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                  <text>��GUIDE

OCÉANIE

DE FRANCE EN
ET

D'OCÉANIE

EN FRANCE

LE CHARTIER, Henri et LEGRAND Ch.
Guide de Tahiti, dans le ur livre: Guide
de France eu Océanie et d'Océanie en

France, Paris,
tab!.

1889, p.

pl.,
[8862

197-229,

rep!.

Description touristique de Tah i ti avec le rappel
de souvenirs historiques de l'occupation. i\'ote sur
lles Marquises, p. 227-22'). Quelques ill us tra tions
à la plume: Vue de Papeete, p. 20&lt;) ; Vue de III val­
lée d'Hakaltctt (Nuka-Hiva), p. 2I7. En appendice:
[J'ab/cali des pri» de passa!:", de distances et de la
durée dit voyage, de Tahiti et des Marquises aux
'F:tals-L"lIis fi Cil France.

Établissements

françaIs

de

Renseignements à l'usage des
Paris, iinpr. E. Dauvissat,
19

l'OcéanIe.

p:lssagé"r,-;
1')00. ill.

[8863

cm.

Plusieurs brochures portant ce titre ont été 1'"bliées à intervalles irréguliers par les Messagcn«.
aritirnes ù l'usage de leurs passagers sur la ligll"
de J'Océanie. Elles comportaient de I6 à 20 page"
e
donnaient, en français et en anglais, des rcu­
p' igncmcnts sur les îles principales, Quelques-une,

portent

comme

litre: Tahiti.

'

�AOro�.2t3

7�

�;;._
5#/5

GUIDE

DE FRANCE EN OCÉANIE
ET

D'OCÉANIE EN FRANCE
PA R

H.

LE

CHARTIER

&amp;

CH.

LEGRAND

!

i

i

OUVRAGE
Orné de 32 gravures et accompagne d'une carte
ET

DU

T,IHLE.II.;

DES

ET DE

r-ntx

LA

DE

PASSAGE,

DES

DISTANCES

()UHI�E DU VOYAGE

PARIS
LIBRAIRIE

JOUVET ET ce,
5,

RUE

FUllNl,

ÉDITEURS

PALATINE,

5

·

Tous droits réservée

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DE FRANCE EN

OCiANIf.

D'OCEANIE EN FRANCE'
pal'

RJ,e Chartier'el.

Ch.l.egrand

..

IJ()

�GUIDE

OCÉANIE

DE FRANCE EN

D'OCÉANIE EN FRANCE

CHAPITRE PRE�HER
MARSEILLE A SUEZ

DE

Marseille.

Le détroit de Bonifacio.

-

de Vulcain

classiques.

Ismaîlia,
Moïse.

-

:
-

le

le

Stromboli,
Port-Suïd,

bains de
Les lacs

mer

Naples,
Vésuve, l'Etna.

amers.

-

Kantara.

-

de l'avenir.

-

-

mel'

-

-

Les

forges

Souvenirs

Le lac Timsah.

�1. de

La forêt

-

L'exode et le passage de la
-

(1635 MILLES) (1).

Lesseps,

-

nouveau

noyée d'El-Amback.
Détails techniques.
Rouge.
-

-

Suez.

Le 20

juin

i888

nous

arrivons à Marseille, déci­

embarquer sans retard pour l'Océanie.
Notre projet, depuis longtemps caressé, réalisé brus­
quement sous un de ces coups de passion irrésistibles
que connaissent bien ceux qu'a tentés et séduits à
jamais l'esprit des voyages, était de revoir des pays
déjà visités, quelques- unes de nos colonies actuelles;
et cela, non pas en voyageur uniquement préoccupé
dés à

(1) Le

nous

mille marin vaut 1852 mètres.

�•

2

DE

FRANCE EN

OCEANIE,

d'affaires

(tmvelLing business), mais en touriste, pour
plaisir et notre instruction.
Une autre idée nous poussait également à ce voyage.

notre

Partisan décidé de la colonisation,
a, non seulement utilité au point de

persuadé qu'il y
vue politique et

commercial, mais nécessité au point de vue de la
trempe à redonner au caractère national, de marcher
hardiment et fièrement dans la voie suivie
par le
nous

gouvernement,

mais

avec

jusqu'ici
quelque mollesse,

voulons constater les progrès faits
rappeler ceux plus nombreux

tière et

complir,

en

cette

qu'il

ma­

faut

ac­

peine d'être distancés par l'Allemagne
Nous ne parlons pas de l'Angleterre.

sous

et l'Italie.

Et surtout, nous avons songé que ces notes, écrites
une entière liberté, un soin jaloux de ne rien

avec

oublier d'intéressant, d'utile et de pittoresque, pour­
raient servir de guide il, ceux qui, par plaisir ou par
intérêt, seraient conduits il, suivre le même itinéraire
que nous,
et

ou

seulement

quelque partie

même, qu'ils les garderaient pour y

tard leurs propres souvenirs
viraient de point de repère.
Les

auxquels

de notre

route;

retrouver

plus

les nôtres

ser­

considérations

précédentes expliquent sufli­
pourquoi ayant le choix entre deux navires
de la Compagnie des Messageries maritimes: le Calé­
donien cinglant directement pour I'Océanie, avec Nou­
méa pour terminus, et ne faisan t que de rapides escales (1), et le Ym'1'a, se dirigeant vers l'ile de la
samment

.

(1) Depuis le mois de juillet 1888, pur suite d'nue nouvelle
convention passée entre l'État et la Compagnie des Messageries
maritimes, ces escales sont encore diminuées. Ainsi le courrier,
au lieu de s'arrêter ù lu Réunion et à Maurice, se dirige tout
droit de Mahé sur l'Australie. Le service des escales abandon­
nées est assuré par un navire spécial qui embarque à Mahé
voyageurs et marchundlsos à deslination de ces deux îles.

�D� MAHS�ILL� A Sl'EZ,

Réunion, par Madagascar,

avec

3

plusieurs relâches,

décidions pour ce dernier transport, nous
réservant de reprendre à la Réunion le courrier d'Aus­
nous nous

tralie, afin

de continuer notre tour du monde,

Ya1'1'a est

un des magnifiques
navires de la
Messageries maritimes, Ici on nous
permettra, non de faire l'éloge de nos compagnies
françaises mais de leur rendre publiquement la jus­
tice qui leur est due, Confort, sécurité, rapidité: leur
flotte, qui réalise les derniers progrès techniques et

Le

Compagnie

des

réunit les dernières combinaisons inventées pour la
commodité et le bien-être des voyageurs, défie toute
comparaison avec les steamers anglais, Nous allons en

donner

s'y

quent

une preuve, Anglais et Australiens
neuf fois sur dix, soit pour se rendre

aux

embar­

Indes,

soit pour l'entrer en Australie, Ils savent qu'ils trou­
veront sur nos transports une nourriture aussi abon­

plus délicate, plus variée surtout que sur les
Compaqnie anglaise péninsulaire orien­
le
tale, que
personnel du bord, depuis le commandant
jusqu'au steioart, y parle correctement l'anglais; ils
n'ignorent pas qu'ils iront plus vite et, qu'en fin de
dante et

navires de la

compte, ils payeront moins cher, Et le lime is money
finit par avoir raison du juste orgueil national.
Nos bagages arrimés à bord du Yarra, il nous res­
tait peu de temps pour revoir Marseille, qui subit,
comme tous les ports modernes, des modifications

•

profondes qui changent chaque jour son ancienne et
pittoresque physionomie, Ce qu'on n'enlèvera pas à
Marseille, c'est son activité, c'est l'air joyeux de ses
habitants, c'est la vivacité des yeux et la beauté des
femmes; c'est le rayon ensoleillé qui jette sur les
choses et les gens sa poussière d'or, illumine tout et
fait tout

resplendir,

Ce

qu'on

ne

lui enlèvera pas

non

�DE

4

FRANCE EN

OCEANIE.

promenades, l'animation du port,
qui rend joyeux malgré soi.
Laissons la ville, puisqu'elle n'est déjà plus pour
nous, en ce moment, qu'un confus souvenir; puisque
le port et ses mille mâts, les môles, les phares, le
château d'If, Notre-Damé de la Garde, tout disparait à

plus,

sont

ce

cet.air et

ses

hruit de vie

ce

nos

yeux.
Nous voici

en route pour le pays du soleil: Naples
baie riante, l'Égypte et son sable qui semble la
poussière des siècles, Madagascar, qui doit nous ap­

et

sa

partenir, l'Australie, puis cette île où nous reléguons
nos
forçats et qui doit devenir pour nous une Austra­
lie, les Nouvelles-Hébrides qui sont moralement il
nous,' en dépit d'une neutralité que les traités nous
imposent de nouveau, et Tahiti qui nous appar­
tient.
La

est

mer

de

bleue,

leur ordinaire de la

ce

lac,

bleu Je lac

est la

qui

comme

cou­

celle de

glauque. Rapide, le YalTa a rail'
glace unie, et, derrière l'hélice,

l'Océan est d'un vert
de briser

ce

Méditerranée,

cette

où l'eau bouillonne

éblouissante,

la trace du

sillage,

finit par avoir l'air J'une simple fêlure.
On se tient sur le pont pour suivre encore des yeux la
bande amincie qui est la terre de France et qui passe

qui s'atténue,

du blanc crayeux au bleu violet, pour redevenir d'un
bleu vague; on la suit encore quand on ne la voit
C'est le

plus.

Mais le

l'eau le

serrement de cœur du voyage.
uniforme et délicieux du ciel et de

premier

spectacle
dissipe vite

pour

assurer

jours

que

nous

mêle,

car

s'en

sa

et aussi les

vie

pendant

vingt

allons passer à bord: de

la

mer

mettons bien de dîner

Nous voici

arrangements

les

en

vue

est si calme que
comme à terre.

à faire

et

quelques
plus la faim

nous nous

de la Corse et de la

•

pro­

Sardaigne,

.

�..

�DE

7

MARSEILLE A SUEZ.

allons franchir le détroit de Bonifacio, mauvais
détroit, semé d'écueils et fertile en naufrages. Mais
nous

'pOUI' nous la vague ost clémente et nous n'avons pas
l'air de nous douter qu'il puisse y avoir jamais du
Voici de

petites Iles, les isole Intermedie qui
MaddalPna, qui aM kilo­
appartiennent
mètres canés, 1 800 habitants, un port fortifié, vaste
et sùr. On nous montre Caprera qu'un détroit minus­
cule sépare de la côte nord-est de Sardaigne. Regar­
dez cette maison blanche, c'est de là que le général
Garibaldi partit pour conquérir Naples avec seule­

ùanger.

à l'Italie: l'île

ment mille hommes.

ce

Maintenant droit devant nous, le cap sur Naples et
golfe délicieux que l'antiquité a peuplé de villas et

de maisons de

cam pagne,

bravant les

menaces

des vol­

mourir, n'était-ce pas le vœu
de nos pères? Voici les jolies Iles Nisita, Ischia, Pro­
cida, Capri, presque autant de noms que de souve­
nirs. Ischia. que domine le mont Epomeo, c'est Lamar­
tine et sa poésie virgilienne, c'est Graziella, l'amour
cans.

Slll'

Voir

Naples

les terrasses où

et

grimpe

la

vigne vierge!

Le bruit

cadencé, allongé, endormeur du flot sonne comme le
bruit des vers du grand poète idéaliste.
A Nisita est bâti le lazaret où

séjournent

les navires

qui n'ont pas obtenu la lihre pratique. Capri, la
Je Tbère, d'où le soupçonneux empereur mêla
de crimes

Capri
sa

vic

de fantaisies de fou,
débauches,
comme celle où il appela, pour discuter la sauce d'un
turbot, le Sénat tremblant d'être en disgrâce :
(le

Venit

et

qrandis episiola

a

Capreis (1),

(1) Les navires des Messageries maritimes ont suspendu le
service de Naples; ceux de la ligne d'Australie Re dirigent directe­
ment sur Port-Saïd, ceux des lignes de l'Océan Indien
Indes,
directement sur Alexandrie.
Cochinchine, Chine et Japon
-

-

�8

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

Capri, que les peintres ont réhabilitée, Capri, séjour
pittoresque plein de verdure et resplendissant de cou­
leur. Ces Iles protègent, en quelque sorte, le golfe
contre les soulèvements de la mer;

elles font l'effet de

brise-lames.

Naples apparaît

et

mille villas blanches
ou

vigoureuse;

en

sa

côte

étagée

perdues

en

amphithéâtre,

dans la verdure tendre

haut la ville

uvee

le château. C'est

enchantement des yeux et des sens, car rail' est
chargé du parfum des fleurs et des verdures.
un

En attendant la visite de la

Santé,

nous

voyons

ac­

tranquille de nombreuses barques.
Dans les unes, des jeunes filles au teint doré, faisant
sonner du doigt
les cordes de leurs mandolines,
chantent des airs vifs ou passionnés. D'autres barques
sont pleines de mendiants, qui, avec la ténacité et la
cûlinerie italiennes, viennent=quémander des pièces
d'argent, des sous même qu'on jette à la mer et qu'ils
vont chercher dans l'eau claire du golfe. Mais, toujours
courir

sur

l'eau

les yeux reviennent sur l'amphithéâtre de verdure et
le Vésuve qui se met à fumer. Ce soir, dans la

sur

nuit

claire,
flamme, et

cette fumée deviendra colorée
nos

regards s'y porteront

comme une

avec

admira­

tion.

peine débarqués, nouvel assaut de mendiants.
bouquetières leur succèdent, ne
nous ménageant ni sourires ni œillades. Du reste im­
possible de se débarrasser d'elles, elles vous fourrent
les fleurs dans la poche, elles vous les plantent de
A

Heureusement des

force ft la boutonnière. Est-ce fini? non; les cochers
harcèlent pour vous offrir leurs voitures. Il faut

vous

s'en

a

dépêtrer, et ce n'est pas facile.
Mais le tahleau, à part ces légères importunités,
des couleurs si vives, tant (J'animation qu'on finit

��DE

MARSEILLE A SUEZ.

pur sourire. C'est bien l'Italie d'antan,
nous l'aimions et

rée, l'Italie telle que
non

pas l'Italie telle

naturel, dépouillant

qu'elle
sa

sièreté el la brutalité

se

11

bruyante,

colo­

l'admirions, et
montre, forçant son

pour revêtir la gros­
tudesques, ingrate pour la

grâce

qui ra aidée si généreusement ct avec tant
d'imprudence à sortir de SAS embarras.
Naples, qui compte 500000 habi tants, est actuelle­
ment une grande ville, très belle, mais qui laisse fort

France

il désirer

rapport de la propreté. On compte
soleil, dont les traits savent embel­
lir jusqu'aux immondices et sur le parfum des oran­
gers et des citronniers, qui poussent en pleine terre.
Soit, mais peut-être y compte-t-on un peu trop.
Nous visitons le port où de grands travaux sont en
sans

sous

deu le

sur

le

le

voie d'exécution. Nous y rencontrons un des membres
de la commission chargée d'établir un bassin de caré­
nage de 150 mètres de longueur sur 100 mètres de
largeur, et deux bassins de radoub dont l'un mesurera
200 mètres el pourra servir pour les navires du plus
tonnage. Un décret récent a porté Naples dans

fort

première classe des ports italiens. On sait les sacri­
fices, peut-être exagérés, que l'Italie fait pour sa ma­
rine de guerre. Trop de grands navires et de gros
canons et des krupp encore! or, on sait qu'ils écla­
la

tent

beaucoup
beau, mais il

en
a

ce

ses

moment.

dangers,

et

Le monstrueux est

peut-être

son

inn­

tililé.
Nous quittons Naples sans y avoir pénétré pour ainsi
dire. Nous passons au pied du Vésuve. Là était Her­
culanum, là Pompéï et Stabies, villes englouties tout

entières l'an 79 avant

J.-C.,

sous

les cendres et la

lave, catastrophe qui a eu l'heureux résultat, pour
de nous fournir de précieux docunous du moins,

�i2

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

ments

sur

la vie

privée

scientifique,

goïsme

et l'art

antique (voilà de l'é­
pas?). On sait que Pline
de trop près le phénomène

n'est-ce

l'Ancien voulant étudier

périt dans la
Du reste

Ici

tourmente.

naviguons positivement

nous

dresse le Stromboli

se

sm'

des »olcans.

dont la fumée

(St1'ltngle)

rougeoie. Le Stromboli se trouve dans le groupe des
îles Lipari (îles Éoliennes et Vulcaniennes). Là était
l'antre d'Éole, là était une des forges de Vulcain. Ne
sourions pas, car l'imagination grecque finissait par
voir réellement les djeux que son génie avait créés.
la flamme de

Lorsque

l'Etna, du Stromboli

ou

du

leurs fumées de pourpre sombre illumi­
naient l'azur des nuits, Romains et Grecs entendaient

Vésuve,

ou

le bruit des marteaux; ils

voyaient

le divin boiteux

s'activant près du feu immense pour forger le bouclier
d'Achille ou les armes de :Mars au milieu des cyclopes
aux

membres

nus

Et l'on riait du

et à l'œil

forgeron

en

unique

et

tremblant

flamboyant.
bruit de la

au

forge.
Les souvenirs

classiques

renaissent.

dant cette traversée. Cette mer 'que
entrer dans le

c'est la mer
dans la

Charybde,
vaisseaux

détroit de Messine

Tyrrhénienne.

foule pen­

quittons
nous

Charybde

le tourbillon invincible où

antiques,

en

pour

(Siculum f1'etum),

Le détroit

Ionienne. Voici

mer

nous

conduit

et

Scylla.

se

brisaient les

tourbillon si calme

aujourd'hui

que beaucoup de petites barques s'y engagent en toute
sécurité. L'écueil de Scylla, par contre, voit toujours la

Scylla, nymphe de
Sicile, aimée par Glaucus, fut métamorphosée par Circé
en monstre, et de désespoir se jeta dans l'onde, où elle
mer se

briser

reparut

-

sur sa masse

naturellement

trueux écueil.

-

sombre.

sous

la forme d'un

mons­

.

�DE

En
vons

MARSEILLE A SUEZ.

1::1

passant devant le port ùe Messine nous retrou­
le nom de Zancle qui fut celui de celte ville,
elle fut fundée

quand

au

Messine est maintenant

dixième siècle avant J.-C.

un

port militaire de premier

ordre et la clef du détroit. L'Etna

se

dresse bientôt

devant n(�us avec son sommet couvert d'une épaisse
couronne de fumée. L'Etna est le plus haut de tous
ces

volcans,

car

il

mesure

3313 mètres. Nous regar­

dons

longtemps, longtemps ce menaçant sommet qui
descend, s'efface et disparaît. Plus rien que la
terre et l'eau. L'Italie et la. Sicile ne sont plus qu'un
bientôt

souvenir!
Vers

heure du matin, le 25

juin,

nous

nous

trouvions par suite d'insomnie 'sur le pont, et
apercevions les feux du phare de l'He Gozzo.

nous

une

Pendant' une grande partie de la journée, le len­
demain, le Ya1'1'a longea l'He de Candie, la Crête
antique, assez pour distinguer les profils du mont Ida
où Jupiter fut élevé par les Dactyles et nourri par la
chèvre Amalthée, et où se passa la fameuse scène de
la pomme que

grand

Pâris, le berger, donna

scandale de Minerve et à la

à

grande

Vénus,

au

colère de

Junon:

Au mont Ida trois

déesses,

etc.

Ce jour nous commençons il, apercevoir les côtes
plates de l'Égypte, Nous serons à Port-Saïd avant que
le soleil disparaisse de l'horizon. Nous vérifions une
fois de plus la justesse de ce qu'on nous avait dit lors
de notre premier voyage, à savoir, qu'il ne faut pas

s'attendre à trouver l'Orient aussi
est

peint

vent,

dans

sous

Decamps

l'intense lumière

parences et des

cru

de couleur

et Marilhat. Le ciel y

qui l'envahit, des
dégradations délicates. Il y

qu'il

a sou­

trans­
a

des

�DE

14

FRANCE EN

OC�ANIE.

brumes de soleil, comme il y a des hrumes d'humi­
dité. EH ce moment la côte et le ciel sont d'un bleu

qui

se

dégrade jusqu'au gris argenté.

coucher du

au

soleil,

et la variété de tons

Tout à

retrouverons la

nous

si bien rendues

qu'ont

l'heure,

splendeur
nos pein­

tres orientalistes.
.

Port-Said.

Voici la

-

jetée.

Elle est formée de blocs

de 20 mètres cubes, établis en sable et chaux de Theil
coulés dans des moules, puis exposés et durcis au so­
leil.

-

Le chiffre des blocs

employés

pour

ce

travail

est de 25 000.

Ces

détails

techniques

ne

d'admirer le bel aspect de
dans la mer. Celle de l'ouest
de l'est 1600 mètres.

empêchent pas
jetées qui s'avancent

nous

ces

mesure

2700 mètres, celle
elles est de

L'espace ouvert entre

1400 mètres et renferme de nombreux bassins d'où

s'élève

une

vraie forêt de mâts.
\

Port-Said, du

de Saïd-Pacha, le souverain
à M. F. de Lesseps de tenter son

nom

égyptien qui permit
entreprise, était
mince village, un ramassis
admirable

La création du canal
un

plan régulier,
à l'européenne,

chandises,

plusieurs
gétation,

un

fait

des

1859

moins

une

rues

des

ville.

larges,

qu'un
pêcheurs.
Disposée sur

de belles mai­

encombrés de

quais
musique se
des
semaine,
jardins

sons

square où la

mar­

fait entendre

fois par
en pleine vé­
Port-Saïd renferme actuellement toutes les

commodités et les

population
une

en a

avec

en

de huttes de

ville
dans

se

agréments

essentiellement

drapé
simple djëba

d'une

grande

ville, Sa

chiffre de 16 à 17000 habitants. C'est

cosmopolite,

où

l'Arabe,

burnous, coudoie le fellah vêtu d'une
presque toujours effrangée par le bas, où

son

l'on voit passer la femme fellah le bras nu orné d'un
bracelet d'argent et maintenant sur sa tête sa cruche.

�la

DE MARSEILLE A SUEZ.

grès, d'un mouvement noble et sûr. Elle est voilée,
suivant les prescriptions du Coran, pal' un voile d'une
de

particulière, une sorte de tricot brun qui cache
figure à partir du dessous des yeux et, dont le bout
aminci se perd dans les plis de la tunique bleue qui
tombe sur ses pieds nus. Ce voile est accroché par une
agrafe en bois doré qui tient à la coiffure d'étoffe qui
lui couvre le Iront, L'impression des yeux des femmes
ainsi voilées est étrange; ils paraissent agrandis et
mystérieux. Et l'on songe aux poètes arabes qui les
comparent à la chose la plus précieuse au désert :
l'eau brillante et salutaire qui féconde l'oasis, et qui
disent:
L'éclat de leurs yeux est pareil à celui d'une
source d'eau vive parmi les sables. »
Beaucoup d'enfants entièrement nus grouillent dans
les rues et sur les places. Ils ont tous de gros ventres
et beaucoup d'entre eux ont mal aux yeux.
forme
la

«

distractions

Les

Bazars, cafés,

ne

manquent pas

Faut-il le dire? la morale
Il

en

à

Port-Saïd.

concerLs et théâtres y sont nombreux.

n'y parait

pas très

grande.
qui

est ainsi malheureusement dans les villes

commencent

comme

dans celles

qui

Nous entrons dans le canal. Il

finissent.

est 10 heures du

matin.

Nous laissons il. droite le lac

Menzaleh, qui

commu­

la Méditerranée pa!' un pertuis d'une mé­
diocre largeur. Sur les bords du lac, des ibis, oiseaux
sacrés de l'Égypte, perchés sur leurs longs pieds,

nique

avec

gardent

l'air grave

ration des

qui

leur

a

Égyptiens, peuple

valu

sans

doute l'ado­

ami du silence et de

l'immobilité. Courlis, sarcelles, bécasses, s'envolent
par bandes à la grande émotion des chasseurs du
bord.

Le ciel

est

d'une merveilleuse

d'un bleu

argenté, l'atmosphère
transparence. Nous brûlons Raz-

�16

DE FlIANCE EN

el-Ech,

où la

charbon. Les

OCEAN lE.

Compagnie du canal a fait son dépôt de
berges ont l'air de défiler devant nous,

spectacle

un peu monotone.
La seconde station du canal est

à M kilo­

Kantara,

de Port-Saïd. Kantara était

mètres

jadis

344 avant J.-C. où Ochein roi des

en

-

l'an

Perses

conquit
vingt grandes villes qui s'étaient
élevées dans le delta égyptien. Sa population allait il
500000 ou 600000 habitants; on y comptait plus de
cent palais 'magniflques. C'est à Kantara, qui, du reste,
veut dire pont en arabe (1), que passaient et passent
encore les caravanes allant du Caire en Syrie.
A un de nos voyages nous avons eu le spectacle d'une

l'Égypte

de

ces

une' des

-

caravanes, attendant

le moment de

prendre

le

précisément à' Kantara

bac, qui transporte bêtes

et

d'une rive à l'autre.

Spectacle admirable, réveil­
lant tous les souvenirs bibliques et antiques. Chevaux
hennissants, chameaux poussant leurs' cris lugubres,
petits baudets jetant leur fanfare: le tout à tête fen­
dre; mais les pèlerins ne bougeaient pas lEnveloppés
de leurs burnous, accroupis, ils semblaient ne pas
entendre' ce bruit, majestueux d'attitude et beaux d'in­
différence. Il est vrai de dire que quelques-uns, moins
dignes que les autres, profitaient de l'attente du hac

gens

pour

débarrasser de leur vermine.

se

de Mahomet est·

indulgente
Depuis l'antiquité les

hommes.
Kantara

pour rapporter

l'ivoire,

et

bêtes

aux

d'Asie de la

(1)

poudre

aux

passent

à

d'or et de

costume:

bleues et le

longues tuniques
vert seulement pour ceux qui ont
ou qui descendent du prophète.
ou

religion

comme

caravanes

portent presque le même

ries blanches

La

visité la

drape­

turban,

Mecque,

Il existait autrefois un pont non loin de là sur la branche
du Nil, entre le lac Ballah et le lac Menzaleh.

pélusinque

�Canal

de Suez.

�DE MARSEILLE A SUEZ.

19

quittant Kautara, vers le G3c kilomètre, les yeux
frappés par une surface entière­
ment blanche, qui fait l'effet d'une banquise déta­
chée du pole. Ce sont des gisements de gypse qu'ex­
ploite la Compagnie de Suez, qui a établi sur ce point
une plâtrière: la plâtrière d'El Ferdane.
Un peu plus loin, entre les lacs Ballah et 'I'imsah
En

sont soudainement

(72c kilomètre),

le canal passe à travers

une

dune de

sable, haute d'une vingtaine de mètres et longue de
près de 1G kilomètres. C'est le seuil d'El Guisr, qui a
été l'obstacle matérielle

plus puissant qu'aient vaincu
ingénieurs sous la conduite de M. de Lesseps. Sur
le plateau de cette dune se trouve la petite église
catholique de Sainte-Marie du Désert; à coté la mos­
quée de J1Iariam, au blanc minaret.
Pendant cette partie de la traversée les berges du
canal sont toujours élevées; elles sont formées par des
nos

couches de calcaire et de sable où sont incrustées des

myriades de coquillages du genre des palurines, for­
mation géologique qu'on ne trouve que sur ce point
du désert entre El Guisr et Ismaïlia.
Au 75°

finit

kilomètre,

au

sortir d'une tranchée

profonde

courbe

douce, apparaît une vaste nappe
d'eau. C'est le lac Timsah, mer intérieure de 15 kilo­

qui

en

mètres de tour ..

Le lac Timsah

-

ou lac des Crocodiles- était jadis

étape des caravanes venant de Péluse. Là se trou­
vai t un canal bordé de palais. Une inscription tracée
une

sur une

pierre, cl. Thèbes, mentionne que Séti Ior, père
II, si connu sous le nom de Sésostris, passa

de Rhamsès

par le lac
vanes,

au

Timsah, suivant
retour d'une

la

grande

route des

expédition guerrière.

cara­

Voici

pour le passé. Le présent est plus pacifique.
Les eaux du lac Tirnsah sont bleues; ses bords riants

�20

DE FRANCE EN

reposent la
tonie des

vue

berges

OCÉANIE.

fatiguée par la désespérante mono­
de sables et de calcaire du canal, et

qui se prolongent des deux côtés en Asie comme en
Afrique aussi loin que la vue peut se porter. Sur la
rive d'Afrique, au premier plan on aperçoit le chalet
du khédive Ismaïl-Pacha; sur la rive asiatique on re­
marque l'entrée du canal maritime qui vient de Port­
Saïd et aussi certaine rigole conduisant en droite ligne
au plateau dit plateau des Hyènes, d'où l'on a extrait
les pierres ayant servi à bâtir Ismaïlia. On découvre
aussi

un

ancien four il chaux et les bâtiments d'ex­

ploitation
le

nom

chant,
mais

d'une carrière abandonnée

de carrière des
ces

déjà

Hyènes.

qui

a

porté

Au soleil levant

aussi

ou cou­

murailles, d'une ancienneté fort relative,
convenablement

font

dégradées,

l'effet

d'une ancienne forteresse féodale, qui aurait été mise
là pour garder rentrée du désert. Ce n'était pour­
tant
un

qu'un vulgaire

peu
/Jallalt.
La

sur

la droite,

four il chaux. En face
se

dessine le

première impression

que

village

nous

d'Ismaïlia,

de Bir-Aleu­

donne Ismaïlia

est celle d'une ville abandonnée. Elle est

trop vaste,

population normale, et places et
rues sont désertes; beaucoup de maisons paraissent.
et sont inhabitées. Mais ses rues et ses places ombra­
gées, bordées de magnifiques jardins, font tout de suite
en

effet, pour

sa

oublier le sentiment de tristesse que donne cet air
un peu de verdure pour rafraî­

d'abandon. C'est si bon

chir les yeux brûlés par la réverbération du soleil

sur

les sables!
Parmi les monuments

d'Ismaïlia, il

faut

citer,

outre

le chalet du khédive, celui de M. de Lesseps, le palais
du gouverneur égyptien, une mosquée, l'hôpital, plu­
sieurs hôtels de voyageurs fort coquets, la charmante

�DE

MARSEILLE A SUEZ.

21

gare du chemin de fer d'Ismaïlia au Caire et à Suez
embranchement sur Zagazig. Un magnifique

avec

quai de 2 kilomètres de longueur sur 40 mètres de
largeur borde le canal d'eau douce qui s'étend en
ligne droite entre la ville et le lac Timsah. Ce quai,
planté de deux rangées d'arbres, forme une nouvelle
et délicieuse promenade.
Mais c'est au square Champollion, au milieu de
huissons de roses, que la société de la ville se réunit
tous les soirs. La musique qu'on y fait prend un ca­
ractère de douce mélancolie dans le silence du désert

enveloppant cette ville-oasis.
à

ce

qui

Sur la

place qui

fait face

square est installée la poste aux lettres. Un détail
plaidera en faveur de l'esprit pratique des agents

de la

poste khédivale: les lettres dont

les destinataires

n'ont pas été trouvés sont exposées dans un cadre aux
regards du puhlic, qui, souvent, après un séjour au

plusieurs années, retrouve le souvenir d'un
se croyait oublié, mais aussi, parfois, hélas!

loin de

ami dont il
de

une

mauvaises nouvelles que l'on connaît tou­

ces

jours trop

tôt.

On trouve à Ismaïlia

qui

mer

commence

a

un

établissement de bains de

être très

fréquenté,

et

qui

le

peut-on pas y faire saison
presque en tout temps? Sans compter les distractions
qu'offrent le lac et la ville, les cavaliers auront, comme
à Paris, le bois de Boulogne. C'est une dune située au
sera

bientôt

davantage.

Ne

sud-ouest et que l'on est parvenu à fertiliser. A pro­
pos de cette dune, notons un souvenir curieux datant
des

que

premiers

travaux du percement de l'isthme, alors
d'eau potable avait obligé la com­

l'absence

pagnie d'organiser des caravanes qui devaient aller
la prendre à 30 kilomètres ct qui n'occupaient pas
moins de 2000 chameaux. Un jour que la provision

�22

DE

FRANCE EN OCÉANIE.

était épuisée, que la caravane attendue tardait, 1\1. de
Lesseps, nouveau Moïse, mais Moïse moderne, au lieu
de frapper le sol de sa baguette, préféra frapper
l'Arabe là où il est le plus sensible, c'est-à-dire dans sa
cupidité. Je donne [) francs, dit-il, à qui me trou­
[) francs! quand pour la moindre
vera de l'eau. »
de
bronze
ou de cuivre un Arabe tenterait
piècette
1
l'impossible Quelques-uns se mirent à creuser, et
tine source fut découverte, d'abord saumâtre, puis
plus limpide et qui bientôt de flaque d'eau devint
un petit étang où les roseaux et les tamaris se sont
«

'

mis à pousser.
On

gnie

comprend que la
du canal de Suez,

première pensée de la Compa­
lorsqu'elle commença à ouvrir

des chantiers à Ismaïlia, fut pour assurer le bienfait de
l'eau à la cité ainsi créée. Le problème était le meme,
du reste, pour toutes les stations et Port-Saïd, qui
n'était alors alimenté que par l'eau venant par bar­
ques de Damiette et par celle que fournissaient les ma­

chines distillatoires. Voici comment il fut résolu. Des

études faites par M. de Lesseps il résultait qu'on pou­
vait amener l'eau du Nil à Ismaïlia. On creusa donc
un

et

canal de 12m,50 de large et 1m,50 de profondeur
se contin ue d'Ismaïlia iL Suez. Port-Saïd et les

qui

stations intermédiaires sont alimentés par .. me con­
duite defonteoù se déversent les eaux prises à Ismaïlia
et refoulées par une machine à vapeur,
Ne quittons pas Ismaïlia sans. donner un coup d'œil
rapide au village arabe que toute ville neuve d'Orient

voit

se

créer, car l'Arabe aime à

se

sentir les coudes

coreligionnaires. L'aspect est original. N'ap­
prochons pas trop près de ces gens accroupis, dont
avec ses

les haillons ont si belles couleurs, et de ces chiens
fauves, car ils sont occupés à se gratter, Voyez

�23

MARSEILLE A SUEZ.

DE

ceux-ci à demi couchés et dont la

figure porte un air
(ou de haschih),
encore en main la pipe

d'extase. Ce sont les fumeurs de kif

l'opium

africain. Ils tiennent

minuscule où le

petit doigt ne pourrait pénétrer, qui
qui les conduira à la folie.
Et toujours, drapées dans leur tunique bleue, les jeunes
femmes fellah, dont la silhouette est si pure, l'allure
leur

a

servi à s'enivrer et

si calme.
Nous

quittons Ismaïlia, précédant

ou

suivant

grand

nombre de navires de toutes dimensions et de tous

pavillons.

Bientôt

nous

sortons du lac 'I'imsah

,

On

se

d'une hauteur, le Djebel Mariam,
montagne de Marie, ainsi nommé par M. de Lesseps
par pure courtoisie pour une jeune Américaine,
trouve alors

Mme Marie

pied

au

Ryer, qui

avait

accompagné

son

mari

venu

pour examiner les travaux du canal en 18G5. Cette
falaise de sable stratifié, qui s'élève de �5 mètres,
domine tout le pays de Gessen (Goscen en hébreu). De
vue est magnifique. C'est l'étendue sablonneuse

là la

du désert à

droite, et,

Timsah dont le bleu

le sud, à

vers

se

confond

avec

gauche,

le lac

celui du ciel.

Devant soi les verdures et les blancheurs d'Ismaïlia.

.Tl existe

une

sommet forme

légende
une

arabe

sur ce

sorte de table

-

monticule dont le
car

les Arabes

ne

sont pas chiches de ces légendes. C'est là, disent-ils,
que Marie la Prophétesse, sœur de Moïse et d'Aaron,

plaindre à Dieu de son frère, et c'est là que
parleur de Dieu (ainsi l'appellent les marabouts)
frappa de la lèpre pour la punir.

venait
le
la

Nous

se

sommes

maintenant à

pement de la compagnie
les

dépôts

et

Toussoum, ancien cam­
près duquel se trouvent

calcaires dits bancs de Mourah, En creusant

la tranchée de Toussoum

on

mil à découvert des

frag­
qui

ments de bois et d'os d'animaux antédiluviens

�OCÉANIE.

DE FRANCE EN

longtemps exposés à Paris au siège
pagnie. Non loin de Toussoum se trouve
furent

de

ces

de la Com­
encore

un

tombeaux dont les musulmans font des lieux

de pèlerinage, celui du Cheick Ennedeck. Enfin, c'est
encore près de là que la légende place le temple de
Baal-Tiphon, devant lequel Moïse conduisant l'exode

fit défiler le

peuple

d'Israël.

Rien de curieux avant de toucher le seuil du Sem­

peum, monticule
s'élève

qu'à

long 'de

10 kilomètres, mais

qui

7 mètres au-dessus du niveau de la

ne

mer.

On y trouvait un temple consacré à Osiris-Apis
dieu né d'une vierge qui s'incarna dans

Sér-apis, le

ou
un

bœuf pour sauver le genre humain. Les fouilles faites
en ce lieu ont amené la découverte d'objets
médail­
-

les,

vases, monnaies

se

-

rapportant

il toutes les do­

qui se sont établies en ��gypte, à partir
conquête romaine. Nous entrons dans les lacs

minations
de la

amers.

..

Les lacs A mers formaient, avant que l'eau de la
une série de marécages,

Méditerranée les eût réunis,
séparés par un col étroit et
moins

un

seuil

assez

élevé,

au

pendant la saison sèche. Au fond de ces maré­
l'évaporation avait formé des bancs de sel con­

cages,
sidérables. Il en reste encore sur les bords et à la
sortie, à l'orient surtout. Actuellement cette mer inté­

rieure

cube 1. 443 000000 mètres cubes d'eau. Son

remplissage a duré sept mois. On a placé à l'entrée et à
ces lacs un phare. On-les traverse en sui­
vant des bouées qui indiquent le chenal qui s'y étend
sur une longueur de 40 kilomètres. Moïse les longea
la' sortie de

avec

tout Israël.

«

Et

ils' vinrent

verset 23

chapitre XV,
parce qu'elles étaient trop
de ces lacs, vers le sud-est,
-

et

à Mara

-

dit

l'Exode,

purent boire les eaux,
amères. » Enfin, à droite
ne

on

longe

le Gebel- Geneffé,

�L

�DE

mont aride et

marbrures

MARSEILLE A SUEZ.

2,

accidenté, d'où l'on tire des pierres

roses

aux

et violettes.

En sortant des lacs amers,

on

peut remarquer les

noyés. C'est la forêt d'El
Amback, une forêt de tamaris séculaires, que le chan­
gement de niveau des lacs a mis sous l'eau. Ces bran­
ches qui font l'effet de buissons, ou plutôt de roseaux,
servent de perchoir aux grues, cigognes, ibis, flamants,
pélicans et autres oiseaux ichtyophages. Le phéno­
mène connu du mirage qui se fait sentir en cet endroit
multiplie souvent d'une façon bizarre le nombre déjà
grand de ces oiseaux; de même qu'on croit voir s'éle­
ver du sein des eaux de nombreux bouquets d'arbres,
quand ce ne sont que de pauvres touffes de tamaris,
hautes de quelques centimètres, émergeant à peine
hautes branches de tamaris

des bords ensablés.
Immédiatement

après la sortie des lacs

trouvons le seuil de

Chalouf el Terrului,

la route que prennent les caravanes
Mecque. Le canal affecte à ce moment

nous

amers,

Nous coupons

a

Ja

largeur

de

vont

qui
une

80 mètres, et va aboutir en ligne droite à la mer
Rouge. Le parcours n'est plus que de 20 kilomètres,
et nous n'y trouvons à signaler que la silhouette impo­
sante du Gebel Attaka dessinant

sa masse

veiné de rose,
transparent,
de
la
jaune gris
plaine de sable.
comme

Nous voici arrivés à

la traversée du canal,
tement pour
où

nous

en

avons

qui

Suez, ayant achevé
non

qu'il

faille

d'un bleu

tranche

ce

en

sur

le

.18 heures

temps

exac­

opérer le passage, mais la nécessité
été de nous arrêter à Ismaïlia pour

passer la uuit, et les fréquents garages que nous avons
dû subir pour laisser passer les navires venant en
sens inverse nous ont retardé considérablement. Du
.

reste la vitesse

réglementaire

fixée pour

assurer

la

�DE FRA�CE EN

28

OC�ANIE.

conservation des berges n'est que de 5 à 6 nœuds à
l'heure. On peut cependant la portel' à 8 et à :10 dans
la traversée des Lacs Amers (1).
Avant de

quitter le canal, quelques détails complé­
technique pure. Sa longueur totale est
milles ou :162 kilomètres. Sa profondeur dans la

mentaires de
de 87

cuvette est de 10 mètres. Tous les dix kilomètres est

gare où les navires s'arrêtent quand un autre est.
signalé venant en sens inverse. Des fils télégraphiques
une

le bordent dans toute

sa

longueur.

Le chemin de fer

d'Ismaïlia à Suez

longe la l'ive droite, après avoir
contourné les lacs amers; beaucoup de voyageurs en
profitent

pour

quitter

le navire et arriver

plutôt

à

à payer à la Compagnie pour chaque
est
de
iD francs, et 10 francs aussi par tonne
passager

Suez. Le

prix

de marchandise

:

ce

qui porte

les droits de passage
YW'I'a, de 30000 il

pour un grand navire tel que le
40 000 francs.

Suez

-

en

arabe

y'

Soueys

-

est

une

ville extrêmement

quartier arabe à maisons
rapprochées, à rues grimpant en forme d'escaliers, à
bazars où l'on trouve toutes les productions orientales:
tapis, tissus brodés d'or, ivoire, plumes d'autruches,
pittoresque.

On

voit

un

(1) Un navire de guerre français, le Destaing, vient pourtant
de traverser le canal de nuit, en s'éclairant lui-même à la lumière
électrique. Il a effectué la traversée en douze heures. A la suite
de cette tentative, qui fait le plus grand honneur à la marine
française, la Compagnie du canal a résolu d'éclairer le canal, la
nuit, afin de permettre un trafic sans interruption. L'éclairage
sera assuré par 60 phares-bouées placés tous les 2500 mètres.
Ces bouées en tôle auront la forme de gigantesques bilboquets
de 3 mètres de diamètre. Ils seront alimentés par du gaz sous
pression qui brûlera dans une lampe spéciale postée au haut
dans un petit phare. Ces lampes, qui resteront allumées jour
et nuit, brùleront ainsi pendant soixante [ours. Au bout de ce
temps on renouvellera la provision de gaz. Chaque bouée pèsera
G tonnes et coûtera li 000 francs tout installée.

'

�29

DE SUEZ A ADEN.

etc. On

se

rendra, si

on en a

le

temps,

montagnes

aux

bleues situées à l'ouest de la ville. Ce sont des super­
positions parallèles, qui viennent mourir sur la plage.
C'est par ces gorge:; que la fuite des Hébreux s'acheva;
c'est là que Moïse, profitant du flux, les fit passer et
que le Pharaon vint se faire surprendre par le reflux.
De

montagnes bleues

ces

asiatique

s'élever le mont

du rocher. Les souvenirs

peut voir sur la rive
HOI'eb, d'où l'eau jaillit

on

reviennent à cha­

bibliques

que instant sur celte vieille terre des Pharaons rajeu­
nie par le génie français. Déjà, par les progrès accom­

plis,
ces

peut

on

douter de

se

villes nouvelles

ou

ce que l'avenir réserve à
ressuscitées. Mais il importe

qu'aucun

pays ne confisque à son profit ce canal, créé
les transactions du commerce général.
faciliter
pour

CHAPITRE II
DE SUEZ A ADEN

La

Rouge.

mer

--

Chauffeurs

effels de la chaleur.

Périm.
boxis.

ou

Le Sinaï.

diables noirs?
-

Dans

Chcick el Saïd et Obock.

-

Aden.

-

Tawila.

-

(1308 MILLES).

-

-

un

Singuliers
punch.

Steamer-Point.

-

Le tombeau de Caïn.

Divertissements nocturnos.

-

bol de

-

-

-

-

Le

Les citernes de

Premières Iumos ole

l'océan Indien.

En mettant le

route,

nous

pied sur le

vimes,

sur

le

Ya1'1'a pour reprendre notre
pout, le second du navire

entouré d'une dizaine d'Arabes et de

nègres gesticu­

lant et le tiraillant si fort, qu'il paraissait avoir peine
à se faire en tendre et il se débarrasser d 'eux. Cette

�30

FRANCE EN OCÉANIE.

DE

était si

pantomime

violente, qu'il

nous

vint

un

instant

l'idée que le second avait commis quelque contraven­
tion à terre, et que ces Arabes et ces nègres faisaient
partie de la police locale, chargée de l'arrèter. Notre
émotion fut de courte durée. Ces remuants et acharnés
venaient tout bonnement proposer leurs
qualité de chauffeurs pour la traversée

indigènes
services
de la

en

Rouge.

La haute

température qui règne sur
température qu'accroit encore et rend in­
tolérable le vent chaud qui souffle du désert, est telle
qu'aucun Européen ne pourrait supporter l'atmosphère
mer

cette mer,

de la chambre de chauffe de la machine. Force est
donc

d'employer

Arabes et

nègres

dont les poumons

et la peau sont faits à ce surcroit de chaleur.
Ce ne sont malheureusement pas seulement les chauf­

qui souffrent de cette traversée, mais les voya­
geurs eux-mêmes. Lorsque le soleil monte et que la
mer est calme, la lumière qui tombe du ciel, qui se

feurs

réverbère

sur

l'eau, qui

se

réfracte

sur

les rochers

volcaniques du rivage, devient si
produit une chaleur si sèche et si cui.

arides et les cônes
intolérable et

sante,

qu'il

semble que le sang va entrer en ébullition,
phénomènes curieux produits par celte

On cite des

débauche de lumière et de chaleur. Un de
mènes est

récent,

il est vrai

et

paraît

pourtant,

oculaire. Le cuirassé

car

à

ces

phéno-·

de créance;
le tenons d'un témoin

peine digne

nous

français

la Reine Blanche

mar­

chant à toute vapeur dans la mer Rouge vit ses feux
s'éteindre brusquement, l'air ayant complètement fait

défaut pour maintenir la combustion. Il fallut, pour
poursuivre la roule, improviser à la hâte des ventila­
leurs.

Quelques
dérapons:

détails

géographiques pendant

que

nous

�DE SUEZ A ADEN.

La

mer

Rouge, qu'on appelle

aussi

3i

golfe Arabique­

si la passe de Bab-el-Mandeb peut être considé­
rée comme un détroit, elle peut être aussi regardée
car

comme une

entrée de

golfe,

-

affecte

une

forme allon­

gée. Elle sépare l'Arabie et l'Égypte. Sa longueur est
de 2 250 kilomètres, sur une largeur qui ne dépasse
jamais 320 kilomètres. L'aspect des côtes est triste,
nu, désert, brûlé; car elles sont partout bordées
d'flots volcaniques, de récifs, de bancs de corail. La
navigation y est laborieuse, et maints souvenirs de
naufrages peuvent être évoqués au passage.
Maintenant, d'où vient il la mer Rouge ce nom sin­
gulier et plein de couleur? Ici, comme toujours en
matière

d'étymologie, les savants sont dans le plus
parfait
L'opinion la plus simple et la plus
il
notre
vraisemblable,
gré au moins, est celle qui fait
dériver ce surnom de l'aspect même des lieux, des
désaccord.

roches et récifs brûlés et teintés d'une couleur

rou­

geâtre par le soleil, et du ciel, dont l'azur embrasé
semble contenir un mélange de pourpre.

L'opinion savante, moderne, positiviste,
qui

est

tout

viendrait des hommes rouges, les Pount,
vivaient dans une antiquité reculée, sur les deux

autre. Le

côtes du

nom

golfe,

et dont les descendants furent les Phé­

niciens. Une autre

opinion, plus savante encore, veut
appellation aux larges taches
rouges produites par des algues ou des animalcules
microscopiques qu'on remarque parfois il la surface
des flots; Ce n'est pas nous qui discuterons, ni qui
résoudrons cette importante question. Il nous suffit
d'ajouter que les Hébreux, dans l'histoire desquels la
mer Rouge a joué un si grand rôle, ne lui donnent
pas
le nom de mer Rouge, mais bien celui beaucoup moins

qu'on

attribue

éclatant de

mer

cette

des Joncs.

�32

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

C'est à 6 heures du matin que nous quittons Suez,
pour ne plus nous arrêter qu'à Aden. La distance qui
deux ports est de 1 308 milles marins.
quittant Suez et les rochers arides qui bordent

sépare
En
ce

ces

petit golfe

s'ouvrant dans le

grand golfe Arabique,

commençons à apercevoir le massif du Sinaï (Dje­
bel Mousa en arabe). Ce massif est important, car il

nous

mesure

environ 50 lieues de

longueur,

sur

40 de lar­

geur. Nulle végétation, bien entendu. Sur le pic le plus
élevé, à 1350 mètres d'altitude, est perché le couvent

célèbre, placé sous l'invocation de sainte Catherine.
sous Justinien, ce couvent est certainement le plus
ancien, comme qui dirait le doyen d'âge des établisse­
Bâti

ments de ce genre. Il doit d'avoir résisté aux destruc­
tions dont cette terre est le théâtre, non seulement à
sa

situation,

à ses hautes

murailles, mais

à

un

soi­

disan t firman de Mahomet. Il est vrai que les moines
chrétiens, en profonds politiques, avaient dû faire bâtir

mosquée

une

à côté de leur

église. Ajoutons une par­
prudence de

ticularité

en

faveur de la

nos

ces

derniers temps, le couvent

qui prouvera
bons moines. Jusqu'à

n'avait pas de porte. Pour pénétrer dans son enceinte,
il fallait se laisser mettre dans un panier qu'on des­
cendait par
lottant

une

poulie,

et

qui

vous

remontait

en

bal-:

où l'on tirait la chaire fixée

jusqu'à l'ouverture,
poulie et qui servait ainsi de porte et de fenêtre.
Outre les souvenirs bibliques et religieux qui s'y
rattachent, le mont Sinaï présente un intérêt géologi­
à la

que. Le massif et ses gorges sont riches en minerais
de fer, de cuivre et en gisements de turquoises. La
vallée de
les

Magamh) notamment,

est souvent visitée par

Bédouins, avides de dégager des veines cuprifères
cette pierre qui « écarte l'Cs mauvaises influences, for­
tifie le regard, procure la faveur des princes, assure la

��DE SUEZ A ADEN.

victoire,

met

en

heures d'extase

35

fuite les mauvais songes, rappelle les
et en fait naître de nouvel­

amoureuse

les, etc., etc. » Excusez du peu! dirait un sceptique, qui
ne manquerait pas, en outre, de rapporter qu'en Eu­
rope, au contraire, la turquoise est souvent l'objet d'une
superstition contraire. Beaucoup de femmes n'en por­
tent point de peur de les voir mourir, c'est-à-dire
passer du bleu laiteux au vert jaunâtre : ce qui est le
signe des plus graves malheurs 1
C'est dans la vallée de

JJfagal'ah que se trouve aussi
plus anciens de l'Orient
Sur
des
de
égyptien.
parois
porphyre poli apparais­
sent des inscriptions hiéroglyphiques qui contiennent,
dit-on, le résumé de quinze siècles d'histoire. Ces ins­
criptions, dont le sens perdu est en train de se retrou­
ver, grâce à nos Champollion modernes, ont.défié les
siècles, et les défieront longtemps encore. Cela valait
encore mieux que l'imprimerie! Il est vrai qu'un tel
livre, une telle bible, devait. être d'un prix de revient
un

des documents écrits les

assez

et

fort,

parait d'un maniement peu commode.

De six heures à dix heures
tenus dans le

golfe

de Suez

nous nous sommes

iHeroopolitce sinus); nous
mer Rouge propre­

quittons pour entrer dans là
ment dite, passant à côté de l'ile
le

les côtes

bientôt à

qui l'avoisinent
perdre de vue.

main­

et que

Jubra,

Plus loin

reconnaissons l'ile de

aride

comme

commençons

nous
au

Scluoadan,

sud-sud-est
dont le

pic
plus oriental, s'élevant il, 213 mètres
au-dessus du niveau de la mer, sert de point de repère
il, la navigation. A six heures du soir nous distinguons
deux îlots que sépare un détroit d'un mille à peine:
nous

volcanique

ce

le

sont les Iles Frères.

La chaleur a été terrible
Tous les moyens

connus

pendant toute
ont été

cette journée.

employés

en

vain

�36

FRANCE EN OCÉANIE.

DE

pour l'atténuer. On a tendu les bastingages de linges
de façon à obtenir par l'agitation de la marche du
navire un peu de fraicheur, ou du moins l'illusion d'un
peu de fraîcheur. On ne peut tenir
sent devenir fou dans les cabines,
C'est surtout le
costumes les

sur
on

le pont,

fond

au

on se

salon.

que l'on sent dessécher! Les
sommaires irritent la peau: on

cerveau

plus

s'écorcherait vif pour se rafraîchir. Seuls nos corn pa­
gnons de route, d'origine anglaise, hommes et femmes,
n'ont rien

changé

force d'âme

...

est la question

mais

ne nous

il leur costume. Nous admirons leur

Souffriraient-ils moins que nous? Telle
que nous nous posons. Elle nous occupe,

rafraîchit pas, hélas!
Toujours l'horrible chaleur. Nous

Pas d'incident.

passons à cinq milles du banc et du phare de Dédalu«.
Le soir nous avons pour nous distraire le spectacle

toujours

charmant et

nouveau

de la

phosphorescence
petits feux,

Le navire est entouré de mille

de la

mer.

assez

semblables à des feux follets. Ils tremblent

sur

le sommet des

qui

petites vagues que traverse le Yarm,
vraiment l'air de fendre et de diviser un im­

a

meme
a

bol de

l'air d'une

punch. L'écume
pluie d'étincelles,

que fait jaillir l'hélice
et le sillage, au loin,

s'illumine de vives et tremblantes lueurs. On sait

qu'il

faut attribuer cette charmante
sence

d 'animaux

fantasmagorie à la pré­
inférieurs, mollusques presque invi­

répandus par myriades à la surface des eaux.
phénomène est fréquent sur la mer Rouge et dans
certaines parties de l'océan Atlantique, vers les côtes
de Guinée et le Cap.
Nous passons par le travers de l'He .Djibal-Ti1'. Un

sibles
Le

peu avant la nuit apparaît à nos yeux, ravis et comme
reposés par cette vue, le seul ruban de verdure qui

rompe la tris Le et sauvage monotonie des côtes et

.

�DE SUEZ A ADEN.

îles brûlées de la

mol'

Rouge.

C'est

37

Moka,

nom

cher

aux gourmets qui songent lout de suite au parfum
délicieux de son café, hélas! trop imité dans notre
commerce

européen. Moka

a

bien

l'aspect

d'une sorte

d'oasis maritime. On y voudrait aborder, marcher dans
cette verdure, avoir frais, ne mt-ce qu'une seconde j
mais l'oasis s'efface bientôt à

qui

se

nos

yeux. Les deux eûtes,
en forme de mu-.

resserrent, s'élèvent bientôt

entrons dans le détroit de

railles

granitiques. Nous
Bab-el-Mondeb, nom dont

la traduction est

«

porte des

du deuil », et qui est trop justifié par les
nombreuses catastrophes maritimes dont ont été té­
larmes

moins

ou

ces

roches iL

l'aspect imposant

et farouche.

En travers du détroit est situé Périm

(insula

Dio­

do

l'antiquité, Périm, Ilot volcanique qui par­
d01'i)
le
goulet en deux passes d'inégales grandeurs.
tage
La

plus

deux passes est la seule fré­
navires, l'autre se trouvant encom­

étroite de

quentée par

les

ces

brée par le groupe d'îlots volcaniques baptisé les huit
Frères (Eight Bl'others) qui rendent le passage en­
tièrement périlleux.

Perim, clef du détroit, appartient

à

l'Angleterre.

L'occupation de Périm remonte à la campagne que
Bonaparte mena en Égypte. Après son échec à Saint­
Jean

d'Acre, les Anglais,

mal rassurés et tremblant

de le voir tenter le passage de la mer Rouge pour
gagner les Indes par l'Arabie, descendirent une pre­
mière fois à Périm. Cette

première occupation prit
lorsque Bonaparte devenu Napoléon tourna contre
l'Europe son génie qui avait menacé d'être fatal à
l'Angleterre.
Un navire anglais naufragé, qui fut pillé là en 1.855,
fin

leur fournit l'occasion
Cette fois il était

de

question

se

du

réinstaller

à

Périm.

percement de

l'isthme

�3i!

DE FRA�CE EN

OCÉANIE.

de

Suez, il fallait prendre des garanties. Un fort fut
entrepris et achevé, fort qui ne laisse pas que d'être
redoutable. Tel du moins il
avons

Le

passé

assez

capitaine

X

nous est apparu; car nous
de
Périm
près
pour en voir les profils.

...

,

qui voyageait

avec

nous,

frappé

de l'air que nous avions pris, en voyant les précau­
tions nombreuses que l'Angleterre a accumulées pour
s'assurer, en cas de conflit européen, la possession,
au

temporaire, du canal que nous, Français,
malgré eux, me dit en souriant:
Tout à l'heure, tandis que vous regardiez Périm
œil jaloux, vous avez à peine jeté les yeux sur

moins

avons
-

d'un

créé

les hauteurs

qui

la dominent.

Celles de Cheick el Saïd '?

-

Oui, elles

-

ont 270 mètres de

que l'ilot de
Eh bien?

tres de
-

plus

hauteur, soit 205

Périm, qui n'a

mè-

que 65 mètres.

-

...L

Eh bien!

savez-vous

que-

ces

hauteurs appar­

tiennent à la France?
Je

l'ignorais.
ignore tant de choses en France, surtout
quand il s'agit d'une entreprise due à l'initiative privée.
Alors, c'est
Une compagnie de Marseille qui a acheté, vous'
-

-

On

-

...

-

entendez bien, acheté, d'El Tabak ce territoire de
1650.00 hectares qui pourrait être occupé pal' nous,
et muni d'une citadelle qui ne souffrirait pas comme
Périm du manque de vivres qui viennent d'Aden, et
d'eau qu'on est obligé de faire venir de Tdjoura.
-

être
-

n'y
-

Et

on a

laissé cet établissement

se

faire

sans en

jaloux?
Pas

précisément;

avait rien à faire.

Hien?

mais l'achat étant

régulier

il

�DE SUEZ A AllEN.

Je

-

entends. La

vous

remuée. Elle
ont

piqué

a

diplomatie s'est pourtant
jeu les Turcs qui, en 1870,
d'Okelis, dont parlent Pline

au

les ruines

occupé

et Arrien. Il est vrai que le Bruat est
protéger nos bons Marseillais et créer

survenu

pour
de

dépôt

un

charbon.
Bravo!

-

Mais le B1'Uat s'est

-

refait des siennes. Le
blime

Porte,

a

en allé, et la diplomatie a
Sana, journal officiel de la Su­

proclamé l'occupation de ce point par
gouvernement a protesté. L'affaire

les Turcs. Notre
en

est là

...

Mais il faudrait la

-

réveiller,

non

qu'il

soit

urgent

d'établir là, peut-être une forteresse, mais en tout cas,
en aidant nos compatriotes, on ferait à la fois œuvre
commerciale et

plus

française.

Je suis de votre avis. Non seulement

on ne

forcé de relâcher à

trouverait à

-

Cheik el Saïd

Aden,

mais

on

serait

de l'eau et des vivres frais et à bon

marché. Je tiens d'un des membres de la commission

d'exploration qui
lonie,

et

dont le

fut

envoyée en 1884 dans cette co­
rapport doit dormir dans quelque

carton ministériel, que le mouton, que l'on paye à
Aden 35 francs, s,'y vend couramment 2 fr. 50. Et le
reste à l'avenant.

Tandis que nous conversions ainsi, le navire dou­
blait le cap Bad el Mandeb, au pied duquel, reliée par
un banc de sable que la marée met à découvert, se
trouve l'He
Nous

en

Quelques

aux

Huîtres et celle du Pilote.

trions dans l'Océan Indien

heures

et

ou mer

arrivions

des Indes.

cette

à Aden,
ville, mais au port de création, récente de
colonie, Steamer-point. Nous avions franchi en

douze

jours

encore

nous

non

la vieille

2943 milles

ou

5450 kilomètres.

�DE FRANCE EN

40

OCÉANIE.

Aden.
A peine le Varra jetait-il l'ancre que nous
voyons sortir du port par centaines, non des barques,
mais des façons de radeaux minuscules, menés à la
-

pagaie par un seul homme à peau sombre et luisante,
vêtu sommairement d'un simple pagne, ceignant les
reins et retombant

SUl'

les cuisses. Ces radeaux étaient

escortés par autant et plus de
geurs, tritons à tète crêpue, qui,
rent

sur

petits négrillons
bientôt,

nous

na­

montrè­

leur face luisante d'eau et de soleil le rire

éclatant de leurs dents blanches. Tout
sorte le navire d'assaut. Et

ce

monde

prit

riions de

en

quelque

les

voir, nègres et négrillons, quémander du geste et
regard le boxis, c'est-à-dire la pièce de monnaie

du

qu'ils

allaient chercher

rade. Nous avions

en

plongeant

nous

dans l'eau de la

les jeunes Napolitains

déjà
jouer
jeu, mais dans une mer plus sare; car ici les re­
quins abondent et il n'est pas rare que ces ébats amè­
nent quelqu'un de ces terribles peaux-bleues qui ne
se gênent pas pour happer un petit ou gros nageur
en entier ou en détail. Cependant d'autres indigènes
nous distrayaient du jeu de ces espèces amphibies en
nous offrant des oranges à un shilling le cent!
Le commandant nous ayant autorisé à descendre à
vu

ce

terre,

nous

laissant le choix entre rentrer à bord à la

nuit ou passer cette nuit à Aden, à condition d'être le
lendemain à bord à sept heures dumatin, nous nous
décidâmes pour

ce dernier parti (1.).
Steamer-point, bâti par les Anglais sur une île ceinte
de rochers, ce qui en fait une citadelle naturelle. est
rattachée à la terre ferme par une langue de sable.

(1) Généralement les navires des Messageries maritimes por­
tant le courrier d'Australie ne relâchent ici que douze heures;
mais il y a cependant des exceptions. Question de vitesse et de
marée.

.

��DE SUEZ A ADEN.

43

loin dans la pente d'un volcan éteint,
port oriental, abrité par l'Hot de Cyrah.
Les fortifications du port ne sont rien auprès de celles

Aden est

plus

dominant le

construites dans le cratère mème du volcan, le Djebel
Champchan, par les Anglais qui ont voulu en faire un

Gibraltar.

Steamer-point est port franc. Le nombre des navires
qui y font escale est de 450, environ, par an. On compte
aussi dans le port arabe 2000 barques activement
occupées au cabotage. Le commerce des caravanes
est évalué à plus d'un million de francs. Les impor­
tations et exportations atteignent plus de 5 millions de
francs dont 3 600 000 pour la houille qui vaut là
60 francs la tonne. La rade est large, sùre, bien abritée
contre les vents et praticable aux plus grands navires.
On y trouve une agence des messageries, un vice-con­
sulat français, des postes, le télégraphe et de confor­
tables hôtels, dont deux sont tenus par des Français:
l'Hôtel de l'Univers et l'Hôtel d'Europe.
La population de ce port et celle d'Aden se com­
posent d'Abyssins, de Persans, d'Indous (parsis et
cypayes) et d'Anglais. On y compte aussi de nombreux
juifs de Palestine. Ce sont eux qui, maigres, chétifs,
courbant l'échine et d'une malpropreté repoussante,
vous assaillent dès qu'on met pied à terre. Ils ont tou­
jours à vous vendre quelque chose: plumes, œufs
d'autruches, tapis, étoffes, tabac, etc. Ils sont insi­
nuants, ils sont patients, ils sont exaspérants. Il faut
pourtant les prendre pour guides, mais ils devraient
bien être seulement

Après
les docks

avoir

un

visité

peu moins sales!
rapidement Steamer-Point

de charbon, etc.,

,

dirigeâmes
vers Aden, qui en mule, qui à cheval, qui en voi­
ture, qui même à dos de chameau. D'autres prirent
nous

nous

�DE FRANCE E� OCÉANIE.

44

qui les conduisirent par le port arabe.
peut-être pas hors de propos de donner
à nos lecteurs, ne fût-ce que pour les empêcher d'être
volés lorsqu'ils feront ce trajet, un aperçu des tarifs
en usage pour faire cette excursion. Indiquons d'abord
des bateaux

Ici il n'est

la valeur des monnaies usitées.
Ce sont la

pie, qui
pièce

la

ble

1) fr. ; le

piastre,

vaut 16 annas;

de 4

anna

15 centimes

l'anna,

1) centimes. Il y

pies,

1 fr.

shilling,

25; la
12

ou

a encore

Voici maintenant le tarif exact:
BATEAUX

fr.

Par passager
Par passnger en plus
Du bord 11 terre seulement.
Bateau à l'heure
Pour

de 8 heures

plus

.

.

.

(1 piastre).

STEA�IEII-POINT

DE

.

A LA

Aller

G

annas

=

1

0.60

·1

O.GO

':/.roupies=

5.00

VILLE

ARABE

:

Il
l\lule..........................
I�
Ane...........................
1 roupio z
Voitures 11 ':/. places....
11 1 places
2
il 2 chevaux..
:3

annas

=

....

1

Cheval................
Chameau..

..

..

..

..

ET RETOUR

ALLER

..

..

..

.

..

..

.

(j

12
l\Jule..........................
ü
Aue...........................
':/. roupies 4
Voitures 2 places.....

Il

places....

..

..

..

..

3

..

il 2 chevaux........

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

7.50
2.50
1. 00

-

-

roupies

e=

=

=

=
=

armas

=

=

2.00
'1.00
5.GO

7.50
10.00
3.75
1.50

lIEURE

PAR

.

=

1.35
O.ÜO
3.00
5.00

DEMI-HEURE
unnus

4

1 roupie 8
Cheval...............
10
Chameau......................

Mule.

allnas

SÉJOUR D'UNE

AVEC

1.00
o.ao

:!

.

.

.

.

.

.

.

8

annas

=

pies;

le dou­

30centimes.

qui vaut

1'OU­

1.25

�45

DE SUEZ A ADEN.
fr.

5

Ane.........
Voitures 2 places......

1

roupie

2
4 places......
à 2 chevaux..:l
Cheval................
1
Chameau.......

tenir fermement et

en cas

6

3.&amp;0

5
(j

:'.75

2

2.80

6

1.00

8.50

augmente de moitié pendant la nuit. Il faut

Ce tarif

s'y

annas;=

0.75

menacer

d'en référer à la police

de contestation. Cela suffit

La route

qui

en

général.

mène de Steamer-Point à Aden est lon­

gue et dénudée. Mesurant 8 kilomètres, elle côtoie une
enfilade de collines où l'on remarque, en grand nom­

bre, de petits vautours au plumage sombre qui ne bou­
gent pas à notre approche. Parbleu! ces vautours se
savent utiles, car ils font partie de l'administration
de la ville que leur appétit dégoûtant purge de ses
immondices.

agents

Saluons

de la salubrité

ces

qui

atroces

et

peu

trouvent leur

coûteux

récompense

et leur vie dans leur travail même.

bâtie, assure la tradition, par
de Cham. Une autre tradition

Aden fut

petit-fils
tombeau
arabe

un

arrière­

place

là le

Il est certain que l'imagination
manquer d'attribuer la désolation de

de Carn.

pouvait
volcanique, qui fait presque regretter
à
désert,
quelque malédiction céleste. C'est bien
ce

ne

terrain

terre où le Jehovah de la

Bible, le

le

la

dieu des terribles

colères, devait avoir placé la dépouille maudite du

premier

fratricide. Le cadre convenait
Les

au

tableau;

on

légendes ne se créent pas autrement.
quelque célébrité pendant l'antiquité et le
moyen âge, après quoi, ruinée par les Turcs et les Por­
tugais, elle languit jusqu'en 1839, époque où l'Angle­
terre l'acquit du sultan de Lahey, moyennant une
pension dérisoire de quelques centaines d'écus à l'effi.

l'y

a

placé.

Aden eut

.

�46

EN

DE FRANCE

gie

OCÉANIE.

de Marie-Thérèse et finit par obtenir la cession de

touLe la

d'Aden.

presqu'He

Au bout d'une heure environ

étroit couloir à

nous

arrivâmes dans

peine
large pour assurer le
passage d'une voiture. Ce couloir se trouve entre deux
remparts de montagnes dont les crêtes sont soigneu­
un

assez

garnies de canons. L'entrée de ce coupe-gorge
également. Des cipayes au corps long et
maigre, à l'allure lente et dédaigneuse, à la face inso­
lemment calme, y montent la garde. Un pont-levis est
baissé chaque matin et levé chaque soir, afin d'as­
surer la nuit la parfaite sécurité de la ville. La nuit
de Christmas seulement on néglige cette précaution
tout à fait « moyen âge )J.
sement

est fortifiée

Aden

(Adana

en

arabe)

est

une

ville musulmane

qui ressemble à toutes les autres, sauf qu'elle est peut­
être plus propre. Il y règne cependant une certaine
animation qu'on ne l'encontre pas dans les autres
cités arabes, grâce au petit port qui est un centre de
cabotage assez important. Les rues étroites sont en­
core protégées du soleil par la disposition des étages
qui avancent les uns SUI' les autres et les toits formant
terrasses. Dans une des petites gorges de la monta­
gne à l'extrémité de la ville, derrière un maigre rideau'
de cocotiers et autres arbres entretenus à grands
est le château

frais,
neur

qui

sert de résidence

au

gouver­

anglais.

On

ne

saurait s'arrêter à Aden

sans

ternes de

Tawila, construites, dit-on,

ciens;

la

car

plaie

de

d'eau. Ces immenses

ces

visiter les ci­
par les Phéni­

pays désolés, c'est le manque

réservoirs, très profonds, maisde
irrégulière, sont -au nombre de cinq ou de six.
Leurs parois cimentées par un ciment qui a défié les
siècles, sont absolument étanches. On a calculé que

forme

�47

DE SUEZ A ADEN.

s'ils pouvaient jamais être remplis ils contiendraient
plus de 21 millions de litres, c'est-à-dire une provision
d'eau qui pourrait alimenter la colonie pendant deux
années; mais là est la difficulté. C'est à peine s'il pleut
deux fois par an. Il est vrai que ces pluies sont dilu­

viennes et

qu'elles remplissent assez vite

les citernes. Il

n'en arrive pas moins des périodes de sécheresse où
elles se trouvent à peu près vides. On cite une époque
où pendant quatre ans il n'a plu que deux fois.
manque d'eau les Anglais se
quelques années, il acheter pour
250000 francs le village de Scheick Othman distant de
9 kil. 500 d'Aden. Outre que ce village, au point de vue
stratégique, est très important, commandant toutes
les routes qui viennent à la ville-citadelle, il possède
des puits auxquels on pourra 'demander l'eau indis­
pensable aux besoins de la colonie en cas de disette.
On a donc construit un aqueduc pour amener l'eau de
ces
puits aux citernes.
Pour remédier à

sont

décidés, il

y

ce

a

Rentrons à Steamer-Point. Les distractions du soir
nous

feront oublier les tristesses de la ville et de

ses

environs. Nous vîmes passer, dans une sorte de fan­
tasmagorie, des rues, des cafés-concerts; c'est là que
nous aperçûmes pour la
première fois des parsis, ces

Indiens, adorateurs du feu et disciples de Zoroastre,
qui se nourrissent outre mesure, persuadés qu'il con­
vient de renforcer le corps pour que l'intelligence ne
décline pas. Avec leurs vêtements blancs, leur mitre
retenue par le cordon sacré, ils tranchaient sur les
Abyssins à la peau dorée, les nègres que nous cou­

doyons, avec les femmes de toutes nuances, blanches,
négresses, métisses, cuivrées, tatouées. Jambes et bras
nus cerclés d'anneaux d'or, d'argent ou de cuivre,
elles passent encore devan t nos yeux, à travers la fu-

�DE FRANCE EN

48

mée des

pipes

OCÉANIE.

et l'odeur du café. Par moment

nous

aurions pu nous croire dans le paradis de Mahomet,
où les femmes vertes, jaunes, oranges, rouges, toutes

embaumant
lement

ou

jeunes,

empestant

le

musc

et l'ambre, éternel­

attendent les élus mahométans lors­

que ceux-ci ont franchi au préalable le pont
pare l'enfer du ciel et dont le dos, tranchant

qui

sé­

comme

sabre, s'émousse seulement pour les fidèles.
Le lendemain, dès5 heures du matin, nous quittions
la ville et nous rentrions à bord, enchantés de notre
court

séjour,

mais moins enchantés de

l'aspect

de la

ville embrasée dès le malin par les feux du soleil. En
résumé Aden est le lieu le plus triste du monde.
A mesure que nous
de Caïn, dont les côtes

nons
nous

éloignions de ce tombeau
apparaissaient dans leur

rigoureuse nudité, nous nous rappelions le mot d'un
jeune savant géologue et naturaliste de nos amis qui
résumait l'horreur que lui avait causée Aden dans
cette formule:
Aden est

Le

vint

une

pierre ponce.

capitaine X
qui n'était
rejoindre, tandis que
...

,

me

pas descendu à terre,
nous

regardions

une

dernière fois les forts de Steamer-Point et les batteries
couronnant la ville arabe. Si

Obock

maintenant,

doigt désignait

un

me

point

nous

parlions

dit-il. C'est

de notre

là-bas. Et

son

visible à l'horizon.

Obock est situé à peu près en face d'Aden, sur la
d'Éthiopie. Les limites de notre territoire sont:

côte
au

nord Raz Doumerrah, au sud Rood Ali, à l'est la
et à l'ouest une chaîne de montagnes qui, par­

mer

tant de Raz

Taùjoura.

jusqu'au fond du lac de
rempli de nappes
qu'un forage peu considérable fera

Doumerrah,

va

Tout notre territoire est

d'eau soulerraines

�DE SUEZ A ADEN.

jaillir

du sol dès

le voudra. La chaleur

qu'on

quoique

excessive y est sèche el. par conséquent saine. Des
vents de terre, des brises marines la tempèrent plu­
sieurs fois par jour. Par Obock nous assurerons notre
libre navigation dans la mer Rouge et le détroit de

Bab-el-Mandeb,
blissement

au

en

complétant

la colonie par

cap Cheick-Saïd et la

un

possession

éta-:
des

îles Suba. Sans

compter que, par là, notre commerce
dans l'Éthiopie méridionale, qui est
avoir
accès
peut
et
et où notre industrie trouvera à
riche,
peuplée
de
achats et d'utiles échanges.
fructueux
opérer
Soit, mais Obock n'est qu'un point d'observa­
-

tion?
-

Pas

verneur

s'agit

Obock est constitué

précisément.

civil, garnison

et

maintenant de faire

avec

gou­

personnel administratif. Il
appel à l'initiative privée.

Notre situation y est excellente. Nous sommes en les
meilleurs termes avec les 'souverains et sultans des
pays limitrophes. Le sultan Dini qui nous a vendu ce
territoire pour 10000 thalaris (environ 50000 francs)
a

repoussé l'offre de surenchère que lui

Anglais, après lui avoir

ont offerte les

enlevé de force et

sans

indem­

nité l'ilot de Périm, où il aimait à se l'encire pour pê­
cher les tortues. Le roi du Choa, Meneleck, est en cor­
respondance avec le gouvernement français qui lui a

envoyé des présents. Or le Choa comprend 3 millions
d'habitants civilisés et

chrétiens;

on

y

exporte l'or

et

le musc, l'ivoire, etc.
Voilà bien la colonie administrativement insti­
-

tuée et militairement

garantie;

mais l'initiative

pri­

vée?
-

nuer

C'est

vrai, c'est

à elle

qu'il appartient

de conti­

l'œuvre commencée par MM. P. Soleillet, l'émi­

nent voyageur, notre ami

regretté

et par M. Denis de
4

�FRANCE EN

DE

50

OCÉANIE.

premier a fondé une factorerie, le second
compagnie Mesnier à faire escale pério­
diquement à Obock. Que d'autres compagnies l'imi­
tent et Obock gagnera tout le transit français.
Le

Rivoyre.

a

décidé la

Mon interlocuteur sourit et,
était venu,

comme

premier déjeuner

nous

le moment du

oubliâmes tout

pour descendre, ou plutôt rouler, dans l'escalier con­
duisant au salon. Car la houle commençait à se faire

sentir, la grande houle de l'océan Indien. Le temps
avait changé, on s'en aperçut au peu de monde qui
figurait à table et aussi à ceux qui s'en levèrent, avec

précipitation, cette pâleur et cet air d'angoisse
caractéristique du mal de mer, dont on rit, en atten­
dant souvent de l'éprouver à son tour.
cette

CHAPITRE III
D'ADEN A

MAHÉ

Le cap Gardafui.
mal de mer.

-

(ILES SEYCHELLES) (1305 MILLES).

L'île dé Socotora.

Le Pot

-

au

noir.

-

Le

Les ïIes Sey­
Remède de bonne femme.
chelles. Mahé: régates françaises à Port-Victoria en l'hon­
-

-

neur

du

Le cap d'Ambre,
jubilé de la reine.
Madagascar.
Nouvelles de France.
Diégo-Suarez, Antsirane.
-

-

la baie de
-

-

Un Gibraltar

Sainte-Marie.
mots

sur

Le 6

-

français.

Le côtre le Saint-Paul.

-

Tamatave.

-

Les

borosana.

-

-

L'île

Derniers

Madagascar.

juillet

1888

vers

les six heures du soir,

nous

doublons le cap Gardafui, l'Aromalum Promontorium
des anciens. Malgré les symptômes qui annoncent aux
marins

quelque

peu de

hUl'1\}ête:

le durcissement de la

.

�D'ADEN A
mer

et

un

MAHÉ

changement

(SEYCHELLES).

de vent, le

jour

til

est

encore

beau et clair. Nous pouvons donc parfaitement dis­
tinguer le très curieux rocher qui se trouve à l'extré­
mité du cap et
tesque. Il est à

qui semble le profil d'un lion gigan­
peine besoin de dire que l'un de ceux
admiraient
avec nous ce jeu de la nature et de
qui
notre imagination, car l'imagination est pour beau­
coup dans ces sortes d'impressions, se dévoua et, d'un
air inspiré, s'écria: c'est le lion qui garde le conti­
nent· africain, etc., et d'ajouter que nous nous mo­
quâmes de lui, tout en réfléchissant, à part nous,
que nous nous serions dévoué à servir cette phrase
classique si tous les autres y avaient manqué.
Nous passons bientôt par le travers de l'île Socotora ;
mais cette fois le grain est venu; il obscurcit tout. So­

cotora, capitale Tamaride, est située à 200 kilomètres
nord-est du cap Gardafui, par le 13° de latitude nord.
Elle

appartient à l'Iman

de Mascate. Sa superflcie est de

1600 kilomètres. La population

.

se compose en majeure
partie d'arabes. On y cultive surtout l'aloës. Les anciens
appelaient cette île Dioscorides insula. L'historique de
cette possession sera rapidement fait. En HiO!] les POl"
tugais s'y établirent, puis la délaissèrent. Les Anglais
l'ont occupée quelque temps en 1855. Ils en avaient
fait une station de leur navigation entre Suez et Born­
bay. N'en ayant plus besoin ils l'ont abandonnée.
Le grain continue; brumes sur brumes,
nous faisons connaissance avec les grandes lames de
l'océan Indien. De temps en temps quelques paquets
de mer qui rendent mélancolique le séjour sur le pont.
.

Nous sommes, du reste, entre le 1 ° et le GO de latitude
nord, dans la région que les marins, en leur langue
Pot

franche et

le

et

Le ciel roule

pittoresque, ont baptisée
jamais image ne fut plus vraie.

«

au

noir»,
un

�DE
amas
ne
en

FRANCE EN

de haillons sombres,

OCÉANIE.

sans cesse

déchirés,

et

qui

laissent passer que des lueurs livides. Ces lueurs
frappant le dos des lames leur donnent des tons

jaunâtres qui les rendent plus effrayantes à voir et
plus lugubres.
Ce spectacle n'est pourtant pas sans charme; et pour
ceux qui ont l'habitude de voyager et chez qui les nerfs
sont raffermis il a un attrait spécial qui les fait monter
sur le pont et s'y maintenir tant bien que mal en dépit
du vent et des embruns. Il y a là une sensation olt
humain trouve à se déployer. Regarder sans

l'orgueil

fin le navire lutter, s'élever, retomber, fendre l'eau,
dresser sa proue vers la vague suivante, vous passionne
bientôt. Le navire lulle et
avec

triomphe

lui. Il est curieux de noter aussi

malgré

diversité,

sa

est

toujours

et l'on

triomphe

comme

la vague,
ou du

la

même,

avec succession de formes qui semblent
rythme général. Qu'on ne sourie pas de
ramener ce spectacle à la musique; c'est il

moins revient

obéir à
nous

un

voir

elle

qu'on songe bientôt. Peu à peu, en effet, les yeux
se brouillent, les formes s'évanouissent et tout se
transforme à l'oreille en une sorte de symphonie qui
laisse bien loin derrière elle le souvenir des sympho­
nies instrumentales les plus tumultueuses et les plus'
terrifiantes qu'on ait pu entendre.
Mais on ne peut rester toujours sur le pont; il faut
descendre, au risque de se trouver mal à l'aise dans le
salon et les cabines. C'est il table surtout que l'on
constate les ravages faits par le mauvais temps. A

chaque repas c'est un vide de plus. Puis ce sont ceux
qui veulent braver le mal de mer, et qui, pâles encore,
mais résolus, se plantent sur un siège qu'il leur faut
quitter souvent trop tard.
Les passagères du Yal'1'a ne furent pas épargnées
...

�D'ADEN A

pendant

trois

ces

jOUl'S
jusqu'à

tînmes bon

nous

MAHÉ

que, à force de

défaites,

de
la

(SEYCHELLES).
grain.
fin,

nous

53

EL si nous-même

nous

avons

n'osons affirmer
vaincu enfin

ce

terrible mal. Qui peut se flatter de l'avoir vaincu?
Tel navigue dix ans, vingt ans sans accident qui, tout
à coup, échoue dans une barque de pêcheurs, un jour
que la mer est molle et que le bateau tangue et roule
à peine. Et c'est, souvent, au moment même où l'on

déclare que
s'abattre

jamais,

grand jamais, on n'a cédé à
dangereux fléau, qu'on le voit
et vous donner le plus éclatant
au

mais peu

l'horrible,

sur vous

démenti. Les anecdotes abondent. Nous

ne nous enga­
gerons pas dans ces récits qui n'ont rien de gracieux
ni de consolant; nous aimerions mieux donner un

remède pour ce mal absurde et triomphant, mais il
n'en est pas. Nous voulons dire seulement qu'il n'y
en a pas de scientifique; quant aux remèdes de bonne
femme, ils pullulent.
En 1872, lors de notre premier voyage aux colonies,
nous allâmes dire adieu il de vieux, très vieux amis
nous

que

elle

-

parla
-

ainsi

Mon

beau

en

Normandie. La vieille

quatre-vingt-quatorze

grand'mère

ans,

nous

-

:

petit

gars,

puisque

tu

vas

traverser

un

si

de mer, si tu ne veux pas être bien
cette gueuse, fais tè faire un petit sac

morceau

malade

grand

avions

avait

sur

comme

un

écu; boutes-y dedans

une

poignée

de gros sel gris et une pincée de safran en poudre;
puis dès que tu mettras le pied sur le batiau; tu te
s'ti

pendras

sac comme

un scapulaire, dans le

de

creux

l'estomaque.
Nous

promîmes,

de faire
tout.

cc

qu'elle

bien

entendu,

nous

Seulement, quand

avait

à notre vieille amie

prescrit;

on nous

mais

demanda,

à

ce

fut

bord,

si

�54

DE FRANCE EN

nous

connaissions

ingénument

OCÉANIE.

quelque remède,

notre conversation. On

nous

racontâmes

récria, on se
moqua: mais quelques dames, celles qui s'étaient le
plus moqué, n'en demandèrent pas moins, en secret,
du sel au cuisinier, du safran au pharmacien du bord,
et employèrent l'amulette; d'aucunes même m'en re­
mercièrent, à part et chaleureusement. C'est ce qui
nous a engagé à livrer notre secret à nos lecteurs
se

...

qui

en

feront

ce

qu'il

leur

plaira.

En sortant du Pot

au noir, nous passons l'équateur,
qui donnait lieu jadis aux cérémonies grotes­
baptême de la Ligne : coutume à peu près
tombée en désuétude au moins sur les paquebots.
Le 1.0' juillet au petit jour, nous jetions l'ancre par
une mer encore houleuse à P01't- Victoria,
port de
l'ne Mahé, capitale des îles Seychelles.
Les Iles Seychelles se composent, en réalité, de deux
groupes d'îlots: celui des Seychelles au nord-est, qui en
comprend une trentaine; celui des A mirantes au sud­

passage
ques du

au nombre d'une dizaine. Le climat y est chaud et
suffisamment salubre. Le sol est fertile. Il donne gi­

ouest,

rofle, poivre, riz, maïs, cannes à sucre. La principale
production était, jusqu'à ces dernières années, l'huile.
de coprah, mais la concurrence ayant amené sur
cette denrée une baisse considérable, les grands pro­

priétaires

se

sont mis

il pousser la

culture de la

vanille.
La population blanche et de couleur, d'origine
française, est la plus considérable, l'élément anglais
n'est représenté que par 1.,500 âmes sur 1.5,000: chiffre
de la population totale. Le passager de notre pays qui
débarque est, entouré de tant de sympathie, il se trouve
au milieu de gens si ouverts et si gais qu'il lui faut un
effort pour se figurer qu'il foule du pied une terre an-

�D'ADEN A MArrÉ

glaise.

Il

Mahé,

ou

faut, du reste,

(SEYCHELLES).

ti5

rendre justice aux

Anglais de
cherche,

du moins à leur administration. Elle

par tous les moyens possibles, à faire oublier aux popu­
lations l'iniquité de sa conquête. Il y a aux îles Sey­
chelles

très

un

quelquesfrançaises

uns

nombre de fonctionnaires

petit

anglais;

même sont créoles. Les manifestations

sont

tolérées;

notre

pavillon

n'est pas pros­

crit. Ainsi, au fameux jubilé impérial et
célébré le cinquantenaire de l'avènement

royal qui
au

a

trône de

l'impératrice-reine Victoria, les nombreuses embarca­
tions qui sillonnaient la rade, et même un des vapeurs
chargés de la police des courses, battaient le pavillon
tricolore, si bien qu'on se fût cru chez soi, comme
nous le disait le très aimable et très français consul,
M. M

...

.

L'historique rapide de
quête des îles Seychelles
f

la découverte et de la
fera

comprendre

con­

combien

de tels sentiments y ont de racine. Connues de Vasco
de Gama en 1502, elles furent appelées par lui lles
des six

frères.

Eu

1742,

le

capitaine

Picaut

en

prit

de la France, et leur donna le nom
du gouverneur des Indes: Mahé de la Bourdonnaye,
Pendant la Révolution, elles servirent de lieu de dé­

possession

au nom

portation politique.
familles
uns

s'y

Des membres des

plus

anciennes

y furent amenés; quelques­
marièrent à des esclaves mozambiques; beau­

aristocratiques

coup y sont restés. En 1794, sous le gouvernement
du chevalier de Quincey, les îles furent livrées au
commodore

anglais Newcome, qui commença par
paternellement Mahé. Le traité de 1814
en assura la possession à l'Angleterre.
D'où vient ce nom de Seychelles que portent ces
iles? Malgré l'orthographe, c'est le nom du ministre
de la marine, Hérault de Séchelles, qui y fonda le prebombarder

�56

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

miel' établissement d'instruction

publique.

La

plupart

des usages sont français; la langue l'est restée aussi,
un peu dénaturée par la prononciation créole: ma

beloude pour

ma

blouse, je gelisse pour je glisse, moi

pas pour je ne sais pas.
L'ile de Mahé mesure 30 kilomètres

ne cont

de

largeur.

P01't- Victoria

ouvre sa

bordée de récifs: cette rade est
défendue. La ville s'étend

sur

rade

7 kilomètres

sur une

magnifique

côte

et bien

fond, dans un vallon res­
boisées; elle se compose de
petites habitations en bois, éparses dans la verdure
touffue de tamariniers, bananiers, cocotiers qui pous­
sent dans le vallon et sur les collines. Le plus limpide
au

serré entre deux collines

des ruisseaux

C'est à

arrose

regret

quittons cette petite France,
Français qui nous ont si bien
garderons toujours uu bon souvenir

le consul et tous
accueilli. Nous
de

ce

que

et alimente cette verdure.

que nous
ces

nous avons

vu

et entendu à

Mahé, et du

que nous y avons fait, où nous avons goûté
des huîtres du pays, très délicates et d'un bon marché

déjeuner

à faire rèver les

Parisiens,

amateurs de

ces

coquillages

1 fr. 25 le

(un shelling,
cent).
Le 11 juillet-nous quittons la

rade do

Mahé, passant
Amirantes,

près de l'île plate, laissant à tribord les
l'île Alphonse; à babord l'ile Poëtivi.

l'aube, nous apercevons les îles de la Providence,
Saint-Pierre, les îles Joao da Nom, appelées depuis

A

de

Iles

Farquhar,

en

l'honneur de sir Robert

Farquhar,

gouverneur de l'ile Maurice, en 1814.
Le 15, le matelot de vigie vient de crier Terre,
beau regarder encore, nous ne voyons
ce point imperceptible qui, pour le
même
pas
marin, est la terre, et qu'après quelques voyages, on

Nous

avons

rien,

commence

à tleoiner

comme

eux, alors que le reste des

�DE

MArrÉ

A

MADAGÀSCAR.

57

passagers s'écarquille les yeux sans succès. Cependant,
comme nous marchons avec une vitesse de 14 nœuds

apercevoir et voir grossir
point.
Madagascar, la France orientale
de Richelieu, 'Madagascar qui nous appartient depuis
cent quarante et quelques années, mais où nous
avons pris pied récemment, pour ne plus la quitter,
car, grâce à l'audace et à la prudente énergie de
l\L Le Myre de Vilers, notre résident général, notre
situation, très incertaine d'abord, s'est affermie pro­
à

l'heure,

nous

finissons par

C'est l'He de

ce

fondément.
Nous

pas ici de la

place suffisante,
rapide de l'histoire de
sur Madagascar. Nous nous conLen­
tons de renvoyer il l'ouvrage de M. IL Le Chartier,
qui vient de paraître (i) sous ce titre: Madaqascar,
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours
et qui contient, outre les documents nécessaires
pour connaître à fond l'He, ses peuplades : hovas,
sakalaves, antankarcs, etc., l'histoire des luttes de ces
dernières années et le gouvernement de M, Le Myre
ne

disposons

même pour faire
notre protectorat

un

résumé

de Vilers.
Revenons à notre voyage.
Après avoir doublé le cap

dans la baie de
nous

Diégo-Suarez,

allons mouiller à

d'Ambre,
ou

Antsirane,

sidence du commandant et

nos

nous

baie des

entrons

Français; et

où se trouve la ré­

divers établissements

militaires.
Le Yan 'a

ne

devant passer que le temps nécessaire
le matériel

pour

décharger

surer

l'existence de

il

nous

aurait fallu

(1) Bibliothèque

qu'il apportait, pour as­
dépôts militaires ct maritimes;
quitter trop rapidement ces points

nos

instructive: Jouvet el

Cie, éditeurs.

�58

FRANCE

DE

OCÉANIE.

EN

•

nouvellement occupés. La vue d'Antsirane, les pro­
grès réalisés, l'activité qu'on y déploie, Lout nous
charma tellement, que nous regrettâmes d'avoir arrêté
notre

passage jusqu'à l'Ile de la Réunion. Nous flmes

part de notre désir de demeurer au commandant du
Yarra, qui non seulement nous engagea fortement à
suivre notre pensée, mais encore nous fit comprendre
que c'était le seul moyen de visiter utilement la côte
est de l'île, de Diégo-Suarez à Tamatave, en profitant
d'un des navires
il

nous

font le

qui

serait facile,

De Tamatave

cabotage.

assura-t-il,

nous

de trouver

transport pour gagner Saint-Denis.
Bref, toutes les difficultés aplanies, tous les

gements pris,

nous

faisons

adieux

nos

aux

du Yan·a. On fusionne vite à la mer, et en
jours on s'y fait une sorte de famille, famille
tout étonné d'aimer

lorsqu'on

La baie de

Diéqo-Suarez
certain nombre de géographes

a

la

un

arran­

passagers

quelques
qu'on est

quitte.

été

comparée par

un

à la baie de Rio-de-Ja­

neiro, qui est une des plus belles du monde. Elle
forme quatre autres baies ou ports intérieurs. On ac­
cède à ces quatre baies qui n'en forment qu'une, par
un étroit et long chenal qui rappelle assez bien le,
goulet du port de Brest.
Les avantages naturels de Diégo : situation à la
pointe de l'île, beauté de la rade, salubrité par­
faite, ont décidé le gouvernement français à installer
sur ce point un établissement à la fois militaire et
commercial. Hier, en effet, nos colonies de l'Océanie,
«

la Nouvelle-Calédonie et Tahiti

parées de la métropole,
port de ravitaillement
nous

toute

tenons une escale
une

flotte

peut

sans

», se

trouvaient sé­

que notre flotte eût

un

de

refuge. Aujourd'hui
indispensable, une rade où
ou

trouver abri contre les coups

�DE:

MAHÉ

A MADAGASCAR.

59

brusques et si dangereux de l'océan Indien.
Diégo-Suarez, on signale l'arrivée du
des
Messageries
qui fait le courrier entre
paquebot
Obock, Zanzibar, Diégo, Tamatave et la Réunion. Et
de vent si

Descendus à

chacun de courir pour ne pas manquer d'une minute
lettres, paquets et journaux d'Europe. Il faut avoir

les

au loin pour comprendre l'émotion avec laquelle
brise le cachet d'une lettre et la bande d'un journal

été
on

datant d'une

vingtaine de jours.
s'effaça bientôt devant la satisfaction que nous
éprouvâmes à constater la rapidité surprenante des
travaux conçus et exécutés depuis l'occupation de ce
point de territoire.
A côté de nos soldats, des colons déjà nombreux,
rassurés par le bon air des travaux de défense qu'on
a déjà exécutés, sont venus de Maurice et &lt;le la Réu­
nion. Nos alliés, les Sakalaves, heureux de fuir la
sanguinaire tyrannie des Hovas, sont venus mettre
la note gaie, indigène dans ce qui est maintenant
une ville de plus de 3,000 âmes et qui n'était, il
y a deux ans à peine, qu'un misérable village mal­
gache.
Tout

A près avoir examiné les

tions, etc.,
blockaus

le

casernements, les fortifica­

montons à cheval pour aller visiter
de Matsinisoa, établi à une douzaine de

nous

kilomètres d'Antsirane et le poste qui garde la route
d'Ambohemarina, près d'un plateau où les Hovas ont
construit des fortifications.

tramway relie Antsirane

Un

diables de

noms

qu'il

faudra

un

Matsinsoarivo,
peu franciser, n'est-ce
à

-

On doit pousser la route qui relie ces deux
pas?
points jusqu'au pied de la montagne d'Ambre, &lt;lu
sommet de laquelle on aperçoit notre possession
de Nossi-Bé, Cette montagne renferme plusieurs
-

�60

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

thermales

sources

pourra utiliser

qu'on

les

pour

malades.
à la hauteur de

Presque

il existe

occidentale,
bovanibé

une

Diégo-Suarez,
autre

sur

la côte

la baie d'Am­

baie,

n'est séparée de la première que par un
isthme de 8 kilomètres. Un canal peu coûteux relierait
ces deux baies et détacherait ainsi la
presqu'île du

qui

reste de la

grande

Ce travail

terre.

nous

donnerait

véritable Gibraltar.

un

Nous

et nous

quittons Diégo

entendons

nous

avec

brave créole de la Réunion, capitaine au cabotage,
pour visiter la côte est, de Diégo à Tamatave. Quand
un

nous en

en

l'air,

vous me

cela.
Le

vlnmes à discuter le

prix

et roulant des yeux:

parlerez

de la France,

petit

côtre le Saint-Paul était bon
une

rien, dit-il,
comme

marcheur;

du

brise favorable. Nous Iùmes

promptement hors de la baie,

qui

ne veux

je serai content

»

reste, il soufflait
nous

du passage, il sauta

Je

«

et

peu ùe

en

temps

relevéPm't-Louquez, Port-Leven, Vohémm'
principal point de traite commerciale de la

avions

est le

côte est. La salubrité de cette dernière

des communications

avec

baie, la facilité
possession de Nossi­

notre

Bé, la bonne qualité et l'étendue des terres de culture
qui l'entourent, la désignent pour la colonisation. On
en exporte surtout les bœufs, les peaux et le cristal
de roche.

Après

avoir doublé le cap

mouiller dans la baie

Masouala

d'Antongil

où

se

allons

nous

trouvait

jadis

notre colonie de Port-Choiseul. A 90 kilomètres envi­

parallèlement
Marie; l'extrémité
ron,

à la

côte, s'allonge l'Ile Sainte­

nord forme

Pointe à Larrée la baie de
Un peu

plus

au

sud

se

avec

le

petit

cap dit

Tintingue.
trouve la baie de Fénérive.

�DE MAntt A MADAGASCAR.

Les

indigènes

de Fénérive ont la

et excellents

rares

tructeurs de

marins,

(il

réputation d'être de
plus habiles cons­

et les

de toute la côte.

pirogues

A :1.8 lieues environ de Fénérive s'ouvre la baie de

Foulepointe

où l'on

ne

peut jeter l'ancre que dans la

belle saison.
Nous voici à Tamatave

(Toamasina), le chef-lieu
Madagascar. Autrefois' pauvre petit vil­
lage de pêcheurs, Tamatave est aujourd'hui un marché
important. C'est le point de départ de la route con­
duisant à la capitale de l'tle, ce nid d'aigle appelé Ta­

maritime de

nanarive. Ce port possède une forteresse pouvant con­
à 3000 hommes. Un résident français,

tenir 2000

M, Joël Le

Savoureux, fait

Tamatave l'accueille

plus

à tout

compatriote

visitant

cordial.

bon

aspect. Outre de nombreuses mai­
l'européenne et des hôtels très confortables, on
remarque l'habitation du gouverneur hova, la maison
du grand juge, les bâtiments de la douane, qui occu­
pent une superficie considérable. Le commerce y est
florissant. On y exporte rien que pour Maurice et la
Réunion de 10 000 à:l.2 000 bœufs chaque année. Il
vient de l'intérieur, à dos d'hommes, des peaux, du
caoutchouc, de la cire, etc.
Le mouvement est grand dans la ville, les bazars
sont pleins de vendeurs, les borozana
ou porteurs
circulent dans les rues par bandes considérables,
Tamatave

sons

a

à

-

-

armés de gros bambous et vont
les traitants.

ils

chez

Ces borozana sont fort curieux à examiner. Quand
ne sont
pas pris, soit pour porter des fardeaux, soit

pour

on les voit flâner, fiers
drapés dans leurs lambas
le
général assez crasseuses,

transporter les voyageurs,

comme
-

prendre charge

des

pièces

hidalgos,

de toile

en

bien

-

�62

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

chef recouvert d'un

chapeau d'une paille dont la
pluies, est devenue indé­
cise. Ou bien, accroupis sous les varangues des ma­
gasins ou le long des clôtures, ils flânent, dorment
couleur,

sous

le soleil et les

rendent mutuellement le service de tuer leur­

ou se

vermine.
A-t-on besoin de
-

pour le filanzana,
borozana se présen­

quatre porteurs

palanquin malgache

-

vingt

n'a que l'embarras du choix. Les refusés,
philosophie, vont s'étendre de nouveau sous les

tent

: on

avec

varangues. La rue est pour eux leur dortoir, leur
salon, leur cuisine. Au coucher du soleil ils s'empilent
les marches, s'enroulent, se recroquevillent et
jusqu'à l'aurore prochaine.

sur

dorment
Ce
vers.

pour pittoresque qu'il soit, a son re­
Ces tas de chair humaine répandent aux envi-

spectacle,

des lieux où ils s'entassent l'odeur

l'ons
.

fade, péné­

trante, caractéristique du nègre, rehaussée par la
senteur chaude et nauséabonde de l'huile de

ils

s'oignent

cette

avec

fureur. Si

coco

dont

forte, si pénétrante

est

odeur, qu'elle finit par vaincre celle des jasmins

et des orangers que la brise du soir

répand

dans les

jardins.
est au juste le
dangereux qu'on

Quel
aussi

climat de Tamatave? Est-il
le dit?

ment, mais il devient de plus
mesure

rais où

A

population a crû! on a desséché les ma­
croupissaient les eaux et, comme toujours, la
aura

n'est due

races

Il l'a été certaine­

plus supportable.

que la

civilisation

qui

...

en

entièrement raison de l'insalubrité

qu'à l'incurie,

à l'idiot fanatisme des

inférieures.

Les environs de Tamatave sont riants et

pittores­

ques. Prairies verdoyantes, sombres forêts, d'où s'é­
lancent les tiges des cocotiers, des bosquets de juju-

�DE

MAHÉ

A

MADAGASCAR.

biers, de bananiers, d'orangers, de citronniers, etc.
Enfin, au dernier plan, on voit se dresser les premiers
contreforts des

montagnes

de l'intérieur.

Une des curiosités de cette ville est l'établissement
horticole de M. Humblot. Ce naturaliste
habite

français, qui

collection d'orchidées,

seize ans, a réuni la plus belle
de cycadées, de fougères que

l'on

Sa collection de

ce

pays

depuis

puisse imaginer.

plantes palu­

déennes est de toute rareté. La science lui doit d'utiles
et nombreuses découvertes.

Tamatave est relié par le télégraphe à Tananarive.
septembre 1.887 que cette inauguration a
eu lieu. Le service est fait par des Français qui ont

C'est le 15

pour élèves de jeunes Hovas. C'est à l'initiative de
M. Le Myre de Vilers que l'on doit cette importante
am élioration.
Nous aurions bien aimé aller

mais c'eut été

un

chaise à porteurs
étant données les limites que
-

jusqu'à Tananarive;

voyage de dix jours
: ce n'eût pas été

-

raisonnable,

avions fixées d'a­

nous

à notre voyage.
Pour bien visiter Madagascar et

fitacon

en

vance

des

se

rendre

française cette
qu'offre
est
à
celle
de la France
superficie
supérieure

île, dont la
actuelle,
590,000 kilomètres carrés, tandis
n'a
pays
que 528,576 kilomètres carrés,
-

non

compte

à la colonisation

ressources

seulement visiter

sud-est,

capitale

mais

comme nous

pénétrer

que notre
il faut

-

l'avons fait la côte

dans l'intérieur où

se

dresse la

de la reine Ranavalona III.

Il suffira néanmoins d'avoir

accompli le voyage que
fait pour être persuadé de la richesse de
Madagascar. La côte Est est boisée, souvent sur une

nous avons

de 10 à 12 milles. Il est vrai qu'il n'en est pas
de même de l'intérieur. Le bœuf vaut de 25 francs à

largeur

�DE FRANCE EN

64

55

francs, le

tortue

mouton i

fr

caret, qui donne

,50

une

OCÉANIE.

pèche la
jaune estimée. Le

à 2 francs. On y

écaille

riz, la canne à sucre, le café, le manioc, y viennent
abondamment. On compte encore le tabac, la vigne,

vanille, la gomme copale, le caouLchouc. Enfin les
montagnes recèlent le fer, l'étain, le cuivre, le mer­

la

l'argent et l'or. On y trouve d'abondantes mines
de houille et le cristal de roche.

cure,

peuplée, eu égard à l'étendue
d'indigènes seulement oc­
cupent cette grande île. Cette population est partagée
en grand nombre de peuplades dont les principales
sont: les Sakalaves à l'ouest; au centre les Hovas; à

Madagascar

du territoire;

est peu

car

3000000

l'est les Betsimsarakes. Seuls les Sakalaves

nos

alliés

n'ont jamais voulu se laisser dominer par les Hovas,
ils viennent de Malaisie
ces étrangers
qu'ils ap­
-

-

pellent chiens-porcs.
peuplades sont dési­
sous
le
nom
de
gnées
générique
Malgaches.
Avant de quitter Tamatave, le capitaine du Saint­
Paul nous accompagna à la résidence française, où
il voulait porter son obole à la souscription ouverte
Toutes

afin d'élever

un

ces

monument à

nos

soldats morts

sous

les balles hovas. Le commandant des Essarts, avant
d'opérer l'évacuation de Tamatave, a exigé, en efïet;

qu'un emplacement fût

réservé à cet effet. Il n'en

sera

pas cette fois comme pour les marins et les soldats tués
en 1849, dont les têtes plantées au haut de bambous,

lagune de Tamatave, restèrent ex­
posées
outrages des indigènes et aux intempéries
du temps, jusqu'à ce qu'un créole de la Réunion, indi­
gné de cet abandon, leur donnât la sépulture.
Nous avons avec regret dit adieu à Madagascar. La
dans le sable de la
aux

côte baisse à

de la

ligne

nos yeux. Nous ne pouvons les détacher
onduleuse qu'elle fuit encore au-dessus de

��DE

MADAGASCAR A LA RÉUNION.

67

l'eau. Nous partons tranquilles cependant, car nous
savons que M. Le Myre de Vilers a su mener à bien

qui lui avait été confiée. Puissent ses
énergie, sa fermeté, persuader ceux

la tâche délicate

rapports,

son

qui

gouvernent de la nécessité de coloniser
qui peut et doit être

nous

sérieusement cette He immense
notre Australie!

CHAPITRE IV
DE MADAGASCAR A

L'ILE

DE LA

LES ILES DE LA

Calme

plat.

créoles!

-

Le Grand-Brûlé.

Blancs et noirs.

-

RÉUNION

RÉUNION

ET

(374 MILLES) (1).
MAURICE.

Saint-Denis.

-

-

Vivent les

La.
Immigrations indiennes.
Excursions dans l'Ile.
martyrs.

-

-

danse du feu: fanatiques et
Le pic de Salazie.
Un chemin de fer il bon marché.
-

-

-

-

Un

L'île Maurice. Le Pouce.
peu de statistique commerciale.
Tombeau de Paul et Virginie.
Légende des îles Bourbon et
-

-

Maurice.

-

L'intendant Poivre.

Dé Tamatave à Saint-Denis de la Réunion il y a
374 milles j c'est un voyage de deux à trois jours en
bateau à voile. Nous accompli mes celle traversée dans
les conditions les

plus heureuses. L'aimable compa­
capitaine du Saint-Paul ne nous manquait
pas le jour, mais la nuit n'était pas aussi agréable,
l'unique cabine du cotre, servant de rendez-vous à
une légion de rats audacieux, qui ne se gênaient nulle­
gnie

du

ment pour venir pousser des reconnaissances sur notre

(1)

De Tamatave ù Suint-Denis.

�68

DE

corps et jusque

sur

OCÉANIE.

FRANCE EN

notre

figure.

pas s'habituer à tout?
Il faut le dire pourtant,

Mais

nous

en mer ne

faut-il

vite

aspirâmes

au

port, malgré les distractions que nous procuraient la
frayeur des poissons volants qui venaient s'abattre sur
le pont, la pêche de la bonite qui abonde dans ces pa­
rages et dont la chair délicate réjouit les plus fins gour­
mets. Grave émotion!

nous

apercùmes

une

baleine,

et

serait

qu'il
permis
capitaine ne l'entendit pas ainsi.
Nous n'avions ni le temps ni les ressources nécessaires
pour opérer, sans dangers, cette pêche compliquée de
chasse, qui ne laisse pas que de donner lieu parfois à
espérâmes
harponner.

un

nous

de la

moment

nous

Le

de graves accidents.
Quelle est cette lueur
-

rouge?

sortant de la cabine où

en

coup,
trouver le sommeil.
-

-

fîmes-nous tout à
nous

ne

pouvions

C'est le
Un

phare de l'He de la Réunion.
phare de cette dimension? on dirait

un

vaste

incendie.

phare naturel, un volcan, le Grand-Brûlé,
guide en mer la marche des navires.
Nous y voici donc plus tôt que vous ne l'espériez,
capitaine?
-

Un

dont la lueur
-

-

Nous y

voici?

...

pas

encore:

Gare à la bo­

nace!
En

effet, la brise qui mollissait, mollissait,

tomber tout à
le

long des

fait;

et les voiles de

mâts et de

pendre

se

mit à

s'appliquer flasques

bientôt

comme

les ailes

blessé, tandis que le navire se
mettait à rouler. En panne, tout à fait en panne. Pour
combien de temps?
inertes d'un albatros

...

C'est ici que l'on maudit la navigation iL la voile et
que l'on regrette la vapeur, malgré la chaleur, l'odeur

�DE

MADAGASCAR A LA

de la machine et

sa

trépidation;

avoir trouvé le progrès absurde,
blasphémé ce dieu moderne.
Il fallut donc

la terre, où

un

RÉUNION.

patienter

bon vent

tout

nous

c'est ici

on se

un

69

qu'après

repent d'avoir

long jour en vue de
en quelques

eût menés

et ce ne fut guère que vers le milieu de la nuit
le
navire
se mit à avancer un peu. La chaleur
que
faisait
dans
la cabine et notre impatience nom
qu'il

heures,

avaient décidés à passer la nuit sur le pont; aussi
fûmes-nous réveillés à l'aube. Étincelant réveil! L'Ile
de la

Réunion

encore

sombres,

nous
sous

apparut, émergeant des
la forme d'un massif

eaux

granitique

de 3,500 mètres d'altitude, dont le sommet se perdait
dans les nuages. Le soleil qui se levait derrière ce
massif en projetait pour ainsi dire en avant les con­
tours. Le

globe

entre les

trois

du

jour jaillit enfin, clair et brûlant,
pics de Salazie; il dépassa la plus

haute

aiguille, et ce ne fut que flammes, rayons et
étincelles; tandis que, montant de l'eau, une brume lé­
gère semblait entourer d'une écharpe de gaze la base
de l'île, tout à l'heure si nettement profilée sur l'eau.
C'était invraisemblable, féerique. Hélas 1 que ces
quelques mots qui cherchent à rendre nos impressions
sont imparfaits; que leur coloriage rend malles nuan­
ces si vives, si délicates et si changeantes de ce rare
spectacle 1 Il faut avoir vu ces splendeurs du lever du
jour ou de son coucher pour que les mots puissent en
réveiller le souvenir. Sans cela tout

fond;

c'est la

palette

où les tons

se

pâlit

et se

heurtent

sans

con­

rien

produire de vivant et de vrai.
Nous quittons avec une effusion sincère le capitaine
du Saint-Paul qui a voulu nous installer lui-même à
l'hôtel de l'Europe, nous l'avons laissé aux dou­
ceurs de la famille représentée par une négresse à

�70

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

l'air riant et

cinq petits négrillons à la physiono­
également riante et aux grâces un peu si­
miesques.
A Saint-Denis de la Réunion, on descend plutôt
dans les maisons particulières que dans les hôtels.
Tout le monde loue, en effet, en meublé, quelque partie
mie

de

sa

maison;

n'a que l'embarras du choix. Dès
d'aimables céoles viennent vous offrir

on

qu'on débarque,
leurs services:
bon Irai

(kari').

-

El

Vous bien
ce ne

couché, bien noui, man.qé

sout pas de vaines promesses;

l'hospitalité qu'elles offrent,

pour payée qu'elle soit,
n'en est pas moins une sorte d'hospitalité; car elle
n'occasionne que peu de frais; agrément rare en
voyage el qui n'en est que plus appréciable et ap­

précié.
Réunion, qui s'est appelée île Bourbon
Bourbons, forme avec l'île Maurice, les îles

L'île de la

les

sous

et Cargados, le groupe des îles Mascarei­
ainsi
nommées à cause du portugais Masca­
gnes,
reühas, qui y aborda en 1.545. La Réunion fut presque

Rodrigue

aussitôt abandonnée que découverte. Les Hollandais
y vinrent ensuite, mais ils n'y formèrent point d'éta­

blissement sérieux. En 1.643, un siècle après la dé-.
couverte, M. de Pronis eu prenait possession au nom
et pourtant cè ne fut que vingt
la
France
après que
y envoya des colons: une
et
d'hommes
quelques femmes malgaches.
vingtaine

du roi Louis

XIII;

ans

En 1.720 la colonie

comptait 2,000 habitants. Parve­
plus
point de prospérité sous le gou­
vernement de Mahé de la Bourdonnais, elle fut prise
par les Anglais en 181.0, et rendue il la France par le
nue

à

son

haut

traité de 1.8 i4.
La

Réunion, dont la superficie

ires carrés et

qui

mesure

est de 1

,980

kilom�­

220 kilomètres de

circuit,

�DE MADAGASCAR A LA

RÉUNION.

7:1

une population de :180,000 ha­
56,007 blancs, 123,807 de gens de couleUl'­
Le cli­
Cafres, Malgaches, Malabars, Chinois, etc.

actuellement

possède
bitants

:

-

(250 en moyenne), mais cette chaleur
supportable par de grandes brises venant
du sud-est. Ces brises jointes à l'escarpement des côtes
rendent la mer très mauvaise, et la pèche périlleuse.
Il y a quelques années même l'on était encore forcé,
pour débarquer à Saint-Denis, de grimper après une

mat est chaud
est rendue

échelle de corde et les femmes
baille. De

une

se

faisaient hisser dans
année des cy­

plus presque chaque

clones dévastent les

côtes,' arrachent et

dispersent les

plantations.
VUe est divisée

deux arrondissements

en

:

à l'est

l'arrondissement du Vent, dont Saint-Pierre est le
chef-lieu (28,581, habitants); à l'ouest celui sous le Vent
où

trouve

se

L'aspect

Saint-Denis, capitale de l'île.

de Saint-Denis est ravissant. Adossée à la

montagne,

d'une ceinture de

entourée

jardins,

d'arbres

verts et luxuriants de cette

tation

et désordonnée des

ville

qui
ce

toujours
puissante
semble, vue

s'enlr'ouvrirait

paradis.

et

végé­
tropiques, la

de la mer, sortir de la montagne
juste assez pour laisser apparaître

Et l'on n'est pas désenchanté

pénètre. Si le quartier commerçant

quand on y
en pierre,

est bàti

les autres habitations sont semées dans des

jardins

de vanilliers, précédées de longues ave­
de ledchis. Le palais du Gouvernement domine

d'orangers,
nues

des varangues qui l'entourent on plonge
au-dessus d'un océan de verdure. Et la

la

ville;

la

mer

serne! rien
être des

Denis

n'y

a

troupes.

possède
botanique où

sur
ca­

épargné pour assurer le bien­
point de vue administratif, Saint­

été

Au

une cour

d'appel,

un

lycée, un jardin
plan les les

sont réunis les fleurs et les

•

�'72

DE FRANCE EN

plus merveilleuses

des

OCÉANIE.

tropiques.

A

ce

jardin

est

an­

muséum d'histoire naturelle. On y remarque
notamment un bocal dans lequel baigne l'avant-bras
nexé

et la

et de

un

main, de forme pure et encore garnis de bagues
bracelets, d'une jeune femme, bras trouvé dans

le ventre d'un

requin pris

dans la rade.

Et les habitants? Les habitants? mais il est difficile

de trouver

une race plus affable, plus séduisante que
créole. Les hommes sont accueillants, pa­
triotes; ils pratiquent l'hospitalité à la vieille façon

la

race

il n'y a qu'à répéter :
Trop charmantes, car bieu des
têtes de notre connaissance ont tourné à les voir, jus­
qu'à oublier l'heure de l'embarquement. La noncha­
lance gracieuse de la démarche de ces Françaises de

française. Quant

femmes,

aux

elles sont charmantes.

•

la

mer

des

Indes,

la

rare

finesse des attaches et des

extrémités, leur accueil à la fois séduisant et un peu
hautain, mais encore avec amabilité: tout cela vous
charme et

vous

cause un

trouble

qu'ou

voudrait et

qu'on n'ose pas laisser paraître. Les mulâtresses en
robes de mousseline de couleurs vives et claires, avec
façon spéciale de jeter la tête de côté sur l'épaule
balançant les hanches, sont aussi fort agréables.
à voir; et les plus raisonnables eux-mêmes ne sont
pas il l'abri des distractions qu'elles causent.
Ce qui frappe le plus en arrivant à la Réunion,
c'est l'antagonisme de la race blanche et de la race
noire, et principalement la situation de la race inter­
médiaire, qui devrait servir de trait d'union entre
ces deux races maintenant également libres. Oui, ces
mulâtres que nous comptons pour blancs en France,
il condition qu'ils n'abusent pas trop de la permis­
sion qu'on a d'avoir le teint coloré, sont là-bas dé­
daignés par les blan,cs, et haïs pal' les noirs. On ne
leur
en

��DE

IIIADAGASCAR A LA

RÉUNION.

7,;

peut comparer leur situation qu'à celle des modérés,
des gens des centres dans les assemblées politiques,
de tous ceux enfin qui ne sont ni noirs ni blancs.
Les

uns leur reprochent de ne pas être assez mon tés
couleur, les autres d'en avoir trop. Ils s'en ven­
gent en venant en France, où l'on apprécie leurs qua­
en

lités

qui

sont réelles: finesse et hardiesse.

C'est à l'abolition de

l'esclavage que remonte cette
situation. Il faut le dire, l'abolition de l'esclavage a eu
non
seulement ces conséquences inattendues, au
point de vue de la fusion des races et du règne de
l'égalité, mais encore des résultats désastreux au
point de vue économique. Il est certain que le légis­
lateur, mû par une pensée d'ordre supérieur, ne s'est
pas embarrassé de considérations pratiques. Périssent
tes colonies plutût qu'un principe! a dit cet homme à
courtes vues, mais à énergie froide, le procureur ja­
cobin Robespierre. L'esclavage devait pourtant être
supprimé; mais les colonies souffrent encore de cette
suppression sans transition et surtout sans prépara­
tion. Les philanthropes, ces rêveurs, ont vu tout de
suite le nègre émancipé se ruer au travail en homme
libre, tandis que le grand frère blanc indulgent et
sympathique lui en fournissait avec libéralité. Il n'en
a rien été. La première pensée du nègre a été de jouir
avec

excès de

sa

liberté et de

se

refuser à tout tra­

vail. Ce n'est que lorsqu'il a eu hien indisposé le blanc
déjà furieux de se voir obligé à ménager son esclave
de la

veille, qu'il est venu à résipiscence, se rappe­
lant que le maitre, si dur qu'il se montrât parfois,
le considérait comme faisant partie Je la famille, le
nourrissait, le soignait, poussé par l'intérêt quand il
ne l'était pas par l'humanité. Hélas 1 il était trop tard,
le blanc avait fait appel à l'Indien, plus souple, plus

�71)

DE

FRANCE EN OCÉANIE.

adroit, plus travailleur que le nègre, moins violent
ses révoltes, de cette violence effroyable et folle
d'enfant sans raison, mais incapable, comme lui, de
dans

s'attacher à
mier

danger;

maîtres

ses

dien est le chat

qui

jusqu'à

se caresse

à

faire tuer. L'In­

se

vous

c'est le chien

le

et fuit

au

pre­

mord

nègre
qui
parfois,
qui peut devenir enragé, mais qui aime aussi son

jusqu'à le défendre.
L'immigration, voilà à quoi

maître

l'abolition de l'escla­

vage
nègre. L'administration française a
dû. la favoriser et, malgré tout, l'Indien a pullulé. Mais,
juste retour des choses d'ici-bas, voici que depuis une
a

conduit le

dizaine d'années l'Indien lui-même

été forcé d'émi­

a

grer en Nouvelle-Calédonie, où ses talents de cuisi­
nier et de blanchisseur sont très appréciés.

Une des lettres de recommandation que nous avions'
Touris, décédé en décembre dernier à Paris,

de M. de
où il

a

laissé de vifs

était destinée à

regrets

un

et d'excellents

propriétaire

des environs de Saint-Denis. Nous

le lendemain

de

souvenirs,

grande

culture

y rendlmes dès
de notre arrivée pour examiner ses
nous

et nous rendre compte de la crise que tra­
l'île de la Réunion. Nous trouvâmes, seul gans
habitation, celui à, qui nous étions adressé.

plantations
verse
son
-

Vous tombez mal, nous
indien est en fête

personnel
tombez

bien, si

vous

voulez

tout

mon

ou

du moins

vous

être

transporté

dans

dit-il,
...

car

l'Inde.
-

Comment cela?

C'est jour de fête pour nos engagés. Vous savez
l'Indien
n'oublie pas son culte à l'étranger. Venez
que
avec moi; vous assisterez à un spectacle curieux.
-

Vous allez voir des

tyrs

martyrs et, qui pis est, des mar­
'proconsuls romains, ces pauvres

volontaires. Les

�DE

MADAGASCAR A LA

RÉUNiON.

71

et leurs pauvres bourreaux, que lassaient
les martyrs chrétiens, comme disent
moitié per­
nos
siflage, moitié conviction
sceptiques d'aujour­

proconsuls

-

-

d'hui, verraient également leur patience lassée par
ces fanatiques, ces stoïques, ces illuminés qui bra­
vent une douleur qu'ils arrivent, peut-être, à ne pas
sentir.
Nous
à

ne

laquelle

décrirons pas le menu de la fête indienne
assistâmes. On sait le vacarme, les cris

nous

et bruits d'instruments retentissants et douloureux à

l'oreille, les bonds de l'Hindou qui

pendant

de

figure,

dans

ses

danses

connait les costumes des danseurs

reste grave

ce­

épileptiques;

on

peints

en

diables,

tigres; car le génie de l'Inde donne toujours
dans l'effrayant et le monstrueux. Ce dont nous vou­
lons parler seulement, c'est de la danse du feu, qui
fut le point culminant du rite que nous vîmes s'ac­
complir.
Peu de mise en scène : un foyer en forme de rec­
tangle où troncs d'arbres et branchages formèrent
bientôt un lit de braises ardentes. A côté de ce foyer
un bassin
rempli d'eau; puis un autel. Bientôt des
Hindous déguisés en tigres et diables humains se
rangèrent des deux côtés du brasier, dont chaque
en

extrémité fut alors occupée par un Hindou au torse
nu, au turban vert, aux bras secs et nerveux, armé

d'un

fouet solide. Les

midi,

prêtres

entourèrent bientôt

peu avant que le soleil fût au zénith, vers
les Hindous à fouet commencèrent à faire cla­

l'autel et

un

quer leurs instruments.
Ce fut le signal: les diables et les

tigres se mirent
par-dessus le brasier en poussant des hurle­
ments, clowns effrayants, vraiment fantastiques à voir,
s'agiter au milieu des flammes, de la fumée et des étin-

à bondir

�DE FRANCE EN

78

OCÉANIE.

celles; puis apparurent les danseurs, le corps peint de
jaune. En file, au petit pas, ils
traversèrent jusqu'à cinq fois de suite le lit de char­
bons incandescents jaillissant en étincelles sous leurs
pas. La foule frénétiquement hurlait pour les encou­
rager eL les applaudir.
Ce n'était rien encore. Trois fanatiques, psalmodiant,
rouge, de noir et de

se

mirent à

cée

mener sur

sur une

lente

le feu

une

psalmodie,

sorte de danse caden­

sans

paraître

sentir les

brûlures. Quand l'un d'eux trébuchait un coup de fouet
le relevait. Lorsqu'ils sortirent tout boiteux et sen­
tant la chair
et

ce

roussie,

on

les lava d'eau et de

fut tout le traitement

qu'on

fit à leurs

hideuses à voir. D'autres les avaient

cherchant à rester

plus longtemps,

cendres;
blessures,

déjà remplacés,

renchérissant

sur

devanciers, tandis que le hurle­
des assistants, hurlement triste et fa­

le stoïcisme de leurs
ment de

joie

rouche mêlé
nous

au

brisait le

bruit assourdissant des

instruments,

tympan.

Mais où le

spectacle devint intolérable pour nous,
quand, après quelques hésitations, deux ado­
lescents, ou plutôt deux enfants, tentèrent l'épreuve
sacrée. Tous deux, à peine entrés dans le brasier,
marquèrent leur douleur par des cris déchirants et
ce

fut

voulurent sortir du feu; mais ce n'était pas le compte
de la foule qui les repoussa. Les porteurs de fouet les
relevèrent deux

ou

trois fois

jusqu'à

ce

que, fous de

douleur, ils tombèrent asphyxiés, vaincus, et roulèrent
dans le brasier. On les en sortit; l'un se ranima
aussitôt et fut tout aussitôt debout, l'autre demeu­
rait sans connaissance. On le lava d'eau et de cendres,
et comme il ne paraissait pas revenir à lui, on le
laissa là, sans plus de façon.
Nous étions déjà loin, au milieu d'un grand champ

�DE

de

RÉUNION.

MADAGASCAR A LA

79

il. sucre, entraînés par notre hôte, qui nous
empêchés de nous élancer pour arracher à ces
fanatiques ce pauvre martyr malgré lui. Lorsqu'il
nous eut tirés loin de ce spectacle infernal, il nous
tança fortement d'une imprudence qui eùt pu nous
coûter cher, car les Indiens, arrivés à ce point où
l'exaltation touche à la folie religieuse, auraient parfai­
cannes

avait

tement pu oublier qu'ils se trouvaient hors de leur
pays et nous faire faire connaissance avec le brasier
sacré dont ils recueillenlles cendres. Ces cendres leur

serviront il.

se

faire des marques

au

milieu du front.

A de certains

cette même

cendre

une

mystérieux anniversaires,
délayée avec de l'eau composera

boisson

bienfaitrice et sacrée.
Les communications sont faciles il la

Réunion; car
macadamisée, qui mesure plus de
500 kilomètres, permet de faire le tour de l'île, et
met en rapport les principaux centres de l'inté­
une

belle route

rieur. L'excursion
met le

pied

aux

pics

de Salazie

à Saint-Denis. Nous

s'impose à qui
partîmes donc pour

la faire le surlendemain de notre arrivée.
Le chemin

longe d'abord le bord de la mer, puis il
cinq bras de la rivière des pluies, avant
'd'arriver à Sainte-Marie. En approchant de Sainte­
Suzanne on perd de vue la mer pour s'engager dans
un pays d'une riche végétation, coupé de plantations
de cannes à sucre en plein rapport. Jusqu'à Saint­
André qui compte 14,000 habitants, la route est bor­
traverse les

dée de fleurs.

C'est à Saint-André

qu'on laisse la grande route
Mdt, torrent encaissé, sou­

pour suivre la rivière le
vent

dangereux

rité,

on

traverse

ne

un

par

songe

ses

paysage

crues

à

subites; mais,

danger tant
pittoresque. Chaque

guère

ce

en

vé­

le torrent
détour de

�80

DE FRANCE EN

cette route enchanteresse

cri
au

d'admiration, jusqu'au

OCÉANIE.

vous

arrache

moment où

un nouveau

on

parvient

vallon de Salazie à 662 mètres au-dessus du niveau

de la

mer.

Cette

mis en goût, et
Saint-André, à suivre·
le littoral. Nous allons voir, en passant par Saint­
Benoit à l'embouchure de la rivière des Marsouins, le
volcan du Grand-Brùlë, qui est situé près de Sainte­
nons

première

nous

excursion

décidons,

revenus

nous a

à

Rose.
Route ardue pour monter au Grand-Brùlé et inci­
dents variés. Notre mule, la mule chargée de nos

provisions, fait un faux pas et roule dans un préci­
pice, où nous ne tentons pas de raller quérir. Il nous
faut envoyer chercher de quoi vivre, car le pays pavé
de laves est singulièrement aride. Ces laves ont même
parfois le désagrément de ne pas être aussi refroidies
qu'il le faudrait, et nombre d'Européens audacieux et
mal renseignés y ont laissé leurs chaussures. Nous
n'avons pas ajouté notre nom à la liste trop longue
de ces imprudents, ayant adopté, sur conseils ami­
caux, la chaussure à semelle et empeigne de cuivre
qui permet de braver ce cuisant inconvénient.
Non loin du volcan habitent ceux qu'on appelle les'
petits blancs. Ce sont les descendants des membres d'an­
ciennesfamilles françaises de l'Ile et d'esclaves affran­
chis; race agile, indépendante, qui vit là, sans souci
du monde, cultivant son champ, se contentant de sa
hutte. Pêcheurs adroits et chasseurs intrépides, ces
indépendants forment une espèce de petite républi­
que, où tout va petitement mais au gré de leurs dé­
sirs.
De retour à Sainte-Rose

nous avons une

détonation formidable vient

alerte. Une

d'éclater, ébranlant

les

��DE MADAGASCAlt A LA REUNION.
murs

et

nous

faisant sauter

sur

83

notre chaise. Nos

com­

pagnons rient de notre air effrayé et nous expliquent
que c'est le Gmnd-BlÎlé qui parle, ainsi qu'il le fait

chaque jour. En effet les détonations se succèdent; cette
sans nous émouvoir plus que nos voisins, et la nuit

fois

les flammes s'élancent

venue

au

ciel. Parfois à

ces ex­

plosions, à ces lueurs rougeâtres qui donnent à l'île
le régal, sans danger
on y est habitué- d'un vaste
se
embrasement,
joignent des éruptions de laves qui
-

toutes

prennent

le même chemin. Les Bourbonnais

qui descend sur
largeur de
l'incendie, et c'est

s'amusent à suivre la cascade de feu
une

longueur

de 8

kilomètres,

200 mètres environ. La

mer

et

sur une

arrête

beau

spectacle que celui de cette lutte du feu et de
l'cau olt l'un crépite et ronfle, l'autre siffle en bouil­
un

lonnant.
Le touriste
celui

qui

nous

disposant d'un temps plus long
était départi pourrait ne 'pas se

que
con­

tenter de suivre le littoral ainsi que nous l'avons fait,
et de briller Saint-Pierre, la capitale de l'arrondisse­
sous le Vent, assez rapidement pour
n'emporter
que le souvenir d'un port magnifique. Saint-Louis,
Saint-Leu et Saint-Paul devraient être visités plus à

ment

fond que
création
encore

nous ne

plus

que

l'avons fait. Cette dernière ville, de

récente,

nous

Saint-Denis,

a

plus charmante
joli port, une plage

paru

avec un

de

sable, et certaine cascade où l'on nous conduisit
passant. Elle tombe de plus de 100 pieds de haut
entre des parois de roc, couronnés d'un rideau de
en

dattiers

ou

de cocotiers. Il reste

lever du soleil

le

encore

à assister

au

plateau d'Hall-Bourg, spectacle
incomparable où l'on voit les pics de Salazie s'illu­
miner tout à coup des teintes les plus ardentes, tandis
que la base mème de la montagne et le cirque 1'0sur

�DE FRANCE EN

84

cheux

qui

l'entoure sont

curité. De

ils

OCÉANIE.

plongés dans l'obs­
pourraient gagner Cilaos,

encore

HeU-Bourg
alpestre, et de là visiter le Serré, paysage en­
tièrement tropical. Ils devraient encore, en quittant
Saint-Benoît, se rendre à Saint-Pierre par la plaine
des Palmistes et la plaine des Car1'es en visitant le
Grand-Étang, et le Gl·and-Éboulis.
En racontant rapidement notre petit voyage, nous
n'avons guère parlé que de route, ce qui a pu faire
supposer à nos lecteurs qu'il n'existait pas de chemin
de fer à la Réunion, Il en existe un pourtant.vinau­
guré en 1.882, à preuve que la carte à payer a été de
20 millions de francs. Les ingénieurs, naturellement
site

si

des travaux

amoureux

cher les obstacles

au

d'art, qu'on

lieu de les

éviter,

en a vu

cher­

déployer'
volcanique.

pour

leur science, ont eu beau jeu dans ce pays
un seul tunnel,
celui de la falaise

Jugez-en:

Saint-Denis,

mesure

1.0,450 mètres,

de

et

plus

de
il

n'existe pas moins de soixante-dix aqueducs, ponts,
ponceaux, viaducs sur un parcours de 1.25 kilomè­
tres. Un de

ces

ponts, celui de la rivière du Mât,

fourni par le Creuzot, a 1.00 mètres de portée d'une
seule volée. D'autres ont 400 et 500 mètres, en plu­
sieurs travées il est vrai.
Maintenant
au

de

point
broyer

quelle

vue

est

la situation ùe la colonie

commercial? Ici

nous sommes

forcé

peu de noir, non que les choses
soient désespérées, loin de là; mais elles paraissent
de

assez

un

compromises. Voici

ce

qui

été dit à

nous a

ce

.

sujet.
La

canne

à sucre, la fabrication du

rhum, qui est la

conséquence de cette culture, la vanille, ont été de­
puis longues années les principales sources de la

prospérité

de la

colonie;

mais la culture de la

canne,

�DE MADAGASCAR A LA
en se

développant

le sol.

cc

RÉUNION.

85

outre mesure, aurait fini par ruiner
nous a dit M. R
ù qui nous
,

Autrefois,

...

passion de notre colonie, le flanc des
collines était plan lé de girofliers, de cannelliers, à
l'ombre parfumée desquels le caféier prospérait. Sur
les plateaux réussissait maïs, manioc, embrevade,
patate. Ces cullures secondaires ont disparu sur pres­
que tous les points. J'ai voulu me rendre compte
causions

avec

par moi-même des résultats de celte modification de
cultures. Ils sont déplorables. Au contraire, dans
tous les centres où l'on

condaires,

il existe

une

a

maintenu les cultures

se­

aisance relative. Partout où

l'on essaye une culture nouvelle le succès couronne
les efforts de l'homme intelligent qui ose tenter un
nouvel amorcement du
s'entête à

ne

sol; mais partout

où

l'on

faire que de la canne à sucre, la canne
ici comme pour la vigne, on ne peut

languit. Or,
pas se rejeter

sur

le

phylloxera,

dont

on

trop célébré la puissance destructive. En
l'industrie humaine avec son âpreté au gain,
être

peut­
réalité,

a

son

dé­

sir de faire

outre-produire la terre, est arrivée pres­
que partout au même résultat. Il n'y a de salut que
dans le repos du sol, repos que de nouvelles cultures
favorisent
cc

plus qu'elles

Cependant,

sur

l'entravent.

ne

divers

points

de la Réunion, la si­
vanille, malgré les

satisfaisante. La

tuation est

encore

imitations

chimiques qui abondent,

mandée

sur

établi

sur

qui produisent

des

classés.

on

cc

On

cès le

a

encore

de­

Enfin

le haut. de Saint-Pierre des usines

parfums

que le commerce a
à cultiver avec

commence

déjà
suc­

et dès qu'on aura perfectionné les pro­
préparation, une nouvelle source d'impor­

tabac,

cédés de
tants

est

notre marché.

revenus

sera

ouverte pour l'He de la Réunion.

�DE

86

OCÉANIE.

FRANCE EN

remplacera cela, c'est-à-dire la canne et le café,
qui périclitent. »
Nous demandons pardon ci. nos lecteurs de nous
être arrêté un peu longuement sur ces détails com­
merciaux, qui semblent ne pas rentrer dans le cadre
Ceci

de cet itinéraire. Qu'ils s'en
nous cause

à l'intérêt que
habitants. Nous

prennent

cette belle colonie et

ses

pouvons les

quitter sans rappeler la belle conduite
que montrèrent, pendant notre dernière expédition
de Madagascar, les deux cent cinquante volontaires
équipés par les colons. Aux côtés de leurs frères de
France, ils combattirent avec entrain et plaisir. L'île
ne

de la Réunion

a

du

reste

donné à la France des

Il suffit de citer le

hommes

remarquahles.
poète Ber­
tin; M. Milliet de Fontarabie, médecin, actuellement
sénateur, et l'infatigable dépu té M. de Mahy.
Le vapeur des Messageries maritimes qui, toutes
les quatre semaines, met l'ile de la Réunion en com­
munication avec Tamatave, Sainte-Marie, Vohémar,

Diego-Suarez, Nossi-Bé, Mayotte, Mozambique, vient
d'arriver; il ne précède que de vingt-quatre heures
le paquebot d'Australie, le Sindh, sur lequel nous
devons prendre passage pour l'île Maurice. Encore
une

dernière

soirée

sur

le barrachois,

une

de

ces

parfumées au clair de lune, demi-sommeil
du [arniente oriental d'où l'on sort tout à coup pour'
voir passer, comme des apparitions, une adorable

rêveries

créole,

une

mulâtresse

en son

léger

et éclatant cos­

tume.

Sur le Sindli

quebots

des

-

le Sindh. est

Messageries

un

des

plus grands

maritimes. Il

pa­

porte près de

trois cents passagers, dont quelques-uns s'arrêteront
à Saint-Denis et il, Port-Louis. Nous retrouvons
bord
à

des officiers de connaissance, Oh!

vous

qui voyagez

�RÉUNIO�

DE LA

A L'ILE

87

MAURICE.

long cours, tàchez de vous embarquer toujours sur
un navire où vous aurez quelques accointances avec
ail

le commissaire et le docteur du bord. Le

premier

est

dispensateur des bonnes cabines, le dieu protec­
teur qui nous sauve des mauvaises. Le second est

le

souvent utile et presque toujours intéressant.
Nous sautons d'abord sur le premier et sans

préam­

bule:
Une bonne cabine

-

-

nous

d'un coin

disposerai

...

convenable; mais il faut le par­
cher, pourquoi n'êtes-vous pas

tager. Que diable,

mon

de Marseille

avec

parti

la mortl

ou

C'est la mort, nous répond-il en riant, et en
serrant les deux mains. A Maurice seulement je

rien, je

nous'!

...

Non,

ne

m'expliquez

éeouterai pas. Vous voyez qu'on at­
me quittiez pour me relancer. Ce n'est

ne vous

tend que vous
pas ici comme
missaire n'a

sur

qu'à

les navires de guerre, où le com­
ou non, qu'à donner des

dire oui

Sans compter que j'ai à prendre sur le
courrier de Tamatave des bœufs, des moutons, des
porcs, des volailles, etc., etc.

signatures.

Et de

nous

décidions

quitter

en

riant, tandis que

à nous contenter de la cabine

nous nous

qui nous

était

disant que le voyage de la Réunion à
Maurice est une simple promenade de 30 lieues ma­

réservée,

nous

rines

surtout

file

(1.),

ses

avec un

navire

comme

le Sindl,

qui

11 nœuds 2 dixièmes à l'heure.

/le Maul'ice.
Nommée Cerno par les Portugais qui
en 1505, l'He Maurice ne fut occupée par
touchèrent
y
eux qu'en 1.598 et jusqu'Il. -1703. En 1721, elle de­
-

vint

possession française

France.

et

prit

le

nom

d' Ile-de­

Mahé de la Bourdonnais et M. Poivre

en

(1) Maurice et la Réunion, les deux îles sœurs, sont réunies
par des communications optiques.

�OCÉANIE.

DE FRANCE EN

88

firent

une

colonie des

plus prospères.

C'est de Port­

Louis que partirent de 1. 795 à 1.800 ces intrépides cor­
saires qui firent sur le commerce maritime anglais
pour plus de 60,000,000 de prises. Les traités de 1.814
l'arrachèrent àlaFrance pour la donner à l'Angleterre.
Comme l'île de la Réunion, l'île Maurice est formée
volcanique qui s'élèvent

de trois massifs de nature

pente rapide jusqu'à 700

en

mètres d'altitude. De

forme ovale, elle est découpée en un grand nombre de
baies. Sa circonférence est de 45 lieues. La popula­
tion monte à

360,000 habitants, dont 60,000 blancs,

35,000 créoles d'origine française, 1.40,000 Indiens et
65,000 mulâtres affranchis, Cafres, Malgaches, Chi.

nois, etc., etc.
Port-Louis est le chef-lieu de l'île. La rade est spa­
cieuse, sure, défendue par des fortifications impor­
tantes

qui

tant du

mais

en

font

arsenal de

un

Port-Louis est

seulement

non

commerce

un

entrepôt impor­

dans la

des

Indes,

ville de 70,000 habitants,

qu'on

anglais
premier ordre.

une

mer

peut diviser en quatre parties suivant les gens qui l'ha­
bitent. C'est la ville créole, la ville noire, la ville arabe
la côte orientale. Du

etla ville malabare

sur

elle apparaît

belle et

ses

déjà

bassins de radoub,

lesquelles

on

distingue

ses

imposante
vastes

avec

mouillage',
ses quais,

constructions, parmi

l'hôtel du Gouvernement. La'

baie est formée de trois côtés par des montagnes; le
morne appelé le Pouce, qui a 888 mètres d'altitude, la

domine. Ce Pouce est

un

rocher

qui

affecte

l'appa­

d'une main fermée, le pouce en I'air. L'ascen­
sion en est très difficile. On y trouve une ancre for­
gée de main d'ouvrier et on se demande comment on

rence

a

pu la

racher,

porter là. Dans une des anfractuosités du
Français, M. de C., s'est fait construire une

un

��DE LA

RÉUNION

A L'ILE

MÀURICE.

habitation nommée le Petil-Moka à.
lent café

qu'on

cause

91

de l'excel­

récolte dans les environs.

Saint-Denis compte un grand nombre d'Indiens,
Malgaches, Cafres; c'est bien autre chose iL Port­
Louis.

L'Européen

s'arrête pour

y

parler

coudoie le

Chinois; le

Malais

à l'Américain. Marchands de Sin­

gapoor, Guèbres, Indiens de toutes castes, nègres de
tout pays s'y promènent avec aisance, tandis que

l'Anglais passe toujours vêtu de même SUI' tous les
points de la terre ct toujours calme, et cependant
toujours affairé.
Mais, si Port-Louis a cet a.spect cosmopolite, il est
demeuré français. Notre langue, nos mœurs, nos ha­
bitudes persistent. On y a conservé autant qu'au Ca­
nada le culte de la patrie perdue. Presque tous les
commerçants ont des enseignes en français comme
dans

qui

vieux Québec. Dans un des curieux bazars
trouvent sur le quai de débarquement où

ce
se

l'on vend

sade,

un

tuettes

pèle-mélé oiseaux et singes à l'air maus­
négrillon, à qui nous marchandons des sta­

représentant les types que

dans la rue, nous dit eu
Penez vous-même. Bien laid notre

coudoyer
nous

l'aurions embrassé

cieux dont il

nous

venions de

français-créole:
négrillon, mais

pour rail' amical

lança celle réponse.
L'ancien Port-Bourbon, aujourd'hui Grand

et mali­

nous

Port

ou

ost la seconde ville de l'He Maurice pour
l'importance, C'est non loin de là, dans un vallon à

Port

S,-K,

demi sauvage, l'anse des Prétres, que coule la rivière
des Lataniers où Bernardin de Saint-Pierre a placé

idylle moderne, Paul et Virginie, qui, en cer­
parties, fait songer à l'adorable pastorale de
Longus, IJaphnis et Chloé. Le poète ne pouvait choisir
un cadre plus charmant.

cette

taines

�92

DE FRANCE EN

Un peu plus
en face de l'île

loin, près du
d'Ambre,

OCÉANIE.

piton

de la Découverte,

se trouve la baie des

Tombes,

où l'auteur fait échouer le Saint-Géran et où les deux
amants

furent, dit-on, ensevelis.

On

aperçoit,

en

effet,

bord d'un ruisseau, à l'ombre de bambous d'où
retombent des lianes, deux pierres sépulcrales. Ap­
au

prochez, esprits poétiques qu'a émus le
de la nature
naturel

(vieux style)

livre del'Amallt

du seul

peintre presque
le dix-huitième siècle, si raf­
matière de sentiment. Ne croyez
ou

qu'ait engendré

finé, mais si faux

en

pas cependant que vous serez en paix pour suivre
votre rêverie! Vous entendez comme une voix rauque
6 pence, lfyou please. En
vous siffler:
Before,

ge�tleman;

terre

tout

anglaise

paie, oui tout, même

le

sentiment,

n'est pas agréable.
Une autre curiosité de l'He Maurice, après le Pouce,
c'est la lIfontagne fumante, où s'élève le sémaphore
et vraiment

ce

annonçant l'approche des vaisseaux. On

y voit de la

légende assure qu'elle est remplie d'eau.
Elle assure
toujours rassurantes les légendes,
n'est-ce pas?
que si l'île de la Réunion doit périr

neige,

et la

-

-

par le feu à cause de son volcan, l'ile Maurice doit
par l'eau à cause de sa montagne. Mais ni Bour­

périr

bonnais ni Mauriciens n'en ont

cure.

A deux heures de Port-Louis environ

se

trouve

une

qu'on appelle la baie des Tortues, probablement
parce qu'on n'y trouve uniquement que des huîtres;
baie

y va visiter une usine très curieuse composée d'une
scierie et de plusieurs moulins à sucre qui marchent
on

grâce

à la chute d'un

petit

cours d'eau dont on

admirablement utilisé la force, Tout auprès,
drière gardée par vingt-cinq soldats anglais,
Il

ne

qu'on

faut pas quitter
ait à y rester,

une

a

pou­

l'Ile-de-France, si peu de temps
sans

avoir visité le

jardin

de

&gt;
•

�'"

"
eo

�

§
El

�DE LA REUNION A L'ILE MAUnICE.

l'État

situé à

Pamplemousse, paroisse

4 lieues de Port-Louis. Le

95

distante de

muscadier, le canneIlier,

l'arbre à

pain, l'arbre du voyageur, du tronc duquel
simple incision fait jaillir une eau vive et désal­

une

térante, l'abricotier, l'aréquier, l'arbre à gingembre,
l'aloès de Chine, etc., etc., y prospèrent. On y remar­
que aussi l'arbre à poudre, dont les feuilles broyées
donnent une sorte de condiment très apprécié dans la

cuisine créole. Ce

l'odorat,

et le

jardin émerveille les yeux et captive
Français qui en sort sent naître en lui

souvenir reconnaissant pour l'intendant Poivre
(Pierre), né à Lyon en 1.767, qui créa cette merveille.

un

Faut-il dire que certaine Junon, posée sur un piédestal
de roche et indiquant du doigt des bosquets, prête un

peu à rire, ces bosquets cachant une organisation
utilitaire qui 'ne manque dans aucun square anglais
ou français? C'est l'art appliqué à la faiblesse hu­
maine.
La

comparaison

entre l'He

française,

la Réunion et

l'ileMallricen'estmalheureusement pas, ilfaut l'avouer,
à l'avantage de l'administration française. Chaque pas
fait à Maurice révèle la

plantations
aménagées.

prospérité et la richesse. Les
plus belles, les cultures mieux
commerce de notre possession se chif­

semblent
Le

fre par 80 millions l'an, tandis que celui de l'He sœur
va à 1.20 millions. Il est vrai que l'Angleterre ne mé­

nage ni
rons

l'argent
cependant.

solidité de notre

d'efforts

qui

ses

colonies.

Espé­

Le sort de la Réunion est lié à la

occupation

arrivera à faire

de

Madagascar. Avec peu
disparaître cette inégalité

peine j on le peut, on le doit.
quels sont ces hurrah poussés dans

nous

Mais
que

on

ni les hommes à

nous

avons

entendons

sur

devancé l'heure de

le pont du

la ville et

Sindh,

l'embarquement,

où

nous

pont

en-

�DE

96

FRANCE EN

OCÉANIE.

combré de patates, de choux, de giromons, de con­
combres, d'oranges, de citrons et de paniers d'huîtres

desquels se démène notre
prises, une dépêche
vient d'annoncer le retour prochain, dans l'île, de
l'ancien gouverneur, sir Pope Hennessy.
Mais voilà notre commissaire qui passe près de
nous et nous serre la main. Nous en profitons pour
lui parler cabine et changement. Inflexible, il s'éloigne,
et je songe aux quatorze jours de traversée en cabine
commune avec des compagnons inconnus; ce qui n'est
jamais agréable, même quand on tombe hien. Les
dieux l'ont voulu! Il faut nous résigner à notre sort.
et de

volailles,

milieu

au

ami le commissaire? Informations

CHAPITRE V
L'ILE

DE

MAURICE

(429::; MILLES).

ADÉLAIDE

A

L'AUSTRALIE.

Le troisième continent.
ciales.

Les

-

colonie.
colons.
d'or.

-

-

Melbourne:

-

pocker.

Flore et

-

Comment

-

une

-

-

Jardin

sur

spé­

-

botanique.

-

35000 francs.

-

Nouvelles-Galles

Pouvoir et vertu de

Les guerres futures d'Australie.

Nous voici donc

fonde

-

Victoria: 1200 millions pour
masures, monuments.
-

faune

on

Convicts, magistrats et
Philipp.
Les mines
qui a cessé de plaire.
Australasie.
Perth: une perle

Palais,

Sydney.

la presse.
d'œil.

tions

Le

Un gouverneur
Australie et non

monstre.

du Sud;

-

et M. Pasteur.

Le commoùore

-

-

lapins

-

la route de cette île

Dernier coup

aux

propor­

gigantesques, qu'on pourrait appeler le troi­
sième continent, cette AusLralie, où s'élabore acluel-

�DE L'ILE MAURICE EN AUSTRALIE.

lcment par le croisement des

07

types, l'instruction,

les

profusion, la vie rustique
et commerciale, une race nouvelle qui promet, à nous
autres Européens, des surprises pareilles à celles que
l'Amérique a fournies à nos ancêtres. Déjà aux trois
quarts séparés de la métropole par le gouvernemen t
personnel qu'ils ont conquis, les cinq J&lt;:tats d'Australie
ne paraissent pas éloignés de toucher il, la pleine et
entière indépendance. Il nous est réservé de voir ces

bibliothèques répandues

à

Armes de l'Australie.

rejets vigoureux du vieil arbre anglais couper le lien
qui les attache encore au vieux tronc malade (disons
le mot qu'ils ne se gênent pas pour dire). Mais nous
n'avons pas ici il, faire de prévisions politiques; il ne
faut qu'effleurer celles qui s'imposent. Glissez, mortels,
n'appuyez pas! Précepte sage, surtout en matière de
voyage et d'itinéraire.
Quatorze jours de traversée

au

moins sont néces­

saires pour franchir la distance qui sépare Maurice de
l'Australie. Peu d'incidents pendant ce temps, à part
7

�FRANCE EN

DE

la rencontre de

OCÉANIE.

navires, rencontre fréquente, qui
siège les premières fois, puis

fait lever de notre

rasseoir,

un

Quand

nous

nous

de voir que les navires an­
nombreux que ceux portant notre

ennuyés

peu

glais sont plus
pavillon.
incident

nous

affirmons

pendant

qu'il

ne

quinze jours,

ces

tout à fait vrai. Nous

nous

arriva

nous ne

aucun

disons pas

éprouvâmes au moins une grosse
jouer au pocker, qui est le

émotion. A force de voir
baccarat

australien,

et des

sommes

énormes, il

nous

risquer la chance à notre tour, en
des joueurs. Ce pari de 25 francs nous

vint la tentation de

pariant pour un
rapporta 800 cents, que nous eûmes la sagesse de
ne plus exposer. Faire Charlemagne avec un Anglais,
quelle victoire! Nous en sommes encore étonné et ravi.
A mesure que nous approchons de l'Australie, notre
car c'est un
impatience de voir ce monde nouveau
monde
devient plus vive, et nous ne songeons plus
qu'à l'étendue de cette terre fantastique, à ses res­
sources, à son développement prodigieux.
Il est vrai que l'étoffe ne manquait pas! L'Australie
qui s'étend du He au 3ge degré de latitude S., et du Hl
au 152C de longitude E., mesure environ 1,000 lieues
dans les deux dimensions: ce qui veut dire qu'elle
est quatre fois plus longue et plus large que la France,
dont la longueur n'est que de 1,000 kilomètres et la
largeur un peu moindre, Ses côtes offrent un déve­
loppement de 15,000 kilomètres; enfin sa superficie.
en

-

-

C

totale est d'environ 300 millions d'hectares, six fois
plus que la France, qui n'en compte que 52,800,000, y

compris la Corse.
Séparée de la Nouvelle-Guinée
Torrès

au

nord, par celui de Bass

l'est par le

Pacifique,

par le détroit de
au

à l'ouest par la

sud, baignée
mer

des

à

Indes,

�DE L'ILE MAURICE EN AUSTRALIE.

99

l'Australie, dont l'intérieur est encore inconnu, n'offre
de montagnes que sur la côte orientale. Une chaine
unique qu'on appelle Alpes Australiennes au sud-est,
dans la colonie de Victoria, et Montagnes-Bleues à
l'est

(Nouvelle-Galles

du

Sud),

suit le

contour des

côtes.

Lorsque l'Australie
quelque peu les idées

fut découverte, elle bouleversa
des savants SUl' la création du

monde. Il leur

parut tout à coup impossible que ce
contemporain des autres continents, à
cause des différences profondes de flore et de faune
qui s'y révèlèrent. La faune surtout offre cette parti­
cularité remarquable que les grands mammifères des
autres continents manquent absolument. De plus,
tous les animaux d'Australie possèdent deux os sup­
plémentaires, les os marsupiaux, qui contribuent à la
formation et au soutien de la poche abdominale des
femelles de l'espèce dite kanguroo, mais ces os exis­
tent aussi chez les monotrèmes dépourvus de poches.
Ces kanguroos, on ne peut les passer sous silence
dès qu'on parle d'Australie. C'est l'animal type du
continent, et il n'est que juste de l'avoir fait figurer en
support de l'écusson national. Il en existe, en effet,
de toutes tailles, depuis celui qui atteint les dimen­
sions d'un homme, se défend et fait tête quand il est
acculé, jusqu'au kanguroo-rat. On sait que, quoique
quadrupèdes, ces animaux ne se servent que des deux
pattes de derrière pour marcher, qu'ils ont une queue
sur laquelle ils se reposent comme sul' un siège.
continent fût

Mais

ce

n'est pas la seule

singularité

Résumons brièvement les

de l'Australie.

principales: tous les cygnes
y sont noirs; un animal moitié plume comme un vo­
latile, moitié fourrure comme un quadrupède, y pond
et allaite à la fois ses petits: c'est l'ornithorynx.

,

Il'

�DE FRANCE EN

wo

OCÉANIE.

L'ému, autruche sombre, pond, mais c'est le mâle

qui

couve.

Les oiseaux

d'ailes, point
n'ont

de

plumes
d'aiguillon;

pas

n'aboie pas. On
ces

a

aptérix
et

le

ont des rudiments

volent pas; les abeilles
singe-chien hurle, mais

ne

donc dû introduire dans la colonie

espèces qui manquaient. On sait comme le bétail
cornes a prospéré, puisqu'il est la princi­

à laine et à

pale

ressource

du

commerce

australien. La Société

d'acclimatation de Victoria, jalouse de dépasser les
autres sociétés des États rivaux, a pris des mesures
pour acclimater l'éléphant des Indes dans la colonie.
Déjà le chameau y est employé; mais il n'y pullule pas
Hélas 1

dire autant des

lapins.
s'y
multipliés
façon à inquiéter les colons
qui, après avoir usé de tout pour détruire ce fléau,
vont en être réduits à employer le moyen de destruc­
tion que vient de leur indiquer l'éminent M. Pasteur,
et qui consiste à donner aux lapins le choléra dit des
poules, qui serait inoffensif pour tous les autres ani­
maux, excepté les poules, bien-entendu.
encore.

Ils

on ne

Si

nous

tuent. La

peut

en

de

sont

passons à la flore, les irrégularités s'accen­
plupart des arbres perdent leur écorce et

leurs feuilles; certains fruits viennent le noyau en
il n'y a presque que
dehors; les feuilles des arbres
des eucalyptus
sont placées très haut et espacées
de façon à donner moins d'ombre que no.s arbres
non

-

-

européens; l'herbe n'est pas drue comme chez nous;
enfin, le ton général de la verdure n'est pas vert som-­
bre ou clair comme en Europe; il est d'un gris bleuâtre
qui le jour rend le paysage triste; mais qui lui donne,
la nuit, je ne sais quoi de fantastique et de doux à la
fois, qui plus tard fournira sans doute à des poètes du
cru des inspirations qui auront quelque nouveauté.
Les indigènes australiens sont des nègres papous

�DE L'ILE

101

MAURICE EN AUSTRALIE.

(lui occupent le rang le plus
pologique. Petits, maigres,

bas dans l'échelle anthro­
leur face est

leur

large,

bouche énorme, leur ventre pendant, leur chevelure
étrangement crépue. Ils vivent misérablement, de­

anthropophages et fuient la civilisation qui,
ne leur a apporté que la mort; car ils dispa­
saissen; peu à peu devant elle. Ces indigènes ne
meurent

du reste,

manquent pourtant ni de courage ni d'adresse
sont des chasseurs et des

leté et d'une
Un peu

merveilleuse

pêcheurs

premiers

rare

;

ce

habi­

hardiesse.

d'histoire, pour

programme. Les

d'une

nous

conformer à notre

touristes d'Australie furent

les

Chinois; mais le chinois peut pulluler partout, il
ne sait se fixer nulle part, coloniser encore moins.
Après les Chinois nous voyons apparaître les Hollan­
dais, qui sont les colonisateurs des grandes iles de la
mer des Indes, Java, Sumatra, Bornéo. Ils appelèrent
Nouvelle-Hollande ce vaste continent, dont ils ne soup­
çonnaient pas, du reste, l'étendue. Les Portugais
vinrent ensuite: Manoël Godinho di Heredia
sur

plages

ces

donna

son nom

1601, mais

débarqua

fut Quiros qui lui
d'Australie. Un Français, M. de Saint­

en

ce

Alouran, chercha aussi en 1670 à Y implanter notre
influence; d'où il résulte que lorsque Cook, l'explora­
teur entêté, vint en 1770, l'Angleterre arrivait
bonne dernière. Il est vrai que les Angle-Saxons esti­
ment plus que tout autre le proverbe « aux derniers
.

les bons
C'est

glais

»,

exploration qui donna aux An­
prendre possession du continent. Une

pourtant

l'idée de

cette

décision du conseil de l'amirauté du 6 décembre 1786

capitaine de vaisseau A. Philipp pour assu­
prise de possession de celte colonie, qu'on ap­

commit le
rer

la

pela

alors la Nouvelle-Galles du Sud. Pour exécuter

�DE FRANCE EN

f02

les ordres

qui

OCÉANIE.

lui avaient été donnés, sir

Philipp

arma

deux navires de guerre, nolisa neuf vaisseaux mar­
chands, où l'on embarqua huit cents convicts, hommes,
femmes et enfants et
fut de huit mois:

Philipp
n'ayant

La traversée

quelques troupes.

n'est que le 18 janvier 1. 788 que
arrivait à Botany-Bay; il en repartit bientôt,
ce

pas trouvé le mouillage aussi bon que Cook
l'avait trouvé, et il s'arrêtait à Port-Jackson, dont la
baie en eau profonde, entourée d'une riche végétation,
lui parut plus propre à assurer le succès d'un pre­
mier et toujours difficile établissement.
Il s'en est peu fallu pourtant que nous
arrivés avant les Anglais à Port-Jackson.
heures

plus tard,

ne

soyons

Quelques
compatriote, le rival

notre infortuné

de Cook, Lapeyrouse, arrivait avec ses navires en vue
de Botany-Bay, dont il eût pris possession. Il n'était

plus temps: le commodore Philipp avait proclamé le
règne de la loi anglaise. Lapeyrouse a du reste laissé
des souvenirs tels à
monument que les

pieux,

Botany-Bay qu'on

Australiens

ainsi que le tombeau du

lui

a

élevé

un

entourent d'un culte
Le

père

Mesureur,

le

savant

physicien.
Ainsi furent jetés

les fondements de la colonie

nou­

velle, mais il ne suffisait pas de prendre possession du
terrain, il fallait s'y établir, s'y ancrer, et comment?
avec des forçats! Philipp, heureusement pour l'An­

gleterre,

était

uu

de

ces

ou, du

moins, supérieur

ments,

une

de

ces

hommes

sans

découragement

il. leurs propres

natures moyennes

facultés

décourage-'

peut-être,
la

sans

race
supérieures et. brillantes,
un
de
en
ces
fournit,
énergiques esprits
anglo-saxonne
comme Washington,
Wellington, Gordon, sachant
persévérer en dépit des défaites, se servir de ces

défaites mêmes pour les transformer

comme

en

victoires.

�DE L'ILE

i03

MAURICE EN AUSTRALIE.

Il commença par choisir parmi les convicts les
mieux notés, les plus susceptibles d'être transformés

par la liberté et les chargea de surveiller les autres,
de maintenir l'ordre et de faire exécuter la loi. Ni cita­

delle, ni prison, ni casernes. Tous libres quoique sur­
l'audace, là était le génie, le vrai, celui
fonde.
Quelles méditations, quels rapprochements
qui
pour nous qui, après avoir fait de la Nouvelle-Calé­
donie une colonie libre, au bout de onze ans nous

veillés. Là était

décidés à y mettre un pénitencier, et avec quel
luxe de soldats, de geôliers, quel arsenal vieilli des
armes des civilisations mortes! Mais nous revien­
sommes

drons

sur ce

contraste

lorsque

nous serons en

Nou­

velle-Calédonie.

Malgré son
Philipp passa

audace et

fermeté, le commodore

sa

par de rudes moments. Qu'on se figure
un pays nouveau, des convicts de qui l'on ne veut rien
craindre et qu'on craint cependant, une colonie à

huit et dix mois de la mère

patrie, oubliée bientôt
qui menaça si fort
particulièrement l'Angleterre; des

dans la tourmente révolutionnaire

l'Europe et
indigènes d'abord
toute

transformés
avec

en

doux et accueillants, mais bientôt
implacables par la dureté

ennemis

laquelle l'orgueil

blanc

traita; enfin des maladies

de

l'Angle-Saxon les
la petite vérole

comme

donnée par le blanc à l'indigène et revenant
de l'indigène au blanc.
En i 789, la colonie courut les

aggravée

plus grands périls.
qualité des vivres, leur insuffisance -le
centre agricole de Ross-Hill, non loin de Sydney, n'ayant
pas encore donné de récoltes abondantes grâce aux
avaient amené de nombreux
attaques des indigènes
H5
900
sur
décès,
colons, et l'on commençait à déses­
pérer lorsque, le 5 juin 1790, apparut le navire sau-

La mauvaise

-

�i04

DE FRANCE EN

veur.

Il

apportait des

OCÉANIE.

vivres et des femmes. Les

fern­

furent bien reçues, et se marièrent aussitôt avec
soldats
ou des convicts. Ce n'était pas fini. L'an­
des
mes

née suivante une abominable sécheresse détruisit à

peu

près la récolte

s'affranchir des

laquelle

sur

secours

on

comptait

pour

du dehors.

Sir Philipp ne se découragea pas. Il engagea par
des promesses de concessions officiers et soldats an­
glais à venir, dussent-ils déserter! Il avait obtenu de

métropole

aux

,

le droit de

grâce provisoire, il l'offrit
qui, pour la plupart, refusè­
rent de rentrer en Europe.
Ceci fut publié et la
colonisation en profita.
la

convicts hien notés

Malgré

laborieux

ces

débuts 4GO

étaient défrichés à Paramatta

en

de terre

acres

1791 et 2G8 à

Sydney;

de tous les bâtiments pour
de
Mais le créateur de la
un
commerce.
essayer
peu
colonie était à bout de santé et de force; il dut re­

on

commençait

à

profiter

Angleterre en 1792, et fut d'abord pro­
remplacé par le major Grose, puis tout à
fait en 1795 par le capitaine Hunter.
C'est sous ce second gouverneur que quelques
il Y en avait jusqu'alors en tout et
colons libres
des
tout
matelots qui avaient épousé des
dix,
pour
tourner

en

visoirement

-

femmes

transportées

Sydney.

On

-

leur confia

arrivèrent

aux

des' convicts

environs de
et

ainsi fut

instaurée cette combinaison de travail libre et

péni­
qui devait assurer la fortune de la colonie ..
Jusqu'alors, on le voit, il n'est paf; question de cette
importation de bétail d'où devait découler la fortune
des colons. Un officier du nom de Mac-Arthur, qui
avait obtenu une concession de' terre, eut l'idée d'y
amener un petit troupeau de bêtes de choix, de races
diverses, bœufs et moutons, et de s'y livrer à des croi-

tentiaire

��DE L'ILE

MAURICE EN AUSTRALIE.

107

petit troupeau select que sont sor­
troupeaux qui peuplent l'Australie.
Sydney cependant devenait une ville; il était ur­
gent de lui donner une police, et des règlements. Les
règlements furent courts, la police peu nombreuse;

sements. C'est de

ce

tis les immenses

quelques convicts. Cette mesure fit une
impression. L'institution n'était pas inutile,
car les liqueurs fortes amenées d'Angleterre commen­
çaient à produire leur effet démoralisant. Au bout de
huit aus seulement le premier vol, un vol compli­

on

y fit entrer

excellente

qué d'assassinat,
forte taxe

sur

eut lieu. Force fut

les

gins (genièvre)

d'instituer

une

et autres boissons

spiritueuses.
A sir Hunter succéda le

capitaine King.

On doit il

ce gouverneur la création du pénitencier de l'ne de
Norfolk et d'une maison de

phelines
publique

ou

à tous les colons

Bass entre

refuge pour soixante or­
imposa l'instruction
et, lorsque le détroit ùe

filles abandonnées. Il

l'Australie et la terre de Van Diemen

(actuellement Tasmanie) fut découvert par deux
Français, le géographe Féron et le capitaine de vais­
seau Baudin, il fit coloniser Hobart-Town
par le colo­
nel Colins. Il est vrai que tout d'abord peu de colons
et de convicts acceptèrent ce qui leur parut un exil.

C'est à

ce

moment que l'un des grands chefs de la
eut la curiosité de visiter la

Nouvelle-Zélande, 'I'épahi,

naissante colonie. Elle l'émerveilla si fort

King

d'élever

son

fils. Il fit

qu'il pria
plus, s'étant pris d'amitié

pour un convict, il l'emmena
fille en mariage.

avec

lui et lui donna

L'aventure du gouverneur Bligh, qui succéda
donnera une idée de l'état de la colonie à
ment.

Sévère, pis que sévère, inflexible,

venu se

ce

à

sa

King,

ce mo­

nouveau

fit bientôt mal venir de tout le monde et l'on

�DE FRANCE EN

ws

OCÉANIE.

n'hésita pas iL s'en débarrasser. Un beau matin, sans
sans violence, le
gouverneur fut pris au gUe et

bruit,

bientôt

réembarqué

pour

l'Angleterre, qui,

très bien

avisée, envoya pour le remplacer Macquarie. Ce fut
un digne successeur de Philipp. Qu'on en juge par ses
débuts! Un convict, libéré pour sa bonne conduite, fut.
fait magistrat. L'homme jugé devenait juge. Quel re­
virement! Ce fut de l'idolâtrie pour le nouveau gou­
et
il faut noter ceci
une recrudescence

verneur

-

-

de travail dans la

colonie,

où les

convicts, libérés

ou

non, firent des prodiges.
Il est vrai de dire qu'à Van-Diemen les choses n'allaient

Quelques évadés y avaient formé de
qui se livraient à toute sorte d'excès.
aussi énergique pour réprimer ce bri­

pas aussi bien.

véritables bandes

Macquarie fut
gandage qu'il

avait été audacieux réformateur. Les

bush range1's (on appelle bush en Australie la cam­
pagne) furent poursuivis et pendus, conformément
aux

lois. Le calme

se

rétablit.

Il y avait vingt-cinq ans que Philipp avait débar­
qué il Port-Jackson le premier convoi de convicts, et
la colonie

On avait

comptait 13,000 hommes et 3,296 femmes.
enregistré depuis ce temps 9,000 naissances;

le nombre des décès avait été nombreux, 5,500 envi­
Malgré cela l'augmentation de l'émigration an­

ron.

nuelle

des Irlandais

et

des

Anglais

assurait

déjà

l'avenir.

Macquarie cependant fondait Bathurst, aujourd'hui'
Sydney par un petit chemin de fer qui fran­
chit les montagnes bleues par une voie en zigzag re­
marquable par ses hardis travaux d'art, mais dont la
dépense a monté il 780,000 francs le kilomètre. Une
banque au capital de 25 millions de francs était créée
et voyait son capital souscrit en trois jours. L'assiette
reliée à

�DE L'ILE

de

l'impôt

MAURICE EN

109

AUSTRALIE.

était fixée et l'on dotait du huitième du

total de la colonie l'instruction des enfants.

revenu

l'égard des sectes religieuses qui commençaient à
pulluler, Macquarie usait d'une indifférence complète,
qui assurait leur liberté et leur développement. Bien­
tot le capital comme l'cial des convicts put être évalué

A

150,000 livres sterling, tandis que le commerce libre
n'accusait que iOO,OOO livres. La production des pre­
miers montait à 1,123,000 livres, tandis que celle des

à

autres n'arrivait

C'est à
ces

ce

qu'à 526,136 livres.
qu'un Bennet quelconque,

moment

comme

gens

mesquin

encore

malversations et
afin de

il s'en trouve

un

de

tout pays,

plus
qu'honnête, accusa Macquarie de
l'obligea à partir pour l'Angleterre
en

défendre. C'est le lot de tous les fondateurs

se

d'être accusés et

vilipendés. Ainsi le parlement an­
qui lui avait donné les Indes,
glais
ce Warren-Hastings, coupable peut-être au nom de
osa

flétrir celui

l'honnêteté stricte et de l'humanité, mais que la posté­
rité, qui se rend compte de ce qu'ont été les Indes
pour l'Angleterre, lave de tout reproche, laissant
tomber comme vaines et sottes toutes les belles apos­

trophes

humanitaires des Burke et des Sheridan.

L'Australie n'en continua pas moins à prospérer,
transformant en bon grain l'ivraie que l'Angleterre lui

envoyait,

mariant les filles

repenties

et

en

faisant

des honnêtes femmes, et installant bientôt les deux
éléments les plus chers à la nationalité anglaise, les

journaux. De 1821 à 1829,
général Brisbane, qui remplaça Mac­
quarie écœuré de l'ingratitude de sa patrie, mais fier
de son œuvre, la population monta à .1,0,000 âmes.

courses
sous

C'est de
des

de chevaux et les

le savant

ce

temps que date la fondation

Clearings-Gangs,

ateliers

de

à Morton-Hill
'

défrichernent dont

�DE FRANCE EN

110

OCEANIE.

l'étendue était mesurée à tant de terre par tête de

convict.
Le

général Darling succéda à Brisbane et fut ac­
comme Macquarie, acquitté et remplacé par
Bourke, qui décida que tout libéré serait admis aux
fonctions de juré.
En :1.840, Sydney possédait 65,000 habitants, un
cusé

chemin

de

meetings

monstres

fer,

une

cathédrale. On y faisait des
eurent pour résultat l'obtention

qui
représentatives particulières, un vrai
seltgovel'nment. II est vrai que c'est à ce moment que
s'engagea la lutte privée entre les colons libres et
d'institutions

les convicts. Les colons libres et même les convicts
encore que les premiers, com­
mencèrent à marquer leur mépris pour ceux qui les
avaient aidés à faire leur fortune, et surtout à s'élever

libérés, plus acharnés

convois de

contre les

nouveaux

métropole

leur adressait. La

tourner

au

décidant que la Tasmanie seule
de lieu de

transportés

que la

querelle menaçait
tragique, l'Angleterre y coupa court

désormais

de
en

servirait

transportation.

Nous arrivons à la découverte de

ces

mines d'or

qui assura pour jamais l'avenir de l'Aus­
tralie en y précipitant à flots los émigrants. C'est en
:1.851, au moment où 10 recensement donnait déjà
plus de 450,000 colons, que la nouvelle éclata. De tous
et de cuivre

los pays accoururent les aventuriers, les malheureux,
les désœuvrés. L'or existait réellement. Des histoires'

parlait de nuggets assez gros pour as­
homme; on racontait l'histoire
convict qui avait envoyé à son juge des chaînes

circulaient;
surer

de

ce

on

la fortune d'un

d'or de la grosseur et de la forme de ses chaînes de
forçat, non par ironie, mais en remerciement d'avoir,
involontairement

sans

doute, refait de lui

un

homme

�DE L'ILE

MAURICE EN AUSTRALIE.

ttt

libre. Mais, si
coup

ment était

qui

beaucoup vinrent pleins d'espoir, beau­
peu s'enrichirent, l'or venu facile­
facilement dépensé; car le proverbe « ce

périrent,

vient de la flûte s'en

va

vrai dans le
La

Pacifique qu'au
production cependant

par le tambour» est aussi

sud de
était

l'Atlantique.

incessante,

énorme.

On estime à i,050 millions la somme que l'Australie
envoya en Europe de iS51 à iS55. Puis ce fut le tour
des mines de

charbon, de plomb argentifère et de
cuivre, dont l'exploitation développa la colonie de
Victoria.

Voici, résumée aussi clairement que nous avons pu,
la marche de la découverte et de l'établissement dé­

grande colonie australienne. On comprend
qu'en présence d'une telle prospérité les Australiens
se soient enflés d'orgueil. Cet orgueil est devenu si
fort qu'ils se sont imaginés de rêver l'établissement
d'une nouvelle loi de l\lonroë qui déclarerait à eux
par droit d'accession t�ut le Pacifique ouest, sous le
nom d'Australasie. Peuple jeune, actif et intelligent,
que le succès ne vous grise pas! Contentez-vous d'ap­
peler Australie le merveilleux continent que vos efforts
ont fait vôtre; contentez-vous d'un commerce qui dé­

finitif de la

passe 2 milliards 400 millions par année et pour une
population de 2,700,000 d'habitants : ce qui met le
mouvement à

1,000 francs par tête

-

alors que la

d'une
compte que iOO francs par tête
exportation de laine qui dépasse 300,000 tonnes;

France

ne

-

contentez-vous de défricher 3 millions d'hectares et

de

posséder

vaux, et

S millions de

une

bœufs,

valeur de moutons

1 million de che­

qu'on

ne

compte

par têtes et qu'on évalue à plus d'un milliard
Mais voici que la terre est signalée, tandis que nous
roulons encore dans notre tête tous ces souvenirs,

plus

...

�i12

tous

DE FRANCE EN
ces

nergie

OCÉANIE.

chiffres, féerie réalisée par le travail.

humaine. C'est

yeux; Albany

Albany qui

se

et l'é­

découvre à

nos

située dans le détroit de

King Georges
Sound (2,918 lieues marines de Marseille environ). Ce
port est à 260 milles de Perth, chef-lieu de l'Australie
occidentale, une des cinq provinces ou un des cinq
gouvernements de l'Australie, le plus petit et le
moins peuplé, car il n'a que 31,000 habitants pour
une superficie de 2,527,283 kilomètres carrés. Toule
cette partie de l'Australie est riche en huîtres per­

lières. Au moment même où

arrivons

nous

vient de trouver

on

nous

environs de Perth

apprend qu'on
une perle monstre pesant près de 4 grammes qui a
trouvé acquéreur à 30,000 francs.
Nous ne faisons qu'entrevoir Albany; le Sindh se
dirige tout droit sur Glenelg (Australie méridionale),
c'est

aux

339 lieues marines à filer. Un chemin de

encore

fer de 13 kilomètres relie

Glenelg

Adélaïde, capitale

à

de l'Australie méridionale, qui compte 283,000 habi­
tants pour un territoire de 985,720 kilomètres carrés.
Cette colonie

diocre

ne

date que de 1836. Son sort fut mé­
où la découverte de mines de

jusqu'en 1843,

cuivre décida de
seule colonie

son

avenir. C'est actuellement la

qui supporte

encore

Adélaïde est surnommée la
cause

de

de 900

-

ses

nombreuses

ou

taines fermes

bien

encore

églises
la

renvoi de convicts.

capitale
-

des clochers à

on en

capitale

exploitent jusqu'à 25,000

blés donnant

compte près

de la farine. Cer­
hectares dont

60,000 boisseaux. Dans une
telle ferme les moutons sont au nombre de 50,000
et donnent par an jusqu'à 350,000 livres de laine. Le
mouvement maritime d'Adélaïde, qui a 65,000 habi­
tants, est évalué à 1 million de tonnes. La France y
entretient un agent consulaire.

2,000

en

�0-

'2
'"

8
'"

'"

t'..

8

�1Hî

L'AUSTRALIE.

Nous

descendons pas à Adélaïde, qui vaut ce­
car la ville est bien située et joliment

ne

pendant l'escale,

deux rues remarquables: la rue Hundley
King William, où se dresse un palais de jus­
tice monumental et un jardin botanique orné de serres
magnifiques. Bientôt nous pénétrons dans le détroit
de Bass qui sépare la grande île de la Tasmanie ou

bâtie,
et la

avec

rue

Terre de Van

pectables

Diemen, dont les dimensions

encore

(67,893

kilomètres

sont

carrés).

res­

Elle est

habitée actuellement par environ 105,000 colons d'ori­
gine anglaise. C'est la Tasmanie qui en 1804, lors­
y envoya les convicts, a eu à lutter avec de re­
doutables indigènes actuellement exterminés à peu
près, dont les derniers furent relégués dans la petite

qu'on

île de Flinders. Affranchie

en

1825 de la tutelle de

Sydney, elle
gouvernement distinct, ses institu­
tions' particulières. Hobart-Town, sa capitale, est une
belle ville, aux rues coupées à angle droit, larges et
a son

bien aérées, et fournies d'édifices publics d'un bel
aspect. La position générale est pittoresque; le port
est bon. C'est une relâche que connaissent bien les

baleiniers. C'est

en

gantea, qui dépasse
le

Tasmanie que l'Eucalyptus gi­
150 mètres de hauteur, se trouve

plus fréquemment.

peutiques

On

conn ait

les

propriétés théra­
sa puissance
plante.

de cet arbre merveilleux et

pour assainir les contrées où on le
Nous relâchons bientôt à Williamstown, l'un des
ports de Melbourne, la capitale de la colonie de Vic­

toria, la rivale de la Nouvelle-Galles du Sud,
de

ses

en dépit
proportions plus modestes (23,700,000 hectares).

Entendons-nous,

comparaison,

car

modestie n'existe que par
le territoire de Victoria est aussi

cette

vaste que celui de la Grande-Bretagne. Victoria
fondée en même temps qu'Adélaïde. Des chiffres

a
-

été

il

�:H6

DE FRANCE EN

en citer toujours
pour
veloppements vertigineux

faut

-

OCÉANIE.

rendre compte de ces dé­
donneront une idée de

foudroyante de cet établissement. C'est
juin 1835, que John Batman, le fondateur de Vic­
toria, passait un traité avec les huit chefs les plus
puissants du pays, qui lui cédèrent 330,200 hectares

la

marche

le 6

de terrain, là où

se

trouve actuellement

Melbourne,

échange de 20 draps de lit, 50 cou­
vertures de laine, 20 paires de souliers, 50 robes de
femme et des foulards, de la farine, etc., soit une
valeur de 35 à 40,000 francs, qui trente ans après
représentait une valeur de 1,200 millions. Bon traité,
comme l'on voit! En 1836 la population ne montait
encore qu'à 224 individus (186 hommes et 38
femmes).
En 1850, cette population atteignait déjà 75,000 âmes.
La découverte des mines d'or la portait en 1851 à
Geelong, etc.,

en

312,000 âmes. En une seule année, 1854, on put comp­
54,000 émigrants. Actuellement la population
peut être évaluée à 900,000 habitants dont 530,000 nés

ter

dans la colonie. Victoria

se

vante

un

ment d'être absolument pure, parce

n'y

fut

peu pompeuse­
convict

qu'aucun

envoyé.

Melbourne

Sandridge

a

270,000 habitants. Ses deux faubourgs
villes, le

et Williamstown sont de vraies

dernier surtout

qui

une

vraie flotte de

peu

déparées

gnage de la

voit le long de ses quais se ranger
paquebots. Maisons splendides, un

encore

par d'anciennes

cabanes, témoi­

simplicité de ses commencements. Elles
pèsent beaucoup à l'orgueil de ses habitants, ces ca­
banes. La jalousie de Melbourne envers Sydney, la
métropole australienne, est singulière ; il est vrai que
Sydney le lui rend bien. Elle a eu pour résultat d'en­
gager la municipalité à faire immense dans les mo­
numents à construire, afin d'effacer les splendeurs

��L'AUSTRALIE.

Hg

grande rivale. L'hôtel de ville a des proportions
singulièrement exagérées. On y remarque une salle,
qui sert à la fois de lieu de réunion, de concert, de
conférence; elle s'enorgueillit de montrer un orgue

de la

monstre, que

mettent

en

mouvement deux machines

hydrauliques alimentées par les- fameux réservoirs
d'Yarra-Yarra. La grande plateforme qui fait le tour
de la salle

recule

se

d'écouter de la

jusqu'à l'orgue, s'il y a lieu
s'il s'agit de conférence un
fait avancer de façon à former

musique;

petit chemin de

fer la

tablier.

Melbourne a, bien entendu, tramways et omnibus,
places aussi à 3 sh. 6 p. l'heure. Les che­

voitures de

qui mènent ces voitures ont un très drolatique
capuchon, qui a pour but de les préserver des insola­
tions
car la température monte facilement à 40 de­
et qui fait rire malgré soi. Les boulevards sont
grés
animés; on y rencontre tous les agréments de nos bou­
levards parisiens, cafés, monde élégant, voitures, et
le soir on peut y passer agréablement des heures et
des heures rien qu'à regarder passer et repasser toute
une population parée, avide de plaisir et de repos,
vaux

-

-

comme

dans notre Paris.

Le sentiment des arts est

assez

vif à Melbourne à

en

juger par les concerts, théâtres, écoles de peinture
qui y pullulent; mais les hommes ne paraissent être
pour rien dans cette culture intellectuelle qui semble
laissée

avec un

certain dédain

peinture notamment,

il y

a

aux

femmes. A l'école de

onze

fois

plus d'élèves

d'hommes, et trois fois plus à l'école de
dessin. Quant à la musique, elle est partout.

femmes que

publiques de l'Australie, celle
plus l'attention des
de
et
la poste: le Posttélégraphe

Parmi les institutions

qui

nous

paraît

avoir attiré le

colons est celle du

�DE FRANCE E�

120

office, qui
ment

réunit les deux services

France. Pas

en

tout le

la met
Le

comme

actuelle­

petit village n'en est privé.
par la ligne télégraphique de

un

La colonie est traversée

l'Overland

OCEANIE.

qui relie Adélaïde

à Port-Darwin à travers

continent, i50,000 kilomètres! Cette ligne
en

communication

du mot de la

avec

l'Europe

par l'Inde.

est de i2 francs envi­
Le bureau de Melbourne n'a pas coûté moins de

prix

ron.

3 millions. Dans

dêpêche

tour

une

d'angle s'agite un carillon
rougir les Français

de fabrication locale. C'est à faire

qui songent

au

Post

contenir les services

anglais

qu'il

de Paris, trop étroit puur
doit abriter. C'est le

du reste de débuter dans

bureau de

église;

office

poste. Les Espagnols

nous,

nous

établissons

génie

colonie par le
const.ruisent une

une

une caserne

flanquée

d'un café. Le Post

office du reste n'est pas seulement
pour l'Anglo-Saxon un endroit où l'on porte lettres et
télégrammes d'affaires, c'est là où tout se traite, l'af­

fection et les

qu'aux

plaisirs,

Valentins et

car on

aux

vel'y

télégraphie tout, jus­

happy

Christmas.

Avant de

quitter Melbourne, citons encore parmi les
édifices monumentaux la bibliothèque: palais grec de
style corinthien, escalier monumental, galeries de
sculptures et de modelages d'après l'antique. Cette
bibliothèque contient 45,000 volumes; elle est ouverte
de 6 heures du matin à iO heures du soir, et possède
une

salle réservée

les

aux

dames. Dans

journaux et publications
place d'honneur.

une

belle rotonde

illustrées s'étalent à la

C'est que la presse est une institution sacre-sainte
ce pays tout neuf. On l'aime, on l'estime, on lui

dans

reconnaissance qui, du reste, est justifiée.
imprimée (journal ou livre) est pour l'Aus­
tralien l'école de la vie. Il répéterait volontiers « qu'il

garde

une

La lettre

�/

1

�123

L'AUSTIlALlE.

n'est si mauvais livre dont
bien

»,

Pline écrirait-il

on ne

encore

trop, mais il est certain qu'il ne
tralie; car la presse et le livre
de la

puisse

tirer

ceci à Paris?

quelque

on ne

sait

dédirait pas en Aus­
ne sont ni violents à

se

ni

obséquieux et timorés à
n'y recherche ni le faux
par lassitude du vrai, ni l'excentricité par fatigue
du simple. Les trente journaux qui paraissent à Mel­
bourne ont tous un sérieux, une utilité, qui plaide en
faveur de l'esprit libéral et pratique du ferme cham­
pion de l'instruction et de la presse, l'audacieux gou­
verneur Macquarie.

dégoûter
dégoûter

Le

violence,

de la modération. On

de Melbourne

commerce

lions

de francs

75 millions de

par

se

chiffre par 675 mil­

année; l'exportation dépasse

francs; le

mouvement du

port

est de

2 millions de tonnes.

Quant
comme

à l'extraction de

autrefois

parmi

les

l'or, elle

ne

ressources

compte plus

de la colonie.

Bien que celle-ci ait fourni de 1851. à 1876 plus de
4,700,000,000 de francs, bien que bon an mal an elle
envoie encore en Europe pour 60 millions d'or brut
ou

en

lingots,

les frais

d'extraction, de lavage

sont

devenus. tels que le capital engagé ne produit guère
plus de 6 p. 100. Mieux vaut alors faire de la farine
de

l'élevage, ou bien encore se livrer à la culture
vigne qui donne les meilleurs résultats, à Vic­
toria notamment, où se trouvent les plus beaux vi­
gnobles.
Nous voici en rade de Sydney dans la baie de Port­
Jackson, où nous demeurons plus que nous n'aurions
voulu, car la libre pratique ne nous est accordée
qu'avec difficulté bien que nous n'ayons aucun ma­
lade à bord. L'impatience nous gagne si bien que nous
regardons indifféremment cette baie merveilleuse.

ou

de la

�124

DE FRANCE EN

Nous
rons

nous

rattraperons

à terre

quand

nous

la

rever­

du haut du Botanical Garden.

Cette rade
assez

OCÉANIE.

bien

ou

une

meraient les

plutôt

la baie de Port-Jackson

main ouverte dont les

figure

cinq doigts

for­

y entre par une sorte
de porte fermée par deux énormes falaises qui ne sont
pas séparées par une distance de plus de 500 mètres.
anses ou caves

..

on

Le navire semble pénétrer dans un lac aux rives capri­
cieuses, parsemées de coquets cottages. Quelle idylle!

Mais

quels sont ces objets luisants
dépassant ces remparts,

rassés. Et

et blancs? Des cui­

aciers qui étin­
appelés du nom
Armstrong, le Krupp anglais. Hélas!
nous oublions que nous sommes en temps de civilisa­
tion. Ils sont beaux, jolis même, ces canons monstres et
pla.cés de façon à se tourner fort galamment vers tous
les points de la baie dans les cuves de pierre qui leur
cellent? Parbleu,
de leur inventeur

ce

ces

sont les canons,

servent de gangue. Leur

gueule allongée

a

des airs

coquets, et, raides sous le casque blanc, des soldats
passent sur le terre-plein des fortifications, avec cet
air de méfiance endormie que les soldats de tous pays
offrent à l'œil de l'observateur à l'heure de la faction.
Nous passons et

nous

oublions les

plus
occuper que des
sent à chaque instant.
nous

fe/'/'ys

canons

boats

qui

pour ne
croi­

nous

Nous pouvons enfin descendre à terre. Pour 6 d.
(60 centimes) par personne l'embarcation nous con­

duit

au

q-uai circulaire,

à l'escalier des

trouverons des voitures pour
bagages, hansons (voiture à 1 cheval)
nous

bateliers,

transporter
au prix de 1

où
nos

sh.

6 d.

(1 fr.Bû) pour chaque demi-heure, cabs à 2 che­
vaux pour 2 sh. 3 d. pour le même temps. Une char­
rette

nous

eût coûté 3 fr.

75,

un

commissionnaire de 1

à 3 sh, suivant la distance. Nous donnons

ces

prix

parce

��L'AUSTRALIE.

qu'ils

reviennent

nous

semblent démentir
fait des

dépenses

t2;

mémoire et

en

peu l'idée

un

qu'ils nous
exagérée qu'on se

des voyages.

Il est vrai que la plupart des voyageurs pèchent
souvent par ignorance, c'est donc leur rendre service

que de
et sùr.

ct

jeter çà

là

renseignement pratique

un

Sydney, faut-il le dire, perd de son charme dès
qu'on a débarqué, car les quartiers pauvres et laids
bordent la rade. Les quartiers plus riches sont même
disposés de telle sorte qu'on pourrait s'y promener
longtemps sans se douter qu'on est à quelques cen­
taines de mètres de cette rade merveilleuse. Il y a là
une absence de sentiment du pittoresque très caracté­

ristique,

et

qui

est la marque de toutes les villes qui
rapidement et si violemment

commencent. On y vit si

dans

ces

comment

villes naissantes

Nous trouvons à

lais,

M. A

...

,

qui

oublie de

regarder

compatriote, un Borde­
française un confor­
habilement il emploie un person­

Sydney

a

table hôtel où très
nel

qu'on

vit.

on

exclusivement

un

monté à la
chinois.

Ah 1

les

merveilleux

domestiques. Dès notre arrivée un célestial vient nous
dire: Me beling you si,';
de fait,
je suis à vous
il ne mentait point. Et silencieux et rapide à la be­
-

-

sogne 1 Nous n'étions pas arrivés que tout était rangé,
brossé. Et quelle sollicitude pour prévenir nos volon­
tés 1 0 vous,

compatriotes

nombreux

qui

souffrez de

l'insolence, du peu de soin et de propreté de vos do­
mestiques mâles et femelles, faites venir des Chinois 1
Il est vrai

qu'ils

sentent

un

'peu

le musc, et que c'est

détestable.
Dès le soir même

pensée

nous

étions

pénétrés

de cette

que la vie doit être moins amusante à

Sydney

�DE FRANCE EN OCÉANIE.

i28

qu'à
table

Melbourne. Il y a d'abord la chaleur, insuppor­
en été, :1.70° Farenheit au soleil, HO à l'ombre

(ce qui fait 43° :1./3 centigrades). Puis c'est ce je ne
quoi qui est dans rail' et qui fait qu'on devient
spleenetique à Londres, lazzarone à Naples, et farceur
à Bruxelles, et que l'on ressent sans l'expliquer, mais
si fortement qu'on n'en peut douter.
Pour combattre le spleen, nous rentrâmes au salon
de l'hôtel; le pocker y faisait fureur. Nous avions vu
jouer à bord et largement, mais non pas de telles

sais

sommes.

dions

ces

Nous n'étions pas entrés que nous enten­
enjeux invraisemblables sortir de lèvres

froidement
-

-

-

frénétiques:

Cinq

cents bœufs!

Cinq

mille moutons!

Mille

acres

Nous n'en
telier
vu

de prairies!
croyions pas nos oreilles;

mais notre hô­

dit que ce n'était rien encore et qu'il avait
et gagner en une nnit des stations entières,

nous

perdre

c'est-à-dire

prairies, bêtes et mines renfermées dans
exploitation.
Allons! pensions-nous à part, ce n'est pas encore
ce peuple nouveau qui résoudra le problème humain
du bonheur promis par les philusophes à la nation
supérieure à ses passions! Jeu, liqueurs fortes, ja­
lousie et haine d'États à États: l'Australie possède les
éléments des passions qui ont fait de l'Europe le

une

camp armé que l'on sait. Dans cent ans les Euro­
péens calmés, sinon assagis ·par la ruine où les font
courir leurs armements, liront peut-être, paisibles et
étonnés, le récit des combats qui déchireront l'Aus­
tralie. Tout

progrès
Pour

recommence

serait-il
se

un

rendre

dans les mêmes données. Le

vain mot?
de Melbourne à

Sydney

on

peut

�9

�i3i

L'AUSTRALIE.

prendre

aussi

un

chemin de fer

qui

a

1.

,000 kilomè­

tres de parcours. La distance est franchie en vingt­
et
deux heures, ce qui est une belle vitesse; mals
-

l'appui de
d'État à État

cela vient à
futures

que nous disons des luttes
Victoria et la Nouvelle-Galles

ce

-

du Sud n'ont pas encore pu parvenir à s'entendre sur
la jonction de la voie ferrée dépendant de chacune
des deux

même

provinces:

Ces voies n'ont du reste pas la
et il faudrait construire à frais com­

largeur,
pont

muns un

la rivière Maona à

Albany. Que
Sydney est libre-échangiste, tandis
préconise les tarifs protecteurs! On

sur

voulez-vous, aussi?
que Melbourne

à moins.

disputerait

se

Revenons à

Sydney.

tants, c'est-à-dire
Bordeaux. Les

La ville

une

rues

compte 200,000 habi­
population égale à celle de

sont' larges, bordées de maisons

étages et ornées de vérandahs. La
soleil couchant, lorsque les Austra­
Macquarie,
liennes sortent avec leurs toilettes claires, que les
beaux équipages circulent, offre vraiment un coup

aux

deux et trois

rue

au

d'œil riche et
Encore
un

un

agréable.

Post-office, de st Y le vénitien,
exemple qui a passé par un cerveau

merveilleux

vénitien par

d'architecte moderne. Il n'a coûté, il est vrai, que
2,500,000 francs, 500,000 fr. de moins que celui de

Melbourne! L'heure y apparaît la nuit,
cadran

éclairé,

formant

Les sous-sols sont

les

un

au

milieu d'un

chiffre

disposés

de

fourgons tout attelés.
plus grande distraction

La

unique gigantesque.
façon à y faire entrer

à

Sydney

est fournie

par le Botanical Garden, véritable merveille de végé­
tation pittoresque, dont le jardin botanique, très com­

plet pourtant,

ne

cupe l'extrémité

forme

qu'une partie. Ce jardin oc­
de promontoire qui

d'une sorte

�DE FRANCE EN

132

s'avance dans la baie. On
charmantes et

parfumées,

OCÉANIE.

peut passer là des heures
au

milieu des

fougères,

de

fleurs éclatantes, à l'ombre oblique des eucalyptus.
Les mimosas, les anthorrea, les casuarma, l'amucal'ia
excelsa qui dresse son tronc columnaire et ses ra­
verticillés à 30 et 35 mètres du

meaux

sol, de

nom­

d'orchidées

breuses

terrestres, d'élégantes
espèces
et beaucoup de légumineuses, acclimatées
actuellement en Europe, tout cela nous prend par la
vue et par l'odorat de façon à nous faire perdre le
sentiment de la réalité et du temps.
Une excursion à faire, si l'on veut se rendre compte

épacridées

de la vitalité de l'Australie et de l'activité de

c'est celle de Newcastle, Elle

peuple,
steamer,

car

le chemin de fer

qui

se

fait

ce

jeune

encore en

doit relier la ville à

Sydney (il y
milles) n'est pas tout à fait achevé.
Il faut cinq heures seulement pour accomplir ce tra­
a

jet.

70

Newcastle c'est la

du charbon, Le mouve­
port vous abasourdit d'a­

patrie

ment extraordinaire de

ce

bord. Il offre 3 kilomètres de quais, abordables

aux

plus

gros navires, que l'on charge au fur et à mesure et
qui partent aussitôt chargés pour laisser place à d'au­
tres

qui

navire

arrivent. Elle

se

chargement

met au-dessous d'un

n'est pas

long.

pont circulaire

où

Le
ar­

rive un train qui déverse ses wagons en vingt-cinq
minutes; puis c'est au tour d'un autre train. AUSSI
Newcastle exporte-t-il par an :1 million de tonnes de
charbon, qu'une flotte spéciale de clippers transporte
directement en Angleterre. La ville compte 25,000 ha­
bitants, une bibliothèque, de belles écoles, tous les
progrès de la vie moderne.
Nous n'avons pas poussé jusqu'à Brisbane malgré
notre envie de connaître cette capitale du Queensland,
colonie qui date seulement de 1850 et qui n'est pas

�i33

L'AUSTRALIE.

moins ambitieuse de surpasser Sydney que ne l'est
Victoria; bien qu'elle n'ait encore que 200,000 habi­
Aussi vote-t-elle tous les

tants.

ans

un.

crédit

de

2,500,000 francs pour attirer les émigrants des deux
sexes. Il lui en vient 5,000 par an environ; elle en
voudrait davantage. Elle a fini par trouver le moyen

quelque chose de gigantesque pour se peu­
pler rapidement. C'est une ligne de chemin de fer qui
reliera la capitale au golfe de Carpentarie, à l'extré­
de faire

mité nord du continent. Il est certain que ce chemin
peut et doit être l'agent d'une colonisation, qui

de fer

donnera

au

rieure, et

une supériorité sur les
population moins infé­
rattraper le temps perdu. Mais

Queensland,

États,

autres

du moins
lui fera

qui

sinon
une

que dira Sydney? que fera Melbourne?
14 août 1888.
Nous venons de quitter le
-

botanique d'où nous avons
et la rade, et les bateaux la

jardin

voulu revoir et la ville

sillonnan t, tant pour le
charme du paysage que pour emporter une vue défi­
nitive de ce pays neuf, si actif et si prospère. Pour­

quoi

en

descendant à notre hôlel songeons-nous à
qu'il s'impose toujours à l'esprit hu­

l'avenir? C'est

main,

cet avenir

d'autant

plus

plein

de

mystère

attirant. Et voici où

et par cela même

nos

réflexions

nous

conduisent:

Certes,
bientôt à

on

ne

jouer

Le seul fait de
terre

-

séparer définitivement
qu'un danger trop grand

se

à moins

nier que l'Australie ne vienne
rôle dans la politique européenne.

peut

un

de

l'Angle­

de la mère

patrie ne réveille le loyalisme, UR peu émoussé par
l'éloignement, l'ingratitude naturelle des enfants pour
leurs parents
ce seul fait sera déjà grave pour la
colonie. Et cette déclaration d'indépendance est pro­
chaine. Le gouvernement de la Heine n'existe plus
-

�f34,

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

Australie que pour le décor. L'Australie a le self
governement et tel que les Chartistes voulaient l'im­
en

poser à l'Angleterre. Ce sont ces
suivis dans la mère patrie, dont
chez le
ment

si pour­

l'esprit

prévalu

a

australien. Si le gouverne­
conseil législatif élu à vie, espèce

peuple

nouveau

possède

Chartiste»,

son

de chambre des

lords,

c'est l'assemblée

législative,

élue à temps par le suffrage universel, en qui résident
la vie et la force politique du pays. La séparation
aura

donc lieu et alors les

États qui

se

jalousent,

l'avons prouvé par des exemples, verront
cette jalousie s'exalter et les déchirements des peu­
ples européens se reproduiront dans ce nouveau con­
comme nous

tinent.
Mais n'allons pas si loin, contentons-nous de sa­
luer fraternellement d'avance les Australiens libres et

admirons les gouvernements et les assemblées qui
ont su si rapidement faire produire au troisième con­
tinent des fruits si riches et si
,

nombreux, admirons les

; souhaitons à la France de tels
apprenons avec quel génie ils ont su,

Philipp et les Macquarie
colonisateurs;
tout

en

conservant la loi

des besoins

venir le
-

nouveaux

jury

dans

un

et

anglaise, la modifier suivant
l'améliorer, en faisant inter­

grand

nombre de

causes

civiles

donnant pour base à la propriété l'act Tor­
Tâchons de suivre la tolérance dont ils
(i).

en

rens

-

ont fait preuve

en

clergé anglican

est

matière de

religion. En effet, si le
rétribué, le ,clergé catholique n'est

pas entravé dans ses efforts. Il a pu construire avec
l'argent des fidèles deux cathédrales, celle de Sainte­
Marie à

Sydney

et de Saint-Patrick à

Melbourne;

si

(1) M. Cambon S'CFt inspiré de cette législation australienne,
do cet flet, pour élaborer la loi immobilière qui doit régir lu
propriété tunisienne.

�135

L'AUSTRALIE.

bien que l'on

archevêques

compte actuellement

en

Australie deux

et

quinze évêques catholiques,
N'oublions pas aussi, nous que les écarts de la
presse effrayent parfois, que si la presse est honorée
en Australie, c'est qu'elle n'est pas un vain commé­
rage, une dispute de doctrines confuses et affolantes,
mais l'instrument même des relations et de la vie du

pays, un moyen d'informations constantes et utiles.
Sydney et Melbourne connaissent souvent, grâce au
les nouvelles d'Europe plus vite que beau­
de
villes
de France 1 N'oublions pas non plus que,
coup
si l'instruction a produit en Australie d'utiles résul­

télégraphe,

tats, c'est qu'elle n'est pas théorique mais pratique;

qu'on y cherche vraiment à donner aux enfants
quoi développer les facultés qu'ils montrent et non
à les mettre tous au même niveau; c'est qu'il ne s'agit
pas de faire briller aux yeux des ignorants ce mot ab­
surde comme tous les mots à grand effet et inexplicable
-l'instruction intégrale 1
Mais il est temps de partir pour aller chercher à
Nouméa, où nous arriverons en cinq jours, des sujets
de comparaison, hélas 1 beaucoup trop à notre désa­
vantage Et voilà ce qui assombrit le voyage pour le
Français vraiment Français. Lui qui aime tant à s'en­
thousiasmer, il voudrait pouvoir le faire au sujet des
colonisations qu'il tenLe, et il est forcé non de s'exa­
gérer, mais d'avouer notre faiblesse, au risque de pas­
ser pour un sceptique.
Un dernier coup d'œil à Sydney; la mer brille aux
derniers feux du jour; le beau temps qui nous ac­
compagne depuis la Réunion parait nous être fidèle.

c'est
de

..

Nous

ne

demandons pas autre chose pour le moment.

�i36

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

CHAPITRE VI
DE SYDNEY A

Sur

un

NOUMÉA

(1058 MILLES).

navire australien.
La Nouvelle-Calédonie.
Les
Un peu de géographie historique.
Canaques ou
-

récifs.

-

-

-

Canncks.

-

Les

Flore et faune.

popinées.

-

et coutumes.

Superstitions

-

Les mines: mines d'or du Diahot:

-

houille,

nickel, cobalt, etc.
Émigration néo-héhridaise. La ques­
Missions de Saint-Louis, de la
tion de la transportation.
A travers l'ile.
Au bagne: forçats célèbres.
Conception.
-

-

-

-

-

Notre navire roule
étonnés. L'Australie

un

peu

avec

son

trop.

Nous

essor

en

rapide,

sommes
ses

pro­

grès grandioses, devrait réformer un peu sa marine
de transport. L'Auslralasian llmited seam navigation Co
nous parait avoir trop improvisé son matériel flot­
tant. Elle y remédiera ce_rtainemenL. Pendant que
nous sommes en

veine de

faire, pour que l'on
que nous
cérité
-

critique

-

il faut bien

en

soupçonne pas l'admiration
n'avons pas marchandée de manquer de sin­
demandons aussi à cette compagnie de va­
ne

un peu la cuisine du bord.
Comme passagers de première classe nous ne som­
mes pas nombreux; quatre en tout: M. et Ws A. (i);

rier

Mr est

commissionnaire à

pondant à Nouméa
régler ses comptes

et

se

chez

Sydney, il a un corres­
chaque année pour
son compatriote: et il pro­
rend'

fite du passage pour travailler. Mrs cause volontiers
et grâce à elle le temps passe vite. Un seul nuage

(1)

Lisez mistress

:

madame.

��NOUVELLE-CALÉDONIE.

139

le Français et l'Australienne, qui se défend
Anglaise: la question de la Nouvelle-Calédonie.
Le troisième continent ne nous pardonne pas encore
d'avoir mis nos forçats à Nouméa. L'envie nous dé­
mange de lui répondre qu'il n'y a pas si longtemps que
mais la galan­
les convicts ont disparu d'Australie

entre

d'être

...

terie

française

et la conviction de

forcent à renfoncer cette

me

Voyez
lérable;
rent

ce

simple

briser l'écume de la

se

blanches, dont l'éclat

sous

sont les récifs

mon

interlocutrice

remarque.

mer sur

lignes

ces

le soleil est presque into­

madréporiques qui

entou­

d'une ceinture la Nouvelle-Calédonie. Ils

comme

sont si

prolongés, si serrés, coupés de passes si difficiles
premiers navigateurs qui aperçurent
la qrande terre se demandèrent, tout d'abord, s'il était
possible d'approcher les côtes. C'est une défense na­
turelle, dont l'aspect ne laisse pas que d'être quelque
peu effrayant. On se dit: diable! il doit être facile de

ces

se

récifs que les

Mais

briser là.
situé

phare

Puis le

sur

pilote

mouche noire

se

rassure

vite,

car

arrive

voici le

,son bateau qui semble

sur

la

sur

mer

une

Et ·voilà

éblouissante.

rit du sentiment involontaire d'effroi

qu'on
a

on

l'île Amédée à 13 milles de Nouméa.

qui

vous

pris.
Un peu de géographie à présent.
La Nouvelle-Calédonie est située entre les 200 10

et

220, 2G de latitude sud

est, et

se

et les 1G1 0 à 1640 de

du sud

prolonge

au

nord. L'Ue est

longitude
jetée obli­

par rapport à la disposition des mappe­
mondes. Comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, elle

quement
fait

partie

de cette

la Mélanésie. Elle

partie
a

270 kilomètres de

Elle

paraît

être le

de l'Océanie que l'on

la forme d'un

appelle
poisson, qui aurait

long sur 55 de largeur moyenne.
produit d'un soulèvement volcani-

�DE FRANCE EN

i40

OCÉANIE.

sédimentaire; c'est dire qu'elle se compose de
montagnes dont quelques-unes atteignent i,600 mè­
tres et dont les sommets sont nus et arides, mais
que

dont les flancs sont couverts d'une

perbe.

végétation

su­

De nombreuses rivières arrosent de nombreu­

vallées, généralement resserrées, toutes fertiles.
présente de vastes plaines qui
séparent la mer des premiers contreforts des monta-.

ses

La côte ouest seule

gnes centrales. Notre

possession comprend non seu­
qui Cook, lorsqu'il la décou­
vrit en 1774, donna, en raison de son aspect monta­
gneux et pittoresque, le nom de Nouvelle-Calédonie

lement la

ou

grande

terre à

Nouvelle-Écosse,

mais

encore

l'ile des

Pins, l'île

Beleps, Chester­
field et l'archipel appelé l'archipel des Loyalty. Cook
n'eut pas tort en l'appelant Nouvelle-Écosse, mais

Nou,l'ile Huon,

très

au

nord des iles

pourrons mieux encore' comparer notre colonie
Corse, dont elle a la beauté un peu sauvage.
C'est au moment où les Anglais prirent possession

nous

à la

de l'Australie que le gouvernement de Louis XVI,
suivant la tradition coloniale de Louis XIV, donna

l'ordre à La Pérouse

d'explorer la

Nouvelle-Calédonie.

On sait que La Pérouse fut massacré à Vanikoro après
son naufrage et qu'il ne put ainsi accomplir la mission

qui

lui avait été dévolue.

En fi9i, d'Entrecasteaux fut envoyé en vain à la
recherche de La Pérouse. L'exploration de Dumont

dirigée par lui que vers les
Loyalty, dont il leva la
carte. En 1843, le Bucéphale de la marine française y
débarqua des missionnaires qui furent contraints de
partir peu d'années après, une fièvre maligne ayant
éclaté dans l'Ile et les indigènes les ayant accusés de
l'avoir apportée. Ils se retirèrent à Sydney pour reved'Urville,

en

1.827,

ne

fut

Nouvelles-Hébrides et les tles

�NOUVELLE-CALÉDONIE.
nir à l'île des Pins

en

:1.848. On

Nouvelle-Calédonie quand
susciter les

Français

et le

férence et les mit dans
En

un

ne

i4i

songeait plus

à la

nouvel incident vint

gouvernement de leur

l'obligation

indif­

d'intervenir.

:1.85:1., deux embarcations de la frégate l'Alcmène,

chargée d'une

mission

purement scientifique, consis­
hydrographique de la partie
nord de la Nouvelle-Calédonie, mirent à terre quinze
hommes et deux officiers. Les naturels les attaquè­

tant à relever la carte

rent; deux officiers et douze des matelots furent tués,
coupés en morceaux, et les morceaux envoyés aux tri­
bus voisines. Ce

massacre

doublé de

cannihalisme

criait vengeance. L'amiral Febvrier-Despointes toucha
l'île sanglante le 24 septembre 1.853, afin de punir les
Il débarqua à Balade et prit solennelle­
possession de l'île. Tandis qu'il se trouvait là,
il apprenait que le chef de l'île des Pins était en pour­
parlers avec le commandant d'un bâtiment de guerre
anglais, pour vendre l'île; il ne perdit point de temps,

indigènes.
ment

se

jeta

en

travers de la

négociation

et fut

assez

heu­

pour faire flotter le pavillon français, au mo­
ment même où l'Anglais débarquait, à peu près assuré

reux

de le faire

sur

une

terre

n'étions pas arrivés trop

gagnée. Cette fois

nous

tard. Une fois n'est pas

coutume.

janvier 1.854, le commandant de la Cons-.
capitaine de vaisseau de Montravel, choi­

Au mois de

tantine,

le

sissait la rade de Nouméa pour en faire le port et le
chef-lieu de la colonie qui, jusqu'en 1.860, ne fut

cependant considérée que comme une annexe des éta­
blissements français de l'Océanie, dont le centre était
à Tahiti. A cette

époque seulement, on la transforma
en' colonie distincte, et alors arrivèrent les premiers

émigrants: Français, Anglais,

Allemands.

�f42

DE FRANCE EN

des

Peu. de colonies offrent

OCÉANIE.

avantages

aussi consi­

Le climat y est excellent.
Dans la saison chaude la température ne dépasse

dérables à

pas

35°,

et

péraLure

l'émigration.

se

maintient souvent à 25°; et cette tem­
encore supportable par la brise

est rendue

du sud-est. Dans la saison
à 1.5°. Peu de maladies et

froide, elle descend de

bénignes.

25°

Il faut

cependant
compter avec le terrible ennemi des iles du Pacifique,
le cyclone. On a constaté que tous les quatre ou cinq
ans la colonie éprouvait les effets de ces ouragans
terribles.
La

population

de la

Nouvelle-Calédonie, d'après les

recensements les

plus récents, peut être
19,600, décomposée ainsi:
Population civile: 5,989.
Garnison, employés et familles: 3,420.

Libérés:.

1

•

10 ' 1.29.

Transportes: 1
Population indigène: 21.,250.
Ce dernier chiffre fait réfléchir;
naque était évaluée à

la

population

ca­

de 40,000 individus quand
de l'île. C'est encore la race

plus
pris possession
inférieure disparaissant devant la race supérieure,
qui lui apporte toujours ses vices et qui ne lui com­
munique pas ses qualités; et pourtant nous ne traquons pas nos indigènes comme les Anglais l'ont fait

nous avons

.

évaluée à

en

Australie et

en

Nouvelle-Zélande.

Le

Néo-Calédonien, le Canaque, ne saurait être com­
paré au nègre papou d'Australie. Il est cependant an­

thropophage. Dans l'iusurrecLion

de 1.878 de nombreux·

d'anthropophagie ont été constatés et, pour dissi­
muler actuellement cet aimable penchant, il n'y a
cas

pas renoncé, témoin ce fait. Un
avait trouvé bon d'épouser deux

Canaque
femmes;

catholique
ce

qui

lui

�NOUVELLE-CALÉDONIE.

valut

143

énergique de la part du missionnaire
qui
prit l'air contrit et partit sans
rien dire, pour revenir quelques jours après racon­
ter au père, et d'un air triomphant, qu'il n'avait plus
qu'une popinée (c'est le nom de l'épouse indigène). Et
qu'avez-vous fait de l'autre? lui dit-on. Il montra
son estomac. Il l'avait mangée! La méthode est au
moins originale, mais encore faut-il un estomac solide.
Le Canaque a la peau chocolat, les pommettes sail­
lantes, des yeux noirs, mais la conjonctive oculaire
rougeâtre: ce qui avec leurs dents longues très blan­
ches, toujours montrées dans un rire enfantin, invo­
lontaire, leur donne perpétuellement l'air de vouloir
dévorer quelqu'un. Ils vivent en tribus, sous la puis­
un sermon

l'avait catéchisé. Il

sance

passer

placée

de chefs si vénérés, que les femmes n'osent
auprès d'eux qu'en rampant. La popinée est
dans la

dépendance

la

plus absolue, el'

tra­

vaille durement pour un mari paresseux.
Laide au surplus, notre popinée. Sa tête à cheve­

crêpue figurerait assez bien un écouvillon. Sa
poitrine aux seins énormes et piriformes n'est pas
agréable à voir, non plus ses oreilles déchiquetées,
dans le lobe desquelles elle passe une bobine, un bout
d'écaille, etc. Par-dessus tout une pipe courte qu'elle
fume volontiers. Quand elle a reçu le tatouage élégant
qui fait sa gloire tatouage qu'elle opère elle-même au

lure

-

moyen d'herbes sèches introduites dans la peau et
brûlées ensuite et qui forment de petites tumeurs
rondes et

gaufrées

formant

dessins,

-

quand

blanchi ses cheveux à la chaux, elle apparaît
sous la forme d'un monstre assez réussi.

aux

elle

a

yeux

Elle n'est pas plus jolie quand, renonçant à la cein­
frangée de fibres de cocotiers teintes, aux bra­

ture

celets de

coquilles

ou

de

poils

de roussettes

qui

corn-

�t44

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

posent

et très

d'intérieur, elle

et

passant
peignoir de toile à car­
Les
hommes
non plus ne gagnent
voyant.

s'européanise
reaux

national

costume

son

un

en

pas à porter sur leur tête crêpue le chapeau haut de
forme et le gilet moderne qui, souvent, du reste, n'est

pas

du

accompagné

vêtement

pantalon,

auquel

nous

la faiblesse de tenir avant tout, nous autres
Européens, par un préjugé de pudeur que ne connais­
avons

sent pas les inùigènes noirs
Le Canaque n'a pas de

l'idée d'un

clure,

Créateur,

comme

l'a

on

mais il

chocolat.

religion,

du

ou

moins,

faudrait pas en
n'aient point le

ne

fait, qu'ils

confus de la divinité! Ils
sorte d'émotion

ou

parlent

souvent

avec

con­
sens
une

n'est pas sans un mélange de
terreur, de l'âme du monde (Nenergut). Ils ont aussi
une conception spéciale de la vie future, mais sans

récompense,

ni

qui

châtiment,

condition. Ils rêvent même

et

sans

modification de

sorte de

une

paradis

l'on mangera des bananes cuites et où les
tout contentement. Tel est du moins ce

sens

disent. Sait-on

sent

révèle de

son

ce

qu'un peuple qui

âme secrète à

ceux

où

auront

qu'ils nous
perdu

se

dont il subit le

pouvoir!
Passons maintenant
au

climat salubre et

emploi de
déchirer
duire

la France devraient

sur une

assez

surface

qui

pour faire vivre

se

tourner,

commence
ses

productions naturelles
ricin, l'igname, plante dont

Les

le

productions de cette île
qui toutes les énergies sans

aux

vers

lieu de

au
ne

plus

se

pro­

habitants.

sont: la noix de coco,

la racine est

le taro, le fruit du bananier dont

digènes. La canne

à

se

farineuse,

nourrissent les in­

à sucre y pousserait fort bien; quel­
ques usines ont été construites pour l'exploitation de
celte plante si indispensable à notre bien-être, mais

��NOUVELLE-CALÉDONIE.
les sauterelles ont à

plusieurs reprises

les efforts des colons. Le coton

mais

sans

succès;

147

en

a

été

rendu inutiles

essayé également

revanche le caféier

commence

à

être cultivé presque partout et à donner de bons résul­
tats. La production est de première qualité; 2,;)00 ca­
féiers tiennent facilement dans

un

hectare. On

fait

aussi du riz et de la vanille. Plusieurs récoltes par an
pour les plantes légumineuses; ainsi, au bout de
trois mois

peut avoir des pommes de terre, et
bout de cinquante jours! Tomates,
salades, pastèques, petits pois, fraises viennent comme
on

des haricots

au

dans le Midi. Le blé

pousse pas, le maïs le rem­
place. Quant à l'ananas, il fait merveille. Un hectare
peut donner, avec 2,500 pieds d'ananas, 2,000 litres
ne

d'une eau-de-vie que l'on peut vendre :l franc le litre.
Si nous nous occupons des productions forestières,
nous

plus

y trouvons les essences les plus riches et les
utilisables pour le commerce. Le Kaori dammam,

le Niaouli

priété,
possède,

(melaleuca vil'idiflom), arbre qui a la pro­
l'eucalyptus, d'assainir le pays qui le

comme

houp,

bancoulier, diverses espèces d'acacias,

le

bois

vent pour

incorruptible

tigré
l'Orégon et

indigènes

se

le

ser­

le bois de rose, le
abondent. Eh bien! malgré cela, c'est de

creuser

chêne

dont les

leurs

pirogues,

de la Nouvelle-Zélande que viennent tous
on se sert en Nouvelle­

les bois de construction dont

Calédonie. Et le
pour ouvrir

gouvernement possède

vingt

chantiers! Il y

en a

assez

bien

uns, mais c'est une exploitation encore
el si administrativement établie qu'elle ne

de bras

quelques­

en

enfance,

produit

rien

de bon.
Ces vasles forêts, si belles, si riches en bois, si ma­
gniflquesen ïeuillages, si variées de couleurs ont encore
un privilège que n'ont guère les forêts des
tropiques;

�DE FRANCE EN

t48

OCÉANIE.

aucun animal malfaisant. Du
gi­
qu'on en veut, le notou et le dago, espèces de
gros pigeons, la tourterelle verte, la caille, le canard
sauvage, le kagou, oiseau qui ne vole pas, qui se

elles

ne

renferment

bier tant

nourrit de

quand

on

vers

ni fauve ni

araignée
En
autre

reptile.

se

cache la tête

oiseau utile

en

A

petit scorpion,

peine

un

somme;

en

résumé
et

une

monstre.

revanche, les côtes connaissent

le

requin

et

un

des mers, le dugong, qui a deux
mâchoire supérieure. Le lamantin·

dépeuple ur

défenses

à

la

abonde aussi en
un

et pour toute défense

l'attaque,

ces

peu cousin du

parages,animal inoffensif s'il en fut,
phoque, le lamantin qui patt les

pâturages marins, les herbes du fond de la mer et
qu'on peut manger sans dégoût.
Tous les autres animaux qu'on trouve en Nouvelle­
Calédonie ont été importés: bœufs, moutons, chevaux
et chèvres. Les pâturages sont assez nombreux et ri­
ches pour promettre de beaux revenus à qui s'occupe
d'élevage. Il faut dire cependant que le mouton ren­
contre une herbe à piquants qui peut lui causer des
maladies et même la mort. Jusqu'à présent l'élevage
du cheval qui a réussi n'a pas été faite sur une assez
grande échelle pour permettre d'assurer la remonte.
Que l'on continue dans ce sens afin de ne plus êtr.e
tributaire de l'Australie.
Est-ce tout? Non. La Nouvelle-Calédonie est surtout

pays de mines. Sur tous les

points explorés on
équivoques de "gisements
de minerais divers: or, cuivre, cobalt, antimoine,
houille, opales, pierres lithographiques, pierres à
bâtir, pierres à chaux; mais c'est le nickel qui est
encore le plus répandu. Il y a là toute une for­
tune pour la colonie; car il ne s'agit pas d'arsé-

un
a

trouvé des traces

non

�NOUVELLE-CAL1nONIE.
niures

langé

de sulfures de

ou

de

cobalt,

nickel,

comme

on en

ou

bien de nickel mé­

trouve

mais bien d'un silicate de nickel

en

Allemagne;

donne presque
moins de 1.5. Or on

qui

35 p. 1.00 de métal pur, jamais
sait que ce métal, inoxydable et ductile comme l'ar­
gent, dur comme le fer et magnétique comme lui, est

indispensable
ticles de

à

Paris,

à la

l'horlogerie,

coutellerie,

qu'on s'en sert
et en Allemagne

à l'orfëvrerie ;

aux

ar­

pour les
et que le

petites monnaies en Suisse
gouvernement français a étudié, un moment, le rem­
placement de notre lourde monnaie de bronze par une
monnaie de nickel plus légère et moins encombrante.
Parmi les mines en exploitation il faut citer celles
de cuivre de la vallée du Diahot, près de la montagne de
Balade
elles sont en pleine activité et outillées avec
les derniers perfectionnements
et celles de cobalt.
les
mines
d'or
sont
inexploitées � cause
Jusqu'à présent
-

-

des frais d'extraction que le rendement

couvrirait

ne

pas.

Quant

à la

houille, elle

existe

abondance. Sur

en

une

étendue de 1.40 kilomètres, de Saint-Louis au Mont­
Dore, on a constaté la présence d'importants filons;
mais le

gouvernement vient

seulement de

se

décider

à faire faire les études

exploitation

complètes que nécessite toute
sérieuse. Lorsque ces études seront ter­

minées, la colonie

sageries,

ses

cessera, pour les

hauts

fourneaux,

but à Newcastle, où, il est
Nous avons oublié de

tines, jades qui
îles riches

en

se

paquebots

des

mes­

usines, de payer

vrai, le charbon est

tri­

à vil

prix.
parler des marbres, serpen­
trouvent sur plusieurs points; des

guano,

terfield, groupe qui

ses

comme

se

l'île Huon et les îles Ches­

trouve à environ 350 milles de

la Nouvelle-Calédonie.
Les relations de la France

avec

la Nouvelle-Calé-

�OCÉANIE.

DE FRANCE EN

150

donie, de la Nouvelle-Calédonie

avec

l'Australie, la

Nouvelle-Zélande et

l'Amérique sont assurées, tant
par le service régulier des paquebots-poste français,
que par les voiliers et navires de commerce qui vien­
nent du Havre, de Marseille, de Bordeaux, de l'Aus­
tralie, etc. Une sorte de cabotage à vapeur met deux
fois par mois en relation les divers points de la côte.
Si l'on compte les transports de l'État amenant les
condamnés et les navires de guerre qui vont et vien­
nent régulièrement de la grande ile à Tahiti, on voit
que la colonie a de quoi être renseignée, surveillée et
gardée.
Les communications par terre ne sont pas encore
complètes qu'il le faudrait. Une route qui doit

aussi

mettre Nouméa

par le

déjà
Coétempoé,

en

communication

Pont-des-Français,
la

avec

la

Gomen passe

Dumbéa, Païta,

et Bourail. Elle est

Foa, le Mont-Dore

destinée à faire le tour de l'île. Les centres

importants

reliés à cette route par des embranchements.
En dehors de ces points il faut se contenter de sentiers

sont

où les mulets seuls peuvent passer, sentiers en revan­
che pittoresques s'il en fut, ou même de simples

sentiers canaques si l'on veut la traverser dans sa lar­
geur. Un réseau télégraphique relie le chef-lieu à tous
les

ports

déjà

et à nombre de localités. On s'est

d'établir

un

tir il Brisbane.

Enfin,

un

service

plaçant l'irrégulière poste
dessert tous les

occupé
qui viendrait abou­
postal régulier rem­

câble sous-marin

faite par

les

indigènes

points habités.

Maintenant que l'on connait les

possession néo-calédonienne,

ressources

que l'on

se

de notre

rend

compte

des moyens de communication, peut-être nous sera­
t-il possible d'aborder la question de l'avenir de la

colonie. Cet avenir dépend certainement du nombre des

�NOUVELLE-CALÉDONIE.

i5i

colons libres

qui viendront, mais aussi d'une modifi­
système pénitentiaire. Ce système
ne déverse-t-il pas, dans cette France des antipodes,
non ceux qui peuvent se racheter de leur faute, de
leur erreur peut-être, mais les criminels endurcis, in­
capables de tout retour au bien, et ci. qui la démo­
ralisation physique et morale ne permet plus d'ap­
porter force et intelligence à la colonie.
cation inévitable du

C'est le manque de bras en présence de ressources
matérielles indéniables qui donna l'idée d'utiliser
pour la culture, le défrichement de la colonie les con­
damnés aux travaux forcés (loi de 1844). L'exemple

l'Australie, colonie de convicts, pesa aussi d'un cer­
poids dans la décision du gouvernement d'alors;
mais les forçats français ne sont pas des convicts an­
de

tain

glais.

11 y

a

des différences de

'ractère. C'est

race

et surtout de

ca­

1864, le 8 mai, qu'arriva ci. Nouméa
le premier convoi de transportés. A l'expiration de leur
peine les transportés sont forcés de rester dans l'île, soit
en

temporairement, soit définitivement. Voilà des choses
qui paraissent admirables sur le papier, mais que
l'exécution seule peut faire juger. A notre avis la
transportation peut servir à l'avenir de la colonie,
mais à la condition
ouvriers et

d'employer

manœuvres.

les condamnés

comme

Ils doivent exécuter les

rou­

la transformation matérielle que
tes, bâtir,
la civilisation moderne impose à tout territoire sau­
assurer

vage encore. Mais si l'on accorde tout d'abord aux
forçats bien notés des concessions de terrain, il arrive

qu'on

les

place

d'ores ct

déjà

dans

une

situation supé­

rieure à celle des. colons honnêtes et libres. Et

ces con­

damnés bien notés, que sont-ils en définitive? des hypo­
crites plus que des ramenés au bien. Les forçats, pour
obtenir

non

la

concession, mais leur liberté

et une

�Hî2

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

femme, font les petits saints; on les installe. Ils ont
deux mois de zèle, dix de tiédeur, puis, va comme je te
pousse, la concession est abandonnée, la femme prêtée
ou louée, et la colonie se trouve avoir sur les bras un

libéré, qui vit

placer

dans

à

un

rien faire

ne

de

ses

concessions données

ou

qu'elle

est

hôpitaux,
forçats

aux

On voit

l'injustice. Elle crie
complète du système actuel.

en

a

du

produit

condamné;
en

de

compter que les
sont les meilleures.

faveur d'une réforme

Telle est la situation faite à la colonie par
de libération et de concessions

simple

obligée

Sans

ce

remplaçant

système

le travail

voici maintenant l'effet

qu'il

y

France.

Loin d'être un épouvantail pour le criminel, la
transportation à la Nouvelle-Calédonie est devenue le
rêve, la récompense. On a vu des prévenus prier le
jury d'écarter les circonstances atténuantes pour
mériter une peine aggravée, les envoyant droit aux an­
tipodes; on en a vu les remercier ironiquement de s'être
montrés sévères et d'avoir substitué à l'horreur de la

avantages de la transporta­
plus, à la prison de Poissy et de
Versailles, plusieurs fois, des détenus se sont mis à as­
réclusion

en

France les

tion lointaine. Bien

sassiner froidement leurs

gardiens

afin d'être condam­

nés à mort, graciés ensuite
tuer un gardien, comme
disait Rabagas, n'est pas tuer un homme, c'est écraser
-

un

principe!

ils disent

et

-

entre

transportés

eux.

à la

Aujourd'hui'

Nouvelle,

commé

les détenus

qui

sont envoyés en Nouvelle­
avoir
entièrement
subi, en prison,
Calédonie, qu'après
leur première condamnation. Le transporté opère la

commettent

un

crime

traversée dans le

"que

plus agréable

désœuvrement et aussi

rien faire que les matelots; il sait
le bagne l'attend; mais le bagne n'est

bien nourri à
encore

ne

ne

��NOUVELLE-CALaOONIE.

Hi5

dur que pour ceux à qui il reste encore le sentiment
de leur dignité et quelque conscience; et ce n'est
malheureusement pas le

patient cependant,

sera

pour la plupart. Il
il est assuré que, s'il

cas

car

y
ne

fait pas de scandale, on lui donnera bientôt une
jolie case, entourée d'un terrain suffisant, et qu'on

c'est effrayant ce que l'ad­
poussera la tendresse
ministration devient tendre pour les malfaiteurs!
-

-

jusqu'à

toutes les détenues
Bourail, afin qu'en vrai

faire défiler devant lui

que renferme le couvent de
sultan il choisisse celle qui lui convient le

pour

l'épouser.

Mais il

mieux

n'y est pas forcé et sïl pré­
un mariage à la mode indi­

fère, en contractant
gène, il peut s'offrir une compagne couleur chocolat
travaillera pour lui et

qui
de

Et
a

qu'il

pourra traiter

en

bêle

somme.

pendant

obéi à

rale

ne

un

ce

de

temps

ces

peuvent

le

simple voleur, qui, parfois,
justice ni mo­
mais dont malgré son impas­

entraînements que ni

excuser,

professionnelle elle peut se sentir secrètement
émue, les vagabonds végètent dans une prison où le
silence et l'immohilité les tuent. L'assassin, l'incen­
diaire vit libre, tranquille, paresseux, honnête! Et
quand il écrira à ses amis les qrinche« restés en France,
il leur dira: '« Amis, ne volez jamais sans tuer, vous
mangeriez les haricots à la potasse de la Centrale; tuez
le vieux, tuez la vieille, tuez la famille entière; on vous
graciera. Ici on est heureux; c'est le paradis. » Et il
ne dit pas cela seulement, il le chante, dans un cou­
plet trop réaliste pour que nous osions le transcrire

sibilité

ici.

Quel remède?
l'inverse de

vous

l'avez deviné,

lecteurs,

faire

que l'on a fait jusqu'a présent; appli­
toutes
les
quer
rigueurs de la réclusion 'aux force

�f56

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

çats,

et offrir

réclusionnistes,

aux

aux

condamnés

de dix ans, moins coupables, coupables au moins
de fautes qui peuvent se racheter, la transportation

leur présente

qui

une

chance de réhabilitation que
ne mé­

les assassins et les assassins voleurs surtout
ritent pas.
Du reste

nous ne sommes

manière de voir. M.
à la marine

moyens

qui

non

pas seul à partager cette
sous-secrétaire d'F�tat

Étienne, ex

et· aux colonies,

possibles

à

seulement

a cherché par tous les
contre cet état de choses

réagir

consacre une

mais

injustice,

en­

finira par être funeste au développement de
notre colonie. Une circulaire récente aux gouverneurs

core

de

deux

nos

fixer

grandes

colonies

pénitentiaires

nouveau

lequel
prêteraient

un

mutuel

secours.

On créerait des centres

agricoles de 500 à
gratifiés de

lons choisis. Ces colons seraient
sions

vient de

programme de colonisation dans
le service pénitentiaire et les colons libres se

un

en

terre et d'allocations

600

co­

conces­

nature, mais à charge

en

de remboursement par annuité de l'évaluation de ces
concessions et allocations. D'un autre côté les tra­
vaux

de

de

défrichement, d'aménagement, de viabilité,
publics: mairies, éco­

constructions d'édifices

les, etc., incomberaient

tiaire', qui

fournirait

L'administration

à l'administration

comme

pénitentiaire

recevoir des concessions dans la
de

péniten­
forçats.
pourrait cependant'

ouvriers

ses

proportion

Ces concessions

de

1/5

seraient

ou

plus.
qu'après examen des aptitudes morales et
physiques du libéré et une série d'épreuves qui per­
mettraient d'assurer qu'elles tomberaient en bonnes
mains et ne péricliteraient pas.
Cette circulaire est bonne en principe, mais il faut
1/4,

cordées

au

ne

ac­

�NO UVELLE-CALÉDONIE.

soit

qu'elle

Il est

appliquée.

temps;

i51
car

non

seule­

le système actuel n'a rien
ni fort, ni arsenal, ni
colonie

produit pour la
quai, ni dock, ni
Nouméa -mais les exploiLations

ment

-

bassin de

carénage à
particulières tombent. Les colons s'irritent de voir
tant de millions dépensés en pure perte. Ces millions,
on sail où ils vont, et c'est ce qui exaspère 1 Ils ont été
drainés à Sydney, où vont se faire réparer nos vais­
seaux, à Adélaïde, dont nous tirons notre farine et nos
biscuits, à Newcastle, où nous prenons notre charbon,
A cette situation peu récréative viennent se joindre les
discordes civiles, la byzantine inutile et épuisante poli­
et les

tique,

questions

de préséances administratives.

Le gouverneur aura contre lui le directeur de l'admi­
nistration pénitentiaire; le commandant militaire sera
contre tous les

Voilà

comme

colonisent et
autre que la

deux, et la municipalité contre tous.
prête à rire aux étrangers qui eux
ne parlent pas, et ne font de politique
politique pratique; aux étrangers qui,

on

quand

ils envoient

nent le

pouvoir d'oser,

au

loin

un

gouverneur, lui don­
réussir, et lui

11 condition de

laissent le soin de décider tout ce qui est urgent pour
la colonie, sans attendre des instructions de la mé­

tropole, qui viennent toujours trop tard, quand

elles

viennent.

Que de bonnes volontés cependant! que d'offres

utiles,
des

et

qu'on
règlemen ts !

n'ose

accepter de

peur de

déranger
'

Compagnie Franco-Australienne, autrement dite
Compagnie Digeon, qui a obtenu une concession de
25,000 hectares à Gomen, sous condition de construire
La

25 kilomètres de routes devant relier la côte ouest à

la côte est, c'est-à-dire Gomen à Ouapeo, route dont
l'utilité est actuellement au moins contestable, offre

�DE FRA�CE EN OCÉANIE.

HiS

de

remplacer

cette

obligation

en

fournissant le

ma­

tériel d'une voie ferrée allant de Nouméa à Gomen,
jusqu'à concurrence d'une somme de 500,000 francs.
Le

gouvernement colonial donnerait la-main-d'œuvre

par le travail pénitentiaire et les traverses nécessaires
à l'assiette des rails; il déterminerait lui-même le

point de départ de la ligne. On hésite cependant, on
tergiverse au lieu d'accepter hardiment, assuré de
trouver, une fois ce premier tronçon établi, des capi­
taux pour prolonger le parcours.
D'un autre côté, M. John Higginson,

un

Anglais,

Français, puisqu'il a obtenu
i876
la
depuis
grande naturalisation, et que le gou­
vernement l'a fait chevalier de la Légion d'honneur
direz-vous?

en

-non

pas,

un

i886, non seulement à cause des services rendus
colonie, mais à cause de son ardeur à pousser la

à la

Nouvelle-Calédonie à s'annexer les Nouvelles-Hébri­

Higginson propose d'entreprendre les
plus urgents pour la colonie, et à des
conditions acceptables. On ne l'écoute pas. C'est trop
simple, trop pratique, pas assez administratif. On
songe à s'adresser à l'emprunt, à demander de l'argent
à une grande maison de Paris, qui ne le fera qu'à
des,

M. John

travaux les

escient, c'est-à-dire avec un bénéfice considé­
perdu pour le pays. Et celui qu'on va jusqu'il
suspecter, c'est l'homme qui a ouvert les mines
d'or du Diahot, les mines de cuivre de Balade, de
nickel, d'antimoine, etc. C'est à lui qu'on doit tout
ce qui s'est fait de pratique en Nouvelle-Calédonie, et
bon

rable

ces

hauts fourneaux pour la fonte du nickel. Lors­

qu'un récent arrangement avec l'Angleterre a forcé
M. Higginson à retirer le drapeau tricolore qu'il avait
fait arborer aux Nouvelles-Hébrides, il a été plus
affecté que tant d'autres qui auraient dû sentir le dan-

�NOUVELLE-CALÉDONIE.
-ger et la honte de cette neutralisation forcée. Affable
et d'un gracieux abord, il n'a d'ennemis que les envieux
et les sots, qui lui reprochent sans doute les services

rendus; car l'usage qu'il fait de la fortune
gagnée en créant seul ces industries et ces

qu 'il leur

a

qu'il
exploitations minières,
a

et

ont échoué

où tout le

reste, colons libres

est large.
appel en vain à sa bourse. Il est celui
que la Nouvelle-Calédonie, lorsqu'elle sera sortie des
épreuves préliminaires, devra inscrire en lettres d'or sur
le livre où elle portera ceux qui ont bien mérité d'elle.
Parlerons-nous de M. Pelatan, le jeune et énergique
ingénieur qui a doté notre colonie d'un matériel tout
nouveau en usage dans les grandes usines de la Né­
vada, notamment de fourneaux de minerais qui per­
mettent de traiter 24 tonnes par vingt-quatre heures?
Lui aussi voudrait agir, et les entraves administratives
se multiplient comme-à plaisir.
Allons 1 Français de l'He nouvelle, un peu de cou­
rage, soyez dignes de la tâche qui vous est confiée;
sachez oser, car il n'y a que l'audace qui réussit, en

libérés,

Jamais

on ne

administrativement,

fait

matière d'annexion d'abord

et

de colonisation

en­

suite! C'est la

politique des résultats qui doit être
notre seule politique. Acceptez toutes les bonnes vo­
lontés, faites plaider votre cause en France par ceux
que vous connaissez et qui sont passionnés pour un
pays si beau, si salubre et dont la possession doit
rapidement porter ses fruits 1
Mais nous commençons à nous apercevoir qu'em­
portés par le sentiment palriotique, notre irritation
contre la torpeur qui semble aussi envahir les Néo­
nous aura un peu mis de côté l'itiné­
raire de notre voyage. Revenons-y.
Ou entre dans le port de Nouméa par deux passes

Calédoniens

�f60

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

première est située entre l'île Nou et la
pointe Mà, l'autre entre l'île Nou et l'He aux Lapins;
c'est la plus fréquentée. La rade de Nouméa est vaste
et d'un accès facile. Elle est formée par la presqu'He

étroites: la

à droite de la

Ducos,
aux

Lapins

che.

ville,

et l'Ile Nou

en

face de l'He

et des établissements de l'artillerie à

C'est

un

"canal d'une

longueur

"gau­

de 30 milles,

d'une

largeur moyenne de 1. mille; le mouillage est
sûr et à l'abri de tous les vents. La ville est actuelle­
ment visible

bordure du

en

quai,

dont

une

butte la

séparait autrefois; les terres de cette butte ont servi
à combler des marais insalubres.
La

population

elle s'étend

vers

libre de la yille est très disséminée;
gauche dans le quartier Latin et

la

la vallée des colons
des

boulevards,

dront
une

qui

forme

importants.

un

des

un

square,
L'eau potable

canalisation de

plus

des réservoirs,

de 1.3

faubourg.
quais qui
a

été

Il existe

devien­

amenée, par

kilomètres,

dans

fournir 500 litres d'eau

qui peuvent
jour et par habitant; soit 25,000 litres pour
5,000 habitants. Les principaux bâtiments sont:
la caserne d'artillerie, le palais de justice, l'orpheli­
par

nat des

l'évêque,

garçons, les hôtels du gouverneur et de
du chef de l'administration pénitentiaire,

du directeur de l'intérieur. Mais combien restent à
construire 1 La cathédrale catholique est une masure;
pas de temple protestant, malgré le nombre des
habitants professant cette religion. Nous avons oublié,
il est

vrai,

la

caserne

d'infanterie de marine dans

notre nomenclature des édifices

(toujours les casernes) 1
bibliothèque, absence complète.
La collection de minerais si. variée qu'on a recueillie
est égarée, perdue, enfouie dans une salle sombre de
Quant

au

musée,

l'hôtel de ville.

à la

�NO lJ V EL LE-GALÉDON is.

lût

une chambre de commerce, dont
faut pas méconnaître l'utilité. Grâce à ses efforts
les exportations sont arrivées à 2,000,000 de francs;

Il existe à Nouméa

il ne

mais

l'importation est de 7,000,000!
première chose qui frappe le Français débarqué
à Nouméa, c'est le Canaque travaillant presque nu SUl'
La

le

port, le

ton chocolat de

rouges et

ses

sa peau, ses yeux férocement
dents férocement blanches; ce sont les

forçats qu'on voit s'en

aller

en

chantiers. Deux fois par

blouse blanche

sur

les

jour
procession
produit, procession qui n'a rien de désagréable. Ce
n'est plus du tout ni l'allure ni les airs de ceux qu'on
a vus

à Brest

ou

se re­

à Toulon.

Nouméa n'est pas

ville triste. On y est accueilli
française que rien ne remplace,

une

cette cordialité

avec

cette

et la connaissance est vite faite. C'est à

le

les

célibataires

qui

emmènera

cercle, les gens
mariés dans les demeures particulières, et partout on
se trouve comme chez soi; c'est à qui vous offrira

débarqué:

au

cheval et voiture pour les excursions. Les distrac­
tions sont des

courses

de chevaux

qui

ont lieu fré­

quemment, la musique de l'après-midi du dimanche
sur la place des Cocotiers. Le mercredi, le gouverneur
offre

aux

taire

une

l'anse

cinq

colons et à l'administration civile et mili­

réception

Vata, les

heures

a

ouverte. Puis c'est la

bains de

lieu

menade à cheval

un

encore un

plage

de Nouméa où

vers

de

les

vrai défilé de voitures. Une pro­

Portes-de-Fer,

aux

la vallée des Colons

mer

avec

retour par

partant par
Montravel, est

en

passe-temps agréable. Il y a aussi la prome­
au ponj des Français,

nade à la ferme modèle d'Yahoué
et

aux

missions de la

Puisque

nous avons

franchement rie que

Conception et de Saint-Louis.
parlé de ces missions, disons

nous

en

pensons. Un peu dé11

�i62

OC�ANIE.

DE FRA�CE EN

courage pal' les propos des colons, l'espèce de Iaisser­
aller général, de doute, supportable à Paris, où il n'y
a plus rien à créer
hélas! il Y a peut-être à recréer
mais exaspérant dans un pays neuf,
cc qui tombe
que l'on voudrait plein d'énergie, d'ardeur et même
de folie aventureuse, surlout en présence de tant de
-

-

inexploitées, la vue de ces missions nous a
l'esprit et ragaillardi le cœur. Les pères ma­
ristes, il faut le dire et le reùire, ont agi en Français,
en patriotes en installant et en faisant réussir sur ces
deux points, qui ne sont séparés que de 5 à 6 kilo­
mètres, plus d'établissements que l'administration

ressources

remis

n'en

a

fait

végéter.

C'est Saint-Louis
Une belle

qui

est le centre de

église d'abord,

une

usine à

ces

sucre

missions.
et à

rhum,

alimentée par une roue hydraulique mue par l'eau
provenant d'un canal artificiel, qui sert aussi à faire
mouvoir

une scierie. Des écoles pour les garçons et les
filles canaques s'élèvent à côté de l'église; nous y avons
entendu de jeunes indigènes des deux sexes chanter

fort correctement, ma foi, et d'une voix qui n'a rien
de désagréable, le latin d'église : joignez à.cela le bon
état des

plantations, un bétail gras et bien soigné.
L'hospitalité vous y est gracieu­
offerte, et non pour quelques heures, mais
nuit. Une surprise vous est réservée. Non loin

C'est merveilleux!
sement

pour la
de l'habitation des

pères, derrière

cotiers et bananiers font

un

un

rideau,

où co­

délicieux fouillis d'ombra­

se trouve un
village canaque, mais propre, mais
pittoresque à ravir les yeux. Devant de telles preuves
d'intelligente et utile colonisation, de travail hien com­
pris et hien exécuté, on ne peut qu'admirer, si scepti­

ges,

que que l'on

puisse

être. C'est surtout

colonisation qu'il faut

accepter

en

matière de

toutes les

bonnes

�NOUVELLE-cALgnoNIE.

volontés et

employer

i63

toutes les

énergies, sans entrer
parti ou de religion; c'est
jusqu'ici, et on a eu raison.

dans des considérations de
du reste

ce

qu'on

a

fait

donc? tandis que nous rentrons de
l'excursion à Saint-Louis nous entendons pousser des
hurlements; ce sont les indigènes qui gesticulent
l\fais

qu'est-ce

étrangement. A ces cris, à ceg gestes les Européens se
précipitent vers la rade, d'autres se mettent aux fe­
nêtres. Y aurait-il quelque révolte au bagne, ou quel­
que insurrection? Point. Il s'agit simplement d'un.
navire signalé. Dès que le sémaphore a fait son
office, les Canaques le voient et font ainsi connaître
qu'il 'va arriver des nouvelles du dehors.
Au

Nous

bagne.

d'aller visiter le

venons

bagne,

de recevoir l'autorisation

l'He Nou. Le canot

major nous

attend, dirigé par un surveillant et mené par huit
rameurs, tous forçats. Une demi-heure après on
accoste, on présente son permis au surveillant en chef

qui
bien

nous

conduit chez le

commandant;

nous sommes

règle. En marche pour notre inspection.
C'est dans l'He Nou que sont internés tous les
en

damnés

aux

amènent

travaux forcés que les

transports
Nouvelle-Calédonie; c'est là que

en

aussi tous

quatrième

con­

l'}&lt;�tat
sont

que l'on a da classer comme
qui ont commis des crimes ou des

placés
incorrigibles et ceux
délits depuis leur embarquement.
de trois mille

de

ceux

Ils sont

au

nombre

environ, divisés en quatre classes, dont là

seule est à la chaine. Elle

comprend les plus

indom ptables.
Nous

visitons

successivement

divers

ateliers de

vêtements, de chaussures, etc., car tous les métiers
sont représentés là. Dans ces visites, tandis que le

qui vous accompagne s'éloigne, soit pour
faire remarquer autre chose, soit parce que vous

surveillant
vous

�{64

DE FRANCE EN

vous

attardez,

OCÉANIE.

pstt discret,

un

un

coup d'œil d'une

expressive mobilité vous appellent vers certains con­
damnés, qui vous présentent sous la blouse des bou­
tons sculptés ou gravés, des coquillages gravés, de
petites bottes en bois de rose, et cela pour presque
rien. Il est bien compréhensible que les forçats cher­
chent par tous les moyens à augmenter leur pécule,
et à tirer parti de leur ingéniosité au travail, quand
travail n'est pas leur travail ordinaire, et pourtant

ce
.

cet

appel

est

désagréable.

On trouve aussi à l'île Nou des potagers

magnifiques,
jardins anglais, une plage
où la musique des forçats vient répéter,
à l'ombre de bananiers gigantesques, les airs qu'elle
doit exécuter le dimanche sur la place des Cocotiers.

hôpital
verdoyante
un

Citons

entouré de

le camp de l'Est, la ferme dite ferme du
sert de résidence aux invalides et aux libé­

encore

Nord, qui

place, invention charmante qui permet au
qui a mangé son pécule de venir se refaire
tranquillement de ses débauches, faculté que n'a

rés

sans

libéré

pas le colon. En

noter;

car nous

définitive rien de

ne

comptons pas la

remarquable
vue

à

peu inté­

a subi sa peine, où
n'ayant jamais consenti

ressante de la cellule où Lullier

il

a

vécu

nu

comme un

à revêtir l'habit de

ver,

forçat;

et la rencontre de deux'

criminels célèbres: l'intéressant Abadie, qui est de la
musique, ce qui est tout à fait champêtre et Fenayrou,
le

pharmacien qui est infirmier. C'était son droit.
télégraphique relie l;île Nou à Nouméa.
La Nouvelle-Calédonie est divisée en cinq arrondis­
sements, dont nous allons rapidement citer les éta­
blissements principaux, en mettant en regard la pro­
duction ou la particularité qui les concernent:
Le premier arrondissement comprend tout le sud
Un câble

�NOUVELLE-CALÉDONIE.
de

là

l'île;

se

qu'He Ducos,

trouve

165

Nouméa, l'île Nou, la pres­

où étaient internés avant l'amnistie les

condamnés à l'enceinte fortifiée et

sert actuelle­

qui

ment d'asile pour les libérés. Là se trouve aussi le
pont des Français, où s'embranche la route allant
dans l'intérieur de l'île et celle

qui

à Saint-Louis

va

et à la baie du sud par le Mont-Dore. Dans les envi­
rons

citons

encore:

la ferme modèle d'Yahoué et la

mission de la

Conception, la prise d'eau Pritzbüer, qui
alimente la capitale. On y remarque encore la Dum­
béa, belle rivière près de laquelle existe une cul­
ture maraîchère très soignée et des plantations de
caféiers; Païta à 29 kilomètres de Nouméa, au pied du
mont Mou:
très

culture de haricots et

appréciées.
pâturages.

beaux

A

Saint-Vincent

pommes
se

de terre

déroulent de

C'est à cet arrondissement

l'attache l'île des Pins, les îles Ouen et les îles

qu'on
Loyalty.

Deuxième arrondissemen t : Chef-lieu Canula à l'extré­

mité d'une baie

profonde.
de l'île

C'est l'un des

points

les

vallées

plus pittoresques
magnifiques
bouquets de cocotiers. La baie des Morts tout
auprès est un beau mouillage. Cette baie tire son nom
de l'usage ancien des indigènes qui transportaient leurs
morts au sommet du pic qui s'élève près des flots.
avec ses

semées de

C'est aussi l'arrondissement du nickel. On

Canala,

à

Thio,

à

Nakity, qui possède aussi

d'antimoine, Plus loin

dou

(153

en

trouve à

gisement
c'est la vallée Kouaoua; Moin­

kilomètres de

Nouméa),

l'on cultive aussi le tabac et le

centre

un

agricole

où

café; la Fonwary,

ateliers, distillerie, pénitentier agricole (cent conces­
; la Foa, magnifique vallée à la conjonction

sionnaires)

de la route de la Foa à Canala. On y rencontre des
pénitentiaires, des colons libres, des

concessionnaires

Malabars. C'est

près de la Foa

que s'élève le monument

�iGG

DE FRANCE E�

OCÉANIE.

construit il la mémoire du colonel d'infanterie de

ma­

rine, Gally-Passebosc, tué au début de l'insurrection
de 18ïU. De vastes pàturages s'étendent aux lieux dits
la Ouameni Supérieure et Inférieure; ruines des usines
de Kerveguen détruites dans la même insurrection.
Citons encore Bouloupari, où l'élevage du bétail est
entrepris; Tonio où les condamnés réunis en camp
travaillent

aux

arrondissement

routes et où l'on abat du bois. Cet
se

rétablit lentement des pertes

casionnées par l'insurrection de t87H,
culièrement sévi.
Troisième
Houailou

arrondissement.

sur

la côte Est:

-

qui

y

Relevons

beaucoup

a

oc­

parti­

d'abord

de colons et d'in­

mines de nickel, notamment celles de Bel-Air,
des premières découvertes. Près la côte ouest,

digènes,
une

Bourail, à 194 kilomètres de Nouméa, station
importante. Le village est situé au confluent de plu­
c'est

sieurs vallées. On y remarque une usine de cannes à
plantations de café, de tabac, des cultures

sucre, des

de maïs. La vie et le mouvement y règnent, car outre
les colons il y a un pénitencier d'hommes, le camp
des Arabes condamnés, et le couvent pénitencier des
femmes.

Nous

avons

déjà parlé

des

mariages

des

condamnés; c'est de là que leur viennent leurs épouses.
On fait choisir les hommes, les femmes acceptent;
et voilà

un

n'ont rien à

mariage
se

bâclé. Il est vrai que les

époux

reprocher.

Plus

loin, Trazeguies, ainsi nommé du nom de
Trazeguies d'lttres, qui obtint une concession où
l'on compte actuellement trente mille pieds de caféiers;
la vallée de Poya, trop célèbre par le massacre qui
M.

eut lieu

houen

,

monde.

lors
qui

de

l'insurrection; celle de

forme le

cirque

le

Pourreri­

plus pittoresque

du

�NOUVELLE-CALÉDONIE.

16i

1

quatrième arrondissement, c'est: Hienghène,
gracieux et coquet: la rivière bordée de
plantations indigènes, les cocotiers, les fougères ar­
Dans le

où tout est

borescentes, les lianes courant d'arbres

en

arbres;

Hienghène, centre de population indigène OÜ réside
ln. plus belle tribu de l'fla.Outre son village .canaque,
cette station attire les curieux par ses tours Notre­
nomme ainsi des roches admirablement

Dame. On

découpées qui

ont 80 mètres d'altitude et

qui

émer­

gent de l'eau entièrement détachées du rivage.

Wagap, quelques trappistes s'occupent
du bétail et de la culture de la

Cinquième

arrondissement.

ùe cuivre de la Balade

de

A

l'élevage

vigne.
Les fameuses mines

-

de viande

Ouegoa. Puis
compagnie Digeon a sa conces­
quantité de bétail, fabrique de conserves
pour l'armée. C'est à Balade que Cook jeta

l'ancre

17H; c'est là

c'est Gomen,
sion: grande
en

se

trouvent à

où la

OÜ La Pérouse et d'Entrecas­

teaux abordèrent et où la

prise

i853. On

de

possession

fut faite

les ruines du

peut y remarquer
hlockaus construit par nos soldats à ce moment. No­
tons encore Pouebo : mission catholique, belle église
en

encore

où est enterré le

premier évêque de l'He, Mgr d'Amata;
Oubatche, élevage de chevaux; Manguine, mines d'or
abandonnées; Diahot, mines de cuivre.
Nous arrêterons ici

cc

(rUe

nous

avons

à dire de la

que
sujet soit épuisé,
mais parce que nous voulons réserver quelques pages
aux îles qui l'avoisinent et qui font partie de notre

Nouvelle-Calédonie,

le

non

ainsi

qu'aux Nouvelles-Hébrides, qui doi­
appartenir un jour, par la raison que
l'Australie possède la terre de Van-Diémen, qui la
touche presque. Puis nous ferons une pointe vers la
possession,

vent

nous

Nouvelle-Zélande, de façon

à

permettre

li ceux

qi-li

�168

DE FRANCE EN

suivront cet itinéraire et
nous

que

peut

qui

à la curiosité de

OCÉANIE.
ne

ne

résisteront pas plus
négliger de ce qui

rien

être vu, de savoir à

cette

ligne

un

réalité étant la

perdre

quoi ils s'engagent en suivant
peu brisée, qui est la meilleure en
plus complète, car la ligne droite fait

bien des sensations curieuses et utiles.

CHAPITRE VII
NOUMÉA AUX N01JVELLES-nÉIlRIDES

DE

(900 MILLES) (1).

En
Nouvelles-Hébrides.
Nouvelle-Zélande.
Loyalty.
L'île des Pins.
La baie du Sud.
Les
quittant Nouméa,
Les Nouvelles-Hé­
îles Loyalty.
Encore les méthodistes.
Mœurs indigènes.
Ces
brides.
1\1. John Higginson.

Iles

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

Un peu de tempête.
pauvres femmes.
Les Vénus d'Aoba.
D'une île il l'autre.
-

Zélande.

-

Vive l'huile 1

-

-

-

Volcans, geysers, tremblements

-

La Nouvelle­

de terre.

-

A

Aukland.

l'obligeance de M. Dubuisson, le directeur
Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hé­
brides, qui met gracieusement iL notre disposition le
passage sur un des navires qui rapatrient dans l'ar­
chipel les indigènes ayant rempli leurs engagements
de travail, et qui font en même temps l'échange des
denrées entre l'archipel et la Grande Terre, nous
Grâce à

de la

pu refaire dans ce pays enchanteur un voyage
est resté un de nos meilleurs souvenirs (2).

avons

qui

Aller et retour.
Pour les détails circonstanciés sur ce premier voyage, voir
le volume de M. Henri Le Chartier, Ln Nouvelle-Calédonie et les
Nouvelles-Hébrides (librairie Jouvet et Cio).

(1)

(2)

��NOUMI�A AUX NOUVELLES-HÉDRIDES.

DE

C'est

187û

en

qu'en qualité
l'instigation

et à

fa

de commissaire du
de l'amiral de Pritz­

gouvernement,
buër, gouverneur de la Nouvelle- Calédonie,
avons vu

le vieil et

nous

Éden, que Cook,
première
infatigable explorateur, préférait à Tahiti
fois cet

pour la

ce lieu de délices, rêve du voyageur,
En quittant ces îles fortunées,
marin.
paradis
nous espérions bien que l'annexion se ferait rapi­

même, Tahiti,
du

dement,

et

nous

même

pensions

avoir contribué

pour notre modeste part à ce résultat, que demandait
la colonie entière et qui s'imposait à tout esprit lo­

gique et de bon sens. Hélas! il n'en a rien été; nous
expliquerons pourquoi tout à l'heure. Le caprice d'un
homme, son indifférence seule peut-être a contribué
à l'ajournement de la prise de possession. Nous en
sommes maintenant à la neutralisation, dangereuse
puisqu'elle établit expressément que la police de ces
îles sera faite conjointement par les navires des deux
nations française et anglaise. Les esprits superficiels
diront : Bon, nous sommes sur le même pied que
l'Angleterre. Ce serait vrai si nous entretenions en
Océanie autant de légers navires de guerre que nos
concurrents; mais on sail qu'il n'en est rien. Et nous
prévoyons dans l'avenir

mille conflits. Alors le gouver­
on l'a fait tomber et,

nement reconnaîtra l'erreur olt

poussé par l'expansion de la colonisation française,
il fera
y

a

avec

dix

encore

peine

ce

qu'il

eùt fait

sans

difficulté il

Il est vrai que la convention
non
des
réalisée
traite
Nouvelles-Hébrides
qui
ans.

-

-

s'occupe

d'une neutralisation

du canal de

Suez,

et

qu'elle

plus importante, celle

consacre nos

droits

sur

les îles Sous-le-Vent: Raïatea, Bora-Bora, Huahine,
qui relèvent de Tahiti. Mais fût-il réalisé, cet instru­
ment

diplomatique n'empêchera

pas dans l'avenir

�DE FRANCE EN

iî2

annexion

une

peut

se

la Nouvelle-Calédonie

laquelle

sans

OCÉANIE.

sentir libre et vivre.

ne

.

l'archipel, nous devons nous arrê­
Loyalty. C'est vers la principale d'entre

Avant de visiter
ter

aux

iles

elles, Maré, que
tembre f88H

par la

Protégé

mettons le cap le

nous

14 sep­

matin.

au

blanche de récifs

grande ligne

entoure la Nouvelle-Calédonie et

qui

qui

facilite si sin­

gulièrement le cabotage, le navire de la Compagnie
quitte Nouméa, double l'île Nou, s'engageant dans ce
qu'on appelle le canal Woodin, passage entre l'He
Ouen et la grande terre, L'He Ouen, que nous cô­
toyons de près,

est fertile

de chrome et de

gisements

minerais de

en

fer,

en

elle est habitée

cobalt;

par la tribu des Touaourous.
Nous jetons bientôt l'ancre dans la baie du

de faire de l'eau. Cette côte vaut

seulement à

cause

vent par amas, et

mais

puissante,
chaude

Sud, afin
non
arrête,
qu'on s'y

des minerais de fer

sur

lesquels

pousse
ùes

à cause

encore

qui s'y trou­
végétation

une

sources

d'eau

y rencontre, l'une à côté de la rivière
Kaoris, l'autre en mer, d'où elle jaillit avec une tem­
pérature de 40°. Le plateau qui s'élève du côté de
Jaté

qu'on

ménage une surprise,

d'une étendue

assez

mètres de

largeur
profondeur. Un ces
cause

de

-

sa

y
-

peut voir des lacs
près de 2 kîlo­

qui atteignent 7 mètres de
s'appelle le lac en Huit" à
déversent leurs eaux par une

et

lacs

forme. Ils

série de cascades

jusque

tion

a

pénitentiaire

car on

considérable

dans la

installé

sur ce

mer.

point

L'administra­
des chantiers

pour l'extraction et le traitement des amas de mine­
rais de fer, qui forment pour ainsi dire le sol de cette

baie, qui
Nous

renferme ainsi l'utile et le
110ns

réembarquons,

notre

pittoresque.
provision d'eau

�NOUMEA AUX NOUVELLIŒ-HEllHIllES.

DE

173

faite, et, traversant le canal de Havanah, nous sortons
de la blanche ceinture de récifs, distinguant au sud­
est le

le

pic N'ga,

le

point

dont il faut bien dire

Pins,

plus

un

élevé de l'île des

mot.

On sait que c'est dans cette île que l'on avait relégué,
nombre de trois mille, les combattants de la Com­

au

mune, condamnés à la

déportation

la

sévère à la

plus

suite des événements de mai 1871. L'amnistie
vert les

de France à

portes

a rou­

victimes de l'exaltation

ces

a suivi la guerre de 1870-1871, et main­
tenant l'île des Pins n'a. pas plus de trois cents condam­
nés non politiques et tous fort peu recommandables.

politique qui

On

s'explique

ne

pas bien

pourquoi l'administration

à maintenir dans l'He

persiste

nés. D'abord c'est contraire à

Pour
ses

elle,

-la

aux

criminels

par le travail.

occasion de se régénérer
passe-t-il? Les condamnés
pour la raison qu'il n'y a rien à créer
plus de défrichement à accomplir.
une

Or, que

se

ne travaillent pas,
dans cette île, ni
Ils vivent là comme ils vivraient
ou

vaux

rés les
ser

uns

contre les

'cents

un

«

on

Le resLe

dit »,

si c'est

possible.

se

démorali­

On dit bien

à des métiers d'art. Mais c'est
car

c'est à

peine si,

sur

trois

pu réunir dix ouvriers passables.
travaille par force ou ne travaille pas, si

individus,

bien que

France, à Clair­
réclusion, ser­

autres, de façon à

davantage,

qu'oilles fait travailler
encore

en

dans toute autre maison de

encore

condam­

ces

idées humanitaires.

elle l'a déclaré du moins par la voix de
déportation est un moyen humain de

-

légistes,

fournir

des Pins
ses

sans

on a

les condamnés

non

relégués,

on

n'aurait

pu organiser d'ateliers fonctionnant à peu près.
Vous concluez donc, nous dira-t-on, à abolir la

légation,

à donner

peu intéressants

en

aux

condamnés de cette

somme, des terres eL les

re­

catégorie,
avan

tages

�i�'
,'le

DE

FRANCE EN

OCEAN lE.

du colon? Nullement. Mais il y a de durs ct pénibles
travaux à faire en bien des endroits. Pourquoi ne les
ferait-on pas servir à cet usage,

pourquoi

ne

pas

en­

voyer, par exemple, ces paresseux à Diégo-Suarez,
en les plaçant sous les ordres et la surveillance de
nos

soldats, qu'on emploie là à faire des routes,
plus durement que ces criminels? Il Y

vailler

à tra­

aurait

de l'humanité bien entendue dans cette mesure, et
non de cette humanité inhumaine qui exige tout de

loyal serviteur qui donne son sang, et
giLtés les scélérats.
Les Canaques qui habitent l'île des Pins obéissent à
une reine, la reine Hortense (rien du beau Dunois !),
épouse du chef Samuel, à qui nous servons une pen­

l'honnête et
traite

en

enfants

sion. L'He doit
lumnaires

qui

son nom

se

à de vastes forêts de

dressent

majestueusement,

pins

co­

couron­

nés de branches sombres. On y peut visiter des cavernes
où les indigènes déposaient jadis leurs morts et où

les

squelettes

ne

manquent point.

La Nouvelle-Calédonie s'est effacée à
·nous ne

Lifou et

tardons pas à

apercevoir

Ouvea, par tribord Maré,

nos

yeux, et

par bâbord devant
OÜ nous accostons

à 4 heures de relevée.

Les îles Loyalty sont très peuplées par rapport à la
Nouvelle-Calédonie, car, sur une surface treize fois
moindre, on compte presque autant d'habitants
(:14 600). Les indigènes sont en partie catholiques, en
partie protestants: ce qui leur permet de continuer
sous le couvert de leur religion
à laquelle ils ne
leurs com­
sont pas convertis sans arrière-pensée
-

-

bats et luttes d'antan. Disons tout de suite que les
pères maristes qui les catéchisent les retiennent plu­
tôt

qu'ils

voudrions

ne

en

les

encouragent

dans cette voie. Nous

dire de même des ministres

protestants.

�ILES LOYALTY.

Malheureusement il ne parait pas qu'ils cherchent
beaucoup il apaiser les discordes dont ils comptent
profiter. Il y a Iii surtout un certain .Jones qui ne cesse
de prêcher ouvertement aux indigènes la haine de tout
ce qui porte le nom français. Et notre administration
laisse paternellement ce pieux énergumène endoctriner
contre nous les gens placés sous notre autorité. Ah!
que nos amis les Anglais se montreraient plus pra­
tiques que nous en présence de faits analogues! Ils
trouveraient bien un moyen, diplomatique ou non,
débarrasser de cet ennemi 1 Mais nous, fi donc!
Messieurs les Anglais, tirez les premiers, disions-nous
de
à

se

Fontenoy;

avons-nous

air. C'est

Messieurs les

l'air de leur dire

trop de grâce

Anglais,'
avec

tirez

sur

nous,

désinvolture et bel

et de maladresse.

Nous apprenons au dernier moment que le gouver­
nement colonial s'est décidé à expulser des îles Loyalty
ce

fougueux évangéliste.

ramené

à

Le

Nouméa, d'où il

Duchaffau:
a

été

l'a cueilli et

expédié

en

Aus­

tralie.
Les

indigènes

des îles

LoyaIty

nous

ont paru,

comme

Nouvelles-Hébrides, appartenir à des races
supérieures à celles de nos Canaques. L'idée de pro­
priété est devenue, grâce à nous, si forte dans leur
esprit, qu'ils gardent avec férocité leurs lopins de
ceux

des

terre et

qu'il

s'ensuit autant de rixes que pour les

opinions religieuses. Ils sont en général travailleurs,
excellents marins; ils s'engagent sans crainte sur les
caboteurs, cultivent ici et là le coton et le tabac, et
font un commerce assez régulier de coprah.
Les îles LoyaIty possèdent, comme l'He des Pins, des

curieuses, formées de bancs de coraux
t sujettes il des tremblements de
résident français habite il Chépénhé, dans la

cavernes assez

morts,
terre. Le

elles

son

�116

DE FRANCE l!:N

baie du

pins

Sandal,

au

OCÉANIE.

milieu d'une

magnifique

forèt de

et de cocotiers.

Maintenant,

en

route pour les Nouvelles-Hébrides.
actuellement sous ce nom, que lui

L'archipel connu
donna

Cook, fut découvert en 1.606 par Fernandez
Quiros, qui crut avoir trouvé le continent qu'il
cherchait partout dans les mers du Sud. Dans ce

de

temps-là, chaque navigateur
tinent
le

ou

canon

son

petit

con­

armée. Il n'en connut même pas les côtes
d'appeler cette terre Australia dei Spi­

coup

une

et

contenta

se

cherchait

cherchons le microbe de la rage
et le fusil qui pourront détruire d'un seul

comme nous

rito Sancto. Ce

plus grande He de
l'archipel,
qui
plus
Bougainville,
en 1. 768, reconnut l'erreur de Quiros, et baptisa ces iles
celle

du

nom

de

nom

est resté à la

est la

nord.

au

Grandes-Cyclades.

L'archipel peut être divisé en deux groupes: le
méridional, qui comprend Anatom, Erronan ou
Fatouna, qui possède un volcan, Immer ou Uvea,
Erromango. Toutes ces îles sont de nature volca­
nique et fort élevées au-dessus du niveau de la mer.
Dans le groupe septentrional, on compte successi­
vement, en remontant vers le nord, les iles : Sandwich,
Api, Mallicolo, Ambrym, Pentecôte, Aoba, Aurore,.
Santa-Maria et Saint-Esprit.
Reste un assez grand nombre d'flots et de rochers
dont la nomenclature offrirait peu d'intérêt.
Ces îles, par leur situation, par leur nature,

blent le
avec

être

prolongement

sem­

naturel des îles Loyalty et font

la Nouvelle-Calédonie

un

départagé. L'Angleterre

tout

ou

qui

ne

saurait

l'Australie les

occu­

pant, la Nouvelle-Calédonie- serait presque bloquée

pourrait

Cela est si

et

privée de ressources et de débouchés.
vrai que l'Allemagne elle-même a formel-

être

�l_

__

-,-_J

12

�NOUVELLES-HÉBRIDES.
lement

reconnu

devaient

dans la convention de 1885

appartenir.
cette question

nous

Tous

les colons

qu'elles
français

savent que
est vitale ponr notre colo­
nie, qui s'alimente là de travailleurs. Un seul homme

opposé à cette prise de possession, c'est l'amiral
Dupetit-Thouars qui, chargé d'examiner l'opportunité
de la mesure, de parti pris, sans descendre une seule
s'est

fois à terre, sans rien examiner, sans consulter per­
sonne, du gros bout de sa lorgnette, jugea ces îles

quantité négligeable, affirma qu'elles étaient malsans mouillage et sans eau.
Teln'est pourtant pas l'avis des Anglais. Un article pu­
blié par the Glascow Herald Monday (august 27 1883)
peut donner une idée de l'importance que nos con­
currents en Océanie attachent iL la possession de cet
archipel, si légèrement décrié. Nous le citons tex­
tuellement, car c'est court et instructif:
The news Hebrides are in many places trulu Edenic
saines,

in

beauty

.

and rieti in

harbours t hat

are

not

the uiorld, We do not
such

fertiles

vegelables products. It has sorne
surpassed in any other land ln
malte a blind oal'gain in annexing

lands.

en beaucoup d'en­
Éden pour la beauté et la ri­
chesse de leurs produits végétaux; elles possèdent
quelques ports qui ne peuvent être surpassés en au­
cune partie du monde. Nous ne faisons pas un marché
d'aveugle en annexant de si fertiles terres. »
Ce mépris de l'amiral Dupetit-Thouars, cette légè­
reté d'un Français, ce déni de justice, sont d'autant
plus tristes que l'annexion était toute préparée par
celui dont nous avons déjà parlé, M. John Higginson,
qui a tant fait pour la Nouvelle-Calédonie; mais rien
n'a découragé l'homme d'action. Il a voulu accomplir
«

Les Nouvelles-Hébrides sont

droits véritablement

un

�180

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

par lui seul ce que le gouvernement ne voulait et
n'osait faire. Les obstacles étaient nombreux, insur­

montables

en

apparence. Anglais, Australiens, Alle­
les meilleurs lots de terre.

mands, possédaient

Higginson ne s'arrêta pas devant ces diffi­
organisa une sorte d'expropriation pour
cause d'utilité française. Imitant les Anglais, qui agis­
sent commercialement d'abord pour agir politique­
ment ensuite, il se décida iL acheter le plus d'ex­
ploitations qu'il pourrait.
Le 28 octobre 1882, le John Higginson, navire frété
par la Compagnie Néo-Calédonienne, arrivait à l'ile
M. John

cultés.

Il

,

Sandwich, s'arrêtait

à

Port-Vila,

et l'on entrait

en

pourparlers avec MM. Mac Leod, Revillard, Zœffel. En
quelques jours les Français étaient installés au lieu et
place des Anglais, Irlandais et Allemands. En 1884,
l'expédition recommençait, ayant pour but l'ile Malli­
colo, où flottait bientôt le drapeau français.
De son côté, la Société française de colonisation,
dont le siège est rue de la Néva, à Paris, poursuivait
un but pareil. Elle a acquis actuellement 700,000 hec­
tares de terre à Port-Sandwich; elle possède des sol­
fatares qui donnent le soufre nécessaire pour traiter
le nickel, si abondant en Nouvelle-Calédonie. Elle a
installé là-bas quatre-vingt-dix-sept colons, à qui elle
a

donné 20 hectares de terre par célibataire et 25 pal'

ménage.
lébrait

La

son

colonie,

un

peu avant notre

premier mariage; exemple

d'entre eux suivirent.
Les colons de I'Australie ont été
Il

ne

pas

s'agit

sans

épreuves,

souffrances,

ment. Souvent il semble que

c'est

quelque temps après que

tout

que

plus

que de vouloir. Les colonies
sans

arrivée,

cé­

beaucoup
modestes.

ne se

fondent

décourage­
péricliter, et

sans
va

l'œuvre revivifiée
..

mar-

�NOUVELLES-HÉBRIDES.

grands pas. Il suffit qu'un
énergiquement, pour que

che à

18i

seul homme

réussissent et CJue les choses lui cèdent.
,Avant de nous arrêter à l'ne Sandwich, OÜ
vions

brièvement

détails

tumes et le caractère des

moins

ceux que
voyage et dans le

de­

nous

sur

les mœurs, les cou­
de l'archipel, du

indigènes

avons

pu

précédent.
Néo-Hébridais, en dépit

Les

nous

premières marchandises, donnons

déposer
quelques
nos

parfois

les événements lui

veuille

du

observer dans

mélange

des

ce

races

différencie d'une île à

l'autre, donnent l'idée
d'un indigène supérieur au Néo-Calédonien. Cepen­
dant ils ne sont pas moins farouches au fond, et tou­
'lui les

jours

cannibales. L'état de guerre de tribu à tribu est

permanent. Cela
revenaient
tention à

courir

au

est

si vrai, qu'en rapatriant

avec nous, nous

faisions la

ceux

qui

plus grande

at­

pas nous tromper de baie, de peur de faire
malheureux le danger de passer comestibles

ne

de guerre en tombant dans une baie habitée par une
tribu ennemie. Ceux qui habitent la partie méridio­
nale de
ceux

îles sont plus petits et moins intelligents;
partie septentrionale sont plus grands et

ces

de la

plus civilisables.

Tous

portent des chevelures dres­

sées, soit naturellement, soit artificiellement: ce qui
leur donne l'aspect de porc-épie; quelques-uns se

teignent
rail,

rasser

grace

cheveux

en roux avec

lée et

la

poudre

mais

de

co­

débar­

par coquetterie,
plutôt pour
de la vermine. Ils sont propres, au demeurant,
à leur habitude de se baigner chaque matin

dans la

coco

1eR

non

mer.

se
: ce

Après

le bain ils

curent les dents

qui

se

se

gargarisent

d'eau

sa­

la coque de la noix de
rend leur denture superbe. Peu de cos­
avec

tumes, des ceintures de paille et de poils de
setles tressés, mais en revanche des tatouages.

rous­

�182

DE FHANCE EN

Au moral ils

mais ils

OC�ANIE.

sont courageux,

respectueux pour

paraissent pas ressentir de senti­
ments affectueux. Ils méprisent profondément la
femme, au point d'oublier qu'elle a été leur mère,
Comme nous demandions à un jeune garçon qui nous
avait pris en affection où était sa mère, il nous ré­
pondit en me désignant un groupe de femmes âgées:
«
M'y no savais; voilà mes mamans à moi. » Ces pau­
vres femmes, qui cependant ne sont pas sans avoir
quelque agrément dans leur jeunesse, font peine à
voir. D'abord, à mesure qu'elles vieillissent, elles se
chamarrent de tant de coquillages et de verroteries,
qu'elles en sont vingt fois plus hideuses; puis elles
l'âge;

ne

ont l'air si craintives de leurs maîtres! Elles aiment

leurs

enfants;

dent

plus,

ne

peuvent leur
seulement,

lune

vont danser

mine

sur

toujours

vanche

:

fils, à douze ans, ne les regar­
filles, esclaves comme leurs mères,

mais les

et les

être d'aucun
ces

parias,

secours.

ces

A la nouvelle

hêtes de

somme

s'en

la brousse la danse nègre qui se ter­
en scène scandaleuse. C'est leur re­

triste revanche!

dit

qu'on catéchisait assez facilement
Loyalty, il en est de même des
mais
nous doutons également de la
Néo-Hébridais,
des
sentiments
profondeur
qu'on leur inculque. Quant
à superstitieux, ils le sont à l'excès, et ce n'est pas
un petit danger pour les Européens qui se trouvent
avec eux, quand il tonne ou que quelque cataclysme
inattendu éclate. Nous rappellerons à ce sujet une
anecdote de notre premier voyage. Retenus par une
épouvantable tempête dans une des baies de l'île
Nous

avons

les habitants des iles

Santa-Maria,

nous

avions fort à faire à

nous

défendre

contre les 'coups de mer et la rafale, notre surprise
fut donc très grande lorsque nous vîmes venir à nous

�NOUVELLES-HÉBRIDES.
une

montée par trois

pirogue

indigènes. Après bien
grands risques de voir la pirogue

des efforts et de

brisée contre notre

visiteurs,
merce

i83

très

navire,

nous

parvînmes à hisser

de savoir

intrigués

quelle

rage de

nos

com­

les avait poussés à affronter un temps pareil
nous. Notre
stupéfaction redoubla lors­

pour venir à

qu'ils nous révélèrent le but de leur visite. Ils nous
apportaient une boîte de potoder, des perles, un toma­
hawk, quelques figues de tabac, afin que nous fissions
tempête. Le marché n'était pas de ceux que
pouvions réaliser, Nous nous contentâmes d'é­
changer avec eux des objets européens pour la valeur
de leurs présents. La tempète cessa. Ils nous remer­
cièrent avec effusion, persuadés, malgré nos dénéga­
tions, de notre pouvoir. Et voilà comment on passe
pour un Jupiter, dont le quos ego sait arrêter à son
aux Nouvelles-Hébrides!
gré la fureur des flots
Mais si les indigènes sont encore farouches, nous le
répétons, ils sont civilisables; nous les avons vus de
près et nous sommes assuré qu'un peu de loyauté,
des engagements de travail toujours régulièrement
tenus, auront raison d'une .déûanoe trop compré­
hensible; car souvent des capitaines peu scrupu­
leux, étrangers à notre nation pour la plupart
ne se sont pas fait faute, sous prétexte de prendre
cargaison de bois de Sandal, d'enivrer les indigènes

cesser

la

nous

..

,

-

à bord et de les

qui l'apportaient
vendre ensuite.
attentats dont

moins

navires

on

ne

saurait

la rendre

-

une

emmener

pour les

L'Angleterre prend prétexte
-

nous

de

le croyons

complice, pour exercer
surveillance qui n'est pas sans

sur

ces
au
nos

arrière­

pensée. Elle ferait mieux de courir sus à ceux de ses
compatriotes ou étrangers qui ne se font pas faute de

risquer

ce

joli

commerce.

�184

DE FRANCE EN

Nous voici

en vue

OCEAN lE.

des Hébrides méridionales. Non,
ce paradis-là était

Cook n'eut pas tort de s'écrier que

Tahiti; nous n'avons
d'amplifier ce propos dans

à celui de

préférable

de répéter et

pas

eu

notre

tort

rap­

port SUl' notre mission. Vallées fertiles, montagnes
boisées, eaux vives, chaleur tempérée pal' un vent
admirable, voilà pour les yeux et les sens. Quelles
baies riantes que la verdure a rail' d'embrasser de
toutes parts! Pas de mouillage, a dit l'amiral Dupe­

tit-Thouars, et pour quoi prend-il donc ces baies? Le
climat, sur toute la côte Est, est absolument sain, il.
cause

du vent sud-est

enveloppe

ces

îles

qui y

comme

souflle toute l'année et q ni
d'une caresse. Si la côte

Ouest est fiévreuse, c'est que le hois y est plus ,touffu,
que depuis un temps indéfini bambous, lianes, ar­
bustes y naissent, y pourrissent et y tombent et y
forment marécages et tourbières, La civilisation por­
tera le feu et le fer dans ces terres trop encombrées

végétale, et, d'un bout à l'autre de l'île, le
régénérateur soufflera; le paradis sera sans
tache et la médaille n'aura plus de revers.
Nous avons laissé Aneitum, Tanna profile devant
nous ses sommets volcaniques. JI est nuit, un peu de
de vie

vent

houle
nous
en

nous

berce: tout est calme. D'où

vient que
tandis que le reflet rouge du volcan
brise sur l'eau, faisant un scintillant

frissonnons,

activité

se

miroir?
C'est

qu'en f876,

au

même

endroit,

bien fa.illi terminer là notre vie terrestre
maritime. La.

quand

elle

mer

grossit

nous

avons

plutôt
beaucoup plus agitée,

n'était pas
soudain. Le ciel

...

ou

était aussi clair

nuages brusquement firent disparaître
l'adorable scintillement des étoiles. Cette noirceur fut

quand

bientôt

des

déchirée par des

éclairs de tous les tons,

�:'\OUVELLE8-11
.

éclairs

EIlIIIDES

.

éclairs, éblouissants, effroyables,

sur

de tonnerre incessants. Et

grondements
nous empêchait

et des

quelle pluie!

de voir les récifs, même il l'éclat
instantané de la foudre. Rien ne peut donner une
Elle

idée de

quels
nes.

ces

les

torrents, de

ces

paquets d'eau, auprès

pires déluges d'Europe

C'était il

tenir l'échine

vous

ployée,

courber
sans

la

force,

des­

font l'effet de brui­

tête,
sans

à vous

faire

puissance pour

la relever. Bientôt les lames

rune d'elles
nous

faire

nous

mit

sur

capoter, elle

n'en était pas
mer, le navire

le

nous donnèrent l'assaut,
flanc; la suivante pouvait

nous

releva. Notre situation

moins affreuse. Sous

ces

paquets de

fatiguait et se plaignait, oui) il se plai­
gnait. C'est l'impression qu'on a quand on entend les
cris de la membrure; il Y a là
ce semble
quelque
chose de vivant qui se révolte contre la dislocation
de ses éléments. Au risque d'être engloutis s'ajoutait
-

-

celui d'être brisés contre les récifs et les rochers de

le plus désespéré, le capitaine, qui
commençait il perdre courage, eut l'idée de recourir à
l'huile. y croyait-il? pas plus que nous, peut-être.

l'île. Au moment

L'effet fut surprenant. Nous sommes encore, à dix
ans de distance, émerveillé de la promptitude avec

laquelle quelques harils d'huile mirent un [rein à la
fureur des flots. Tant que dura la tempête, c'est-à-dire
pendant quelques heures encore, nous flottâmes, à
peine soulevés, en voyant les vagues déferler et mou­
rir à quelques mètres de nous. Elles avaient positive­
ment rail' d'être en fureur et de se plaindre, de nous
voir nous dérober il leurs étreintes. Si nous rappelons
ce détail, c'est qu'il est bon que l'on répète qu'il existe
dans les cas désespérés un moyen de donner il un
navire menacé le repos dont il
coûteux ct sùr.

a

besoin, moyen peu

�186

DE FRANCE

Nous

à

VOICI

OCÉANIE.

EN

l'ancre devant Port-Havannah

(ile

Baie charmante, verdure presque dans la
mer, mouillage facile. Abrité par des montagnes, Port­
Havannah joint à la beauté du site l'agrément d'être

Sandwich).

devenu
nous

port français. Ce sont des Français qui
accueillent, circulant paisiblement au milieu
un

d'indigènes
colons que
tent

sur

effraye

dont la peau

luit

nue

nous avons vus

sous

l'avenir; la convention qui

pas; et

le soleil. Les

ont bon courage, ils comp­

les

les

menace ne

les

et

quittons
regret
espoir.
poursuit, il consiste à s'arrêter çà et
là pour déposer des indigènes, sans descendre à terre.
Voici Mallicola et Ambryn, Ambryn qui nous rap­
pelle un des plus dangereux et des plus fous souve­
nirs de notre premier voyage. Amené là par cet
indigène dont nous avons parlé, qui ne reconnaissait
pas sa mère parmi les mères et les saluait toutes
par prudence du nom de maman, pris en amitié par
nous

Notre voyage

avec

se

la tribu d'Amenoto

-

c'était le

nom

de notre ami

-

plu qu'on voulait un beau jour
Suprême honneur peut-être, danger
terrible à coup sür. Un roi européen qui cesse de plaire
n'a, la plupart du temps, qu'à prendre un peu préci­
pitamment le chemin de l'exil; mais là-bas on ne plai­
nous

avions tellement

nous nommer

roi.

sante pas, les souverains hors de
d'âge, peuvent être mangés.

hors

service, mais
Il fallut

user

non

de

pour échapper à un si dangereux honneur. Nous'
nous laissâmes faire et revêtir des ornements royaux,
ruse

c'est-à-dire mettre
ceinture très

nu

succincte,

et

prouver notre amour
aimé, nous allions revenir
Nous

courons

sommes en vue

encore,

orner

de colliers et d'une

déclarâmes que, pour
ardent à notre peuple bien­
et

ct

d'Ambryn

nous

tout le

auguste famille.
temps que nous

nous ne

dormons que d'un

avec

notre

�N li U V ELL ES-Il En RI Tl ES.

œil, de peur d'être

jouer

le Roi

malgré

reconnu

et de

ex-sujets

lui.

Est-ce bien Aoba

-

nos

par

18i

l'île située entre l'île

ou

Cythère quïl faut appeler
et l'île Saint-Esprit? Il

Aurore,

faut le croire. Dès que nous sommes en vue, les indi­
gènes et leurs pirogues entourent notre vaisseau et

c'est

milieu d'un cortège

au

quasi triomphal

que

nous

entrons dans la baie.

Mais

quelles

sont

et d'une main

Fénelon

naïades

ces

n'est pas

qui

qui
appelait classiquement

sans

fendent d'un bras

gràce

ronde que

amère? Elles

sont

Vénus noires et pas embar­
rassées du tout de la simplicité de leur costume, sim­

vraiment charmantes

plicité portée

aux

Les hommes

regardent

ces

dernières limites.

nous

d'un air

entourent, et les femmes
n'est

qui

les comprenons pas, nous
prendre. Il est certain que
une

point ennemi;

voulons pas les

ne
ces

nous

nous

ne

com­

ont

peuples primitifs

façon de témoigner leur hospitalité qui n'est

facile à raconter. Nous

quelques petits présents,

nous

pas
bornons à leur donner

et ils s'en vont

femmes seules ont l'air triste et

charmés, les

regardent

avec

Comme Junon, elles empor­
tent le souvenir de leur beauté, non méprisée mais
une

sorte de

nous

reproche.

respectée:
Manet alla meute repostuui
Judicium Parldis, spretœque injuria formœ.

Aoba était notre dernière

Compagnie

étape. Le navire de la
ayant accompli son

Néo-Calédonienne

voyage toucha encore à Port-Havannah et
mena enchantés à Nouméa. Là M. Dubuisson
en

relation

tournait à

avec

un

Auklaud,

capitaine

au

ct. dès le

long

nous ra­
nous

mit

qui

re­

cours

lendemain,

un

peu

�DE l'HANCE EN

tBB

OCEAN lE.

tristes de quitter un pays qui nous est cher, nous nous
embarquions pour la Nouvelle-Zélande.
Gros temps, très gros temps, de Nouméa à Aukland,
mais s'il nous fatigua, il ne nous inquiéta pas; nous
avions vu d'autres dangers. La mer s'apaisa heureu­
sement pour nous laisser entrer sans trop de danger
dans le port, auquel on accède en traversant force
îles déchiquetées et garnies de récifs comme les côtes
de cette partie de la Nouvelle-Zélande.
La Nouvelle-Zélande, placée à un millier de kilo­
mètres de l'Australie, à 600 kilomètres de la Nouvelle­
Calédonie, ne forme pas une seule lie, mais trois îles
d'inégale grandeur. Les deux plus grandes, la Tasma­
nie du nord

du

sud

dé­

(Te, Ika à Maoui), et la Tasmanie
(Tevahi Tounamou), sont séparées par le

troit de Cook. La
lomètres de

première
l'autre

long,

des deux
800

sur

mesure

150 ki­

largeur qui
Stewart, mon­

une

varie de 250 à 280 kilomètres. L'île

tueuse, boisée, est séparée de la Tasmanie du sud par
le détroit de Furneaux. La

possession anglaise

superficie générale

est d'environ

de cette

280,000 kilomètres

carrés, sur lesquels on compte une population totale
de 414,000 habitants environ, dont 42,000 indi­
gènes.

qui découvrit la Noù­
débarqua point, ayant eu quatre
indigènes. Cook, Bancks, Shan­

C'est le Hollandais Tasman

velle-Zélande,

où il

ne

hommes tués par les
ders, en relevèrent la

position. Vinrent ensuite Sur­
ville, Marion, Vancouver, d'Entrecasteaux, Duperré,
Dumont d'Urville. Nous

avons

dit

qu'en

1815

un

chef

zélandais, curieux de savoir ce qui se passait en
Australie, vint à Sydney, admira l'énergie euro­
péenne ct laissa son fils cl élever au gouverneur. Nous
avons dit aussi qu'un convict lui ayant plu, il I'ern-

�DE

NOUM�;A EN NOUVELLE-ZI�LANDE.

i89

et en fit son gendre. Grâce cl cet échange de bons
procédés, les ministres anglicans commencèrent leur
propagande. Les premiers colons de la Nouvelle-Zé­
lande furent cependant des Français, qui s'y établirent
mena

en

1842. Cette colonisation avait donné

au

gouverne­

ment d'alors l'idée de

prendre possession de ces iles.
Comme on était au plus beau de l'entente cordiale, on
s'en ouvrit ù l'Angleterre qui, galamment, nous coupa
l'herbe sous le pied. Les navires envoyés par l'ami­
raulé française trouvèrent le drapeau anglais planté,
et un commodore anglais souriant cl belles longues
dents. On lui rendit

son

sourire et l'entente continua.

Ah! le bon Raton que le Bertrand anglais a toujours
dans le gouvernement français, quel qu'il fût!
La Nouvelle-Zélande est le pays des
conséquent des montagnes, Toutes sont

volcans,

eu

par

déchiquetées

de la

façon la plus pittoresque, couvertes de bois
magnifiques et même, au pied, d'un amas indescrip­
tible de végétations si enchevêtrées, si impénétrables
qu'on assure qu'un serpent même ne s'y pourrait glis­
sel'. On appelle strub ces broussailles. Particularité
qu'il faut noter, malgré la latilude, la nature volca­
nique de l'He, la limite des neiges est d'un tiers plus
basse dans ces Alpes islandaises que dans les Alpes
suisses (3,000 pieds, \)05 mètres
au lieu de 10,000).
-

-

L'altitude

des

montagnes

est souvent la même. Dans

l'ile méridionale, le pic Egmont atteint 2,522 mètres,
il rappelle par sa forme le pic de Ténériffe. Mais c'est
dans l'île occidentale que

se

profilent

les

plus

hauts

Earnstaw3,050 mètres, le mont Cook 4,002.
peu de chose près la hauteur du mont Blanc.

sommets:

C'est ù

La nature

volcanique

de la Nouvelle-Zélande rend

les tremblements de terre

on ne

s'attendait pas il la

pays,

fréquents; cependant
catastrophe qui a désolé le

�DE FRANCE EN

i90
_

il Y

OCÉANIE.

deux ans, le 9

juin 1886. Le volcan Talavera,
croyait éteint, s'est réveillé et a vomi cendres
et laves; les geysers, ces sources jaillissant à inter­
valles plus ou moins rapprochés, une des merveilles
de la Nouvelle-Zélande, lancèrent brusquement des
quantités considérables d'eau bouillante; la terre
trembla, se crevassa et engloutit habitants et bai­
gneurs amenés par les eaux chaudes prescrites pour
a

que l'on

les rhumatismes et la

goutte. Tout le district dit des

lacs, les deux établissements de' bains et de plaisance

spécial, Ohme­
Botorna, disparurent.
quelques heures,
contrées les plus merveilleuses du globe, la

reliés à Aukland par
une

des

seule

un

chemin de fer
En

et

rnonou

présentant

cet

aspect

avant la découverte toute

récente des geysers, des Montagnes Rocheuses, dis­
paraissait. Sur une surface de 200 kilomètres de long
et 40 de

large, villages,

maisons furent

engloutis

sous

les cendres, rongés par la lave, enfouis et dévorés par
la terre. Ce fut une émotion sans pareille en Europe et
en Amérique, car le voyage aux lacs et aux geysers
était devenu à la mode. Beaucoup de monde y per­

dit la vie.
Le climat de la Nouvelle-Zélande est celui de la

France; les productions
sont
sons

Le

identiques.

On

en

pêche

céréales, légumes, fruits,

sur ces

pois­

côtes tous les

de la Manche: chiens de mer, maquereaux" etc.
lin (phormium tenax) s'y obtient facilement et

des forêts sont peuplées
fougères de toute beauté, d'une forme unique, la
nichomanes reniforma, particulièrement, qu'on appelle
vulgairement rognon. En 1876, amateur de plantes
exotiques, .nous nous lamentions de ne pouvoir em­
porter en France un spécimen de ces admirables fou­
Et
gères.
Pourquoi non? me dit un Irlandais.
abondamment. Les lisières

de

-

-

�NOUMÉA

DE

EN

NOUVELLE-ZÉLANDE.

191

_:_

Voulez-vous
transporter?
vous promet" que vous les
ramènerez vivantes en Europe.
Nous avons suivi les conseils de l'obligeant colon, et

comment réussir il. les

suivre

ces

mes

conseils, je

fougères

ont fait leur voyage, elles font

l'admiration de
dans

une

ceux

qui

visitent.

nous

caisse dont le dessus,

en

encore

Emportées

forme de voûte, était

garni en verre bien mastiqué, nous les avons char­
gées et transbordées de Tahiti à San-Francisco, New­
York, restant cinquante jours sans y toucher, sans
leur donner de l'air, malgré les conseils empressés et
nos compagnons de route.
nombreuses sont utilisées en Nouvelle­

même irrités de

Ces

fougères

Zélande pour remplacer la plume dans les matelas.
Les forêts renferment encore des arbres spéciaux: le

puriri,

dont le tronc droit et lisse fournit des màts

merveilleux,

et le

pin kauri, qui

souffre pas d'autres
arbre bien à sa place dans

ct

ne

croit

essences

ne

une

qu'en groupe
autour de lui,

possession anglaise,

n'est-il pas vrai?
La nature volcanique de la

Nouvelle-Zélande, ses
forêts, n'empêchent point l'élevage des moutons,
qui y trouvent de beaux pâturages. Leur laine est fine
et fait l'objet d'une exportation considérable.

vastes

La Nouvelle-Zélande

jouit

de l'immunité de l'Au­

au point de vue
reptiles ou d'animaux
venimeux, aucun mammifère indigène. Un seul oiseau
curieux à signaler, le kiri, qui est à peine plus gros
qu'une poule, qui n'a ni ailes ni queue, quatre orteils
aux pieds, un bec de bécasse et le corps couvert
d'espèces de longues plumes blanches, aussi fines que
des cheveux, Au demeurant, quelques perroquets,
perruches, canards et pigeons. De gros lézards inof-

stralie et de la

Nouvelle-Calédonie,

des espèces nuisibles. Point de

�DE

192

fensifs

circulent aussi,

indigènes.
Ces indigènes
on

FnA�CE EN OC8ANIE.

sont

dirait cruels si l'on
de la

peut-être

façon

objet

de la vénération des

grands, robustes, belliqueux,
ne

savait que leur cruauté vient
Anglais les ont com­

dont les

battus.

Aujourd'hui, ils semblent moins décidés à les
exterminer. Quelques-uns sont chrétiens, agriculteurs.
Les femmes sont assez jolies, 'plus petites que les
hommes;

celles des chefs

abominable et

singulière.

se

tatouent d'une

Le costume

porté

en

façon
géné­

ral mérite

de

une remarque; composé de nattes couvertes
crins de phormium, il leur donne, lorsqu'ils

longs
accroupis,

sont

une

véritable ressemblance

ruche d'abeilles d'où sortirait

une

avec une

tête humaine.

principales de la Nouvelle-Zélande (lie
Wellington, siège actuel du gouvernement,
sur le détroit de Cook (17,000 habitants). Toute cette
province est menacée par les dunes, que le vent
d'ouest semble faire marcher à la conquêtede la terre
arable. On estime à plus de 60,000 hectares la por­
tion de terrain envahie depuis quelques années;
Les villes

nord)

sont

Christchurch, ville de 12,466 habitants, dans une
du port de Victoria. Dans l'Ile du sud,
Dunedin, la ville la plus peuplée de laNouvelle-Zélande,
grand commerce de cuivre; Nelson, bon port, charbon
de terre dans les environs; enfin Olaga, centre des
mines d'or, dont la population atteint un chiffre {le
près de 19,000 habitants.
Si nous n'avons pas parlé d'Auckland, la seule ville
dont parlent les étrangers et qu'ils visitent, c'est que
nous l'avons réservée pour nous y arrêter plus lon­
guement., Posée dans la partie supérieure de l'île du
nord, dans une baie au sud-ouest du golfe Atamaki,
sur un isthme étroit, elle met en communication, par

plaine près

�13

�NOUVELLE-ZÉLANDE.
ses

deux

ports, Woïtemata

les navires

HIa

à l'est et lIfanukau à

l'ouest,

respectivement dans
chacune de ces deux stations. Elle compte de 25,000 à
30,000 habitants et serait encore la capitale en raison
de l'importance de son commerce, si elle se trouvait
dans une position plus centrale.
C'est une cité pittoresque et animée où il se fait d'ac­
tives transactions avec toutes les parties du monde,
en or, cuivre, fer, manganèse, laine, bois et gomme
du pin kauri. Cette gomme a des propriétés curieuses:
non seulement elle survit à l'arbre qui la produit, mais
encore, tombée à terre, enfouie, elle s'y conserve pendant des siècles; si bien que, pendant quelque temps,
on l'a
exploitée comme un minerai.
D'Auckland on aperçoit les cônes de nombreux vol­
cans éteints, dont la hauteur varie de 100 à 400 pieds,
le mont Éden entre autres. La principale rue s'appelle

qui

viennent mouiller

Princ's street. L'hôtel où
trouve dans cette
vons

du

nous

sommes

descendu

se

et, de nos fenêtres, nous aperce­
la ville et le port et,' au-dessus, la chaîne boisée

Citirangi.

Les constructions ont

cial: à côté de

des édifices

rue

jolies

maisons

en

un

caractère

briques

on

spé­

trouve

basaltes poreux provenant des cônes
prochains. En définitive, avec ses collines
en

volcaniques
s'avançant dans la mer, les anses qui découpent la
baie, ses jetées ou piers étendus, et dont l'un, le com­
mercial pier, a t. mille de long, on retrouve dans
Auckland le panorama de Sydney. Comme à Sydney,
muséum d'histoire

naturelle, un
écoles, quinze tem­
jardin botanique,
Deux
de fer partent de la
etc.
chemins
de
ples,
lignes
le
Suuth
road
et
Great
le
Great
North road. Une
ville,
la
route
conduit'
à
ville
jolie
petite
d'Ouchunga, à
on

y remarque

un

de nombreuses

6 milles du

port Manikau. C'est la campagne

semée

.

�DE FRANCE EN

196

de villas où

se

OCÉANIE.

commerçants. Des usines,
quelques jolies métairies éparses

retirent les

des manufactures et

rendent cette route fort animée.

Auckland est
au

encore

nord et le Vaiha

dirige
câble

ou

reliée par des fleuves, le fVaü'oa
Tamise Néo-Zélandaise, qui se

le sud, à divers points du territoire. Un
transatlantique la met en communication avec
vers

Sydney.
Si l'on reste

quelque temps

à

Auckland, touriste

ou

voyageur, les excursions ne manquent point. On peut,
par exemple, prendre le chemin de fer jusqu'à Ok­

chunga, petit port où l'on trouve un bateau à vapeur-à
destination de la jolie petite station de Wainera (eaux
chaudes). Non seulement ces eaux y guérissent rhuma­
tismes et paralysies, mais encore on y jouit de la vue de
la plus belle végétation qui soit. En s'y rendant, on
passe en vue de l'île de Kawau, où sir Georges Gray a
installé de délicieuses habitations.
Il faut voir aussi

Takapuna

et

un

North-Thou,

lac

la hauteur où est

le cène

qui occupe
placé le lac,

un

la

volcanique

de

ancien cratère. De
vue se

porte

sur

l'isthme tout entier, allant d'une mer à l'autre.
Les forêts de pins kauris, les cônes volcaniques, les

végétation de la Nouvelle-Zélande
un ineffaçable souvenir, si nous
avions pu oublier le tour que les Anglais jouèrent à
notre diplomatie en s'en emparant, et si la musique
un peu monotone de l'idiome anglais, l'air affairé et
lacs, les geysers,
nous

la

auraient laissé

un peu indifférent des habitants n'avaient fini par nous
faires entir notre solitude. Pas une voix française à

notre oreille!

avoir

Tout

cela

nous

parut dur,

surtout

après

passé de si bons moments en Nouvelle-Calédonie 1
cela fit que nous quittâmes presque gaiement ce

beau pays. Il est vrai que c'est pour revoir Tahiti, où

�NOUVELLE-ZÉLANDE A TAHITI.
nous

197

allons retrouver de chers souvenirs. Rassurez­
souvenirs sont de

ces

vous,

ùe

ceux

qu'on

nous

pardon­

les yeux de nos lecteurs; ce sont,
placer
l'un
de
au
nous,
moins, des souvenirs de famille.
pour
Il n'y a rien là de tahitien dans le sens que l'imagi­
nera

sous

nation attache à

ce pays de voluptueuse paresse, de
de
danses
repos,
légères, de bains au clair de lune et
de gracieux k!Jménés, chantés sous l'ombre des arbres

où

les couleurs claires des traî­

s'agitent vaguement

nantes robes de mousseline des belles vahinés.
comme

on

pons pas
pas les

dit dans les

romans

les événements et

sur

Mais,
feuilletons, n'antici­

...

surtout

mêlons

ne

chapitres.

CIIAPIT RE VIII
D'AUCKLAND A
Vers la nouvelle

Papeete.

-

Un

des Pomaré.

T�AITI (PAPEETE) (2,229 MILLES).

La
Cythère.
peuple enfant.
-

semaine des deux

-

Les vahinés.

Entre la France et

-

-

l'Angleterre.

jeudis.

La
-

-

dynastie

Comment

prise de Fa­
tahua,
Plaisirs tahitiens: hyménés.
La hupu-hupa.
Escale aux îles Marquises.
Dépendances de l'île.

finit

une race.

-

Promenades dans l'île.

-

-

La

-

-

•

-

Le

matin

du

troisième

jour

après

le

départ

ù'Auckland, las d'une de ces nuits détestables que
nous réservent les petits navires aux cabines étroites,
montâmes

le

reprendre vie, en
respirant
premières
jour.
Le jour naissant dorait encore les voiles, quelques
reflets roses s'effaçaient dans le ciel et dans la mer,

nous

sur

l'air frais des

pont

pour

heures du

�OCÉANIE.

DE FRANCE EN

198

tout notre être di­

et notre cœur s'épanouissait dans
laté, quand, tout à coup, ayant

circulaire la

embrassé d'un

re­

s'étendant de toutes parts, et
le ciel s'abaissant partout pour la rejoindre:

gard

mer

Le ciel, couvercle bleu de la grande marmite
Où bout l'imperceptible et vaste humanité,

Beaudelaire, nous sentîmes l'idée d'infini
place à un vague sentiment de
fini, d'étroitesse, d'emprisonnement même.
dit

comme

s'évanouir pour faire
Cette

impression

reçu des marins

cuvette,

comme

n'est pas

pleine mer, elle a
particulier. On est dans la
disent. La comparaison est juste,

un

ils

rare en

nom

quelle que soit la vitesse du navire le cercle de
l'horizon qui ne s'élargit pas arrête bientôt l'essor de
car

l'esprit.
Pour fuir le

donne

toujours cet effet
pleine
l'esprit humain, plus bizarre
encore peut-être, nous allons trouver le capitaine dans
sa cabine. Il est en train de relever le point; nos yeux
se portent machinalement sur le livre de bord, et nous
Et
bondissons; car nous venons d'y lire « jeudi »

spleen

bizarre de la

que

mer

à

.....

de

nous

-

écrier:

Mais, capitaine,

nous sommes
-

Ah! ah!

aujourd'hui
fit-il,

d'homme habitué à
vous

qui

vous

vous

en

devez

vous

tromper,. car

vendredi.

riant de

son

bon rire

sonore

haut que le flot, c'est
dans l'œil, marin d'eau

parler plus

fourrez le

doigt

douce!
-

Voyons!

d'Auckland il y
D'accord.

voyons, ne sommes-nous pas
trois jours, mardi?

partis

a

-

-

Eh

bien, mardi, mercredi, jeudi,

vendredi.

et

aujourd'hui

�D'AUCKLAND A TAHITI.

f(l9

VOUS comptez mal.
Comment comptez-vous vous-même?

-

-

C'est bien

simple: mardi, mercredi, jeudi et
jeudi?
aujourd'hui
Mais, dans tous les calendriers du monde le jeudi
-

encore

-

est suivi du vendredi.

Cela

-

dépend.

Nous levons les bras

instant l'idée

un

sons;

quelque

chose de

ciel, puis

au

nous

les abais­

vient que le capitaine a
dans la boussole; ce qui

nous

dérangé

n'est pas récréatif, car notre vie dépend de cette
boussole-là autant que de l'autre. Il devine notre
charitable pensée et ne s'en fâche pas, et, nous met­
tant la main

Là,

-

le genou, toujours riant:
cher L
soyons calmes, dites-moi pour
dans quelle direction nous marchons?
sur

mon

commencer

...

,

-

Dans la direction de l'est.

-

Eh bien?

fit rire de

vous n'y êtes pas encore?
parfaitement ahuri qu'auparavant.

Comment,

Notre air aussi
nouveau

et pas doucement notre interlocu­

teur, qui reprit:
Ah

-

Verne?

vous n'avez pas même lu Jules
moins le Tou?' du monde en 80 [oure ?

çà 1 mais
au

-Mais si

...

Eh

bien, qu'arrive-t-il
retour en Angleterre?
Ce qui lui arrive, c'est.
-

à

Philéas

Fogg

il

son

-

Ici

nous

arrêtons le

bonnement à

ce

que

dîmes,

nous

ressant, l'explication que

nous

pour substituer tout
et qui n'est pas inté­
donna le marin. Il

que l'heure n'étant pas la même
les
coins
du
tous
globe, à chaque degré franchi

nous
sur

..

dialogue

fit

comprendre

dans la direction de l'est

lever du

soleil,

ce

gagnait 4 minutes
qui multiplié par 360 degrés
on

sur

le

faisait

�200

24

DE FRANCE EN

heures,

ou un

jour;

monde,
ce

qui

à doubler le

où l'on se trouvait

jour

tation de notre

qu'il

fit

passant

nous

quatre jeudis.
La gaieté que manifesta

ignorance

apporter

tout à fait et

en

l'avions passé le matin même;
donnait la semaine des deux et non des

degré. Or,
nous

qui enfin avait amené, pour
lorsqu'on faisait le tour du

ce

l'établir l'heure exacte
le f80e

OCÉANIE.

le

capitaine

à cette consta­

maritime et la bouteille fine

repas pour la fêter nous remirent
firent oublier « la cuvette », et nous

au

nous

promîmes d'étudier dorénavant la science maritime.
Depuis, chaque matin, il ne manquait pas de nous
demander quel jour nous étions, et de rire encore. Le
brave homme avait le rire facile, et nous aussi par
contagion. IL y a si peu de distractions à bord, que
lorsque nous fûmes en vue de Tahiti, nous la trou­
On s'amuse comme on peut
vions encore excellente
et de ce qu'on peut.
On n'est pas à Tahiti, on découvre à peine la terre,
...

que l'odorat est agréablement réjoui des senteurs
parfumées qui viennent vous chercher pour ainsi
dire. Bientôt surgissent à l'horizon les dentelures
nombreuses et bizarres des crêtes de
entre autres le Maiao

hauts et

imposants

ou

ses

Diadème; puis

mornes

de l'île Moréa

montagnes,
ce

sont les

qui précède

Papeete.
On entre dans la baie de

Papeete

en

franchissant

passe ouverte entre de blancs récifs de coraux;
salue en passant l'Hot verdoyant de Motu-Outu, où

une
on

la vieille reine Pomaré IV aimait à aller

qu'on
quelques
verdure,
et

se

reposer,

lazaret, et l'on arrive à
mètres d'un quai naturel, vrai fouillis de
où les cases éparses mettent leur note
a

transformé

dorée.

,

",\

en

�201

TAHITI.

d'aborder, avant que l'œil se soit ras­
montagnes, la verdure de cette
cheval, qui commence à l'est à la pointe

Bien avant

sasié d'admirer les
côte

en

fer à

Fare-Uté,

jusqu'à

la

où s'élève l'arsenal et

pointe d'Umnie,

se

continue à l'ouest

où se dresse la batterie dite

de l'Embuscade, destinée à défendre la grande passe,
on a vu s'agiter sur le rivage de trainantes robes de

mousseline

bleues, blanches et roses. Et déjà l'esprit
végétation ne peut s'empêcher de songer
aux gracieuses femmes maories,' à ces vahinés dont la
grâce élégante a laissé aux marins et aux voyageurs
distrait de la

des souvenirs si charmants. Les voici

délicieuses

ces

paresseuses. Les unes sont étendues sur cette pointe
ombragée qui s'avance là-bas dans l'onde sous ces
pUl'aus (arbres); les autres marchent par groupes, se
tenant par le petit doigt, relevant non sans grâce la
traine de leurs robes, le chapeau canotier posé en ar­
rière entouré de

de fleurs et de feuilles

guirlandes
pêchent

à la

odorantes. D'autres
avec un

l'ancre,

ligne

ou

regardent

vague sourire le ciel, la mer et les navires à
car la rêverie, la promenade, la sieste, la

danse, le chant et le bain sont l'occupation des jeunes
femmes, qui vivent dans une fête perpétuelle. Voici
du reste le détail de cette vie:
Le

matin, c'est

au

marché

qu'elles

se

rassemblent

pour acheter poissons et fruits; elles s'arrêtent, ba­
vardes, devant les tables où des Chinois vendent du

thé, du café, du beurre et des gâteaux. Elles
trent

qu'à

hommes

onze

ou

heures pour

les femmes

ne

ren­

le repas que les
préparent. Après cela

prendre

âgées

peu de toilette, la sieste. Le soir ce sont les pro­
menades dans la, rue de la petite Pologne QU encore

un

bien loin des mutoïs

quelques

(agents

coins discrets,

de

police indigènes), dans

la danse nationale, la upaupa.

�DE FRANCE EN

202

OCÉANIE.

pour n'être point le
rien
n'a
de
désagréable. Car si leur peau
type grec,
n'est pas blanche, si 1eur bouche est grande, si leurs
Le

type des femmes maories,

lèvres sont un peu grosses, la couleur est si éclatante,
les dents si belles, les yeux habitués à exprimer la
tendresse ont un éclat si doux et si caressant qu'on

malgré soi sous le charme. Joignez à ces dons la
grâce d'une démarche nonchalante, des extrémités
délicates et le parfait désir de plaire et rien que de
plaire. Tout cela sous un ciel admirable où la beauté
de la végétation se déploie et le parfum de mille
fleurs poussant en pleine terre, gardenias, orangers,
citronniers, enivre déjà le cœur et l'esprit. Voici l'ex­
plication des récits un peu trop explicites des voya­
geurs, leur enthousiasme un peu trop grand pour les
mœurs trop faciles que développe ce climat et qui
est

sont le corollaire de cette facilité de vivre. Mais il

ne

sied pas dans cet itinéraire d'insister plus long­
temps sur ce point, dont il fallait parler, puisque nous

nous

avons

dû raconter que Bougainville avait donné à
nom de Nouvelle-Cythère. Laissons donc ces

Tahiti le

prêtresses à la peau dorée et aux yeux de jais de la
océanique et occupons-nous de sujets moins
gracieux, peut-être, mais moins difficiles à présenter.
Le Maori homme n'est pas laid non plus. Son teint
tire généralement sur le blanc, mais cependant il
Vénus

varie entre la couleur chocolat et la couleur olivâtre
des

Portugais, question
découvrit

de

migrations

anciennes.

affirme même

l'He,
qu'il y vit
des chefs presque blancs et à chevelure rousse. C'est
le sang malais qui, mêlé au sang jaune et à celui de la
Wallis, qui

noire, a produit le maori, qui n'appartient ainsi
type nègre ni au mongol. La chevelure est bou­
clée mais fine et non laineuse, les yeux légèrement

race

ni au

�203

TAHITI.

obliques,

les

pommettes peu saillantes,

le

nez

épaté,

mais pas chez tous, la bouche grande, sensuelle, la
taille élevée. Possédant une douceur de physionomie,
une

grâce particulière dans le maintien, le Polynésien
un véritable enfant, capricieux, passant

de Tahiti est

du rire

aux

larmes et boudeur. Il est rêveur

et

et

vie

encore

celle des

superstitieux,
passe
au gré de ses désirs et de ses plaisirs, jusqu'à
ce que à une jeunesse précoce succède une plus pré­
coce vieillesse, et la phtisie, la
phtisie qui mène tous
les Tahitiens au tombeau, si nous ne parvenons pas à
redonner aux débris de ce peuple, qui s'abandonne
complètement, le sentiment moral, qui seul peut l'ar­
rêter dans sa foudroyante décadence, dans sa chute
sa

se

comme

femmes

inévitable.
Les enfants tahitiens sont

remarque même que leurs

nez

parfaitement beaux. On
sont presque tous aqui­

lins, particularité qui étonne; car les
parents sont presque toujours aplatis, et

nez

de leurs

on a cru

pen­

dant

longtemps que cet aplatissement était un signe
caractéristique de la race maorie, tandis qu'il provient
de l'habitude des nourrices

d'écraser, par tradition, et
pour les rendre plus à la mode les nez de leurs nour­
rissons. Autre particularité, les enfants des Européens
et des Maoris naissent généralement blancs et roses,
soit que le type maori ait tendance à s'effacer, soit
qu'il y ait un élément blanc encore assez vivace chez

pour le faire dominer dès le premier croisement.
Ces enfants sont bien traités partout, mais la famille

eux

dans le
pour

sens

eux.

famille

où

nous

la comprenons n'existe pas
toujours nourris dans une

Ils sont presque

d'où peu de respect pour les pa­
sentiment de subordination et des mœurs

adoptive;

rents,

aucun

d'une

déplorable précocité.

Le

jeune

Tahitien et la

�DE FRANCE EN

204

jeune

OCÉANIE.

Tahitienne croissent à la merci du climat el des

circonstances. Rien

ne

les

et tout les convie

empêche

corrompre avant l'âge de la formation même.
C'est une des nombreuses causes de l'avachissement

à

se

de la

race.

Un peu

maintenant. Ce n'est pas

d'historique

sans

luttes que l'île de Tahiti est devenue française. Ce n'est
pas la faute des missionnaires protestants; car si la
guerre de cent
ont retrouvé

est finie

en France, l'Anglo-Saxon
fond, n'ont jamais désarmé,
dans l'Océanie, en Afrique, des champs
ans

et le Gaulois latin

qui,

de bataille où, s'ils

au

ne

armes, ils combattent

luttent pas

toujours

avec

les

rage pour la suprématie.
s'est terminée ici à notre avantage, doit

Cette lutte, qui
être esquissée à
Ce

avec

grands

n'est

traits.

comme

pas,
Fernandès de Quiros

parfumée qui

on

l'écrit

encore

parfois,

qui découvrit l'ile charmante el
ravit Cook et rendit Bougainville poète

dans les relations

qu'il

l�

en

fit, mais le capitaine anglais

d'île du Roi-Georges III.
Wallis, qui
le
sur
le
vaisseau
Wallis,
Delphin, toucha un récif,
lui donna

vit arriver des
les massacrer;

nom

indigènes,
puis

s'en émut et commença par
en relation avec eux et

il entra

s'aperçut qu'il' avait agi en véritable sauvage envers
un peuple inoffensif et d'une civilisation très supé­
rieure à celle du reste de l'archipel, un peuple qui ne
demandait qu'à accueillir à bras ouverts ces êtres
inconnus et

terribles,

venus sur ces

Iles flottantes

(les

paraissaient des arbres.
La reine Obéréa se montra hospitalière pour les nou­
veaux venus et Wallis s'oublia longtemps dans l'île.
Il faut piacer.immédialement à côté de ce massacre
inutile et sanguinaire la façon plus humaine dont
Bougainville, qui vint, en f 768, sur la Boudeuse, entra
vaisseaux),

dont les mâts leur

�205

TAHITI.

relations

en

avec

la

les Tahitiens. Cook toucha l'île à

(i 769 et i 773).

deux

reprises
Nouvelle-Cythère,

heureux de trouver

sur
un

page se révolta.
C'est de cette entrée
date pour

nous

Bligh

aborda ensuite à

le navire la

asile à terre,
en

Bounty, et fut
quand son équi­

scène des

Européens

que

l'intérêt de l'histoire de Tahiti et de

rois, de cette dynastie pomaréenne dont le dernier
descendant, Arïaue, Pomaré V, vient d'abdiquer, pour
n'être plus que le premier sujet de la France.

ses

Voulez-vous d'abord
étoile de bal
et

plus

public

connu

voyages et de

que

a

l'explication de ce nom, qu'une
rendu plus célèbre en France

ne

l'eussent fait cent livres de

géographie?

On

que ce fut à la
Po (nuit), et mm'é

assure

suite d'un rhume contracté la nuit

-

que le roi Tenae prit ce nom bizarre; mais
(rhume)
ce qui rend l'aventure plus bizarre encore, c'est que ce
rhume est resté le signe distinctif de la famille royale
et que tous les souverains qui ont porté ce nom ont
-

cru

devoir

se

montrer atteints de cette

incommodité,

doute pour mieux prouver leur légitimité.
Pomaré r= dut aux Anglais, à Bligh notamment, de

sans

ranger non seulement l'île, mais encore les îles voi­
sines sous son pouvoir. L'Angleterre l'aida à massacrer
le

plus grand nombre possible de ses sujets encore
indépendants, avec l'espoir de se porter héritière du
pouvoir ainsi centralisé dans la main de son protégé.
Elle n'exigea qu'une seule chose de lui, c'est de se con­
vertir au christianisme; mais le Maori point brave,­
cal' il se réfugiait sur les navires anglais dès qu'il y
avait danger, et c'est même là qu'il mourut,
pro­
mettait de le faire dans les temps de dangers, et
oubliait quand il était en sécurité. A diplomate,
diplomate et demi.'
-

�206

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

Pomaré II

(Variatoa)

lui succéda

en

:1.803,

et débuta

missionnaires protestants un territoire
dans le district de Mariatea. En {s08, le bruit courut
par donner

allait

qu'il

aux

faire

se

et la révolte

baptiser

religieuse

qui couvait éclata. Il s'enfuit à Moorea, laissant Ta­
hitien proie à l'anarchie, revint quand tout fut apaisé,
pour s'enfuir de nouveau.
Le 12 novembre :1.8:1.5, Pomaré II et 800 chrétiens
se

temple furent attaqués à l'improviste,
partisans de l'ancienne religion, se défendi­
bientôt, gràce au courage et au génie guerrier

trouvant

au

par les
rent

d'une femme, la reine de Huahiné,
victoire lui demeura. Dès

ce

sa

jour,

belle-sœur. La

le dieu Aro fut

définitivement par le Christ. Pomaré profita
victoire avec douceur, sut se servir des mis­

remplacé
de

sa

anglais pour répandre son influence dans
Polynésie, l'archipel de Tuamotu, celui de

sionnaires
toute la

la

Société, des Tubuaï, des Rurutu; mais il dut, à la
fin, se laisser baptiser. Les missionnaires exultants
l'appelèrent le grand Roi, et publiaient partout que
Tahiti devait être la reine de toutes les îles voisines,
îles Sous-le-Vent

comprises;

il est vrai

qu'ils

ont af­

firmé le contraire, lorsque Tahiti nous appartint. C'est
l'histoire de l'héritier qui voudrait voir toutes les 'l'i­
chesses et

possessions

de la terre

accéder à celui

dont il convoite
cet

l'héritage, mais qui trouve toujours
héritage trop riche lorsqu'il lui échappe.

En :1.824,

anglicans,

un

fut

des fils du

proclamé

roi; choisi par les pasteurs

sous

le

nom

de Pomaré III.

C'était, au dire ducommandant Duperré, qui le connut,
un prince doux et aimable. Une épidémie, qui ravagea
l'île, l'emporta deux ans après, et sa sœur Aïmata (aï,

manger; mata, yeux) monta sur le trône.
C'est sous le règne de Pomaré IV que le drame de

�207

TAlIITI.

compétition

entre la France et

diplomate, cette
Anglais par

les

devait

reine commença par chercher à

les

Français

servant successivement des

mais elle

l'Angleterre

se

intelligente, énergique, véritable

dénouer. Femme

s'épuisa à

ce

jeu

et

user

réciproquement,

se

les autres:
de bascule. Son second mari
uns

contre

contribua pas peu à faire pencher la balance en
faveur des Français; mais ce sont les exigences des
ne

missionnaires
nos

anglicans qui permirent à l'énergie de
français d'escadrille d'établir enfin,

commandants

protectorat définitif.
catholiques français, en
le
feu
aux
mit
1835,
poudres. Les indigènes peu en­
vieux d'échanger leur liberté contre un protectorat
quelconque les favorisèrent d'abord, mais l'Angleterre
veillait; en 1.836, ces missionnaires furent expulsés

malgré

nos

rivaux,

cotre

L'arrivée des missionnaires

bru talernen t.
Le contre-amiral

Durville
zet

Dupetit-Thouars (1.838),

Cécile

(1839),
(1842) vinrent

Dumont­

(1.840), Laplace (1841),

croiser et stationner dans

Dubou­

ces

para­

protéger la liberté des cultes. L'appui que
nous prêta M. Moerenhout, consul américain chargé
des intérêts français, ne fut pas sans danger pour lui.
n fut, comme nos compatriotes, en butte à mille vexa­
tions, qui ne le gagnèrent pas aux intérêts anglais.
C'est ici que nous voyons apparaître le pasteur
Pritchard, missionnaire, pharmacien, commerçant (il
n'est pas un Anglais qui ne le soit dans le sens le
plus large du mot). Ce Pritchard dont le Schaw mal­
gache a été la seconde édition, craignant de voir la
reine, dont il connaissait la politique de bascule, ar­
'borer le pavillon français, voulut faire naître un
conflit,. qui permît aux Anglais d'intervenir. Mais
ges pour

l'amiral

Dupetit-Thouars

et

le

commandant Bruat

�DE FRANCE EN

208

croisaient

auprès de Tahiti
Blanche, Uranie, la Charte.

avec

qui,

aller

jusqu'à

lui

les vaisseaux Reine­

La reine Pomaré fut for­

cée d'exécuter la convention
sans

OCÉANIE.

du 9

imposer

septembre

notre

1.842

protectorat,

accordait de sérieux avantages. L'attitude éner­
gique de ces officiers amena une détente dont la
nous

profita. Une adresse qui conte­
la signature de trente et un
commerçants anglais fut envoyée à l'ami­

colonie tout

nait,

-

entière

chose à noter,

colons et

ral, qui crut bientôt le
notre protectorat, et

-

moment favorable pour déclarer
nomma

le commandant Bruat,

gouverneur de Tahiti pour la France.
La nouvelle de ce coup d'État fit trembler le gou­
vernement de Louis-Philippe, dans son pantalon de

nankin, et vite, pour ne pas déplaire aux chers, trop
alliés, on dépêcha l'ordre à l'amiral de s'en

chers

tenir à la convention de 1842. C'était donner l'oc­
casion

aux

pasteurs de relever la tête, et forcer la

'reine Pomaré à

se

retourner de leur côté. Elle

n'y

manqua pas et Pritchard devint si aggressif que le
contre-amiral Hamelin, qui avait succédé à l'amiral
de la pusillanimité du gou­
décida à enlever le pasteur et à l'expul­
de Tahiti. Grande clameur britannique, grand émoi

Dupetit-Thouars, dégoûté
vernement,
ser

se

dela Chambre des

députés, qui,comme un seul homme,

25,000 francs d'indemnité à l'intéressante 'Vic­
time. La reine Pomaré se crut tout permis avec nous,

vota

Anglais reprirent la corde, fournirent des armes
Maoris, qui nous attaquèrent, furent vaincus une
première fois dans la plaine de Punaru, où nous leur
reprtmes les canons et fusils fournis par les Anglais.
Le resté des rebelles, .réfugiés dans le camp de Fa­
tahua, réputé inaccessible, en furent délogés par
soixante des nôtres qui, au, lieu de se présenter de

les

aux

�Q)

cr

'&gt;

14:

�2:!f

TAHITI.

front devant les obstacles naturels de

ce camp inex­
l'abordèrent par le rocher et les firent se
rendre tous, si bien que Pomaré IV dut se résoudre

pugnable,
à

accepter

notre

protectorat (1847). Elle

seulement la souveraineté des îles

se

réservait

Huahine, Raiatea,

Bambara

(îles Sous-le-Vent).
Depuis lors, Pomaré Vahiné se résigna à vivre en bon
accord avec nous, et conserva loyalementla foi donnée.
Nous avons, pour notre part, gardé un vif souvenir
de la souveraine comme.tous ceux, du reste, qui l'ont
approchée. Elle eüt conservé l'indépendance de son
pays si cette indépendance avait pu être sauvée. Ses
traits dont l'âge avait enlevé le charme ancien, mais

majesté, avaient, dans les derniers moments de
vie, quelque chose de doux et de résigné qui pre­
la

non
sa

nait le

cœur

Assise

et l'attristait.

fauteuil

doré, vêtue d'une longue
ciel, garnie d'une blonde
noire, les pieds nus, elle accueillait avec une grâce
de femme et un air de dignité familière les Européens,
sur

un

blouse de satin bleu

de

fonctionnaires

Nous croyons encore entendre
tahitien tombant de ses lè­

le ya
vres

ara

ou non.

na, le

bonjour

souriantes, tandis que

Femme

par-dessus tout,

plaisir

à favoriser entre les

ses

elle

yeux noirs brillaient.
un véritable

prenait

Européens de passage

et

(suivantes) des mariages il. la mode tahi­
tienne, mode facile, puisque sans procédure et sans

ses

émaa

frais il suffit

aux

époux

de vouloir divorcer pour que
acquis immédiatement.

le bénéfice du divorce leur soit

Cela occupait les loisirs que lui faisait le protectorat,
auquel elle avait fini par se soumettre non sans mé­
lancolie, mais avec loyauté. Aussi sa cour était-elle
devenue

un

lieu charmant, enchanté, où l'on ne pre­
qui a laissé des traces

nait de la vie que le miel et

�212

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

ineffaçables dans l'esprit de tous ceux qui y ont passé.
Les jours et les jours coulaient dans un perpétuel di­
vertissement; c'était' comme si l'on eut rêvé sa vie.
longs repas pris sous la fraicheur parfumée des
arbres succédait la sieste; puis lorsque la lune répan­
Aux

dait

lueur

sa

rêverie

aux

hyménés,

d'argent blanche
mystérieux

accords

chœurs dont la monotonie caressante

ces

endormait

c'était le tour de la
et comme voilés des

encore non

seulement le désir

le souvenir même. Puis à la lueur des

avaient l'air

danses
et de

qui
sylphides.

mais

d'agir

flambeaux,

des

danses de fées

fantastiques,

Hélas! cette pauvre reine Pomaré devait voir finir
sa race. Mariée une première fois au chef

avant elle

Tapoa, forcée

de le

répudier contre son gré,

cette union

stérile, elle avait choisi pour « prince
sorte de géant Ariifaïte, qui lui donna

étant demeurée

consort»

des fils

une

mais que la

phtisie devait em­
s'était reporté sur
sa petite-fille, fille du prince Tamatoa; elle venait de
la désigner pour héritière, quand elle disparut aussi,

magnifiques,

porter presque tous.

Tout

son amour

par cette maladie nouvelle, que nous avions
avec nous. Cette mort porta le dernier coup à
cette reine dépossédée en fait de son pouvoir, quoique

.dévorée

apportée
traitée

royalement.

Elle voulut vivre dans

près du tombeau de
doute à la

sa

fille

gloire évanouie de
triomphante, pressentant avec

race, à

ce

don de seconde

sa

sans

jeunesse
vue

trop européanisé,
un

reste de pou­

voir, soit par faiblesse soit par attraction.
Elle ne se trompait pas. Morte en i877,
ses

case,

sa

des mourants que son flls Ariiaue,
laisserait tomber entre nos mains

fils cédait tous

une

bien-aimée, rêvant

en

i8�O son

droits à la France.

La mort de la reine Pomaré fut

un

véritable deuil

�213

TAHITI.

pour le pays et pour les fonctionnaires français qui
l'aimaient. La pompe funèbre fut belle par la publique
douleur, qui se manifesta d'une façon rare et tou­

chante, chez les femmes surtout. Nous

en

avons vu

couper leur noire chevelure et la jeter à la mer
signe de deuil, magnifique et pénible sacrifice.

en

V, le dernier Pomaré, est un véritable
gentleman, quand il ne cède pas trop à son goût pour
Pomaré

le vin et surtout les eaux-de-vie de France. Son

type

italien que maori, grâce à sa chevelure
noire lustrée, à la fine moustache noire qui décore sa

parait plus

lèvre supérieure. Nous avons vu à Paris, en 1884, sa
femme, la princesse Joanna Marau, fille d'un Anglais
et d'une

indigène.

ni

au

théâtre;

son nez

Elle éveilla la curiosité

générale
qu'elle ne quittait ni à l'hôtel,
trouva jolie et gracieuse, malgré

costume maori

avec son

on

la

peu tahitien. Son mari ne l'aimait guère,
Le lui rendait-elle? Il se pourrait, car ils

un

parait-il.

viennent de divorcer

avec un peu plus de difficultés
qu'ils n'en auraient eu autrefois, puisque la loi fran­
çaise règne maintenant à Tahiti.
Si l'on s'arrête pour quelque temps à Papeete, et
si l'on est de trempe à ne pas se laisser trop prendre
par le charme de la ville et l'air de paresse qui y
souffle, il faut visiter l'He en ses principaux points,
qui vous ménagent mille surprises pittoresques, des
sites gracieux, d'autres plus terri hies ; car la nature
volcanique de l'île, ses montagnes font succéder aux
riants aspects des gorges farouches, aux cascades qui
ont l'air de faire jaillir de la lumière blanche pulvé­
risée, des pics nus se reflétant dans de sombres lacs.
Prenons donc, s'il vous plait, la voiture du gars nor­
mand Roulleau, pas celle du Kinito « chinois », son
concurrent, et parcourons rapidement l'île par la route

�214

DE FRANCE EN

OCÉANIE.

fait le tour, route coupée de mille ruisseaux et
rivières, secs l'été, torrents l'hiver et où nous avons

qui

en

fait bàtir des

breux

ponts,

et toute bordée de sentiers

qu'ombragent

orangers, bananiers,

nom­

goyaviers,

cocotiers.
Le
en

de Faaa est le

village

sortant de

éparses

sur

Papeete,

vers

premier qu'on rencontre
l'ouest; cases nombreuses

étendue considérable. Au

une

sommet

de la colline à

laquelle il s'adosse et qui disparaît dans
un fouillis de goyaviers se trouve un blockaus ruiné,
qui eut son histoire pendantla révolte. C'est non loin
de là que se trouve la vallée de Punaru, où les indigè­
nes

firent leur dernier combat pour l'indépendance.
aux pieds des crêtes inaccessibles

Une route conduit

de l'Orohena, de l'Aoraï, vaste cirque aux dente­
irrégulières. La plus singulière est le Diadème

lures

(Maïao),

rocher à la cime ornée de

poinles aiguës.
pentes sont couvertes d'une
végétation merveilleuse qui présente toute la gamme
des verts et d'où s'élancent les panaches des cocotiers.
Point d'animaux, point d'oiseaux, le seul bruit des
cascades dont quelques-unes se précipitent de hau­
teurs considérables et le murmure de quelques ruis­
seaux; ce qui fait que cette belle nature sans vie
Toutes les routes et les

animale

a

quelque

chose de triste

qui

serre

le

cœur.

pénétrons daus le district
fertilité fait rechercher par les colons,

En suivant la côte

nous

de Paea que sa
dans celui de Papara, où l'on trouve des

turelles très profondes

cavernes na­

servirent souvent de

qui
refuges
temps de leurs grandes guerres.
Dans le district agricole d'Atimonao, est situé l'ex­
cellent port de Papeuriri, où les navires quittant
aux

tribus maoris

Papeete

au

pour San-Francisco viennent

gement d'oranges.

prendre

char­

�215

TAHITI.

C'est à Mataïea que

sités

nous

rencontrons

méritent le plus d'être

qui

une

des curio­

signalées aux touristes,

le lac de Vaihiria. Placé à 432 mètres au-dessus du

niveau de la mer, ce lac est une véritable mer morte
qui, au sortir des sentiers embaumés de la montagne
où fleurissent

miers de

mimosas, orangers, citronniers, pom­
vous apparaît sombre, sans un pli,

Cythère,

façon sinistre les pics élevés le
indigènes n'en parlent qu'avec

réfléchissant d'une

Tetufeia

et le Purau, Les

terreur, croyant voir flotter

cette onde endormie

sur

ailes d'albatros des tupopaus

les

(esprits).
longues
remarquable jusqu'à Taravao, point culmi­
nant de l'isthme qui sépare le grand Tahiti, Tahiti-nui,
Rien de

du
on

petit Tahiti,

Tahiti iti. Du fort

découvre un beau

placé

sur

la hauteur

port,
port de Phaéton, un peu
le vent de l'Ile, et muni de passes trop étran­

trop sous
glées pour avoir

un

le

avenir

égal

à

maison de détention est annexée

son

au

importance. Une
pratique

fort. Détail

conséquent dans le cadre de cet itiné­
raire, on y mange des huîtres exquises. Un peu plus
loin, à Tautira, cesse la route circulaire que la fa­
et rentrant par

laise n'a pas

permis de

continuer.

Reprenons le grand Tahiti
peete par la côte
tiaa

-

grand

où la route

se

en

remontant

vers

Pa­

est. Nous traversons le district de Hi­

commerce

d'oranges

réduit souvent à

un

-

celui de Tiarei

simple

sentier

ser­

pentant le long de la montagne; gagnons Mata.vai où
Wallis débarqua, où Cook établit son observatoire,
la

pointe

l'He,
et

de Vénus, le point le plus septentrional de
sept ou huit îlots, les Tétiaora, entourent,

et que

revenons

à

un

par la vallée de Fatahua, où
plus fraîche qu'à Papeete.

Papeete

la température est
Fatahua possède

un

fort dont le

gardien, jadis, était
original que les

vieux sous-officier d'artillerie très

�DE FRANCE EN

216

indigènes appelaient
ne

à

peut descendre

ce

le

OCÉANIE.

père Fatahua.

à Tahiti

faire

sans

Nul
un

Européen
pèlerinage

fort. L'ascension est rude à travers des roches

étroites, des forêts épaisses, coupées de nombreux
ruisseaux et souvent le chemin

entre des

se resserre

gorges, de vrais

Thermopyles! Thermopyles soit, mais
Thermopyles à rebours, carles Français qui les prirent
étaient soixante et les Maoris qui les gardaient douze
cents,

bien armés de fusils et munis de

canons

four­

nis par les Anglais, lorsque, conduits par le comman­
dant Bonnard, ils arrivèrent sur le sommet du plateau.

indigènes qui gardaient les passes furent si épou­
apparition qu'ils se rendirent tous.
Comment avaient fait nos soldats? Ils avaient simple­
Les

vantés de cette

ment pris le taureau par les cornes, la montagne par
le côté inaccessible. S'aidant de leurs mains, de leurs

fusils, introduisant la baïonnette dans tous les in ters­
tices de la

paroi basaltique,

ils

avaient,

comme

des

chèvres, hondi au sommet par un chemin de leur in­
vention. Ce n'était ni plus difficile ni plus facile que
cela! Hélas!

qui

connaît

ces

faits

d'armes, qui s'en

occupe 1 Ces soixante braves ne méritaient-ils pas
tous de voir leur poitrine marquée d'un signe que l'on
de

leur acte de

jours? Ne méritaient-ils pas de
gravés sur quelque durable monument,
bravoure répété par les mille voix de la

renommée?

Mais, à part l'amiral Jurien de la Gravière,

prostitue trop
voir leurs

qni
faits

ne

nos

noms

perd jamais

héroïques

l'occasion de

signaler

un

dans les intéressants volumes

de

ces

qu'il

a

consacrés à la marine de tous les

temps, si pleins d'in­
des combats anciens aux

génieux rapprochements
combats inodernes, nul ne s'inquiète de

ces

magnifi­

ques coups d'audace. Ils dorment ignorés, enfouis
dans des rapports. Le siècle prochain les en tirera pour

��2i9

TARITI.
nous

sur

ingratitude. Quel

notre

reprocher

pourtant

ce

titre

«

livre à faire

Fleur d'héroïsme» et

con­

tenant les actes de bravoure de l'armée et de la marine

françaises!
Ces souvenirs

n'empêchent

du haut du fort Fatahua

d'œil délicieux, Une

pas

on

ne

magnifique

qu'arrivé en
jouisse d'un

haut

coup
cascade s'élance de

pieds dé

deux cents

haut dans un bassin qui se trouve
ft 420 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le soleil
s'irise dans

son

jet éblouissant,

les forêts sombres

qui

flancs de la montagne en font ressor­
tir la blancheur. L'air est vif et parfumé. L'on se sur­

s'agrafent

aux

à oublier le

prend

temps, l'Europe et sa propre vie.
la bonne fortune, dans notre court
à Papeete, d'assister à un de ces amul'aa ou

Nous

séjour

avons eu

fête de district où éclate

en

toute

sa

vivacité l'ardeur

plaisir des Maoris. La tête couronnée de fleurs,­
il faut y passer comme les indigènes
nous avons pris
au

-

place

à la table recouverte de

où les mets

se

fougères

et d'amarantes

succédaient sans paraître lasser l'estomac

des convives, tandis que, comme dans les festins anti­
ques, des chœurs alternés éclataient en notes profon­
des et gaies, que la langue maorie, si pleine de voyelles,
de diminutifs, d'harmonie imitative, rend délicieuses.
La nuit vient et à l'ivresse du repas succède une. au­
tre ivresse. A la lueur de la lune, sous la voie lactée

étincelante, les femmes et les hommes commencent
timidement, puis frénétiquement leur danse nationale
la upaupa, proscrite par les missionnaires anglicans
et non tolérée par les Français, danse gracieuse, mais

vive, très vive même. Mais celle que nous vîmes, si vive
qu'elle fut, ne valait pas certes celle que dansa à Moo­
rèa la reine Pomaré dans toute la fleur de

pour faire la

nique

aux

ses

seize ans,

révérends. Elle poussa la

ma-

�220

OCÉANIE.

DE FRANCE EN

lice

jusqu'à improviser en l'honneur desdits révérends
pas spécial où elle utilisa, pour couvrir le plus im­
parfaitement possible des charmes qu'elle avait dé­
pouillés de tout voile, les dentelles que les Anglais lui
avaient offertes pour orner la case royale.
Une chose à laquelle il faut assister, car elle donne
une idée de rassemblement guerrier d'antan des Mao­
un

ris, c'est la pêche du soir

aux

flambeaux. A la .lueur

rougeâtre des torches secouées par le vent, les blancs
récifs de coraux de la rade deviennent pourpres et par
opposition rendent fantastiques les silhouettes noires
des

pêcheurs placés

passer
de ces

un

en

pirogue. Cela fait
poisson seul souffre

avant de la

certain frisson. Mais le

expéditions et, si humains que nous soyons,
déplorons pas ses malheurs.
Au point.de vue administratif, Tahiti est administrée
depuis l'annexion par un gouverneur, assisté d'un or­
donnateur, d'un directeur de l'intérieur, d'un chef du
service judiciaire. Le conseil de gouvernement est com­
posé de ces autorités qui s'adjoignent le capitaine direc­
teur de l'artillerie, deux notables et quatre suppléants.
Tahiti est représentée actuellement au conseil supé­
rieur des colonies par un délégué. Il ya cinq résidents
nous ne

dans l'île et

ses

d-épendances;

l'un à Taravao, l'autre

aux Tuamotu, aux Gambier, et à
Moorea. Leurs fonctions se compliquent de celles d'of­
aux

îles

Marquises,

ficier de l'état civil et de
ter l'idée succincte que

juge

nous

de

paix.

Pour

complé­

voulons donner de l'ad­

ministration, chaque district possède un chef et une
chefesse qui joue à peu près le rôle du maire en France.
Un transport de l'État, un aviso à vapeur et quatre

goélettes' à voiles

sont à la

disposition

pour les besoins de la colonie.
Nous avons dit que Tahiti comprend

du gouverneur
sous sa

dép en-

�221

TAlliTI.

plusieurs groupes d'îles, nous allons
aussi rapidement que possible:

dance

les passer

en revue

C'est d'abord Moorea, ou

Eimeo,

On la voit de Tahiti dont
:12 milles marins. Son
sa

ou

elle n'est

périmètre

île du duc d'York.

éloignée que de
kilomètres,

est de 48

de 13,237 hectares; elle est arrosée de
nombreux, et possède des ports de toute

superficie

ruisseaux

beauté. Se profilant sur des masses de verdure, s'élèvent
des mornes, dont l'un offre la singularité d'être percé à
jour. La légende attribue cette entaille au coup de lan­
ce

d'un demi-dieu, dont le

échappe.
réputation d'être

nom

Mooréens avaient autrefois la

nous

Les
des

marins fameux, Cook nous raconte une bataille na­
vale tout à leur honneur e�tre eux et les Tahitiens.
Ils

contentent maintenant de construire d'excel­

se

lentes baleinières pour transporter à Papeete les pro­
duits de leur culture et de leur industrie. Deux plan­
tations de colons français méritent d'être

citées, celle

de M. Vallès, capitaine d'infanterie de marine en re­
traite, et celle du docteur italien Michaéli, qui cultive
canne

à

A l'est de Tahiti

se

avec

succès

sucre

et coton.

trouve le groupe des îles Sous-le­
Vent, que l'Angleterre avait fait neutraliser en -1847 et
qu'elle consent enfin à reconnaître comme nôtres, nous
avons

dit

plus

haut à

quel prix.

La

légende tahitienne

que les îles de ce groupe: Borabora,
Huahiné, Raiateaet 'I'oubouai-Manou sont tout

assure

Eimeo,

simple­

cinq lunes qui existaient avant la lune actuelle
qui, jouissant de visages humains plus accusés
que celle que nous connaissons, profitaient sans doute
de cette particularité pour maléficier les premiers
hommes de Tahiti, qu'elles rendaient fous. On a tou­
jours accusé ces pauvres lunes de tourner les têtes 1 Le
grand dieu Taoroa y mit bon ordre en les conjurant.
ment

et

�DE FRANCE EN

222

Elles

se

terre,

OCÉANIE.

mirent alors à chanter

mais le dieu redoubla de

tombèrent dans

l'océan,

où elles

en s'éloignant de la
conjurations et elles
se

transformèrent

en

îles. Ma foi, cette mythologie-là n'est pas plus sotte que
celle de la Grèce. Il ne lui a manqué que des poètes.
Raïatea est la

plus considérable

de

ces

îles, jolie,

moins luxuriante que Tahiti. Le port Outou­
est d'un accès facile, grâce aux deux flots de

quoique
maoro

déterminent bien la situation. On y
chantier
de construction pour les navires.
remarque
L'île compte 1.,400 habitants, tous protestants, el tenus
fort sévèrement par les pasteurs.

verdure

qui

en

un

Après Raïatea, c'est Huahiné, qui rappelle

un

triste

souvenir. Le commandant Bonnard y éprouva un
échec sérieux en 1.845, échec que nous ne pûmes

réparer. Culte protestant, roule circulaire rayonnant
vers les différents villages. Deux bons ports.
Borabora est la
Elle

plus petite des trois iles principales.
pic élevé de 1. ,200 mètres, le pic Pahia.

possède
qui l'entourent sont couverts de végétations,
pandanus, cocotiers; ce qui la fait comparer à un
bouquet ceint d'une guirlande de verdure.
Les iles Sous-le-Vent jouissent du même climat que
Tahiti; seulement les fruits y mûrissent plus tôt;
Les iles Tuamotu, autrefois Pomotu, sont placées à
l'est de Tahiti. Elles sont au nombre de quatre-vingts.
Leur population est assez considérable, 7,270 habi­
tants. Toutes ne sont pas habitées cependant, du moins
d'une façon fixe. Ces îles sont considérées, par certains
géographes, comme les pics d'un ancien continent
submergé par un cataclysme analogue à celui de Java.
Ce sont 'en général, à l'exception de deux ou trois,
Makatea, Tikei, de longs récifs madréporiques, accores,
en partie à fleur d'eau, en partie à quelques mètres
Les récifs

un

�223

TAHITI.

au-dessus du niveau de la mer, et entourant une sorte
lagon. Il faut aux indigènes,

de lac intérieur nommé
pour vivre

sur ces

rochers stériles

ou

dévastés par les

énergie incroyable. Intrépides plongeurs,
marins habiles, ils vont d'îlot en îlot, à la pêche de
l'huître perlière. Pas de scaphandre pour ces pêcheurs
audacieux et primitifs; ils mettent sur la tète une sorte
de lunette : quatre planches, une ouverture pour la
tête, une partie vitrée pour voir dans l'eau sans être
vents,

une

troublé par ses rides. Aspirant fortement l'air, ils plon­
gent alors sans crainte des requins et de l'asphyxie.
En 1878

une

ravagea tout.
sur

cyclone

Dans

une

terrible visita

d'elles,

la cime d'un cocotier

vent et par la

ne

se

dernier

ces

iles-récifs et

seul enfant

perché

fut pas entrainé par le

mer.

Les îles Gambier touchent à

Elles

un

composent

archipel,

l'archipel des Tuamotus.
plus élevés que ce

de dix îlots

notamment dans. le sud-ouest. Dé­

1797, elles furent évangélisées par les
pères de Picpus. Ce sont ces missionnaires qui nous
ont donné cette colonie comme les pères Maristes
couvertes

nous

en

donnèrent la Nouvelle-Calédonie. Un résident

principale, Rikitea où
église en pierre qu'on cite comme la
merveille des églises de l'Océanie. Elles sont peu
fertiles et se dépeuplent rapidement.
Les îles Tuluaï méritent à peine une mention. C'est
un groupe d'flots qui possède 679 habitants et que
gouverne un simple gendarme, qui reçoit des instruc­
lions du commandant d'une des goélettes de la station
de Tahiti. Du reste en Océanie le gendarme est une
puissance, un personnage grave, habile, diplomatique
même, et il n'y ferait pas bon le chansonner.
habite
se

Rikitea,

trouve

chef-lieu de l'île

une

Comme le vapeur américain que

nous

devons pren-

�224

DE

OCÉANIE.

FRANCE EN

approvisionnements des fonc­
Marquises, nous proflterons de
l' occasion pour nous arrêter dans cette possession
française si peu connue, et qui conviendrait parfaite­
ment, par sa situation, à la déportation.
Un dernier jour à Tahiti, jour charmant et cepen­
dant attristé. Il semble qu'au départ on oublie les
dre fait le service des

tionnaires des îles

beautés de cette terre où tout nait

spontanément

pour l'indigène, et ou, à l'abri de la pauvreté, sous­
trait par conséquent à la lo.i du travail, il se laisse
dévorer par la mollesse et le plaisir. Certes, la vue des

vahinés

robes traînantes, leurs
peinte sur les

aux

dresse facile, la joie
l'on ne plaint pas ce

mort,

mais

on

n'en

dicton que

répètent

tesse,

les

non

peuple

chants, leur ten­
visages, fait que

mourant d'une si douce

pas moins l'esprit hanté par ce
parfois dans leurs heures de tris­
a

jeunes,

mais les vieux Maoris

:

L'oiseau européen a tué l'oiseau maori,
Le rat européen a mangé le rat maori,
L'homme européen fera mourir l'homme maori.

Pour le rendre vain et

Que la France fasse pour

inutile, ce dicton que faut-il?
île, qu'elle a trop consi­

cette

plaisir, les sacrifices néces­
question des iles Sous-le-Vent
est à peu près tranchée, que l'isthme de Panama va
s'ouvrir, grâce à l'infatigable et toujours jeune activité
de M. de Lesseps, qu'un service direct va relier la mé­
tropole à Nouméa, il faut que Tahiti ne soit pas ou­
blié, qu'on fasse de vifs efforts pour coloniser, puisque
dérée

comme

un

lieu de

saires. Maintenant que la

le maori

la

ne

veut pas travailler.

contagion

de

Peut-être, gagné par
l'activité, en présence des résultats
Français, finira-t-il par se sauver de

obtenus ,par les
la paresse qui le tue.. En tout

cas

les

indigènes

des

��DE TAIIITI AUX ILES

Tuamotus, qui
Tahiti. Il

sont

MARQUISES.

travailleurs, peuvent

227

être

dirigés

Kératry

faut pas que la prédiction de M. de
s'accomplisse: « Bientôt le drapeau français ne

floltera

plus

sur

au

ne

sur

que

contraire,

que

les tombes des Maoris.
donnions à

nous

nos

»

Il

faut,

concurrents

les

Anglais un exemple de ce que peut l'énergie fran­
çaise, son activité particulière, lorsque le gouverne­

ment veut bien l'aider,

Nous

sommes

partis,

les côtes

verdoyantes

de Pa­

peete,· les montagnes aux flancs tachés d'ocre rouge
entre la verdure, les dentelures, les aiguilles se profi­
lent

une

légers

yeux, tandis que les nuages
pics. Adieu Tahiti, adieu pour

dernière fois à

courent

la seconde fois. Nous

port riant,
cement passés

ton

nos

les

sur

à

probablement plus
jouirons plus de Les jours dou­

ne

nous ne

verrons

l'ombre

des arbres, de tes nuits

parfumées, et des chœurs paresseux des
promenant en chantant sur le rivage; mais

charmantes et
vahinés

se

souvenir, ravivé par cette seconde excursion,
se portera souvent avec regret à travers les milles,
vers toi, joyau de l'Océanie, terre de paresse et d'oubli.
Le navire américain est bon marcheur, et les
250 lieues qui séparent Tahiti de Nuka-Hiva sont
notre

vite dévorées.

L'archipel des Marquises, découvert en :1.595 par
espagnol Mendana montant la corvette Capi­
fane, et appelées Mw·quises de Mendoza, en l'honneur
de la femme du vice-roi du Pérou qui lui avait fourni
le moyen d'accomplir ce voyage, est composé de sept
îles formant deux groupes, séparés par un long et
large canal de 25 lieues qui va du sud-est au nord­

l'amiral

ouest. Reconnu par le commandant Cook

déclaré

lais Marchand,

qui

en

l 774, il fut

par le capitaine marseil­
le nomma îles de la Révolution,

possession française

�DE FRANCE

228
nom

qui

OCÉANIE.

convenait à la date de la

découverte,

:1791-

:1842 que l'amiral Dupetit-Thouars y
définitivement le pavillon de la France. En :1850

Mais c'est

planta

EN

en

on y interna des déportés
demeurèrent jusqu'en :1854.

et :185:1

politiques qui

y

On arrive à Nuka-Hioa, la plus importante de ces
îles, par la baie de Taio-haë, entourée de hauLes mon­
tagnes qui font qu'entré dans le havre, on n'aperçoit

d'abord que rochers déchiquetés, blocs suspendus,
affouillements inexplicables, pentes garnies d'une

végétation exubérante. Chose à remarquer, sur cette
verdure s'agitent un grand nombre de points noirs et
blancs;

ce

sont moutons et

chèvres,

taureaux à l'état

sauvage qui pullulent au point de constituer un dan­
ger sérieux pour les cultures et les empêcher de pros­

pérer. Sur le bord de la mer, des groupes d'indigènes
passent avec leurs tatouages. On dirait qu'ils portent
sur la face un masque azuré. D'autres pêchent à la
ligne, et le poisson hors de l'eau, ils l'avalent tout cru.
Nuka-Hiva compte un millier d'habitants; elle est,
avec Hiva-hoa, l'ile la plus peuplée de l'archipel. Le
climat y est un peu plus chaud qu'à Tahiti. Si la
nature du sol est en général volcanique, et les mon­
tagnes noires et escarpées, les vallées sont fermes et
d'une

végétation

merveilleuse. Les habitants sont de

que les Maoris, c'est-à-dire des négroïdes
améliorés par un croisement blanc. Ils ont conservé
la même

de la

race

race

blanche le

nez

aquilin,

les cheveux lisses;

leurs yeux sont droits, mais pleins d'expression, mais
le négroïde reparaît dans la forme fuyante du crâne.
Les femmes seraient

jolies peut-être,

si elles n'étaient

les hommes, abominablement tatouées.
Mais ce tatouage donne un intérêt tout particulier à

comme

la danse de guerre de

ces

sauvages, leur ula ula. Coiffés

�DES ILES

du diadème de

MARQUISES

les chevilles

plumes,

229

A HONOLULU.

disparaissant sous

des touffes de cheveux, les doigts des pieds et des
mains armés de pinceaux empennés, les jeunes gens
se

livrent il.

pantomime

une

à la fois terrible et

folle;

les femmes s'en mêlent il. leur tour. Entièrement nues,
elles répondent il. cette danse par des pas voluptueux.

Après quelques cérémonies religieuses, le tout finit par
un festin pantagruélique et l'orgie ordinaire.
Malgré les efforts de l'évangélisation chrétienne,
grûce à l'introduction de l'eau-de-vie ct de l'opium,
les iles Marquises sc dépeuplent plus rapidement que
Tahiti. Les Marquesans sont aussi paresseux que les
Maoris, et la loi du travail, loi de préservation de la
vie humaine, loi de conservation plutôt que de con­
trainte, apparaît encore plus salutaire et plus sainte,
lorsqu'on examine la décadence effrayante de ces
peuples lâches et voluptueux.
Nos approvisionnements faits, après une visite au
résident et à la mission, nous nous réembarquons
pour visiter les îles

d'autres

Sandwich,

où

nous

attendent

spectacles.
CHAPITRE IX

DES

ILES SANDWICH OU HAWAI A SAN FRANCISCO.

(2,(l�)Ï MILLES).
L'Europe

en

Sacrifice
hamena.

Océanie.

antique.
-

Le

-

Honolulu.

Puli de Nuanu.

-

Un volcan monstre: le

-

Bonaparte
-

Le

roi

Kilauea.

des îles Sandwich
David.

L'instruction à Hawaï.

-

-

Excursions

-

-

-

Kame­

Aux bains de

Un pays d'amazones.
L'hospitalité havaïenne.
des îles Sandwich.
Frère Jonathan et John Bull.

-

:

au

mer.

L'avenir

-

Jusqu'ici, partout

où

nous nous sommes

arrêtés

en

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

230

Océanie aussi bien

velles-Hébrides

qu'en Nouvelle-Calédonie, aux Nou­
qu'à Tahiti, nous avons vu le Canaque,

le Maori, rebelles à toute modification foncière, se re­
il échanger leur paresse, ici malheureuse,

fusant

là

plus heureuse, pour l'activité

les tles Sandwich

ou

Havaï vont

de la civilisation;
fournir un autre

nous

Nous allons y rencontrer un peuple qui
était cannibale il y a cent ans, se coiffait d'osier et
s'habillait de plumes, et qui en est venu à s'instruire,

spectacle.

à

travailler,

à

répudier

le libre et

léger paréo

de

ses

ancêtres pour s'affubler du costume européen, et même
à jouer comme nous la comédie représentative.
Il est vrai que l'archipel ainsi civilisé ne se trouve
qu'à 700 lieues marines de San Francisco, et qu'il
a

été

Business moderne par un rude el
initiateur, frère Jonathan. Ce sont les Arné­

évangélisé

inflexible

au

rains, en effet, qui ont pris le pays dans leurs mains
robustes, vraies tenailles ouvrières. Ce sont eux qui le

dirigent,

ministres de la

religion
si

merçants, entrepreneurs;
hawaïen, tout en cherchant
tuer

nation

à

ou

du

pouvoir, com­
le Canaque

bien que
se

relever,

à

se

consti­

définitive que
mais aussi sûrement
fait

personnelle,
façon
que ses frères plus paresseux. Il disparaît, il est vrai,
en se fondant pour une petite part dans l'élément
européen; c'est tout ce que les races primitives, dis­
tancées par la furie d'inventions et de travail qui
dévore les modernes, peuvent obtenir de l'implacable
loi d'absorption du plus faible par le plus fort.
L'archipel des îles Sandwich se compose de huit
îles, dont la superficie totale est de 19,756 kilomètres
carrés. Situé entre le 19° et le 23° degré de latitude
nord et Jes 1570 -1590 de longitude ouest, il renferme
une population évaluée à 73,121 habitants, dont il faut
en

disparaître

d'une autre

ne

en

�ILES SANDWICH.

déduire 7 à 8,000

étrangers.

Cette

231

population, malgré

de si belles réformes, est cependant en dégénérescence.
Cook affirme en effet qu'elle montait à 400,000 habi­

tants;' il
mais le

ne faut cependant en croire que la m'oitié,
dépeuplement n'est pas moins net et constant,

qui a' contraint le gouvernement de s'adresser à
l'émigration. Il a voté dernièrement 50,000 dollars
pour entraîner des Japonais à venir s'installer ici. Ce
sont des Allemands, au nombre de cent, qui ont
répondu à l'appel fait aux habitants de Yeddo et
ce

Yokooma. Ils ont reçu à l'arrivée terres, maisons
vérandahs et ne se plaignent pas de leur sort.
A

où Cook découvrit

l'époque

l'Archipel,

avec

les Cana­

ques d'Havaï adoraient la déesse Pelé, qu'ils logeaient
dans le plus vaste cratère du monde, celui du Kilauea,

qui n'a pas moins de 20 kilomètres de tour. Ils lui
sacrifiaient le plus de monde possible lors des
-

sacrifices d'autant

que les
les
chairs
dévorer
profitaient pour
des victimes, régal délicat. A ce moment ces îles appar­
tenaient à vingt chefs. Un indigène de génie, le roi

éruptions,

sacrificateurs

plus empressés

en

Kamehameha, s'appuyant sur les missionnaires angli­
cans, arrivés dans l'archipel en 1G94, aidé en outre par

échappés seuls au massacre où avait
l'équipage des deux schooners dont ils
partie, le maître charpentier de Y Eleonor

deux Américains

succombé
faisaient

Young

et le matelot du FaÏ1'

résolut de réunir toutes
Une

ces

Amel'ican, Isaac Dairs,

îles

de guerre.
Dix ans

domination.

formée, une petite flotte cons­
1801, comprenait déjà 21 schooners, sans

petite
qui, en
compter un nombre respectable
truite

sous sa

armée fut

après, grace

à

ses

de

grandes pirogues

conseillers

Kamehameha était maître de tout

européens,
l'archipel; les Amé-

�D'OCÉANIE

232

EN

FRANCE.

ricains-y envoyaient en avril 1820 des missionnaires
de la société, évangélique de Boston qui étaient bien
reçus. Les catholiques n'arrivaient qu'en 1827, à
l'instigation du pape Léon XII; mais ils se rattrapaient
par leur zèle et, maintenant, il y a égalité de propa­
gande entre les deux religions qui, au point de vue
religieux au moins, vivent en bonne intelligence,
ct ne s'occupent que de donner la meilleure éduca­
tion possible et la plus moderne aux 'enfants qu'ils
élèvent, admirable

L'Angleterre

ne

et

rare spectacle!
pouvait voir d'un

œil

,

tranquille

pays se civiliser et surtout prospérer, sans essayer
de s'en emparer; mais comment entrer dans la place?
un

En 18221e

gouvernement envoyait

au

roi des îles Sand­

parfaitement

joli yacht de guerre,
armé de ()' canons: le Prince

wich

un

aménagé

Régent 1 mais ce ca­
dëau ne fit pas tout l'effet sur lequel on avait compté.
Bien que les Anglais puissent s'imaginer qu'ils ont fait
quelque progrès depuis que l'indigène David Laamea
Kalakaua, qui s'est -fait couronner roi avec l'appui
des Américains, cherche à contre-balancer l'influence
yankee en s'appuyant sur eux, qu'ils ne comptent
pas l'emporter. Il y a trop d'intérêts américains en
jeu.
La plus grande des îles Sandwich est l'île Hawaï
ou Owhylzée. C'est la première que l'on rencontre. en
venant de Tahiti. Elle a 154 kilomètres de longueur
sur 132 de largeur et une .superflcie de 12,G20 kilo­
mètres. Hilo est à la' fois le port et la capitale de cette
île, dont les montagnes sont les plus hautes de toutes
celles de la Polynésie. La Mauna-Loa élève à 4,843 mè­
tres d'altitude son front couronné de neiges persis­
tantes; le Mamakea est presque aussi majestueux. Ces
et

'-

deux monts sont des volcans

non encore

éteints. Le

�233

ILES SANDWICII.

Mauna-Loa

éruption

vient de le

arrivée

au

cruellement. Une

prouver

commencement de

l'année

1887

ravagé tout le pays du mont à la mer, renversant,
brûlant, faisant fondre, sous une coulée de laves gi­
gantesques, plantations, forêts, pâturages, troupeaux
sans compter les personnes. La catastrophe a fait -une
telle impression surla sœur du roi, la princesse Like­
like, qu'elle se laissa mourir de faim volontairement,

a

s'offrant ainsi

en

sacrifice pour

Pelé. Il faut noter que la

son.peuple, à la déesse
princesse, comme toute la

était protestante zélée; et cela donne la mesure
profondeur des convictions de ces inùigènes, que
la propagande évangélique peut toucher à la surface
mais qu'elle ne délivre point des obsessions des superscour,

de la

titions anciennes.

.

populeuse, fertile. Le bois de santal
couvre le flanc des montagnes, l'ananas; l'arbre à pain,
les bananiers sont partout. On y trouve des melons
et on y cultive la canne à sucre, qui y atteint une
grosseur extraordinaire. Sur les côtes on pêche faci­
lement poissons et tortues. Comme édifices on y ren­
contre des résidences royales qui ont bon air, et des
morais, lieux réservés aux sépultures Elle renferme
L'île Hawaï est

..

curiosité naturelle, les souter.rains ou caves
de Haenaqui ont des lacs l'intérieur, et une ouverture

encore une

à

assez

large

pour livrer passage à

escadron de

un

ca­

valerie.

C'est à Hawaï

digènes, après
son

qu'en

une

1779 Cook fut tué par les in­
eux et les gens de

collision entre

équipage.

Aprèsl'ile Hawaï on rencontre l'He Kanonaï(2,OOO ki­
lomètres carrés de

superficie)

avec

deux bons

celui deHanulée et celui de Kanonaï ;
se

trouve le cratère de lIfauna

ports,

puis Manouï
Hale, montagne

où

de

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

234

et 22 kilomètres de

3,f60 mètres de hauteur
tre. On y arrive

par

une

forèt à

laquelle

périmè­

succède tout à

coup le désert. Le cratère est toujours en pleine agita­
tion; brusquesexplosions, crevassements subits, ouver­

apparaît, odeur de

tures où la lave enflammée

C'est

lieu

un

soufre.

fantastique et qu'il faut voir, si l'on ne
fatigue de l'ascension et quelque danger,

craint pas la
arrivé au cratère où l'on

peut

y descendre. Le

port

de

Lahaima est le second port de relâche de tout l'ar­

chipel.
Laissant de côté et pour

cause

l'île lJ/olakaï

qui

que de révéler à f5 mètres
au-dessus du niveau de la mer la présence du corail,
ce qui pourra intriguer les géologues, et les îles Lunai,
Milham et Kadoulam, cette dernière inhabitée, nous
n'offre d'autre

particularité

qui possède la ville d'Honolulu
Honoloulou, capitale de l'archipel.
La Pointe de diamant nous apparait, basalte presque
à pic, profondément encavée par l'effort de la vague
marine, et qui annonce de très loin qu'on est au
passerons à 1'1Ie Chaou,
ou

terme du voyage. Dès

on

à droite une

de cocotiers

et dans

un

qu'on l'a doublée
plaine sablonneuse couverte

aperçoit

lointain brumeux les collines hautes de

Waianae.

sable,

Une passe étroite, entre deux banes de
donne accès dans le port, où nous distinguons

des navires de toutes les

nations, mais surtout de la
port aux règlements très
celui
de
sévères, que
Honolulu; on y reconnaît le
nation américaine. C'est

un

génie ultra-protecteur des Américains. Une pirogue
indigène vous prend il bord, et il faut régler le
prix
très

tout de

suite si l'on

gracieusement.

A terre

tiraillé,

on

est assailli de

etc.

ne

veut être mis il

C'est de

plus
plus
propositions pour

Heureusement

en

que

ilOUS

l'eau,

américain.
les hôtels,
savons

où

�235

ILES SANDWICn.

il l'hôtel de

descendre,

Boston, qui

nous

est

recom­

mandé.
Honolulu est

peut- être

Polynésie qui puisse

la

la seule ville de toute

mériter le

de

nom

ville;

les

bourgades, avec un amas de
baraquements. Cette capitale qui compte
15,000 habitants possède des rues régulières, des
quais, de véritables palais, entre autres le Palais­
Royal, qui serait remarqué en Europe, des église!' et
des temples. Le port ou plutôt les deux ports sont
en eau profonde, le premier, le port extérieur où les

autres

ne

cases ou

sont que des

de

navires

ne sont pas à l'abri, offre une entrée étroite,
facile d'accès cependant à la marée haute; le port in­
térieur est un véritable bassin, creusé dans un hanc
de corail, dont la profondeur varie de 4 à 6 brasses
et demie. Il est parfaitement sùr ; une drague puis­

sante fonctionne constamment pour en maintenir et
augmenter la profondeur. Un marine 1'ailway inau­

guré

en

tion du

1883 y tient lieu de cale sèche, que la situa­
port n'eût pas permis d'établir. Le navire

pris dans

un

berceau à cage est hissé hors de l'eau
façon il. ce qu'on puisse rem­

incliné de

plan
placer l'hélice

sur un

réparer les avaries de la quille. On
jusqu'à et y compris 1,800 tonnes.
Les maisons passées il la chaux de corail sont très
blanches, garnies de persiennes vertes et entourées
de vérandahs; elles émergent de jardins ombreux et
ont un air tout il. fait confortable; mais elles sont mé­
et

opère ainsi

langées

avec

couvertes

en

les

cases

indigènes

feuilles de

dans cette ville civilisée
une

imprimerie,
de

pandanus.

On

peut compter

chambre de commerce,
d'où sortent quinze journaux, l'Ob­

se1'vaif?w' Hawaïen entre
neur

faites de bambous et

une

autres, qui

nous consacrer en

1876

un

nous

article

fit l'hon­

spécial

de

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

236

bienvenue. On y trouve d'excellents hôtels fort bien
tenus, des fonderies, des chantiers de construction,

.

enfin des voitures de poste pour visiter tous les
de l'île.

points

mélangée. Il nous semble encore
rockinq chai?', sous leurs
vérandahs, ces bons Yankees, non plus ceux abso­
lument européanisés d'allure que nous rencontrons il,
New-York et à San Francisco et en France et qui ont
adopté la moustache française et les favoris anglais,
mais le véritable homme d'affaires, gardant l'ancien
collier de barbe et rasant soigneusement sa mousta­
che en ne laissant qu'une faible mouche à la lèvre in­
férieure: ce qui leur donne des airs d'auvergnats
tristes! Cet air ne les empêchait pas, les hraves
très

Population

voir

balancer dans leur

se

Yankees, de

nous

appeler amicalement

pour drinck

a

glass of champagne uiine, tandis que les Havaïens, au
teint cuivré, passaient en costume européen, et les
amazones hawaïennes, si intrépides, si étonnantes,
couraient au grand galop sur des chevaux merveil­
leux, drapées dans une jupe aux bords flottants. Plus
loin des indigènes vêtus du simple pareo ou d'une
chemise

européenne
accroupis aux portes

nous

souriaient curieusement,

de leurs

cases.

Arïaue, l'ex-Pomaré V, avait voulu,

au

départ,

lettre de recommandation pour son
bon cousin David Laumea. Nous y avions attaché si
nous

peu

donner

une

avions oublié la lettre, ce
ayant pas paru, vu ses bizarre­
introducteur sérieux. Cependant le troisième

d'importance

bon Arïaue

ne

ries,

un

jour

de notre

sité et'

arrivée,

nous nous

missive, que
nous avions

que

nous

nous

nous

nous

eûmes

décidâmes à

un

accès de curio­

profiter de l'auguste
au
palais. Le soir

fimes remettre

audience pour le lendemain

avec un re-

�237

ILES SANDWICII.

proche

net d'avoir tant tardé à

assez

nous

servir de

cette introduction.

qu'une audience il la cour hawaïenne
l'étiquette. Il faut défriper un habit noir
le
que
voyage et l'humidité ont renùu singulièrement
et
chercher des gants; ils n'avaient plus ni forme
laid,
ni couleur, le voyage les avait complètement abîmés.
Heureusement qu'on trouve de tout à Hawaï; nous
Grave affaire

où fleurit

fûmes bientôt possesseurs de gants lie de vin d'une
pointure yankee 8 3/4 à 9,25 et du prix minimum
de 5 dollars

(le
mais

la

dollar vaut ici :1 fr.

25).

Nous rimes

exécutâmes, une visite
grimace;
bien
un
de
vaut
peu
dépense, et tenant les
royale
il
la
nous
nous
acheminâmes vers le
main,
gants
palais.
Le roi David Kalakaua, à qui notre consul nous
présenta, échangea quelques mols avec nous en fran­
çais, puis continua à s'entretenir en anglais, voyant
que nous pouvions suivre sa harangue. La conversa­
tion roula sur le voyage qu'il fit en :1883-:1884 en Eu­
nous

nous

rope, et sur les infortunes conjugales de son cousin
Arïaue. Tandis qu'il parlait nous examinions ce Ca­

gentleman. Il nous parut grand, avec un front
une
physionomie expressive, un bon fonds
d'instruction et une intelligence très marquée.

naque

large,

C'est du reste le fils de

ses œuvres.

Né le 1.6

no­

vembre :1836, il apprit les armes avec un officier alle­
mand, puis il étudia les lois avec l'Américain Harris,

après quoi il voyagea à Vancouver, à San Francisco.
roi en 1.874, au moment où les Américains son­
geaient il annexer brusquement les îles Hawaï, il sut

Élu

manœuvrer
en

:1883. Les

puyant

si

habilement

Anglais

qu'il

lui firent la

contre lui la reine

se

fit

couronner

partie belle en ap­
Emma, princesse du sang

�D'OCÉANIE

238

de Kamehameha. Il
à

qui
figure,

tour

son

a

épousé la princesse Kapiolani
figuré, et sans faire trop mauvaise
a

de la reine et

jubilé

au

FRANCE.

EN

impératrice Victoria

1887.

en

Notre visite

dans le

souverain

au

palais royal, palais

cension des cieux
lés

métaphores

fait

aux

ces

-

Maoris

pompeuses

écuries,

indigène qui

Jolain

refusent

se

point

termina .par un tour
de notre consul et des

se

-

compagnie

en

ne

avait lieu

traduction, l'as­

-

gens du palais.
Elles sont merveilleuses
la

qualité

ces écuries, au moins par
qui s'y trouvent. Le cheval im­
c'était un étalon
Américains,

des chevaux

1803 par les
s'est admirablement acclimaté
venant de Boston,

porté

en

-

-

aux

îles Sandwich. Son bon marché est

on en

part,

paye

quelques-uns

nous en avons

ont coûté 150 francs

extraordinaire;

5 et 10 francs

et, pour

acheté pour notre service

environ,

et

qui

ne

qui

notre
nous

laissaient rien

dé�irer

ni pour la forme ni pour le fond. Aussi il
n'est pas un Canaque hawaïen qui n'en ait plusieurs.
Ils sont choyés, paissent en liberté et viennent au
à

premier appel

de leurs maîtres. Ceux

qui appartien­

Hawaïennes, excellentes amazones et folles
de ce sport, ont le corps enguirlandé de feuilles de
pandanus, d'herbes odorantes, de fleurs. Quant à
nent

aux

royale, ce sont des bêtes superbes
qui supporteraient la comparaison avec nos plus
beaux spécimens d'Europe. On les estime 500 francs
et ils vaudraient sans doute dix fois plus en France
ceux

•

ou

de l'écurie

à Londres.

Nous avions parlé au roi de notre désir de visiter
l'île, il nous fit donner avec obligeance des recom­
mandations pour les chefs ou cheffesses de district,
bien que l'hospitalité hawaïenne n'ait pas besoin

�ILES SAN DWICII.

d'être

239

Américains, indigènes, Allemands

stimulée.

même accueillent le

Français

affabilité et sim­

avec

plicité.
L'excursion la

plus proche

nanu, à 6 kilomètres

par

une

au

est celle du Pali de Nu­

nord de la

route excellente accessible

conséquent

aux

digènes chargés
à la ville. Le

capitale.

On la fait

voitures et par
cavaliers. On y croise partout des in-:
de fruits, de légumes qu'ils apportent

Pali,

«

précipice

aux

», est une sorte

de

cou­

pure qu'on dirait faite à la hache entre deux collines
s'abaissant vers la mer. Ce jeu de la nature, qui n'a
pas l'air naturel, vaut l'excursion d'où l'on découvre
de charmantes plaines, et la mer se brisant avec bruit
sur

les récifs.

En

quittant

le Pali

on

peut se diriger vers Heua où se
missions, l'une catholique,

trouvent installées deux

l'autre protestante. Nous entrons dans la mission ca­
tholique; un tas de petits indigènes à la figure éveillée
travaillent et se tournent vers nous quand leur maî­
tre nous demande de leur poser des interrogations.
Nous voila fort embarrassés de

d'académie, quand l'heure qui

ce

rôle

sonnait

d'inspecteur

nous sauve.

Le

dit: Il est midi,
qui voyait
voulez-vous leur demander, Monsieur, l'heure qu'il
est actuellement dans n'importe quelle capitale de
Père

notre embarras

l'Europe?
L'interrogatoire

nous

.

officielle

fit

en

anglais qui

est la

langue

m'exécutai.

d'Hawaï; je
Boy, what 0' clock is

it at Madrid?

(Petit, quelle
Madrid?)
10 h. 18' 51". (Dix heures, dix-huit minutes,
cinquante et une secondes.)
Very well, and you, my boy, at London? (Très
bien, et vous, mon garçon, à Londres ?)
-

heure est-il à
-

-

.

se

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

240

10 h. 52. -At Paris?

-

10 h. 42'

-

55", mister the French. (Dix heures

quarante-deux, monsieur le Français.)
Et j'appris ainsi ce que je ne savais guère, c'est qu'il
était

encore

lin,

'voilà des

petits

des heures

besoin
au

11 heures 27 minutes 9 secondes à Ber­

et 11 heures 23 minutes 30 secondes à

i80·

qu'on
degré

De Heüa

bouquets
un

quons

sur

tous les

leur apprenne en voyage
il faut doubler le jour.

nous

Home;

qui, sachant la différence
points du globe, n'auraient pas

Havaïens

traversons

une

route

qu'arrivé

parsemée

de

de cocotiers, de pandanus où nous remar­
arbre très curieux, le haos, dont les fleurs

sont blanches le

matin, jaunes

à midi et

le bord de la

soir. Puis la route

rouges le

: ce
longe
qui
de
nombreux
permet d'apercevoir
(ish fonds, réser­
voirs à poissons. Tout Hawaïen en possède un.
Quelques-uns de ces réservoirs ont une étendue ex­

mer

traordinaire, il y en a peu ayant moins d'un hectare;
d'aucuns occupent une superficie de 30 à 40 hectares,
de vrais lacs! Le mulet est le
le

poisson qu'on

y

pêche

plus fréquemment.

A Kualoa se trouve encore une école de garçons cl
de filles tenue par les missionnaires protestants aiué­
ricains, au milieu de jardins magnifiques et de belles

plantations. A Punalion
agencée si pratiquement

est

une

école

supérieure,

que nous en sommes restés
émerveillés. Quand donc' comprendrons-nous l'édu­
cation comme les Américains? Quand la ferons-nous

pratique, développant

reste

de

l'étendre

la

personnalité

de l'enfant

au

le lit de Procuste des program­
mes, et de l'abêtir sous le système à la mode, qui est
devenu scientifique après avoir. été théocratique, mais

lieu

sur

absolu, inexorable

et révoltant

au

moins pour

�16

�ILES SANDWICH.

243

les libres esprits qui ne veulent pas de programme,
même pour guider leur incrédulité 1
De Kualoa on gagne Waïalua (réunion de deux

sources).

Tout

leurs fruits du

les pêches

ce

pays est fertile et produit les meil­
et fraises surtout; car

monde; raisins

nous

ont paru

aride

un

peu amères. A travers

une

arrive à Ewa, véritable

oasis, cen­
plaine
tre agricole où l'élevage des bestiaux se fait sur une
large échelle. Deux missions encore, protestante et
catholique sur le bord de la mer, et toujours .des
écoles. Le pays n'en manque point. Et, chose curieuse.
là, l'instruction fait sa force et non sa faiblesse comme
en d'autres parties du monde.
Cette excursion y compris le retour d'Ewa a Hono­
lulu (15 kilomètres) nous a pris deux jours. La route
n'offre rien de remarquable, si ce n'est la vue de
deux lacs dont le plus proche de la mer est un lac
d'eau douce et le plus éloigné contient de l'eau sa­
lée. Mystère et conduits secrets, sans doute 1
assez

Nous avions

on

décidé de

la chaleur rend

nous

reposer le troisième

excursions, qu'on

ne peut
jour,
extrêmement
cheval,
fatigantes, un
accomplir qu'à
incident nous fit changer de dessein.
Tandis que nous regardions paresseusement le port,
car

de la fenêtre de notre

le

quai

une

Daumont et

ces

hôtel,

victoria des

précédée

nous

vîmes passer
attelée

plus élégantes,

sur

en

de deux soldats .hahillés de

rouge. C'était le roi David et sa femme qui avaient
pris fantaisie d'aller passer quelques jours à Vaikiki,

qui

est

le bain de

mer

de Honolulu. Derrière lui

nombre de cavaliers et d'amazones. La

la cavalcade

nous

contagion

saisit immédiatement et

seller notre cheval pour nous
tout au moins, le rattraper.

joindre

au

nous

de

flmes

cortège,

ou,

�D'OCÉANIE

244

EN

FRANCE.

Vaïkiki est à 8 kilomètres de Honolulu. La verdure
y cache et découvre de charmants cottages,
lesquels la villa royale, où l'on peut admirer des
des volières

magnifiques,
perruches et de tous
mosphère tropicale.

de faisans

parmi
serres

dorés,

peuplées
qui vivent dans l'at­
La tranquillité des baigneurs est
assurée par une ceinture de récifs qui les garantit de la
ce qui a son importance­
fureur des flots et aussi
de la voracité de messieurs les squales.
De Vaïkiki on peut gagner la pointe de Diamant,
vaste cratère éteint, ascension possible mais difficul­
les oiseaux

-

tueuse,

rencontre de chèvres sauvages. A Cocoa Head,
d'Oaehu, on traverse une plaine

extrémité est de l'île

auprès de laquelle le

chaos de la forêt de Fontaine­

bleau n'est rien. Au milieu de roches

entassées, de ruines de nombreux
heiau

ou

lieu de

sacrifice,

et

au

volcaniques

mames,

et

d'un

milieu d'ossements

provenant sans doute des victimes de ces religieux
forfaits, poussent des figuiers de Barbarie et de gi­
gantesques cactus. Dans les environs se lève cette
herbe à piquants qui fait tant de mal aux troupeaux.
Des chiens sauvages qu'on n'a pu encore exterminer
causent aussi aux bêtes des dommages pareils à ceux
des

loups

Nous

pays de forêts et de montagnes.
visité encore pendant notre séjour à

en

avons

Honolulu

plus

une

dans

un

autre pa li, celui de Mokapuny, ce l'l'est
coupure à section régulière, c'est une fissure
un

cratère éteint et

qui

ne

peut laisser pénétrer
montagne

homme à cheval. Du sommet de la

qu'un
plonge

l'œil
un

grand

sur

les flots

qui

viennent

retentissement dans les

se

briser

cavernes

avec

creusées à

base. On peut descendre à la mer par une pente
douce, à droite et à gauche de ce cône volcanique.
Nous regagnons Honolulu par Mucallu, en deux heures

sa

�ILES SANDWICH.

24,5

de

galop par une plaine ravissante, ruisseaux frais,
bouquets d'arbres, etc. Au loin la ville et le port, spec­
tacle charmant mariant l'agrément des beautés de la
nature à l'espèce de confiance que procure la vue de
l'activité humaine, témoignée par la ville et surtout
le port. La ville c'est déjà bien, car c'est la sécurité,
Je repos; le port c'est mieux, car c'est le moyen d'y
échapper s'il nous platt, Tout le désir humain est dans
cette alternative: un peu de sécurité, du danger et la
liberté.
Nous

ne

sommes

restés

qu'une

dizaine de

Honolulu; nous allons le quitter et nous
le temps a passé bien rapidement.! Ici
à

comme

maori

'Tahiti,

retient tout

qui

chose de moins

plus

on

langoureux

à

ce n'est pas,
de la paresse
c'est quelque

attristant,
mélancolie, mais de
Honolulu est moins exotique peut­
en

pénétrant

attachant.

être, mais

le charme

jours

trouvons que

y retrouve

comme

déjà quelque

ditions de la vie civilisée et

un

chose des

con­

accueil si cordial !

Deux ou trois fois nous avons pu nous convaincre
par nous-même que l'hospitalité hawaïenne valait
toutes les hospitalités antiques et modernes.
Vous descendez de cheval à la

tion,

ne

fraîche

...

au nom

vous

du maître de

cheval, puis
à côté de

âgée,

porte d'une habita­

qu'un peu d'ombre et de boisson
n'êtes pas arrêté, qu'un Canaque arrive

demandant

vous

l'habitation,

indique

vous

chaque
attend

habitation. Une
au

prend votre
qui s'élève
femme indigène,

vous

la salle de bains

sortir de l'eau et

vous

offre de

masser;
qu'elle fait si dextrement que toute
s'évanouit.
Après cela c'est l'accueil du maître
fatigue
ce

vous

de la

maison, le

c'est

l'heure,

pose, de toute

de

champagne ou le repos si
complet de toute
étiquette qui épanouit l'âme et après
verre

et

cet

abandon

�D'OCÉANIE

246

quoi
on

on se

ne

se

sent

FRANCE.

EN

car il n'y a pas à dire,
lorsqu'on a été franc et

plus homme,

sent homme que

naturel.

Quel est l'avenir de cet archipel? Il faut bien l'avouer,
les efforts des Hawaïens, de leur roi, ils ne
peuvent que reculer le moment de leur absorption
par l'élément américain. L'Amérique où s'écoulent les
produits d'Hawaï la tient solidement. Qu'elle ferme

malgré

produits de l'archipel
prospérité s'évanouit; mais' elle ne le
attendra patiemment le moment où
son

marché

tellement sienne

deviendra

l'Angleterre
John Bull

aux

-

aura

et toute cette

fera pas, elle
cette colonie

sauf
que personne
lui
chercher
Mais
pourra
querelle.
beau montrer les dents, celles de frère
-

ne

Jonathan sont

longues aussi, et peut-être plus solides.
Quoi qu'il en soit,lesiles Sandwich importent actuelle­

d'Amérique pour une somme de27,601,065 francs.
commerce a été signé en 1875, entre le roi
David et le président Grant. Les États-Unis entretien­
nent là une station navale importante, en échange de
quelques canons et autres engins de guerre. Cepen­
ment

Un traité de

dant,

au

moment où

nous

mettons

sous

presse, le pays

agité par des dissensions qui prennent un carac­
tère inquiétant. Il y a conflit entre le roi qui 'veut
maintenir ses droits constitutionnels et qui a mis son
est

veto sur le bill abolissant les gouverneurs et le par­
lement; les indigènes sont très montés; les Yankees
se serrent les coudes, et l'Angleterre s'agite.
L'exportation.est de 40,429,685 francs. Elle consiste
en bois de santal qui s'écoule à peu près entièrement
en Chine; en coton, bestiaux pour la Californie, blanc
de baleine, huile de ricin, indigo, laine, tabac et sucre.
Honolulu possède des consuls de presques toutes

les nations. Un service de bateaux à vapeur bi-men-

•

�ILES SANDWICH.

247

suel relie

l'archipel à San-Francisco, en dehors du
Pacifie mail Steamship navigation Company, qui fait Ir,
service entre Sydney et San Francisco avec escale à
Honolulu.

quitter Honolulu donnons quelques détails
régime représentatif dont jouit le pays. Le roi,
le pouvoir exécutif et reçoit 1,500,000 francs de

Avant de
sur

le

qui

a

liste civile, gouverne avec les ministres. La chambre des
nobles et celle des députés sont élues au suffrage uni­

versel, par les citoyens sachant lire
dant

propriété

une

dollars. Le

de 100 dollars

et écrire et

ou un revenu

possé­
de 50

de la colonie est de 4,500,000 francs,
dont les droits de pilotage, d'arrérage, les amendes

prélevées
le

revenu

sur

commerce

dette

publique,

frappé
plus grande part. Enfin la
marque de la prospérité des États

cette

sérieusement il y a des économistes
est déjà d'un million.
l'affirment

modernes

qui

les navires et les droits dont est
constituent la

-

-

L'armée

artillerie,

régulière

est de 600 hommes:

infanterie et deux

musiques

gendarmes,

militaires. La

flotte de guerre comprend deux' navires armant une
quinzaine de canons, et de nombreuses pirogues. La
flotte de

commerce

est

assez

navires à voile. Récemment
le

port du Havre

un

nombreuse
encore on

vapeurs et
signalait dans
en

trois-mâts hawaïen.

Ajoutonsque l'instruction est si répandue qu'en 1878
le jury de notre Exposition universelle décernait le
g1'and pri» au royaume d'Hawaï pour le développe­
ment de l'instruction; que le télégraphe existe dans
presque toutes-les tlos, que le téléphone a été installé
dans l'He Manouï avant de l'être à Londres, que la lu­
mière électrique' commence à se montrer partout,

qu'un chemin de fer va être construit autour d'Oakou,
et qu'enfin, prochainement on immergera un câble

�D'OCÉANIE

248

télégraphique
l'on
en

EN

FRANCE.

entre San Francisco et Honolulu. Aussi

que nous avons raison de finir ce chapitre
demandant la liberté, du moins la civilisation
avouera

comme aux

îles Sandwich.

CHAPITRE X
DE SAN FRANCISCO A NEW-YORK
A TRAVERS

Le Golden Gate.

San Francisco.

-

l'European plan;
Chine.

en

-

Monterey,
Dinnings et

-

Nevada.

-

Les hôtels: l'Arnel'ican et

-

bottes!

-

Les

-

-

-

-

désert américain.

Omaha.

-

-

En

pays mormon.
Yowa la ville des Sioux: un palais
-

Chicago: les stock-nards.
épis.
Niaqara's {aUs.
Albany.
-

-

-

Cleveland.

-

Buffalo.

-

Après cinq jours
nous

Les cables-car.

-

-

Le

-

Cheyenne.
en

aux

ANGLAIS).

lIIILLES

Un petit voyage
(Fire Patrol Co).
Excursion à
Cliff-Bouse et ses lions marins.
Les chemins de fer : sleepings.
Les placers.
Sacramento.
La Sierra
drawrings-rooms cars.

contre

pompiers

gare
l'eau

(3,250

L'AlIIÉRIQUE.

négligeons

et même les

et dix-hnit heures

à dessein les

tierces,

non

par

de voyage
les secondes
-

minutes,
mépris de l'exactitude,

mais par égard pur et simple pour nos lecteurs,'­
arrivons en vue de San Francisco, dans sa baie

nous

spacieuse

que le Golden Gace

Pacifique. Après avoir longé
d'un phare, le panorama de

(Porte-d'Or) sépare du
une petite île décorée
l'ancienne cité de l'or

qui est en passe de devenir, grâce aux progrès de la
viticulture, la cité des vins, le Bordeaux des États­
Unis, se déroule à nos yeux.
La baie de San Francisco par son étendue, les mon-

��2:;1

SAN FRANCISCO.

tagnes qui la bordent, les nombreux vaisseaux qui la

sillonnent,
un

que le soleil dore, offre
aspect. Longue de 40 milles,

ses eaux

admirable

en

vérité

large

de

20, elle renferme en son sein plusieurs iles et reçoit
les eaux du Sacramento grossi des eaux de la rivière
Saint- Joaquim.
La ville est établie à l'extrémité d'une presqu'He
sablonneuse formée de collines assez élevées. Bien
que datant de moins d'un demi-siècle, elle ne porte
plus aucune trace de la rapidité de son éclosion.

n'y avait encore sur ces dunes mons­
qu'un mince village dont l'origine ne remon­
tait pas à cent ans. Ce village, nommé Yerba Buena,
n'était composé que de constructions ou plutôt d'a­
En 18,1,6 il

trueuses

bris
à la

misérables; ranchos et constructions en adobes
façon indienne ou mexicaine. Il avait été fondé

par des moines franciscains qui ne lui donnèrent le
nom de leur
patron, San Francisco, que vers 181,7. La
découverte des premiers gisements aurifères, qui eut

lieu

en

1848, fit monter,

en

moins de trois ans,

une

n'était pas de mille âmes à 25,000 ha­
bitants. Dix ans après, en 18GO, on était à 60,000; dix

population qui
ans

après

à

150,000. En 1882 le chiffre atteint était

1887, était porté

300,000 qui,

en

certainement

dépassé

L'aspect

à

450,000. Il

est

à l'heure actuelle.

de San Francisco est celui de toules les

villes américaines. Rues coupées à. angles droits, sil­
lonnées de rails où courent les cars; constructions

trop

élevées où toutes les architectures

se

heurtent

choque
peu l'Euro­
à
cette
le
péen,
régula­
Français surtout, qui préfère
rité froide, à ce grandiose manquant un peu de goùt,
plus de pittoresque et d'élégance. Mais si l'on n'est
sans

s'harmoniser: tout cela

pas chauvin dans le

sens

un

étroit du mot et vieux conti-

�D'OCÉANIE

nentol entêté,

EN

FfiANCE.

finit par ·percevoir

l'originalité spé­
régulières. C'est une sorte
de grandeur et de simplicité confortables, qui ne sont
ni sans intérêt ni sans agrément, à l'usage.
Que de temps de gagné surtout, pour peu que l'on
ciale à

on

villes

ces

neuves

et

s'entête pas à résister aux coutumes locales!
ce que nous ne saurions trop conseiller

ne

c'est

-

et
aux

se servir du guide que
de
leur
donner.
Vous êtes encore sur
essayons
le bateau qu'un gentleman des plus corrects vient à

voyageurs

qui

voudront bien

nous

vous, pour vous dispenser de l'ennui de chercher un
hôtel eL de subir les formalités de la douane. Si vous

acceptez

services,

ses

vous

recevez

de lui autant de

jetons que vous avez de colis et vous prenez, en dé­
barquant, l'omnibus de l'hôtel qu'il vous a indiqué.
Arrivé à l'hôtel, vous avez souvent l'agréable sur­
prise de trouver dans votre chambre vos bagages ar­
rivés par un omnibus spécial.
Ces hôtels sont de vrais monuments renfermant
dans leur sein tout

ce

que l'on peut souhaiter: bar­
etc. Votre chambre

bier, médecin, tailleur, bottier,
munie d'une

est

baignoire

froide à volonté. Le

chaque jour
un

lit,

avec eau

dont les

chaude et

draps

sont

eau

changés

est
petit détail qui a son agrément
s'étendre
et
éclai­
reposer;
peut
-

-

vrai lit où l'on

rage
nir

au

gaz, voire même à l'électricité. Pour y parve­
Bien plus, vous trouvez

vous avez un ascenseur.

dans

visé

chambres un cadran à aiguille mobile, di­
compartiments contenant les indications sui­

ces
en

,1° messagers ou boys; 2° coupé; 3° landau;
médecin; 5° télégraphe; Go charbon de bois; 7° om­

yan tes:

4°

nibus du chemin de
go

téléphone;

sc

servir de

10°

cc

fer; RO voiture de déménagement;
police; 1:1.° feu; etc. La manière de

cadran est

élément!lire.

Vous mettez

�253

SAN FRANCISCO.

le mot

télégraphe, par exemple, et vous
boy, à qui vous remettez votre dé­
prix exact de la dépêche, rien de plus.
Si vous demandez le boy, il fera votre commission
pour le prix uniforme de 50 cents, en échange duquel
l'aiguille

sur

voyez arriver
pèche avec le

il

un

remettra

vous

un

ticket. Nous

l'heure que de temps de gagné!
et que d'argent, car les voyages

avons

on
en

dit tout à

pourrait ajouter
Europe coûtent

souvent presque autant en pourboires et bonnes mains
qu'en nourriture et autres frais réels.
à l'hôtel ainsi entendu

Mais, dira-t-on, le séjour
doit coûter des
est cotée 75

du

partie

prix

cents

fabuleux?

(3 fr. 75);

dollar, dont

la

Nullement,

la chambre

le cent est la centième

valeur nominale est

de

reste, dans la plupart des hôtels, le prix
de la chambre se confond avec celui de la nourriture;

5 francs. Du

compte par jour. Ce prix total varie de 3 à
dollars, c'est-à-dire de 15 à 25 francs, si vous vivez

car on

5

y

à l'Amel'ican

mieux,

plan,

à la mode

comme nous

Il est vrai que l'estomac
peu surpris par la cuisine

plicité

semble

un

rôtis de bœuf et

yankee:

ce

qui

vaut

l'avons dit.

européen est d'abord un
américaine, dont la sim­

tant soit peu

légumes bouillis.

spartiate: jambon,
La boisson

surprend

davantage, elle varie du thé au lait, en passant par
l'eau glacée. Peu de pain et cuit autrement que chez
nous: ceci est le plus grand supplice. L'Américain, il
est

vrai,

rante,

en

se

revanche de cette boisson

entrant dans les bars

ou

un peu tempé­
même dans certaines

pharmacies qui réservent aux estomacs délicats une
potion-c'est le mot-fortement imprégnée de brands],
Les lois sur la tempérance ont leurs tempéraments.
Si l'on ne peut s'habituer à ce régime, il reste à
vivre sur l'European plan: table d'hôte, repas à la

�..

D'OCÉANIE EN FRANCE.

254

carte,
sont

avec

faculté de

beaucoup plus

prendre

du vin. Mais les

prix

élevés.

Quittons notre hôtel, dont nous avons montré les
côtés, qui sont excellents et les mauvais, dont on
peut s'accommoder à la rigueur. Il faut cependant
bons

parler de l'un d'entre eux, que nous allions oublier et
qu'il faut absolument faire connaître, si l'on tient à ses
bottes. Gardez-vous donc de les mettre à la porte à la
mode européenne, car vous les retrouveriez le lende­
main aussi crottées que la veille, ou plutôt vous ne les
retrouveriez plus du tout, l'hôtel ne répondant point
des objets ainsi aventurés. Il faut remettre vos chaus­
sures dans l'état où vous les avez quittées la veille et
descendre les faire cirer (pas pour rien, un demi-dol­
lar) par un personnel spécial, généralement d'un
aussi beau noir que le

cirage

dont il barbouille

vos

pieds.

Californie
l'hôtel,

street, que

est la

rue

la

nous

trouvons

plus élégante

au

sortir de

de San Francisco,

celle olt l'on remarque les plus riches et les
lies habitations. Elle mesure 5 kilomètres de
sur

un

plus jo­
long et

terrain dont les différences de niveau sont

considérables.
Ce sont

ces

sablonneuses
ont

nécessité

sans

chevaux.

Voyez

différences de

lesquelles
l'emploi des

sur

courir

monde, qui

a

sur

ces

niveau,

dues

aux

collines

s'élève la cité neuve, qui
cable-cars ou tramways

rails cette voiture

l'air de marcher toute

pleine

de

seule, qui s'ar­

rête instantanément et repart sans qu'on sache com­
ment; animée d'une vitesse constante. Rien que deux
rails cependant; oui, mais entre les deux rails une
fentel::trge de 3 centimètres bordée de fer posé à plat.
A. 25 centimètres au-dessous de la voie, se trouve un

�SAN FRANCISCO.

câble

en

acier. Ce câhle,

qui

forme

255
une

sorte de chaine

est mü par une machine placée au centre du
parcours; il part de la machine par la première voie,

sans

flJl,

revient à elle et

s'engage

inverse alors dans

en sens

la seconde voie. Le mécanisme

qui met en communi­
également très simple. Au
du
car est un levier
plate-forme
qui sai­

cation le câble et le
milieu de la

Ca1'

est

sit le câble par deux roulettes en fonte. Dès que le
levier agit ainsi sur le câble, la voiture est en mar­
et on n'a qu'à renverser le
che; dès qu'il n'agit plus
se produit grâce au frein spécial dont
sont munies les voilures. Un câble dure quatre mois;
-

levier -l'arrêt
mais

malgré les frais qu'occasionne ce changement,
malgré le prix monique de ce mode de traction qui
coûte que 35 centimes par personne pour tout le
parcours, les compagnies sont en pleine prospérité.
ne

Il existe aussi des cable-cars dans Ma1'ket street, la
rue de San Francisco. Après ces deux

plus longue

1I1onlgomel'Y street: magasins de mode,
librairies, bijouteries, etc., et /(ea1'ney street,
Les principaux monuments de San Francisco ne se
distinguent pas beaucoup des grands hôtels, pour
lesquels les architectes prodiguent le trésor quelque­

voies viennent

fois bizarre de leurs inventions. Il faut citer cepen­
dant l'église des jésuites, dont les deux tours ont un

bel aspect, la banque de Californie, bâtiment à
qui sa balustrade à l'italienne donne un faux air de
palais, le Merchant» E'xchange (la Bourse), le Sare de­
clocher-minaret;
posite Building avec sa tourelle;
car il ya de tout vraiment, dans ce spécimen d'ar­
chitecture éclectique, enfin le Palace hotel qui mérite
d'être rangé parmi les monuments à cause de ses di­
mensions : huit étages, cinq ascenseurs, quinze cents
chambres, galerie vitrée à chaque étage et au dernier

assez

-

�D'OCÉANIE

256

EN

FRANCE.

joli jardin d'hiver, où l'on se rassemble
pleut pour flâner et lire les journaux.
San Francisco est une ville vivante; on s'y amuse
beaucoup, le soir surtout. On y trouve de jolis et même
de bons théâtres où jouent souvent des troupes euro­
péennes. Le Cali(O?'nia donne l'opéra, l'opéra italien
principalement; ballet et féerie à l'Opem house; drame
étage
quand

très

un

il

et vaudeville

drame
et

au

Baldwin theater et, au Bush theater, un
beaucoup dé tableaux, de crimes

contient

qui
quelques

danses. Enfin

on

y voit

encore

des théâ­

Minstl'els, ces faux nègres si à la mode en
Amérique, qui chantent, dansent et se contorsionnent
dans des pantomimes burlesques un peu lourdes,

tres de

mais

qui

arrachent le rire.

Au sortir du théâtre, à 11. heures et quart, il est de
mode de se rendre à Kearnei] street, pour prendre des
glaces ou souper à la Maison Dorée, restaurant de
toute

magnificence

entièrement éclairé à l'électricité.

On y soupe il. la française,
paraît-il, ni aux Français ni

ce

qui

aux

n'est

désagréable,

Américains.

Comme San Francisco est bâti

bois, les incendies y
y est

en

revanche

sont

principalement en
fréquents; le service du feu

merveilleusement installé. Mais

cette matière n'est pas inconnue en Europe,
où tout le monde, à propos d'incendies récents, a été
comme

forcé de reconnaître l'immense

supériorité d'organi­
pompiers du Nouveau Monde
sur celui de l'ancien, nous n'allongerons pas ce livre en
y analysant des documents que chacun connaît. Nous
nous bornerons à parler d'une autre association qui se
rattache à celle des pompiers et qui est exclusivement
américaine: la Fi'l'e Patrol Co, escouade de contre­
pompiers à la solde des compagnies d'assurances.
Celles-ci, éprouvées non seulement par les incendies,
sation du service des

�o
on
'"

.�
o

17

�SAN FRANCISCO.

259

mais par la perte des marchandises inondées par les
pompes, ont imaginé un service spécial pour couvrir
les marchandises menacées d'une bâche

qui permet

de les

sauver sans

imperméable
paraît

les détériorer. II

que l'idée n'était pas si

que l'on aurait pu

l'imaginer,

genre

car ces

singulière
pompiers d'un

spécial,

ces

contre l'eau ont rendu de tels services que

pompiers

l'institution

qui

existe aussi à New-York

va

's'étendre

à nombre d'autres villes.

San Francisco

aménagés
cercles.

compte

encore

de nombreux cercles,
nos meilleurs

de manière à faire honte à

L'étranger,

le

par expérience, y
plus parfaite cordialité.
Ce qui ajoute au charme spécial de San Francisco,
c'est la visite que l'on peut y faire à la ville chinoise.
Entre Dupont street et Kearneq, au plus beau de la
ville américaine, on est stupéfait de trouver tout un
quartier, une ville entièrement chinoise: maisons,
boutiques, théâtres, temples. On y respire l'odeur de
musc qui émane des Célestiaux. Là vivent entassés
l'un sur l'autre, dans une promiscuité hideuse,
27,000 Chinois. On en compte jusqu'à 300 par mai­
son: Le Glob hotel en loge i,500 dans soixante cham­
nous

savons

est accueilli avec la

bres!
Les

boutiques

curieuses le

seignes
mées

soir,

sont curieuses à voir le
avec

hideuses et

fantastiques,

jour, plus

vives, leurs

en­

leurs lanternes allu­

air de fête

perpéLuelle à ce coin
plus grimaçantes les figures des
attendent
la pratique. Le jour on peut y
qui
sans danger, mais on ne fait pas mal, le soir,

qui

donnent

leurs couleurs

un

de ville et rendent
Chinois

circuler
de

se

faire accompagner d'un detective, surtout si l'on

veut visiter les maisons de

pIe

il

ne

jeu

et

d'opium. Par exem­
plaisanterie de

faudrait pas s'aviser ici de la

�D'OCEANIE

260

théâtre

qui

consiste à

EN

FRANCE.

la queue des' Chinois
vous fe­

prendre

cordon de sonnette. Les detectives

un

pour
raient payer cher cette incartade.
Nous avons gardé un vif souvenir de notre

sion dans cette Chine
nous avons

découpé

voulu

comme

en

excur­

et du repas que
restaurant du cru,

miniature,

prendre dans un
jouet d'enfants,

un

avec

lanternes à

étages. Introduit dans une sorte de cabinet
particulier, laqué. partout et muni de cases pratiquées
tous les

dans les

murs

et

garnies

d'une couchette destinée à

après la pipe d'opium qui finit toutes les
parties fines des Chinois, nous y avons mangé, vu

la sieste

plutôt,

manger

force choses hétéroclites: nids d'hi­

rondelles, pâtés de sauterelles, sauterelles rôties,
mouton et poulet frais au safran, olothuries ou sang­
sues de mer, etc., tout cela coupé menu et présenté
en quantités infinitésimales sur de petites soucoupes,
mais arrosé d'un thé délicieux.

Après cela nous avons
theater, où nos oreilles
ont été régalées d'une musique atroce et nos yeux
d'une inexplicable pantomine, que l'étrangeté et le
bariolage des couleurs, et aussi le plaisir qu'y pre­
passé

une

heure

naient toutes

ces

têtes de Chinois

assemblés, ont" fini

faire trouver intéressante.

nous

par
Bonne

Malheur

au Jackson street

police à San Francisco, morale supérieure!
gentleman qui se laisse prendre sur la voie

au

publique

en

train de conter fleurette à l'une de

personnes qui
qu'en tout autre

manquent

conseillerait de

livrer à cette sorte de

ne

pas

plus

en

ces

Californie

pays de l'ancien et du nouveau
il
n'en
serait
monde,
pas quitte à moins de 25 dollars,
et d'une admonestation sévère du policeman, qui lui
se

dans les

bars, par exemple,

parait-il

!

pourparlers

où la morale n'entre pas,

�261

SAN FRANCISCO.

celui de

San Francisco

A tous ces avantages
joint
jouir d'une température agréable qui lie s'élève pas
très haut, grâce au vent assez vif qui vient du Paci­
fique. Aussi pendant huit à neuf mois y met-on des

vêtements de laine.

Le

que la ville principale de la Californie
la France était autrefois assez vif et régu­

commerce

faisait

avec

lier j il consistait en articles de Paris, parfumerie et
vins. Le champagne à la marque française s'y écou­
lait surtout avantageusement. Malheureusement pour
nous

duire

la Société vinicole californienne
un

muscat mousseux,

Sherry qui

commencent à

un

se

a

champagne

sont

en

quelques

sec

et

un

vendre trop bien.

Les environs de San Francisco sont
côtes

réussi à pro­

endroits fort

agréables.

Les

pittoresques,

à la hauteur des falaises. On n'est pas loin de
chaines de montagnes et de gorges d'un bel aspect.

grâce

Voici quelques excursions à faire
disposerait du temps nécessaire :

pour le

i 0 Excursion il Cliff-House. Au sortir de

cas

où l'on

California

prend une avenue parallèle qui conduit au
Presidio, qui est, comme on le sait, un camp d'instruc­

street on

tion. Les officiers américains y sont installés dans de
maisons entourées de jardins j les soldats, tous

jolies

volontaires. n'ont pas l'air

non

plus

gime trop

dur. Du Presidio

soit de la

ville, soit de la baie.

de trouver le ré­

on a une vue

splenùide,

En face' de

nous se

profilent des hauteurs au pied desquelles apparaît la
plage de Saucelito, où se trouve le Yacht club califor­
nien et où les bâtiments des yachtmen sont ancrés.
Du Presidio on arrive', par une pente assez rapide, à
la mer. Sur la pointe d'un rocher se dresse un joli hô­
tel et une terrasse qui s'élève de 25 mètres au-dessus
ùe l'océan

Pacifique.

A

une

centaine de mètres envi-

�262

D'OCÉANIE

EN FRANCE.

de l'hôtel et de la terrasse

émergent de l'eau trois
qu'arrose la vague et, sur ces
rochers, rampant, hurlant, plongeant, un millier de
lions marins environ. Autour d'eux, planent et se
posent des oiseaux de mer, qui ont l'air' de vivre en
parfaite intelligence avec ces amphibies. L'excursion
ron

gros blocs de rochers

est de 12 kilomètres. On

fer

ou en

de

roues

en

chemin de

véhicules américains à

peut la faire

de�x paires

buggy,
légères, d'égale hauteur, à caisse très plate,
et qui filent avec rapidité.
2° Excursion à Monterey et aux placers. En quatre
heures le chemin de fer vous conduit à Monterey, an­
cienne capitale de l'État de Californie. La route est
charmante à travers un pays fertile, des vignes su­
perbes, brillantes de force et de jeunesse, qui font son­
ger à nos pauvres vieilles vignes, si malades, pour
avoir trop produit sans doute, ou bien à cause du phyl­
loxéra. Les fermes succèdent aux villages, et aussi les
maisons de plaisance. A Santa Maria le paysage
change; c'est une série de pâturages et de marais où
canards et sarcelles pullulent à la grande tentation
ces

des chasseurs.
Le train s'arrête à

un

kilomètre de

Monterey.

La

gare affecte la forme d'un kiosque. Elle est entourée
d'un parc ravissant où se dresse un véritable château
construit

avec

beaucoup

entièrernent édiflé

de

goût. Ce château, qui est
pourtant un simple hô­

est

bois,
tel, l'hôtel riel Monte, mais un hôtel dont le confortable
est

parfait

en

et dont le luxe émerveille. C'est que Mon­
au besoin dans de
prend des bains,

terey,

où l'on

vastes

bassins

-

en

bois

qui permettent

de

se

livrer à la

natation lors même que la mer est démontée,
est fré­
des
San
le
dessus
du
habitants
de
quenté par
panier
-

Francisco. La

plage

est

jolie,

les environs le sont

plus

�DE SAN

FRANCISCO A NEW-YORK.

encore, notamment le
tué

au

Sur

un

Pacifie Grooe, point

2û3

de

vue

si­

milieu de gros rochers surplombant la mer.
point de la côte des cèdres et des cyprès tordus

par le vent et d'un

ristes;
c'est

aspect curieux amènent les tou­
point, dans une petite crique,
petit village chinois fort amusant. Monterey

sur un

un

autre

proprement dit n'est pourtant rien moins qu'intéres­
sant,
trop 'de constructions en adobes à la mexi­
caine. L'église seule, dont le clocher et la façade da­
tent de 1725, a un certain caractère.
..

Une route de 120 kilomètres mène de

Monterey vers

placers, au Pueblo de don José. La route est fré­
quentée; car si les placers ne constituent plus la pre­

les

préoccupation des Californiens, il existe encore
qui rêvent de trouver le sable aurifère
le lavage les enrichira, ou la pépite monstre qui,

mière

des aventuriers
1

dont

d'un seul coup, les fera riches. On passe la rivière
Saini-Joaquim, on traverse la vallée de las Positas, la
de

plaine
vres

et

Sulares, souvent inondée et où règnent fiè­
moustiques, et on arrive il la rivière des Ma­

guelones, où l'on trouve des groupes d'arbres superbes,
de vertes prairies, mais, hélas! toujours la fièvre et les
moustiques.
C'est loi 50 kilomètres de cette

rivière que com­
aurifères. C'est d'abord les

mencent les

exploitations
Dl'y diggins, exploitations sèches, terrain rougeàtre
mélangé de roches ardoisées et planté de chênes ra­
bougris. A mesure qu'on avance vers la Sierra Nevada,
la végétation devient plus belle, car les cours d'eau se
multiplient. Ce sont eux qui roulent dans leurs sables
l'or en paillettes. Le plus riche en 01' est celui qu'on
appelle la Fourche-Américaine. Il embrasse en son
cours

nom

un

certain nombre

de Mormon

d'iles, dont l'une porte le

Diggins. exploitation

des Mormons.

�D'OCÉANIE EN

26i:

D'autres rivières,
celle des

«

l'Arroyo

FRANCE.

de los Osas»

ou

des

Ours,

roulent aussi de nombreuses

pail­
d'or; mais le précieux métal se trouve encore
plus grande quantité dans les deux vallées allant
l'est à l'ouest au pied même des contreforts de la
Plumes,

lettes
en

de

Sierra-Nevada.
Disons adieu à San

plus que

nous

Francisco, qui

nous a

n'aurions voulu; aussi bien il

arrêté

nous

faut

rapidement le continent américain de
l'Ouest à l'Est, passer du versant du Pacifique à celui
de l'Atlantique en franchissant les Montagnes Hocheu­
ses dont les dernières crêtes, au col d'Evans, tracent
la ligne de séparation des eaux. Partons donc, Ocean
to Ocean, comme disent avec un juste orgueil et peut­
être quelque vanité les citoyens de la libre Amé­
rique.
On peut se rendre par plusieurs routes de San
Francisco à New-York, Beaucoup de voyageurs pré­
traverser

fèrent la voie de la Nouvelle-Orléans par Denver et

Saint-Louis; soit pour s'embarquer dans le golfe du
Mexique et gagner par mer l'Empire-City, ce New-York
qui est le Paris de l'Amérique et qui n'est même pas
la capitale de l'État de ce nom; soit pour revenir à
Saint-Louis et se diriger vers Chicago, Buffalo et les
Niaçara's (al/s. Nous avons préféré la ligne la plus di­
recte par Cheyenne et Omaha.
11 faut traverser la baie pour quitter San Francisco.
Le jour va tomber et ses obliques l'ayons dorent le
Golden-Gate comme pour justifier son nom. Notre train
chauffe à Oakland. Profitons des quelques minutes

d'attente po�r l'examiner et donner il
aperçu des trains américains.
On sait que les chemins de fer du

nos

lecteurs

un

ne

relèvent

point

de

l'État, qui

nouveau

n'exerce

monde

aucun con-

�DE SAN

trôle

sur

aussi

la

leur construction et

spéculation

de l'industrie, et
façon effrayante

265

FRANCISCO A NEW-YORK.

s'est

sur

leur

emparée de

exploitation;
cette branche

sont multipliées d'une
points, se faisant une
concurrence dont bénéficient parfois voyageurs
et,
marchandises. Il existe ainsi actuellement plus de

les

lignes

se

certains

sur

200,000 kilomètres de voies ferrées aux États-Unis, et
on augmente sans cesse le réseau. Il est des lignes qui
appartiennent en toute propriété à un seul parti­
culier; aussi a-t-on créé pour ces grands proprié­
taires le

nom

de railroad

kings,

rois des chemins de

nos rois européens
pourtant pas mal.
La construction des lignes n'étant pas confiée à
des ingénieurs d'État, qui s'occupent surtout de mul­
tiplier les travaux d'art sans souci du rendement,
sont autrement simples et pratiques que les nôtres;
mais elles ne sont peut-être pas aussi solides et aussi
sûres. Pas de barrière, les ponts sont en bois, et l'on

fer. Ils sont rois et

de la

a

plus

finance, qui le

évité autant

sont

pu les tunnels. Aussi le kilo­
:100,000 francs en moyenne, tandis

qu'on

mètre revient-il à

rois que

a

que celui d'Europe coûte 400,000 francs et plus.
Autre anomalie. Les billets de chemins de fer

vendent

se

partout,
prix réduits souvent, quand la
concurrence s'en mêle; d'où certaines différences de
tarifs
nous

qui

tard
En

nous

révolteraient

révolterait bien

n'avoir
meur

à

plus

contre
ou

en

France. Mais

plus certainement,

ce

ce

qui

serait de

le

plaisir d'exhaler notre mauvaise hu­
l'État et l'Administration, en cas de re­

d'accident.

revanche, si les lignes
si la

sont construites

de

un

l'f�tat

peu

man­
responsabilité
que, les trains eux-mêmes offrent au public un confort.
et une organisation qui permet Je faire sans trop de

économiquement,

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

2ü(i

fatigue un voyage aussi long que celui que nous allons
entreprendre. De plus, on ne paye pas d'excédents de
bagages quel que soit le nombre de colis emportés. Le
prix du voyage est inférieur au prix d'Europe; il ne
que de 2 à .1, centimes par kilomètre.
de 10 à i2.

foüte

au

lieu

La locomotive chauffe. Elle est de la dimension de

plus

nos

grosses machines. A l'avant on trouve une
en forme de triangle de fer. C'est la

espèce de herse
charrue

qui est. destinée à balayer en chemin tous les
qui peuvent encombrer la voie: pierres, ar­
bres, b ulfa los humains même qui n'obéiront pas au
obstacles

,

tintement de la cloche du train

en marche. A pro­
pos, remarquez bien que cette cloche ne sonne jamais
qu'au moment où le train part. Fiez-vous plus à votre

montre
et n'est

qu'à ce bruit, qui en France
qu'un adieu en Amérique.

est

un

appel,

Mais voici que les mécaniciens et les chauffeurs
cal' ils vont
se dirigent vers la cage vi­
par paires
-

-

les abrite du vent, de la neige, de la pluie et
notre trajet comporte tous ces in­
poussière
convénients; montons dans une des quatre voitures
qui composent avec le fourgon à bagages le train:
trée

qui

de la

-

trois voitures ordinaires et

Quel train

mesquin!

un

dmwing

direz-vous?

room,

Attendez; chaque

wagon ou cm' mesure de iO à 15 mètres de long.
Portées sur six roues couplées placées à chaque extré­

voitures

peuvent ainsi franchir les
angles les plus brus­
et
ils
ne
ques;
manquent point.
Le train est parti. Promenons-nous de wagon en wa­
gon, en nous servant de la plate-forme qui les relie
mité,

ces

longues

courbes les

plus hardies et les

l'un à l'autre. Un couloir libre occupe le milieu des
wagons, entre deux

rangées de banquettes qui, le soir,

�FRANCISCO A NEW-YORK.

DE SAN
se

transforment

en

2(17

couchettes munies de tout

ce

qu'il

faut pour dormir. Le dl'awing l'oom n'a pas de ban­
quettes, mais des sièges il pivot que l'on peut placer
dans la direction que l'on veut. On ne paye qu'un
dollar de plus par jour pour s'y installer. Ces wa­

gons-salons sont une entorse donnée au génie démo-'
cratique des Américains qui, jusque-là, n'avaient
qu'une classe. Le plus souvent, aux trains disposés
le nôtre, est attaché

comme

un

dinning

room

; mais il

n'en est pas ainsi à tous les trains. Du reste, le. din­
ning 1'oom peut aussi bien être attaché au train à cer­
taines stations et détaché ensuite.

On

Lien que dans les meilleurs hôtels.
En quittant Oakland la voie longe le
cramento

çoit

débarque

un

cours

du Sa­

boat le

fel'I'Y

re­

de l'autre côté du

il Benicia. Le parcours d'Oakland à

capitale

de la

été, que

couché,
les

Porte-Costa où

tout entier et le

fleuve,
il

jusqu'à

y dine aussi

Californie,

nous

est peu

Sacramento,
accidenté, mais l'eut­

n'en eussions rien vu,

car

le soleil est

et dès 8 h.

banquettes

nous sommes

1/2, le steward a fait transformer
des wagons en couchettes où nous

étendus. Disons

cependant,

sur

la foi

des gens qui ont vu Sacramento, que la capitale
actuelle de la Californie est située au confluent de la
rivière de

ce

nom

et

de l'Amel'ican

Rive«; qu'elle

compte 21.,420 habitants; qu'elle est pourvue d'un

quartier chinois, d'un Capitole � c'est le nom améri­
cain des palais OÜ délibèrent représentants et séna­
teurs d'un ��tat quelconque d'Amérique; que, non
loin de la ville, dans la vallée d' Yosermite, se trouvent
les arbres les plus gros du nouveau monde, ces
fumeux Vellingtonia, dont on a jadis fort sottement
abattu quelques types, mais qui sont actuellement
protégés contre tout vandalisme pareil pal' une loi

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

268

spéciale, dans le genre de celle qui a assuré aux
veilles du Parc national une protection efficace.
Tandis que

nous

dormons, le train

commence

mer­

à

es­

calader les pentes de la Sierra Nevada, Nous ne ver­
rons pas les merveilles de ces gorges, le Blue Canon
ou

ravin bleu, ainsi nornmé

à

cause

de la teinte bleuâtre

que le soleil donne aux croupes boisées de la monta­
gne; mais ce' phénomène n'est pas rare en Suisse ou
même dans

Vosges. Nous passons également sous
premiers snow-sheds, tunnels de rudes charpentes
entre-croisées, imaginés pour protéger les trains contre
les avalanches des neiges perpétuelles. Ces sortes de
tunnels à claire-voie s'étendent parfois sur des cen­
taines de kilomètres et suivent des courbes qui attei­
gnent JUSqU'il 75 mètres de rayon.
Le point le plus dangereux de ce parcours se trouve
à Dormer-Pass, à 170 kilomètres de Sacramento. Là
le train contourne la montagne, suspendu, pour ainsi
dire, au-dessus d'un précipice de 600 pieds, olt croît
et s'enchevêtre une végétation dense, à travers la­
quelle apparaît par instants l'éclair blanc d'une eau
nos

les

torrentueuse.

Au sortir de

ces

gorges et de

ces

Carson'

montagnes,

nous

entrons par la vallée de
dans l'État de Ne­
vada, après avoir traversé le tunnel de Cisco. C'est à

cet endroit

qu'est érigée

la

pyramide

de

granit qui

marque le point où le tronçon de l'Ouest et de l'Est
ont été réunis en 18G9.
Le train côtoie maintenant l' Humboldt

dirigeant

le nord

River,

en se

pendant quelques milles; puis
il reprend avec la rivière la direction de l'Est jus­
qu'aux' Humboldt ranqers ; après quoi pendant une
demi-journée on longe le grand désert américain,
désert qui n'est pas toujours en plaine, mais qui
vers

�DE SAN FRANCISCO A NEW-YORK.

269

compte quelques chaines de montagnes à l'aspect tour­
menté. Là, il n'y a de stations que ùe 60 en 60 kilo­
mètres, et quelles stations! trois ou· quatre wagons
posés sur une voie de garage et qui servent de loge­
ment à des employés, dont la seule distraction est le
passage des trains, la chasse et l'arrivée d'un troupeau
de buffalos qui, parfois, les attaquent dans leurs abris.
Nous voici en vue des lacs de Mormons, ce lac
Eœcelsior, mer intérieure dont l'existence n'est pas
encore

expliquée

d'une

façon

bien satisfaisante .par la

science. Le lac est encadré de

ro'ches

à

larges assises,

revêtues d'un mica de sel

blanc; le sel fait croûte sur
ses bords. Il est situé à 3,800 pieds au-dessus du ni­
veau de la mer; sa longueur est de 70 milles, sa
largeur est de 35. Il reçoit les eaux d'une rivière, le
Jourdain, qui vient du petit lac d'Utah situé plus
bas, au sud. Les poissons meurent dans ses eaux,
qui contiennent en dissolution jusqu'à unquart de leur
poids de matière solide. Quatre îles sortent du lac; la

plus grande s'appelle Cuncli Island. Certains auteurs
ont prétendu que la densité des eaux de cette sorte
de mer morte est telle qu'on ne parvient point à y
couler bas. Il n'en faut rien croire, la vérité est que
se maintient à sa surface avec plus de facilité en­

l'on

core

qu'en

mer; et c'est tout.

visitons pas Salt lake City, bien que nous
le
temps d'y faire un arrêt de deux heures et
ayons
train
spécial chauffe à Ogden pour la cité des
qu'un
Nous

ne

saints. Nous
aux

ne pourrions guère voir
loges spacieuses et le temple à

bizarre.

Nous

ne

disserterons pas

que le théâtre
l'architecture

non

plus

sur

le

mormonisme, la pluralité des femmes, Briqham. Youn,q,

Smith,

etc. Le

puffisme

mélange de croyance biblique et de
qui distingue les Saints des der-

américain

�D'OCEANIE EN FRANCE.

270

niers

[our»

ainsi

-

s'appellent

entre

eux

les mormons,

de tout le monde, ainsi que leur préten­
tion de refaire un peuple de Dieu au milieu du nou­
est

-

connu

monde. Il est vrai de dire que, religion mise à
part, les mormons se sont conduits en bons agricul­
teurs. Le gouvernement américain, qui ne pêche ni
veau

par excès de confiance, ni par excès de délicatesse,
tous les gouvernements à principe absolu, a

comme

surveillé d'une

façon spéciale le mormo­
et parfois persécuté. Pour
le moment leur doctrine et leur propagande _ne pa­
raissent pas dangereuses et ils vivent en paix, avec
leurs épouses, spirituelles ou non.

toujours

nisme, l'a

souvent

Du reste,
est aussi

olt

nous

devons

l'es LeI'

six heures,

ville mormone, et son temple, le Taber­
peut contenir deux mille personnes, nous

une

nacle, qui
donnera

Ogden,

inquiété

une

de Salt lake

idée de

ce

que

City. Ogden

peut

est

le:

être celui

plus

vaste

chef-lieu du comté

de Weber. La ville est distante de 742 milles de Sa­
cramento et de

1,030 milles d'Omaha, posée au con­
Ogden River, dans une des
des
monts
Wahsatch.
Peu d'habitants, 7000 au
gorges
fluent de la

plus,

mais

Webe1' and

un

assez

grand

commerce.

C'est le véri­

table entrepôt de l'Utah.
En
monts
un

quittant Ogden, on commence �L franchir les
Wahsatch, au delà desquels nous entrons dans

nouvel

État,

celui de

W,'Ijoming.

C'est dans cette

du

trajet que les ingénieurs américains ont eu
partie
à vaincre les plus sérieux obstacles. Fidèles à leur
génie économique, ils
un seul tunnel, long il
ont

eu

se

sont contentés de

est vrai de 14

ils

à établir de nombreux ponceaux pour fran­

chir de nombreux rios, le Midd,'lj, le
trouvaient sur le chemin.

se

creuser

milles; mais

Green, etc., qui

�271

FRANCISCO A NEW-YORK.

DE SAN

Après avoir laissé

la station de Fort

suit la vallée de Bitter

Bridger,

d'où descendent

on

Crech,
l'État de Colorado, dans
la
ferrée
ne
voie
lequel
pénètre pas. Nous nous arrê­
teins à peine à Green River, et nous parvenons à Pan
Bridge, un des points les plus élevés de notre route
des

partie

eaux

(7524 pieds

arrosent

qui

au-dessus du niveau de la

chons à l'extrémité

une

septentrionale

des

mer). Nous tou­
Rocky Monlains

que domine le pic de Laramie que les morinons
avaient pris pour point de repère dans leur exode
vers la terre promise d'Utah.
Nous descendons maintenant dans la

ramie

par

ce

premier

rameau

des

plaine

Rocky

qu'on appelle les Collines Noires. Cette plaine,
géologues, était autrefois un lac; c'est une

des

verdure

de La­

Montains
au

dire

mer

de

la rivière porLant le même nom,
notable affluent de la North Plaue Rivel'. Un peu

qu'arrose

avant d'arriver à la station

plaine,
Creek

du

pic

et de la

qui porte

rivière,

le

nom

de la

franchit le Dack

on

viaduc de

charpente sommaire, simples
sur chevalets qui ne laissent
de
faire
frémir l'Européen, habitué à la belle
pas que
solidité de ses viaducs de fer ou de pierre. Cette sta­
tion est importante; elle possède les ateliers de la
ligne et un hospice pour les ouvriers.
sur un

traverses de bois montées

Le train remonte
mie à

Cheyenne,

de 8

millimètres

pente de 671.
qui donne une

une

ce

par

mètres. On

d'Évans (2520 mètres), ligne

de faîte

mètres de Lara­

rampe moyenne
traverse le co!

séparant les

eaux

du versant de l'Ouest de celles de l'Est, le bassin
du Pacifique de celui de l'Atlantique.

Cheyenne est la capitale de l'état de Wyoming.
langage américain la Magic City, à cause de la
rapidité de son développement, dû. en grande partie à
,

C'est en

�2ï2

U'QCEANIE

FRANCE.

EN

l'ouverture de la voie ferrée et à
de jonction de la

ligne de

sa

situation

Denver. Nous

à f382 milles de. San Francisco

au

sommes

point

arrivés

après trois jours

et

trois nuits de route.

partir de Cheyenne la voie se dirige suivant la
ligne frontière qui sépare l'état de Wyoming de celui
de Colorado jusqu'à Julesbourq, qui doit aussi son
A

existence à l'ouverture de la voie ferrée. On arrive à
Nortù Platte après avoir brûlé les stations de Big­
Sprinq, d'Ogalla, où vivaient autrefois les Sioux, d'Al­
kali ainsi nommée à
cences

de

cause

son

sol Mx efflores­

salines.
à North

C'est

Platte que les deux

branches

de

réunissent, toutes deux des­
cendant des Rocky Montains, mais l'une par l'f�tat de
Nebraska, l'autre par celui de Colorado.
la rivière de

se

ce nom

De North Platte à Omaha

d'Ehn Cree" et Plum

de

Creek,

signalons
Kearney,

les stations
où l'on voit

de nombreux troupeaux de buffalos, de Lone
solitaire), de Siloer Creek, de Colombus, où

errer

Trec (l'arbre

les Indiens Pauwnies arrêtaient

trains,

ce

qui

Fremonds du

manquait

nom

du fameux

ries, Diamonds,

etc.

Le décret du

point

de

jadis les premiers
pittoresque, de
explorateur de ces prai­
pas de

ne

départ

président Lincoln
du grand chemin

relier les deux océans

a

fixant à Omaha le
de fer

déterminé

qui devait
l'importance de

cette ville. Elle n'avait que 3,000 habitants, elle en a
60,000 à présent. Le Missouri, qui la baigne, y amène
de nombreux voyageurs, On y rencontre beaucoup

d'Indiens.

Le.

commerce

est

important,

les hôtels

confortables et de belles dimensions. Le the Millard
200

chambres,

plus grandes

des salles de

bain,

villes américaines.

a

tout le confort des

On y trouve

une

�Chutes d:

Niagara.

18

�DE SAN

académie de

maçonnique

275

FRANCISCO A NEW-YORK.

musique,

un

opéra, voire

même

une

loge

1

C'est à Omaha que le chemin de fer du Pacifique
se termine. Pour nous rendre à New­

proprement dit
YOrk

nous avons

le

choix de deux voies, celle qui

passe à Saint-Louis et celle qui remonte
toucher à Chicago. Il n'est pas permis

au

nord pour

d'hésiter,

on

n'a pas vu l'Amérique si on n'a pas vu Chicago.
Mais avant de laisser Omaha nous ne pouvons ré­
sisl.er à la curiosité d'aller voir de près les Sioux,
ces héros à mocassins brodés et au chef empenné que

Cooper
ces

a

peints

d'un trait si vif. Or,

farouches ennemis des visages

dans l 'herbe et faisaient
chevelures des

trappeurs

à

quoi
pâles, qui rampaient
savez-vous

guerre si acharnée aux
occupent leur décadence?

une

palais en blé, vous entendez bien,
chaumes, tiges, épis. L'invention est bizarre,

A construire des
en

blé:

l'exécution n'est. pas sans grâce. Nous avons vu ce
fragile chef-d'œuvre à Yowa, et il nous a fort intéressé
malgré son existence sans doute éphémère.
Le Railroad baptisé

Chicago Rock island road compte
cinquantaine de stations.
Chicago
Grande rapidité. Après avoir traversé le Missouri,
nous entrons dans l'État d'Yowa, où en 1747 il Y eut
un essai de colonisation française. Laissant de côté
la capitale du Yowa qui a un nom français et singu­
lier: Des-Moines (32,469 habitants), nous traversons
le Mississipi au-dessus de Davenport et Rock Island,
d'Omaha à

et

au

une

bout de douze heures

nous

sommes

arrivés à

Chicago.
prodige parmi les villes prodiges d'A­
peine figée. d'un demi-siècle, elle compte
700,000 habitants. Son commerce, qu'on estime à plus
de 5 milliards pal' an, la place au quatrième ou au cine
C'est la ville

mérique.

A

�D'OCÉANIE

276

Dl

FRANCE,

quième rang des grands marchés du globe, Londres,
New York, Paris, Liverpool sont les seules places qui
puissent le disputer à cette jeune rivale qui espère
bien prendre, et avant peu, le premier rang,
La position de cette ville est pour beaucoup dans
ce développement vertigineux, Placée sur la rive sud­
ouest du lac Michigan, elle communique par les
Grands Lacs, le canal Velland et le Saint-Laurent avec
Canada; par le canal Érié et l'Hudson

Montréal et le
avec

New York. Le canal d'Illinois la fait communi­

quer

avec

le

De nombreux chemins de fer

Mississipi.

toutes les villes impor­
États-Unis. C'est le plus grand marché de
bétail et de grain des deux mondes.
Ce qui frappe d'abord en s'approchant de Chicago,

assurent

ses

relations

avec

tantes des

multiplicité des voies ferrées.
parallèlement sur une longueur

c'est la

Huit

rent

de

toutes sillonnées de trains de voyageurs et

lomètres,
de

,

plus

lignes cou­
plusieurs ki­

nombreux trains de

marchandises,

aux wa­

gons de toutès couleurs: bleus, blancs, jaunes, verts,
bruns, chargés de blés, de bétail, de houille. On y
distingue des wagons glacières pour le beurre et la

viande fraîche, et les wagons réservoirs pour le pé­
trole et les

bestiaux

liquides.

jardins d'agréments, ses parcs il
(stock yards), occupe une superficie plus con­

Chicago

avec ses

sidérable que n'est celle de Paris, 1.00 kilomètres car­
toujours la ville américaine avec ses

rés environ. C'est

aven ues

rectilignes,

ses

blocks uniformément

cons­

truits, de merveilleux hôtels, le grand Pacifie Hotel, le
Palmer's Bouse, qui compte 750 chambres, des monu­
ments de vastes dimensions,

Bouse and Post

Office, qui

a

,Notons le New Custom

de faux airs de l'hôtel de

ville de Paris, le New Court House et le

City Hall,

dont

�DE SAN FRANCISCO A NEW-YORK.

l'architecture est
des

rues

stl eet où

plus compliquée

brillantes

tramuunj«

et

2i7

plus élégante;

Madison street et State

comme

et

buggys se pressent et où s'agite
flegmatique.
Chicago n'est pas là. Elle est dans

affairée et

population
L'originalité de

une

cette activité commerciale dont les trains nombreux
nom;

des faces et que l'aspect du lac
nombreux navires, ses élécateurs :
constructions en ·bois, servant à emma­

ont montré

une

complétera,
gigantesques
gasiner les grains

avec ses

et à les déverser dans les trains

ou

les navires, et surtout dans ses stocks Ya?'ds.
Ces parcs constituent une ville dans la ville. Ils

occupent une superficie de

HO

hectares,

renfermés 300 étables et

un

nombre

OÜ

se

trouvent

considérable

planches. Un système ingénieux de bar­
communiquer chaque étable avec
les quais d'embarquement des différentes voies, qui
toutes s'embranchent vers les stocks yards. Rien n'est

d'enclos

en

rières mobiles fait

curieux

comme

peaux et

aux

d'assister iL

transactions

ces

mouvements de trou­

qui s'opèrent

dans

ce

vaste

par tête, mais par troupeau, de voir peser,
par exemple, un troupeau sur le plateau d'une bas­
cule qui. peut porter 40 bœufs d'un seul coup.

marché,

non

Ces parcs peuvent loger 25,000 bœufs, 100,000 porcs,
moutons et f,200 chevaux. Ils comprennent en

22,000
outre

un

hôtel, deux banques

ciale de 5,500 habitants.
Si l'on a les nerfs solides,

et

une

population spé-:

.

qui

vous

permettent de

du sang, d'entendre les
cris déchirants des bètes tuées, il faut entrer dans un

supporter l'odeur

et la

vue

vingt packing liouses ou abattoirs, dépendant des
stock-uards, C'est admirable au moins comme rapidité.
Voici comment on procède pour l'animal favori, le
des

féal compagnon du

plus

tenlé des

saints, celui que le

�D'OCÉANIE

278

gourmand Monselet
pelé cher ange »,

dans

EN

FRANCE.

un

accès de

lyrisme

a

ap­

«

Planté

milieu 'd'un

troupeau grouillant de ces
grognants animaux qui, là-bas, portent
robe et soies noires, un solide gaillard chaussé de
fortes hottes en empoigne un par la patte, enroule
cette patte à une corde qui, au moyen d'une poulie,
enlève la hurlante victime. Cette poulie, suivant Ull
rail aérien, fait passer l'animal suspendu devant un
autre gaillard qui lui plonge un couteau dans la
au

intéressants et

gorge. Un troisième ouvrier détache la bête morte et
lui fait piquer littéralement une tête dans un réser­
voir d'eau chaude. Elle
dans

décapitée, placée
laminoirs qui rasent
chée et s'en
bres où la

minutes

va

en

une

sort pour être vidée et
machine munie de trois

les soies. Puis la bête est

par air

température

encore

raccro­

dans de vastes cham­

est maintenue à 0°. En dix

est faite et

l'opération
parfaite.
procède autrement pour les bêtes à cornes, moins
faciles à prendre par la patte. On les fait entrer huit
par huit dans des cages en bois placées à certaine
distance d'une passerelle où se promène un gentle­
On

man

muni d'un riffle, qui les abat dextrement. Puis
poulies et des machines spéciales reprend

le rôle des
comme

Si

ce

pour le compagnon de saint Antoine.
spectacle vous a produit l'effet qu'il

produit, un vif sentiment
buggy et remettez-vous

nous

a

de

dégoût, sortez, prenez un
le cœur et l'esprit en faisant
le tour d'un des nombreux parcs qui entourent la
ville, ou faites-vous raconter le dramatique incendie
de 1871, qui. détruisit �5,OOO maisons, dura cinq
jours sans interruption et lalssa des ruines qui fuinè­
rent pendant deux mois, causant une perte de près
d'un milliard et où deux cents personnes trouvèrenL

�DE SAN

279

FRANCISCO A NEW-YORK.

la mort. Ce qui est effrayant à penser est que cette ca­
tastrophe d'une envergure tout américaine a eu la
cause la plus minime, une lampe à pétrole, renversée
par

une

une

venue pour traire sa vache dans
étable. Petite cause, terribles effets.

vieille femme

toute

petite

Mais en Amérique le mouvement ne s'arrête pas pour
si peu. Sur les ruines encore fumantes, commerçants
et industriels commencèrent par établir des baraque­
ments, pour reprendre leurs affaires.. Un an après on
rebâtissait

partout. Aujourd'hui toutes traces de ce
dramatique événement ont disparu.
De Chicago on peut aller directement à New-York,
mais

on ne le fait jamais. Ne faut-il pas contempler la
neuvième merveille du monde; les chutes du Niagara?
La ligne dite lac Erié and New- York rail-roud nous

conduira

vers ce

phénomène naturel,

en nous

du lac

faisant

Érié,

connaître les bords du lac

Michigan,

lac Ontario et les rives de

l'Hudson, aspects pittores­

ques, paysages
admirables:

De

ravissants,

eaux

du

nombreuses et gorges

longeons d'abord l'extrémité mé­
Michigan, puis nous le quittons pour
Cleveland à travers les États d'Indiana et
Cleveland est à douze heures de Chicago, nous

Chicago

nous

ridionale du lac

gagner
d'Ohio.

y arrivons

après avoir brûlé Tolédo, ville de 50,000 ha­

le lac Érié, point de jonction entre les
lignes ferrées qui remontent par Détroit vers les lacs
Érié, Ontario, le Sâint-Laurent, Montréal et Québec.
Cleveland est une des plus jolies villes des États­
Unis. Établie sur une hau teur à l'endroit où la rivière
Cuyahoga vient se jeter dans le lac Érié, elle doit aux
nombreuses plantations d'arbres qui ombragent ses

bitants,

sur

,

rues

City

squares, à ses parcs délicieux, le nom de
Forest, C'est en quelque sorte la maison de camet

ses

�D'OCltANIE EN FRANCE.

280

pagne, le lieu de villégiature des habitants de New­
York et de Boston; car on ne recule pas en Amérique
ou deux de voyage pour aller respirer
pur. L'avenue d'Euclides est à visiter, et le
parc où est érigée la statue du commodore Perry tué
au combat du lac Érié. A voir aussi le viaduc de

devant
un

air

un

jour

plus

3,2H pieds de long et qui a coùté 1.1 millions de
francs (en Amérique on ne saurait négliger les chif­
fres, qui disent tout). Le président Garfield, qui fut
assassiné dans une gare de chemin de fer, possédait à
Cleveland, sa ville natale, une délicieuse propriété. Le
élément d'intérêt et d'agrément qui n'est
plus à laisser de côté. C'est une véritable
mer où J'on peut faire des voyages de huit à dix jours
sur des navires qui pourraient affronter les lames de
l'Océan et qui ont souvent à subir des tempêtes tout
aussi dahgereuses. Beaux hôtels comme toujours, the
Hollanden, le Kennard House ; on y peut vivre à l'Ame­
lac est

pas

un

non

rican

comme

à

l'European plan.

Il faut huit heures de Cleveland à

Buffalo. La voie
jolie que
Cleveland et qui fait un grand commerce de grains.
Hauteurs boisées, parcs bien aménagés, jolies rési­
dences, pont splendide sur le Niagam street River. Il est
côtoie le lac

Érié,

Buffalo est

une

ville aussi

vrai que celui-ci n'a conté que la misérable somme
de 8 millions. A la station de Chipewa beaucoup
d'Indiens peaux rouges, très décoratifs
de dignité calme.
De Buffalo à
res

Niagara

Station

on a encore

de chemin de fer. Un omnibus

gare et vous conduit ft

Prospect house,

la rive canadienne

traversant le

Il

en

neige, ce qui rend plus
qui nous attend.

avec

curieux

vous

leur air

deux heu­

prend

à la

l'hôtel situé

sur

pont du Niagara.

encore

le

spectacle

�DE SAN

�'RANCISCO A NEW-YORK.

281

Quelle
l'impression que produisent
les chutes d'eau si vantées? Nous voulons tâcher de
est

en

réalité

l'établir, non seulement en faisant appel à nos propres
émotions, mais en cherchant à dégager celle qui est
au fond de l'esprit des
voyageurs que nous avons con­
nus

ou

lus.

Cette

diffère évidemment suivant les

impression

natures. Les gens à imagination vive, les artistes
il faut le dire
commencent par ressentir une sorte de
-

-

déception, soit qu'ils aient trop escompté
promis, soient qu'ils soient une nature plus
contenter que les

le

plaisir

difficile à

autres; mais ils

ne sont pas depuis
spectacle,
que cette première
quelque temps
impression s'efface et qu'ils finissent par ressentir
l'émotion mêlée d'admiration et de crainte qui a saisi
t.out de suite les cerveaux plus rassis et moins difficiles,
surtout s'ils contemplent d'abord la spectacle de la

devant

ce

rive canadienne.
Les chutes du
les

eaux

Érié

du lac

par le

sépare

ces

Niagara

Niagara
eaux

l'américaine.

sont

Ontario, qui
en

on le sait, par
déversent dans le lac

formées,

se

River. Un rocher, le Goat Island,
deux chutes, la canadienne et

première a la forme d'un demi­
plus grande étendue (600 mètres
environ), mais elle est plus basse; la seconde n'a que
300 mètres, mais elle est plus élevée (50 mètres). Le
cercle; elle

La

est d'une

volume d'eau débité est de 90 millions de mètres
bes par heure.
Laissons de côté les chiffres et les
trui et

revenons

raude tombe

bruit assourdissant bien que la
paroi de rocher de la coupure et

avec un

glace qui tapisse
sa

d'au­

à la nôtre. La lame d'eau vert éme­

la

les bords de la rivière lui

partie de

impressions

cu­

sonorité.

enlèvent,

Les

nous

dit-on,

une

rives blanches laissent

�D'OCÉANIE

282

EN

FRANGE.

émerger de la neige glacée, ici et là, quelques feuil­
lages persistants d'un vert sombre, les grêles silhouettes
des arbres dénudés

qui ceignent en été d'une verdure
rapides et les tourbillons.

toujours fraiche et vivace les

Le spectacle que nous en avons n'en est pas moins
merveilleux pour être privé de l'accompagnement de
cette verdure. Le soleil, qui se joue sur l'eau et les

glaces, y accroche des pierreries par milliers, y fait
naître des lueurs d'arc-en-ciel, Et l'on demeure ébloui,
assourdi, annihilé devant ces couleurs, cette force.
C'est un vertige spécial soit qu'on regarde le spectacle
de la rive, soit qu'on s'avance jusqu'au pied de la
chute. Mais si on veut en percevoir tout l'effet, en
sentir toute

la

suspendu jeté
pont, qui

a

plus

Nous

».

par

un

des

gagner le pont
au-dessus de la rivière. Ce

merveilleux des observatoires.

un

pas descendu
sous

escalier de 120

sous

la chute. C'est

paye pour dire
la chute canadienne

plaisir qu'on

La descente

été

aller à l'He

faut

rapides,

pieds
pieds de long et dont les câbles sont
tours de granit de 100 pieds de haut,

ne sommes

pourtant

il

les

à 160

1218

attachés à deux
est le

grandeur,

ou, remontant

Cèdres,

se

marches,

et

sous

«

j'y

ai

s'opère

l'américaine

par un descenseur. La première ne coûte qu'un dollar,
la seconde deux; ces diables d'Américains veulent

toujours
sourdi,
manque
Il

avoir le dessus. On est mouillé, aveuglé,
voit rien; mais aucun Anglo-Saxon

on ne

as­

ne

.

ce

petit régal.

pas que les chutes à visiter il, Niagara Falls,
mais encore les Wirhlpol rapides où l'intrépide na­

n'y

a

capitaineWebb fut noyé. Ces rapides sont ef­
frayants, Quels houillonnements, quelles furieuses
vagues! On voit le pauvre humain lutter en vain et
brisé, rompu, disparaître jusqu'à ce que le fleuve, à
geur

�ilE SAN

l'on

FRANCISr.o A NEW-YORK.

2R:l

de

qui
peut s'empêcher
prêter une individua­
lité, rejette dédaigneusement sa victime vaincue et
ne

inerte.
Nous

nous

arrachons

avec

peine

à

ce

spectacle

for­

midable,
l'eau, les glaces, les rochers se disputent
une admiration sans cesse renouvelée. Il est vrai que,
où

le charme rompu, on est heureux d'être délivré de
cette terrible admiration, qui vous rapetisse singu­
lièrement. Les oreilles
le train

qui

vous

vous en

emporte

à

bruissent

Rochester,

encore

dans

OÜ la rivière de

jette dans le lac l&lt;:rié par une chute de
!JB pieds, qu'on ignore ou dédaigne à cause de son
puissant voisinage, et qui est utilisée comme force
Grenade

se

motrice. Les

chutes,

comme

les hommes et les livres,

ont leur destinée.

Nous brûlons

Horneville, Susequannah sur la rivière

du même nom; nous passons sans les voir devant vingt
endroits pittoresques. L'esprit comme les yeux de­

mandentgràce, etl'on est presque content de retrouver
plaine, les usines autour d'Albany. On fait à peine
attention aux viaducs hardis qui se succèdent, à
l'Hudson, qui est pourtant une large et belle rivière;

la

on a

hâte d'arriver à la gare

terminus,

où

nous

attend

ferry boat qui nous mettra à New-York ; New-York,
qui nous semble le port après ce tour du monde, New­
York, qui est maintenant à une semaiiJede Paris. Et
qu'est-ce qu'une semaine?

le

�284

D'OCEANIE

EN

FRANCE.

CHAPITRE Xl
DE NEW-YORK AU HAVRE

New- York.

Post-Office.
La rade.

tique

la

Le

-

-

quinzième étage.

-

-

Madison-Square.

-

L'Elovated Railroad.

Le palais
Champagne.

(3130 MILLES).

-

Le

du New-York Herald
Le uiater-ballast,

-

pont
.

de

-

Le

Brooklyn.

Le transatlan­

Chez

nous.

après avoir visité San
Chicago, l'impression ne saurait être
aussi vive que pour celui qui, débarquant d'Europe,
apporte un étonnement fout frais et contemple tout
d'abord la rade si animée, et voit surgir la statue de
Bartholdi, œuvre d'art pratique, qui n'est pas déplacée
dans la ville de l'industrie triomphante. Il reste néan­
moins beaucoup à admirer dans cette rade sillonnée
par des corvettes légères iL quatre mâts, par ces
fe1'ry boats, maisons flottantes à plusieurs étages,
éblouissantes de peinture blanche, surmontées de
l'énorme balancier qui met en mouvement leurs
roues immenses, et surtout ce pont de Brooklyn, triom­
phe de la précision de l'art de l'ingénieur qui, au­
dessus d'un vrai bras de mer, l'East Ruer, ne mesu­
rant.pas moins d'un kilomètre, jette sur deux piles
de maçonnerie un réseau de câbles qui semblent des
fils, grâce à leur élévation et qui laissent passer les
bâtiments du plus fort tonnage.
Il est vrai qu'en revanche on regarde avec quel­
que lassitude les vastes rues, les nombreux poteaux
Pour

qui

arrive à New-York,

Francisco et

�285

NEW-YORK.

télégraphiques, pas toujours très droits, qui
quelques rues, Broadway par exemple, forment

dans
deux

rangs et portent quatre cents fils, dont l'entre-croise­
ment, là. où les rues coupent les avenues, ont l'air de

dessiner
un

peu

sur

le ciel les barreaux d'une cage. On a
ces blacks de maisons, ces CaI'S,

partout

hôtels; mais

ce

qu'on

n'a pas

vu

encore,

ce

vu
ces

sont des

maisons si hautes.

L'EmpÏ1'e City_,

la ville maitresse des

États-Unis,

surpasse en effet toutes les autres par la prodigieuse
hauteur de ses édifices. La cherté du terrain et, sans

doute, quelque excentricité naturelle les poussant,
peu naïfs de ce pays, olt tout
semblent
s'être donné le mot pour
naye,

les

propriétaires

se mon­

ajouter

étages sur étages. Neuf, dix, douze, quinze, oui, quinze
étages au besoin, portent les constructions jusqu'à
55 mètres du sol, près du triple de la hauteur régle­
mentaire de nos maisons qui est fixée chez nous
à 20 mètres

maximum. De nombreux

au

il est

ascenseurs

telle élévation offre

vrai,
qu'une
N'importe, la municipalité a dû. s'émouvoir
de cette progression effrayante. Mais comment en
pays de liberté limiter le droit de construire plus
haut, toujours plus haut (excelsior)? On a dû. pren­
dre un biais. On parle d'un règlement qui fixerait
une hauteur maxima sous le prétexte, assez plausible
du reste, que les pompes ne pourraient arriver à
combattre les flammes apparaissant à des hauteurs

corrigent,

ce

d'excessif.

aussi considérables. C'est surtout dans la ville basse

qu'on remarque

ces

maisons monumentales.

New-Y01'k est bâtie

sul' une

étroite

presqu'He qui

s'avance comme un doigt indicateur entre l'Hudson
et l'East RÙJel'. La ville basse est à l'extrémité du

doigt,

la ville

haute, plus moderne, plus régulière-

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

280'

ment, trop régulièrement bâtie, s'étend
la main. Les
à la

dirigent
presqu'He.

avenues se

longueur

de la

toutes

à la base de

parallèlement

Elles sont numéro­

tées de 1 à 41 et

coupées transversalement par

cinquante

Une seule

rues.

rue

diagonale,

cent

Broad­

way.
Madison square se trouve au centre du beau New­
York, à l'intersection de Broadway et de la cinquième
avenue.

C'est là que les rois des chemins de fer, les
ont dressé leurs tentes. Ce sont

archi-millionnaires,
à vrai dire des

palais, plutôt riches qu'élégants, plu­
somptueux que variés et ressemblant assez bien
à nos grands bazars, nos Bon-Idarché, nos Prin­
temps. C'est là que l'on l'encontre aussi les grands
hôtels, l'Hoffmann House, où l'on YOUS conduit tout de
suite pour contempler des nymphes et des satyres
signés Bouguereau : nymphes blanches, satyres café
tôt

au lait suivant la formule du peintre dont toute la
place nous parait indiquée dans le bar qui le montre
orgueilleusement. Oh! on a bien traité cette enseigne
coûteuse; le tableau est placé sous un dais de soie
et de peluche vieil or. Un Saint Sébastien du Corrège
s'y trouve également sous un dais encore plus étin­
celant. On y remarque encore quelques statues, des
armes; et cela fait un singulier effet, ce musée à côté

de l'immense
blanc
sons

comme

bar ovale où des garçons, vêtus de
pâtissiers vous préparent vingt bois­

des

variées à la

donnent

glace

et très

Américains

pimentées,

ces

estomac si

boissons

déplorable
d'énergie.
A deux pas .de l'Hoffmann Bouse, est le café de
Brunswick, vulgairement lJelmonico, bien que Delme­
nico, le Brébant de là-bas, se soit retiré avec une ving­
taine de millions, petite fortune à New-York. Il est
qui
et peut-être

aux

tant

un

�·28i

NEW-YORK.

vrai

qu'il

rien

sans

a

laissé

son

à

nom

l'entreprise,

pas pour

doute.

Les monuments à. visiter à New-York sont d'abord

la Bourse de commerce, Pro duce Exchange. Construite
en briques rouges et surmontée d'une tour d'où l'on
découvre toute la ville et la
et

changeant qu'on

ne

se

rade, panorama vivant
lasse pas de contempler,
modique de 36 millions de

elle n'a coûté que la somme
francs. C'est peu quand on songe que le
bany, capitale de l'}&lt;�tat de New-York,

Capitole

d'Al­

coûté

déjà

a

près de 100 millions et que les comptes ne sont pas
entièrement apurés. Les démocraties comme les mo­
narchies aiment à faire

grand

en

matière 'de bâti­

qui prouve que le gouvernement à bon mar­
ché est encore à trouver. Il faut dire que ces travaux

ments

: ce

profitent à beaucoup de
a été grand lorsque l'on

gens aussi et que le scandale
a publié les comptes de ces

bâtiments.
Un autre monument à
Il occupe

au

triangulaire.

centre

visiter, c'est

de la ville

D'un côté

le Post

basse

un

office.
espace

sorte de

petit parc, par
dépêches. A l'intérieur
un large vestibule dout une paroi est occupée par
de petites boîtes
5,000 dit-on,
plusieurs milliers,
numérotées où les employés déposent la correspon­
dance de tel ou tel abonné qui, muni d'une clef spé­
ciale, peut venir la prendre lui-même sans attendre:
précieuse innovation pour les gens d'affaires. La ga­
lanterie américaine s'est signalée aussi en établissant
un
guichet spécial poste restante pour le beau sexe.
où arrivent les

une

fourgons
-

de

-

poste nous allons examiner de près
Railroad, le chemin de fer métropolitain de

Au sortir de la

l'E levated
New-York.
Les

Anglais

ayant fait leur métropolitain sous terre,

�D'OCÉANIE

288

EN

FRANCE.

les Yankees devaient naturellement chercher autre

chose. Ils l'ont

perché

en

rail' à la hauteur d'un beau

premier étage.
Sur une colonne isolée, s'évasant au sommet, sont
posés des longerons en porte-à-faux qui courent
d'une colonne à l'autre. Sur
cées des traverses

trains, qui

se

en

bois où

ces

longerons

on a

sont

pla­

fixé les l'ails. Les

composent d'une locomotive

et de deux

trois cars, semblables aux cars des trains ordi­
naires, courent à grande vitesse sur cette claire-voie,

ou

passant brusquement d'une rue à une avenue se cou­
pant à angle droit, par un système d'articulation spé­
cial. Il est très amusant de se sentir ainsi pivoter et
de passer devant les voitures qui vous suivent. Autre
sensation spéciale, c'est d'être parfois si près des mai­
sons qu'on pourrait se tendre la main d'un wagon à
une fenêtre, si la vitesse le permettait.
Le prix du parcours est uniformément fixé à
10 cents (50 centimes) excepté le matin et le soir,
où le prix descend à 5 cents (25 centimes). On prend
son
en

ticket à

des

une

300 mètres. Le

stations qui

personnel

se

trouvent de 300

de la station

se

compose

employés, le vendeur cie billets et celui qui
les fait jeter dans une boite en verre placée sur le
quai d'embarquement et qui manœuvre un levier
destiné à oblitérer et couper les billets ainsi jetés.
Ce moyen de contrôle très simple est suffisamment
efficace; nous l'emploierons sans doute dans un siècle
quand les Américains en auront trouvé un plus
cie deux

...

simple.
Voici

quelques

chiffres à propos des Eleuated. Il y

quatre lignes qui desservent la ville dans toute sa
longueur;" toutes partent du point de la ville basse
appelée la Batterie et vont jusqu'à la 150· rue, en
a

�19

�NEW-YORK.

empruntantles2°, 3e,

6e et 9°

est de 23 kilomètres à deux

séparées. Il

tôt

a

avenues.

Le réseau entier

voies, tantôt réunies, tan­

coûté 23 millions de dollars d'éta­

blissement. Le bénéfice
et

291

obligations porté

brut,

pour

un

à 47 millions de

capital

actions

dollars, est de

7 millions environ. Le bénéfice net est de 3 millions.

On

annuellement 4.00 millions de voyageurs.
Brooklyn, le faubourg de

compte

On vient de construire à

nouvel Elevetad qui mesurera 20 kilo­
pont sur l'East Rivel' réunit maintenant
ces deux villes qui autrefois ne communiquaient que
par Ferrsj-boats, et voyaient leurs communications in­
terrompues par les glaces.
Dirigeons-nous vers ce pont; qui, de loin, nous a
paru majestueux, mais qui, vu de près, est colossal
avec son tablier légèrement arqué et ses câbles pen­

New-York,

un

mètres. Le

dants
La

en

chainettes.

totale y compris les rampes d'accès
mètres. La travée centrale entre les deux

longueur

est de

1.,826

piles de maçonnerie a 486 mètres; chaque travée latë­
rale,284 mètres. La hauteur de ces piles est de 83 mè­
tres au-dessus du niveau des plus hautes eaux, lais­
sant entre le tablier du pont et l'eau 45 mètres, dis­
tance suffisante pour le passage des plus hauts navi­
res.

Quant

aux

càbles ils mesurent 1.,090 mètres. Ils

composent de fils d'acier galvanisés au nombre
de 5,000, engainés d'une enveloppe continue formée
se

de fils d'acier roulés
Ce

pont

en

monstrueux

la direction de

spirale.
a

été commencé

l'ingénieur

réussi la construction du

:1.869,

sous

pont

choisi pour avoir
jeté sur le Niagara.

bagatelle de 80 millions de
francs, soit le triple du devis primitif. Les ingénieurs
de tous les pays se ressemblent sur ce point.
Fini

en

:1.883, il

en

Bœbling,

a

coûté la

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

292

Laissons de côté

sur

les chiffres, si

éloquents qu'ils

'en

telles matières et traversons le pont à pied,
la voie des piétons, qui est une des cinq voies

soient

qu'il comporte,
les deux autres

deux
aux

étant réservées

chemins de fer.

sant que ce pont n'est pas
deuxième du monde comme

Montréal

le

sur

aux

(Disons

CaI'S

et

en

pas­
mais le

le premier,
importance.

Celui de

Saint-Laurent occupe le

premier

rang. Il s'élève sur vingt-cinq arches, vingt-quaLre de
78 mètres d'ouverture et la vingt-cinquième du cen­

mètres; il

tre de 1.08

mesure

2,637

mètres de

long.)

Mais s'il est le deuxième pour la longueur, il n'est pas
moins merveilleux d'exécution que le pont de Mon­
tréal et la vue qu'on a lorsqu'on le traverse est

magnifique.
rade, là la ville, là Brookbjn, l'embouchure
l'Hudson, les avenues, les tours, les clochers, les
belvédères, de hautes maisons; et tout cela s'étendant
à perte de vue. On ne se lasserait pas non plus de voir
arriver, toutes voiles déployées, les vaisseaux qui
Ici la

de

semblent

de leurs matures, jusqu'à ce
rapetissés sous ses hautes arches.

vous menacer

qu'ils disparaissent

Mais le froid est intense, le vent souffle et fait gémir
et frémir le tablier; il faut quitter ce haut observa­

Brooklyn nous attend avec ses 500,000 habi­
n'y trouverons, il est vrai, rien de bien
nouveau. Avenues, blocks, cars, tout y est 'pareil à
toire.

tants. Nous

ce

que

nous

avons

vu

dans la. ville.. Il faut faire

Prospect Park, d'où New-York nous
apparaît sous un nouvel et grandiose aspect. Nous
rentrons en feT'1'y-boat, tandis que le soleil se couche
dans les vapeurs froides d'un beau jour d'hiver.
Une dernière journée à New-York, une dernière
flânerie à Broadway, une dernière visite à l'hôtel de
exception

pour

�293

NEW-YORK.

la

poste,

qui

vous

milieu d'une foule

au

heurte

affairée et

mais

méthodiquement,

ne

calme

s'étonne

pas d'être heurtée. Mais qu'est devenue la légende
du Yankee à la lèvre rase et à la barhe d'Auvergnat.
Nous n'en rencontrons pas trois. Les jeunes gens, les
hommes faits, portent la barbe « nature » ou la

moustache à la

française.

Nous

portons bien les vête­

menls de coupe et d'étoffe

à Paris!

Nous

de Babel

au

sommes revenus aux

anglo-saxonne
temps de la Tour

moins pour la mode.

A vaut de

partir

nous nous sommes

moment devant le

palais

arrêtés

un

bon

de marbre du Neui-York­

Herald, véritable monument, qui

nous

amène à

com­

parer mentalement les journaux américains' avec nos
feuilles françaises. Ce roi des journaux de tous les pays

comprend

seize pages

imprimées

caractères nets mais serrés et

dix centimes! Pour

ce

prix

sur

huit colonnes

en

vend que 2 cents,
il offre hebdomadairement
ne se

supplément des plus variés, destiné
au
sexe
faible qui, du reste, est le sexe
spécialement
fort en Amérique et contenant nooels, vers, jeux et
distractions variées. Mais ce qui confond notre esprit,
c'est la façon dont le reportage est compris et orga­
à ses lecteurs

un

système des correspondants étendu. Pas de
ne compte un représen­
et
se souvient encore du
1
On
tant,
quel représentant
fit
J.
Gordon
en
Bennet,
coup que
envoyant à Stanley
un simple télégramme pour le prier de retrouver le
pasteur explorateur Livingstone, perdu dans l'Afrique
centrale, et le retrouvant à grands frais. En ce
nisé et le

ville où le Neto-York-Herald

moment,

ce

roi du

pour le service de

tique spécial.

papier imprimé fait construire
journal un câble transatlan­

son

C'est pour le coup que les Américains

seront assurés de connattre les nouvelles

d'Europe

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

294

avant nous, avant même

Nos lecteurs
heures du

se

qu'elles

ne

soient

m·l'wees.

récrient. Ils ont tort. Il est

matin à New-York

Paris; le méridien retarde donc

sept

quand il est midi à
de cinq heures. Par

conséquent les dépêches reçues le matin peuvent être
lues à huit heures par l'Américain et libellées ainsi:
Paris, neuf heures, tel crime a été commis, tel événe­
ment est arrivé. Et la

n'est pas vraie. Ils

réciproque

ont tout pour eux, ces Américains!
Nous avons réglé notre dépense, nos

sent dans les flancs de la

bagages

Champagne qui est,

repo­
la

avec

Bourqoqne, un des deux derniers navires lancés par la
Compagnie Transatlantique, qui ne cesse de perfec­
tionner

flotte. Nous mettons le

sa

pied

sur ce

beau

nouvelles constructions navales, elle
spécimen
vient de s'ébranler le long du pier où elle est encas­
de

trée dans

nos

une

sorte de box

ou

pour multiplier
longueur
Un remorqueur spécial l'amène

navire

et

cale humide

des

la

imaginée

de l'Hudson,
rade où bientôt le

quais

en

marcher à

sa propre va­
élégant
La
nuit
le
de
New-York
s'efface
vient,
peur.
panorama
à nos yeux. Du reste, le temps est froid et la salle à

rapide

manger

fais

nous

avec

d'eau

va

appelle. Nous allons dîner au plan [ran­
plats, de vrais vins, et plus de lait ni

de vrais

glacée.

retrouvons

C'est

nos

avec un

sensible

plaisir

que

nous

habitudes.

à manger de la Cham­
fraîches décorations que la lumière
fait ressortir! Le navire, du reste, est entiè­

Quelle merveille que la salle
pagne,

avec ses

électrique

rement éclairé par ü50 lampes à incandescence.
Contrairement au plan suivi dans les premiers pa­
le salon salle à manger des
quebots de la

Compagnie,

premières
.

un

a

peu avant

à

reporté de l'arrière l'avant, et placé
le milieu du navire, à l'endroit précis où

été

�DE NEW-YORK AU HAVRE.

le

tangage

de

long

se

295

fait moins sentir. Ce salon

largeur égale.

sur une

a

1.5 mètres

Une vaste claire-voie

débouchant dans le salon de conversation situé

au­

l'éclaire, le jour, concurremment avec les hu­
blots. Autour de la table, des sièges pivotants per­
dessus

mettent de

se

lever de table et de

déranger son voisin.
C'est également au
les cabines destinées
La nôtre

s'y

mettre

sans

milieu du navire que se trouvent
passagers de premi.ère classe.

aux

comprend deux lits superposés

et

un

canapé­

lit. Nous y descendons bientôl après un peu de musi­
que au salon, un cigare fumé sur le pont supérieur

spécialement réservé aux passagers de première classe,
qui peuvent aussi se servir de la promenade des pas­
sagers de deuxième classe, située à l'arrière.
La nuit a été bonne, bien que le vent ait fraîch i
et que la mer soit un tant soit peu houleuse. Il fait
froid et nous rencontrons parfois des ices,
petites
-

banquises.
iriser
aux

ces

C'est

le soleil vient

joli spectacle quand
petits glaçons aux coupures singulières,
un

transparences délicates.

Nous

profitons

stabilité du

de l'état de la

bateau,

mer

et surtout de la

assurée par les savants calculs

des constructeurs des chantiers de Penhoët, près Saint­
Nazaire
la Compagnie Transatlantique a fait cons­
-

truire elle-même
la

une

partie

de

ses

navires, notamment

pour visiter en dé­
Bourgogne
(vieux style), cet élégant et
gigantesque paquebot, qui file Hi nœuds à l'heure en
moyenne et qui, aux essais, a donné [usqu'à IS nœuds

Champagne

et la

-

lail notre maison flottante

et demi.

Quelques dimensions, rien que pOUl' donner un
aperçu du' développement des constructions navales.
La Champagne mesure une longueur de .J.53m,50 sur

�296

.

une

de

largeur

Elle est

mue

D'OCÉANIE EN FRANCE •.

Him,70. Le tirant d'eau

par

nominale de 9,000

tonnage
Pour

ne

chevaux-vapeur.

en

cas

En

pas 7,000 tonneaux.
la conservation d'une si

assurer

dont le

revanche, le

n'est pas moindre
établi le navire en acier

divisés par

étanches,
ces compartiments

d'incendie

de localiser le

divisée aussi

prodigieuse

prix de revient

de sept millions et demi, on a
doux et on l'a divisé en douze
Huit de

7m,30.

dépasse

construction,

rement

est de

série de machines de la force

une

comme

danger.

compartiments

onze

entiè­

cloisons verticales.

montent jusqu'au

de voie

pont et,
d'eau, permettent

La chambre des chaudières est

deux

compartiments étanches, per­
qui n'existe encore que sur
notre grande ligne française.
Ainsi construit, avec ses aménagements ingénieux
dont on ne saurait donner une idée en quelques
lignes, des paquebots comme la Champagne peuvent
contenir 300 passagers de première classe, 800 de se­
conde et 800 de troisième. Le personnel de service est
à l'avenant. Tout un monde, on le voit.
Si nous ne craignions pas de fatiguer le lecteur,
nous lui parlerions encore d'un nouveau perfection­
en

fectionnement

nouveau

nement, le uuüer bâllast. Bornons-nous à dire que
innovation consiste dans l'établissement d'une

cette

série de

étanches placés sous la cale
peut introduire de l'eau, de façon à rendre

compartiments

et où l'on

le navire

plus stable. On s'en sert surtout à la fin des
lorsque le navire s'est allégé de sa provision

voyages,
de combustible et afin de le maintenir dans
d'eau
Le

gâte
aux

qui

assure

une

ligne

le mouvement de l'hélice.

vent fraîchit tout à fait, si bien que le temps se
et que, pendant trois jours, lenombre des présents
diminué. Lorsqu'il se
repas est

sin!?ulièrement

�DE NEW-YORK AU

291

HAVRE.

beau, on songe tellement à arriver que tout
qui vous entoure perd de son intérêt. C'est une im­
patience fiévreuse qui rend incapable de penser, de
vivre même. C'est en vain que les jolies Américaines
du bord luttent de toilette et d'amabilités; c'est en
remet au.
ce

vain que le démon du

dangereuses, n0lJ,s
Havre,

jeu

à Paris. Nous

plus
Je

sommes sur

la lenteur du voyage, et

offre

nous

ne sommes

quand

on

mer, mais

point
a

tentations

ses

sur

fait

au

de

parler de
le point et

surprenons à rêver que l'on
trouve mieux encore que la Champagne.
Mais on y songe, me dit un voisin de table, à qui

qu'on l'affiche,

nous nous

-

nous

l'on

finissons par laisser voir notre impatience. Que
décide à faire du Havre un port où les bateaux

se

de la

Compagnie puissent entrer et sortir sans être
obligés de faire des prodiges pour ne pas s'échouer et
la Compagnie fera de nouveaux efforts. Elle espère
bien un jour mettre New-York à six jours de Paris,
Personne alors
faire
ses

ne

tour dans le

un

départs.
est-ce.qu'on

Mais
sirer

jour

ce

moment

pourra résister au désir d'aller
nouveau monde et elle doublera

n'a pas crié terre? A force de dé­
avions oublié que le septième

nous

était terminé. Dans

quelques heures,

nous

tou­

cherons la terre de France. Il est bon de voyager,
mais il est meilleur de rentrer chez soi. N'est-ce pas
lord Chesterfield
chaussé

ses

faisant venir
Et

son

fils,

souvenez-vous

que pour

Non,

revenu

et

d'un

passé

long voyage, ayant
robe de chambre,
solennel employé à

sa

et du ton

lui dit:

l'époque,
-

qui,

pantoufles

ce

ce

moment-là

bien, Monsieur,
qu'on voyage?

que

ce

n'est

n'est pas pour cela seulement. Le désir de
un des
plus féconds désirs qui puissent

nouveauté est

�D'OCÉANIE EN FRANCE.

298

traverser

l'esprit

et le

laisser aller. Nous
sommes

cœur

avons

heureux de

nous

de l'homme, et il doit

s'y
monde, nous
mais qui nous dit

fait le tour 'du
reposer;

repartirons pas bientôt? Le soldat recru
que
et harassé d'une longue campagne jure ses grands
dieux qu'on ne le reprendra plus à risquer sa vie pour
nous ne

vaine gloire; vienne l'occasion, c'est avec joie
qu'il refaçonne son épaule au harnais militaire: ainsi
du voyageur. Qui a bu boira, qui a vu veut voir sans
cesse. Heureux s'il peut rapporler de son voyage quel­
ques notes précises, quelques renseignements utiles à
ceux qui feront la même route que lui! C'est ce que
nous avons voulu faire; puissions-nous y avoir réussi!
une

FIN.

�,

1

PAS�AGE,

ligne d'Australie

10 De la

Nouvelle-Calédonie.

et de la

2° De Nouméa

-

DES DISTANCES ET DE LA DUREE DU

No�velles-Hébrides,

aux

Nouvelle-Zélande, à Tahiti,

en

3° De San-Francisco à New-York et de New-York

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TABLEAU DES PRIX DE

lIl'S

aux

Havre.

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Sandwich,

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(1) La Comp,lgni transatlantique a deux services: celui d'hiver, du 1er décembre au 30ayril
en Europe, du 1er, octobre nu 28 février aux
Etats-Unis; celui d'été, du 1er mai ilU 30110vembre pour
et du 1er mars au ao septembre pour les Etats-Unis.
Les prix indiqués
ci-contre sont ceux du service d'hiver.
Les
cabines de pe clas�� à 3 passagers sont des cabines intérieures.
Pour le service d'été, le
tarif des
augmenté de200fl'ancs
pour les passagers e cabine de 1 passager, dt!
100 francs pour ce IX de cabine de 2 et il passagers. Le prix de 1 2" clusse est le même.
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Pendant le service'd'été les navires de la Comont des cabines de 1 re cl.
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a 2 passagers il LOO francs l'un pour le Hune,
430 francs pour Paris.

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voyageurs de wagon-salon payent ·5 francs par
jour en plus; ceux ,couchant dans les .Ieepiuguuit. On ne paye pas d'I'x-

:;

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De Marseille à NOUll1(�a
De Nouméa aux Nouv.-Hébrides.
De Nouméa à Auckland

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pagnie des Messagcrîes marlt.mes : '0 pal' trans­
bordement il .\lelbourne et � Sydney pour les
ports de la N.. uvelle-Zélaude ; 2° pour Hobart
et
pal' u-ansbordemeut
0
il Melbourne;
pour Brisbane, pal' trrmsbur­
dement à Syd ey.

(Retour)

New-York.

ChIcago.

Omaha.

San-Francisco.

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nes.Sandwich.·

.

(D) Depuis II;' l''r août 1888 le courrier dAus­
tralie se dirige Idirectement de Mahé sur Adélaïde.
De lIIahé un
vire des
:.Ilessal)'eries correspond
avec la Réuni Il et Maurice, n'où un antre Illl­
vire de la uièm« Compagnie fait le service avr-e
la côte
orient�l,. d'.Urique par la Réunion, Ta­
matave, Saintf'-�Iarie, Diégo-Snarez, Nossi-Bé,
.Mayotte, Zanzlhar. Aden, etc. De cette far-on
Madagascar el la Réuuiou se trouvent avoir
deux courriers par mois, celui d'Australie, par­
tant le lor de chaque mois de Marseille, celui
de la côte orieutal.: d'Af"ritll'p., le 12 de chaque
mois du mëme port

-;w rn 00-

de

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de 1,8:,2 mètres

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Tahiti.

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500

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(A) D'après le

ritimes, les voyageurs de cabine il deux couchettes
payent le prix dl' Ire classe augmenté de 50 %.
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tés gratuitement: �,� 3 il 10 ans ils payent demi­

550

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460

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875

300

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.

EN

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2" cl.

freel.

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GUIDE

FRANCE

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13i5

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Ill·S.
s

DE

-

30 cl.

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1,5J8
Durée du

3'0r

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3e cl.

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(1

\

Nouméa.

Sydne�

�MATIÈRES

TABLE DES

CARTE •••••••••.•••••••••••••••••••••••••••••...••••••••

CHAPITRE PREmER
De Marseille il Suez

..•.........

..................•...•..

,

CHAPITRE II
De Suez il Aden.

.

.

.

.

•

•

.

.

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.

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.

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•

.

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.

.

.

.

.

.

.

.

.

2:1

.

CllAPITHE Hl

D'Aden il Mahé (lies

&amp;0

Seychelles)...............
CHAPITHE IV

De

il l'ile de la Réunion. Les nes de la 1l('Ullioll

Madagnscar

el Maurice.

.

.

.

.

.

.

•

..

(lj

•.......................

CHAPITRE V
De

!Hi

l'ne Maurice il Adélaïde. L'Australie..
CHAPITRE YI

De

Syducy

il Nouméa

.
.

"

13\,

CIUPITIlE YII
De Nouméa

aux

Nouvclles-llébrides

'

"1

1 GK

�TABLE DES MATIÈRES.

300

CHAPITRE VIII

D'Auckland li Tahïti

(Papeete;......

191

..

CHAPITHE IX
Des îles Sandwich

ou

Hawaï il San Francisco:............

229

CHAPITRE X
Dr. San Francisco il New- York. A travers

l'Amérique.....

248

CHAPITRE XI
'De New-York
Tableau des

au

prix

Havre

du voyagp....

DE

2017·8�.

l"
1

.

.........................•..

FIN

�

,

284

de passage, des distances ct de la durée

�'_ j! _\\_

�.

LA

-

TABLE

CORPIHL.

DES

-

MATlI�RES.

Impr-imerie

CRÉTÉ.

299

�Extrait du
5,

JOUVET

Catalogue
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Palatine,

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Paris

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Ile tiC
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ome.R frauçaises de la Polynésie, par
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5. F�rope cent'de (partie occidentale).
6.
(partie centrale).
7.
(partie orientale).
8. Carte gep10gique de la région rrar
-

.

çaise.

physique

de la

région

rrar

.

çaise.
10. Fra'!ce forestière.

Il.
I!.
13.
l'.

Fr.�ce
Fr�nce

'2 rr.

n. Frontière du Sud-Est �1 'li. France.

-

9. Carte

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i3.
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�5.
�6.
�7.
�8.
�9.

r

rance

Pyrénées.
(région du N&lt;&gt;r,a Ouest).

Colonies

et Tunisie.

françaises.

Iles Britannique •.
Carte de la Suisse.
Italie.
30. Carte physique et militaire des Alpe
et du Pô.
31. Carte de la péninsule ibériq ....
3!. Russie et pays scandinaves,
33.

météorologique.

Formation du territoire français.
Carte historique de la régio" fran-

C'.rte des

Algérie

Hongrie

et

Turquie.

34. Grèce.

35. Caucase et Crimée.
36. Asie.

çaise.

iS. France administrative,
1.6. France militaire.
17. France industrielle et commerciale,
lB. Communications. rapides du terri
toire français.
19. Camp retranché de l'aris.
20. Frontière du Nord-Est de la France.
21. Carte des places fortes du Nord et
.i,a l'Eat de la Yron ce.
..

37.
38.

Afrique.
Amérique septentrionale.

États-U cls (p.'"
tie orientalé).
'0. Carte militaire de. États- t:"is (pat,
tie occidentale).
41. Amérique méridionale.

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'

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'!. Le Génie du christianisme.

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"3. Les Martyrs.
"4. Itinéraire de Paris à Jérusalem.
5. Romans et poésies diverses.
6. Essai sur la littérature anglaise, le
Paradis perdu, et Poèmes.

politiques.

Voyages et mélanges littéraire.
10. Congrès de Vérone.
Il. Polémique ct Mélanges politiques.
12. Opinions et Discours, et Vie de Rancé.
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