeaux, à
l'exportation des laines. C'était hardi pour un homme
qui voyait les peuplades noires vivre autour de lui de
meurtre et de pillage, et qui ne pouvait encore s'ap­
puyer que sur des criminels bannis et débarquant sans
ressources. La distance qui le séparait du pays où il
devait chercher les animaux reproducteurs, le
manq_l�� ,'i:
«

A

faisait

�L'OCÉANIE

100

presque absolu de communications pour l'écoulement des

produits annuels, semblaient à d'autres des obstacles
iasuemontables. Mais, dès 1797, il put faire venir du
cap de Bonne- Espérance einq brebis et trois béliers de
la race mérinos; il les croisa avec une dizaine de brebis
du Bengale qu'il obtint en même temps: une race dont
la toison était riche et J.&lt;e tempérament fait au climat
australien

en

fut le fruit.

progrès rapides, la réussite prodigieuse de ce
modeste troupeau encouragèrent Mac Arthur.
« En 1803, il vient en Angleterre co avertir la terre
du suù;;ide, comme on appelait alors l'Australie, en une
«

Les

colonie commerçante; voilà son but.
« Vous
parlez de nous donner de

quoi suffire seule­
prisonnier, disait-il
«
aux lords du conseil privé; croyez-moi, je vous don­
« nerai
plus de laine sur le marché de Londres qu'il
« n'en faudra
pour la consommation de l'Angleterre tout
« entière. j) Et comme les lords le traitaient
d'utopiste:
« Je vous dis
plus, ajouta-t-il, l'Australie avec son
« océan de
pâturages vous enverra plus de laine que
Il tous les troupeaux de l'Europe et de rAsie. » Pour
assurer un si bel avenir, il demandait seulement au
gouvernement quatre ou cinq vaisseaux entièrement
chargés de brebis. Mais, comme tous les grands inno­
vateurs, il fut reçu par le comité avec un sourire de
dédain
Rebuté pal' l'État, incompris par tous, le
jeune officier fréta à lui seul un navire, et emporta à
Sydney quatre cents brebis saxonnes de la plus pure
«

ment à

une

misérable existence de

..•

race, achetées à

«
«

ses

frais.

avait

ces

importés, el sur lesquels il fondait un. si grand!
,,� espoir; s'il lui avaIt été donné d'atteindre quatre-vingt«

\

C'est dans

prés qui vous entourent à perte de
vue, disaient à M. de Beauvoir les fils de MacArthur,
que notre père fit prospérer les troupeaux: que lui: seub
«

�.

L'OCÊANIE
«
«
«
«

dix-sept ans, il
dans le monde,

aurait

le

vu

101

développement, unique

d'une richesse dont il avait créé les

modestes commencements; il aurait vu ce que vous
voyez, non seulement dans notre colonie, mais dans

«

toutes celles dont elle

«

ries dans leur

a

été le

enfance,

et

berceau, qu'elle a nour­
qui lui ont successivement

demandé, 'comme à une seconde mère patrie, leurs
«
premiers troupeaux. »
« Le
gouvernement de la colonie s'est montré recon
naissant envers l'homme énergique qui a tant fait pour
«

..

elle. Un espace immense de prairies, dans lequel un 'dé­
partement français se trouverait à l'aise, est devenu son
bien. Des étalons et des
d'un

poulinières

pur sang y

folâtrent

côté; de l'autre, des bœufs par milti'ets et des

mou­

tons par dix mille.
«

Cette histoire

depuis celle d'une foule d'autres
1846, par exemple, trois hommes ré­
s'établir aux bords du Murray, pout faire
troupeaux dans des prairies jusqu'alors
a

été

hardis colons. En

solus vinrent

paitre leurs
inexplorées,

où

des

ils avaient à repousser souvent

les

noirs, qui tantôt venaient brûler leurs

attaques
cabanes, tantôt faisaient

une

bestiaux. Ces hommes

tracèrent

se

guerre acharnée à leurs
un espace immense

de

prairies, qu'ils déclarèrent vouloir occu per à leurs
risques et périls contre les aborigènes, et assurer pour
un temps donné contre les empiétements de tout nouvei
arrivant européen. Leurs limites Une fois fixées, ils
en

tirent la déclaration

au

gouvernement, qui

du sol de la colonie. Ce

priétaire
endroits,

sol,

le loue à son gré. Les
prirent un bail de quatorze ans, pour
lequel ils payèrent chaque année au gouvernement la
modique somme de sept mille cinq cents francs.
« Un autre colon
débarqua dans l'Australie en 1855. Il
vint à cheval jusque dans les prairies de I'Intérieur. Il
tains

trois hommes

il le vend

est pro­

il l'a vendu â cer­

encore ou

�L'OCÉANIE

i02

trouva un endroit sauvage et verdoyant j il s'y arrêta, et
résolut de régner à lui seul sur des espaces immenses.
Il a vécu en ermite, en homme des bois, mais il a

réussi: il
son

run,

prairies.
nomie

a

soixante mille bêtes à laine

qui parcourent

espace de plus de cent mille hectares de
Pas de clôture, ce qui est une énorme éco­

sur

les
de

des bœufs. Les moutons errent par
mille, et chaque troupeau, couchant en

runs

troupeaux
plein air, hiver comme. été, gagnant toujours de proche
en proche dans sa vie nomade les vallons où l'herbe
tendre et le satsbutto l'attirent, n'a qu'un seul berger qui
le suit à cheval. Il y a des runs où une moyenne d'un
hectare est suffisante pour deux moutons par an; ailleurs
il

en

faut environ

quatre pour trois moutons, à

cause

de

et des bois clairsemés.

la sécheresse des

lagunes
première mise de fonds, notre squatter a eu
d'abord à construire des cabanes, des magasins à vivres,
des chariots, en un mot, à se munir, pour lui et ses
bergers, de tout le matériel nécessaire dans une instal­
lation quelque rustique qu'elle fût, au milieu de prai­
«

Comme

ries où

aucun

blanc

ne

s'était

établi. Cela lui

encore

.revint à environ quarante mille francs. Enfin il acheta
chez les squatters, établis à trente et quarante lieues

ronde, huit mille brebis, à une moyenne de onze
franos; il les dissémina sur ses cent mille hectares, en
à la

huit groupes errant à l'aventure. Quatre-vingt-huit
mille francs pour les brebis, dix mille francs pour les
cent

béliers,

total de l'achat:

quatre-vingt-dix-huit mille

francs.
«

Voici maintenant les frais annuels: la commission

pastorale

du gouvernement, après

et des mauvaises conditions du

la location du

run

examen

terrain,

à dix-huit mille

a

sept

des bonnes

évalué
cent

en

bloc

cinquante

francs par an, plus vingt-cinq francs par mille moutons,
soit vingt mille deux cent cinquante francs.

�L'OCÉANIE
Ce colon

«

avait,

au

103

moment du voyage de M. de

1860, soixante hommes en
garde et la surveillance de
ses troupeaux, et vingt pour ses transports, tous payés
à raison de vingt-cinq Irancs par semaine, et nourris

Beauvoir,

c'est-à-dire

en

service permanent pour la

pour

ils lui coûtaient donc

prix égal j

un

en

tout cent

quatre mille francs.
«

Da�s

les mois favorables à la tonte, des

brigades

d'une centaine de tondeurs parcourent les prairies, s'ar­
rêtent dans chaque run, et font leur besogne avec une

rapidité. En moyenne, ces cent tondeurs ra­
vingt-cinq moutons par jour: total, deux
cinq cents. En vingt-quatre ou vingt-cinq jours,

étonnante

sent chacun

mille

les toisons des soixante mille bêtes tombent

ciseaux,

sous

leurs

En outre de

et vite toute la laine est

récoltée.
(sept mille huit cent soixante­
tonte, qui est de vingt francs par

la nourriture des hommes

quinze francs),

la

cent moutons, revient

huit cent

à environ dix-neuf mille

encore

soixante-quinze

francs. C'est

ment curieux: car, de même que chez

de moissonneurs courent de ferme
ber

sous

même
sur

la faux tous les blés

moment vrai­

nous

des bandes

ferme et font tom­

en

qui

un

couvrent le

sol,

de

ici, quand les brigades de tondeurs s'abattent
prairies, en bien peu de jours des milliers de

les

moulons sont mis à

nu.

Les squatters ont pour la tonte de la laine les mêmes
angoisses que nos agriculteurs pour leurs récoltes. Une
«

fois la laine à

point,

voyer à

il faut
et

Melbourne,
Londres, pour profiter

agir

en

l'expédier
premières

toute

sur

des

bâte,

l'en­

le marché de

demandes. L'em­

barras de nourrir tant de bêtes accumulées

surun

même

point les presse encore plus de ne pas marchander le
nombre des bras, et si le beau temps paraît fixe, qu'ils
perdent pas une
effet, ont causé bien
ne

si belle occasion 1 Les orages, en
des ruines après la tonte, et ceux

•

�L'OCÉANIE

qui ont agi trop lentement dans la belle saison ont vu, à
l'approche de l'automne, des milliers d'agneaux tués par
les grêles terribles de l'Australie, et les brebis, saisies
par le froid sous des pluies de deux à trois mois, mourir
par centaines en quelques jours. Quand on aura inventé
une machine à vapeur pour tondre les moutons, quelle
économie ce sera pour les squatters!
« La tonte est la transition entre les
dépenses {lt les
bénéfices. Chaque mouton donne une moyenne de cinq
livres de laine bien lavée. Les soixante mille bêtes de

rapporté, en une année, trois cent
laine qui, immédiatement vendues pO�lr

notre COlOD lui ont

mille livres de

le marché de Londres à raison de

vingt-cinq

centimes la

cent soixante et

un

livre,

ont

mille francs.

un

produit

franc

un

quatre­

total de

cinq

»

à la fin du siècle dernier il y avait dans
les colonies anglaises: cinquante-sept chevaux, deux
En

résumé,

vingt-sept bêtes à cornes et quinze cent trente mou­
1879, on y trouvait près d'un million de che­
vaux, sept millions et demi de bêtes à cornes, soixante­
deux millions de moutons. Tandis que la France compte
à peine un mouton par habitant, plusieurs colonies en
possèdent jusqu'à vingt.
L'ensemble de la population est d'environ quatre mil­
lions; la moitié de ce chiffre se compose d'Européens,
et surtout d'Anglais, qui se multiplient rapidement; leur
cent

tons. En

agriculture et leur industrie commencent à leur donner
un rang important dans le commerce du monde.

�CHAPITRE VIl
",

�

....

-.

'\

,

à

1820, �aijf quelques apparitions &lt;Je prêtres, bientôt per­
l!,� protestan�� privent les catholiques des secours �eli­
En 1820, deux missionnaires sont autorisés
gieux en Australie.
à y venir.:'_ En 1835 arrive le P, Bède, vicaire apostolique ; plus
tard f\fgr Polding devien] archevêque avec cinq I!ufl'ragant�.
�n t�46, deux bénédictins José Serra et Rosandp S�lv�do, se
tendent à Perth, et de là vont à la recherche des indigènes.
Abondantes bé'nédiclions accordées à leur ministère.
Fondation

De 1788

sécutés

,

-

-

,

,

-

-'-

de la Nouvelle- Nursie

(monastère

et

ferme-école)

au

milieu des

Bâti­
s�uvages.
Qqv!'rt!lre d'une école pour leurs enfants,
ments divers.
Education de la jeunesse.
Règlement de vie.
Ferveur des néophytes.
Ceux qui s'éloignent de la colonie
-

-

-

-

-

-

rjlu�siBB�nt I� o� la Providence !es dirige,

Nous

avons

vu, dans le

chapitre précédent,

comment

colons, dominés par la soif de l'or, ont traité les
pauvres indigènes. Ils ont ajouté à leurs vices en leur

les

vendant des boissons enivrantes, les ont chassés de
leurs domaines ou les ont tués. Faisons maintenant
connaître les bienfaits que la civilisation
leur apporter.

chrétienne

est

venue

1800, les catholiques
privés de secours reli­
émigrés
En
deux
1800,
prêtres Anglais furent condamnés
gieux.
à la déportation pour avoir prêché la vérité il. leurs eom­
Pendant

en

dix-sept

ans, de 1788 à

Australie restèrent

patriotes. Arrivés

à

SydneYI

ils exercèrent leur minis­

tène pour la consolation des âmes

qu'ils

ramenèrent
5*

4

�L'OCÉANIE

f06

Dieu; mais, au bout de trois ans, le vent de la persé­
éloigna : ils furent obligés de retourner en
Angleterre, et l'abandon des catholiques fut complet
jusqu'en 1817. A cette époque, un prêtre irlandais leur
apporta les secours de la religion. Bientôt l'intolérance
du gouvernement le contraignit à se retirer. La der­
nière messe qu'il put dire avant son départ fut célébrée
dans la maison d'un pieux colon qui avait réuni les
Européens les plus fervents: l'apôtre leur laissa l'Eu­
cution les

charistie pour soutenir leur foi 1 Ils furent assidus dans
la prière, dans l'adoration, et trois ans plus tard (1820),

quand le pouvoir, cédant aux vives instances des ca­
tholiques, permit enfin à deux missionnaires de se
rendre en Australie,· ils retrouvèrent le corps du Sau­
veur parfaitement conservé dans.cette maison bénie, qui
fut

plus

tard convertie

en

église

sous

l'invocation de

saint Martin.
En

1832,

un

bénédictin, le R.

vint

P. Bernard

les douze mille

Ullathorne,
catholiques qui for­

évangéliser
Sydney le cinquième de la population. Cet
infatigable apôtre fonda plusieurs écoles, ouvrit trois
églises et y attira de nombreux fidèles.
En 1835, un autre bénédictin, le R. P. Bède, né à
Liverpool, en 1794, d'une famille allemande, se rendait
en Australie avec la dignité d'évêque d'Hiéro-Césarée, et
le titre de vicaire apostolique de l'Australie et de la
Tasmanie. Le nouvel évêque divisa son immense dio­
cèse en cinq parties, et plaça ses prêtres à la tête de
ces provinces. Un demi-siècle d'essais et d'efforts, de la
part des ministres protestants, n'avait obtenu aucun ré­
maient à

sultat sérieux

en

faveur de la moralisation d'un pays où
répandaient à pleines mains

mille convicts

cinquante
plus déplorables exemples.

les

Le prélat ne recula pas
devant les obstacles presque insurmontables qui s'op­
posaient à leur conversion. Il les aborda, leur montra

�L'OCÉANIE

107

du

dévouement, leur rendit service, leur témoigna la
plus aimable charité, et ne tarda pas à en ramener plu­
sieurs à une vie réglée. Deux ans après son arrivée en
Australie, les condamnations à mort étaient descendues
de

vingt- deux

à sept, et bientôt la moisson devint tel­

lement abondante, qu'il fallut augmenter le nombre des
ouvriers évangéliques. Le P. Ul1atborne revint en Eu­

plaider la cause de la civilisation chrétienne,
vingt prêtres de plus, les ramena dans le nou­
veau continent, puis fut rappelé en Angleterre pour
monter sur le siège épiscopal de Birmingham, où sa
parole, sa science et sa sainteté devaient briller d'un vif
rope pour

obtint

éclat.
La vérité continua

ses progrès en Australie; elle
y
telles
victoires
de
que, peu d'années après
remporta
l'arrivée de Mgr Polding comme évêque du diocèse, le

saint-père ne tarda pas à lui décerner le titre d'arche­
vêque et à lui donner cinq suffragants. L'archevêque fut
merveilleusement secondé par les bénédictins, et plus
tard par les maristes, devenus les apôtres de la cin­
quième partie du monde.
Au milieu de ses incessantes sollicitudes, Mgr Polding
n'oubliait pas les condamnés; il allait dans les prisons,
les cantonnements, les maisons de correction, causait
avec les détenus, les touchait par ses bontés, obtenait
des adoucissements à leurs peines corporelles, les ame­
nait au repentir par d'incessantes démarches. Les mer­
veilleux changements qui s'opéraient étonnaient les
populations protestantes elles-mêmes, et ramenaient au
catholicisme beaucoup d'hommes de bonne foi. Aussi le
jour où, à l'âge de quatre-vingt-un ans (16 mars 1877),
riche de vertus et de mérites, il quittait la terre pour
aller recevoir sa récompense, ce jour-là le pays tout
entier était en deuil et pleurait un insigne bienfaiteur.
Des funérailles très solennelles, une affluence recueillie

�L'OCÉANIE

108

�� �fqigée, une touchante allocution témoignèrent de
Ia reconnaissance publique, et les jQ�rna"!l'; protestants
eux-mêmes furent unanimes pour fellclrfl hommage au
grand apôtre,
P�1l seconde province �cc!é�ia�Hque a �t� Gféé� en
1�74j �ell&gt;o!lrne an est le siège. De JlOS jpllrs 1'4Qi:llraHe
es� partagée en treize diocèses.
Celui de Perth fut fondé à l� suit!a de démarches
faites par les catholiques da catte villa, qui consen­
tirent il da gén�rel.!X: sacriâces afin d'obtenir pour leur
pays la, défense et I�

propagation de la

vraie fQi. Leurs

pri$r�!J furent exaucées

au !iel� de leurs espérances i caf
c'est dans leur diocèse que devait bientôt se former

['édiâante colonie bénédictine de la Nouvelle-Nursie, en
faveur des indigènes, CIl� pauvres sauvages avaient été
refoulés dans l'intérieur dl! PIlYli p&amp;r les envahissements
et la dureté des colons i pour les évangéliser elûcace­
ment, il fallait aller les chenchen dans les forêts , et les
conquérir' à la fui par la charité; c'est la tâche que s'im­
posèrent les bénédictins de la Nursie.
« Les vents de
l'automne, dit le P. Bérengier, n'em­

portent au loin If31i1 semences des plantes des vallons
les graines des arbres des forêts que pour reprcduire

ou

en

nouvelle

végétation. On peut dire
la
aussi
Providence se sert du vent de la
pour porter dans des contrées lointaines la

d'autres Iteus

une

que parfois
persécution
précieuse semence de l'Évangile. L'ouragan politique
qui bouleversa l'Espagne en 1831) devait procurer aux
sauvages de PAustralie occidentale la connaissance de
la rehgion chrétienne et les avantages de la civilisation.
«
Deux moines bénédictins de l'abbaye de 8aint�

Mar�in de Compostelle,
et

Rosendo

Salvadp

,

en

Galice, les pères José Serra
jeunes encolle de leur.

chassés

cloîtra par les révolutionnaires espagnols, se réfugièrent
Italie. Accueillis avec une affection toute fraternelle

en

�L'OCÉANIE

109

par les religieux de la grande abbaye de la Trinité de
la Cava, dans le royaume de Naples, ils passèrent quel­
dans ce monastère, Mais ils étaient,
l'autre, poursuivia par la même pen­
sée, qui avait poussé à la conquête des âmes tant d'apô­
tres sortis du cloître bénédictin. Puisque la rQvolution
triomphante semblait leur interdire, pour. de longues

paisibles

ques années

à l'insu l'un de

années encore, l'accès de leur patrie et le retour dans
les murs bénis qui avaient abrité leur jeunesse monas­

tique, ils voulaient se consacrer
plus lointains pays du globe. »
«

Nous avions l'un et l'autre

aux

missions dans les

depuis longtemps,

dit

Je P. Salvado l, la pensée de nous adonner aux missions
les plus abandonnées de la terre; mais un vif sentiment
de reconnaissance
Cava.

Les

avaient accueillis

retenait dans

nous

religieux

Uabbaye

de cet illustre monastère

avec

tant de

bonté, lorsque

de la
nous

nous

étions arrivés pauvres et fugitifs de l'Espagne, ils nous
prodigué les marques d'une affection si fra­

avaient

de les

ternelle, que

la

années de vie

commune nous

pensée

quitter après plusieurs
un acte d'ingra­

semblait

Cependant l'appel d'en haut se faisait entendre
toujours plus vivement à nos cœurs, qui souffraient
beaucoup de cette lutte intérieure entne les devoirs et
des sentiments si opposés. Enfin la grâce divine triom­
pha, et nous fit comprendre que toute considération
titude.

humaine devait s'effacer devant la volonté du ciel.
«

Jusqu'à

ce

moment nous

verts l'un à l'autre de

ne

nous

étions pas

ou­

aspirations secrètes à la vis
nous
n'en
d'apêtre;
parlions que d'une manière géné­
rale. Le 11 juillet 1844, en revenant de notre promenade
quotidienne dans les bois touffus qui environnent la
Cava, mon compagnon D. José Serra, d'un corps chétif,
1

Mémoire

historique

BUI'

nos

l'Australie, par

Mill' Salvado.

�L'OCÉANIE

110

mais d'une âme ardente et d'un

esprit élevé, me dit tout
à coup:
Cette vie de missionnaire, dont nous parlons
souvent, a quelque chose de grand, de généreux, qui me
transporte; il me semble que c'est la plus parfaite des
«

de

charité; mais »
l'interrompis, pensant que les fatigues

œuvres

Je

«

dangers

...

de cette vie

viter à la

partager

d'apôtre l'empêchaient
lui, et je lui déclarai

avec

missions étaient aussi toute l'ambition de
«

Dieu soit béni!

ce

courage,

mort 1
«

répliqua-t-il

je suis

et les

de m'in­

avec

si

joie;

votre compagnon

que les

mon cœur.
vous

avez

à la vie à la

»

Je m'attendais à cette

réponse,

et elle

de consolation. Je lui ouvris entièrement
lui

me

mon

à

remplit
âme,

et

appris que depuis longtemps je pensais
à l'évangélisation des païens ou des sauvages, et
que déjà j'avais fait quelques démarches dans ce sens.
Nous nous entretînmes longtemps; en nous séparant,
notre dernière parole fut celle-ci: « Recommandons à
Notre-Seigneur, à la Madone et à saint Benoît ce grand

me consa­

crer

dessein.
«

»

La nuit

suivante, le sommeil

ne

put clore

nos

pau­

missions

pières;
pensions qu'aux
étrangères, à
leurs difficultés, à leurs dangers, mais aussi à leurs cé­
lestes consolations. Le lendemain, nous étant réunis de
nous ne

après l'office divin, nous nous sentîmes encore
plus raffermis dans notre résolution, et, agenouillés dans
l'église de l'abbaye, nous fîmes à Dieu la promesse de
nouveau,

jusqu'à la mort au salut des infidèles,
parmi eux un monastère de notre ordre, si
obtenions la permission de nos supérieurs. Il

nous consacrer

en

fondant

nous en

fut résolu que nous manifesterions secrètement d'abord
nos désirs à la sainte congrégation de la Propagande,

pour savoir si notre offre serait
tenu du R. P. abbé de la Cava la

acceptée. Ayant ob­
permission de faire

�L'OCÉANIE
un

pèlerinage

«

tombeaux des saints

aux

toutes choses pour le

disposâmes

fit

apôtres,

nous

départ.

Le 26 décembre 1844, l'aube blanchissait à peine le
montagnes au milieu desquelles est placé

sommet des

le monastère de la

Cava, que déjà, couverts de nos
étions
à genoux devant un tableau de
manteaux,
Notre-Dame du Secours, que j'avais apporté d'Es­
nous

pagne. Après lui avoir recommandé avec beaucoup
de larmes et de prières notre hardi projet, nous allu­
mâmes deux torches

de cire devant Ia

nous

sortîmes le

nous

avait si doucement abrités

notre exil.

cœur

très ému de

ce

Madone,

et

monastère, qui

pendant

les années de

»

Arrivés
Mir

à Rome, les deux amis s'adressèrent à
Brunellé, secrétaire de la Propagande, et lui expri­

mèrent leur vif désir de porter aux sauvages le flam­
beau de la foi là où l'on voudrait bien les envoyer. Ac­
cueillis avec bienveillance, ils reçurent en partage les

sauvages de l'Australie, acceptèrent avec empressement
cette difficile mission, et se préparèrent au départ après
avoir recruté

en

France et

en

Angleterre quelques

zélés

auxiliaires.
Ils arrivèrent à Perth

le 6

janvier

suivant ils sortaient de cette ville

avec

1846 j le mois

le frère Léandre

pour aller vers les sauvages, n'empor­
tant que trois livres sterling (soixante-quinze francs) avec
quelques petits sacs de farine, de thé, de riz et de sucre.
et

un

catéchiste,

Après treize jours
se

de marche à

pied,

à travers les

bois,

la terre, privés d'eau, et n'ayant pour
soutenir que des racines et des galettes cuites sous

couchant

sur

la cendre, ils trouvèrent des terres fertiles et des indi­
gènes campés dans les bois du voisinage. La première

fois

qu'ils rencontrèrent
oublier qu'ils étaient en
construisaient alors

une

les sauvages, ils ne purent
face d'anthropophages : ils

cabane dans

laquelle

ils comp-

�L'QCÉA.NIE

tt2

taient élever

petit autel. Ils continuèrent leur travail,
complies, récitèrent les prières du soir,
frugal repas, puis s'étendirent sur un lit de
un

chantèrent les

firent

un

feuilles pour le repos de la nuit. Le lendemain matin, ils
offrirent le sacrifice de la messe à l'intention des sauvages

qui les regardaient attentivement, puis disparurent i
soir, et se rapprochèrent des mis­
à âtre massacrés. Cepen­
s'attendaient
sionnaires, qui
dant ils furent épargnés parce que dirent-ils, ils n'é­
laient pas dignes de la grande grâce du martyre. Le
troisième jour, les indigènes s'avancèrent en foule vers
�lUX, et cette fois plusieurs étaient armés de flèches. Les
bénédictins un peu mieux installés que les [ours pré­
cédents leur préparèrent des galettes, du thé, des mor­
mais ils revinrent le

,

,

1

1

ceaux da sucre, allèrent à leur rencontre pour leur faire
ces petits cadeaux, et les disposèrent ainsi favorable­

Quelquee-uns même s'attachèrent aux nouveaux
quelques services, et acceptèrent
avec joie la meilleure part de leurs provisions.
Les débuts furent pénibles; plusieurs essais restèrent
infructueux : les contradiotions ne manquèrent pas;
mais les épreuves obtinrent les résultats qu'elles opë­
ment.

venus, leur rendirent

rent dans les âmes

chrétiennes: elles fortifièrent la

ajoutèrent aux mérites de oes âmes, toutes
dévouées il la gloire de Dieu. Heureux de la confiance
qui I�UF était témoignée, les religieux en profitèrent
pour parler de Dieu et de ses miséricordes. Petit à petit
ils prirent de l'influence sur les sauvages, et se ser­
virent de leur ascendant pour les pacifier. Quand les
indigènes combattaient les uns contre les autres, lee
bénédictins accouraient sur le champ de bataille, le cru­
cifix à la main, et leur présence suffisait ordinairement
pour décider les adversaires â se séparer. «( 0 Dieu da
bonté dit le P. Balvado c'est VQU8 qui rendiez ces
hemmes l,si barbares et si intrépides même devant les
constance et

1

,

�L'OCÉANIE

H3

soldats de l'Angleterre 1 doux et patiens envers nous 1 au
point de se laisser séparer par deux moines désarmés. »
Si
tins

les ennemis continuaient � se battre, les bénédic­
jetaient au milieu de la mêlée, au risque de re­

se

eevoir un coup lie lance 9U de voomerang 1 et il!;! fai­
saient si bien, qu'ils amenaient les combattants à déposer
les armes. Alors la cabane des religieux devenait une
ambulance : ils y recueillaient les blessés et pansaient
guérir. Dans leurs
mains 1 les plus simples remèdes opéraient des mer­
veilles. Un jour, on leur apporta un guerrier mortelle­
ment atteint i il avait le bas-ventre percé d'un ghici.
Avec de l'huile d'olive, du riz et du thé, ils le rendirent
il la santé, et pendant que son corps retrouvait des
forces SOD intelligence s'euvrait à la lumière: il devint
catholique i plus tard, novice de Saint-Benoît, il bé­
nissait JlliUe fois la blessure qui l'avait amené à con­
des

plaies

que Dieu

plaisait

se

à

1

naître la vérité. Comblés des bienfaits de leurs mis­
sauvages écoutaient les exhortations et
à vénérer le Sauveur, mort sur. la croix

sionnairss, les

apprenaient

pour leur ouvrir le ciel.
Quand les ressources

matérielles

faisaient

défaut,

la p. Salvado allait à Perth pour quêter. Un [our, il fit

servir à

petit

sa cause son

talent de musicien

concert dont le

fut

,

et

élevé

organisa un
qu'on ne s'y

produit
plus
salle, une Irlandaise remar­
qua que le missionnaire très pauvrement vêtu mar­
chait péniblement svea des chaussures trouées : aus­
sitôt elle lui donna ses souliers, larges solides s'enfuit
rapidement, et regagna pieds nus son humble de­
attendait. Au sortir de la

1

1

1

1

meure.

Les apôtres allaient chercher les sauvages dans les
bois 1 les suivaient dans leurs courses, se donnaient à
eux et s'appliquaient à apprendre leur langue. L'expé­

rience

ne

tarda pas à leur prouver que 1 pour obtenir

un

�L'OCÉAN'IE

114

noyau de conversions solides et
der une maison à la porLée des

durables, il fallait fon­
indigènes, grouper les

et leur procurer le moyen de vivre par le

néophytes,
travail.
Le

gouvernement fit
le 1er

religieux, qui,
pierre de ]a colonie.
velle-Nursie,

en

une

mars

concession de terrain

1847, posèrent

Ils lui donnèrent le

souvenir de la

petite

la

nom

aux

première
de Nou­

ville d'Italie

qui

fut le berceau de saint Benoît, La Providence bénit
envoya des secours et suscita des ouvriers
de bonne volonté, Irlandais et Français vinrent de

l'entreprise,

Perth pour aider aux constructions,
vèrent le monastère et la ferme-école.

et bientôt s'éle­

Après cinquante jours d'un travail continu, dit le
Bérengier, l'édifice claustral fut terminé pour le gros
œuvre, en briques et en bois. Les maçons, charpen­
tiers et serruriers, qui avaient prêté leur concours avec
tant de générosité à la mission bénédictine, retour­
nèrent à Perth, et les deux moines purent dormir dans
leur petit monastère, quoiqu'il ne fût encore couvert
qu'à moitié.
«

P.

Durant tous les travaux de construction, il s'était
produit un fait assez remarquable, et qui semble peu
«

éloigné
au

du miracle. Un habitant de Perth avait donné
chien que l'on disait excellent pour la
kanguroos; en réalité, il n'en avait pas

P. Salvado

chasse

des

un

premiers essais de colonisa­
peine arrivés, qu'on le vit
partir tous les matins pour la chasse, et le soir revenir
avec le sauvage qui le suivait portant un kanguroo
du poids de cinquante livres et plus. Les dix-sept
personnes qui étaient alors à la mission se trouvaient
ainsi abondamment fournies de viande fraîche. Lorsque
le nombre des ouvriers commença à diminuer, Pompée
( c'était le nom du chien) ne prit que des kanguroos de
pris

un

seul

pendant

les

tion. Les ouvriers furent à

�L'OCÉANIE

HtS

moindre

grandeur, et dont le poids était toujours pro­
portionné au nombre des convives. Enfin, lorsque la
construction fut terminée, la pauvre bête perdit un
œil et n'alla plus à la chasse. Il Nous dirons, comme
Mgr Salvado

:

Qui

«

ne

voit ici

une

attention aimable

de la Providence pour les ouvriers de

Seigneur?

la

vigne

du

Il

Les Australiens vinrent cultiver la terre

rection des

religieux,

et ils

se

présentèrent

sous

la di­

assez nom­

breux pour rendre nécessaire une nouvelle concession 1
qui fut gracieusement accordée par le gouverneur. L'en­

treprise semblait prospère, et la récolte promettait d'être
abondante, quand un événement imprévu parut devoir
amener sa ruine. A la veille de la moisson, une femme
.

sauvage accourut au monastère pour y chercher un re­
contre la colère de son mari, décidé à la tuer.

fuge
Les

religieux

furieux, qui
ribles

la mirent à l'abri des

poursuites

de

ce

retira pas sans proférer les plus ter­
Le lendemain matin, un incendie était

ne se

menaces.

voisinage; le feu gagnait rapidement du
terrain,
menaçait les champs de la colonie. Au lieu
de chercher à l'éteindre, ce qui présentait d'immenses
difficultés, le P. Salvado entra dans la chapelle, y prit
l'image de la sainte Vierge, la porta à la limite des ter­
rains les plus menacés par les flammes; aussitôt le
vent changea de direction, et le danger fut entièrement
conjuré. Le sauvage dont la femme devait la vie aux
missionnaires eut connaissance de cette protection pro­
videntielle; il en fut touché se rendit au monastère
pour solliciter son pardon, et devint l'un des serviteurs
allumé dans le
et

1

dévoués de la maison.
Le P. Salvado

profita

du bon vouloir des

indigènes

pour les décider à ouvrir un chemin direct de la Nou­
velle-Nursie à Perth. « Je partis, écrit-il, avec quatorze

sauvages

t

munis de leurs instruments de travail. Je

�L'OCÉANIE

H6

disposai mes ouvriers de
chargés d'aller à la

étaient

la manière suivante: deux

chasse des

kanguroos, pour
fournir de la viande fraîche ; quatre partaient en
avant pour frayer le sentier et abattre les arbres � huit
se reposaient auprès du char des provisions. Quand les
nous

fatigués, ils venaient se reposer, et
remplaçaient. En trois jours la route fut
tracée, de la Nouvellée-Nursie à la première station des
colons de Perth 1 sur une longueur de quarante milles.
J'avais dirigé mes sauvages avec l'expérience que m'a­
vaient donnée de fréquents voyages à Perth, et l'ingé­
nieur de la colonie fit classer plus tard ce chemin parmi
les routes du pays, comme étant la plus courte et la
plus commode que l'on pût établir. Désormais, au lieu
d'une semaine entière, il ne fallut que trois à quatre
jours pour se rendre à Perth.
« Durant ce
travail, j'eus l'occasion d'observer quel­
six

étaient

premiers

six autres les

ques coutumes des 4ustf'aliens. Le matin du deuxième
jour, nous rencontrâmes une troupe de sauvages qui
nous

étaient entièrement inconnus. Un

travailieurs

expliqua qui
lieu. Aussitôt

nous

seul de

IDes

peu. Il aborda le chef, lui
étions et ce que nous faisions en ce

les connaissait

un

grand échange

de civilités. Le chef

s'ap

..

proche
principal
sauvages et l'embrasse af­
le
fectueusement en
tenant cinq à six minutes dans Bes
du

bras. Il

en

de

mes

fait autant à tous les autres, Ces embras­

terminées, le chef des sauvages étrangers dit aux
miens d'un air digne et respectueux : « Mon feu est
votre feu i moi et mes parents, nous demeurons ici;
mais vous, allez, 'Venez, restez ou partez, vous êtes les
maîtres, car nous sommes devenus grands amis. }) Puis
ils s'assirent pour goûter à nos provisions, quoiqu'ils
eussent déjà mangé un kanguroo; l'estomac d'un Aus­
sades

tralien,

souvent condamné

merveilleuse élasticité.

)

au

jeûne,

ëst

toujours d'une

�L'OCEANIE

117

plus importante pour la civilisation chré­
s'inaugurait l'année même ·de la construction du

Une

œuvre

tienne

chemin: c'était l'ouverture d'une école pour les enfants
sauvages. Trois d'entre eux ne tardèrent pas à deman­
der instamment le baptême, et furent admis à partager
la vie des bénédictins. Pour fêter cet heureux €"9"êne­

ment, les religieux firent

aux

adultes

indigènes

une

quotidienne de soupes qui' les attirèrent et
de commencer à les instruire. Les mission­

distribution

permirent
naires

servirent d'abord de leur influence pour les
comme l'hiver; et

se

amener

à couvrir leur nudité l'été

bientôt tes femmes attachées à la

culture,

trouvant

se

gênées par le manteau de kanguroo, leur unique vête­
ment, furent contentes de le remplacer par des che­
mises de coton

qui

leur furent données

monastère.

au

L'année suivante

(1848),

la colonie achetait

vernement, pour la

somme

de trente-deux mme

deux mille cent

quatre-vingts hectares

cultiver directement,

de

au

gou­

francs,

terrain, qu'elle

donner

aux sauvages'
comptait
à
ses
avaient
travaux.
qui
coopéré
premiers
Tout prospérait, et cependant il surgit deux événe­
ments qui semblaient devoir compromettre l'existence
de l'œuvre. Le P. Serra fut élu évêque de Port-Victoria,
et quelque temps après le P. Salvado, envoyé en Eu­
rope par Mgr Brady, qui gouvernait le diocèse de Perth,
fut élevé lui-même à l'épiscopat. Il y eut un temps
ou

d'arrêt dans l'extension de la Nouvelle-Nursie; mais
ce que Dieu garde ne saurait périr, et l'événement qui
aux

intérêts de la colonie

servit à la consolider. Le nouvel

évêque séjourna quel­

paraissait
ques

si

années

Nursie

:

il

préjudiciable
en

Europe,

où il n'oublia pas

plaid à sa cause en

Espagne,

en

sa

chère

Italie, lui

attira des ressources j et quand il put retourner en Aus­
tralie (t81î3)', il agrandit les bâtiments et construisit des­

ateliers. Puis 1 devenu

coadjuteur Ille

Perth

1

il continua

�L'O Cli:A NIE

118
sa

vigilante

sollicitude

aux

néophytes qui

lui devaient

les lumières d'en
sidérable

au

haut, et contribua pour une part con­
développement des monastères et de la

ferme-école. Plus tard il fut

coadjuteur,
à

sa

et

put de

déchargé

des fonclions de

nouveau se consacrer

entièrement

fondation.

Nous allons faire
actuellement la

connaître

l'aspect

Nouvelle-Nursie,

que

présente

et la vie des Austra­

liens admis dans cette colonie modèle.
Au milieu du vaste domaine s'élève
murs en

pierre,

sa

voûte

en

acajou

et

l'église,
Bon

avec ses

architecture

italienne. Le monastère, qui forme aussi ferme-école,
est situé à peu de distance de la maison de Dieu; à

gauche, on voit des
calyptus, séparées
là qu'habitent des

cabanes couvertes de feuilles d'eu­
par des

jardins bien tenus. C'est
indigènes devenues chré­
des forgerons et des menuisiers
la hauteur, assez loin de l'église,

familles

tiennes. Les ateliers
ont été construits sur

pour que le bruit des marteaux et des scies ne trouble
pas les religieux pendant leurs offices. Plus bas, près

long du vaste enclos de la Nou­
l'hôpital, ouvert aux indigènes, aux

de la route tracée le

velle-N ursie, c'est

colons européens, aux pauvres et aux voyageurs ma­
lades. En face, séparée par la route, on voit l'hôtellerie.
A droite du monastère se trouvent les granges, les

moulins,

les

celliers,

les

écuries,

les étables. De fortes

palissades forment divers parcs pour les
tiaux, les chevaux et les moutons. Enfin,
plus élevé de la colline,
Vierge.

on

aperçoit

un

grands bes­
au point le
ermitage dédié à

la sainte
«

Dès

l'aurore, dit le P. Bérengier, la population

entière de la Nouvelle-Nursie

se

met en

mouvement.

Tandis que les pères, revêtus de leur coule noire, vont
gravement deux à deux célébrer la louange divine, les
colons sortent de

leurs

maisonnettes, et, après

une

�L'OCÉANIE

119

prière commune à l'église, se répandent dans les
champs pour y travailler. L'office terminé, les reli­
gieux vont les rejoindre, et il n'est pas rare de voir de
grands sauvages, à la figure basanée, guider l'attelage
d'une charrue, dont un moine à longue barbe tient les
mancherons d'une main adroite et vigoureuse. Pendant
temps -là, les enfants

ce

nastère. Les

les

charrois,

bis

aux

se

rendent

aux

écoles du

mo­

gens conduisent les chevaux pour
mènent les vaches, les chèvres et les bre­

jeunes

pâturages jusqu'à l'heure où le repas, préparé
ménagères, rappelle les travailleurs à la mai­

par les
son ... »

Il y
çons et

maintenant plus de cinquante enfants, gar­
filles, élevés à la Nouvelle- Nursie : dans deux
bâtiments séparés, ils reçoivent des moines mission­
a

naires l'instruction

religieuse et classique. On leur en­
seigne lecture, l'écriture, le calcul et l'histoire sainte.
Voici le règlement de leur journée.
la

Ils

se

lèvent

monastère. Les

le soleil, au son de la cloche du
bénédictins, ayant reconnu que pour

avec

former l'homme tout entier il faut unir la vie de famille
à la vie de la cité, laissent les enfants passer la nuit dans
les cabanes de leurs parents. Aussitôt habillés, les éco­
liers se rendent par groupes à l'église, où les membres

de leurs familles
messe
on

ne

tardent pas à les suivre.

et le chant du Laudate Dominum

Vient ensuite

déjeuner.
nés à

au

la

gentes,

les conduit dans leurs réfectoires

l'âge

uns

des

élèves,

vont aider les

pâturage;

respectifs pour le
jeux et de
classe, toujours proportion­

une

récréation. Aux travaux de
les

Après

omnes

demi-heure de

succèdent les exercices du corps;
bergers à conduire les troupeaux

les autres

s'occupent

des parents; plusieurs s'exercent
donnier, de tisseur de laine, de

sier,

etc.

Les

petites

aux

dans le

jardinet

metiers de

serrurier,

cor­

de menui­

filles aident leur mère et leurs

�L'QCÈANIE

120

grandes

sœurs

dans le ménage;

veillance d'une matrone, elles
fi ler, à faire la cuisine, etc. A
eesse

pour les

enfants, qui

A

midi, diner,
dants, qui ont

ou bien, sous la sur­
apprennent à eoudre à
onze heures, le travail
,

rendent dans les classes.

se

où les mêmes

et abon­

plats, simples

été servis aux moines, leur sont pré­
Le repas est suivi d'une récréation toujours

sentés,

joyeuse, turbulente; puis vient la visite aux parents,
pendant laquelle les enfants peuvent se TOir et se con­
naître, De deux à quatre heures en hiver, de trois à
cinq en été, classes suivies du travail manuel jusqu'à
la chute dujour, mais interrompu par le lunch ou goûter.
Le souper et la récréation du soir ont lieu en famille, La
à l'église termine la journée ;·le coucher

prière générale
a

lieu à: huit heures

en

L'ëeole d'es adultes
l'heure du souper.
Voilà la douce,
mëneat les

hiver,
se

à neuf heures

été.

et salutaire existence que
Australiens christianisés de la Nouvelle­

pieuse

Nursie. Elle prépare à la colonie

peuple

en

tient du coucher du soleil à

anglaise

de Perth tm

fort et laborieux.

On voi, sosveët rôder autour de l'a colonie

mon as­

examinen t

des'

bois, qui
tique quelques indigènes
avec le plus vif' intérêt un spectacle bien nouveau pour
eux. Leurs' parents, leurs amis vont leur parler, appellent
quelques religieux, et presque toujours ces sauvages
venus

1

seulement pour satisfaire leur curiosité 1 sentent
le désir de vivre comme leurs compatriotes civilisés, et
venus

cèdent

sans

effod à la douce influence de la vie chré­

tienne.

Ouant

aux

sont des

plus

sentiments des
consolants.

sauvages

Un

grand

baptisés,
et

homme venait de recevoir le sacrement de

lorsqu'une
ger. Sur le

chute des

plus
point d'expirer

Us

fort

Jeune
baptême
1

graves mit sa vie en dan­
il dit à M"r Salvado, qui
1

�•

L'OCÉANIE

l'assistait:

«

Pourquoi,
offenser

121

Père, je suis bien content de mourir.­

mon

comme

fils?

Parce que je ne pourrai
autrefois le grand Dieu du ciel. ))
-

plus

Les sauvages australiens, habitués à la vie de chasse
dans les bois immenses de leur pays, ne peuvent pas
être assujettis, après leur baptême, à un travail trop
continu ni à une vie trop sédentaire. La sollicitude

paternelle du fondateur de la Nouvelle-Nursie a su
pourvoir aux exigences de leur santé.
« De
temps à autre, nous disait-il, j'envoie les nou­
veaux convertis et les jeunes gens de la mission passer
une semaine ou deux dans les bois, sans autre provi­
sion qu'un peu de farine dans un sac. Ils doivent se
procurer le reste de leur nourriture par la chasse, et
coucher sur. la terre, dans de petites huttes construites
de leurs propres mains avec des branchages. J'obtiens
par ces petites excursions deux excellents résultats: je

tempérament, qu'une vie trop renfermée
aurait, pour cette première génération, promptement
épuisé, et je leur fais comprendre, par le contraste, tous
fortifie leur

les avantages de la vie de famille que l'on mène à la

Ncuvelle- Nursie.
Il y a aussi des expéditions forcées qui ne leur sont
pas moins utiles. Dans les mois des grandes chaleurs,
il faut parfois aller chercher assez loin des pâturages
«

pour la subsistance des brebis On choisit alors dans les
un, troupeau de brebis bien vigoureuses, que

bergeries

l'on envoie

en

avant et que l'on confie 'à deux

moines,

assistés de

quelques sauvages de la mission qui les.
accompagnent avec leurs familles, leurs chevaux, leurs
bœufs et quelques chiens de forte race. Toute la troupe
part, marchant à petites journées et couchant SOI,lS la
tente. On finit par

arriver

est facilement cédé par le

long

de la route,

on se

pâturages, dont l'usage
gouvernement de Perth. Le

aux

nourrit du lait des brebis et des
6

�L'OCÉANIE

122

que l'on a pll se procuner ; parfois on
agneau. Dès que le troupeau .d'avant-gande

petites provisions
mangé

un

Ia concession

les -aauvagea se dispersent dans
les bois et rapportent des. trencs d'arbres et des bran­
ches à larges, feuitles 'pour construire les. cabanes de
est sur

1

campement, les clôtures qui ·.S611ViFml:t de .hercail , les

bergeries

des hrebis

pleines, enûn

tout

Ge

qui est .néces­

saire pour .uns installation de quelques mois. Peu après,
arrivent en longue file les .granda troupeaux de la mis
..

sion; �l1LeQlt .pr�p.aré pour les recevoin

et les parquer j

B�t.di8f.lQaé .auasL·.poqrc.·que., !ea,hellgru:s et leurs fa�
milles p:tliaseIl:.t pa!:iSfl�Jedemps.,da .l'ss tiv..aga .sans. trop,
tout

,

..

,«, Caméla..nge

ma.il1,tient., .tP..ès

..

4evv.i.a:·n..amade.�:,pas.tœlalB. EÛ. ageicole,

heueeùsejnent, ,la �atlté. g.énéeale.,,:delt
Ausirallans-:·iW-.la.m-Ïsskln., des uhallitue"d(i}1il-ce�ent· aux.
mœurs rles;.}Ila;Y.B;·ci;v,jliaéS'.,..� suoteut.eeeeeere .}es·,l.i.ens.
qui.les, ,unisf!ent aux: moines espagnols, etne'ument de.
tous qu';u.n.e"ileple .famillth Foun.clef! attaeher., pIQs:.s1În.
remen t.au. soLquii ls.eul tiv.e.n1 ". M&amp;'JSalvad.o.a.. J 'i:Jl teation.
de les ...cl.éclarall pwWiéUiire.à, .dexaat.la loi anglaisa, de.
la portion de terrain qui entoure leurs .càbané&amp;p�ais il
nous 'a:v:ouait: qued':heura- inleri:.é�aü pas ;ea.core 'Venue
f..allt.oette-idée,de ·fi.lf6:to poun toujauea, sa:dWew'6 en &lt;tIR,
même.Iieu par.aîtétrange� oes.6I:1iants:dBil fQl)'êts'i dont. la.
via ,s(!l"i&gt;a8sait ,à-WSS&amp;1' les .bêtes�,f8u�a$·.au.�toUt6 .la,
sœ:faç�.d6.l&amp;w. tPl7I'6.natale.. dL fau cilla'.peu t-âtre caUe@r.g.
1a: .sOOGnde..,,#né�tion., D'ijjào qepen.dant.; le:. clie� .de là.
colonie. ·roonas.tiqu6.Ieur 4l,gQ11.ll.é la' prGpl'iété...dwj,.Bi8i�
soonett�&amp; ,.qu1ils ,,'habitent,; 00Utl possession., ëq\lÏ l,leS.
fl!\f..té'IJ 1es,�amOOcwa"Jilau' Q. peu&lt;:.à.ilé:.p6n�é6,4e.dœ.reni.c.
p'l'of&gt;riét aiees- don 'ElO� -et:.:v&amp;fi�ab.lem6iIt( citO:yooB··oo.l' AiIls"l
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portée'odes sauy.ag€g1la�Noo"lélle-Nul:Si&amp;

•

�L'OCÉANIE

123

travaille très efficacement à leur. conversion, Ses succès
complets, qu'ils ont ménitë d'un minitrs protestant
Ge témoignage : «Ce que j'ai wu dans 111 missioa béné
dietine, .écrit-il m'a :rappelé Ies .premiers temps de
l'Église. Chaque année.amène un progrès i I'instnuction
développe l'esprit des.enfants �jes machines il battre, les
ins1»umenta .perfectionnés Suppléent. aus huas des culti­
s.ont si

.. ,

,

leur font recueillir Ies fruits de.leurs travaux,
oonduitq chrétienne.leur donne la paix de la con-,
science et les jojes de l'âme. Laur zèle pour. .la pro
pagation de la foi s'exerce près des sauvages qu'ils.
oonnaissent grossit.le nombre des. néophytes", .et ajoute.
au bonheunqu'ils éprouven]
d'ê!_ra chrétiens. »
.M� Salvadc .écrisait il y a .plusieurs années � tl Â me,\
valeurs et

Leur,

...

,

que. nDS tes�o�rlles 5Ulgrp.entent." llOUS, admettons,
un plus gnand nombre da sauvages. à partagen notee v�e
Les indigènes de cette pœmière .génération l!e peuvent,
sure.

...

..

pas

encora

se

AUffil'e; JI faut que

nous les

aidions

en

beaucoup .de,mani�r:e% Qu'il.sUJ;yienne.'
longue
eheresse gu. des p1uieli! prolongées., une'.,épi�ooqe sun les
bestiaux ou une.épidëmie.sun.lea sauvages, voilà toutes
nos réserves épuisées
.et noua 'DOliS trouvons réduits.
presqué à la mepdicité., Lorsque Ia seconde g'.én�raHoll.
de nos. t\ustr.al�ens sera .pàrv.enue.à J.'âge d'homma., ella.
paurra, se passer d� liW1r8 secauns paree qu'elle aura
",.�u dès: l'.enfafWs-l'.tliJ.hltude..du,tr.,ayail.".rle l'ol'dre �t- de,
l!.éeollOlll)e, comme. chea .lss.hona �g:i'iCUltaUfB de'il!EuP.
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Qg,elquas. Aus:tJ;ali6ns.�catJ:wliqutlS"se sant éloignés da
�a_ colonie., .etléussÏ.ss6llt là.où .la Providence.les.a con-,
duits.

V\ln

"

..

d'eux s'est. établi à Penth.

comme .cordonnier ; sa,
·tellns,t .qu'oa Je. .regsrde.

conduite et .son habileté, SMt
le IQ,eiUeur .ouvrier da la .:v.ille.

comme

-Un (lutre., -entsë

avec -.$8.

.

.

�

'"

femme. chez un..-.eolon

.

.an.�

·

�L'OCÉANIE

i24

glais, inspire tant de confiance à son maître, qu'il l'a
chargé du ménage, des chevaux, du jardin, du service
de sa personne, de la cuisine, du linge et de la direc­
tion du ménage. Il lui a donné une maison et un jardin,
en récompense de très bons services.
Un troisième est si sûr et si intelligent, qu'il est
devenu intendant d'une maison importante. « Mais
voici, dit M. de Cadière, un fait encore plus remar­
quable. Une jeune Australienne qui, il y a peu d'an­
nées, courait dans les bois avec son père et sa mère,
anthropophages comme elle, fut reçue à la mission. On
l'instruisit, on la baptisa, on lui donna une éducation
plus soignée qu'à ses compagnes parce qu'elle était
plus intelligente, on la maria, et maintenant elle est la
directrice du bureau de poste télégraphique à la mai­
son. Le gouvernement de la colonie anglaise lui donna,
avec le logement, sept cent cinquante francs par an.
Tous les journaux protestants de l'Australie ont raconté
cet événement avec de grands éloges pour la mission où
Ellen Cuper (c'est le nom de la jeune sauvage) a été
élevée. Son premier télégramme a été un remerciement
adressé au gouverneur sir Weld, qui l'avait nommée à
cet emploi. En vérité, qui aurait jamais pu prévoir cela,
lorsque les missionnaires arrivaient, il y a vingt-huit
ans, dans ces bois déserts, n'ayant plus de chaussures,
presque sans vêtements, sans abri, sans provisions,
réduits à se nourrir de couleuvres, de lézards, de vers
de terre, au milieu de sauvages féroces qui ne se se­
raient fait aucun scrupule de les tuer pour les manger?
Quel chemin parcouru dans
Telle est la

un

quart de siècle 1

des hommes que les Anglais pro­
testants déclarent incapables de toute civilisation, qu'ils
«

race

cherchent à exterminer par tous les moyens, et que le
professeur Darwin, avec ses crédules adeptes, nous
montre

comme

les descendants directs des

chimpanzés

�L'OCÉANIE

125

orangs-outangs, d'après l'amusante théorie qui
veut nous faire tous venir d'un grand singe. »
Nous avons raconté avec quelques détails l'organisa­
tion de la Nouvelle-Nursie, parce que son histoire mé­
rite spécialement de fixer l'attention. Elle nous montre
une fois de plus. par un mémorable exem ple le catho­
licisme portant chez les sauvages le double flambeau de
et des

,

la foi et de la vraie civilisation.
Deux chiffres font connaître les

conquêtes de la vraie
184.0, elle y comptait seu­
religion
lement quarante mille catholiques; en 1880, leur nombre
dépasse quatre cent mille. Trois cent vingt-cinq prêtres,
sous la direction de treize évêques, instruisent, éclairent
dans l'Australie. En

et consolent les âmes.

�CHAPITRE VIIi

: la Nouvelle-Calédonia ; ses productions; ses
Elle appartient partiellement à la France depuis
indigènès.
1853.
Btl1864, ellë devient ut lied dë déportation. 1.:.... Nouméa.

Colonies françaises
-

-

travaux des pêres maristes ....... Mgr DOullrra.,.,.... Oruautés et vices
Reconnaissance des néophytes,
des habitants.
Lettre du
P. Montrougier.
Intéressants détails donnés par Mgr "Viit sur
les métis, les travailleurs noirs, la population libre, les trans­

-

-

-

-

Persécution contre le
portés, les déportés, les sauvages.
catholicisme.
Influence anglo-protestante.
Multiplicité des
-

-

-

Difficulté des communications.
Scandales de la
langues.
race blanche.
Mœurs des païens.
Description de l'île des
-

-

-

-

Pins.

Les colonies

françaises

forment

de

l'Océànie,

encore

très peu

les

développées,
possessions anglaises un
contraste.
Le
regrettable
plus important de nos éta­
blissements est celui qui s'est formé en Nouvelle-Calé­
donie. Située à l'est de l'Australie, comprise dans le
groupe appelé Mélanésie, la Nouvelle-Calédonie est
l'une des plus grandes îles de l'océan Pacifique. Décou­
verte en 1. 774 par le ca pi taine Cook, elle tire son nom
de

sa

ressemblance

avec

avec

l'Ancienne-Calédonie. Trois fois

grande comme la Corse, elle a une superficie de six cent
cinquante lieues carrées. Sa longueur ne dépasse guère
deux cent soixante-dix kilomètres, et sa largeur moyenne
n'excède pas cinquante-cinq kilomètres. Elle est parta­
gée dans sa longueur par une double chaîne de mon-

�L'6é:ËANIE

127

tagnes, liau(e� 'parfoi's' dè épiiiizë' ê�iité' Ïnètres; Leur
point culminant est le pic dë Humboldt (sëire cent éin­
'qUtiI1t� mètres}. L'ès tÎvagM de llîlé sorit:gàrhhl denom­
llreux reliefs eompôsés dé polypiers; 'Œ sdtit 'dës espèccl!
'dé rdëhi:lrs

Ses

qui

rendent l'sccës

magniflquës
i\

J�ÜI'§ pins

.

en

ti'ê!:l diffitile.

.

'forêt"ê Ïournlssen! 'leurs éèdrés et

l'êbéhisterie

'et' Mx

constructions Ïriari.:.
'

,

d��.
Sdn saillat trèS l'ét'tile 1 surtout' dans la partie ôrieÎl­
tale; Sê!i bèllès plaines sont arrosées pàr' dés' rivières
qui s'échappent des montagnes, ët vont se jeter à la
,rtler après un faible parcours. té coürs d'eau lé plus

important est lë Diahot dont la plus grande largeur ne
dépasse guère cent èiriquànte mètres.
Son climat, analogue à celui du midi de la France,
est régulièrement rafraîchipar lés brisés ai:! l'Océan. Le
,

thermomètre ne s'élève pas au-tleséua de trente
centigrades, et nè 'dèscend pas au-dessous dë

degrés
quinze

degrés.
Les gisements de houille, les mines dé métaux, spé­
cialement le cuivre ét le fer, abondent dansla Nouvelle­
Calédonie. Des mines de nickel ont été récemment dè­
ctlU\tertes

:

il

y

a

peu d'années, cinq cents tonnes

oxpédiéèâ

mlheral ont été

eri Frahcé à des

Ilrix

dé

ce

avanla­

get1x.
tes
vales.

indigènes

Toujours

se

beàucoüp

dë trlbüs ri­

ulis talitre les

autres, ils tle

divisent èn

en lutte

les

s'aventurent pas dans le pays
armes, Une

sans

gtré Iiül'ni�

de leurs

du sauvage, iahce
tronde, suspendue
sac attaché à
celn�
qu'il porte dans
il tient
d'une
de
l'autre
mai,n
plusieurs zagales ei
au cou

.

Ies

pierres

ture;

un casse-tête.

un

sa

,

La zagaie

doutable qui est aminci

est

à

une

ses

javelot re­
'extrémités, et tra­

espèce

deux

de

le corps d'un ennemi 'â quarante pas de distance;
Le cassé-tête, sorte de pëfitè massue, èst un Mton de

verse

�L'OCÉANIE

128

bois

d'un mètre de

dur,

extrémités
La hutte

la base

a

en

forme de

qui

terminé à l'une de

abrite le Calédonien est

une

ses

cabane dont

vingt-cinq mètres : haute de quatre
chaume, se termine en pain
à
son extrémité des trophées
porte parfois

vingt

mètres, elle

long,
disque.

à

est couverte de

de sucre, et
de chevelures

d'ossements humains. Les ornements

ou

de la cabane consistent

filets, hameçons de pêche,
qui se portent les jours de pluie.
travail de patience et d'adresse; la
en

et manteaux de gazon

Ce vêtement est

un

femme passe six mois à le confectionner. La contexture
de la draperie forme la partie intérieure; à l'extérieur,

assemblage d'herbes si habilement disposées,
on les prendrait pour une fourrure.
L'igname, le taro, plante aquatique dont le fruit a la

c'est

un

que de loin

la forme d'un navet, l'arum

ou

à l'alimentation des

choux caraïbe, servent
Ils mangent aussi les

indigènes.
l'hibiscus, le fruit de l'arbre à pain
l'hipaxis. Enfin, quand le caprice
les y pousse, ils se repaissent de chair
n'épargnent pas toujours leurs propres

pousses de
et les racines de

jeunes
ou

la faim

humaine

et

enfants.
Ils traitent leurs femmes

comme

des bêtes de somme;

les assomment pour les punir de
estropient
n'avoir pas recueilli la quantité d'aliments qu'ils vou­
laient avoir, ou pour avoir commis une faute encore
ils les

ou

moins grave. La colère est leur
connaît pas de frein.

guide,

et leur autorité

ne

indigènes ont les cheveux laineux, le nez épaté,
épaisses et la peau couleur de suie. Ils sont
en
villages; le soir on les voit se réunir autour
groupés
d'un grand feu: là ils parlent, s'animent, gesticulent,'
mangent, poussent des hurlements de bêtes fauves, et
présentent dans leur ensemble un effroyable aspect.
Les

les lèvres

Ils entourent de leurs respects les restes mortels de

�L'OCÉANIE
leurs parents, et

des

placent

i29

signes

d'honneur

sur

la

tombe de leurs braves.

1803, la Nouvelle-Calédonie est devenue colonie
française. Après l'Algerie et la Cochinchine, c'est la
En

la

possession

plus

considérable de la France. La

tale est Fort-de-France

ou

capi­

Nouméa. La colonisation

marche très lentement; mais il est permis d'espérer
pour l'avenir, à cause du climat, de l'étendue, de la po­
et de la fécondité du pays.
Les concessions de terres se font de quatre manières

sition

géographique

différentes: la vente

de gré à

ditions,
de bétail,

enchères

publiques;

création d'établissements

les concessions
et

aux

la vente

les aliénations moyennant certaines con­
telles que constructions de routes, introduction

gré;

gratuites

aux

agricoles;

et enfin

anciens militaires marins

Alsaciens-Lorrains. Le gouverneur seul statue
les demandes dont le prix ne dépasse pas vingt

aux

sur

francs; au-dessus de ce chiffre le ministre décide.
1860, cette île devint une colonie indépendante
autres possessions françaises en Océanie, eut un

mille

En

des

gouverneur

spécial,

et fut choisie

comme

lieu de dé­

portation pour les condamnés aux travaux forcés. En
1864 ils y arrivèrent 'pour la première fois; ils étaient
au

nombre de deux cent

à construire

cinquante,

et furent

occupés

leurs bâtiments d'habitation, puis des
hôpital, une chapelle, qui s'élevèrent assez

magasins, un
rapidement dans une petite île située à un kilomètre, de
Nouméa. Les déportés furent divisés en quatre catégories,
suivant leur degré de soumission, de bon vouloir ou de
perversité. La famille de plusieurs d'entre eux vint les

rejoindre,

et trouva des moyens

Dès la fin de

missionnaires

la

d'existence par le travail.

1843, le catholicisme avait envoyé

ses

Nouvelle-Calédonie. Ils y ont importé
les oiseaux de basse-cour, les animaux do­

vigne,
mestiques;

en

les pères maristes,

auxquels

est dévolue

6*

�L'OCÉANIE

i3&amp;

l'œuvre de oivillsation du pays, font les plus 'généreux
efforts pour accomplir cette grande mission. Leur so­
oiété

a

été fondée

18Hl à

en

Lyoh,

au

de Notre­

pied

Darne de Feurvières

,
par le R. P. Colin. Elle reçut de
Pie VII' uri bref laudatif en 18221 et fut approuvée pan

Grégoire XVI on 1836. Elle s'adonna à la direction des
oellèges des séminaires, il l'œuvre des' missionsv- et
spécialement depuis le bref de Grégoire -X,VI il l'évan
gélisation de l'Océanie occidentale.
Le premier évêque da cette contrée fut Mgr Guillaume
Douarrs. Né en 1810 il la Forie (Puy-de-Dôme}, de
parents pauvres, il manifesta dès SOII plus jeune âge
son amour pour Dieu, son horreur du péché et sa soif
,

..

du salut des âmes, Il accepta courageusement les tra­
vaux, les humiliations et les sacrifices il l'aide

il

parvint

à faire

ses

classes et il

doce. Prêtre de

grande fol,

il avait

à trente-deux

prononcé

Dès

qu'ils

il

ans ses vœux

sur

l'épiscopat

partait pour

virent le vaisseau

gèhes, montés

des

préparer

modèle,

dans la 80

...

sous le titre

diocèse.

san nouveau

qui l'amenait,

pirogues!

desquels

au sacer­

vicaire zëlé , ouré

ciété de Marie. Bientôt élevé il

d'évêque d'Amata,

se

accoururent et

les indi­

s'appro­

chèrent d'abord timidement. Enhardis par un. bon ac­
eueil ils reçurent de petits présents et se retirèrent
,

[oyeux.
droit de

Les chefs du pays eccordëreat à la mission le
séjour et les terrains sufflsants pour former un­

établissement modeste.
Le

jour

de Noël 1843

Session du lot de terre

,

qui

Au sommet d'un tertre

les missionnaires

prirent

pos­

leur était concédé.

élevé,

sur

un

autel de

pierres

orné de verts rameaux, l'évêque célébra solennellement
une messe à laquelle vinrent assister, avec l'ëquipage ,

beaucoup de saùvttges attirés par la curiosité: 1(' Le
temple était beau, écrivait Sà Grandeur; il avait pour!
voûte le ûrmament; l'autel ne ressemblait 'pas mai pal'

�L'OCÉANIE
sà

pauvreté

à là crèche de Bethléhem ;: etles naturels

l'entouraient dans le

'qùÏ
pelaient

131

assez lès

'bergers

plus profond silence

me

rap­

accourua autour de l'Enfant­

Dieu, après avoir entendu les anges entonner ces belles
paroles : Gloire il Dieu au plus haut des cieux, et paix
SUr la terre aux hommes de bonne volonté.

)l

Au bout dé

quelques semaines, là maison des mis­
slonnaires faite en planches et en troncs d'arbres, était
terminée � l� drapeau frarl�ais flbttait sur SOb. toit, et le
navire ttui avait amené les apôtres s'éloignait en les
laissant au milieu de sauvages féroces et pillards.
Mir Douarre alla de tribu en tribu, instruisant les
adultes, baptisant les ënfants et bientôt il put eomptër
plusieurs chefs parmi les catéchumènes.
,

,

Son dévouement lui donnait de l'ascendant sur les

lndigènes.

Un

jour,

ses

voisina,

bu retour d'Une excur­

sion où ils avaient �té

vainqueurs, ramenèrent urt captif
disposaient à tuer pour se repaître de sa chair.
L'évêque, pénétré de compassion pour la pauvre vic­
time, résolut de la sauver au péril de ses jours. Il se
rèndlt au milieu des guerriers, alla droit au captif, qu'ils
àvai�tit attaché à un arbre; coupa ses liens et le prit par
la bras 'en disaht avec autorité aux indigènes ébahis:
tt Je \leux emmener cet homme. II Et en mêmë
temps
qu'ils

se

il entraîne le malheureux.

«

Tu nous enlèves notre

re­

pas, s'écrie uh sauvage, et, lui parti, nous n'aurons
Qu'a cala ne tienne, répliqua
manger.
Mg. Douarre ; j'ai beaucoup d'ignames, venez à ma mai­
son, et je vous en donnerai tant qu'il vous bi faudra. )j
Stupéfaits d'une vaillante intrépidité qui s'associait à
ia bonté, ils n'osèrent pas résister ouvertemént ils se

plus

rien {1

-

,

contentèrent de

par

la

ruse

murmurer ; mais

bientôt ils

'

de ressaisir leur proie.

Mgr d'Amata était parvenu

à

une

tance db. lieu où les sauvages étaient

essayèrérit

grande dis�
assemblés, quaild

assez

�L'OCÉANIE

132

il vit accourir

un

vieillard

qui

lui dit

en se

prosternant.

Oh 1 que je te remercie 1 Comment reconnaître un tel
service? Je n'avais qu'un fils, il allait être mangé, et tu
«

l'as sauvé 1

désormais,

Rends-moi
et

je

mon

enfant, je

m'en

le reconduirai dans notre tribu.

charge
-

Cet

homme est-il ton

père? )} demanda l'évêque au captif.
Celui-ci ne répondit pas; son silence était expressif.
Comprenant tout de suite la perfidie de la démarche,
monseigneur menaça le vieillard de le punir de son
mensonge, et il conduisit parmi les siens l'homme qu'il
venait d'arracher à la mort.
Une lettre du P.

Rougeyron

de la société de Marie

nous

supérieur général

au

fait connaître les diffi­

cultés des débuts des missionnaires

en

Nouvelle-Calé­

donie.

depuis plus de vingt mois (octobre 1845)
sur cette terre que nos géographes ont représentée sous
de si noires couleurs, mais qui a aussi ses charmes
lorsqu'on la considère avec des yeux de missionnaire.
Quoique nous soyons restés presque sans aucune res­
«

...

Nous voilà

source

chez

et

sans

peuple

un

ne nous

est

pays dénué de tout,
anthropophage, rien de fâcheux

défense, dans
féroce et

arrivé, grâce

veille d'une manière si

à la divine

particulière

Jésus
«

à

Providence, qui
les envoyés de

sur

auprès des nations sauvages
Le dialecte calédonien m'a semblé fort

rope
dans

...

difficile, tant
langues d'Eu­
génie
cause
de
sa
Seuls
qu'à
prononciation.
Européens
cette île, sans interprète, sans grammaire, sans

cause

de

tout différent de

son

vocabulaire,

nous

vaincre. Admirez

les

un

avons

eu

nos

d'énormes

difficultés

à

le bon Dieu accorde à propos
sais que bien imparfaitement la

comme

grâces d'état. Je ne
langue du pays; quand il s'agit de parler de choses or­
dinaires, je suis souvent embarrassé, c'est à peine si je
peux me faire comprendre; eh bien 1 dès que je com-

�L'OCÉANIE
menee

133

à catéchiser et à instruire les sauvages, les mots
en abondance 1...
•

me

viennent

«

Du reste,

été souvent obligés de négliger
plus pressé, qui était de ne pas
provisions pour cinq personnes

nous avons

l'étude pour viser au
mourir de faim. Nos

étaient peu considérables: un baril de salaisons et trois
barils de farine. Nous ne pouvions guère compter sur
des

échanges

d'effets à leur
moins à
aride et

les naturels; car nous avions peu
céder, et nos Calédoniens avaient encore

nous

avec

vendre

impropre

à la

Ce n'est pas que ce pays soit
comme l'ont avancé cer­

.•.

culture,

tains voyageurs; outre ses sites d'une grande beauté, il
manque pas de plaines très fertiles qui pourraient

ne

multitude d'habitants. Mais mille causes,
et surtout la paresse, réduisent les indigènes de la Nou­
nourrir

une

velle-Calédonie à la
une

abondante

appellent

plus

récolte,

extrême misère

on

dirait

qu'elle

...

Ont-ils fait

leur

pèse.

Ils

des voisins de dix à douze lieues à la ronde

pour s'en débarrasser au plus vite, et leur festin dure
autant que leurs provisions; de sorte que pendant les
trois

quarts de l'année ils n'ont rien

nourriture consiste alors

lages, racines,

écorces

à manger. Leur

quelques poissons, coquil­
d'arbres; quelquefois ils man­
en

gent de la terre, dévorent la vermine dont ils sont cou­
verts, avalent avec gloutonnerie les vers, Jes araignées,
les lézards, etc.
« Nous ne
pouvions donc attendre que peu de secours
des naturels, et nous nous sommes mis à gagner notre
pain à la sueur de notre front. Nous étions encouragés

l'exemple de Mgr l'évêque d'Amata, qui, toujours le
premier au travail, s'était fait le manœuvre du bon frère
Jean. Que de fois je l'ai vu plier sous le poids de l'oi­
seau (instrument des maçons pour le transport du mor­
tier) 1 Sa gaieté était toujours la même et sa foi admi­
par

rable.

�L'OCÉANIE

134

Plusieurs

«

jours

'de suite

avant trois heures du

nous

n'avons rien

pris

n'avions qua des ra­
cines d'herbes 1 et encore pas à satiété. Plus d'une fois
nous avons envié la nourriture que les hommes les plus

soir;

nous

nécessiteux

d'Europe dédaignent souvent; mais Dieu,
qui nous a conduits jusqu'aux portes de la mort, nous
en a toujours retirés d'une manière touchante.
&lt;t La veille de la Toussaint
nous avions épuisé nos
dernières previsions. Le frère Blaise s'inquiétait fort
pour la -jour suivant: Il Que mangerez-vous demain?
nous 'dlsait-sil: vous jeûnerez 1 J) Nous lui répondîmes:
« Eh! oui; nous avons
grand besoin de faire pénitence,
et l'ocoasion ne saurait être plus favorable 1 »
«( Le lendemain, comme
je craignais que le jeûna ne
se prolongeât trop � j'allai au jardin arracher quelques
troncs de choux; c'était tout ce qui nous restait. Déjà le
frère se mettait en mesure de les faire cuire, lorsque 18.
Providence nous envoya quatre ou cinq personnes char­
'

,

gées de vivres.
«

Un autre

çois Xavier),

nous

plus

celui de Ia.fête de saint Fran­

étions réduits à la même

n'avions devant

extrémité,

avenir affreux:
venions d'être délaissés par la tribu qui jusque-là
avait Iourni des aliments 1 personne ne voulait

et nous
nous

[our (c'était
nous

rien

nous

nous

qu'un

vendre. Il fallait donc

mourir. Mais non, le missionnaire
de faim, il meurt épuisé de fatigues

nous

résigner

à

ne

peut pas mourir

en

oourant

après

les

âmes égarées, ou sur l'échafaud en confessant la divi­
nité de Jésus- Christ. Celui qui nourrit les oiseaux du
ciel

laissera pas

périr le serviteur qui s'est exposé à
privations pour sa gloire. Aussi notre épreuve
ne fut pas de longue durée. Ce jour-là même, des sau­
vages inspirés, je n'en doute pas, par l'apôtre des Indes
at par' nos bons anges, vinrent de trois lieues nous
vendre d'abondantes provisions. Ce qui vous fera con
ne

1ant de

..

�L'OCEANIE

naltre

13t1

cl0igt de Dieu j e'est: que ces indigènes
nôtre, qU'ils S6 présen­
taient è MU!! pour la- première fois, et précisément au
moment de notre plus grande néeessité.
« A la vue de eette ndujiritur�
previdentielle, j'échan­
geai UI1 regard avee Mit'· d'Atnata et nos larmes cou­
cela le

en

étalent d'une tribu ennemie lie III

,

lèrent 811 abondanee. QU'èllèM étaient douces ces 'larmes t
c'était la reconnaisëanee qui les faisait'verser. Oùi, dans
les missions chez les sauvages î mllle ohosëé viennën]
raniinef' la foi' et l'amour du' prêtre, Dielr: est partout i
màis il fait sentir d'une manière
et sa bonté Sur ces

sance

semmés exilés

plus �appatIt€! sa puis­
plages Icîntaines où nous
,

gloire
premiers mois n'étaient rien éh
cellas qui attendaient les missionnaites

pour

Sa

..

,

il

Lés diffioultés des

comparaison
sur

de

cette terre infidèle. Ils avaient affartâ à des Îndi;.

gènes fourbes, voleurs
l'infernal

projet de les

meure des

et cruels à

l'excès, qui formèrent

massacrer, Ils

assiégèrent

la dé­

religieux,
pillèrent, y mirent' le feu, bles­
sèrent plusieurs de ceux qui venaient à eux pout les
la

frappèrent mortellement le frère Blaise. Le
le point d'esplre», prononça ces admirables
« Combien
:
paroles
je voudrais, par le sacrifice de mit
bonheur
de eë pàuvrë peu ple 1 Je
eontribuer
au
vie,
mon
à nies bourreaux 1 YI
du
fond
de
cœur
pardonne
Cependant l'amour des Ames triompha de la haine
sauver, et

martyrj

sur

des sauvages, et fit pénétrer la vérité dans 'les cœürs,
Mrr Douarre employait, pour instruire son troupeau j

d'ingénieuses eomparaisons. d Que vois-tu là-bas sur
l'Océan? disait-il un [our à l'un de ses voisihs ........ Evê­
.;....t,J
que , tu le vois comm€! moi, c'est une embarcation
Cette embarcation est-elle sortie toutë faite du sein de
.

la mer?

seules
tanta

.

-

..._

se

Non l les embarcations

Pourquoi pas?

mirent à rire.

(�

J)

ne se

font pas toutes

A ces mots tous les assis"

Mais il W

·It

urie voile j continud

�L'OCÉANIE

136

Évê­
monseigneur, et la barque avance toute seule.
il
a quelqu'un pour la conduire.
Cependant je
que,
Y
ne vois personne 1- Ni moi non plus; mais je suis sûr
que les barques ne marchent pas toutes seules, et que
-

-

les voiles
Tu

-

ne se

as

tendent pas elles-mêmes.
»
reprit Mgr Douarre. Puis, levant les

raison,

yeux au ciel: « Ce soleil, cette lune,
pas faits tout seuls : qui donc les

ces
a

étoiles

créés?

ne se

sont

qui dirige

leur marche?- Jen'en sais rien.
Eh bien 1 c'est pour te

-

que

j'ai

qui

a

tout

quitté,

l'apprendre que je suis venu,
amis; et c'est Celui

pays, parents,
créé tout cela qui m'a envoyé

vers

toi.

»

Le trait suivant montre le peu de valeur que les in­
digènes attachent à la vie de leurs compagnes. L'un
d'eux, plus intelligent que ses voisins, avait conquis
de l'influence, et paraissait leur chef. Touché
grâce, il vint un jour demander le baptême; mais
il a deux femmes, et, pour être admis parmi les caté­
chumènes il ne doit en garder qu'une .. A ces mots le
sur eux

de la

1

sauvage

retire

se

sans

faire la moindre observation. Il

revient le lendemain et renouvelle
lui
de

sa

demande. Le

père

que la première disposition à prendre c'est
séparer de l'une de ses femmes. « Je n'en ai plus

répète
se

répond l'indigène. « Cependant hier tu en
C'est vrai, répondit-il tranquillement i
mais depuis j'ai assommé l'autre! » Il a été baptisé;
maintenant il déplore sa conduite passée, et compte
parmi les fervents chrétiens de la Nouvelle-Calédonie.
qu'une,

»

avais deux?

-

Quatre fois par semaine les missionnaires· s'éloi­
de leur résidence, et allaient dans un rayon de
trois à quatre lieues pour instruire les néophytes et en
augmenter le nombre. Armés de la croix et de la gourde

gnaient

dont ils

se

servaient pour les

baptêmes

1

ils s'arrêtaient

chaque village, à chaque cabane, réunissaient les ha­
bitants, récitaient les prières, chantaient avec eux les

à

�L'OCÉANIE

137

cantiques, les interrogeaient sur le catéchisme, les
instruisaient, administraient le baptême aux nouveau­
nés et assistaient les malades.

Les

indigènes qu'ils parvenaient

à éclairer

maient naïvement leur reconnaissance.

bon, disaient- ils. Il
de flambeau, la terre
la

mer

lages.

»

a

«

expri­

Jéhovah est

fait le soleil pour nous servir
nous donner des ignames,

pour

pour nous procurer des poissons et des coquil­
Un missionnaire exhortait un vieillard récem­

ment chrétien à

vivement;

ne

plus pécher.

«

Pécher 1

reprit-il
bap­

tu oublies donc que tu m'as donné le

tême? Ohl non, je ne commettrai plus ]e mal. » Un
autre disait: « Quand on est chrétien, comment peut-on

Puis, s'adressant au reli­
gieux qui
père et ma mère, qui
à
donné
ce
destiné
la
m'ont
destruction, je les
corps,
aime; mais toi qui m'as ouvert le ciel, qui m'as donné
ce que je sens dans mon cœur, comment ne t'aimerais-je
encore

offenser le bon Dieu?

l'avait converti:

«

»

Mon

pas? »
L'épiscopat de Mi'r Douarre ne fut pas long. Son zèle
d'apôtre ne connaissait guère d'obstacles; il voulait se
dépenser entièrement pour ses brebis et leur sacrifier
sa vie. Dieu, touché de sa générosité, ne tarda pas à l'en
récompenser en lui donnant le bonheur qui ne finit pas.
Une redoutable épidémie sévissait au milieu d'une
peuplade avec tant d'intensité, qu'en dix jours elle avait
moissonné le dixième de la population. Le péril qu'on
courait en allant visiter les indigènes n'arrêta pas le
bon pasteur. La veille de Pâques, il se rendit au mi­
lieu de la tribu pour baptiser un grand nombre de ca­
téehumènes et consoler les malades. Il
germe de la maladie
(27 avril 1853 ).

qui devait

Nous trouvons dans

les touchantes

paroles

une

que

en

rapporta le
paradis

lui. ouvrir le

lettre du P.

l'évêque

Montrougier

voulut adresser

aux

�Il

L'OCÉANIE

1as

li'ldigêfiéis' à'

sen ni dé mért

1111118

souvlendrai (lè \l'tltis thins le èiel ;

jê

fort des

ahnais

me

persécutions

tendrement,

appelle

ëncore mon

amour,

Jë val� bientôt

mourir,
au plus
faIsiez subir jè vous

que vous iiié

et

toujours je

mes dërniers

à

: 'II:

vous

chérirai. Je vous

pour vous térnolgner
exhorter de nouveau à vous

moments

et vous

convërtir. Vous mourrez aussi Un [our] vous paraîtrez
devant le' souverain Jugé, qu! bientôt sera le mien. Con­
v(jtti�sez

-

vdl1�,

Quand voüs
aurèz

Urie

devenez chrétiens et bona chrétiens,

'vous trouverez dans l'�tàt où

grande joie

j'a guis,

d'être à Dieu. Pour

amis , .redoutez l'heure

vons

la seule

"Qua
,

mea

de là

pensée
que ce que
veut le Seigneur, ct je ne suis pas fâché de quitter cette
vie si pleine dé misères. Je n'ai qu'un seul regret, c'est
!:!llj)rême;
je

mort vdus fait trëmbler ; moi

dé

ne

pas

vous

nt!

voir tous chrétiens.

veux

»)

Des adieux si emouvants ébranlèrent ceux

qui

les

re­

les autres cessèrent de

çurent. Les

uns se convertirent,
persécuter.
Depuis dix-huit ans les missionnaires du 'Pays, tbu­
jours soutenus par les exemples, les bénédictions et le
crédit de leur premier évêque, ont fait de généreux er
forts pour continuer ie bien commencé au prix de tant
de sacrifices. Ils mit fon'dé près du chef lieu de la colo­
...

..

'nie un établissemënt
avec deux

agricole

de quatre mille hectares

Oonception et Saint-Louis. G'est
villages
là qu'ils appellent de toutes les parties de l'île les indi
gènes déjà catéchisés, pour terminer leur instruction
religieuse; les accoutumer au travail dés champs, les
�

la

..

renvoyer ensuite dans leurs tribus ave&lt;? des habitudes
chrétiennes' et la -volonté dé propager auteur d'eux
l'amour de la vérité.

1874, Mgr Witt, vicaire apostolique de la Nouvelle­
Calédonie, donnait sur son diocèse de précieux-rensei­
gnements (Arl1iales de la Propagation de la foij mars
En

�L'OCÉANIE

139

1875). Depuis cette époque III colonie a subi bien
épreuves. Des désastres financiers, l'insurrection
des Canaques, la sécheresse, l'inondation, les saute­
relies, un terrible cyl:llohe, ont successivement ruiné le
pays i mais les pagés qu'on' va lire n'ont rien perdu de
et mai
des.

leur valeur.

compte dans la Nouvetle-Calédonie èt ses
dépendances», six espèces de populations plus ou moins
différentes les unes des autres t'les indigènes 1 les trans
portés ou forçats, les dépertës la population libre, les
«.01.

On

..

,

travailleurs noirs venus du dèhors , et enfin les métis.
Métis .......

Jusqu'à présent cette population est pen
n'y a guère que. trente ans
ont
les
blancs
avoir
que
ptt
quelques rapports avec les
une
indigènes. Depuis
vingtaine d'années, ces rapports
sont devenus' plus fréquents, et des alliances plus ou
moins régulières ont été contractées entre les deux races.
Nous commençons à voir surgir autour de nous toute
une génération de jeunes métis. Si nous ne parvenons
pas à leur donner une bonne éducation, ile deviendront
rapidement la plaie du vicariat. Ils ont, me' disent sM;...
vent les vieux missionnaires, les vices des tleux races
dont ils sont issus, et n'en ont pas les qualités.
« Le seul remède sera de les réunlr dans
quelques
orphelinats tenus pur les frères ou par les SŒurs.
tl
Ce qui manque le plus à la
Tr�tjaille'U'rs '/toirs.
colonie, au point de vue temporel, ce sont les bras. Sor­
tez lè Calédonien de son paye, il luttera de travail, de
fores, d'intelligence et d'adressé avec tous les ouvriers
«

nombreuse dans le vicariat. Il

�

de sang noir; mais chez lui il vit de peu, et n'aime pas
la fatigue.' Aussi n'est-ce pas sans difficulté que lés co­
lems peuvent le déterminer à se mettre à leur service , et
généralement il Il horreur de tout engagement un peu

Les dépendances actuelles de là Nouvelle Calédonie
nord-ouest, les Hes Bélep; A l'est, les Loyalty �t l'île dé�
1

-

sont:

Pins;

au

�L'OCÉANIE

140

long. Les forçats

libérés ont de la

travail sérieux et

un

régulier;

peine

guère moindre chez les forçats

n'est

ceux-ci

ne

De là pour la colonie
des travailleurs étrangers.
Il

nous

Indes,

de

qu'ils

sont

«

se

remettre à

difficulté, qui
cours de peine,

en

sont cédés que difficilement par le service

pénitentiaire.
«

à

outre cette

en

Le sort de

d'enrôler

vient de toutes

Chine,

déjà

l'obligation

des

parts: de Bourbon, des
Nouvelles-Hébrides, et je pense

deux à trois mille

en

ces

au

pauvres gens,

Calédonie.

point

de

vue

reli­

moral, m'inspire la pitié la plus profonde. Sou­
mis à un règlement qui les rend fort dépendants de leur
ils ne peuvent guère se réunir par .groupes
en gagiste
un peu nombreux, à des heures et dans des lieux déter­
minés. Il en résulte pour le prêtre une espèce d'impossi­

gieux

et

,

bilité

de

de leur

s'occuper

évangélisation.

Comment

faire, d'ailleurs? Ils diffèrent presque tous de religion,
de mœurs et de caractère, parlent des langues diffé­
et ne résident pas assez longtemps dans la
colonie pour qu'il soit possible au missionnaire d'ap­
prendre leur langue ou de leur enseigner la sienne.

rentes,

«

Quant à leurs dispositions, elles sont aussi fort

riées. Les noirs

gion,

et

ne

pourraient

va­

paraissent pas éloignés de la reli­
être aisément convertis. Il n'en est

pas de même des Malabars, presque tous adorateurs de
Bouddha, presque tous aussi de la race dégradée et 'mé­
des pauvres; ils sont ivrognes, débauchés, men­
teurs, voleurs et fanatiques. Pourvu qu'ils soient fidèles
à s'abstenir de la viande de bœuf, le reste passe facile­

prisée

ment à leurs yeux pour

peccadille.
population se compose de
Population
mulâtres de Bourbon et de nos autres colonies, de quel­
ques Chinois, et en majorité d'hommes de race blanche
venus de toutes les parties de l'Europe, ainsi que de
l'Amérique et de l'Australie. Il m'est impossible d'en
«

libre.

-

une

Cette

�L'OCÉANIE

141

indiquer le nombre précis: peut-être n'est-il pas éloi­
gné de huit à dix mille.
« Les
Français sont naturellement les plus nombreux.
Les soldats, marins, commissaires, employés de tau te
espèce, forment un contingent de près de trois mille
personnes.

Presque tous sont catholiques
Quelques-uns sont bons chrétiens,
«

dans la colonie
ment

pieuses.

férence

un assez

par la naissance.
et il existe même

bon nombre de femmes sincère­

Toutefois

refigieuse

ne

on ne saurait nier que l'indif­
tienne encore, hélas! une trop

large place.
1(
Après les Français, ce sont les Irlandais qui do­
minent par le nombre; puis viennent les Anglais, les Alle­
mands,

les Italiens. Généralement les Irlandais et les

Italiens sont

catholiques; les Anglais et les Allemands
protestants.
((
Jusqu'à présent, toute cette population a été soignée
spirituellement par la mission proprement dite. Répan­

sont

dus çà et là

sur

bres, quand

ils recourent au prêtre, s'adressent au mis­
plus rapproché de leur résidence, et assistent
dans son église avec les noirs dont il est

sionnaire le
à la

messe

toute la surface de la colonie ,.

chargé
((
Transportés.

ses mem­

...

Une des

questions sociales les plus
difficiles à résoudre pour l'État moderne, c'est la conduite
à tenir vis-à-vis des citoyens frappés par la justice cri­
-

minelle de leur pays. Comment faut-il les traiter dans
les prisons et dans les bagnes, pour les châtier et les
moraliser tout ensemble, les punir et les relever? Que
faire d'eux à

l'expiration

de leur

peine,

faire accepter par la société au sein de
être de nouveau obligés de vivre?
«

Jadis la

comme

et comment les

laquelle

ils vont

religion catholique résolvait ce problème,
beaucoup d'autres de ces difficultés sociales,

�L'OCÉANIE

lesquellea vient échouer toute la bonne volonté de
gouvernants. Le prêtre avait tClUjOUI'S accès dana
les prisons, et toujours il était reçu par les gardiens

contre
nos

avec

le respect. de la foi el la reconnaissance due à

qui venait partager. et alléger leur tâche, Il y
aumônier général des galères de France, et
chacun. sait quel bien fit aux galériens, en cette qualité,
le grand saint Vincent de Paul.
(1 Les. temps sont, hélas 1 bien
changés. Les nations
modernes ont plus ou moins cherché. à se pasaee de
Dieu, et, la base 46 l'édifice étant enlevée GU ébranlée,
l'homme
avait

un

la construction tout entière vacille et croule.
tout

la

est fort embarrassé de
les démoralisent

prisoa

ses
au

L'Ét�t sur

condamnés. Le

lieu

de les

bagne

..

et

et ils

relever,

général, dans la société régulière plus
mausais.qu'ila n'ea étaient sortis. La conséquence na
turelle, c'est qu'ils se voient repoussés de .tous les hon
nêtes, .gens ne tandent pas à retomber dans leurs an­
eiennes fautes rat. reprennent le chemin. du bagne pour­
y devenir pilles encore. C'est un véritable cercle ViCÜllU:,
auquel il est impossible d'échapper.
a Peue tout autre
que pour la charité catholique, celte
plaie est inguésissable et insupportable à voie, La PVQ
testante Angleterre a cherché la première à se .dëhar­
rassee du .spectacla.et à transportee ses condamnés dans
quelque. île lointaine où l'État ea tirerait le parti qu'il
pcueeait Les favoriserait même de. quelque' établisse
ment. honnête si c'était possible, mais an tout cas, .en·
délivool'aitJa mène patrie, Plusieurs autres natioas, at Ia
nôtreea paetiouliez, ont imité rAngleterl'e,
r-entrant,

en

..

...

..

,

..

....

.

...

,

,

..

P.eut"âtve y. aurait -il bien des réflexions à faire. SUI'
ce..syst�m61·.s.a moralité 6t les résultats probables., tant
.

«

..

pour la mère patrie que pour les coloniss que l'on
cherche à fonder avec de pareils éléments; mais' ce n'est

pas.ioi.Ie lleu

.....

"

.....

&lt;

�

..

.

..

'

..

�.

Lt'QCÉANI�
«

La France

a

choisi

H.3

d'abord Cayenne et la Guyane "et

enfin la Nouvelle- Calédonie pour colonie pénitentiaire,
Les forçats y subissent la peins à laquelle ils Pijt étéj

condamnés, et passent ensuite dans l� pays; en qualité
de Iibérés..un temps égal li la dunée de leurchâtimen]
({ Les
transportés (en cour.s de peine ou Iibérës) forment
une population. qui ne dQit. p�fiI ëtre. �IQign�� du chiffre
de huit mille. Plusieurs même .. parmi .Ies .Iibérés. flQf.­
•

.

.

tout, ont obtenu de faire venir ��i leurs (I;l.mmflf1, ce qui
augmente encore le nombre des personnes vivan; sous la
direction du service

pénitentiaire
cours de peine e�llt r.épHrti§ an, trpi&amp;
ou quatr.e grands pénitenciers, et
quinae 0.\\ yi:qg.t camps
volants destinés 4 loger des .t��v�ill.�urst dont 113 QhiA"re.
moyen est de cent à cent cinquante hommes P!H\grq\!P�!.
« La
plupart des forçats sont catholiques; aussi l'Él!l�
le�lI; ,pJ.lot\.U'6 .des IflgnQniêr� U§ IDlPt..1HljoJ.md'lull au
acmbra .de..\Ijl�pt 1 mais ils p�ijVlmt li peine §y.fftr� i la,
besogne. ;'H
«.- -Cel'tea ,,lorsqu'ils sont venus en .Oalëdonie, les pè.re�
maristes; na. songeaient pas à �'œ�vr� .deS fQt:çat�; .et
peut.·êt.çe plll.s�urs d'entre eux; �u§seJlt. recule QeV�nt
la, diffiaulté. de, pejminist�re. Mais Dieu flJ-it hiea.ce qu!iL
fait,. et-aien !J.f$ J!ient si nl�ir�meGt de sa vrul)l1t� que.·Q(\
qui ne vient en aucune façon de la nôtre. Aussi nM.
vaillants aum:ttniars s'occupgnt-ils _avec. zèle, 9.e..le!.lr_miaistèrs, .et.leuraspeinea ne sont. pas. eana ré�u.ltatfll Le�
t-r..ansportés Iieçoivanl bien le. prêtre. crest \_lne Q6a r..ar-!1s,
f.igUP.eS;·.ami6f! &lt;iu�.i.1s, rencontrent, et,.tQut �.égl'lJd.és qll�
soient heau,_cQ:upJi'enœe eux; Ieur.cœun n'y:�es1 pas in:::.
sensible 11. est rare.qu'un .forçaLcathqliquè_r.eIu·sa les­
�rlll-Ï6r'fi,·.sacye.ments: Parmi Ies .plus âmeies,...ceilx .qui
�-lrooltint a:w. -bag.ilEi par..suüa de leut conduite.pqn­
d:a-n-t I;a, Commune, les deux. tiera à p�u près se. sent con­
.

«

Les forçats

.

en

.

.,

-,

..

..

..

..

..

fessés avant de mourir

...

.

�L'OCÉANIE
Si le transporté reçoit généralement le
Déportés.
avec
prêtre
sym pathie, il n'en est pas de même du dé­
Le
transporté sait qu'il est coupable: s'il ne le
porté.
confesse pas toujours au dehors, il se l'avoue du
moins à lui-même. Il se sent méprisé du reste de la
société, et du déporté lui-même, qui est très blessé de
lui être comparé. Aussi, quand ce pauvre forçat voit un
prêtre venir à lui avec une figure compatissante et des
paroles d'amitié, il ne peut s'empêcher d'en être 'touché,
et son cœur, malgré lui, s'ouvre à la confiance. Le dé­
porté, au contraire, est fier et orgueilleux de sa faute.
Il se pose en martyr, et se regarde comme un esprit
supérieur, seul capable de remédier aux maux de la
société contemporaine. Il est vaincu, non humilié, et
attend avec une impatience fébrile le jour de la re­
«

-

vanche.
Cela est

coryphées de la secte, de
qui
déportation dans une
enceinte fortifiée, et qui habitent aujourd'hui la pres­
qu'île Ducos. Ils vivent en impies et meurent en soli­
daires. Ceux mêmes qui dans un autre milieu rece­
vraient volontiers le prêtre pour se préparer à paraître
devant Dieu, ne peuvent échapper au triple rets de leur
passé, de leurs tristes engagements et de leurs faux
«

amis
«

vrai,

surtout des

ont été condamnés à la

ceux

...

Nombre, origine

et

religion

des

indigènes
juste le nombre
.

....-

Il est

des in­
impossible de savoir au
digènes qui peuplent la Nouvelle-Calédonie et ses dé­
pendances. Au moment où mon vénéré prédécesseur,
Mgr Douarre, amenait dans ce vicariat les pères de la
société de Marie, les Canaques, comme on les appelle,
s'élevaient à plus de cinquante mille. Aujourd'hui la
population atteint à peine la moitié de ce chiffre. Dix
à douze mille appartiennent à l'île des Pins et aux
Loyalty.

presque

�L'OCÉANIE
«

sont les

Quelles

causes

de cette

145

dépopulation

aussi

étonnante que douloureuse? Personne n'a pu me les
indiquer d'une manière précise. On m'a signalé les

guerres, les
duits par les

épidémies, les
Européens, les

en

pratique

ou

médicinales

sans

aucune

qu'ils

maladies et les vices intro­

usages de la civilisation mis
des précautions hygiéniques

rendent nécessaires; la transmis­

sion héréditaire des maladies de

précédentes

poitrine,

que les

causes

l'infériorité

ont

multipliées;
remarquable
femmes, la diminution des naissances
parmi les païens, les unions entre parents, etc. Quoi
qu'il en soit, le fait de la dépopulation est incontestable,
en Calédonie surtout; les décès l'emportent, chaque
année, de près de moitié sur les naissances
« D'où sont venus
originairement les habitants de
nos îles? De quelle race d'hommes descendent-ils? Par
quelles circonstances ont-ils été jetés sur nos côtes? C'est
ce qu'il est à peu près impossible de dire. On le découvre
encore çà et là dans la tradition de certaines tribus, en
ce qui les concerne elles-mêmes; mais ces souvenirs ne
remontent pas à plus d'un siècle ou d'un siècle et demi.
Si on étudie l'extérieur de ces peu pies, leur teint, leurs
traits, leurs mœurs, ils sont loin d'être les mêmes; tout
semble indiquer des croisements successifs à travers les­
quels il est difficile de se reconnaître. L'Arabe, le nègre,
le Juif peut-être leur ont fourni des éléments constitutifs,
physiques et moraux, dont il semble qu'on retrouve des
traces plus ou moins apparentes, selon les tribus. On
rencontre surtout un grand nombre d'usages tirés de la
religion judaïque, tels que la circoncision, les impuretés
légales, le mariage entre beau frère et belle sœur
du nombre des

...

-

-

veuve, etc.
«

ou

Les

indigènes

sont

catholiques, protestants, païens
sont à peu près dix mille; les

apostats. Les premiers

seconds,

au

nombre de six

mille, habitent presque
7

tous

�L'OCÉANIE

f46

les Loy&amp;lly, et spécialement l'île de Lifou. Les derniers

plus particulièrement

sont

Je n'entrerai dans

sur

la

grande
détail

terre.

la

religion
indigènes.
temples
ni prêtres, elle est, au premier abord, assez difficile à
saisir. Mais une étude plus approfondie de leurs usages
nous apprend qu'ils reconnaissent des êtres supérieurs à
«

païenne

aucun

de nos

Comme ils n'ont ni

l'homme et vivant dans

génies, esprits

sur

un

autre

monde; ils les nomment

des hommes, c'est-à-dire âmes des morts.

Ils reconnaissent en outre un esprit plus puissant, qui
n'est ni génie ni esprit de l'homme. Ces esprits ont pour

représentants

auxquels ils
puissance: l'un fait

terrestres certains sorciers

.

de leur

communiquent
partie
la pluie, l'autre 1&amp; sécheresse,
une

mort, la défaite

l'autre la maladie

ou

la

victoire, etc. Si vous portez sur
merveilleux, vous devenez
de
etc.
l'ennemi,
sagaies

ou

la

votre corps leurs talismans

invulnérable

aux

Obstacles à la conversion des indigènes.

«

-

La c'f'ainte.

Il n'était pas rare, il Y a peu de lem ps encore, d'en­
tendre les naturels dire aux missionnaires: « Nous ne

-

«

«

pouvons pas écouter ta parole (religion), nous avons
pris celle des soldats. Si nous prenions la tienne, le

«
«

gouverneur enverrait ses soldats qui nous tueraient,
brûleraient nos cases et détruiraient nos plantations. »

Hélas 1 les
«

Il est

pauvres

gens

se

souvenaient et tremblaient.

trop vrai

gion catholique

a

que, pendant sept à huit ans, la reli­
subi dans la Nouvelle-Calédonie une

persécution. Il s'agissait de la remplacer par
phalanstère ou par la loge maçonnique. Ruse et force,

véritable
le

promesses et menaces, terreur et cupidité, on n'a rien
épargné pour ruiner le catholicisme au profit de la

secte,

et

empêcher

les

indigènes

d'écouter la voix des

misslonnaires.
I(

Ce serait

persécution

curieuse histoire que celle de cette
savante, organisée à la Julien l'Apostat, en
une

�L'OCÉANIE

147

français et en plein XIXP siècle. On y recennaîtrait
plus cet esprit d'intolérance, caractère propre
de l'erreur, laquelle ne manque pas en même lemps de
vanter hypocritement la liberté, et de crier contre t'ex­
clusivisme catholique. On y verrait, comme à l'ordi­
naire, la haine satanique de certains hommes contre
l'Église, et la protection de Notre-Seigneur Jésus-Christ
sur ses serviteurs, la récompense finale des bons et la
punition des méchants, la bassesse de certains valets du
pouvoir et la grandeur d'âme cachée où on ne l'attendait
pas. Ce serait un intéressant spectacle, où se mêleraient
Je tragique et le comique, le ridicule et l'admirable. Les
bornes de ce compte rendu ne me permettent pas cette
revue rétrospective
«
Après huit années, la mission est sortie enfin de
cette longue luLte, blessée et meurtrie sans doute, mais
non pas' morte, et prêta à réparer ses nombreuses pertes.
Plusieurs postes étaient détruits, un grand nombre de
pays

une

fois de

...

catéchumènes

avaient abandonnés; les apostats se
comptent encore par milliers. Ce sont,

nous

comptaient
jusqu'à présent, les plus rebelles à l'action des mission­
naires. Ils pratiquent plus volontiers ce qu'on leur
avait présenté comme la religion des soldats, et ce ne
sont pas les plus sobres ou les moins débauchés que l'on
entend s'écrier: « Moi Canaque, moi soldat; moi pas de
« la
religion des missionnaires. »
IX Il faudra
peut-être longtemps eneore pour que ces
souvenirs et ces craintes disparaissent complètement de
l'esprit des indigènes.
«
Dieu me garde de
L'influence anglo-protestante
venir ici, par un sot amour- propre national, dénigrer
l'Angleterre et reprocher à ses enfants ce que peut-être
nous ferions à leur place. Cependant ce ne sera ni une
calomnie ni une médisance de rappeler qu'un grand
nombre de ses fils sont véritablement aveuglés par le
et

se

.

...-

�L'OCÉANIE

H8

fanatisme protestant.
contre

Crier

missionnaires,

ses

contre

contre la

l'Église

romaine 1

France, qui

est

en­

champions du
plus
catholicisme dans le monde, c'est l'usage ordinaire des
prédicants anglais et de leurs teachers (maîtres), et l'on
peut être sûr que, partout où ils mettront le pied, ni la
aujourd'hui

core

un

l'Église ne s'en

France ni

vaillants

des

trouveront bien.

Autre n'est pas leur conduite dans ce pays. Ce sont
eux, par exem ple , qui dominent dans les Loyalty. Eh
«

bien, jamais une paix solide n'a pu s'établir entre catho­
liques et protestants. A Maré, les cat boliques ont été for­
cés de

s'expatrier,

et attendent encore, à l'île des Pins et à

Lilou, que l'heure du retour ait sonné. A Liîou, les mi­
nistres et leurs teachers se sont efforcés d'imposer à tous
les habitants
le

plus

une

ministres. Le
que

législation protestante dont le

résultat

clair était de mettre les tribus dans les mains des

peuple a résisté, mais peu s'en est fallu
signal de grands combats. A Uvéa, la

fût le

ce ne

guerre a éclaté deux fois en trois ans, et, au moment
où je vous écris, la paix n'est pas encore sérieusement

établie. Néanmoins notre gouverneur, le colonel

Alley­
énergique, et je ne doute pas
qu'il ne vienne à bout de l'imposer par son autorité.
« Comme il arrive
ordinairement, Dieu a fait tourner
difficultés
à
toutes ces
sa gloire et au profitde son Église.
De Maré, les catholiques étaient partis au nombre de
deux cent cinquante, mais sept cent cinquante païens
les accompagnaient; ceux-ci se sont convertis presque

ron, est

tous,

un

homme droit et

et avant peu de

temps

ce

seront huit cents catho­

moins que je reconduirai dans leur patrie.
liques
(( A Lifou
la population protestante n'a pas suivi
au

,

l'impulsion
de Maré
et

ou

de haine donnée par certains teachers, venus
d'ailleurs. La paix règne entre catholiques

protestants. Dieu aidant,

sion

nous

donnera

un

et

jour

sa

de

sainte Mère, cette mis­
grandes consolations.

�L'OCÉANIE

Aujourd'hui
dus

sur une

149

elle n'a guère que mille catholiques répan­
assez grande étendue de territoire
...

Multiplicité des langues.
langues a été nécessaire c'est
«

,

-

Si

jamais

assurément

naires de la Nouvelle-Calédonie et de

le don des

aux

mission­

dépendances.
vingt langues dans le
vicariat. Souvent les tribus les plus voisines ne se com­
prennent pas, et le même missionnaire, dans la même
église, est contraint d'employer quelquefois plusieurs
idiomes. Il est aisé d'imaginer quelles difficultés résul­
tent de là pour la prédication.
« Il
n'y a qu'un moyen de remédier à cet inconvé­
niept c'est d'amener les Canaques à parler une seule
et même langue. Il est évident que ce doit être le fran­
çais, puisque nous habitons une colonie française.
«
C'est ici une dif­
Difficultés des communications.
ficulté majeure, soit pour les missionnaires locaux, soit
pour les administrateurs généraux du vicariat.
« Les
premiers ont à desservir des stations dont le
périmètre est très considérable; et telle est la configu­
ration habituelle du terrain, qu'ils ne peuvent faire
autrement qu'à pied les courses les plus longues et les
plus fatigantes.
« Les
indigènes sont épars, le long du rivage ou dans
les montagnes, par familles de vingt, trente ou qua­
rante personnes. Il n'est pas possible d'appeler plus de
quatre ou cinq fois par an, au chef-lieu de la station,
les gens valides, et d'ailleurs les malades ne pourraient
y venir. Le missionnaire est donc obligé de se rendre
dans la tribu, et de célébrer la messe à tour de rôle
dans des chapelles particulières.
Il

parle peut-être plus

se

ses

de

,

-

«

Les scandales de la

race

blanche.

-

L'humanité

civilisée ressemble
ses

scories

sur

beaucoup à la vaste mer, qui jette
les plages les plus lointaines. Les îles de

notre océan n'ont pas

échappé

à cette loi i leurs

premiers

�L'OCÉANIE

150

caboteurs et habitants blancs étaient de véritables ban­

dits. hommes de

et de

sac

corde,

venus

de toutes les

nations,
Voleurs,
rejetés
impies, cupides, libertins, ivrognes, ils ne connaissaient
pour leurs passions aucune espèce de frein, ni divin ni
de toutes

et

comme

leur honte.

humain.

Ces hommes ont

«

_

les

disparu

ou

disparaissent tous Ies
Canaques qu'ils

sont fait tuer par les

jours:
maltraitaient; les autres fuient devant l'ordre et la reli­
gion', comme les ténèbres devant les rayons du soleil.
«
Il est aisé de comprendre que de pareils exemples
ne donnent pas à nos indigènes une haute idée des
uns se

chrétiennes et civilisées. Néanmoins

mœurs

là le scandale de la

gnaler

ici.

but direct

de

dité

ceux-ci à

nommer
ou

de

ce

n'est pas

blanche que j'ai dessein de si­
par ce mot, le scandale qui a pour

race

J'entends,
d'empêcher

ramener

peut

,

Mirs, ou même
paganisme. On
faiblesse, de cupi­

la conversion des

l'apostasie

et au

celui-ci scandale de

malice, selon les

sources

diverses dont il

procède.
«

Les uns,

noirs

ou

plutôt

en

effet, s'opposent à la conversion des
négresses, pour satisfaire plus libre­

des

ment de honteux

penchants.
regardent volontiers les noirs comme
formant une racé inférieure, qui n'existe absolument
que pour être exploitée par les blancs. Telle he saurait
être la pensée du missionnaire. Une fois à l'école de
celui-ci, le noir apprend a. connaître sa dignité de chré­
tien, ses droits d'homme, et il sait qu'il a trouvé un père
«

D'autres colons

pour le patronner el le conduire.
« Ce n'est
pas l'affaire des cupides , et Ils se

joignent

débauchés, afln de détruire toute influence
du misslonnaire auprès des indigènes.
« D'autres enfin
s'opposent au catholicisme pli!' une
passlon antireligieuse, par Ulla véritable haine de sec"
volontiers

aux

'

�.

taire... L'idée

L'OCÉANIE

religieuse

leur

paraît propre qu'à
querelles.

ne

des divisions et des

engendrer
« On
comprend

que

dans les airs
Les

«

•

mœurs

d'indigènes

ne

trois sortes de gens sont loin
eux-mêmes, tels que Plutarque

ces

do penser avec les païens
et Cicéron, « qu'il serait
«

151

plus

qu'une société
et coutumes

facile de bâtit'

sans

.religion.

païennes.

--'

une

ville

»

Grand nombre

déterminer à l'abandon de

peuvent
plus ou moins singuliers, de 'la vie
se

certains usages,

païenne:
Avant l'introduction du

«

christianisme,

lés habitants

îles étaient renommés, parmi tous les peuples
sauvages, pour leur barbarie, leur cynisme et leur

de

nos

Hommes et femmes vivaient un pau à
tantôt en plein air, tantôt dans des cases

dégradation.
"l'aventure,

couvertes d'herbes

sèches, ornées à l'extérieur de orânes

et d'autres ossements
CUl!
«

et

humains,

venant d'ennemis vain­

mangés.

L'anthropophagie

rement

sans

leur tribu j

ce

doute les

était ici

pleinè vigueur, Ra
Canaques mangeaient ceux de
en

fait était considéré

...

comme

un

crime,

et

les chefs

qui s'en rendaient ccupables habituellement
étaient regardés comme des tyrans. Néanmoins, dans
les cas extraordinaires, si quelque fête se présentait, si
visiteur de marque arrivait dans la tribu,
de casee-tête sur quelque jeune homme ou

un

un

coup

quelque

femme avait bien 'Vite pourvu aux ïrais du festin. Ordi­
nairement c'étaient les ennemis qui étaient tués et man­
«
Nos moutons, à nous, sont en Calédonie, » di­
saient les habitants de l'ile des Pins à nos pères, récem­

gés.

quelques brebis. Enfermés dans
leur île comme dans un repaire inabordable, à cause des
récifs qui l'environnent j ils partaient le jour sur leurs
pirogues, tombaient pendant la nuit sur quelques vil­
lages de la côte s'emparaient des femmes, emportaient
ment

débarqués

,

avec

�L'OCÉANIE

152

les cadavres des

hommes,

et ainsi enrichissaient tout

ensemble leurs sérails et leurs fours.

Quant à la morale proprement dite, c'est à peine
si l'on peut dire que nos indigènes en connaissaient les
{(

éléments.

premiers
bertins,

ils

ne

se

donner à leurs

Paresseux, cupides, voleurs

faisaient

passions.

scrupule
respectaient

aucun

Ils

et li­

de s'aban­

la femme

mais c'était moins par vertu que par crainte

d'autrui;

du casse-tête.
J'ai dit la

{(

femme d'autrui,

mais c'est

misme. Il est bien difficile de considérer

légitime

une

femme donnée par

ses

par euphé­
épouse

comme

propres parents,

que jamais sa volonté
ait été consultée; une femme que le mari peut renvoyer
quand bon lui semble, ou qui le quitte elle-même pour
souvent dès

sa

naissance,

et

sans

un autre, si celui-ci,
par lui ou par les siens,
fort pour la défendre.
D'ailleurs, cette situation est conforme à toutes les

prendre

en

est

assez

«

pensées de ces barbares sur la femme. C'est un être in­
férieur, esclave de l'homme. Travailler, nourrir et soi­
gner la famille, pendant que le mari est à la chasse ou à
la pêche, c'est son lot. Malheur à elle si elle cherchait
à s'y soustraire, ou si elle ne témoignait pas à l'exté­
rieur sa soumission profondel un coup de zagaie ou de
casse-tête l'aurait vite rappelée à son devoir. Aussi est­
elle toujours tremblante en présence de ses tyrans; et, si
elle est obligée de passer devant un homme, et surtout
devant un chef, elle ne le fait que profondément courbée
et par
a

un

Dans

long détour.
de pareilles conditions,

femme est

Canaque

a

on comprend que la
richesse pour son propriétaire. Plus le
de femmes, plus il a d'esclaves pour le nour­
une

rir; de là l'usage invétéré de la
les chefs.
«

Grâce à Dieu,

nos

polygamie,

néophytes

n'ont

surtout pour

plus

ces cou-

�L'OCÉANIE

'IlS3

tumes sauvages; et par contre coup elles diminuent
chez les païens eux-mêmes. L'anthropophagie a disparu
-

à peu

parmi

près. Mais
les chefs,

la

polygamie

et constitue

conversion des naturels.

existe encore, surtout
grand obstacle à la

un

YI

Le vicariat

apostolique de la Nouvelle-Calédonie com­
adjacentes, les groupes de Bélep, des
prend
LoyaIty et les Nouvelles- Hébrides. Ce vicariat possède
dix- huit églises en pierres, en briques ou en torchis;
dix-sept chapelles en paille, treize 'presbytères et des
huttes qui servent à loger les missionnaires. Il est en­
tièrement administré par les pères maristes, qui font
tant de bien en Océanie. Leur congrégation compte dans
ce nouveau monde quatre évêques, cent missionnaires
et plus de cinquante frères. Six ont déjà conquis la
gloire du martyre, et cinq ont disparu. massacrés sans
doute par les sauvages qu'ils étaient allés civiliser.
L'île des Pins, découverte par Cook, est ainsi appelée
à cause de la grande quantité d'arbres de ce nom qui
les îles

croissent

sur son

probablement

à la

territoire. Autrefois elle

partie

se

rattachait

sud de la Nouvelle-Calédonie.

Elle est située à trente milles de

son

importante voisine,

surface peu accidentée et sté­
général
présente
à
d'une
lisière
assez étroite qui existe
rile, l'exception
en

près de la

mer.

une

La France

a

choisi cette île pour y fixer

déportés les moins coupables.
M. l'ingénieur Garnier fait de l'île des Pins, dans son
livre intitulé l'Océanie, la description suivante:
«
Quoique si voisine de la Nouvelle-Calédonie,
l'île des Pins n'offre déjà plus d'une façon sensible les
mêmes conditions de climat, de faune et de flore; la tem­
pérature est ici plus basse ct d'une régularité encore
plus grande; l'air est très pur et sec; les pluies assez
fréquentes, mais de peu de durée; les orages presque
inconnus; point de marais, partant point de mous-

ses

...

.

7*

�L'OCÉANiE

tiques; en un mot, c'est peut-être le climat le pluë saln
et le plus agréable qui existe dans le monde. Le long
des petits eours d'MU qui pareourent l'ite, on t'encontre
des forêtè om breu !.les et peu plëeë de rfimier�, tourterelles,
perroquets, merles,
i

etc.

Aussi les indigënës

moustiquea, apportent
struction de leurs

clviltëës,
lës

ne

cralgnant

sous l'lnfluence de là

ni le froid Iii les

tnlselon, qui occupe toutes

dè l'lié un peu cultivables.
plus produëtlve à laqüelle

partieê

&lt;t

cases.

,

tort peu dè soin dans la con­
Cependant il!! sont aujourd'hui

L'industrie la

les

se

c'est cêlla dé III culture de nos

indlgènes
d'Europe: les choux, par exemple, peuvent
toute l'année dana les terrains toujours frais
,

livrent

légumes

croître ici
dès bords

de la mer; aussi lés gens de l'île des Pins sont-ils, à cet
égard, la provldence de Nouméa, quand, aux époques de

sécheresse, les jardins potagers
les

ne

peuvent plus rien

tllorS des

produire;
légumes atteignent
prix énormes,
jusqu'à ce que l'on voie àrriver du sud une véritable
flotte dé grandes pirogues, toutes chargées des précieux
et désirés herbages. Il m'a toujours semblé, d'après cela,
que des eolons allant faire du jardinage dans ces terres
méridionales, pour les besolns toujours grandlssants du
chef-lieu, tout en se rendant tort utiles, prendraient un
,

parti profitable pour eux.
«

de

principaux villages de l'He des Plns êst celui
nord: c'est lb. qu'un vieil Indigène me con­
passage de l'infortuné la Perouse dans ces

Un des

Gadji,

firma le

au

parages.
CI

Dans l'île des Pins comme en

Nouvelle-Calédonie,

tnystérieux, que je n'ai jamais fait
qu'apercevoir au moment oü il s'enlônçait rapide dans
Un fourré impénétrable; les indigènes le nomment hu­
nedîo, et les naturalistes galliralus Lafr'esnayanus. Au
il ëxlste tin oiseau

dire des

premiers,

le mâle et la femelle sont de la taille

�L'OCÉANIE
d'une très grosse
ne volent pas, ne

poule:
se

flHI

l'un et l'autre sont muets j ils
non plus de leurs ailes

servent pas

façon de l'autruche; cependant leur ra­
pidité est proverbiale parmi les insulaires, et ils ont une
oreille très fine. Dans le sable, qu'il retourne avec ses
pattes, le hunedio trouve les vers, les tolitres, etc., dont
il se nourrit. Le bec est rouge, le cou assez long se ba­
lance à chaque pas de l'animal j le mâle seul porte une
huppe. La femelle pond une dizaine d'œufs blancs, ta�

pour courir à la

chetés de noir.

L'Île des Pins contient environ huit cents habitants:

«

ils sont

gouvernés par une [ëune fille, que le� Européens
volontiers la reine
Cette reine habite le petit
d'Ischa
son
est
une longue chaumière
i
village
palais
ëntourée
d'une
barrière
en
très mauvais état et
basse,
nomment

de

...

quelques

cocotiers j elle est la fille de l'ancien chef.

A la mort de
n'était

père, il y
enfant: il fut

son

a

environ

quinze

ans, elle

décidé

qu'on ne
cependant
qu'un régent gouvernerait

qu'une
remplacerait pas le chef, et
jusqu'à la majorité de l'infante.

tes missionnaires Mt fait faire ici de très grands
progrès à la eivllisation : les Indigènes sont tous con­
«

vertis; ils

église

en

ont une école

pierre

...

»

dirigée par des

sœurs, et

une

.

�CHAPITRE IX

Lei

Noukahiva.
Su­
Marquises.
Dominique.
Motopu.
Des colons sérieux rencontreraient aux
perstition du tapu,
Les cinq îles Gambier.
Marquises des éléments de succès.
Dans le groupe des Navigateurs ou de Samoa, Upolu se fait re­
marquer par sa fertilité.
Apia, siège de l'évêché et du gouver­
-

-

-

-

-

-

-

-

nement de

rables dévouements.
chistes.
-

Chapelle

-

Écoles

florissantes soutenues par d'admi­
Œuvre importante et féconde des caté­
et collège de Vaca.
Groupe des îles Tokelau.

l'archipel.

-

-

-

Iles Fakafao et Mukunonu,

La Nouvelle-Calédonie n'est pas le seul établissement
Français en Océanie; la France en possède d'autres,

des
car

elle étend

Polynésie

sur

empire ou .son protectorat dans la
plusieurs archipels, qui comptent dans

son

leur ensemble environ cent mille habitants. Telles sont:
les

Marquises,

Taïti

ou

de la

les îles

Société,

Mangareva
avec

Gambier, celles de
dépendances, les îles

ou

leurs

Pomotou, les Wallis.
En 1842, l'amirâl Dupetit-Thouars prenait possession
des Marquises. Ces îles avaient été découvertes, en 1591,
par l'Espagnol Mendana, lieutenant de Mendoza, mar­
quis du Canete, conquérant du Chili et vice- roi du
Pérou. Il

Sainte- Madeleine la

première qu'il
Saint-Pierre, la Do­
appela
minique, Sainte-Christine, et désigna le groupe des
-quatre îles sous le nom de Marquises de Mendoza en
aperçut;

il

nomma

les trois autres:

1

�L'OCÊANIE

1lS7

l'honneur du vice-roi. Il reconnut bien vite la douceur
du

climat,

et les

le difficile accès des

qualités

Cook

en

�ol

de

récifs,

relatives des habitants.

1.791, découvrirent de
l'archipel est Noukahiva,
en général mal cultivé. Là se
colonie. Les Français y ont élevé

1.774, Ingraham

nouvelles îles. La

dont le

côtes, garnies

principale

fertile est

en

de

capitale de la
Collet, et en avaient fait en 1.850 un lieu de dé­
portation. Ils ont su inspirer confiance aux indigènes.
Les routes se construisent, les terres commencent à
recevoir une meilleure culture, produisent la canne à
sucre, le maïs, le café, les ananas, les oranges, le ricin
et l'arbre à pain. Les bestiaux donnent aux éleveurs de
bons produits; les Européens laborieux, de conduite
régulière, qui viendraient s'établir dans cas îles loin­
taines, pourraient s'y préparer un bel avenir.
La population totale des Marquises est de vingt-cinq
mille âmes. A Noukahiva, le nombre des indigènes ne
dépasse pas six mille. Ils obéissent au résident français.
Des écoles, dirigées par les missionnaires et aussi par
les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, attirent beaucoup
d'enfants. Un personnel de trois gendarmes et de huit
agents de police indigènes suffit pour maintenir l'ordre
et la paix. Autrefois les guerres se renouvelaient fré­
quemment; mais, comme toujours, le christianisme est
parvenu à pacifier ces natures farouches.
M. l'abbé Desvault, missionnaire apostolique, a évan­
gélisé l'une des îles Marquises, appelée Christine ou
Vaitohu; il nous fait connaître les mœurs de la popula­
tion à l'époque où il est allé.lui porter les lumières de
trouve la

le fort

la foi.
Les

indigènes sont très superstitieux; entre eux
simples, généreux et hospitaliers; mais vis-à­
vis des étrangers ils se montrent menteurs, exigeants et
intéressés; ils n'emploient pas la force pour satisfaire
«

ils sont

.

�L'OCÉANIE

Hi8

leur

convoitise;

ce

sont d'habiles filous

pleine

d'adresse

pour soustraire aux regards ce qu'ils possèdent. Leurs
cabanes sont bien propres; on n'y voit aucun meuble,
mais ils savent si bien cà cher les

une

pantalon ou tout autre vêtement, ils le
disparaître, pour s'en servir dans les jours

blouse j Un

font aussitôt
de

objets précieux, qu'il

presque impossible de les découvrir. Leur donne-t-on

est

grande

cérémonie,

L'amour de la guerre, dit le missionnaire 1 paraît
être leur passion dominante. Pendant notre- séjour, une
«

des

Dominique fit une incursion dans la
appelée Motopu. Les ennemis tuèrent
une femme et blessèrent deux hommes
puis ils se reti­
rèrent sans avoir éprouvé aucune perte. Le lendemain,
peuplades

de

vallée de Vaitohu

1

l'ariki

(chef

de

l'ile)

vint nous raconter

ce

malheur. Il

annonça que bientôt les indigènes da plusieurs
vallées se réuniraient pour attaquer les habitans de la
nous

Dominique et venger la mort de la femme massacrée à
Motopu. Pendant plus de quinze jours les hommes s'y
préparèrent par l'invocation des dieux, pal' un grand si·
lenoe et deë festins où l'on servait
et bananes. Durant

en

abondance cochons

préparatifs, un indigène passa
de
notre
case, portant sur le front plusieurs rangs
près
de belles plumes de coq qui formaient une espèce de
diadème;
une

ces

il était couvert d'un manteau d'étoffe

branche de cocotier

pendait

en

blanche:

bandoulière de ré

...

paule gauche au côté droit; deux touffes de cheveux
attachés au poignet 1 deux autres au bas des jambes,
oomplétaient son accoutrement. Il marchait avec len­
teur, en poussant des gémissements accompagnés de
paroles inintelligibles. On nous dit que c'était un atua
se dirigeant vers la montagne. Atua est le nom donné
par les indigènes à leurs dieux et à leurs prêtres.
« Le
jour du départ, les peuplades amies se réunirent
à la nôtre 1 avec leurs barques et leurs pirogues. Le C08�

�L'OCÉANIE
tume des combattants

ne

différait guère de leur vêtement

journalier i seulement les guerriers, armés de fusils,
portaient une ceinture qui contenait leur poudre et leurs
balles. Quand tout le Inonde fut embarqué, un insulaire
saisit un porc gras amené sur le rivage, et l'entrain a au

l'eau, pour l'offrir au dieu de la mer; peu après
il le retira, et les belligérants mirent à la voile.
«
L'expédition dura trois jours, pendant lesquels ils
fond de

quatre hommes

tuèrent

sans

qu'aucun assaillant

eût

seul reçut une balle à la main, et en
perdu
fut quitte pour un doigt de moins. A son retour, le chef
était fou de joie à cause du succès- qu'il avait obtenu.

la vie;

Il
«
«

un

croyait ses ennemis à tout jamais perdus. « J'enverrai
bientôt, disait- il, sur leurs terres des hommes, des
bœufs, des chèvres pour en prendre possession. » Les

autres habitants de la

riche

quer

en

poudre

et

en

fusils,

n'osèrent

...

Nous avons été témoins d'une

«

s'est donnée dans notre
de

le 'Voyant puissant et
plus venir l'atta­

Dominique,

jupes blanches,

fête, parce qu'elle
Les
femmes, couvertes
voisinage.

marchaient les

premières

sur

deux

rangs; à la suite et dans le même ordre, les hommes
s'avançaient d'un pas grave et lent. Ils arrivèrent ainsi
au

prit sa place. Les prêtres,
quelques troncs d'arbres
tambours, les frappaient en

lieu de la réunion. Chacun

rangés
creux

cercle auteur de

en

qui

leur servaient de

joignant leurs voix et des battements de
D'autres, ornés de plumes de coq, exécutaient
danse bizarre : de temps à autre on poussait des

mesure,

en

y

mains.
une

cris

prolongés,

Alors

une

destinés à être entendus de fort loin.

voix à peu près semblable

lieu de la montagne.
noncer le nom

Quelquefois

d'Atua,

ainsi

ce

qui

repondait

du mi­

nous entendions pro­

nous

invoquaient
quelqu'une
qu'elle était censée leur répondre.
de

porte
leurs

à croire

qu'ils
divinités, et

Les femmes

se

te-

�L'OCÈANIE

160

naient réunies

hommes,

en un

groupe, à

et demeuraient fort

une

certaine distance des

tranquilles.

A la

fin,

les

mirent à pousser des cris jusqu'à perdre
et
les
femmes applaudirent en riant de toutes
haleine,
leurs forces. Pour nous, témoins 'de ces extravagances,
hommes

nous

se

gémissions

de

ne

pouvoir

encore

abolir

ces

vaines

pompes du paganisme, et leur substituer les saintes
cérémonies de la religion.
«

Si les femmes

se

tenaient loin des hommes et

ne

participaient à la fête que comme témoins, c'est parce
que la place où s'assemblent les hommes est tapu; c'est­
à-dire sacrée pour elles

,

et

qu'elles

ne

doivent pas l'a­

border.

superstition du ta pu les réduit parfois à de dé­
plorables extrémités. Une pauvre femme de notre voi­
sinage souffrait beaucoup de� entrailles sans que per­
sonne se présentât pour la soulager ou la consoler. Notre
catéchiste, l'ayant vue près de son feu, pleurant et se
tordant à faire compassion, accourut ù notre case pour
lui préparer une tasse de thé. Quand le thé fut prêt, je
le portai moi-même à la malade, qui le prit et le posa
près d'elle, en disant qu'il était trop chaud. Quelque
temps après je revins la voir, et je trouvai la tasse à
l'endroit où elle l'avait déposée: elle n'y avait pas tou­
ché 1 elle n'avait pas pu s'en servir, parce que l'eau
avait chauffé à un feu tapu. Je priai alors son mari de
m'apporter du feu des femmes, et je fis chauffer la
même tasse de thé : elle la prit alors sans difficulté, et
se trouva tout de suite soulagée. Les indigènes aime­
raient mieux voir périr leurs femmes que de violer la
loi du tapu pour-les guérir. »
D'après M. Delavaud (exploration de février 1881),
les Français laborieux, de bonne conduite, donnant
aux sauvages l'exemple des vertus chrétiennes, réussi­
raient aux îles Marquises et contribueraient efficace«

La

1

�L'OCÉANIE

161

ment à la civilisation du pays. Ils pourraient l'le nourrir et
s'entretenir à bon marché. Ils se procureraient facilement,

prix modérés, les bœufs, les cochons, les chèvres,
lés volailles. Favorisés par un climat
sain, ils pourraient se livrer au travail sans aucun
danger pour leur santé j les instruments nécessaires de
culture seraient peu nombreux : des herses, des pelles
et des pioches suffiraient. Les colons trouveraient en
abondance le poisson, les coquillages, les fruits, les
bois de chauffage et de construction. Le gouvernement
pourrait disposer en leur faveur de terrains assez vastes,
fonder peu à peu des villages, ct créer des établissements
sérieux dont l'ouverture .du canal interocéanien aug­
menterait l'importance.
Découvertes en 1797 par le capitaine Wilson, les
cinq îles Gambier sont situées à l'extrémité sud-est de
l'archipel Pomotou -. Depuis 1844, elles se sont placées
sous le protectorat de la France. En 1881
elles deman­
daient à remplacer ce protectorat par l'annexion.
La plus grande de ces îles se nomme Mangareva. Ses
habitants n'ont conservé aucune notion précise sur leur
origine j leur gouvernement est monarchique, et, avant
à des

les moutons et

,

leur

conversion, ils adoraient: de

divisées en deux

classes,

nombreuses divinités

les bons et les mauvais

génies.

La création du genre humain était attribuée à l'un
d'eux i d'autres étaient censés avoir produit le soleil, les
1
Dès 1834, deux missionnaires catholiques, MM. Caret et Laval,
abordèrent dans l'une de ces îles en récitant le Salve Regina. Ils

appartenaient à la congrégation des sacrés Cœurs de Jésus et de
Marie, qui avait été fondée en Poitou dans les plus mauvais jours
du siècle dernier, et se divisait en deux branches: celle des hommes,
dirigée par M. l'abbé Coudrin, et celle des femmes, sous la con­
duite de MUe Aymer de la Chevallerie. Ces deux branches vinrent
s'établir à Paris, rue de Picpus; de là leur nom de congrégation
de PicJYU8. Les religieux de cet ordre ont pris une part glorieuse à
l'évangélisation de l'Océanie orientale.

�L'OCÉANIE

Hi2

vents, les eaux, les nuages, l'arbre à pain. Quelques­
uns

les

font gronder le tonnerre, dirigent les orages, causent
disettes; mais le génie lé plus �alfaisant de tous

éta i t le dieu de Iii mort.

L'homme

a

besoin du

vérités révélées
au
.

ou

surnaturel: quand il ignore les
qu'il a cessé d'y croire, il se voue

mensonge, à la sorcellerie et

aux erreurs

de la

su-

perstition. C'est oe qui arrivait aux insulaires des îles
Gambier. L'inauguration de leurs idoles se faisait avec
un cérémonial en harmonie avec leur aveugle crédulité.
A certaines époques on annonçait la venue d'un génie
caché

rait,

sous

l'écorce d'un arbre. Aussitôt la foule

accou­

et demandait à la nouvelle divinité descendue sur la

terre comment elle voulait être honorée. Un

prêtre placé
mystérieux répondait aux questions avec
un son de voix inaccoutumé et qu'on
supposait venir du
ciel. L'assistance émue allait prévenir le roi, qui recueil
lait alors les oracles et s'y conformait. Ordinairement on
coupait l'arbre, on en faisait une statue, et on la pla
çait dans un oratoire sacré complètement interdit aux
femmes. Le prêtre récitait là des prières j le peuple ap­
portait ses dons et ses adorations.
derrière l'arbre

..

..

Une idée

confuse, inexacte du respect dû
,

à l'autorité

entourait l'héritier du trône de soins

inintelligents, don­
funeste, et le préparait mal
esprit
à remplir sa mission. A peine était-il né qu'on le sépa­
rait de sa famille, On le portait sur une haute mon­
tagne, dans une cabane solitaire, sans autre compagnie
que celle de sa nourrice et de quelques servantes. Il
grandissait dans cet isolement, et, eu lieu de l'instruire
de ses devoirs, on nourrissait son orgueil, ce détestable
nait à

une

son

direction

conseiller

qui méconnaît la valeur
des choses, et conduit aux abîmes.

disait-on,
êtes

son

habite

au

maître et

-

des
((

hommes, celle

Votre

peuple, lui

dessous de vous, parce que

qu'il

vous

appartient j

un

jour

vous

vous

.

�L'OCÉANIE

-163

lui commanderez selon votre bon
obéira. Tout
à vous; votre

dont

ce

que

vos

puissance

plaisir,

et il

vous

regards peuvent embrasser est
sera sans bornes, comme l'Océan

êtes entouré; le ciel et la terre recevront vos
Quand il avait atteint l'âge de quinze ans; il pre­

vous

lois.

»

nait solennellement

possession du pouvoir: mais que
déplorable éducation, et

attendre d'une si

pouvait-on
aussi quelle n'était pas la misère physique et morale
de ces peuplades avant la venue du christianisme 1
Heureusement il Il pénétré depuis longtemps dans l'ar­
chipel Gambier; la première église constnrite en Océanie
s'est élevée en faveur de ses ha bltants qui ont corn pris
,

les bienfaits de la vérité et s'efforcent de s'en rendre

dignes.
Pénétrés de

l'importance

du sacrement de

pénitence,

les parents conduisent leurs enfants à confesse dès le
plus bas âge. Ils assistent aux examens préparatoires
à la

première communion, et sont les premiers
un ajournement s'ils ont quelque plainte

mander

à de­
à for­

muler.
Avant les communions

générales, les

adultes

se

réu­

nissent pour s'interroger mutuellement sur les vérités
les plus importantes, et se préparer à répondre aux
que le missionnaire leur adressera.
Ils aiment à entendre parler de la religion. De

questions

entretiens

Un

sur

cette divine science ne les

jour, après

une

conférence

qui

heures j les fidèles vinrent trouver le

longs

effrayent

pas.
avait duré trois

prédicateur pour
qu'ils le

lui dire que son sermon avait été trop court, et
priaient de continuer à leur parler.

L'archipel Gambier (Polynésie) fait partie du vica­
apostolique des îles des Navigateurs ainsi nom­
mées parce que leurs habitants, à l'époque de la dé­
couverte, se distinguaient par le nombre relativement
riat

considérable de leurs vaisseaux.

j

�L'OCÉANIE

1M

Autrefois les insulaires de

ces

contrées massacraient

les voyageurs qui venaient les visiter; c'est ainsi qu'ils
mirent à mort le capitaine de Langle, l'un des compa­
gnons de la Pérouse. Maintenant ses matelots catho­
avec empressement les Européens.
quelques-unes de ces îles, quoiqu'elles
n'appartiennent pas, à la France, parce qu'elles avoi­
sinent les Gambier, et qu'il serait difficile de leur trou­
ver ailleurs une place.
Dans le groupe des Navigateurs ou de Samoa, il faut
distinguer Upolu, île remarquable par la beauté de ses

liques

accueillent

Nous citerons ici

sites et la richesse de

son

territoire. Elle compte dix­

sept lieues de longueur sur quatre-vingts de circonfé­
rence. Bordée de récifs, elle est entourée d'une mer

paisible qui a brisé au loin
plage aboutissant au rivage

la fureur de
est

un

couvert de cocotiers et d'arbres à

grandes pelouses

ses

terrain

pain,

flots. La

sablonneux,

associés à de

de verdure. Au-dessus des

plaines
garnies de frênes, de châtai­
gniers, d'hibiscus, d'une espèce d'orangers appelés pam­
plemousses, entremêlés de lianes qui les tapissent de
verdure et de fleurs. Les merles, les perruches, les pi­
geons, les oiseaux-mouches, les rossignols, les mar­
tins-pêcheurs abondent dans ces forêts et font entendre
de fréquents ramages.
Upolu renferme la ville d'Apia, siège du gouverne­
ment de l'archipel et résidence de l'évêque. Autrefois
c'était un pauvre village, composé de cases couvertes de
feuilles sèches avec des palissades de bambous et de
roseaux comme murailles, et ces constructions légères
s'échelonnent des collines

n'offraient pas de très graves inconvénients dans un
pays où il règne un printemps perpétuel, où les arbres

des

du

feuillage, et où le vol est in­
l'aspect d'Apia se rapproche de celui
villes
petites
européennes. On y trouve encore beau-

conservent
connu.

toujours

Maintenant

�·

L'OCÉANIE

165

coup de maisons construites en bois, mais l'église et les
habitations de luxe ont des murs en pierre et en corail.

Les pierres de l'archipel sont volcaniques et impossibles

à

scier: pour

la

et

mer

sociées

.fait

aux

avec

Les

on

remplacer

la

pierre de taille, on extrait de
corail; les unes sont as­
joints sont garnis de mortier

scie des blocs de

autres, et les

du corail

passé

missionnaires

au

feu.

ont fondé

dan� Apia

un

collège

de

catéchistes et des écoles florissantes.
L'école des

filles, dirigée par les sœurs de Notre­
d'Océanie, reçoit plus de cent cinquante élèves,
pensionnaires pour la plupart. Déjà quelques-unes de
Dame

filles ont embrassé la vie

religieuse pour
compatriotes. Elles
savent le français, touchent bien de l'harmonium, et se
sont préparées, par de sérieuses études, à la carrière
de l'enseignement. Personne ne paye de pension; cepen­
dant le nécessaire ne manque jamais. La Providence
pourvoit à tout.
o
Six hommes d'un dévouement à toute épreuve et
d'une admirable vertu se consacrent, dit Mgr Elloy, à
l'œuvre de la mission -. Ils ont accepté la charge de
cultiver la plantation pour entretenir l'école, sans aucun
profit pour eux-mêmes, sans autre salaire que le vivre
ces

jeunes

travailler à la conversion de leurs

...

et le couvert. Ils se trouvent heureux de

vie à

ce

parent la

consacrer

leur
deux

partagent
Chaque jour
vont aux plantations, les autres pré­
nourriture, car, à Samoa, la préparation des

groupes: les

aux

profond

hommes. La cuisine

la terre; dans
il entasse du bois sec,

air. Le cuisinier

ou' moins

en

se

uns

aliments est confiée

plein

ils

travail.

creuse

se

fait

en

trou

plus
l'allume, et

un

place sur ce bois des pierres volcaniques grosses comme
le poing. Lorsque les pierres sont bien chaudes, il les
1

Annales de la

Propayation

de la

foi. Février

18ï9.

�L'OCÉANIE

166

dispose à l'aide d'un bâton, da manière à former un âtre
sur lequel on apporte ignames
taros, bananes, fruits
de l'arbre à pain en quantités proportionnelles au nombre
des convives. Il recouvre le tout de feuilles, puis d'autres
pierres chaudes, et il fait cuire à l'étouffée.
« Pour
apporter quelque variété à ces repas, presque
toujours les mêmes, il y a une pêche autorisée par se­
maine. Chaque jour les élèves consacrent deux heures à
arracher les mauvaises herbes des plantations. Quand
c'est jour de pêche, il n'y a pas de travail aux champs;
les enîants s'amusent à chercher les moules et les pois­
sons qui accompagneront les ignames et les taros.
,

&lt;\

On

ne

souffre pas de manque de nourriture; mais il

qu'on puisse manger
fête extraordinaire, un baptême,
est très rare.

nement heureux

un

Quelque

mariage,

un

évé­

fournissent seuls l'occasion,
petit nombre de missionnaires et à la

en

..

Songeant au
quantité d'îles � évangéliser,
«

de la viande.

nous

sommes

cette conviction que des catéchistes seraient

arrivés à

un

élément

très utile,

Pour cette œuvre,

construit

église
collège. Nous les avons placés sur une montagne
élevée, appelée Vaca, située en face du port d'Apia et
près du presbytère. Nos ressources ne nous permettaient
pas de bâtir à chaux et � sable; chapelle et collège,
tout est en bois, mais d'une solidité capable de braver
une vingtaine d'années. Après ce temps la Providence,
qui a commencé l'œuvre, fournira les moyens de l'ache­
ver: ce qui s'est fait se fera, et Sans nul doute la pierra
remplacera le bois vieilli.
« Les
premiers travaux offrirent un beau spectacle.
J'avertis toute la population catholique, à quatre ou
cinq lieues à la ronde, Mon appel fut entendu. Un vil
lage venait, s'installait sous quelques huttes construites
à la hâte, se nourrissait de fruits apportés, travaillait
«

et

nous avons

une

un

..

�L'OCÉANIE

167

pendant cinq ou six jours puis cédait la placa à un
autre village, qui s'imposait les mêmes privations et les
mêmes labeurs. Les missionnaires prenaient leur part
de toutes les fatigues des indigènes, et l'évêque lui­
même ne rougissait pas de travailler comme un ouvrier;
nous sommes des apôtres, et nous nous souvenons des
apôtres. Évêques' et missionnaires, nous pouvons tous
,

dire

avec

«

qui

«

avec
«

Vous le savez, pour les choses
nécessaires, et pour C6U:j( qui étaient
mains ont fait l'office de serviteur. »

saint Paul

m'étaient

moi,

mes

: «

Les travaux de la

poursuivirent

sans

chapelle

et du

relâche, et

sans

collège de Vaea se
autre interruption

que celle des

jours de fête. Auss] furent-Ils achevés
beaucoup plus vite qu'on ne l'avait espéré, tant nos néo­
phytes mirent de bonne volonté, d'empressement et d'ar­
deur. Ils furent très heureux de cette œuvre, qui allait
assurer le succès de la lutte de la vérité contre l'erreur,

donner des aides aux missionnaires.
Il restait à réunir les élèves et à pourvoir à leur en­
tretien dans les commencements. Je fis un appel à la po­
pulation catholique de Samoa, et bientôt arrivèrent des
et

«

Celle-ci contenait un jeune homme,
futur élève, et des plants de taros et de bananiers à

pirogues chargées.

en terre. Celle-là nous amenait un homme marié.
futur élève aussi 1 avec sa petite famille qu'il faudra
nourrir pendant le temps des études. D'autres pirogues
renfermaient le bois nécessaire à la construction des
casea pour les hommes mariés; car les bâtiments du

mettre

collège étaient

réservés

aux

enfants et ÇllPI;

jeunes

gens

demanda ni beaucoup
de frais ni beaucoup de temps. Les poteaux furent cou­
pés dans le bois YO\f1iq_; sur les poteaux on posa çle� tra­
verses et des arbalétriers. Pour les relier entre eux , Q[\
ne se servit ni de clous ni de chevilles, mais de. l'ara,
sorte de ficelle tressée avec de la bourre de coco. SI�r les
non

mariés. Cette conetruction

ne

�L'OCÉANIE

168

traverses

appliqua

on

les

aso : ce

sont des liteaux levés

par couches dans un tronc d'arbre à pain, fendus et
arrondis avec grand soin. On ne les emploie que dans
les constructions de luxe; mais il fallait bien faire cet

honneur

au

feuilles de

collège

de Vaca. Le tout fut recouvert de

à sucre, et pour meubler ces nouvelles
étendit à terre les nattes qu'on n'avait

cannes

habitations

on

pas oublié d'apporter dans les pirogues, et
à la fois de sièges, de tables et de lits.

qui

servent

ne fut pas longue. Il fallut ensuite
de
défricher
le terrain pour les plantations.
s'occuper
Les élèves et leurs parents s'employèrent à ce dur tra­
«

L'installation

vail, qui devait rapporter

des fruits huit à dix mois

plus

tard.
«

Jusqu'à

cetle

époque,

comment vivra-t-on? On

tendra la main à la charité des

néophytes voisins; ils
superflu, mais de leur
nécessaire: on se contentera de peu, de très peu, quel­
quefois même on souffrira de la faim, en attendant qu'il
plaise à Dieu de donner le pain quotidien qu'il ne refuse
pas à la prière.
0: Parmi les
jeunes gens qui embrassaient cette vie
de renoncement et d'abnégation, plusieurs étaient fils de
chers. Dans leurs îles, ils auraient eu en abondance la
meilleure nourriture du pays; ils auraient tiré parti du
travail im posé à leurs subordonnés. A Vaca, ils savaient
qu'il faudrait commencer par travailler eux- mêmes, et
manquer peut-être de ce qu'ils n'avaient pas besoin de
demander chez eux. Leur foi les a empêchés d'hésiter
dans leurs sacrifices, et ils ont été ces joyeux donneurs
que Dieu aime tant à rencontrer. Dans le principe, ils
n'étaient qu'une trentaine; ils sont maintenant cent
vingt-cinq, en y comptant vingt-cinq enfants, de douze
à quinze ans, qui forment comme une école préparatoire
au grand collège des catéchistes, et dont plusieurs étudonneront

non

seulement de leur

�L'OCÉANIE

169

dient le latin pour être plus tard tes prémices d'un clergé

indigène.
via �y catéchiste es] fprt .oeoupée et
un noviciat de trois années,
sévère
suivie joyeusement par nos
règl�

A Vaca , la,

«

très édiûante, C'est comme
avec une

,

Océaniens,
On Se lève avant 11} jour, et on Ile l'end à l'église
pOllr 1ft méditation j puis PO Assl�t� à. J!l messe, qui finit
an Iever du soleil. La journée �e partage en six heures
(

de travaux aux

plantations cultivées

pal' les

catéchistes,

et six

heures d'études consciencieusement employées.
\! Il s'agit de former des aides aux missionnaires
par conséquent des hommes Instruits de leur religion,
capables. de l'enseigner et de combattre avec avantage
les objections des hérétiques, Les études, à Va ca , sont
dirigées dans ce sens. Les catéchistes ne se contentent
,

d'apprendre pour savoir: ils apprennent pour en
seigner. Ils écoutent le professeur avec la plus grande
attention, prennent des notes et les rédigent. De plus,
ils sont exercés à parler en public, afin de s'habituel' à
donner des explications claires précises, et à ne pas

pas

...

,

SEl

laisser désarçonner PIH' les observations des audi­

teurs.
«

Les nouveaux yenll*, sont confiés à

un

catéchiste

piUIS âgé et plus instruit, qui e�t comme le sous-maître
du directeur, et qui s'acquitte fort bien de sa charge. La
femme de ce sous-rnaîtra, ancienne élève des sœurs,
réunit une fois par jouI' les femmes des autres caté­
ehistes , et

leur fait la classe, pour les mettre à même
d'aider leurs maris clans lA mission qui leur est réservée.
« Olltre cette fonction de sous-maître, il en est une

autre,

non

moins importante et flan moins honorable,
moniteur, nommé par le su
le droit de donner des. avis secrets et même

c'est celle de moniteur. Le

périeur,

a

publics �

ceux

qui

se

rendraient

..

coupables

de
8

quelque

�L'OCÉANIE

170

manquement aux règlements extérieurs. Cette pratique,
empruntée aux sociétés religieuses, est très utile pour
corriger les défauts et fortifier les âmes.
« Un
jour, un jeune catéchiste fut repris publique­
ment pendant le travail des champs. C'était un nouveau
converti: malgré sa générosité, il gardait encore quel­
que chose de l'orgueil et de la violence de ses premières
années. Sous ce reproche public son orgueil se révolte;
la violence de son caractère éclate, et le malheureux
lève l'outil qu'il tient à la main, comme pour protester
et menacer, puis il se retire du travail. Le repentir sui­
vit de près la faute. L'église est là; le coupable y entre,
pleure à chaudes larmes et pousse des sanglots. Attiré
par ce bruit, le missionnaire, directeur du collège, ac­
court et demande la cause de cette douleur: « Père, je
suis perdu j j'ai désobéi au moniteur, et maintenant
c'est fini 1
Non, mon enfant, une faute peut toujours
être effacée.
Crois-tu, père, qu'il ne m'est pas impos­
sible de réparer ce malheur?
Je le crois et j'en suis
sûr; tu n'as qu'à demander pardon. »
«
Encouragé par cette parole, le catéchiste retourne
aux plantations et se jette aux genoux du moniteur:
« J'ai
péché par orgueil, dit-il j pardonne-moi, te souve­
« nant
que je sors à peine de l'hérésie, et que l'hérésie
« n'a fait
que nourrir cet orgueil qu'il faut briser. » Ce
jeune homme, aujourd'hui l'un de nos meilleurs caté­
chistes, est établi à Pago-Pago dans l'île de Tutuila.
« Quand les trois mois d'études touchent à leur
fin,
les catéchistes se présentent devant l'évêque ou son
représentant. On leur remet une pièce d'étoffe pour se
vêtir, eux et leur famille 1, un beau chapelet et une croix
en cuivre. Cette croix sera portée ostensiblement par les
-

-

-

.

,

1

Nous

n'envoyons

comme

catéchistes que des hommes mariés.
aux jeunes filles du village.

La femme du catéchiste fait l'école

�L'OCÉANIE

catéchistes,

171

et deviendra la marque

qui

les

distinguera

dans la Coule.
I(

Ce n'est pas tout. Il faut leur désigner le lieu où ils
exercer leur mission. Quelquefois ils entendent

devront

nommer une île bien éloignée de leur pays. A ce nom, il
n'est pas rare que des larmes coulent. N'est-ce pas l'exil
qu'on leur impose? Aux larmes du jeune homme se joi­

prières de la famille, in­
quiète de le voir s'éloigner. Mais, après avoir pleuré, le
catéchiste est le premier à dire à celui qui l'envoie: « Ne
(1 cédez
pas; j'ai été nommé là j'irai là et pas ailleurs:
«
j'aurais peur autrement de détourner les bénédictions

gnent les réclamations

et les

,

«

de Dieu.
«

»

Que deviendra le catéchiste, envoyé loin de

sa

fa­

mille et de

son peuple? Il sera le serviteur de tous pour
les gagner à Jésus-Christ. Il habitera ce pays que le
missionnaire visite tous les trois ou quatre mois, parfois

même à

un

plus long intervalle;

il réunira les enfants

pour leur faire l'école, et les adultes pour la prière du
matin et du soir; il s'en ira vers ceux qui se portent bien
dans

l'espoir

dé les convertir, et

vers

les malades dans

le dessein de

soigner le corps pour atteindre l'âme.
« Au moindre
signe d'un danger sérieux, le catéchiste
à prévenir le missionnaire, et il pré­
avant
tout
songe
le
malade
à
la réception des derniers sacrements.
pare
Si le missionnaire n'a pas le temps d'arriver, le caté­
ne quitte pas la natte du mourant; il lui suggère

chiste

des actes de
trition

foi, d'espérance, de charité,

surtout ds

peut, il tourne

con­

le
parfaite; et,
qu'Hie
va
la
terre.
qui
quitter
«
Après le dernier soupir, le catéchiste récite le pre­
mier chapelet pour l'âme du défunt; il veille à ce que la
prière ne cesse plus autour de ce corps d'un chrétien;
il accompagne le prêtre présent ou remplace le prêtre
absent, pour rendre à la terre ce qui vient de la terre,
ciel cet âme

tant

vers

�L'OCEANIE
et pour honorer jusqu'au bout cette dépouille m()1'I�\l�
qui fut le vêtement d'une âme, et le redeviendra �u jour

de 1&amp;

résurrection.

Le eatéchiste pe horne pas là son ministère i 1'1 di­
manche est son grand jour. Trois foil'l il réunit lea Mêles
«

il la chapelle ou dans la case qui en. tient lieu; H récits
les prières da la messe, en avertissant !la s'unir � tel
missionnaire, qui célèbre la saint sacriflce il telle Ilia­

tance; après tes prières de la messe, H lit l'épître llt l'é­
vangile du jour, puis il fait une exhortation appropriée
à la circonstance, encourageant le bien, blâmant le mal,
et s'élevant courageusement contre les abus.
Les fidèles savent que le catéchiste est

e�v(:l'yé par
l'évêque; ils l'écoutent avec respect, e.� crqiraient man­
quer à leur qllvoir s'ils ne venaient 'pas l'entendre; ils
tiennent compte de ses avis, et les chefs eux-mêmes
dans l'ordre des choses de la religion, ne craignent pas
de l'appeler maître, gardien, conducteur, bien qu'ils
n'ignorent pas que cet homme n'est revêtu d'aucun
«

,

caractère sacré,

Auss! quelle joie pour tous quand \e missionnaire
ces villages
préparés et sanctiâés
d'avance par le catéchiste 1 Le missionnaire est heureux
de 'Voir que la (P,\ a jeté déjà des racines profondes dans
ce pays qu'il ne peut habiter; le catéchiste est tout ûer
de montrer un peuple qu'il a disposé aux enaeignements
du prêtre et aux secours de la religion \ leEl néophytes ��
font une fêt� de recevoir la visite trop fare ql'l �ehü qui,
comme Jésus, passe au milieu d'eux en fql!!ant le hien,
( Les nouveaux
convertis de l'archipe] se distinguent
à
leur
écouter
les instructions religieuses et à
par
zèle
((

vient à passer dans

construire les

�

églises.

Un jour, un missionllajre leur expliquait les (:ér�­
monies de I� messe. C'était vers le milieu de la journée,
Les indigènes le supplièrent de ne pl:\El les faire sortir
&lt;\

�L'OCÉANIE
avant la nuit.

173

Quand le prédicateur annonçait qu'il fal­

lait bientôt se rétlrer , les àuditeurs

s'y

disant

vois comme nous

Encore un

: «

moment, �êr�;
_

refusaient en

âtlëntifs 1 ru pourras penèèr qu'6i1 l§'enhuhl
tu verras quelqu'un dormir 1 li

t( sommes
tt

quand

« S'il
s'agissait d'élever un templë à Dieu, tout le
ïnonde voulait y concourir, Les ùns allaient � quatre ou
èlhq liéuês en met pour chercher des pierres et pour

ëxploiter

des 110ts de rochers j les autres bâtissaient les

inürs] ceux-là dônhàlent les arbres aveé unë It�hérositè
sans borne j ceux-ci fournissaient les 'poissons pour nour­
rir les ouvriers.
«

cinq

En

résumé, il y

mille

catholiques

il dans les îles des

fervents sür

Navigateurs
trente-cinq mille

âmes, tlt trente églises où chapelles. li
Mgr Elloy, â qui nous devons la plupart des détails

qu'on

vient de

lire,

nous fait aussi connaître les îles de

Tokelau et de Fanaîuti. Nous

extraits suivants

empruntons

à son récit les
.

:

A cent cinquante lieues au nord-ouest de l'archides
pel
Navigateurs, est situé le groupe des îles de
Tokelau. Elles sont toutes de formation madréporique
(amas de polypes). Sur la pointé des roches sous ma­
«

...

-

rines et jusqu'au niveau de la mer, dès milliers de po­
lypes on] bâti leurs demeures et formé de vastes bancs
dé corail blanc qui s'est bruni à l'air. En passant ét rë­
passant, les vllgues ont enlevé les arrêleë du corail et
.

apporté sur
superposés.

bancs des débris qui s'y sont peu à peu
Le tout est devenu ün terrain aride. Pas

ces

d'autre terre

végétale qu'un

sable rebellé à toute cul­

ture. Pas d'autre verdure que quelques cocotiers qui
poussent dans des fissurés de corail ou dans des par­
celles du sol moins sèches ê! muins dépourvues dë sucs
nourriciers.
«

Plusieurs de

ces

tles sont totalement inhabitées j

�L'OCÉANIE

1ï4

d'autres renferment soixaute , cent, deux cents âmes. Le
type, le langage, les traditions de ces indigènes les rat­
tachent

aux

et

Rien

«

Égarés sur l'Océan

tempête, quelques Samoans auront
îles, s'y seront réfugiés, sans plus oser en
les auront peuplées.
de plus misérable que les peuplades de Toke­

rencontré

sortir,

grands archipels voisins.
par la

poussés

ou

ces

lau. Elles n'ont pas d'autre nourriture que la noix de
coco et le poisson. Comme ces îles sont formées de co­

rail,

les

sources

sont rares, et

encore

mâtre. Plusieurs îles sont même
de

sources

d'eau douce. Les

l'eau est-elle

privées complètement

habitants, pour

leur boisson, recourent à une industrie.
(( Les cocotiers sont inclinés
par le vent,

se

procurer

qui

souffle

Du côté op­
des ouvertures

presque

toujours dans la même direction.

posé

vent, les indigènes pratiquent

au

sau­

jusqu'à l'intérieur de l'arbre, sans nuire à son dé­
veloppement. Au-dessus de ces ouvertures et le long du
tronc, ils creusent de petits sillons, destinés à recevoir
allant

et à conduire l'eau de la

pluie dans ces
pleines, on
empêcher l'évaporation et

citernes

niature. Quand elles sont

en

mi­

les entoure de

feuilles pour
pour maintenir
la fraîcheur. C'est là que ces malheureux peuples vont
chercher l'eau nécessaire, qui, en Lem ps de sécheresse,

peut finir par leur manquer. L'eau ainsi recueillie ap­
partient au propriétaire du cocotier, comme l'arbre lui­
même, et chacun doit veiller à ne pas mettre la main
sur

le trésor de

son

voisin. On

se

demandera s'il

ne se­

rait pas plus simple de creuser des citernes dans le sol.
Qu'on n'oublie pas que le sol est madréporique, et qu'il

laisse suinter l'eau de la
obvier
grave
inconnu à Tokelau
à

ce

connaître à
Mg1"

Elloy

mer.

Le ciment

inconvénient;
:

pourrait

bien

mais le ciment est

les missionnaires seuls le

pauvres habitants. »
ajoute: (( J'ai visité pour la

feront

ces

première

fois

�L'OCÉANIE
îles

ces

en

païennes. Je me
d'elles, à Fakaofo un
dressé comme une borne, en­
de' noix de coco. C'est le dieu de l'île,

1863. Elles étaient

rappelle avoir vu, dans
grand morceau de corail,
touré de nattes et
et

ses

175

encore

l'une

,

adorateurs lui avaient fait toutes les offrandes pos­

sibles.

Quelques mois auparavant, des pirates
rique du Sud s'étaient jetés sur Fakaofo, et,
«

de l'Amé­
à main

ar­

avaient enlevé à peu près toute la population
valide. J'adressai quelques mots à ceux qui avaient été

mée,

en

l'analogie des langues, je pus être
la plus grande peine que je me
vis forcé de m'éloigner d'eux sans leur apporter la vraie
lumière. Mais le navire n'était pas à ma disposition, et
je n'avais pas la liberté de m'arrêter plus longtemps.
C'était comme un voyage d'exploration que j'avais en­
trepris; je me contentai de voir, pour essayer d'agir
plus tard.
épargnés; à
compris, et

«

cause

c'est

de

avec

De l'île de Fakaofo

,

sonne.

Cependant

tout

nous

habitée. On y voyait des
cheurs dont récemment

eûmes la

passâmes dans l'île de Nu­
surpris de n'y rencontrer per­

nous

kunonu, Nous fûmes bien

attestait que cette île était
vides, des filets de pê­

cases
on

fait usage

avait

...

Nous

avaient

que les

passé par là;
pirates
qu'à Fakaofo, ils n'avaient rien épar­
gné, et avaient emmené en captivité toute la population.
Depuis, nous avons appris que ce peuple n'avait pas été
réduit en esclavage, comme nous le supposions, mais
qu'il s'était caché dans une petite île inhabitée. Ayant
aperçu notre vaisseau, il nous avait pris pour des pi­
rates, et avait voulu échapper aux mauvais desseins
que,

qu'il
(1

pensée

plus

cruels

nous

prêtait.

Dans le courant de cetle même

arriver à Samoa
kunonu.

année,

nous

vîmes

habitants de cette île de Nu­

quelques
Autrefois, à la nouvelle

que la famine

rava-

�L'OCËANIE
le

géait

petit àrchipèl

de Tokelau , M" Bataillon avait

frété tin navire pour aller prendre quelques- Uns des afîa­
ïnés et les transporter à Waliis, où la charité catholique
viendrait à leur

était

secours.

revenu dans son

triotes de la nouvelle

Uti de

ces

expatriés volontaires

pays. Il

religion,

avait instruit ses compa­
aussi bien que cela lui était

appris à reciter lë chapelet.
te désir du baptême s'empara d'eux, et, malgré tous les
obstacles, ils résolurent d'aller trouver un prêtre catho­
lique. L'entreprisë était difficile, pour ne pas dire témé­
possible;

il leur avait surtout

Trois cent cinquante milles les séparaient de
Ils n'avaient
Samoa, qu'Ils n'avaient jamâis visité

raire.

...

pour moyen de transport que des pirogues creusées
dans des troncs d'arbres, à Pairle du feu et des coquil­
lages. Qu'impcrtel la conûance sera leur boussole. Pen­

traversée, iis n'ont pas ëessé de réciter le
prière n'a pas été inutile. Ces pirogues,

dant toute la

chapelet, et
qui auraient
à

Savaï,

la

dû sombrer mille fois pour une, ont abordé
des îles de l'archipel des Navigateurs, et

une

de là ont été

pilotées jusqu'à Apitl.

Quels ne furent pas mon étonnement, mon admira­
tian, ma reconnaissance envers Dieu, lorsque j'entendis
«

le récit de

ce

voyage vraiment merveilleux 1 Nous nous
d'achever l'instruction de ces néophytes 1

empressâmes
puis de les admettre au baptême et aux autres sacre­
ments, qu'ils reçurent avec les meilleures dispositions.
Ils retournèrent ensuite dans leur île par la première
occasion qui s'offrit. Nous ne voulûmes pas les laisser
remonter dans leurs pirogues, que nous gardons à Apia
comme un monument de leur roi, ét nous les confiâmes
â un vaisseau plus solide.
«

Toutes

ces

circonstances

nous

déterminèrent à

en­

voyer des catéchistes aux îles de Tokelau , car nous
n'avions pas assez de prêtres pout les disséminer sur
ces

rivages. C'était demander

à ces catéchistes

un

dou-

�L'OCÉANIE
loureüx sacrifice. 11 leur faudrait
et se

résigner

pluë de

taros;

à une

plus

1.77
se

condamner à

l'exil,

pauvre nourriture. Plus d'lgttameë,

de kava. Pour tout

aliment,

des nolx

de cocos, non pas Fraîches, mais sèches 1 sübstancé hui­
leuse, dont les Samoans se fatigùetit et Ciue même ils

laissent

aux

pourceaux.

Ce sacrifice n'était pas le plus pénible. On firiit pal'
s'habituer aux privations du corps: les privationâ de
l'âme sont plus difficiles à accepter et à supporter. flour
aller à Tokelau 1 il tallait renoncer à l'usage des sacre­
«

de pénitence el d'eucharistie, qui donnent A l'âme
tant dé force et de consolations. Il fallait même s'expo­
ser à mourir sans prêtres 1 tes catéchistes s'exposent à
ce danger, se résignent l ce sacrifice héroïquë
afln que
d'autres âmes aient moins de peine à trahêhir lé dernier
pas qui conduit li l'éternité. Én 1868 , deux hommes coti­

ments

,

rag�ux sont partis pour Tokelau , où ils y sont restés
pour évangéliser ce
naire pût venir.
«

Qualre

ans

peuple,

après,

il

en

me

attendant

fut

permis

qu'un mission­

de

reprendre ma

visite des Iles de Tokelau,

J'arrivai d'abord à Fakaofo, Lorsque nous appro­
chons du rivage, je vois un homme se jeter a la mer.
11 est bientôt dans les grandes vagues, à l'embouchure
des récits où ie canot doit passer. Il nage avec vigueur;
«

il

me

fait

un

salut de la

main,

je l'entends dire à
de Notre-Seigneur léet

Béni soit ie nom
haute voix:
1( sus-Christi
voici notre pèrë qui nous arrive. » Je
reconnais alors le catéchiste Matuleus et je m'empresse
«

,

de lui envoyer la bénédiction qu'il est si impatient de
recevoir. Je trouvai l'île à moitié convertie. L'idole de

disparu, et les enfants savaient le catéchisme.
Je préparai aux sacrements, j'installai un autei dans
la case du catéchiste, et le lendemain matin, pour la
première fois, Notre-Seigneur descendait sur cette terre

corail avait

8·

�L'OCÉANIE

178

d'Océanie que lui avait conquise

un océanien. Tous les

néophites soupiraient depuis longtemps après ces deux
grands actes, dont leur avait si souvent parlé le caté­
chiste

:

entendre la

messe

et faire la communion.

pus m'arrêter que deux jours au milieu de
ces nouveaux enfants de l'Église. J'étais passager sur
un bâtiment où j'avais une planche
pour lit, du biscuit
ex

Je

ne

et du bœuf salé pour

mauvaise

eau

pour

unique nourriture,
boisson, et tout cela me

cents francs. Mais il n'en fallait pas moins

avec

de la

coûtait

me

cinq

soumettre

à la volonté du

capitaine, qui fixait l'heure de l'arrivée,
départ, et qui, dans son intérêt, rapprochait
l'autre le plus qu'il lui était possible.

l'heure du
l'un de
«

Le surlendemain

nonu; cette fois

je

vait tant serré le

nous

ne

cœur

touchions à l'île de Nuku­

trouvai pas la solitude qui m'a­
dans mon premier voyage. Je ne

dirai pas que la foule accourut à ma rencontre, attendu
que l'île ne renferme que quatre-vingts habitants; mais

chrétiens, et se disposèrent à profiter de la
l'évêque. Je pus constater qu'à Nukunonu
comme à Fakaofo, tous les enfants savent lire,
ce
qu'on n'oserait pas affirmer de la ville la plus civilisée
de l'Europe. En outre ils savent écrire dans la langue
de Samoa, qui est pour eux comme la langue de leur
tous sont

visite de

religion, parce que les livres de
chismes sont imprimés en samoan.
«

Un

jour, je jetai

d'enfants,

en

disant:

un

«

prières

et les caté­

catéchisme dans

un

groupe

Que celui qui sait lire le prenne

«
et le garde pour lui. » Tous se précipitèrent: celui qui
s'en rendit maître ouvrit le livre au hasard et Iut cou­

ramment. Je
sesseur

jetai

un

autre catéchisme ; l'heureux pos­

mit à lire aussi bien

se

renouvelai l'ex périence, et
ex

Évêque,

«

de livres?

me

dit alors le

Regarde

et

que le

l'expérience

premier.

réussit

Je

encore.

catéchiste, as-tu beaucoup
compte. Il t'en faudra autant

�L'OCÉANIE

179

d'enfants, si tu veux en donner à tous
qui savent lire. » Je ne m'attendais pas à tant de
science, et je dus promettre qu'à la prochaine visite
«

qu'il

«

ceux

y

a

ici

des livres pour tous ces savants.
Le voyage de Samoa aux îles Tokelau demande
ordinairement un mois. En 1.873, j'ai pu le faire plus ra­

j'aurais
«

pidement à
capitaine

le

canon en

bord d'un vaisseau
Miet

...

français

commandé par
un coup de

Le commandant fit tirer

l'honneur du

roi, qui fut aussi effrayé que
jamais il ne s'était

flatté de cet honneur. Ce pauvre roi 1

à pareille fête, et son royaume, n'ayant que des co­
cotiers pour toute richesse, ne lui permettait guère de
répondre au salut de la France. Mais enfin il est chré­

vu

tien,

et cela vaut bien

un

trésor

royal.

Je n'avais pu comprendre dans ma visite l'île de
Fanafuté, située à deux cents lieues de Samoa, et habi­
«

l'un des

catéchistes, envoyé dans cette île
priants et des catéchumènes dé­
siraient le baptême. Ne voyant pas arriver de mission­
naire, quelques-uns s'embarquèrent sur un navire amé­
ricain qui passait par leur île. Le capitaine aurait pu
les tromper, car, dans une autre circonstance, il avait
fait acte de piraterie j et, au lieu de les déposer à Sa­
moa, selon leur demande, il lui aurait été facile de les
transporter sur d'autres rivages et de les faire esclaves.
Dieu ne le permit pas, Dieu qui attendait ces âmes de

tée par
en

Luca,

1.868. Là aussi des

bonne volonté.
un jour, devant le pres­
indigènes dont le type n'était plus
exactement celui de Samoa, et cependant Us parlaient
la langue de Samoa, bien que d'une manière incorrecte.
Ils se mettent à genoux devant moi, demandent ma
bénédiction, et disent qu'ils viennent trouver les prêtres
pour recevoir les sacrements dont leur a parlé le caté­
«

Vers la fin de

bytère d'Apia,

chiste.

1.875, je vois

dix

�L'OCÈANIE

iBo
«

CeS

indigènes

de Fanafuté sont restés tin

ils ont coin piété leur instruction

an

li Sa­

chrétienne, ont
première commu­
nion, et sont retournés dans leur pays, emportant Plu­
sieurs livres catholiques imprimés en la langue du pays.
II. On
peut juger par là si nous avons raison d'attaoher
beaucoup d'importance à l'œuvre des catéchistes, et si
tout ne se réunit pas pour encourager lit peine que nous
prenons à la fonder, et les espéranëës qu'elle nous ins­
pire »
moa :

été

baptisëë

...

,

conûrmés

,

ont fait leur

�CllAPITRE X

Taïti , reine de la Polynésie.
Les 11e8 de la Sooiété.
Le pro­
testantisme et la dynastie des Pomaré.
Cession de l'archipel à
la France en i880. -,Iles Pornotou.
te cocotier et sës bienfaits.
-

-

-

-

Touchante histoire de Tuamoa et d'Eulalie. '-'- LéS douze îles
Wallis.
Caractère des indigènes.
En 1837, Mgr Bataillon
vient les évangéliser, et il les convertit.
Il consacre aux sau­
Futuna
vages quarante années d'apostolat, -li meurt en 1877.
avant ét après le martyre dü P. flhânel ...... 'rllngataboll, siège
d'un vicariat apostolique.
-

-

-

-

-

Revenons

aux

possessions

de France

en

Océanie. Les

îles de la Société 1 sont situées à plus de cent lieues de
Noukahiva. Les principales sont Taïti, et Mooeca: leurs

dépendances comprennent les Tubuai
îles appelées autrefois Paumoutou et

,

et

quatre-vingts

maintenant Tua

....

motou,

Taïti est formée par deux

presqu'îles

récif de corail. Visitée par Quiros

entourées d'un

1606, par Wallis
en 1767, par Bougainville
1768, quatre fois par
Cook! de 1769 à 1777, elle a reçu, dès 1797, les prédi­
cations protestantes que lui ont apportées les ministres
en

en

anglicans. C'est une des plus belles îles de l'Océanie.
Dumont d'Urville, enthousiasmé de son climat, de
ses sites, de sa végétation, de ses charmantes vallées j
t

de

Ce

nom

Londres.

Cut donné à

l'archipel

en

l'honneue

de la

Société royale

�L'OCÉANIE

182

de

jolis ruisseaux, de son atmosphère fraîche et
odorante, l'appelle la reine de la Polynésie et le diamant
du cinquième monde. Ele a trente lieues de circonfé­
rence. Sa surface ne dépasse pas le double de la super­
ficie du département de la Seine. Située à mille lieues
de l'Amérique, de l'Asie et même de l'Australie, elle
semble de loin un délicieux bouquet de fleurs et de ver­
dure, perdu dans l'immense Océan.
«
L'aspect de Taïti est d'une grande beauté, dit
M. l'amiral d'Osery en 1.844. Terres élevées, profondes
vallées, une couronne de montagnes magnifiques. Par­
tout des arbres, de la verdure, des eaux de cristal. La
rade est un véritable port naturel, formé du côté du
large par une ceinture de récifs de coraux qui s'élèvent
jusqu'à fleur d'eau. Les vagues viennent continuellement
se

ses

briser

en

volutes éblouissantes

sur

le bord extérieur

digues, tandis que du côté intérieur les eaux de
la baie sont tranquilles comme celles d'un bassin. »
de

ces

Les bords du
seulement de
une

rivage forment une plage qui domine
quelques mètres le niveau de la mer. Sur

assise de

d'orangers,
d'agréables

de

coraux

croissent des bois de papayers,
à pain, qui forment

cocotiers, d'arbres

rideaux

les cabanes des

avec

des ouvertures où sont

placées

arrivée, les Euro­
des maisons bâties sans ordre, sans ag­

indigènes.

A leur

péens trouvent
glomération et entourées d'arbres fruitiers. Elles sont
ouvertes jour et nuit; les habitants y couchent sur la
terre à peine couverte de quelques feuillages; ce régime
nuit pas à leur santé. Ils se nourrissent surtout de
poissons et de végétaux, rarement de viande, ne boivent
ne

l'eau, et parviennent à la vieillesse sans infirmité.
Quatorze mille âmes, parmi lesquelles les indigènes

que de

figurent pour douze mille cinq cents; tel est le chiffre
approximatif de la population actuelle de l'archipel.
Le protestantisme pénétra dans ces îles avant le
.

�L'OCÉANIE

183

et décida les Taïtiens à

catholicisme,

le culte

abjurer

des idoles j mais comme les prédicateurs de la nouvelle
doctrine étaient bien moins des apôtres que des com­
merçants, préoccupés avant tout de servir leurs intérêts
matériels et de satisfaire leurs
de

grands

passions,

ils causèrent

scandales dans le pays, et n'obtinrent aucune
Cependant ils prirent beaucoup d'as­

réforme sérieuse.
cendant

sur

reconnaître
en

maîtres,

seurs.

un

grand chef appelé Pomaré, le firent
roi de tout l'archipel, puis régnèrent

comme

sous son

nom

et

celui de

sous

Pomaré 1er leur avait ouvert

Pomaré

ses

ses

États;

succes­
son

fils,

témoigna beaucoup de confiance, malgré
le mécontentement des indigènes soulevés contre eux,
leur demanda le baptême en 1.819, et, sur leur demande,
introduisit une imprimerie dans ses États. Sa petite­
fille, Pomaré Ill, toujours dominée par eux, ne sut pas
réprimer les violences qu'ils exercèrent contre les mis­
sionnaires catholiques et français de la société de Pic­
pus. En 1.842, l'amiral Dupetit-Thouars dut intervenir
II,

leur

pour faire respecter la liberté et les droits de nos natio­
naux. A la prière de la reine, enfin éclairée sur sa situa­

tion,

l'amiral

plaça

d'abord les îles

sous

le protectorat

de la France, ensuite il en prit possession, après avoir
constaté l'inexécution des conventions acceptées de part
et d'autre.

Mais le roi Louis- Philippe, redoutant des difficultés
avec

l'Angleterre,

borner

ne

ratifia pas la

décision,

et voulut

regrettables hési­
tations, le célèbre Pritchard, à la fois consul, com­
merçant, ministre anglican, conseiller de la reine, ne
cessait de fomenter des troubles et d'inquiéter les Fran­
çais. Le commandant Bruat exigea son expulsion et dis­
se

au

protectorat: pendant

persa les rebelles.
« M. Pritchard

d'un conflit dans

ces

(Monde du 26 avril 1.864), le héros
lequel le sang innocent fut répandu et

�L'OCÉANIE

f84

celui des

part qu'il

coupables épargné, paraît
fi

prise

à

ces

menées

sévèrement d'un homme

antérieures,

en

est

venu

...

qui,
plus

avoir

regretté la
pouvons parler
réparer des fautes

Nous

ne

pour
tard à bftrir

maison pour servir de résidence

aux

sa propre
missionnaires ca­

tholiques. Depuis plusieurs années sa famille s'est con­
vertie, et sa fille aînée est ursuline en Angleterre. »
Depuis l'expédition de Bruat, ia paix n'a pas cessé
de régner li Tarti, et le 29 juin 1880, le roi Pomaré V,
fidèle interprète des vœux de ses sujets, donnait libre­
ment fi la France l'archipel sur lequel s'étendait sa
puissance. Ce petit événement, de médiocre importance
pour le présent, peut être utile à l'avenir, et n'a pas
manqué de faire sensation en Australie.
L'île de 'Ï'aïti, divisée en dix-huit districts, voit sa
prospérité s'agrandir, son commerce se développer, et
sa capitale s'embellir, grâce aux Européens. Mais les
indigènes sont paresseux, indolents, dissolus, et il faut
recourir aux étrangers, spécialement aux Chinois, quand
on veut exécuter des travaux. Une grande société s'est
formée pour l'exploitation du sol, et le fait cultiver avec
succès. Un domaine de trois mille hectares, situé le long
de la mer, sur une longueur de quatre kilomètres, a
occupé pres de deux mille travailleurs. Des marais ont
été desséchés, de larges routes ont été ouvertes; d'im­
menses bâtiments logent les ouvriers valides et recueil­
lent les malades. Une nourriture saine, l'emploi du temps
au grand air, l'interdiction de l'eau-de-vie, qui a fait
tant de victimes à Taïti, préservent les santés et tournent
au profit de l'exploitation.
Les îles de Taïti ont

un

évêque

et douze

mission­

naires; le vicariat apostolique compte au moins dix
mille catholiques, et comprend plus de cent îles dissé­
minées sur une étendue de mille lieues, du nord au
midi, et de l'est à j'ouest.

�L'OCÉANIE

i8tî

C'est assez dire les difficultés du ministère ëvangé­
llque, tes habitations, très disséminées, ajoutent encore
àùx fatigues des miséionnaires qui vont souvent, au
péril de leurs jours, porter la bonne nouvelle aux sau­
,

obtiennent de nombreuses conversions. Ils
ccnstrulsent des chapelles d'abord ën bois, puis en
et

vages,

pierres de corail, et ils élèvent une
côté de chaque maison dé prière,
concert

leurs

l'éducation
sa

planches

à

l'instruction, et montrant par
poursuit toujours

le christianisme

œuvres que

dans lé monde

avec

école de

faisant marcher de

mission civilisatrice.

Les îles de I'archi pel de Pomotou

ou

Tuatnoutou ,

au

à l'est de

sud des

Marquises,

et peu

habitées. Les

Taïti, sont basses, petites
principales appartiennent � la
France. On en compte environ quatre-vingts. Ce sont
des îlots de sable ou de corail, de forme sphérique ou
elliptique semés à quelques milles les uns des autres,
et S'élevant à peine de quelques mètres au-dessus du ni­
veau de la mer. L'intérieur est souvent un petit lac; la
circonférence est une bande de terre ne dépassant guère
cinq cents mètres, et garnie de plantations. La cime
,

élevée des arbres révèle aux navigateurs l'existence de
ces Ues. Sur leur superficie rocaillëusë Se trouve de
temps à aut.re une couche de sable, et par exception un

peu de terreau, produit par les débris pulvérisés de
vieux végétaux. L'eau potable est rare: celle qui s·y
trouve est saumâtre et
rée dans des trous de
se

se

recueille aux heures de la

sable;

ces

espèces

ma­

de réservoirs

tarissent souvent.

Autretols les

peuplades

disséminées dans éeë Ilots

n'avaient pour nourriture que les poissons et tes fruits
peu Savoureux du pendanus dont III forme conique res­
,

semble aux pommes de pins européens, et dont les baies
charnues peuvent se manger. Mais, depuis plus d'un

siècle, l'introduction

du cocotier dada bon nombre d'îles

�L'OCÉANIE

f86

sensiblement amélioré la condition des

a

parler
les

ici de

ses

formes

gracieuses,
qu'il offre

très variées

ressources

Contrairement à

ce

taux, le cocotier

ne cesse

qui

se

succèdent

indig-ènes. Sans
rappellerons

nous

aux

habitants.

passe pour les autres végé­
pas de produire de superbes

interruption. A ses pieds
depuis un certain temps,
et remplis d'une substance nutritive: c'est le pain des
adultes et la bouillie des petits enfants. Les fruits encore
pendants aux branches contiennent une eau sucrée très
agréable au goût et très rafraîchissante; enfin la coque
est garnie d'une crème savoureuse, qui prend le goût de
qui

grappes

se

sans

trouvent des cocos, tombés

se

noisette

en

durcissant.

nourrit toute la famille du sauvage, le
met à même. de sustenter un chien, un chat, et même

Ainsi le

coco

d'engraisser des poules et des cochons.
L'indigène trouve encore dans les produits du coco­
tier une huile à brûler qui n'a pas l'odeur nauséabonde
de celle de la

vêtit, les
pirogue.

bois

baleine, les éléments du tissu dont il

se

il construit

sa

avec

Les ministres
ner

de front le

sont
avec

venus

leur

lesquels

protestants,

commerce et

tout d'abord lui

alliage

sa

maison et

fidèles à la coutume de
la

me­

prédication évangélique,

apporter leurs

armes

de vérités et d'erreurs. Les

à feu

mormons

n'ont pas tardé à supplanter les calvinistes: leur morale
plus relâchée et leurs exemples dissolus ont obtenu cer­

tains succès. A entendre le mormonisme, tous les vices
d'une nature corrompue

se

purifient

et s'effacent par

de renouveler

un

indéfiniment,
baptême qu'il est permis
toujours avec la même assurance d'absolution. Cet
étrange et commode système séduisit beaucoup de sau­
vages, désireux de donner pleine carrière à leurs mau­
vaises passions.
Cependant, en 1849, le catholicisme put pénétrer dans
et

�L'OCÉANIE

187

quelques-unes de ces îles, et réussit à y former des chré­
tientés florissantes. Les fidèles dont elles se composent,
passionnés pour la musique, aiment les cérémonies reli­
gieuses, et passeraient des journées entières à chanter
en chœur les louanges de Dieu.
Plusieurs villages, peuplés de fervents néophytes, ai­
dent très généreusement le! missionnaires à orner les
églises et à propager la foi. Quelques traits touchants se
rattachent à l'histoire de leur conversion. Nous citerons
celle de l'île de

Takoto, encore païenne il y a dix ans, et
conquise à la vérité par le zèle d'un jeune
ménage. En 1870, le P. Montitou, de la société de Pic­
maintenant

pus, avait visité les habitants, et leur avait laissé en par­
tant le catéchiste Athanase Tuamoa avec sa douce com­
pagne Eulalie, issue d'une famille riche, puissante, et
fille d'un grand chef appelé Parua. Le bon ménage,
une

fois

baptisé, avait fait de rapides progrès dans
perfection. Ses vertus s'épanouissaient

les voies de la

les fleurs dans

une terre fertile. Heureux par
leur
amour mutuel, ils voulaient,
puis par
pour composer leur bonheur, y faire entrer celui du
prochain, et s'ingéniaient à lui faire du bien. Quand les

comme

Dieu d'abord,

jeunes époux rencontraient des cœurs touchés de leurs
bontés, ils accueillaient sans scrupule les accents d'une.
reconnaissance qu'ils faisaient monter plus haut; mais
l'indifférence ne les décourageait pas. Ils savaient que
Jésus-Christ supplée aux prières que les ingrats ne font
pas, et que toute bonne action faite en vue de lui plaire
reçoit au ciel sa récompense; de même que l'eau, versée à
la racine d'une plante, reparaît à son sommet dans les
fleurs et dans les fruits. Athanase et Eulalie

de

autour d'eux les saints

se

hâtèrent

répandre
exemples avec les
salutaires enseignements. Ils conquirent quelques na­
tures d'élite, fidèles aux inspirations d'une conscience
droite; mais la foule, attachée à ses vices, répondit aux

�L'OCÉANIE

188

sag138 conseils par des injures 1 et

aux

mauvais tralternënts. Elle ed vint à

bienfaits par les
assiéger Iii case

proférant des menaces de mort, La pa
tience la récitation du chapelet, Une persévérante cha­
rité, finirent par triompher dès persécuteurs. Après trois
mois de priéres 1 de souflraneea et de perpétuelles an­
goisses � le dlltlg'ar disparut! et les deux époux: tendre­
ment unls purent travailler, dans la paiX et la joie ehré­
tiennes, ft la rëgënëratlon dés lnsulalreë. L'un donnait
l'instruction, l'autre gagnait les cœurs pal' sort affabilité.
Mais cettt! période de bonheur na fut pas de longue
durée. Eulalie, qui avait si vaillâmment soutenu le cou­
rage de Son mari pendant la lutte, avait été physique­
ment très ébranlée pal' la rapide succession des diffi
cultës et des périls à surmonter. Elle tomba malade et
mourut, à vingt-cinq ans, de la mort des saints. Sa vie
d'Athanase;

en

..

,

..

avait été pure comme l'ëau de là source

qui

n'a

jamais

.

été souillée.

Cette belle âme devint au ciel là
Les

indigènes

nase

pour consoler

et

se

préparer

arrlvèrent en
son

protéetriee
grand nombre près

veuvage, suivre

aux sacrements.

ses

dé l'île.

d'Atha­

'catéchismes

Ils l'aidèrent tl1êtrtè Il

chapelle provisoire, êt amassèrent des
église de plerrë. Athânase,
visiblement soutenu par celle qu'il avait perdue, corn­
mença et poursuivit activement les trilvatJ:k, avec lé
Secours des aides-maçons qu'il Sut foi'liier en peu dè
temps; il disposa pour le cimetière un émplacement au
milieu duquel s'élevait tin oratoire He verdure: eettë
construire

une

mt:ltétiauf afin d'élever UI1ê

,

reposer les corps dès fidèles reçüt ünë
bénëdiction solennelle, et bientôt on y tranaportë les
terre où devaient

restes mortels d'Eulalie. Ils furent déposés à droltë Ha
l'Ijt'�Witej danë titi éaveau construit par Athanase lui­
même, qüi adoucissait l'amertume de ses larmes eb les
associént i ses Immortelles espérances. Une belle l:!Polx

�t'OCEANIE:

189

de

pierre t placée sur la tombe, porte une inscription
chargée de rappeler aux générations futures le nom, la
constance et le dévouement de cette femme douce et
forte, qui avai] renoncé aux avantages du rang et de
III fortune, pour travailler au �alut q�13 �a-u.:vages, àe,
Takoto.

Le grQqpe des douze îles Wallil! tir� son nom du
navigateur anglais qui les découvrit en 1767. Situées
dans l'Océanie centrale (Polynésie), elles font partie de
l'archipel des Amis, et se sont placées, depuis 1843,
sous le protectorat de
la, France,
La principale de ces tle� se nomme Ouvéa; elle est
entourée de plueieurs récifs, a dix lieues de circonfé­
renee, et compte à peine trois mille habitants. Sil cein­
ture de récifs ne laisse entrer les grands navires que P�f
un passage très étroit et souvent fort dangereux,
On cite ensuite Futuna avec ses mille indigènes.
Chacune de ces îles est gouvernée par UJ;l chef qui
porte le

nom

de roi.

Les indigènes on] une aménité relative de caractère,
prennent goût à l� musique, et montrent leur intelligence
dans la fabrication des tissus , la construction des vais­
seaux et la culture de certainea plantes alimentaires.
De larges ceintures de ffllÜlll.lge, composent tout le vê­
tement des hommes 1 qui vont (l la pêche Ou se livrent
aux travaux des pois. AiHeqrs ils se couvrent de Pattes
très fines ou d'une étoffe appelée tapç, f&amp;briquéfil qVe(:
l'écorce d'un arbrisseau analogue au chanvre. l1ea, bnins
sont hattua séparément, collée les uns au hou] P..e!!
autres peints �� rouge t et q�vienneqt Iles llSS1,JS &lt;le
soixante w�tI'.es de long sur. quatre à cinq de large, On
d\r�it q� groii papier de tenture un peu gOl;n��.
,

Les

pirogues

relevés 4 leurs

parallèlement

•

à

composent Q� deux arbres creux,
en forme de proue, placés
deux mètres de distance, reliés par un
se

extrémités

�L'OCÉANIE

190

plancher sur lequel s'élève une petite maison. De là les
navigateurs dirigent les embarcations à raide d'un mât,
d'une voile et d'un gouvernail.
Les maisons sont couvertes de feuilles si bien choi­

sies, si habilement

plusieurs années,
construites

sur

qu'elles forment, pendant
impénétrable à l'eau. Elles sont

cousues,

un

toit

le bord de la mer, afin d'éviter les cha­

leurs accablantes de l'intérieur de l'île et les
des

ouragans.
Les villages

ples

encore

de petits tem­
refuge inviolable. Ces
fleurs et parfois de fruits,

païens renferment

où les criminels trouvent

modestes

ornés de

édifices,

un

sont consacrés à la divinité tutélaire du pays

qu'elle puisse s'y

piqûres

leur solidité résiste à la violence des

moustiques;

reposer, si elle vient

pendant

:

le

il faut

jour

à

passer par là. Il Y a aussi une maison des morts, entou­
rée d'une haie et entretenue avec soin, pour honorer les
âmes immortelles
le

qui

ont animé les corps

champ du repos.
Chaque année une fête

et des

prières

religieuse

déposés

réunit les

dans

habitants,

sont récitées à haute voix.

Des nattes, des pièces de ta pe, des lances, des colliers
baleine, des paniers, des casse-tête, un plat de

d'os de
cava,

composent le mobilier des maisons. Quelques

familles riches
Les hommes
son

possèdent des fusils.
chassent, pêchent et préparent la

mois­

des denrées alimentaires.

Les femmes font le

ménage, la cuisine, soignent

les

porcs et les poulets; le sol est si fécond, qu'il n'a pas
besoin de culture. Il suffit d'y creuser les trous des

multiplier. Il produit des légumes et
qui permettent la variété des mets :
l'igname, par exem ple l'arbre à pain, le cocotier et
la banane, comparable aux bonnes poires d'Europe, etc.
Le kava, beaucoup plus grand que l'hortensia, lui

plantes qu'on

veut

des arbres fruitiers

,

�L'OCÉANIE

191

préparer la boisson la plus
plus répandue.
Cette liqueur agréable figure dans tous les actes de la
vie civile et religieuse. Elle est employée pour honorer
ressemble:

sa

racine sert à

recherchée et la

les dieux, pour obtenir la bienveillance des rois et des
chefs, réconcilier les ennemis et recouvrer la santé.

Malgré la douceur
indigènes, la petite

du climat et la force

physique des
poitrine

vérole et les fluxions de

exercent de nombreux: ravages dans ces îles lointaines.
Les maladies sont considérées comme des châtiments;

mais

au

lieu

d'y voir des avertissements qui nous disent
meilleurs, les hahitants se figurent que, pour
colère des dieux, il suffit de leur offrir du kava.

de devenir
fléchir la

esprits, autrefois unis à des corps,
séjournant
régions de la nuit ou des nuages,
sont soumis à une sévère hiérarchie, et reconnaissent un
maître souverain, dont ils exécutent respectueusement
A les entendre,

ces

dans les

les volontés. Selon la croyance du pays, les divinités
intérieures viennent de temps à autre sur la terre. Des
hommes et même des femmes ont

parfois

l'honneur de

les recevoir dans leur corps. Elles parlent alors à leurs
auditeurs, par l'organe des personnes qu'elles ont hono­
rées de leur

du

kava, rendent des
religieuse déférence,
séjour des bienheureux; et les indi­

présence, acceptent

sont écoutées

oracles,
puis s'envolent au
vidus auxquels elles s'étaient momentanément unies
redeviennent de simples mortels. Quelques-uns d'entre
eux paraissent de bonne foi,
et prennent pour des
inspirations célestes le délire produit par la boisson
avec une

fermentée.
Les Wallisiens sont

polis, obligeants, généreux pour
affligés, respectueux pour leurs chefs et spécialement
pour le roi, dont le pouvoir est héréditaire. La polyga­
mie, permise au roi et à quelques grands dignitaires,
est interdile à la nation. Mais les pauvres indigènes ont,
les

�L'OCÉANlE

192

dégradent : ils son]

entre autres, trois vices qui les
teurs, voleurs et cannibales.

men­

1837, le P. Bataillon arrivait à eux pmu lea éclairer.
Originaire du diocèse de Lyon, II appartenait à la société
de Marie, qui venait d'être
approuvée par Grégoire XVl1
En

et le zélé missionnaire

miers maristes

comptait parmi les vingt pre­
qui firent profession. A peine était-il dé­

lui dérobaient ses vê­
mauvais
ge
n'y
procédés 1 d'em­
de
ne
dût
bûches,
privations qu'il
supporter, II souffrit

barqué,

que

futurs

ses

tements. Il

néophytes

eut sorte

souvent de la faim:

un

jour, dans un extrême dénuement,

sauvages de l'admettre à partager la nourri­
lie leurs pourceaux, et cette médiocre faveur lui fllt
brutalement refusée. Plusieurs fois sa mort fl!t résolue i
il

.pria les

ture

mais les

complots

des hommes

protège.'

celui que Dieu
périls sans être

peuvent rien

ne

contre

Le P. Bataillon courut de

jamais atteint;

sa courageuse

grands
persévé­

à travailler pour les Wallisiens , les prières du
P. Chanel , celles de Mgr Epalla, évêque de Sion, qui
rance

furent

martyrisés
longé qu'il endura

dans

ces

lui-même

contrées, le martyre pro�
avec une

constance inalté­

rable obtinrent des merveilles de conversions.
Six

ans

après

évêque d'Amata 1

sa

en

venue,

1843,

récemment arrivé

Mgr Douarre

d'Europe,

1

lui don­

nait la consécration

épiscopale, et Mgr Bataillon devenait
apostolique de l'Océanie centrale. L'île
qu'il avait évan�élisée était chrétienne; deux mille deux
cents habitants avaient été baptisés; trois cents autres
se
préparaient à recevoir le sacrement de la régénéra­
tion, et tous se disposaient à communier. Sans doute
missionnaire

les nouveaux chrétiens n'étaient pas
on

{louvait

cupidité

encore reprocher
plusieurs
de nature à choquer les étrangers. Mais

amélioration s'était
saient le

des saints j
des actes de

encore

à

plus

produite,

même chez

à désirer 1 En somme, les

ceux

quelle

qui

lais­

habitants

de

�L'OCÉANIE

193

archipel pouvaient être cités comme des modèles à
s'y récitait plus de prières que dans les
meilleures paroisses de la catholicité.
cet

leurs voisins: il

C'est alors que le roi des insulaires disait au P. Ba­
: II. Ob 1 que je te suis reconnaissant de ton affec­

taillon

tion pour
voulais te
et tu

as

moi; j'étais ignorant, je te repoussais et je
chasser, mais tu nous aimais, tu aspatienté
beaucoup souffert pour nous: merci, merci! »
,

L'bistoire de

ces

néophytes

abonde

en

L'un d'eux était malade et

c'était de

ses

douleurs et de

récits édifiants.

pleurait;
croyait que
chagrin de quitter ce monde:
on

pleure, dit-il, c'est d'attendrissement et de recon­
pensée des bontés de Jésus- Christ et du
ciel qui sera mon partage. »
Un autre s'exprimait ainsi : « Les richesses de la
«

Si je

naissance à la

.

terre sont peu de chose à
mon

cœur,

c'est la

naissance du Dieu

mes

religion
qui nous

yeux; le seul bien, cher à
chrétienne, c'est la con­
a

aimés

jusqu'à

mourir

pour nous. » Un troisième, faisant allusion aux tracasse­
ries de chefs encore païens: « Qu'ils disposent de nos
biens

comme

ils voudront;

qu'ils

aillent même

jusqu'à

ôter la vie, si bon leur semble. Pourvu qu'ils
laissent notre chère religion, nous serons contents.
nous

Un

laires,

nouveau

chrétien,

très

nous
19

les insu­

puissant parmi

marchait suivi de nombreux guerriers armés pour

sa cause, lorsqu'il se trouva tout à coup en présence
d'un chef infidèle qui plusieurs fois avait attenté à ses

Ce

assis par terre, la tête baissée, jugeait
toute résistance impossible, et attendait en silence le

jours.

chef,

coup de la mort. Au lieu d'obéir à la passion barbare
de la vengeance, son ennemi lui dit : « Tu n'as pour moi
que de la haine, et en plus d'une occasion, je le sais, tu

religion dont tu es le
persécuteur m'ordonne de te pardonner; c'est à elle que
tu dois la vie. » A peine a-t-il parlé, qu'il embrasse son
as

voulu

m'assassiner,

mais la

9

�L'OCÉANIE

194

effusion. Ce

adversaire

avec

l'attendrit,

et le décide à s'enrôler avec

procédé touche l'infidèle,
sa famille parmi

les catéchumènes.

paix, la joie, la charité des insulaires édifient les
étrangers; ceux qui les ont connus avant leur conver­
sion sont émerveillés de ce qu'ils voient. La vérité 1 se­
mée dans ces âmes comme dans une terre féconde, y
accomplit son œuvre avec une force mystérieuse et une
puissante efficacité. A toutes les heures, le saint sacre­
ment compte des adorateurs agenouillés au pied du
tabernacle. Chaque matin les chrétiens viennent à l'é­
glise pour faire la prière et entendre une messe accom­
pagnée de chants. A la tombée de la nuit, ou, selon
l'expression du pays, quand la cigale a chanté, on se
réunit encore dans le sanctuaire pour la prière du soir.
On coup de lali (cloche de bois) avertit les fidèles du
La

commencement des offices. Rentrés chez eux, ils re­
passent le catéchisme, récitent le chapelet, et chantent
des

cantiques. Le samedi, les
guirlandes, et l'office de

et de

parés de fleurs
prépare il.
fête est
de
jours

autels sont

l'archiconfrérie

sanctifier le dimanche. La soirée des

consacrée à d'innocentes récréations. De

temps

à autre

il y a des simulacres de combats pendant lesquels les
hommes armés exécutent des chants patriotiques avec
ce

refrain

comme

Le

:

«

Vierge sainte,

des saints.

obtenez-nous de mourir

»

dimanche, les jeunes gens parcourent souvent

d'un pas grave les diverses rues du village en chantant
des paroles qui rappellent les vérités de la foi, expriment
les sentiments de la

reconnaissance,

ou

racontent les

histoires de la Bible.

Enfin, dans
assez

souvent

les belles soirées

près de l'église,

au

d'été, ils s'assemblent
clair de la lune

1

sous

l'œil des vieillards qui président à la fête, pour écouter
des chœurs harmonieux. Les voix les plus agréables ont

�L'OCÉANIE

taire entendre j les unes
tes autres répètent le refrain.

seules le droit de
du

récitatif,

se

-t9ti
se

chargent

L'île est divisée en trois paroisses; chacune est dotée
de deux écoles et d'une église. Pendant la construction
des sanctuaires, les femmes se sont chargées entière­

afin que les maris pussent
donner ieur temps à la maison de Dieu; tous les hommes
voulurent y travailler: les vieillards, les enfants récla­
ment des travaux

agricoles,

tâche, les paralytiques eux-mêmes s'effor­
çaient
préparer le mortier; la paroisse entière se trou­
vait transformée en un grand atelier.
La religion est la base de l'instruction comme de
l'éducation de la jeunesse. Beaucoup d'élèves savent de
mèrent leur

de

mémoire
dans la
œuvres

catéchisme de trois cents pages, composé
langue wallisienne. C'est une des nombreuses
un

de MI!l' Bataillon.

supérieure dirigée par Ies
collège
cinquante élèves confiés il.
un missionnaire. Les plus intelligents apprennent le
latin, et parmi les latinistes on voit poindre les germes
d'un clergé indigène. Enfin, avec le secours du P. Rou­
daire, il a installé à Wallis une imprimerie qui rend les
Il

a

fondé à Law

sœurs, et

une

meilleurs services.

école

de cent

un

,

.

La conversion de! Wallisiens date de

quarante ans,
évangélique a métamorphosé ces sauvages
sanguinaires qui prenaient leur plaisir à se repaître de
chair humaine. Une première fois l'esprit du mal fut
vaincu et perdit l'empire qu'il exerçait sur les diverses
peuplades de l'île, mais il ne se découragea pas, et fit
de nouveaux efforts pour reconquérir sa funeste in­
fluence. II sut grouper un parti, lui susciter des chefs
ambitieux, résolus à détrôner le roi et à s'emparer du
pouvoir; ;n parvint à inspirer aux conjurés la haine de
la religion, qui condamne la révolte. En 1870, ces révo­
lutionnaires, excités par des étrangers impies, firent
et la lumière

�L'OCÉANIE

196

un appel

aux armes

pour

mais ils furent mis

en

renverser

déroute,

le gouvernement;
public fut

et l'ordre

promptement rétabli.
Les chefs et les hommes les

du pays
sont associés à des confréries, formées pour la défense
de la foi. Parmi eux, des zélateurs exercent une sorte

plus importants

d'apostolat par leurs prières, leurs conseils et leurs
exemples; à l'église ils veillent à la discipline, dans les
rues ils surveillent la jeunesse. Chaque trimestre ils se
réunissent au collège de Law, renouvellent leurs réso­
lutions, et délibèrent sur les décisions à prendre dans la
limite de leurs attributions. Ils correspondent avec les
associés de chaque paroisse qui travaillent de concert
avec eux, tiennent séance tous les mois, et prennent les
mesures locales les plus favorables au noble but qu'ils
poursuivent.
En 1877, Mgr Bataillon fit- construire une grande
église pour les élèves du collège de Law. Comme il s'a­

gissait d'un

établissement fondé pour toute l'île, chacun
aux travaux. Mais Sa Grandeur tomba

voulut concourir

malade; elle n'eut pas la consolation de voir,
monde, l'achèvement de sa dernière œuvre.
1

«

•••

De

l'église Saint-Joseph

de

Mua,

en

ce

où il avait

reçu les derniers sacrements devant tout le peuple
semblé, Monseigneur s'était fait transporter dans

as­
son

collège de Law. Quelques heures avant de mourir,
il s'aperçut que les ouvriers ne faisaient plus de bruit,
et il dit à l'un des chefs qui l'entouraient:
«
Je n'entends pas les coups de marteaux; est-ce
ne
travaille plus à l'église?
qu'on
«
Évêque, répondit l'indigène, nous craignions de
troubler vos derniers moments, et nous avons suspendu
cher

-

-

tout travail.
1

Lettre de Mgr

de la

Propagation

Elloy,
de la

successeur

foi.)

de Mgr Bataillon. (Bulletin 301

�L'OCÉANIE
«

Non, reprit

-

énergie

avec

le

197

prélat mourant,

ne

arrêtez pas. Je veux rendre le dernier soupir en
entendant ce marteau; il me fait tant de bien 1 Travail­
vous

lez,

mes

Par

�

enfants, c'est pour le bon Dieu 1 »
obéissance, les ouvriers recommencèrent le

tra­

vail et le bruit que Monseigneur voulait entendre jus­
qu'à sa dernière heure. Quand elle fut proche, il ordonna

qu'on

le

étendre

portât dehors,

il

expira
église, de

tions de

sous

ce

pierre,

pain.
vers

Là il

se

fit

l'église,

et

en vue

de cette

placé les dernières affec­
suprêmes sollicitudes de sa vie.
sous cet arbre, indiquera aux

où il avait

collège,

son cœur

Une

«

arbre à

sous un

natte, le visage tourné
les yeux des insulaires,

sur une

et les

élevée

peuples de Wallis que là est mort celui dont Dieu s'est
servi pour les appeler à son admirable lumière. »
Elloy raconte ensuite son entrée solennelle dans
l'église Saint-Joseph après la mort de son vénéré pré­
Mgr

décesseur.
«

C'est là que repose le premier missionnaire de
a choisi lui-même sa place. Sa

...

l'Océanie centrale. Il
tombe

a

été creusée là où s'élevait

pieds

son

trône. Son

les cendres de

ce

suc­

conquérant

cesseur a

sous ses

pacifique

dont il doit continuer l'œuvre. Dans

l'église

que je venais
remplacer leur père, et que, comme lui, je leur appar­
tiendrais à la vie et à la mort. J'étais vivement ému;
mon cœur

mon

:

je

dis à

ces

orphelins

émotion fut

cette belle

des

déborda

partagée par mon auditoire; tout, dans
journée, manifesta la foi, la piété, l'union

cœurs. »

Là où le catholicisme n'a pas
suivent en esclaves les:

digènes

de leur nature

corrompue:

pénétré, les in­
penchants désordonnés

encore

les liens de la famille sont à
.

peine respectés

et sont souvent rompus, les lois de l'hu-

manité sont foulées
est étouffée.

Là,

au

aux

pieds,

contraire,

la voix de la conscience

où la vérité

a

été annoncée

�POCÉJ\.NJE
et

les chefs commandent

acceptée,

obéissent

en

pères 1

les

sujets

enfants, attachés et soumis
à leurs parents, qui les chérissent, fréquentent les écoles
avec amour

i les

et s'élèvent pour servir Dieu. Les adultes surmontent
graduellement une indolence entretenue par le climat

énervant des

tropiques, veulent employer les outils en­
voyés d'Europe, défrichent les terres pour cultiver nos
fruits et nos légumes, entrent dans nos ateliers et s'a­
donnent

aux

arts manuels.

Tels sont les résultats obtenus à Wallis et aussi à

Futuna, où s'est accompli le martyre du p. Chanel.
En 1837, les habitants de celte île étaient encore l'effroi
des navigateurs. Ils aimaient tant la chair humaine,
qu'ils l'appelaient la nourriture des dieux j ils se figu­
raient que pour être agréable à ces divinités cruelles il
se livrer � des guerres d'extermination. Quand

fallait

les ennemis leur faisaient

défaut, ils

se

détruisaient les

les autres. Si le christianisme n'était pas venu
adoucir leurs mœurs, leur île eût été complètement dé­
uns

La

de

quatre mille âmes était des­
un village de trois cents
un
vieillard
seul
avait
habitants,
échappé au carnage.
Dans un autre, un chef se faisait servir, en un jour de
fête, les corps de quatorze hommes égorgésl Un autre
avait assassiné sa mère et partageait sa chair avec des
voisins. Une femme, qui étouffait son enfant et le broyait
ensuite à ses pieds 1 était considérée comme la gloire de
sa tribu 1 Ceux même qui ne pratiquent pas notre sainte
religion sont révoltés à la pensée de pareilles atrocités 1
tant le sens chrétien influe encore sur l'esprit de ceux
qui jouissent de ses lumières, tout en méconnaissant

peuplée.

population

cendue à huit cents. Dans

.

leur

source

1

Telles étaient les mœurs des habitants de Futuna
quand le P. Chanel vint leur apporter la bonne nouvelle.
Il était

parti d'Europe

avec

le p, Bataillon, qui avait

�L'OCÉANIÉ

débarqué

à

Wallis, c'est-à-dire

lement de Futuna. Les deux

quarante lieues seu­
religieux ignoraient la
les dangers auxquels ils

langue des indigènes, savaient
s'exposaient, et s'appuyaient sur
de

199

à

Dieu seul.

Pendant trois ans, le P. Chanel vécut de souffrances 1
privations; mais il fut toléré ct profita de ce temps

pour attirer à lui les indigènes par ses bontés. Ils l'en­
touraient volontiers, mais ne se convertissaient guère,

lorsqu'il survint un événement qui fit sensation. Le fils
du principal chef ouvrit les yeux à la lumière et de­
manda le baptême 1 A cette nouvelle, son père furieux
s'efforça de l'ébranler, n'y
de sa colère, il ordonna le
mettant le

réussit pas, et, dans l'excès
massacre du P. Chanel. En

cette île

rendue

célèbre, le
répandre
son sang pour la régénération des indigènes; il apprit
avec joie que sa prière était exaucée '. Après sa mort,

pied

sur

qu'il

a

saint missionnaire avait demandé à Dieu de

les conversions

succédèrent

rapidement; son sang
chrétiens, et l'île
de Futuna mérita le titre d'île des Saints, qui avait été
donné à l'Irlande dans les premiers siècles de l'Église.
L'archipel de Wallis est compris, comme nous l'avons
dit, dans le groupe des îles des Amis. La plus impor­
tante de ces îles se nomme Tongatabou; elle est le
siège d'un vicariat apostolique. Quand, il y a un siècle,
les insulaires virent pour la première fois un navire, ils
le prirent d'abord pour une île flottante, puis l'appe­
lèrent une planche du ciel.
Tongatabou, entouré d'environ quarante îlots, est situé
à peu près aux antipodes du centre de la France. C'est
un terrain plat, boisé, privé de sources jaillissantes, et
devint

1

se

comme une semence

Martyrisé

féconde de

pour la foi le 28 avril

1841,

le R. P. Chanel

déclaré vénérable par le souverain pontife

en

commencé le

Marie, six

martyrologe

de la société de

décembre

été

a

1857,

ans

Il

après

a
sa

fondation,

"

"

"

:'
1\,\

�L'OCÉANIE

200

cependant fertile;

il

des citronniers et des

produit

oran­

gers presque aussi gros que les noyers d'Europe, des
ananas pesant plusieurs livres, des figuiers, des coco­

tiers, des bananiers,

déjà parlé plus
donne

ses

etc. Le

d'une

fruits

au

bananier,

croît vite à

fois,

bout d'une année.

dont

nous avons

Tongatabou, et
Sa tige, haute

parfois de six à huit mètres, produit à son extrémité
une greffe de cent cinquaute à deux cents bananes nour­
rissantes et agréables au goût. La cueillette des bananes
fait mourir le bananier; on le coupe alors, et il jaillit de
son tronc plusieurs tiges qui le perpétuent. Ses feuilles,
longues d'un et même de deux mètres, servent de plats
et de

tables;

ses

fibres deviennent des fils solides et fins.

population de Tongatabou est de neuf mille âmes,
dit-on: quelques auteurs parlent de quinze mille. L'or­
gueil, la paresse et la débauche sont les vices les plus
répandus chez les insulaires. Ils sont tellement infatués
d'eux-mêmes, qu'à leurs yeux personne ne doit pré­
tendre à l'honneur de leur être comparé. Leur immora­
lité ne connaît pas de bornes, et s'attaque même à la
petite enfance. Quant à leur oisiveté, elle est poussée
à des excès inouïs. Couchés la plus grande partie du
temps, ils reculent devant tout travail, et le plus petit
effort leur est à charge. Quand on se rencontre, la for­
mule de politesse est celle-ci: Maloc mohe, c'est-à-dire:
La

courage

gien,

au

sommeil. Il n'est pas
une

venu

pour
passer la nuit chez

Cependant

ces

rare

de voir

un

Ton­

visite, s'étendre, s'endormir,

vous

et

..

sauvages

ne

ni d'une certaine

manquent ni d'intelligence

ils

ne sont même pas étran­
aptitude;
gers à toute idée poétique. Si des pirogues sont en par­
tance, ils accompagnent les voyageurs sur le rivage, et

chantent

avec

harmonie

ces

paroles mélancoliques:

Où vas-tu, jeune et imprudent oiseau? Pourquoi
te livrer au caprice des flots et des ondes trompeuses?
«

'ï,

,,1\

�L'OCÉANIE
Désormais tu
creux

larges

201

pourras plus étancher ta soif dans le
du bambou ou dans l'écorce du bananier. Les
ne

feuilles de cet arbre

ne

te défendront

plus

contre

les ardeurs du soleil ni contre les froids de la nuit. Si le
vent vient à

souffler,

tu

ne

les ailes de ta mère. Où

oiseau? où vas-tu?
Le caractère des

plus
tu, jeune

pourras

vas-

t'abriter
et

sous

imprudent

»

indigènes

bilité et de barbarie

:

est

un

ils aiment à

nombreux enfants et les élèvent

mélange

se

avec

de sensi­

voir entourés de
soin dans les pre­

mières années, pour les abandonner plus tard.
Le roi du pays dispose d'un pouvoir absolu. Sa

vo­

lonté seule tient lieu de loi. Les chefs

qui lui sont subor­
tyrannie du maître. S'ils tombent
gravement malades, des victimes humaines sont immo­

donnés imitent la

lées pour racheter leur vie; s'ils meurent, les femmes
versent des larmes de convenance, et se blessent les
mains ou le visage.
A la fin du siècle dernier, une partie notable de la
population se prit d'une passion de guerre poussée jus­
qu'à la frénésie. Les habitants de l'ouest, sans grief
sérieux, se ruèrent contre leurs compatriotes de l'est,
en tuèrent un certain nombre; puis, après avoir juré
qu'ils voulaient la paix, les assaillants massacrèrent
ceux qui venaient déposer les armes 1 Alors ce fut un
horrible carnage: les victimes, entrées dans les asiles

sacrés, furent immolées
fois les

comme

les autres. Une seconde

vainqueurs employèrent

la même ruse, pro­
hostilités, atti­

mirent solennellement la cessation des
rèrent les survivants

champ de bataille où leurs
voisins avaient été tués, et les égorgèrent à leur tour.
Après ces cruelles hécatombes survint la famine,
et

avec

elle

on

sur

le

vit renaître l'habitude ancienne de l'an­

thropophagie, qui dura quelque temps. Elle se prolongea
jusqu'à ce qu'un chef célèbre, appelé Takai eût imposé
,

9*

�L'PCÉANIE

202

le

tapou ;sur III chair humaine, déclarant ainsi que c'est

un

crime de s'en nourrir.
des ministres
1

En 1820

à

protestants pénétrèrent

Tonga,
imposèrent par la force le culte évangélique.
Ils voulurent fonder leur influence l'ur la crainte des
et

punitions corporelles
au

1

et

lieu de convaincre les

en

firent

un

intelligences

déplorable abus,
et d'agir par II!.

persuasion.
Telles étaient les
le P. Chevron

(de

mœurs

des

la société de

Tongiens lorsqu'en 1842
Marie) vint apporter aux
,

farouches insulaires les bienfaits du catholicisme, Que
préjugés n'eut-il pas à vaincre 1 que d'erreurs à rec­

de

tifier 1 que de calomnies à confondre 1 que de souffrances
supporter 1 Le missionnaire suivit le chemin de la

à

croix, puis

il obtint

sa

récompense

1

c'est-à -dire la

con­

des âmes

qu'il voulait gagner à la vérité. Les pro­
essayèrent d'entraver ses travaux, en inspirant
à un chef puissant la résolution de faire la guerre 8U4
néophytes; mais l'épreuve for Lifi a les généreuses dispo­
sitions des nouveaux chrétiens, et l'iniquité de la persé­
cution, discréditant les persécuteurs 1 décida la conver
sion d'un grand nombre de païens.

quête

testants

...

�CHAPITRE XI

Quelques îles autonomes.-Les Sandwich.- Lettre de Mgr Maigret,
Persécutions dirigées contre le catholi­
vicaire apostolique.
-

cisme par les ministres protestants venus d'Amérique.
La ville
Iles
Le roi Kalakoua et son gouvernement,
d'Honolulu.
W oordlac et Rook,
-

-

-

Découvertes de 1776 à 1779 par le
leur

a

donné le

nom

de son

capitaine Cook, qui

protecteur

1

et

a

été assassiné

les huit îles Sandwich

dans l'une d'elles

(Owhykoo),
(ou Hawaii) forment une partie notable de la _Poly�

nésie.
Le climat de cet

archipel est tempéré; jamais

de

froids très vifs ni de chaleurs excessives. Les arbres
sont
ses

toujours

ornés de

feuillages i chaque

saison donne

fruits. Les habitants n'ont à redouter ni les animaux

féroces ni les plantes vénéneuses. Ils sont relativement
doux, hospitaliers, parlent la même langue et obéissent
aux mêmes lois. Les communications d'une île il l'autre
sont

fréquentes, malgré

les

précipices

à

côtoyer
petit
royaume indigène comprenant environ quatre-vingt
mille habitants gouvernés par des souverains qui s'ef­
assez

et les nombreux torrents à traverser. Il y

a

là

un

forcent d'acclimater sucoessivement dans leurs États les

institutions de la civilisation
1

Le comte

Sandwich, premier

européenne.

lord de l'amirauté

Puissent- ils

anglaise.

�20�

L'OCÉANIE

oublier que le catholicisme est la base la
solide de tout progrès sérieux et durable 1
ne

jamais

La

capitale est

le vaste

bitants J, centre d'un

plus

port d'Honolulu ( dix mille ha­

commerce

dont

l'importance grandit

le temps. Elle est située dans Woahu, surnommé
le jardin des îles Sandwich à cause de sa fertilité.
avec

En

1820, des ministres protestants, protégés par l'An­

gleterre, s'étaient établis dans cet archipel et avaient
ne jamais permettre aux catholiques de péné­
trer dans ce qu'ils regardaient comme leur domaine ex­
clusif. Aussi, quand les religieux de Picpus arrivèrent.
à Honolulu (1827), ils furent persécutés de toutes fa­
çons, et quatre ans plus tard ils étaient expulsés de
leur humble demeure (14 décembre 1831 J, transportés
en Californie et jetés sur une côte déserte, au milieu des
ours, sans autres provisions que deux bouteilles d'eau.
Revenus aux îles Sandwich en 1837, ils en furent de
nouveau bannis
et -immédiatement après leur départ
un décret royal proscrivit à tout jamais du royaume
l'exercice du culte catholique. Cependant en 1840,
grâce à un traité conclu avec la France, ils purent enfin
se fixer dans l'archipel.
MBT Maigret vicaire apostolique des îles Sandwich,
résolu de

1

1

1

fait connaître les difficultés que les missionnaires
eurent encore à surmonter ( Lettre du 24 mai 1856 ).
nous

«

MBT Rouchouze, vicaire

...

orientale � vint à Sandwich
nombre

desquels

se

avec

apostolique
trois de

trouvait celui

de l'Océanie

prêtres, au
qui, malgré son indi­
ses

fut choisi

depuis pour être son successeur. Nous
arrivâmes sous des auspices bien défavorables; nous
ne connaissions pas la langue, nous étions peu nom­
breux, pauvres, sans livres, sans écoles, sans églises
sans appui, sans ressources. De plus, nous apparte­
nions à un pays pour lequel les naturels ne pouvaient
avoir qu'un souverain mépris; car, au dire de ceux qui
gnité,

1

�L'OCÉANIE
s'étaient

20ti

apprendre l'histoire et la géo­
graphie,
royaume misérable, peuplé
d'ignorants et de paresseux, où les regards ne ren­
contrent de toute part que les guenilles de l'indigence.
Je n'invente rien; je cite textuellement ce que j'ai lu
dans une des publications indigènes qui sont leurs or­
ganes. Ce n'est pas tout, on avait dépeint à ce peuple
notre religion sous des couleurs encore plus noires: c'était
une religion idolâtre, une religion de sang et de crime.
Depuis vingt ans, les horreurs prétendues du papisme
avaient fait le sujet ordinaire des prédications protes­
tantes. Nous étions donc signalés d'avance aux yeux
des insulaires comme tout ce qu'il y a de plus vil et de
plus odieux au monde.
« A notre
arrivée, il Y eut une explosion de colères;
bientôt le déchaînement devint général; c'était un feu

chargés

de leur

la France est

un

incessant d'invectives: dans toutes les directions et
tous les

points

de notre

sur

mer,
archipel,
temples, sur les places pu­
grands chemins, dans les livres, dans
sur

terre et

sur

dans les maisons et dans les

bliques et sur les
journaux, partout

les

Le mot d'ordre était:

éclataient le

point

de

sarcasme

papisme

aux

et l'insulte.

Sandwich t

guerre à outrance aux enfants de l'antéchrist 1 Tous
eeux qui se tourneront du côté- du pape seront regardés
comme

;des rebelles

et des traîtres j

leurs terres, on leur ôtera leurs
à la mendicité

on

les chassera de

places,

on

les réduira

...

«

L'hérésie

aux menaces.

ces

îles,

nos

ne

s'en est pas tenue

Nous

avons

vu,

églises brûlées,

nos

enfants entraînés de force

nos

chrétiens

sur

nos

blasphèmes et
plusieurs points de
aux

écoles renversées,
écoles

protestantes,
expulsés de leurs patrimoines, privés de
leurs emplois, voués à la flétrissure et emprisonnés
sous le moindre prétexte. On avait alors beau jeu contre
nous. La perte de notre vénérable évêque était devenue
aux

�L'OCËANIE

206

trop certaine, nous ne. pouvions plus compter sul' les
secours qu'il nous apportait i notre entrepreneur avait
laissé notre église de Honolulu inachevée, et l'on parlait
déjà, par dérision, d'en vendre les pierres à l'encan;
enfin notre état de détresse était si grand, que nos
amis eux-mêmes semblaient prêts à déserter notre
cause, et rougissaient déjà de se dire des nôtres. Par­
tout nos ennemis triomphaient. Pour achever de nous
abattre, leur tâche paraissait on ne peut plus facile i
ils avaient tout pour eux: des établissements sur les
divers points de l'archipel, des temples, des écoles 1

plusieurs presses qui

fonctionnaient

sans

cesse, des

livres, des journaux, l'appui du gouvernement, qui
faisait rien

sans

eux, des

secours

espèce qui leur venaient
daient-ils notre chute

pli, et
près
..

,

du

comme un

ne

abondants et de toute

dehors.

Aussi

fait à peu

près

regar­
accom­

la ruine entière du catholicisme devait suivre d€)
l)

Les ministres
nétré

aux

liques

furent

protestants d'Amérique qui avaient pé­

îles Sandwich

appliquaient aux sauvages f
les
retenir
dans
leurs
sectes, les procédés persé­
pour
cuteurs employés par les Anglais à Taïti, Les catho­
enchaînés,

conduits

aux

égouts publics,

et

forcés de les nettoyer. L'histoire redira qu'au milieu
du XIXO siècle, des hommes fiers du titre de ministre

évangélique, obligèrent les femmes elles-mêmes à ra
masser chaque jour, avec leurs mains, les immondices
d'une garnison. Ils espéraient ainsi les ramener à leurs
erreurs, et, comme ils n'y parvenaient pas, ils inven­
taient d'autres supplices. Les sauvages qui avaient le
bonheur d'être catholiques étaient battus, dit M. Mars
baIl (missions chrétiennes l, jetés en prison, accablés
de travaux, condamnés à mourir de faim, et ils res­
...

...

taient fidèles. Le mari d'une femme cruellement fouet ...
tée de verges, parce

qu'elle refusait

d'assister

aux

offices

�L'OCÉANIE

protestants, prononça

ces

207

paroles, dignes des premiers

confesseurs; « Avant d'être catholique, je n'aurais pas
hésité à venger ma femme par la mort de son bourreau j

tais, parce que je sais que les martyrs ne
poussaient pas une plainte lorsque leurs chairs étaient
déchirées en lambeaux, et qu'ils offraient leurs corps
mais je

me

flammes pour l'amour de Jésus-Christ. »
Les voies de Dieu sont heureusement bien différentes

aUJÇ

de celles des

hommes, et le maintien des missions aux
Sandwich, qui paraissait impossible à la sagesse hu­
maine, toujours courte par quelque endroit, s'est réalisé
au profit des âmes. Beaucoup de naturels
touchés des
beaux exemples donnés par leurs compatriotes j de­
mandèrent à être instruits, malgré les menaces des
ministres protestants; et quelques années plus tard
Mgr Maigret racontait les progrès de la vraie foi:
«
La petite ville d'Honolulu a maintenant le bon
heur de posséder un couvent, c'est-à-dire une maison
d'institutrices pour les jeunes personnes et d'infir­
mières pour nos pauvres. Les dix religieuses qui l'oc­
cupent ont reçu l'accueil le plus bienveillant de la part
des autorités et de toute la population. Le premier di­
manche après leur installation, notre église, qui a cent
quarante-sept pieds de long sur cinquante do large,
avec des tribunes tout autour, était de moitié trop petite,
,

...

...

tant la foule

accourue

était nombreuse.

dernière lettre, trois nouvelles églises
Depuis
ont été achevées et bénites dans notre mission. Ces hé­
ma

«

né dictions sont pour nos néophytes de grandes fêtes. Il
s'y manifeste toujours un mouvement favorable à la re­

ligion;

le courage de

férents

se

réveillent,

nos

les

chrétiens

se

ranime, les indif­
convertissent, les

pécheurs
réooncilient, de nouveaux catéchumènes se
déclarent, et le règne do Dieu s'agrandit. Au jour fixé
d'avance l'évêque arrive avec un certain nombre de
ennemis

se

,

se

�L'OCÉANIE

2GS

prêtres;

toute la

population

vient même des districts les
que le missionnaire peut
son

zèle,

en

prêchant,

les autres fonctions de
Parvenu à

l'âge

trente- huit années

des environs accourt. Il

plus éloignés,

se

en

et c'est alors

livrer à toute l'ardeur de

en

baptisant

son

ministère.

et

en

remplissant

»

de soixante-dix-huit ans, et après
d'apostolat dans les îles Sandwich,

Maigret administre son vaste diocèse avec une fé­
conde activité, que Dieu seul peut inspirer et soute­
nir. Vingt-sept missionnaires et quinze catéchistes le
secondent en imitant ses exemples; comme lui, plu­
sieurs sont très âgés, mais ils ne veulent pas se reposer
ici-bas: leur unique ambition, c'est de faire dubien, de
conquérir des âmes à la vérité, et de se préparer le bon­
heur du ciel. Suivant le conseil d'un moraliste chrétien,
ils travaillent comme s'ils ne devaient jamais mourir, et
ils vivent chaque jour comme s'ils devaient mourir le
Mgr

lendemain.
Une

aux missionnaires, pro­
les ouvrages d'instruction et

imprimerie, appartenant

page les livres de
de piété.

classe,

Vingt-quatre religieuses du Sacré-Cœur exercent leur
sur les jeunes filles d'Honolulu, et les
écoles de garçons se multiplient sous l'impulsion des
apôtres.
Chaque année, des conversions couronnent leurs travaux. Ils sont secondés par de vaillantes chrétiennes,
qui vont parfois de maison en maison pour exhorter les
brebis égarées à entrer dans le bercail.
Dans l'une de ces dernières années, plus de six cents
baptêmes ont sensiblement augmenté le groupe des ca­
tholiques. Ils sont maintenant plus de vingt-huit mille,
et forment à peu près la moitié de la population.
La race des indigènes s'éteint: là où Cook en avait
compté cent vingt-huit mille, il n'yen a plus que quasalutaire influence

-

�L'OCÉANIE

rante-quatre
on

gers,

mille. Si l'on

arrive

au

209

ajoute quatorze mille étran­
cinquante-huit mille, qui

chiffre de

représente le nombre des habitants de l'archipel
Depuis 1874, le roi de cet archipel se nomme Kala­
koua jeune prince estimé de tous à cause de la régula­
rité de sa conduite. Il est venu à Paris en 1881, et il
compte voyager en Europe pour étudier les institutions
civiles, politiques et religieuses. Il cherche les moyens
les plus sûrs de déterminer, en faveur de son petit
royaume, un courant d'immigration qui permette de
développer la prospérité publique, en exploitant les ri­
.

.

,

chesses industrielles et

agricoles

dont les îles Sandwich

sont

largement pourvues.
Dans les pages qui précèdent nous avons reproduit de
nombreux documents empruntés aux Annales de la
Propagation de la foi. Nous avons aimé à citer des
témoins impartiaux qui ont vu ce qu'ils racontent, et
des historiens véridiques qui ont horreur du mensonge.
Nous trouvons encore dans ce précieux recueil d'intéres­
sants détails sur les îles W oordlak ( Mélanésie) et Rook.
A Woordlak, les missionnaires ont été heureux de
rencontrer des indigènes mieux disposés qu'il n'était
permis de l'espérer.
-

«

P.

...

Nous- sommes contents de

Montrougier.

sont esclaves de

Ils sont

Satan,

nos

sauvages

1

dit le

doute, puisqu'ils
vicieux,
beaucoup moins que d'au­
sans

mais

peuples. La loi naturelle est bien obscurcie en eux
l'ignorance et la dépravation, mais elle n'est pas
complètement effacée; c'est un feu caché sous la cendre,
qu'un souffle de la grâce peut bientôt ranimer. Ils sont
meilleurs que nous n'osions l'imaginer surtout après

tres

par

1

avoir

vu

les habitants de la Nouvelle-Calédonie et de

San-Christoval. Tandis que partout ailleurs la guerre
est continuelle entre les diverses tribus 1 ici la

paix

et

l'union règnent entre les différents hameaux. Les indi-

�POCÉANIE

210

gènes

ont à

peine quelques

lances dont ils

battre, mais pour harponner

se

servent

1

les gros

pois­
peuplée; cependant les
familles sont assez agglomérées sur le même point, et
pour aller d'un village à l'autre les chemins sont pas­
sables. Nous pouvons les parcourir en toute sécurité,
sans être exposés à la moindre menace. Un jour cepen­
non

se

pour
L'île

sons.

ne

paraît

pas très

dant on nous en fit une, mais elle ne devait pas avoir
de fâcheux résultats. Des étrangers chez lesquels 'on

supposait, non sans jalousie, que nous pourrions fonder
quelque établissement, étaient venus dans un village
voisin du nôtre. Alors on s'empressa de nous prévenir
qu'il ne fallait pas aller chez eux, parce que, nous di­
sait-on, on nous tuerait. Par prudence, monseigneur
notre évêque nous défendit provisoirement de nous diri­
ger de leur côté. Nous respectâmes cette défense jusqu'à
plus amples informations. Gomme nos insulaires nous
repétaient toujours qu'on nous tuerait si nous allions au
loin, nous leur demandâmes en riant comment s'y pren­
draient les meurtriers. On nous répondit alors très sé­
rieusement que les assassins
haches ni de lances, qu'ils
et

nous

ne

se

nous

serviraient ni de

jetteraient

un

sort

feraient infailliblement mourir. Nous savions

désormais à
les

quoi nous en tenir : nous allâmes visiter
étrangers, et nous revînmes triomphants montrer. à

leurs ennemis que nous n'étions pas morts. Ils furent
obligés de se moquer avec nous des sorciers.

qui nous encourage le plus à Woordlak ce sont
enfants, leur grand nombre, leurs bonnes disposi­
tions et leur intelligence. Nous nous appliquons avec
ardeur à instruire la jeunesse et à préparer des caté­
chistes. Qui sait si plus tard il ne nous sera pas donné
de réaliser les désirs du saint-siège, en formant ici des
prêtres, et en naturalisant ainsi l'Église catholique dans
«

Ce

les

ces

contrées '1

,

�L'OCÉANIE
«

Deux

petits

traits

vous

feront aimer

2H
nos

sulaires. Un jour le P. Frémont rencontra
huit à dix

jeunes

un

in­

enfant de

répétant ce qu'il avait appris au caté­
chisme, expliquant à ses parents les œuvres de la créa­
tion. « C'est Jéhovah, disait-il, qui a fait le soleil; c'est
« Jéhovah
qui a fait la terre, la mer, les poissons, etc. »
Dans son énumération, il fit entrer jusqu'aux pirogues.
«
Mais, dit le Père, tu te trompes, ce sont les hommes
CI. qui ont fait les pirogues, ce n'est pas Jéhovah 1 » L'ob­
jection J'embarrassa i il se tut. Puis tout à coup, d'un
air radieux, il répondit: « Oui, mais c'est Jéhovah qui
$( a fait tous les arbres, et avec les arbres les hommes
a. font les
pirogues, »
«
UI). autre jour, le même Père, revenant d'un village
où il avait fait le catéchisme, 'Suivait à quelques pas un
petit enfant qui ne le savait pas si près de lui, et il l'en­
tendait répéter à demi-voix dans sa langue enfantine:
IJ. Il n'y a qu'un seul Jéhovah j Jéhovah est bon, beau,
q. riche. Il reçoit dans sa maison les hommes bons, et
tJ.
jette dans le feu les méchants. Pmu moi, je veux être
« bon, afin d'aller dans la maison de Jéhovah. »
«
Les indigènes admettent l'usage de la prière,
profess-ent la spiritualité de l'âme et son immortalité. »
L'île Rook, de forme ovale, compte environ vingt­
cinq lieues de circonférence. Placée à sept lieues de la
Nouvelle-Guinée, elle réunit toutes les richesses de vé­
gétation d'un terrain volcanique et d'une région inter­
tropicale.
«Cependant, dit le P. Villiers", on n'y éprouve pas
les excessives chaleurs que sa latitude pourrait faire
supposer. L'air y est sans cosse rafraîchi, tantôt par les
vents alisés tantôt par le mousson, qui souffle en sens
ans

1

...

,

inverse.
1 Le P. Villiers est missionaaire
Marie.

apostolique

de la société de

�L'OCEANIE

2f2

gracieux; mais
qu'on peut voir
de
Bon nombre d'arbres, dont quel­
d'excellents
fruits, atteignent des hau­
ques-uns portent
teurs considérables. L'arbre à pain, le cocotier, le pal­
mier avec ses noix d'arec, le kangarou dont l'amande
est très nourrissante, et le figuier sauvage s'y rencon­
trent en abondance. Une foule d'oiseaux: des pigeons,
par exemple, des tourterelles, des perroquets à la voix
criarde, des poules, des pintades, habitent les forêts. On
y trouve aussi une espèce de porc à petites oreilles avec
deux énormes déCunses, qui sortent en forme de crois­
«

les

L'ensemble de l'île est généralement

parties du sud et
plus magnifique

de l'est sont tout

ce

...

sant de la mâchoire inférieure. Sur les bords de la

mer

et dans les endroits

nuit' le

marécageux se montre pendant la
caïman, espèce de crocodile à la forme de lézard,

de la grosseur d'un homme, et fort redouté des indi­
gènes. Ils ont, à l'état de domesticité, de petits chiens

.

qui ne savent pas aboyer, et dont les cris ressemblent, à
s'y méprendre, aux longs gémissements d'une personne
en pleurs. D'un autre côté, il y a dans les bois des oi­
seaux qui imitent l'aboiement du chien.
« Les
indigènes nous ont paru nombreux; ils sont
robustes et d'une haute taille : leurs cheveux laineux,
frisés, sont courts et rasés sur le derrière de la tête. Ils
portent sus:eendus au cou, à la cloison du nez et aux
lobes des oreilles, des ornements en coquillage. Leur
peau lisse est d'un brun foncé. Une défiance excessive
Leurs armes sont:

constitue le fond de leur caractère

...

la lance, l'arc et la fronde. Leurs maisons sont
truites sur des pieux au bord de la mer. »
Le P. Mazzuconi 1 fait connaître la

langue

et les

cons­

cou­

tumes barbares des insulaires:

Leur idiome est pauvre

«

1

Le P. Mazzuconi,
de Milan.

gères

prêtre

de la

quant

au

nombre des idées

congrégation

des Missions étran­

�L'OCÉANIE

213

qu'il exprime; mais il reproduit ces idées de mille ma­
ni ères les plus diverses et les plus singulières. Les noms
des choses sont très nombreux, les verbes le sont moins.
Quoique nous ayons déj à recueilli' plus de neuf cents
noms, nous manquons encore des plus nécessaires.
« Nous sommes
obligés parfois de nous faire peintres.
Quand je suis à causer avec ces grands enfants des
questions les plus importantes, tout à coup ils m'inter­
rompent: « Père, nous voulons voir immédiatement com­
(/. ment est fait le cheval en
Europe, et puis le bœuf. »
Il faut alors que je prenne une baguette, et que sur le
sable je dessine un cheval et un bœuf de grandeur na­
turelle. Les sauvages en sont dans la stupéfaction, eux
qui ne connaissent pas d'animal plus gros que le san­
glier. Je dis plus gros, car il y a ici des serpents qui ont
jusqu'à sept mètres de longueur. Ce sont des visiteurs
peu agréables: deux fois nous les avons surpris tout
près de notre couchette.
«
Cependant ces dangereux reptiles ne sont pas ce
qui devrait nous effrayer le plus. Imaginez-vous une
race d'hommes dans le cœur desquels bouillonnent les
passions les plus impétueuses, et qui ne connaissent ni
loi, ni autorité, ni châtiment; où chacun peut tuer le
premier venu sans qu'il s'élève une seule voix pour lui
dire: « Tu as mal fait; » chez qui les pères et les mères
,

étouffent la moitié de leurs enfants

sans

montrer l'om­

bre du remords le

plus fugitif; figurez-vous cela, et vous
avec
comprendrez
quelle bonté Dieu nous traite, lors­
à
hommes des sentiments de respect
ces
qu'il inspire
pour nous, et même le désir de nous entendre.
« A
propos du meurtre des enfants, je veux vous
un

fait

ra­

qui m'impressionna bien dou loureusement
dans les premiers temps de notre séjour à Rook. Nous
avions appris que, dans une des cases les plus proches
de la nôtre, il y avait un nouveau-né. Nous demandâmes
conter

�..

L'OCÉANIE
avec

anxiété s'il allait

bien,

et tout le monde

dit afûrrnativement. Au bout de

répon­
quelques heures, 'nous
nous

n'étions pas

tranquilles, et nous sortîmes pour aller
peine dehors, nous rencontrâmes une personne
à laquelle nous demandâmes des nouvelles cie l'enfant.
« Il est
bien, dit-elle, mais enterré. » Nous ne savions
assez la langue, nous pensions n'avoir pas
encore
pas
« Comment
compris.
peut-il être bien et enterré? » On
nous répondit: « Regardez, voilà son père; il comble
la fosse 1 » Alors nous nous approchâmes du père: « Où
voir. A

est ton fils?
sa

Je l'ai enterré.

-

-

Qui l'a tué?

moi; ensuite je l'ai porté dehors, j'ai

mère et

le sable et

je

l'ai enterré: fait-on

Nous avions le

comme

si serré, que

C'est

-

cela

creusé
en

Eu­

rope?
pou­
vions pai parler. Plus tard, nous avons su que l'usage
était de tuer les premiers-nés. Après le premier-né on en
»

conserve un, on

suite,

tant

étouffe

qu'on

a

cœur

l'autre,

et

on

nous ne

continue ainsi de

de nouvelles naissances. En

sant que l'enfant était

voulait

bien, la femme que

nous

nous

di­

avions

apprendre que l'enfant, quoi­
que mort, n'avait pas de défaut de constitution. Quand
un père dit de son enfant: Je l'ai enterré, et non: je l'ai
tué, c'est pour se faire valoir, et donner à comprendre

questionnée

qu'à
ne

la différence de

les mange pas.

»

nous

son

voisin il inhume

ses

enfants et

�CHAPITRE XIl

Le capitaine de frégate Marceau;
rière i
nie.

son éducation; sa brillante car­
Il contribue à fonder la Société de l'Océa­
conversion.
Il commande l'Archc-d'Alliance (1844), qui tient la mer

sa

-

-

quarante-quatre mois
spécialement celles

et

Retour

de suite.
des

-

Il visite les îles de la

Navigateurs,

Polynésie,

de Wallis , de Futuna.

Résumé des
France et mort de Marceau.
du catholicisme en Océanie depuis un demi-siècle.
en

-

tes Européens qui sont allés

en

-

conquêtes

Océanie étaient loin

de

poursuivre le même but. Les uns y ont été amenés
par l'unique dessein d'exploiter à leur profit les richesses
du pays, d'y faire fortune, ou au moins d'y améliorer
leur position matérielle. Ainsi les colons s'y sont rendus
pour cultiver le sol, les industriels pour spéculer sur
ses produits, et les commerçants pour y vendre leurs
marchandises. Les autres n'ont eu qu'une ambition,
celle de servir les hommes au lieu de se servir d'eux,
d'éclairer les âmes et de travailler à leur vrai bonheur.
Tels sont les admirables missionnaires

qui

ont tout

sacrifié, bien-être, fortune, famille, patrie, pour répan­
dre la lumière et la civilisation chrétiennes. D'autres
enfin les ont secondés

catéchistes, comme reli­
gieuses vouées à l'enseignement et au soin des malades,
ou les ont aidés de leurs démarches, de leurs offrandes 1
de leurs exemples, de leurs prières, tout en suivant leur
carrière de colons, de négociants et de marins.
comme

�L'OCÉANIE

216

généreux chrétiens de

Parmi les

cette dernière caté­

a été écrite par
le
spécialement par fi. P. Maillet,
de la société de Marie: c'est le commandant Marceau. Cet

citerons

gorie,
plusieurs auteurs,

et

officier distingué

pris

nous en

a

un

une

dont la vie

part notable

à l'amélioration

indigènes i aussi nous
semble-t-il à propos d'en parler avec quelques détails.
Né en 1806 à Châteaudun, Auguste Marceau était
fils d'un sous- préfet et neveu d'un héroïque guerrier,
soldat à seize ans, général à vingt-deux, qui mourut en
combattant pour son pays (1796). Sa mère appartenait à
des

émigrants,

à la conversion des

...

noble famille de France.

une

l'État,
élèves

mis

en

contact

avec

Élevé dans

les écoles de

des maîtres

impies et des
incrédule. Après de

libertins, il devint lui-même
mathématiques, il était admis

fortes études

1824 à

en

l'École polytechnique, occupait le premier rang parmi
ses camarades, et entrait ensuite dans la marine. Mal­
gré son attrait pour l'armée de terre, il se décidait à
prendre'ce parti parce que sa famille avait perdu sa for­
tune, et que ses protecteurs croyaient apercevoir pour
lui, dans la carrière de la mer, de plus favorables hori­
zons.

première embarcation, il trouva moyen de se
distinguer. Il avait été envoyé, sur sa demande, en ex­
pédition à Madagascar. Là des soldats français, s'étant
Dès

sa

aventurés dans le pays, étaient tombés dans
cade et avaient dû se replier vers la flotte,

de l'ennemi. Aussitôt il constate le

et il

le feu

emploie la

la

pièces d'artillerie dont il dispose,
parmi ceux qu'il fallait repousser.
lui valait, à vingt-trois ans, la croix

les

terre que

possible

et il

ainsi l'effroi

jette

Cette action d'éclat

de la

embus­

sous

plus habile pour délivrer nos troupes. Il
les assaillants en écharpe, approche aussi près de

manœuvre

prend

péril,

une

Légion

d'honneur 1

Nommélieutenantdevaisseau, il avait été appelé à

com-

�L'OCÉANIE
mander le
se

217

de l'administration des postes , et,
rendant de Lorient à Toulon, il avait relâché à Gi­

paquebot

braltar. Là il voit

un

vaisseau

anglais, engagé

dans les

temps difficile. Plusieurs autres navires
à
appartenant l'Angleterre sont en rade; mais aucun n'ose
rochers par

aller

un

au secours

de celui

qui

va

périr.

Marceau n'hésite

pas; il lève l'ancre, se dirige vers le bâtiment dont la
situation semble désespérée, puis, au premier signal, il

agit avec tant d'adresse et
dégager, à le retirer de

le

de

vigueur, qu'il parvient

la côte et à le

ramener

à

à
sa

remorque dans le port. Le lendemain, un régiment an­
glais le rencontre dans les rues de Gibraltar j le colonel

reconnaît, et, sur un ordre émané de lui, chaq ue pe­
loton passant devant Marceau lui présente les armes
tandis que les officiers inclinent leurs épées pour hono­
rer son courageux dévouement. Un peu plus tard 1 l'An­
gleterre témoignait au ministre français des affaires
étrangères la gratitude du roi Guillaume et celle .de la
le

,

nation,
D'autres brillants faits d'armes et de sérieux travaux

scientifiques ajoutèrent à la renommée de Marceau et le
parmi les officiers d'avenir; mais ses suc­
cès augmentaient son orgueil, et son indifférence pour
firent ranger

le catholicisme devenait de l'hostilité. La perte du temps!
mollesse, les écarts de la conduite exerçaient de

la

tristes ravages dans

son âme. Dénigrant pour ses su­
dur
ses
subordonnés. il se rendait in­
périeurs,
pour
supportable, même à ses amis, par sa présomptueuse

fierté.

il

commençait à chercher Dieu, Il le de­
philosophie humaine, qui ne le lui donnait
pas. 11 fut séduit par les idées de Saint-Simon, le soi­
disant apôtre de la philanthropie: mais les adeptes de
Cependant

mandait â la

cet

homme tristement célèbre associaient à leurs théo­

ries des habitudes d'une licence effrénée. Le droit à la
10

�L'OCÊANIE

218

paresse et

aux mœurs

du programme, et

morales, cachées
nêteté naturelle

Malgré

ses

sous

se

les

quand

plus

dissolues étaient

au

fond

Marceau vit de telles misères

des dehors attrayants, son hon­
ses illusions s'évanouirent.

révolta et

désordres, il témoignait parfois de la

sol­

licitude pour la jeunesse, et mettait un certain zèle à la
préserver des écueils. Un jour, par exemple, se rendant
il .rencontre

de Toulon à

Paris,

ouvriers

allaient dans la

tune.

qui

Marceau leur montre

en diligence de jeunes
capitale pour tenter la for­
les dangers auxquels ils

s'exposer, les exhorte à retourner dans leur pays,
place pour les y décider. Cette bonne œuvre
fut bénie de Dieu, et valut des grâces de retour à celui
qui sut l'accomplir.
Vers 1840, un travail de rénovation chrétienne s'opéra
dans la marine. Plusieurs officiers de mérite, oublieux
de leurs devoirs religieux, revinrent à Dieu, et leur retour
fit sensation. Quelques amis conseillèrent alors à Mar­
ceau d'étudier le christianisme, qu'il ne connaissait pas.
H se rendit à leurs avis, tout à fait en harmonie avec
les aspirations de son âme. « Je me suppose, se disait-il
à cette époque, le plus heureux des hommes, le plus'
aimé des maris: hélas 1 un jour la mort viendra briser
mes liens, et les jouissances passées ne me procureront
que de plus amères douleurs. Il faut donc tâcher d'ac­
quérir les biens qui ne périssent pas. » Pénétré de cette
pensée, il se met à lire un ouvrage concis, offrant un
tableau lumineux et sommaire de la vérité religieuse :
c'est le Christ devant le siècle, par M. Roselly de
Lorgues. A Toulon, une bibliothèque catholique lui
offre la Demonstration évangélique de Mgr Duvoisins,
évêque de Nantes, livre rempli d'arguments solides,
propres à impressionner les incrédules. Peu à peu la
lumière et la foi pénètrent dans son esprit. Il annonce
ses nouvelles dispositions à un chrétien qui lui répond:
vont

et paye leur

�L'OCÊANIE
Cela

«

ne

suffit pas j il faut

soi-même.

219

prier, pratiquer

et

se

vaincre

»

première fois qu'il fit le signe de la croix, c'était
jardin j il était alors tellement dominé par le
respect humain, qu'il se hâte de regarder autour de lui
La

dans

son

pour voir s'il n'avait pas été aperçu. Quand il essaya
de prier, il se rappela qu'une médaille miraculeuse de la
sainte

Vierge

revenu

taire,

lui avait été donnée à

mourant du

Sénégal

et voulut désormais la

:

l'époque

il la sortit de

porter

sur

où il était
son

lui. A

secré­

partir

de

moment, il se sentit disposé aux pratiques religieuses j
mais il fallait arriver à la démarche décisive, c'est-à­
ce

dire à l'aveu de

ses fautes, fait au tribunal qui absout
coupables repentants. Un ami le conduisit à l'aumônier des bagnes de Toulon. A l'heure indiquée il se
rendit à l'église, se mit à la suite des femmes, et attendit
deux heures, agenouillé près du confessionnal. Quand
son tour fut venu: « Pourquoi, dit l'aumônier, ne m'a­
vez-vous pas fait avertir?- Mon père, répondit-il, il
ya dix-huit ans que Dieu m'attend avec patience, je
pouvais bien attendre deux heures! » Il versa sur ses
péchés des larmes abondantes, puis, quelques jours
plus tard, il s'approchait de la sainte table, et dans son
action de grâces il sentait son cœur pacifié, dilaté, déta­

les

r

ché de la terre.

Marceau avait trente-six
il devait mourir à

de belles

ans

quand

quarante-cinq j

en

il revint à Dieu j

neuf années il sut

et s'élever à

haute per­
assistance
Vigilance, prière, mortification,
quo­
tidienne à la messe, fréquentation des sacrements,

accomplir

œuvres

une

fection.

examen de conscience deux fois par jour, visite dans la
au Dieu de l'Eucharistie: tels furent les princi­

journée

paux .moyens qu'il employa pour monter
les sommets de la vertu.

rapidement

vers

A cette

époque,

les officiers avaient coutume de

se

�L'OCÉANIE

220

rendre à

afin d'éviter d'attirer

l'Église en bourgeois,

sur

l'attention. Marceau y va en uniforme, se met à
genoux sur le sol, comme les pauvres, y plisse des heures
entiëreâ; et s'il voit qu'on le regarde, il prolonge son
eux

oraison. Des

venaient

impies

parfois

dans le sanctuaire

pour essayer de tourner en ridicule le courageux néo­
phyte. Il ne s'en fâchait pas, et se contentait de dire:
«

J'ai été

comme

comme

moi 1

eux, que

peuvent-ils être bientôt

ne

»

Généreux

athlète,

deur. Pour vaincre

il combattait ses défauts

son

orgueil,

déclarait bien inférieur â certains

se

avec

ar­

il s'accusait souvent et

galériens réprouvés

par le monde. Il en citait un qui se confessait souvent
et ne se lassait pas de répéter: « Je suis heureux au

bagne; seulement mes chaînes ne sont pas assez lourdes.
Pourquoi les gardiens. he me maltraitent-ils pas?
Que je suis loin, ajoutait-il, de cette élévation de

-

sentiments 1

»

Un jour, il
de chanter à

s'aperçoit &lt;tue le respect humain l'empêche
l'église avec les fidèles: aussitôt. pour se

vaincre, il lance sa voix
remarqué de tous.
Il

s'applique

de manière à être entendu et

aux œuvres

de la miséricorde. Il

ne se

donhe pas à demi: il he dompte ni soli temps; ni sa
peine, ni son argent, et modère beaucoup ses dépenses
personnelles, afin de pouvoir augmenter la part des
pauvres, qu'il appelle ses frères et les privilëgiéë de
Dieu; il fonde plusieurs conférences de Saint- Vincent­

président

de- Paul; et devient
.de celle de Toulon. Il pro­
page Ill. dévotion réparatrice de la violation du dimanche,
et se fait inscrire parmi les premiers membres de l'Ado­

ration nocturne. Uhe sève merveilleuse circule dans
cœur,
ses

développe

défauts et

Naguère

en

ses

son

qualités naturelles, métamorphose

fait des vertus.

il était dur

envehi

ses

matolots; il devient

�221.

pour eux, l'pais il proscrit sévèrement le
et
le
blasphème. Quan4 le devoir le retient à
jurement
à
bord, l'heure de 1&amp; messe , il en récite 1€)!'1 prières sur

):lie�veinllnt

son

bâtiment.

Un jour, ses amis lui dirent: « Nous ne savons com­
ment tu t'y prends: ton équipage est toujours docile ,
quelles que soient les corvées dont il est chargé. Le nôtre
se

plaint, prie,

à le calmer.

entre

en

fureur,

et nous

Marceau répondit:

n'arrivons

S'uère

J'use d'un procédé
bien simple: quand mes hommes sont mécontents, je
vais passer � leur intention une heure ou deux devant
.Ie saint sacrement, et ensuite tout marche à merveille. »
Peu d'années après sa conversion, il ne se contentait
plus d'observer les préceptes de la religion H allait jllS­
qu'aux conseils. Il offrait, par exemple, pour orner un
»

«

,

autel de la sainte

Vierge, un bijou qu'il préférait à tous
pensait qu'il faut toujours donner à Dieu
ca que nous aimons le plus. Dans les difficultés et les
contradictipns, H remerciait le Seigneur de les avoir
permises. Il écrivait à un camarade : « Correspondre à
la volonté du Sauveur, c'est le secret du bonheur sur
la terre. » Il affectionnait les petites mortifications qui
développent le courage et combattent la nature à coups
d'épingle; c'est ainsi qu'il faisait généralement maigre
les mercredis, et que souvent il se privait, pendant toute
une saison, des fruits pour lesquels il avait le plus de
goût. Quand ces modestes offrandes se répètent souvent
et sous des formes variées, elles sont les signes d'une
les autres, Il

car, pour les intérêts de lléternité comme
du
temps, ce sont les petites économies qui
pour
font les grandes fortunes.

vertu

solide,

ceux

Il aimait la devise de sainte Thérèse: Ou
mourir.

au

ou

Chaque jour il in:voquait la grande sainte, pour
grâce de faire cette prière, sans crainte d�être

obtenir la

pris

souffrir,

mot,

�L'OCÊANIE

222

A

Toulon,

il est devenu le catéchiste des mousses, le

conseiller des matelots, le visiteur, le convertisseur des
forçats, l'âme des œuvres de charité, le centre des offi­

chrétiens; tous le regardent comme leur maître et
Chaque jour, et pour ainsi dire à chaque
pas, sans qu'il s'en doute, il fait du bien par son exemple
à ceux qui l'environnent. Marceau semblait n'avoir plus
qu'à persévérer dans sa nouvelle voie, sans que de nou­
ciers

leur modèle.

travaux dussent être

imposés à son zèle i mais la
avait autrement décidé; car c'est alors
qu'il fut appelé à devenir l'un des principaux fondateurs
de la société française de l'Océanie.
Cette société se proposait de conduire les religieux
dans les terres infidèles, de les seconder par un per­
sonnel chrétien, par le commerce, par l'industrie, et de
faciliter ainsi les progrès de la foi dans la cinquième
partie du monde. Elle n'a pas vécu longtemps, parce
que les difficultés financières, survenues à la suite de la
révolution de 1848, ne lui ont pas permis de poursuivre
le cours de ses généreux travaux : mais, pendant son
existence, ses six navires ont puissamment aidé l'œuvre
des missionnaires; elle a bien mérité de la religion, et
c'est à Marceau qu'il faut reporter la plus grande part
veaux

Providence

de

succès.

ses
«

en

Dans des démarches de toute sorte, dit M.

Aubineau,

Marceau fit admirer la maturité et la sagesse de son
jugement, la fermeté ,le calme de son esprit, sa patience
et

à

son

activité. Maître de lui

Dieu,

sans

pha
«

le

il

ne

prier.

décidait rien
La

toujours,

sans

magnanimité

de tous les

obstacles,

Le

bâtiment de la

premier

et

toujours

consulter
de

ses

son

soumis

Maître et

intentions triom­

et l'œuvre fut constituée.

société, appelé

l'Arche­

d'Alliance, fut commandé par Marceau. II prit la mer en
1845, et la tint quarante-quatre mois de suite. C'est la

plus longue

campagne

qui

soit citée dans les annales de

�L'OCÉAN1E1
la marine. N'est-ce pas

une

223

consolation de trouver à

de zèle et de

religion plus de persévérance et de
hardiesse qu'à l'esprit d'aventure, de curiosité et de
lucre? Le voyage de l'Arche-d'Alliance fut magnifique,
et peut être cité comme une merveille du XIXO siècle. La
bénédiction de Dieu fut partout sur le navire; elle éclata
en mille circonstances. La discipline du bord était excel­
lente, et la piété de l'équipage admirable 1. Partout le
capitaine se montra à la hauteur de sa mission. Il rendit
à l'Église de grands services, et ses exemples répan­
dirent, dans les contrées lointaines qu'il parcourut, une
l'esprit

édification extraordinaire
«

On

ne

pendant
mort.

...

peut pas l'avoir connu, l'avoir aimé et admiré
vie, sans être porté à le vénérer après sa

sa

»

Un coup d'œil rapide, jeté sur quelques-unes des nom­
breuses stations où séjourna Marceau, donnera une
idée de
tout

déjà

son

influence, des bienfaits qu'il répandit

passage, et complétera
dit des îles de la Polynésie.
sur son

Le P. Maillet,

son

l 'Arche-d'Alliance

a

îles de

biographe,

ce

que

fait de la

par­

nous avons

Polynésie,

que

attrayant tableau: « Les
s'élèvent dujsein des flots, sem­

visitée,

un

l'Océanie, dit-il,
oasis, toutes parées de verdure et
de fraîcheur, comme si elles naissaient à peine des mains
de Dieu. Quelques unes sont si belles, leur luxuriante
végétation contraste si bien avec la stérilité mouvante
et monotone de la mer qui les baigne, qu'on les. croirait
des parcelles du firmament, semées par le Créateur,
ainsi que des rubis, des émeraudes, des perles aux
mille couleurs, sur le manteau du roi des océans. »

blables à de riantes

-

1 Le commandant communie tous les
jours, accompagné plu­
sieurs fois la semaine à la sainte table par le lieutenant, le docteur,
plusieurs passagers et des matelots, qui portent le scapulaire et
la médaille miraculeuse.

�L'OCÉANIE

224

Mais, hélas 1
forment

un

ces

ravissantes

douloureux contraste

tants. Marceau veut leur

modèle,

tiens,

étaler

Dans
ceau

nature

les vices des habi­

porler les exemples d'un équi­

ce que sont les vrais chré­
des
yeux
indigènes des trésors de
afin de les attirer à la lumière et à la vérité.

page

dévouement,

beautés de la
avec

leur montrer

aux

l'archipel

de Samoa

visite surtout Tutu

Là il doit lutter contre

'des

Navigateurs, Mar­
IlIa; Upolu et Savaï ou Pola.
les calomnies et les préjugés
ou

-

contre le catholicisme par les protestants, et
il combat avec succès. Les chefs se laissent peu à peu

répandus

gagner par ses allures dignes, franches et pleines de
charité. Il les invite à dîner à son bord; c'est la pre­

qu'ils mangent avec des Européens; ils sont
qui leur est fait, et retournent
dans leurs cabanes en disant et en chantant qu'ils veu­
lent être catholiques.
Marceau les ravit en acceptant chez eux la boisson
rafraîchissante, stomachique, appelée kava, qui joue un
mière fois

émerveillés de l'honneur

si

grand

rôle dans les relations de

Le kava

se

distribue

avec

fabrique

d'une

façon

pays barbares.

ces

très

primitive

et

se

solennité. Les invités réunis forment

un

l'amphytrion. C'est sous leurs yeux que
liqueur si estimée. Quelques jeunes filles,

cercle autour de

se prépare la
après avoir rincé leur bouche, broient

avec

d'une éblouissante blancheur la racine

chée,

de l'arbre à l'aide

ment étanchée.

triturée, elle

duquel

la soif

des dents

dure, dessé­

sera

prochaine­

Quand cette racine paraît suffisamment

déposée dans un grand vase de bois et
chef,
qui décide si la quantité est suffi­
présentée
sante; on la mélange ensuite à l'eau, puis on enlève,
avec une poignée de filasse, les parties de racines qui
n'ont pas été dissoutes, et on procède à la distribution.
pne des jeunes ûlles remplit la coupe faite d'une noix
de coco, et la présente au chef, qui l'accepte ou la cède
au

est

�4 celui qu'[l

veut honoren. Le maître 4e� cérémonies
successivement le nom des [nvités auxquels
III tasse doit être offert� ; le convive proclamé hat trois
fOl!! des mains et vide la coupe avec lenteur,
Marceau sfl prête aimablement aux désirs des [qdi­
gènes, et accueille les enfants avec une grâce f3t pne
bonté qui désarment les hostilités et [ui gagnent les

prononce

cœurs.

plaindre lui disait un indigène
qui voulai] faire allusion aux sectes protestantes I10us
lj.\'qPii! ëté trompés sur la religion; mais nOUI:l ne nq�s
scmmes pas lassés, et aujourd'hui que nous savons
avoir rencontré III vérité, nous l'embrasserons f'lt nous
nOlIS dqnnerona tout entiers à elle. )l
A Wallis ou Uvéa Marceau trouve plus 4� quatre
mille habitants dont la .physionomie diffère peu de celle
des Européens. Leur figure est basanëe de longs che­
veux flqtten] sur leurs épaules ou sont crépés autour do
leur tête, f}t figurent une sorte de turban; leur carac­
tère est enjoué; ils aiment la musique, les concerts
nocturnes: [ls chantent en se promenant ce refrejn H�
l� reconnaissance :
� Amitié �UJ}: missionnairea i ce sont nos pères et l'los,
pilotes: ils conduisent notre pirogue au ciel 1 »
Ils possèdent trois, églises, consacrées à sain] Joseph,
� sain] Pierre et à Notre-Dame de Bonna-Espérapce,
Une Ilj.mpe brûle �our �� IJ.].ljt dans chaque �anptm�ire.
Si le vent souffla, une femme veille avec Hn tjson pour
rallumer JIl flamme qui viendrait à s'éteindne.
A Futuna, � '4rche-�'411iance put constater phe� l�s
indigènes une heureuse transformation : autrefois leur
cr.l1a�té [es rep.rt1'lit redoutables aux navigateurs; matp­
tenant que le p. Chanel a ofïerf sa Vl� PQllf IplF conver­
sion, la foi a triomphé de ces caractères répqWs jn�
domptables, A l'époque �q Marceau passe dans !'ile 1
f&lt; Nous sommes à

,

,

,

,

,

1

10'"

�L'OCÉANIE

226

plus

connaît pas un scandale dans
de .mille âmes. Le tombeau du

Une

église

on ne

été bâtie

a

au

population de
martyr est vénéré.
une

lieu même où il

a

versé

son

sang; elle s'est élevée avec le concours de ses quatre
assassins. Le temple renferme la place de sa maison, et,
au

lieu

précis

où il

ornée d'une

croix,

fidèles renouvelle
Rien de

&amp;:

ter

aux

Tous

a

été

chaque

touchant, dit

exercices

s'y rendent i

frappé, on
de fleurs,

couronne

on

Y

grande
piété des

une

que la

dimanche.
le P.

Maillet,

comme

d'assis­

dimanche, à Futuna.
même
les petits enfants
apporte
viennent assez souvent à l'église

religieux

et les malades: ceux-ci

voit

du

pour recevoir les derniers sacrements. Les hommes sont
placés à droite de l'autel, les femmes à gauche. Des

surveillants,

en

blouses et

en

pantalons

blancs bordés

d'un ruban rouge avec une croix de même couleur sur
la poitrine, maintiennent l'ordre dans l'assemblée i tout
se passe convenablement. Les pratiques qui entretien­
nent la piété dans les paroisses de France dont connues

et suivies à Futuna i les sacrements y sont fréquentés
avec édification. Dans chaque vallée, des catéchistes,

hommes et

femmes, président aux prières de chaque
répéter les éléments de la doctrine chré­

et font

jour,

tienne.
«

A

âmes,

que la foi pénètre plus avant dans les
elle efface sur les physionomies les vestiges de
mesure

barbarie, et le voyageur qui visite cette île,
est agréablement surpris de trouver
redoutée,
jadis
chez les Futuniens, et surtout chez les jeunes gens,
tant d'aisance, d'affabilité, de bonne grâce. L'heureuse
influence de la religion vivifie la société futunienne
l'ancienne
si

différents aspects i la population s'accroît
les liens de la famille, presque
inconnus auparavant, se resserrent; peu à peu l'esprit
sous

tous

d'une

ses

façon sensible;

chrétien la

pénètre

et y établit

ces

doux

rapports dont

�L'OCÉANIE

2�1

[ouissent les populations de l'Europe catholique, sans
se douter qu'elles en sont redevables à la loi de Jésus­
Christ. Des censeurs publics sont établis à Futuna,
pour veiller à ce que rien ne se fasse contre les lois de
Dieu, contre celles du pays et contre les bonnes mœurs.
Leur devoir est de faire des rondes
trouvent

quelque délinquant,

pendant

la nuit. S'ils

ils le dénoncent le di­

manche suivant à l'assemblée des chefs, et ceux-ci

manquent point d'infliger

au

ne

pénitence
coupable
électifs; ils doivent
une

salutaire. Les chefs futuniens sont

fréquemment convoquer l'assemblée des anciens,
peuvent agir contre leurs décisions. »
Le christianisme

a

ne

tellement détruit les habitudes de

que les capitaines ne craignent
les
marchandises
de
leur
livrer
pour faire les échan­
pas
et
s'entretiennent
eux-mêmes, à l'écart avec le mis­
ges,

rapacité

des

et

naturels,

opération. Les hommes de
l 'Arche-d'Alliance avaient perdu deux hameçons durant
le séjour de Marceau; les indigènes qui les trouvèrent
sionnaire, pendant

s'empressèrent

cette

de les porter d'eux-mêmes

au comman­

dant. Des voyageurs étant arrivés à Futuna, les vents
s'étaient opposés à ce qu'on transportât par mer leurs
effets et' leurs

à la station

catholique de Ko­
lopelu, où ils se rendaient. Un missionnaire appelle une
troupe d'insulaires : il plie en paquets qu'il ne ferme
pas tout ce qui devait être emporté, les livre à l'un, à
l'autre, sans s'inquiéter de ce qu'il donne et à qui il
donne. Les commissionnaires partent, traversent forêts,
montagnes, seuls ou en compagnie, arrivent successive­
ment et déposent leurs fardeaux. Il ne manquait pas
une obole. En quel lieu du monde pourrait-on agir de
provisions

même?
A

Wallis, Marceau

eut à défendre les

vellement convertis contre des

Européens

se

indigènes nou­
critiques exagérées. Les

plaignaient d'eux,

et auraient vculu les

�L'OCÊANIE

228

désintéressés, parce qu'ils avaient reçu
Vous êtes trop sévères à leur égard,
disait il; vous êtes étonnés de ce que ces hommes, hier
encore anthropophages, ne soient pas des anges aujour­
trouver très

le

baptême,

demandez trop. Songez donc au de­
d'abrutissement où ils étaient tombés. Autrefois ils

d'hui:

gré

vous

leur

en

auraient massacrés; maintenant ils croient faire
héroïque en se bornant à se montrer un

nous
un

«

acte presque

peu exigeants dans leurs salaires et à faire payer cher
leurs services. » Le P. Maillet dit à ce sujet: « La pa­

tience est

mier fait attendre

première qualité du zèle. Le pal­
ses fruits quinze à vingt ans; mais

ensuite il

pendant

peut-être
en

produisent

donne

dès les

viennent stériles.

Sydney, le
prend que des
A

la

premières apnées,

neur

anglais

ville,

en

et bientôt ils de­

»

commandant de l'Arche-d'Alliance ap­
habitants avaient enlevé des

indigènes

d'esclaves. Le gouver­
avait ordonné leur mise en liberté, sans

d'Helgan pour s'en servir
leur donner

des siècles. D'autres arbres

aucun

comme

secours; ils erraient

mendiant et

en

çà

et là dans la

souffrant de la misère. Marceau

prend pitié de leur dénuement, fait publier qu'il les
ramènera gratuitement dans leur patrie, et sa charité
produit de merveilleux effets sur leur esprit et sur celui
de leurs compatriotes.
Le3 maristes avaient dû s'éloigner de la Nouvelle-Ca­
lédonie, à cause de la férocité des habitants; mais ils y
avaientlaisséun petit troupeau de néophytes, et désiraient
afin de les fortifier par leur ministère
épargnés, ou 'par leur martyre s'ils allaient

retourner à eux,

s'ils étaient

à Dieu. Parmi les

nouveaux

chrétiens de Calédonie

on

cite '!!in enfant de neuf ans, fils d'un chef important, qui
« Si l'on tue les missionnaires et que l'on veuille

disait:

m'épargner, j'irai me jeter
qu'on m'ait reconnu; car je

au

milieu des flèches avant

veux

mourir

avec eux.

li

�L'OCÉ4.NIE

229

U� homme J:iphe du pay� �Yllit :VH sefl paseiil qfûl�e� et
plantations détruites, li. !!�ll$� du q�vRU�WI:mt Qll'U

ses

avai] t�IllQigné aux missionnaires. Après hmr départ, il
s'était fait apôtre, répandant I'instruction annonçant
la bonne nouvelle, exhortant les malades, baptisant les
moribonds et construisant des églises.
li s'agissait Ile rapprocher les missionnaires de CI3S
,

âmes d'élite, L'Arche-à'A.lliance n'hésita pas 4 rendre ce
nouveau

mois

service, quoiqu'il prolongeât ainsi de plusieurs

�aIDP&amp;gQe périlleuse , qui �Yl!it déj� dépassé
ordinaires. On ne trouva pas en Nouvelle­
Calédonie de point propice à un établissement i mais
1 'Arche-d'Allianp� fit voile pour A.nnatou�, la dernière
une

les limites

Nouvellee-Hébrides 'vees

des

le sud, et y

déposa les mis­

sionnaires. Pa là ils purent se mettre en relations avec
leurs néophytes, les soutenir et les éclairer,
Marceau revipt en France, toujours désireux de pro­
pager la vérité, plus pénétré que jamais de l'esprit de
sacrifice et d'abnégation. La ruine de Iii société de IlO·
céanie fut pour.

son

dévouement

une

rude

épr.euve; mais

elle n'eut pas le triste pouvoir. de le décourager. Bientôt
il prit Iii résolution d'embrasser l'état ecclésiastique,

maristes; mais au -dessus
généreux
plaça le ferme propos de
s'abandonner. entièrement � Dieu pour le présent et pOUIl
l'avenie, Il se rappelait la parole de saint François
de Sales : II. La perfection consiste à marcher en la
présence du Seigneur, et à être soumis en tout à sa
puis

de

d'entrer

volonté.
de

au

noviciat des
dessein il

ce

»

Ainsi, en peu d'années il avait amassé un riche trésor
mérites, et il était parvenu au sommet de la vie spi­

rituelle. Dieu le trouva mûr pour le ciel. Il lui envoya
l'ange de la bonne mort, qui l'introduisit dans la vraie vie

(1er
les

février

1801). Son
plus méritoires, à

rattache, par ses cêtés
celle de l'Océanie, qui doit con-

histoire

se

�L'OCÉANIE

230

à Marceau

server

l'inscrire
Nous

au

venons

événements

un

rang de

souvenir de

ses

reconnaissance,

et

bienfaiteurs.

d'esquisser plusieurs des principaux
dans cette cinquième partie du

survenus

monde. Avant de terminer notre
les faits les

étude,

nous

devons ré­

saillants

plus
accomplis, grâce au
catholicisme, depuis environ un demi-siècle, et qui ont
profondément modifié la physionomie morale de l'O­
sumer

céanie.

1825, l'Église envoyait d'ans plusieurs îles de la
Picpus (fondés par
partie
le R. P. Condren), et des chrétientés florissantes furent
Dès

orientale les missionnaires de

créées dans les îles Gambier at Sandwich.

Depuis 1836,

la

partie

occidentale

a

été

évangélisée

par les pères maristes. Comme les picpuciens, il ont
rencontré les obstacles, les dangers, les privations, et
ont

de douloureux sacrifices à supporter. Six de
religieux ont été massacrés par les sauvages j cinq

eu

leurs

disparu, noyés, tués et peut-être mangés par les in­
digènes 1 mais aucune épreuve n'a pu ébranler leur cou­

ont

rage, et les bénédictions descendues sur leurs travaux
proportionnées à la générosité avec laquelle ils

ont été

les ont continués. Le nombre des chrétiens s'est

prodi­
plus de cent ma­
ristes entretiennent et développent le règne de la vérité
en Océanie. Fondateurs de nombreuses écoles, ils sui­
vent les constantes traditions du catholicisme, et mon­
trent aux esprits impartiaux qu'il est non seulement le
gieusement multiplié,

foyer

des vérités

et maintenant

religieuses,

mais aussi le propagateur

de toutes les autres lumières. Secondés par de zélés
catéchistes, par les petits frères de Marie, par les reli­

gieuses de Notre-Dame des Missions, etc., ils forment
les populations aux mœurs chrétiennes et à l'amour du
travail.
En

Nouvelle-Calédonie,

un

établissement de trap-

�L'OCÉANIE

231

pistes donne aux condamnés et aux indigènes le salu­
taire exemple d'une vie partagée entre la culture de la
terre et la prière.
Il reste beaucoup à faire dans les îles de la' Mélanésie
et de la Micronésie, encore plongées dans les ténèbres
de l'idolâtrie. Cependant déjà de généreux efforts ont été
tentés pour leur conversion. Mgr Épalle est ,venu dans
l'île Isabelle ( archipel Salomon), et a été martyrisé par

les
de

indigènes. Son
quelques mois,

combé

les

sous

successeur

ne

et deux autres

cou ps

lui

a

survécu que
ont

religieux

suc­

des féroces insulaires de San­

Christoval, pendant que leurs compagnons étaient mois­
sonnés par la fièvre ou par la chaleur accablante du
climat.
Plus tard, les prêtres de la société des missions étran­
gères de Milan allaient à ces indigènes, et rencontraient,
comme leurs prédécesseurs, le martyre ou la mort au
milieu de ces redoutables barbares. Mais
cessé de vouloir les

l'Église

1881 elle

n'a pas
chargé de

éclairer,
importante tâche les missionnaires du Sacré-Cœur
d'Issoudun. Le champ qu'ils ont à défricher compte
plus de douze cents lieues carrées; il est situé à sept
mille lieues de la mère patrie.
Partout les apôtres de la vérité ont trouvé sur leur
chemin les vices, et trop souvent la cruauté des habi­
et

en

a

cette

tants.

Là où le

les avait devancés

protestantisme

protection

et le

naires ont

eu

secours

des

à lutter contre

colonisateurs, les
une hostilité plus

avec

la

mission­
ou

moins

perfide. Après avoir obtenu par la
contrainte la conversion extérieure de certaines tribus,
déguisée

et souvent

l'hérésie leur avait
lait

empêcher

imposé

un

joug odieux,

et elle

l'établissement des véritables

dont les vertus et les

œuvres

de tous 1 les

et

passions

vou­

apôtres,

condamnaient, aux regards
l'égoïsme de ses ministres.

�L'QCÉArHl)':

232

Les obstacles suscités par les protestants ont été &lt;Hftl­
cites à surmonter; mais le temps, la patience, la grâce
de Dieu en ont fait justice.

Enfin:

les

propagateurs de la vérité comptent parmi

leurs ennemis certains fonctionnaires
trouvent la vie des

trop incommode,

européens, qui
religieux trop austère, leur doctrine

et s'efforcent de les

calomnier pour

diminuer leur crédit. Ils les accusent de chercher dans
les

fatigues de leur ministère la satisfaction de leurs in­
matériels, eux qui ont tout quitté pour se dévouer
aux âmes 1 Ils leur reprochent d'entraver l'action du pou­
voir temporel, à eux qui donnent l'exemple de la sou­
mission aux lois civiles, et qui ont une seule ambition,
celle de prêcher librement le catholicisme. Ils les blâment
encore de favoriser l'oisiveté, tandis que leurs paroles et
leurs exemples recommandent sans cesse le travail. Se­
lon la doctrine dont ils sont les apôtres, tous sont obli­
gés de travailler: les pauvres, parce qu'ils doivent ga­
gner le pain de chaque jour; les riches, parce qu'ayant
réçu d'avance leur salaire, ils sont comptables envers
Dieu de l'utile emploi de leur vie. Mais, pour justifier les
missionnaires, il n'est pas besoin de plaider leur cause:
il suffit de montrer leurs œuvres. Quand on fait de leur
vie un examen impartial, on comprend vite l'odieuse
iniquité de ceux qui ont voulu en ternir l'éclat. Comme
le soleil, leur vertu dissipe les nuages amoncelés par
les préjugés et par la mauvaise foi.
Deux chiffres éloquents résument les progrès des mis­
sions d'Océanie depuis trente- huit ans. En 1840, elles
s'adressaient à quarante-six mille cinq cents catholiques;
en 1878, elles en comptaient cinq cent soixante-dix-sept
mille. A la première date, le clergé se composait de trois
évêques et de cinquante-neuf prêtres; à la seconde, on
trouve vingt-deux évêchés et cinq cent dix apôtres. Ces
chiffres ont sensiblement augmenté depuis quatre ans,
térets

�L'OCÉANIE

233

comprennent pas les colonies espagnoles, où les
enfants de l'Église se comptent par millions.
Ainsi le catholicisme, cet impérissable foyer de lu­
et ils

ne

mière et de

civilisation, ajoute toujours à ses bienfai­
conquêtes; il multiplie ses écoles, ses séminaires,
ses couvents, ses hôpitaux. S'il survient une tempête, il
ne se décourage pas; après l'orage ses œuvres se relè­
vent plus fortes qu'avant l'épreuve, et ses religieux, en
propageant la- vérité, acquièrent à l'Église de nouveaux
santes

titres à la reconnaissance de l'humanité.

FIN

�TABLE

PRÉFAGE.

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

5

CHAPITRE 1
Ses premiers explorateurs j
puissances européennes ont
fondé dans cette cinquième partie du monde des colonies plus
ou moins importantes: ce sont l'Espagne, le Portugal, la Hol­
Les États-Unis
lande, l'Angleterre, l'Allemagne et la France.
commencent à y pénétrer.
Situation agricole, industrielle, com­
9
merciale de certaines parties du pays..

Notions
son

géographiques

climat j

ses

sur

l'Océanie.

habitants.

-

-

Six

-

-

•

•

•

•

•

•

.

.

CHAPITRE Il

Groupe espagnol: les Carolines et les Mariannes, peu importantes;
les Philippines, d'une valeur considérable; Manille, capitale,
Dévouement et suc­
fortifications; gouvernement paternel.
religieux jésuites, franciscains, dominicains et augus­
tins.
Quatre millions de catholiques répartis dans cinq dio­
cèses.
Piété, respect du dimanche, culte de la très sainte
ses

-

cès des
-

-

Pouvoir absolu des chefs mi­
Vierge, processions solennelles.
tigé par des institutions municipales où l'élection joue un rôle
sérieux.
Les rois d'Espagne ont donné aux indigènes un dé­
fenseur spécial appelé le Protecteur des Indes.
Ils trouvent leur
meilleur appui dans la sollicitude des religieux placés à la tête
de leurs paroisses.
18
-

-

-

••••.•••••.••.

�236

TABLE

CHAPITRE III
Colonies hollandaises.

sous la dépen
superficie de Bornéo
La Nouvelle-Guinée, la plus grande
dépasse celle de la France.
île du monde.v=- Sumatra, avec sa population de quatre millions
d'âmes.
Célèbes, l'île la plus importante des Moluques.- Java,
la première des colonies hollandaises.
Caractère et coutumes

dance

Seize millions d'habitants

-

la suzeraineté de la Hollande.

ou

La

-

-

-

-

des Javanais.
van

Batavia.

-

der Bosch.

au

général

comte

Château et parc de Buitenzorg.
Cavernes
bâtit ses nids.
Organisation administrative

-

-

où la
et

Améliorations dues

-

salangana
judiciaire.
Dépravation
-

part des fonctionnaires.

-

-

Abus
indigènes.
régent de Bandoug.

des

Le

tolérés de la

-

.

.

•

.

32"

CHAPITRE IV
Colonies

anglaises":

Van Diemen

Nouvelle-Zélande.
distinctes.

-

-

ou

Population j

Tasmanie.
mœurs

j

Gouvernement constitutionnel.

Wellington, Auckland,

Dunedin.-

Progrès

Cfl4PITfl.E

Hobart-Town.­

-

religion.
-

-

Deux

races

Trois diocèses

du catholicisme.

:

48

V

L'Australie, la plus importante des colonies anglaises.-Montagnes;
fleuves j climat.
Curiosités du règne animal: chien sauvage,
kanguroo, opossum, ornithorynque, etc.
Cinq catégories d'oi­
Richesses et variétés
",eaUX.
Casoar, orseau -Iyre pélican.
-

-

-

-

,

4e� vé�ét�Hx, des sources minérales
Extérieur, caractère, coutumes et

-

Condition

pitoyable de

la femme.

-

,

des

gisements métalliques,
indigènes.­

croyances des

Elle doit à

ocp]ll{e dans les sociétés

l'Évangile

le rang

Dialectes flexibles
chrétiennes,
et sonores des Australiens
Leurs armes et leurs ôutils,
La
CPIfS!l\'l et la pêche constituent leurs pri�cipale� ressources alimen­
taires, Médecine du p,ogliq 0)1 sR�cier: Culte des morts. 118

q)l'Elll�

-

-

-

-

-

�tABLE:

237

CHAPITRE VI
En 1787, les Anglais choisissent l'Aüstralie pour y déporter les

Botany -Bay et Sydney.
Épreuves des débuts.
Ses
Sage administration d'Arthur Philip, premier gouverneur,
successeurs rencontrent des dlfflcultés sans cesse renaissantes,
mais Id persévérance de l'Angleterre parvient à les surmonter.
criminels,

-

-

-

-

-

Rel atl on du naturaliste Pérou

sur

la

colonie,

1802.

en

Prodi­

-

Deux catégories de colons: les
gieux accroissement de Sydney.
émigrés volontaires, les déportés et leiirs descendants. D'autres
colonies anglaises se fondent en Australie et deviennent en quel­
-

-

ques années très florissantes.
dionale, occidentale, heureuse.

Queensland.

-

-

Melbourne et

-

Australie méri­
ses

splendeurs:­

En 1851, le fermier Hargreaves découvre les mines d'or
fait tant de bruit.

exceptionnelle

Élevage

Détails de leur

-

de la colonie de Victoria.

des bestiaux.

hardis colons imitent

fices.

�.

•

exploitation.

•

.

.

•

.

•

.'

'"

.

.

•

•

ont

-

Plusieurs

capitaine
exemple et réalisentd'immenses

son

•

.

Vastes

-

Mac Arthur.

Le

-

qui

Prospérité
pâturages.

-

-

'"

•

•

béné•

81

CHAPITRE VII

De 1788 à 1820, sauf quelques

apparitions de prêtres, bientôt per­
sécutés, les protestants privent les catholiques des secours relI­
En 1820, deux missionnaires sont autorisés
gieux en Australie.
à y venir.
En 1835 arrive le P. Bède, vicaire apostollque: plus
tard, Mgr Polding devient archevêque avec cinq suffragants.
En 1846, deux bénédictins, José Serra et Rosando Salvado, se
rendent à Perth, et de là vont à la recherche des indigènes.
-

-

-

-

Abondantes bénédictions accordées à leur ministère.
de la Nouvelle-Nursie

(monastère

et

ferme-école)

Fondation

-

milieu des

au

Bâti­
Ouverture d'une école pour leurs enfants.
sauvages.
ments divers.
Éducation de la jeunesse.
Règlement de vie.
-

-

-

-

Ferveur des

-

néophytes.

-

Ceux qui

réussissent là où la Providence lell

de la colonie

s'éloignent

dirige.

;

;

.

•

•

.

;

105

�238

TABLE

CHAPITRE VIII

françaises: la Nouvelle-Calédonie; ses productions; ses
Elle appartient partiellement à la France depuis
indigènes.
En 1864, elle devient un lieu de déportation.
Nouméa.
181&gt;3.

Colonies

-

-

-

Travaux des

-

maristes.

pères

Mgr Douarre.

-

Cruautés et vices

-

Reconnaissance des néophytes.
Lettre du
Intéressants détails donnés par Mgr Witt sur
Montrougier.
les métis, les travailleurs noirs, la population libre, les trans­
Persécution contre le
portés, les déportés, les sauvages.
catholicisme.
Influence anglo-protestante.
Multiplicité des
Difficulté des communications.
Scandales de la
langues.
race blanche.
Mœurs des païens.
Description de l'île des
des habitants.

-

P.

-

-

-

-

-

-

-

-

-

Pins.

•

.

•

•

.

•

.

•

•

•

•

.

.

•

•

.

.

.

.

.

.

.

.

.

•

.

126

CHAPITRE IX

Les

Marquises,

perstition

-

Noukahiva.

Dominique.

-

Mot?pou.

-

-

Su­

du tapu.
Des colons sérieux rencontreraient aux
des éléments de succès.
Les cinq îles Gambier.
-

Marquises

-

-

Dans le groupe des Navigateurs ou de Samoa, Upolu se fait re­
marquer par sa fertilité.
Apia, siège de l'évêché et du gouver­
nement de l'archipel.
Écoles florissantes soutenues par d'admi­
-

-

rables dévouements.
chistes.

-

Chapelle

-

et

importante et féconde des caté­
Groupe des îles Tokelau,

Œuvre

de Vaca.-

collège

-Iles Fakafao et Nukunonu.

•

•

•

•

•

•

.

•

•

.

•

•

•

•

156

CHAPITRE X
Les îles de la Société.

-

Taïti,

reine de la

testantisme et la' dynastie des Pomaré.
la France
-

en

1880.

-

Iles Pomotou.

-

Polynésie.
Cession de

-

Le cocotier et

Touchante histoire de Tuamoa et d'Eulalie.

Wallis.

-

vient les

Caractère des

évangéliser,

-

Le pro­

-

l'archipel

ses

à

bienfaits.

Les douze îles

En 1837, Mgr Bataillon
Il consacre aux sau­
et il les convertit.

indigènes.

-

-

Il meurt
vages quarante années d'apostolat.
avant et. après le martyre du P. Chanel.
-

-

d'un vicariat apostolique.

•

•

•

•

•

•

•

•

•

en

1877.

Futuna

-

Tongatabou, siège
•

•

•

•

•

•

•

181

�TAB·LE

�39

CHAPITRE XI

Quelques îles
vicaire

autonomes.

apostolique.

Les Sandwich.

-

Persécutions

-

Lettre de Mgr

-

Maigret

,

contre le catholi­

dirigées

La
cisme par les missions protestantes venues d'Amérique.
Le roi Kalakoua et son gouvernement.
ville d'Honolulu.
-

-

-

Iles W oordlak et Rook.

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

•

.

•

•

203

-

CHAPITRE XII
Le capitaine de frégate Marceau j son éducation j sa brillante car­
rière j sa conversion.
Il contribue à fonder la Société de l'Océa­
-

nie.

-

Il commande l'A'I'che-d'Alliallce

tient la

(1844), qui

mer

Il visite les îles de la Polynésie,
quarante-quatre mois de suite.
et spécialement celles des Navigateurs, de Wallis, de Futuna.­
-

Retour

en

France et mort de Marceau.

du catholicisme

en

Océanie

14470.

-

depuis

un

-

Résumé des

demi-siècle.

Tours, impr. Mlme.

•

conquêtes
•

••

211)

��</text>
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      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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          <name>Title</name>
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              <text>L'Océanie : géographie, histoire, colonisation depuis les premiers explorateurs jusqu'à nos jours</text>
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          <name>Description</name>
          <description>An account of the resource</description>
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            <elementText elementTextId="13194">
              <text>Le livre comporte un ex-libris et une illustration en frontispice.&#13;
Le chapitre VIII est consacré à la Nouvelle-Calédonie.&#13;
Les chapitres IX et X sont consacrés à la Polynésie française.&#13;
Le chapitre X est consacré à Wallis et Futuna.</text>
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              <text>Lambel, Alexandre Pierre François (comte de,  1814-1900)</text>
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              <text>Université de la Polynésie française (UPF)</text>
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              <text>Alfred Mame et fils</text>
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          <name>Relation</name>
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              <text>Wallis</text>
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