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                  <text>BULLETIN
DE M
SOCIETE
DES ETUDES
OCEKNIENNES
JL
M

ç
N° 249-250
TOME XXI

—

N° 2 / Mars-Juin 1990

Société des

Études

Océaniennes

�Société des Etudes Océaniennes
Fondée le 1er janvier 1917
Service des Archives Territoriales
Vallée de Tipaerui
B.P. 110 Papeete

Polynésie Française
Tél. 4196 03

Banque Westpac : 012022 T 21 — CGP : 834-85-08 Papeete

CONSEIL D'ADMINISTRATION
t M. Paul MOORTGAT
Me Eric LEQUERRE
Mlle Jeanine LAGUESSE
M. Raymond PIETRI

Président
Vice-Président
Secrétaire
Trésorier

ASSESSEURS
M. Yvonnic ALLAIN
M. Robert KOENIG
Mme Flora DEVATINE
M. Roland SUE

MEMBRE D'HONNEUR
M. Bertrand JAUNEZ

�BULLETIN
DE LA SOCIETE
DES
ETUDES OCEANIENNES
(POLYNESIE ORIENTALE)
N° 249-250

-

TOME XXI

-

N° 2 MARS-JUIN 1990

SOMMAIRE
CROISEUR LE "DUQUESNB

:

Rapport de fin de

(1886-1888)

campagne

1

ADIEU PRESIDENT MOORTGAT
Homélie

:

45

Père Paul Hodée

46

Eloge funèbre : Jean Montpezat
Le coeur et l'esprit... : Gérard Guyot
Pauro Moortgat... : Raymond Vananga Pietri.
L'adieu de la SEO... : Raymond Vananga Pietri.
Qu'il nous manque, Paulus... : Paule Laudon

55

Ferveur et fidélité...

56

:

Gilles Artur.

Un enthousiasme d'adolescent...

:

Michèle de Chazeaux

Un

48
50
51
52

57

infatigable chercheur... : Lysis Lavigne
L'homme pressé... : MichelAnglade

59

Il était

63

mon

ami...

:

62

Bertrand Jaunez

APRES MOORTGAT

64

LA DANSE ET LA POESIE EN DEUIL

:

Raymond Vananga Pietri

Gilles Teri'i

Hollande, prince de la danse tahitienne
Madeleine Mou'a, la reine de la danse polynésienne
Henri Hiro, un poète n'est plus
"Eaha atu ra ?"
"'Aitau"
"Mihi" : poèmes de Henri Hiro
"Hiro e, 'ena atu na" — "Hiro, avec toi nous sommes" :
poèmes de John Maira'i.
Ua. mate te toa : Duro Raapoto
—

—

67

72
77
82
86
90

Compte rendu
Valérie Gobrait
Essai

:

Le Tuaro'i -

d'analyse d'un discours religieux ma'ohi.

Société des

Études

Océaniennes

100

�Le bureau de la SEO remercie Christian Beslu qui lui a confié le
"Rapport de
fin de Campagne —années 1886-1888— du Croiseur le "Duquesne" ainsi
que la préface qui suit.

Dans le Bulletin n° 235 de la SEO

extrait du

(juin 1986), nous avions donné un
"Rapport de fin de campagne" du croiseur Duquesne 1886-1888.

A la relecture de ce précieux document, il nous a
paru judicieux de le
porter en totalité à la connaissance des membres de la Société car outre son
intérêt médical certain, il comporte de nombreux
renseignements techniques
et donne une idée des difficultés
d'adaptation au moment de la transition dans
le monde marin de la voile à la vapeur.

Grâce à

l'obligeance du Chef de la Documentation du Mûsée de la
Historique de la Marine, nous pouvons donner
les caractéristiques techniques et photographie de ce bâtiment stationnaire de
la force de souveraineté dans le Pacifique de 1886 à 1888 sous le
pavillon de
Marine

et

de celui du Service

l'Amiral Marc de St Hilaire.
Outre sa fonction représentative, le bâtiment stationnaire avait
déjà un
rôle d'assistance médicale et autres dans toutes les îles du
Pacifique Sud et
n'hésitait pas, suivant les escales prévues, à prendre du courrier

postal.

Christian

Société des

Études

Océaniennes

Beslu

�1886

nn.CCÔ

Société des

Études

Océaniennes

�2

ILID
=y

se

La campagne du Pacifique, qui
sur la corvette cuirassée la

faire

vient de se terminer, devait
Thétis, mise en armement à

Cherbourg le 15 Octobre 1885.
Le 2 Décembre l'Amiral Marcq de S*- Hilaire arborait son
pavillon et le 6, la corvette prenait le large : au bout de peu de
jours, le navire faisant eau de toute part, la situation devenait
très difficile à bord dans un début de campagne, et l'Amiral prit
la résolution de relâcher à Madère, pour rendre compte au
Ministre de l'état du bâteau. La Thétis fut reconnue impropre à
continuer son voyage, et reçut l'ordre de rentrer à Lorient, où
nous arrivions le 31 Décembre, après avoir déposé à Lisbonne
l'Amiral, qui devait rallier la station par la voie des Paquebots.
Le Duquesne,

destiné à le remplacer dans sa mission,
pris armement en ce port le 22 Décembre et reçu les
aménagements nécessaires pour recevoir l'Amiral et son
Etat-Major.
avait

Le Duquesne est un croiseur

de 1ère classe, mû

par un appa¬

reil à vapeur de 1.800 chevaux et armé de 21 canons. Il a été
cons-truit dans un bassin à Rochefort et armé pour la première
fois en 1879, pour suivre les manoeuvres de l'Escadre

d'Evolutions.

Désarmé immédiatement après

la campagne
catégorie de réserve au port de Lorient, où il
est resté jusqu'à l'armement actuel. Sa construction est mixte :
C'est un bâteau en fer, revêtu de bois sur deux faces. Le revête¬
ment intérieur, qui est surtout un isolant, n'est effectivement
qu'une boiserie dissimulant les courbes du navire. Il laisse
entre le fer et lui un intervalle qui permet l'écoulement des eaux
d'infiltration et, jusqu'à un certain point, une circulation à
d'été, il

a

été mis

en

l'air.
Le

Duquesne est assez grand, les logements sont assez spa¬
qu'il n'y ait pas à craindre d'encombrement, mal¬
gré son effectif, qui est en moyenne de 580 hommes. Cependant,
cieux,

pour

Société des

Études

Océaniennes

�3

une

étude rapide sur la

valeur hygiénique des diverses parties
il a été fait pour

habitées du navire fera ressortir combien peu
assurer la ventilation des Etages Inférieurs.

large, spacieux, bien dégagé offre de l'arrière à
d'oeil qui surprend. Il est percé de nombreuses
ouvertures, panneaux ou claires-voies, dont l'ensemble, y com¬
pris la section du ventilateur, représente un carré de 40 mètres.
Mais les panneaux en général, sont bien étroits, encombrés
par les échelles, de là la difficulté d'y établir des manches à
vent, si utiles pour venir en aide à la stagnation de l'air dans
les parties basses du navire. A l'extrême avant du pont, sous le
gaillard, la Teugue est le logement affecté aux Secondsmaîtres: C'est aussi une salle d'armes, et son sabord met en
batterie une pièce de chasse. D'une propreté exquise, bien éclai¬
Le pont,

l'avant

un

coup

grand sabord, deux hublots, une clairedu pont, cette teugue est vaste, dégagée, très
élevée du pont. Elle constitue un poste de couchage de choix pour
les 21 Seconds-maîtres qui l'habitent. C'est le lieu le plus frais
du navire, le plus tranquille aussi, car la cloison qui le limite,
l'isole effectivement et amortit les bruits du pont. C'était à coup
sûr, le lieu indiqué pour y installer l'hôpital, surtout en présence
de la Campagne que le Duquesne allait entreprendre.
rée et ventilée par un

voie et

ses

deux portes

Les appartements de l'Amiral, les chambres des Officiers
Supérieurs, le Carré occupent l'arrière de la batterie. A partir de
là, elle se développe jusqu'à l'avant, vaste, dégagée, haute
d'entrepont et sans cloisonnement. L'air et la lumière y arri¬
vent en abondance par 32 sabords et les écubiers qui, avec les
panneaux du pont, assurent une ventilation parfaite. Le seul
obstacle sérieux est le massif qui est formé à son milieu par la
réunion des cuisines et des tuyaux de la machine : Mais la batte¬
rie est si vaste que 449 hommes y trouvent un poste de couchage
dans des conditions d'hygiène avantageuses. A la mer, et en
particulier sans vapeur, quand la fermeture des sabords est
nécessaire, la chaleur s'accroît bien vite ; on y respire une buée
nauséeuse. C'est que toute cette vaste surface d'aération latérale
cesse entièrement de fonctionner. Les sabords de la batterie sont
bien munis de hublots, mais les verres sont fixes. Serait-ce
compromettre la sécurité que de les rendre mobiles ? Cette
modification assurerait le renouvellement de l'air, et
amènerait un bien être appréciable.

Société des

Études

Océaniennes

�4

faux-pont, plus éloigné de l'air libre, moins ouvert, bien
éclairé, offre nécessairement des qualités hygiéniques
bien inférieures. Un cloisonnement multiplié le divise en 12
compartiments qui ne communiquent que par des portes
étanches; l'air n'y arrive directement que par les hublots, qu'on
ne peut ouvrir que sur des rades calmes. Il en résulte fatalement
une pénurie sensible d'aération et des entraves à la circulation
Le

moins

de l'air et à

son

renouvellement. L'ensemble de la surface

aératoire de cet

étage (44 hublots, 10 panneaux de la batterie)
représente, en déduisant les obstacles, un carré de 26 mètres
environ. Mais à la mer, cette surface respiratoire se trouve
considérablement réduite. L'air alors n'arrive plus que par les
panneaux, son mouvement est prodigieusement ralenti ; il y a
stagnation dans bien des points et viciation de l'air sous
l'influence de la chaleur et des émanations de la machine.
Les compartiments de l'avant, Magasin Général, poste des

maîtres, leurs chambres, la chambre des Stoppers, dont
faux-pont avant, sont dégagés et ont cha¬
cun un panneau communiquant avec la batterie. 43 hommes y
ont leur poste de couchage. Cette partie du faux-pont est suffi¬
samment éclairée ; c'est aussi la plus favorisée pour l'aération,
qui s'y fait sur rade par les hublots de l'avant. En marche, la
température y est sensiblement moins élevée que dans les
autres points. D'une part les foyers de la Chaufferie y détermi¬
nent un appel d'air ; de l'autre, dans la marche avant, tout l'air
chaud est refoulé dans les parties arrière.
Le faux-pont milieu est très encombré : Les caissons de
l'Equipage, le farcot, le coffre à vapeur, toutes les dépendances
de la machine, le four, etc... remplissent presque entièrement
ce vaste espace, et ne laissent
guère, comme vide, qu'une longue
coursive étroite et obscure, qui, des deux côtés, le parcourt
d'arrière en avant. C'est la partie du faux-pont la plus sacri¬
l'ensemble constitue le

fiée. Entièrement obscure dans la plus grande partie de son
étendue, elle renferme toutes les sources de chaleur et l'aération

est presque nulle, d'où il résulte la raréfaction de l'air et une
température très élevée. Vers son milieu se trouve
l'implantation du grand mât et l'ouverture de la cheminée à
air, qui le traverse et offre une voie ouverte à l'écoulement de
l'air chaud. Tout à fait à l'avant de ce faux-pont milieu, et dans
le carré des caissons de l'Equipage se trouve le poste de cou¬
chage de 10 hommes, gardiens de caissons. Des hublots latéraux
y assurent au mouillage une ventilation suffisante, mais à la
y

Société des

Études

Océaniennes

�5

le renouvellement de l'air n'est plus soumis qu'au courant
partie du navire. Ce carré est d'ailleurs
bien encombré par les caissons des sacs, qui, avec notre
équipage, sont très nombreux ; ceux-ci faits en bois très épais,
occupent un cube considérable, et sont un obstacle sérieux à la
circulation de l'air. Une construction en treillis de fer, à la
place du bois, pourrait, pensons-nous, améliorer notablement
cette situation, sans compter qu'elle pourrait être très avanta¬
mer,

bien ralenti dans cette

geuse en cas d'incendie.
Le faux-pont arrière

participe de l'hygiène générale de cet

étage. Limité à l'avant par une cloison qui le sépare des dépen¬
dances de la machine, à l'arrière par la cloison étanche du
coqueron de la barre, cet espace est assez dégagé dans son
milieu. Il renferme les chambres des officiers, le poste des
aspirants, et sert de logement à 22 personnes. La ventilation n'y
est assurée que par les hublots et par deux panneaux, qui, à
l'avant et à l'arrière, communiquent avec la batterie. Mais ces
panneaux sont très petits ; munis d'échelles, celui de l'avant est
notablement rétréci par la manche d'aération de l'arbre de
l'hélice, si bien que leur ensemble ne représente guère qu'une
surface aératoire de 3m40. La fermeture des hublots diminue
d'autant l'apport de l'air extérieur ; et, quand la machine est en
action, les vapeurs surchauffées, qui y arrivent, viennent
amoindrir une situation déjà peu avantageuse. Les aspirants,
dont les hamacs sont suspendus au milieu, ont moins à souffrir,
mais les officiers, dans leur chambre, sont dans une position
très

pénible.

L'air chaud envahit leur logement, s'y accumule et reste
immobile, refoulé par le faible courant qui traverse le faux pont.
Ce qui ajoute encore un fort appoint à cet état, c'est la situation de
la cale à eau directement au dessous, et la nécessité d'une fabri¬
cation presque constante d'eau distillée à la mer. Cette eau
arrive aux caisses, chaude, et répand dans le faux-pont, avec sa
chaleur, les vapeurs nauséabondes qu'elle dégage par le refroi¬
dissement. La privation d'air ou plutôt le défaut de son renou¬
vellement, une température qui ne descend guère au dessous de
30°, mettent les officiers dans l'impossibilité de trouver dans
leur chambre un repos effectif. Le sommeil y est lourd, traversé
de cauchemars, le réveil pénible ; aussi abandonnent-ils leur

logement

pour

aller dormir

au

Société des

carré.

Études Océaniennes

�6

Sous voiles, cette situation s'améliore sensiblement ; c'est
qu'alors les feux sont éteints et que, par l'action des goélettes,
les panneaux sont des voies d'apport d'air frais. Quand on est
sous vapeur, au contraire, ils deviennent des voies de
dégage¬
ment pour l'air chaud qui arrive surtout en masse quand on
stoppe, alors que le ventilateur de la machine n'est plus en
action. Pour améliorer l'état de ce faux-pont on établit des
manches à vent en toile, qu'on fait passer par des trous de pas¬
sage de projectiles. Mais les trous donnent tout à fait à l'arrière
du faux-pont ; et ces manches, étranglées au passage, ont un ef¬
fet qui n'est guère sensible à distance. En un mot, les chambres
des officiers deviennent, à la mer, dans les pays chauds, des
logements malsains, et il est nécessaire qu'on établisse pour
elles un système de ventilation qui ouvre un dégagement à l'air
qui s'y accumule et devient irrespirable.
La cale, qui loge dans sa partie moyenne l'appareil moteur,
représente un vaste domaine, dont le cloisonnement trop multi¬
plié, arrête toute circulation d'air. L'aération ne s'y fait que par
des panneaux souvent étroits, et qui n'ont pas tous de communi¬
cation directe avec le pont. Quatre compartiments divisent la
cale avant : l'Etage inférieur du magasin général, qui a une
voie

de

communication

avec

la

batterie.

La

chambre

d'Inflammation, dans laquelle donne accès un panneau qui
s'ouvre dans le faux-pont devant le poste des maîtres : Vient
ensuite la cale du maître de manoeuvre et la plate-forme de la
cale avant, où donne accès un large panneau qui fait puits

d'aérage avec les panneaux supérieurs qui lui correspondent
jusqu'au pont. Cette plate-forme est le poste de couchage de 6
hommes ; la température n'y est pas très élevée et l'aération s'y
fait dans des conditions assez bonnes, surtout quand il est
possi¬
ble d'y faire arriver une manche à vent. Il n'en est pas de même
de la cambuse et de ses dépendances, qui, avec les émanations
de ses magasins, ne reçoit l'air et la lumière
que par un
panneau qui s'ouvre dans le faux-pont, loin de toute ouverture
supérieure.
La cale-arrière s'étend, au-dessus de la
ligne d'arbre,
depuis la machine, avec laquelle elle a une porte de communi¬
cation et l'arrière du navire. Une cloison, munie de
porte,
limite, sur l'arrière le poste des blessés. C'est au dessous de sa
plate-forme que se trouve la cale à eau ; elle contient soutes à
poudre, à projectiles, chambres de combat, pharmacie etc...
L'air y arrive par deux panneaux qui,
sur ses confins, ont une

Société des

Études

Océaniennes

�7

qui leur correspondent sur le
trouvent
y
leur poste de couchage. La
température y est élevée, à la mer, lorsqu'on fait de l'eau
distillée, mais, au mouillage, cet inconvénient disparaît.
communication directe

avec ceux

pont. Trois caliers

Entre la cale-avant et la Chaufferie se trouve un vaste

dépendance de la machine, qui sert de poste de couchage
s'y fait par un étroit panneau qui
s'ouvre dans le faux-pont et par la porte de communication avec
la chaufferie. Il se forme là un courant très sensible, mais
localisé et sans effet pour le renouvellement de l'air dans ce
compartiment : La température n'y est pas exagérée, mais la
ventilation y est nulle. Il faudrait là une manche à vent à
demeure, passant par les trous de passage des projectiles qui le
traversent au fond ; quand les circonstances permettent de l'y
établir, l'amélioration est notable. C'est là qu'est situé le lavabo
des mécaniciens qui après le quart, viennent y faire leurs
ablutions. Des robinets et des casiers pour recevoir les gris de
chauffe y sont installés. Des dispositions ont été prises pour que
ce lavabo ne devienne pas un foyer d'humidité, nuisible à
l'hygiène de ce logement.
En somme, le coëfficient de la valeur hygiénique des divers
étages diminue rapidement en descendant vers les fonds, faute
d'un renouvellement d'air assuré, avec un équipage aussi
nombreux que celui du Duquesne, il est heureux que la vaste
contenance de la batterie surtout, permette de ne loger dans les
cales qu'un petit nombre d'hommes. Comme il n'existe à bord
aucun système de ventilation artificielle, malgré le cloisonne¬
ment multiple de ses étages inférieurs, l'aération à la mer ne se
fait plus que par des panneaux, dont l'étroitesse est manifeste.
Immobile, cet air s'échauffe, se vicie par la respiration et les
émanations de toute sorte qu'exhale la machine, et perd par
degré ses qualités vivifiantes. Ces inconvénients sont sensibles
surtout dans les petits espaces, dans le poste des mécaniciens et
dans les chambres des officiers, sur l'arrière du faux-pont.
La machine seule est pourvue d'un appareil de ventilation :
Les hautes températures, observées dans les essais, ont nécessité
l'installation au dessus de la chambre de la machine d'un ven¬
tilateur actionné par l'appareil moteur. Ce ventilateur fonc¬
tionne très bien, mais le dégagement de l'air chaud n'est pas
suffisant ; aussi en marche, la température moyenne dans la
machine est de 45° au voisinage des cylindres. Si l'on stoppe, le
ventilateur cesse d'agir et l'on voit de suite le thermomètre
espace,

à 13 chauffeurs. L'aération

Société des

Études Océaniennes

�8

rapidement : Dans les travaux, nécessités par la mise
train, les ouvriers travaillaient avec une température de 58°,
situation qui a pu être adoucie par l'établissement de manches à

monter
en

vent.

L'Hôpital, par sa situation et son exiguïté, offre les condi¬
plus désavantageuses. Il est situé sur le pont, au milieu
du bateau, au dessous de superstructures, qui font suite aux
barres de théorie, au centre des bruits du pont et de la
manoeuvre. Comme conséquence, l'isolement des malades et
leur repos sont entièrement compromis. Si l'éclairage et
l'aération se font dans les meilleures conditions, la
température y est exagérée, très pénible à supporter pour les
malades ; le thermomètre y atteint 32°. En effet, l'hôpital se
trouve placé au dessus de toutes les sources de chaleur ; Limité à
l'avant et à l'arrière par des boiseries, qui dissimulent dans
les deux sens, les tuyaux qui servent de dégagement à toutes les
cuisines, au four, aux machines auxiliaires. De plus, ses parois
latérales, minces, sont encore exposées aux ardeurs du soleil.
A la mer, quand tous ces foyers de chaleurs fonctionnent,
l'hôpital est une véritable étuve, où l'on ne pourrait sans danger
laisser séjourner un malade grave. Sa trop grande ventilation
devient elle-même un danger par la puissance des courants
d'air. Son exiguïté est manifeste ; Traversé dans son milieu
par la cage du puits d'aérage, qui de la superstructure descend
tions les

donner l'air et la lumière

Grame,

au

niveau du four et de la machine

surface se trouve transformée en deux petits carrés,
réunis par deux étroites coursives latérales. Cinq lits y étaient
entassés l'année dernière, mais à la suite d'un commencement
d'incendie, communiqué par les tuyaux des cuisines aux
boiseries de l'avant, et des modifications apportées pour éviter
pareil accident, trois lits seulement trouvent place dans
l'infirmerie. Ce chiffre est bien insuffisant pour un équipage
aussi nombreux. De plus, les deux carrés seuls utilisables pour
le service, mesurent à peine 20 m.c. et si l'on tient compte de
l'encombrement des lits et des objets indispensables, il ne reste
pour la circulation et les besoins du service qu'un espace bien
trop limité. Il a fallu pour augmenter la surface de l'infirmerie,
au moins pendant la visite et les
pansements, empiéter sur le
puits d'aérage, qui la traverse. Au moment du service, un pan¬
neau volant en caillebotis
y est établi, et cet expédient donne plus
de facilité. En résumé, l'emplacement de l'hôpital est mal choi¬
si à tous égards : ses dimensions, le nombre des lits ne sont pas
sa

Société des

Études

Océaniennes

�9

en

rapport avec le chiffre des malades, que peut fournir un effec¬
de 600 hommes ; ajoutons qu'il n'est guère possible

tif de près

d'y établir des hamacs à demeure. Aussi, dans le service ordi¬
naire, on utilise des crocs laissés libres sous la teugue, pour
suspendre les hamacs des malades qui, sans qu'il soit néces¬
saire de les aliter, ont cependant besoin du repos. Grâce au long
séjour du Duquesne au mouillage de Papeete et à la possibilité
d'envoyer tous nos malades à l'hôpital militaire, l'installation
actuelle a pu suffire. Mais, si le navire était appelé à faire une
campagne de navigation, il serait indispensable, pensons-nous,
de modifier l'état des choses ; et la teugue semblerait tout indi¬
quée pour y établir l'hôpital dans des conditions satisfaisantes.
Dans la traversée de San-Francisco à Tahiti, quelques cas de
varicelle s'étant montrés à bord, la teugue a été le seul endroit où
ces malades aient pu être isolés avec avantage.
La Pharmacie a, dans la cale-arrière, son magasin
d'approvisionnement, où médicaments, linge et ustensiles se
trouvent dans de bonnes conditions de conservation. Mais
l'hôpital a bien peu de place pour renfermer les objets en service
journalier. Les deux armoires de l'avant ont dû être supprimées
lors de l'incendie ; celles de l'arrière sont plus en sécurité,
mais on ne saurait y renfermer des substances susceptibles de
s'altérer à la chaleur. Les médicaments dans ce cas sont casés
sur des étagères dans l'hôpital. Signalons avec regret l'absence
d'un cabinet de bains, si petit qu'il fût, et l'embarras occasionné
par l'impérieuse nécessité de baigner un malade, étant donné
l'exiguïté de l'hôpital.
Le poste des blessés, pour le combat, est situé à l'extrême
limite de la cale-arrière ; une porte le met en communication
avec la plate-forme de cette cale, où peuvent être disposés des
matelas, pour la réception des blessés. Grâce à ce moyen
d'évacuation, ce poste se trouve suffisamment dégagé pour fonc¬
tionner dans d'assez bonnes conditions. L'air et la lumière y
arrivent par un panneau correspondant à celui de l'Amiral sur
le pont, c'est-à-dire qu'il ne faut compter que sur un éclairage
artificiel. Les blessés ramassés dans des batteries sont portés
sur des civières jusqu'au panneau correspondant au poste des

médecins, et déposés dans le

fauteuil-cadre, où ils sont

commodément assujettis. Ce fauteuil monte et descend suspen¬
du par une patte d'oie à un palan, et son mouvement est régulari¬
sé

au

moyen

conducteurs

de bagues qui, à ses quatre angles, glissent sur des
rigides. Avec cette installation l'arrivée des

Société des

Études Océaniennes

�10

blessés dans la cale

ferait

encombre. Mais

qui leur
toujours dans ces profondeurs, en l'absence de tout
système artificiel, c'est l'air, dont la circulation au moment du
combat, alors que toutes les cloisons sont fermées, sera absolu¬
se

sans

ce

manquera

ment annihilée.

La propreté

du navire, facteur si puissant de l'hygiène dans
agglomération d'hommes, a toujours été de la part du Com¬
mandement, l'objet d'une sollicitude constante. Comme consé¬
quence, pas de foyer suspect, pas d'émanations malsaines, et
nous dirons, dans le compte-rendu médical, que la santé de
l'Equipage s'est maintenue très bonne, sans qu'aucun
symptôme soit venu inspirer la moindre inquiétude à ce sujet.
Les cales sont parfaitement étanches, entretenues dans un état
remarquable de propreté, blanchies à la chaux et régulièrement
désinfectées. La cale à vin a été désarrimée plusieurs fois dans
la Campagne, lavée et assainie ; les barriques du reste sont
l'objet d'un soin particulier. Il en est de même des caisses à eau,
dont le lavage est fait après chaque vidange : Les panneaux sont
alternativement relevés de chaque bord, pour favoriser le
renouvellement de l'air dans les fonds : Leur lavage se fait sur
le pont à grande eau, et ce n'est que lorsqu'ils sont parfaitement
secs, qu'ils sont descendus et remis en place. La cale de la
machine reçoit nécessairement en marche toutes les souillures
variées qui s'échappent d'une machine en action, matières
grasses dont les transformations chimiques donnent naissance
à des effluves délétères. Mais dès l'arrivée au mouillage, à la
mer, quand les feux sont éteints, les graisses sont enlevées et un
grand lavage s'opère. Dès que l'eau des chaudières est suffi¬
samment refroidie, elle est répandue dans la cale et rejetée en¬
suite à l'extérieur, entraînant avec elle toutes les graisses. Cette
eau a souvent une odeur très
offensante, quand la machine est
restée longtemps en action. Dès que les pompes sont franches,
l'eau qui reste est extraite par les petites pompes d'assèchement ;
puis les fonds sont grattés et blanchis à la chaux chlorurée. Ces
opérations sont l'objet d'une surveillance incessante de la part
de l'autorité du bord, et elles contribuent puissamment à entrete¬
nir à bord une santé générale qui laisse peu à désirer. Dans les
faux-ponts avant et arrière, la propreté est parfaite. Ces parties
du reste sont suffisamment éclairées et peu exposées aux sale¬
tés. Les officiers et les maîtres, qui les habitent, ont tout intérêt à
les faire entretenir en parfait état. Il n'en est pas de même du
faux-pont milieu, qui est obscur, très fréquenté, et dans lequel se
une

Société des

Études

Océaniennes

�11

trouvent toutes les dépendances de la machine. Ce n'est qu'à
force de soins et de vigilance, à l'aide d'artifices, qu'il est possi¬
ble d'arriver au résultat qui a été obtenu à bord. Le lavage n'est

jamais fait à grande eau ; deux fois par semaine, le faux-pont
est lavé à l'eau douce, et le samedi, briqué à l'eau salé.
L'assèchement s'y fait assez rapidement.
Les poulaines se trouvent sur le pont en à bord de chaque côté
du navire ; elles constituent là pour l'hôpital un voisinage sou¬
vent offensant. Leur installation laisse peu à désirer, mais
leurs tuyaux d'écoulement sont défectueux, car malgré tous les
soins, il y a souvent une obstruction dont les conséquences sont
fort désagréables. Elles fonctionnent alternativement pendant
24 heures, l'une d'elle étant consignée pour être soumise au
briquage et à la désinfection. Un factionnaire a la consigne de
faire pomper chaque homme qui en sort.

L'équipage de la Thétis avait été formé à Cherbourg de
contingents qui venaient de faire campagne en Islande.
C'étaient en grande partie, des hommes solides, habitués à la
mer, au service, dont la valeur fut appréciée dans les gros temps
que nous rencontrâmes sous Madère. Malheureusement il ne
put pas nous suivre en entier sur le Duquesne, une partie
seulement fut destinée à compléter le nouvel équipage, en
majorité déjà formé par tous les marins disponibles de la
Division de ce port. L'armement fut rapide (en 20 jours le
Duquesne prenait la mer) et notre séjour en rade presque nul.
Chaque jour, des hommes, arrivés à bord la veille, débarquaient
le lendemain ; les mutations étaient nombreuses, si bien que
l'équipage ne fut définitivement constitué que la veille du
départ.
Malgré tous ces mouvements, la visite sanitaire fut faite
avec le plus de soin possible et l'on put se débarrasser d'un
certain nombre d'hommes, à tempérament lymphatique,
strumeux, pouvant faire présager des affections chroniques et
un défaut de résistance aux fatigues de la navigation. 17
hommes furent envoyés à l'hôpital, reconnus incapables de
faire la campagne et remplacés à bord avec avantage. Ce n'est

Société des

Études Océaniennes

�12

qu'après les premiers jours de
faire

une

étude d'ensemble de

mer

nos

qu'il

nous

fut possible de

matelots et d'en apprécier la

valeur

corporelle. L'équipage au nombre de 580 (y compris
qu'entraîne la Majorité) se composait de 2/3 de
marins inscrits, pour 1/3 qui provenaient de la conscription où
de l'engagement volontaire. Tous à l'exception de 20, avaient
déjà navigué soit à l'Etat, soit au Commerce. La moitié de notre
effectif était formé de Bretons, un quart de Normands ; le reste
venait de l'intérieur ou des divers départements maritimes. La
l'excédant

de la taille, prise

les livrets, était de 1 m 641. Ce
grande partie de l'équipage étant
formée de gens venant de la le catégorie, la taille inscrite sur
les livrets ne correspondait qu'à l'âge de 18 ans. Il était facile,
du reste, à l'Inspection, et en prenant un petit Breton comme
terme de comparaison, de voir que cette moyenne était dépassée
de beaucoup.
moyenne

sur

chiffre est inexact, car une

Nombre d'hommes mesuraient 1
saient même la taille de 1

m

75.

m

70 ;

quelques-uns

Quant à l'âge

moyen

pas¬

des

marins proprement dits, il était de 22 ans. C'est l'âge qui offre
les meilleures conditions pour entreprendre une campagne,
celui où l'homme atteint son complet développement ; c'est en¬
celui où il est le

plus apte à résister aux fatigues de toute
exigences de la discipline du bord.
La force moyenne de l'équipage ne pouvait être rigoureuse¬
ment évaluée ; mais les données précédentes feront voir que
cette force était dans une bonne moyenne. Si les beaux temps,
qui ont distingué notre longue traversée à la voile de France à
Tahiti, n'ont guère donné aux marins l'occasion de mesurer
toute leur puissance, les longs et pénibles travaux exécutés dans
la machine, ont pu mettre en évidence toute la force et la résis¬
tance du personnel mécanicien. Du reste, au départ, plusieurs
de nos hommes n'avaient pas atteint l'âge de 21 ans ; quantité
d'autres étaient loin d'avoir acquis leur maximum de déve¬
loppement et de force, qu'ils ont obtenu par l'effet des exercices
quotidiens et de la gymnastique salutaire du service. Il est hors
de doute qu'aujourd'hui, malgré les changements survenus
dans sa composition, que la force moyenne de l'Equipage est
bien supérieure à celle qu'il y avait au début de la Campagne.
Le meilleur esprit n'a cessé de régner dans l'équipage, qui
a conservé
toujours sa gaîté, indice certain du bien-être et de la
satisfaction. La campagne s'est passée dans de bons pays, et
core

sorte et à

se

plier

aux

Société des

Études

Océaniennes

�13

le

temps n'est venu donner sa note
désagréable. La longue station que le Duquesne a fait à Tahiti,
eût pu devenir monotone, mais les sorties mensuelles, que lui a
fait faire l'Amiral, en visitant les divers groupes environ¬
nants, les excursions à Auckland, à San-Francisco, ont produit
la plus heureuse diversion. Toujours les hommes ont joui des
distractions qu'on a pu leur créer ; Jeux, musique, danses,
chants, joutes sur l'eau... Les promenades militaires autour de
l'Ile ont produit le meilleur effet. La faculté qu'ils ont eu d'aller
à terre fréquemment, au mouillage de Papeete surtout, n'a pas
peu contribué à entretenir leur bonne humeur. Grâce à cette
mesure, ils se sont toujours très bien comportés à terre ; les per¬
missions devenaient pour le plus grand nombre des prome¬
nades salutaires, au lieu d'être comme souvent des prétextes à
l'ivresse. Enfin des vivres frais toujours, une variété de nourri¬
ture que l'on tâche de rendre la plus grande possible, complètent
la somme des conditions, qui ont contribué à maintenir en
excellent état la santé de l'Equipage.
La propreté individuelle a été l'objet de la sollicitude la plus
grande de l'autorité du bord. Chaque jour, de l'eau douce est dis¬
tribuée pour le lavage du corps, et des Inspections journalières
en surveillent l'exécution. Ainsi tenus en réveil, les hommes
sont forcés de laver avec soin les parties du corps habituellement
à découvert ; et, dans les visites sanitaires à l'Infirmerie,
l'homme arrivant tout nu, il est facile de se rendre compte de
son état de propreté corporelle. Au reste, à Papeete, les bains de
mer étaient quotidiens. - La bouche est l'objet d'une surveil¬
lance particulière ; chaque jour, à une heure déterminée, il y a
lavage des dents auprès de l'Infirmerie. Tous les hommes y
passent périodiquement et le plus souvent possible ; de l'eau
douce et de la poudre de charbon leur sont distribuées. Aussi, il
est rare de trouver, dans les visites, des gencives en mauvais
état, fougereuses, saignantes, ou les dents envahies par le tartre.
Comme résultat de tous ces soins, nous signalerons la rareté de
la Stomatite, et le petit nombre de dents arrachées à bord.
rarement

mauvais

Société des

Études Océaniennes

�14

ILA
=

y

—

Après un armement précipité et de rapides essais, le
Duquesne partit de Lorient le 16 Janvier 1886, avec mission
d'aller le plus rapidement possible à Tahiti. L'Amiral, qui
avait rallié la station par la voie des paquebots, devait tempo¬
rairement mettre son pavillon sur le Magon. La courte traver¬
sée de France

aux

rapidité de notre

Canaries

nous

désillusionne bien vite

sur

la

révélant bien des points faibles
dans le fonctionnement de l'appareil moteur. Des dépenses
exagérées de charbon pour une marche inférieure, des fuites
nombreuses de vapeur et des chocs inquiétants commandaient
impérieusement le démontage de la machine et une visite
sérieuse de ses organes. On se mit à l'oeuvre dès l'arrivée à
Ténériffe. Nous dirons que les travaux furent longs, qu'ils
durèrent tout le long du voyage ; et le Duquesne dut continuer en
voilier sa navigation.
voyage, en

Arrivé à Ténériffe le 23 Janvier, le Duquesne resta à
l'ancre pendant six jours. Malgré les travaux nécessités par

l'embarquement du combustible épuisé, cette relâche, au début
d'une campagne, fut d'un heureux effet. Elle permit de faire un
bon approvisionnement de vivres frais et d'envoyer nos
marins
à terre. Qu'elle que soit la résistance d'un
équipage, il est bon de
ne l'amener que
graduellement à s'adapter aux conditions nou¬
velles dans lesquelles il est appelé à vivre. La 1ère bordée, qui
descendit à terre, paya un large tribut au vin capiteux des
Canaries ; ce fut une surprise suivie d'une véritable déroute. Il
ne se passa aucune scène de
désordre, aucun accident, mais, le
soir, les abords du quai ressemblaient à un champ de carnage ;
la plupart des permissionnaires furent ramenés à bord en un
gros tas. L'expérience était faite ; et la 2ème bordée tenue en
garde, ne subit pas pareille humiliation.
Le 29, le Duquesne partait de
Santa-Cruz, faisant voile pour
Montévidéo ; la machine ne fut remontée que le temps néces¬
saire pour traverser les calmes de l'Equateur. Le
passage

Société des

Études

Océaniennes

de la

�15

ligne fut signalé par les aspersions d'usage ; justifiées
d'ailleurs par la chaleur que nous eûmes à supporter. Le temps
nous favorisa jusqu'à l'entrée de Montévidéo, où le Duquesne
mouilla le 13 Mars après un pénible louvoyage en rivière. Notre
séjour sur cette rade fut de cinq jours. Les relâches n'étaient
jamais longues ; c'est que le commandant avait hâte de rejoin¬
dre l'Amiral à Tahiti. Or, la route à faire était longue et notre
beau croiseur n'était plus qu'un bâtiment à voiles ; il n'y avait
pas de temps à perdre. D'ailleurs le Duquesne n'avait pu pren¬
dre son mouillage que fort loin de terre et les communications
n'étaient pas faciles. Cette relâche ne fut qu'un repos relatif
pour l'équipage. Elle nous permit de prendre des vivres frais en
abondance, et surtout un grand approvisionnement d'excellents
boeufs en prévision de la longue traversée que nous avions à
faire dans le Pacifique.
Le Duquesne quitta Montévidéo le 19 Mars, descendit la côte
d'Amérique à la vapeur, et donna dans le détroit de Magellan le
26 Mars au soir, pour mouiller le 27 à Punta-Arenas. Cette
colonie Chilienne n'a pas pris tout le développement qu'on pou¬
vait attendre de sa situation magnifique et de la fertilité du sol.
Ce n'est qu'un misérable village ; depuis que la mine de char¬
bon n'est plus exploitée, chacun se livre au lavage de sables
aurifères. La culture est bien délaissée et les ressources qu'un
navire en relâche peut s'y procurer, sont minimes. Le Duquesne
y a passé quatre jours au mouillage, employés à faire du char¬
bon et à réparer la machine ; et ce n'est qu'à grand peine que les
tables ont pu avoir une fois du poisson. Il a été impossible de se
les moindres légumes fais. Le 1er Avril, à 8h du soir,
détroit, charmés par la vue du magnifique
panorama qui, de chaque côté, se déroulait à nos yeux. Les
plages sablonneuses de l'entrée du détroit firent bientôt place à
des collines boisées, des îles verdoyantes, couvertes d'oiseaux
aquatiques ; puis ce furent des montagnes remplies de neige,
des sommets abrupts, des glaciers, des torrents se précipitant
avec fracas dans la mer. Nous croisâmes quelques pirogues de
Fuégiens, qui grelottaient presque nus dans leur barque, avec le
regret de ne pouvoir entrer en communication avec eux. Mais le
Duquesne, avec sa misérable machine, avait besoin de dévorer
l'espace et de sortir au plus vite de ces parages dangereux. Du
reste, nous traversions Magellan dans une bonne saison et avec
un temps superbe ^ la fonte des neiges était bien avancée.
procurer

nous

sortions du

Société des

Études Océaniennes

�16

Nous avons passé en tout six jours dans le détroit avec une
température moyenne de 9°5 et un écart de 5° du jour à la nuit. Le
cap Pilares doublé, le Duquesne entrait dans le Pacifique et
commençait véritablement sa campagne. La marche à la va¬
peur fut continuée pendant quelques heures pour nous éloigner
des côtes ; mais la machine demandait grâce. On mit à la voile;
et le 17 Mai, après 47 longs jours de mer, consécutifs, toujours
favorisés par de beaux temps, nous arrivions à Tahiti. Pendant
toute la traversée, la machine a été l'objet de travaux considéra¬
bles, de jour et de nuit ; elle n'a été mise en marche qu'en vue de
Papeete, pour franchir la passe du Récif.
Le Duquesne venait de faire un voyage de 122 jours, dont 108
mer et 15 seulement en relâche. On ne comptait que 19
jours
de marche à la vapeur. Ce long voyage de France à Tahiti se
à la

distingue par la bonne santé de l'équipage, remarquable surtout
jusqu'à Magellan. Dès que le Duquesne entre dans la zone des
Canaries, toutes les affections catarrhales, bronchites, angines,
etc... disparaissent par degré, et, à par deux hommes, atteints de
Rhumatisme articulaire sans gravité, nous atteignons les
régions chaudes, sans autres exempts de service que de légers
blessés.
Sous la

ligne, se montrent quelques embarras gastro¬
intestinaux, qui cèdent bien vite à l'administration d'un ipéca,
et des amygdalites, contractées pendant le sommeil sur le pont.
C'est pendant notre séjour à Punta-Arénas, que sont observés
les premiers malades sérieux. Le nommé Hervel, matelot de
3ème classe, est atteint de Broncho-pneumonie, et le matelot
Ferré entre à l'hôpital pour une Fièvre-Typhoïde de moyenne
gravité, dans le cours de laquelle se fera une rapide évolution
tuberculeuse. Plusieurs bronchites, quelques angines viennent
encombrer l'Infirmerie. La saison n'était pas très mauvaise ;
sans doute à la brusque transition de
température,

mais c'est

notre passage rapide des chaleurs tropicales

au climat du
détroit, qu'il faut attribuer ce changement dans la constitution
médicale. Jusqu'à Tahiti, la bonne santé à bord ne s'est pas
démentie, malgré la fatigue inséparable de longs jours en mer ;
mais nous avons toujours eu du beau temps, et les 25 boeufs,
embarqués à Montévidéo, ont permis de donner à l'Equipage de
la viande fraîche jusqu'à l'arrivée. L'influence pernicieuse du
Pacifique sur les poitrines délicates, ne tarda pas cependant à se
manifester ; nous n'eûmes à traiter que des affections de poi-

par

Société des

Études

Océaniennes

�17

trine. Trois

pneumonies, l'une compliquée de pleurésie ont été
soignées à bord ; la marche a été franche, régulière, et deux de
ces
hommes étaient en pleine convalescence à l'arrivée à
Papeete. Un matelot, atteint de bronchite chronique, et en traite¬
ment à l'Infirmerie a été frappé d'hémoptysie. Bientôt la fièvre
s'allume ; des craquements secs, puis humides, suivis de râles
muqueux se font entendre au sommet du poumon droit. C'était,
comme il arrive fréquemment sous ces climats, une tuberculose
à marche rapide, qui se dénouera à Tahiti.
En somme,

dans

un voyage

de quatre mois et

sur un

effectif

de 580 hommes, nous avions eu Six maladies graves à soigner,
toutes affections du poumon ; à l'arrivée à Papeete, quatre
malades furent dirigés sur l'hôpital, deux phtisiques et deux
convalescents.
Du 17 Mai 1886 jusqu'au 5 Octobre 1887, le Duquesne a dû
tenir station à Papeete ; l'Amiral chargé des affaires politiques
des îles Sous-le-Vent, avait l'ordre de ne pas s'éloigner de
Tahiti. Dès lors, la Campagne n'est guère plus qu'un long

mouillage, fréquemment interrompu par de courtes sorties, pen¬
dant lesquelles nous visitons quelques groupes d'îles environ¬
nants. C'est ainsi que :
« du 5 au 11 août
1886, le

Duquesne visite les baies de Moorea.
septembre ; Voyage aux Marquises, avec relâche à
Nuku-Hiva, Vaitahu, la Dominique, la Madeleine.
du 18 au 28 octobre ; le navire fait le tour de l'Ile et mouille à
du 14

«

au

28

«

Taravao &amp; Tautira.

du 12 au 17 novembre, nouvelle tournée à Moorea.
du 20 au 27 décembre ; voyage aux Iles Sous-le-Vent avec

«

«

mouillage à Raïatéa.
du 8 au 22 juin 1887, le Duquesne fait la tournée Générale des
Iles Sous-le-Vent et visite Raïatéa, Tahaa, Bora-Bora et
«

Huahine.
«

du 13

le

au 19 septembre, visite
lagon de Fakarava.

au

Paumotu

avec

mouillage dans

contribué
agréable que soit un mouil¬
lage, à la longue, il devient monotone, et il n'est pas mauvais de
faire changer d'air à un équipage aussi nombreux et de
détourner un peu la direction générale des idées.
Ces courtes tournées ont à coup sûr puissamment

au

maintien de la santé à bord. Si

Société des

Études

Océaniennes

�18

Indépendamment du côté pratique, ces sorties avaient, pour
plus grand nombre, l'attrait de la nouveauté ; c'était une vé¬
ritable distraction pour tous ; et, à tous ces titres, elles ont produit
le

le meilleur résultat.
Pendant cette période, qui s'est entièrement passée autour
de

possessions de l'Océanie, la santé de l'équipage s'est
à un degré très satisfaisant, en rapnort avec
l'absence d'endémie dans ces pays. Qu'il nous suffise de dire
qu'avec un équipage de près de 600 hommes, les journées
d'exemption de service à bord, jointes aux journées d'Hôpital à
terre, donnent une moyenne de 3,6 pour cent. 24 hommes ont dû
être renvoyés en France pour le conseil de santé, et nous comp¬
tons 8 décès. A remarquer que, sur ces chiffres, la moitié sont
attribués à des affections de poitrine, chroniques particu¬
lièrement, que ces maladies ont, sous ces climats, une tendance
fatale à l'accélération de leur marche ; enfin que le Duquesne
avait, à Lorient, fait le vide à la Division, et embarqué un
certain nombre d'hommes qui, dans un armement moins
précipité, n'auraient probablement pas entrepris la Campagne.
nos

maintenue

Au mois de Mars 1887, le Duquesne a fait un voyage à
Auckland. Partis de Tahiti le 5 Mars, nous arrivions le 23 dans
ce port, et nous étions de retour à
Papeete le 23 Avril. Nous
avions séjourné 14 jours en Nouvelle-Zélande. La fièvre Ty¬

phoïde faisait quelques victimes en ville ; du reste il n'y a pas
eu de permissionnaires dans
l'Equipage. Cette excursion a été
une bonne aubaine, qui nous a permis
de revivre quelques jours
de la vie d'Europe, au milieu du mouvement d'une
grande
ville. Nous étions là en fin d'automne, et nous avons ressenti
l'impression des premiers froids, avec une température
moyenne de 13°. Le chiffre habituel de nos exempts de service
s'est ressenti d'un pareil changement de température, augmen¬
té par l'apparition de Rhumes, de diarrhées à
frigore. Un mate¬
lot a contracté une pneumonie ; un autre une pleurésie ; enfin
deux hommes, atteints d'état muqueux sans gravité, ont été
soignés pendant la traversée de retour. Ces malades étaient en
pleine convalescence à l'arrivée du Duquesne à Papeete.
La fin de la

Campagne a été plus active ; le Duquesne quitte
mouillage à Papeete le 5 Octobre, pour aller à SanFrancisco, revient à Tahiti le 9 Janvier 1888, après relâche aux
Sandwich, enfin le 2 Février, il repart pour Nouméa, où il
son

Société des

Études

Océaniennes

�19

arrive le 17 du même mois. Ici

se

termine la campagne,

Duquesne devant rester dans le Pacifique,
Calédonie

nos

remplaçants, qui arrivent

par

le
attendons en
le paquebot de fin

nous

février.
Dans la traversée d'aller à

San-Francisco, nous n'avons
qu'un seul malade ; un homme, qui n'avait pas un
jour de maladie depuis l'armement, est subitement pris, le 14
Octobre, d'une hémoptysie abondante, qu'on a de la peine à
arrêter. La fièvre s'allume, tenace, avec une température de 40°,
malgré l'administration de la quinine, des antithermiques.
L'hémoptysie se renouvelle, accompagnée de tous les signes
d'une Tuberculose aiguë. Cet homme est mort le 5 Novembre à
l'hôpital de San-Francisco, après 20 jours de maladie.
réellement

Le séjour du Duquesne dans ce port a été de 40 jours, sur les¬
quels 15 ont été passés à Mare-Island, arsenal de la marine, où
le navire est entré au bassin. Dès notre arrivée, on signalait en
ville quelques cas de Variole. La maladie se dissémina bientôt
dans les divers quartiers, et menaçait de prendre les proportions
d'une épidémie. Les précautions les plus grandes furent prises à
bord. Pas de permissionnaires ; les agents des vivres allaient à
terre pour le service ; les embarcations avaient l'ordre de se
tenir au large sur les avirons. Enfin, nous pûmes nous procurer
une petite quantité de Vaccin animal, en cas d'accident. Rien
d'anormal n'eut lieu à bord pendant notre séjour et nous
n'eûmes qu'à soigner que de légères maladies.

Duquesne quitta San-Francisco le 6 Décembre ; huit
jours après le départ, le 14, un homme se présente à la visite avec
de la fièvre et tous les signes d'un début de fièvre éruptive. Le
lendemain, nous constations comme un Rasch, deux bandes de
rougeur scarlatiniforme, étendues en avant, sur la partie supé¬
rieure du tronc, et sur le haut des cuisses ; rien ailleurs. Le soir,
une éruption similaire, blanche, avait envahi ces rougeurs. Le
lendemain, la fièvre était entièrement tombée ; l'éruption se flé¬
trissait, suivie bientôt d'une desquamation rapide. La maladie
avait duré trois jours. Cet homme était canotier-major ; il était
souvent allé à terre, mais sans jamais y descendre. Nous vîmes
là un cas avorté de varioloïde peut être. D'ailleurs cet homme
Le

avait été vacciné étant enfant et revacciné sans succès avant le

départ de France. Le malade fut isolé du mieux possible dans

Société des

Études

Océaniennes

�20

l'Infirmerie. Rien de

nouveau

ne

se

produisit les jours sui¬

vants; mais le 20, à la visite du matin, jour de l'arrivée à Hono¬
lulu, deux hommes se présentent avec une éruption caractérisée
de varicelle. L'éruption s'était faite avec une réaction bien
minime ; toute fièvre avait disparu, lorsque nous les vîmes. Dès
lors, le Commandant, à notre demande, fit évacuer la Teugue,
et nous pûmes là isoler effectivement nos malades.
Le lendemain 21, un nouveau cas se présente, identique aux
précédents, avec une éruption de varicelle déjà faite. La qua¬
rantaine nous fut imposée à Honolulu et nous quittâmes ce port
le 24, laissant au Lazaret nos trois malades atteints de Varicelle
en bonne voie de guérison. Nous avions pu avoir de l'Office
Sanitaire du vaccin de génisse ; et, par précaution, nous pro¬
cédâmes à la revaccination de 80 hommes avec peu de succès.
D'ailleurs, au départ de France, nous nous étions assurés que
tous nos marins avaient de bonnes marques de vaccin et qu'ils
avaient été revaccinés au quartier.

La teugue, où les varicelles avaient séjourné, fut désinfec¬
tée, lavée avec soin, et consignée jusqu'à ventilation parfaite.
Les effets, qui avaient servi aux malades, furent condamnés et
jetés à la mer ; et, grâce à ces précautions, nous ne vîmes appa¬
raître aucun nouveau cas. Seize jours après, le 9 janvier, le
Duquesne arrivait à Papeete avec un parfait état de santé dans
son équipage, et était admis en libre
pratique.
La santé de

l'Equipage se maintient très bonne pendant
séjour à Tahiti, tout employé à ravitailler le navire.
Enfin, le 2 Février, le Duquesne quitte définitivement la station
et fait route pour Nouméa où il arrive le 17 du même mois. Ici se
termine la Campagne ; Etats-Majors et Equipage en entier sont
renouvelés par des remplaçants qui arrivent à la fin de février.
L'Etat Sanitaire est parfait ; les exempts de service à bord n'ont
que des affections légères ; quatre hommes sont en traitement à
l'hôpital, deux pour des maladies de l'oeil, les deux autres sont
atteints de bronchite chronique.
notre court

Société des

Études

Océaniennes

�21

AIPHIEcpiïï MÏÏIilMCGAIL
y

Clinique Interne.- Ce qui frappe, dans le tableau général
pendant ces 26 mois, ce sont les affec¬
tions
des organes respiratoires. Angines, laryngites,
Bronchites se montrent plus fréquentes, il est vrai, quand le
Duquesne passe rapidement de +30° à une température moyenne
de 12° ; mais leur fréquence à Tahiti étonne tout d'abord. C'est
que la salubrité si connue de cette île, exempte d'endémie,
n'exonère pas de l'action combinée des phénomènes météorolo¬
giques. Une chaleur constante, une humidité considérable,
jointes à la tension électrique de l'atmosphère ont pour résultat
des maladies observées

inévitable la raréfaction de l'air et la suractivité fonctionnelle
du poumon. De plus, l'abaissement de température, la nuit, si
sensible à certaines époques, la brise de terre qui souffle dès le
soir et descend des montagnes saturée de vapeur, et les rosées
abondantes sont des causes constantes de refroidissement et
d'inflammations des voies aériennes.
Les bronchites, en général bénignes,

ont cédé assez

promptement à l'emploi des boissons adoucissantes, des expec¬
torants et d'un régime modéré. Leur durée moyenne fut de 8
jours. Mais, des récidives fréquentes ont déterminé, chez un
certain nombre d'hommes, prédisposés, des Bronchiteschroniques, des Catarrhes secs ou purulents, pour lesquels
l'huile de morue a été prodiguée. Quelques-uns ont pu se
remettre assez pour continuer la Campagne ; mais la plupart
d'entre eux, longtemps soignés à bord et à l'hôpital à terre
ensuite, ont dû être renvoyés en France, en présence des progrès
de la maladie.

pulmonaires confirmées ont été observées pen¬
Les deux premiers malades ont été alités
pour une bronchite fébrile dans le détroit de Magellan ; des
hémoptysies comme antécédents et les signes de l'auscultation
ont tout de suite fixé le diagnostic. Avec les fatigues de la mer,
malgré tous les soins, ces malades avaient traversé la période
Six phtisies

dant la campagne.

de ramollissement à l'arrivée à Tahiti.

Société des

Études

Océaniennes

�22

Les autres tuberculoses se sont déclarées pendant le séjour
Océanie sur des sujets, qui semblaient jouir d'une constitu¬
tion robuste, et chez lesquels la poussée tuberculeuse devint
manifeste à la suite de bronchites répétées. Leur salut était dans
en

prompt retour en France, car, sous ces climats, ces affections
parcourent leurs périodes avec la plus grande rapidité. Ils
un

furent, dès qu'il fut possible, envoyés à l'hôpital de Papeete,
attendre la première occasion.

pour

Douze hommes ont été atteints de pneumonie, et sur ce nom¬

bre, quatre fois la pleurésie est venue s'ajouter à l'inflam¬
mation du poumon. Ces maladies ont suivi une marche
régu¬
lière ; la Digitale, l'alcool, aidés de vésicatoires, ont été les
traitements institués. Toutes se sont rapidement terminées par
la guérison, à l'exception d'un cas, survenu chez un
cuisinier,
déjà tuberculeux, et qui est mort subitement d'asphyxie à
l'hôpital.
Dans

autre ordre de

lésions, mais intéressant égale¬
de la respiration, il a été observé 5 pleurésies,
et spécialement sur des hommes de la machine. Sous les lati¬
tudes chaudes, que nous avons parcourues, ces chauffeurs bai¬
gnés de sueur et ne prenant aucune précaution, échappent à toute
surveillance, et vont avec insouciance se mettre sous une
un

ment les organes

manche à air. Telle est souvent la cause de ces refroidisse¬
ments subits. Ces inflammations pleurales ont été assez sim¬

ples en général, mais deux de ces malades ont présenté un
épanchement abondant ; chez l'un d'eux, matelot chauffeur du
reste, la maladie est passée à l'état chronique, et, l'homme a
succombé des suites d'un épanchement purulent après trois
mois d'hôpital à Papeete.
Rhumatismes.- L'affection rhumatismale n'est pas une
maladie de ces climats ; les douleurs ; les
lumbago, qui figurent
sur les statistiques sont contractés ordinairement
pendant le
sommeil sur le pont, ou par l'exposition dans un courant d'air

vif, le

étant

quelques soins en ont vite raison.
aigus, qui aient été soumis
au départ de France, où ils
ont été contractés. La guérison
ne s'est pas fait attendre d'un
traitement approprié, dès que le navire a eu atteint les latitudes
chaudes. Cependant le 2e Maître de Manoeuvre
Lopin, et le fourcorps

en sueur ;

Les seuls rhumatismes articulaires
à notre observation, se sont montrés

Société des

Études

Océaniennes

�23

rier Coûteux ont dû être renvoyés en

France pour rhumatisme
chronique et anémie. Ces hommes avaient eu déjà, avant de
venir à bord, des atteintes de rhumatisme articulaire ; la mala¬
die prit, dès le début, une marche torpide, accompagnée
d'atrophie musculaire et de symptômes cardiaques chez le
fourrier. Il n'y avait plus dès lors à compter sur une guérison à
bord.
Maladie de l'intestin.- C'est ici surtout

qu'est manifeste
Quand on songe à la
quantité d'imprudences que font les hommes, à la profusion de
fruits dans le pays, on est étonné de la rareté et de la bénignité
des affections de l'intestin. Tout se réduit à quelques coliques,
quelques diarrhées passagères, qu'un peu de diète suffit à
calmer. J'en dirai pour les embarras gastriques, qui prennent
naissance sous l'influence de la chaleur, d'une atmosphère
chargée d'électricité, et qui souvent ne reconnaissent d'autre
cause que la quantité d'eau ingérée d'une façon inopportune.
l'innocuité du climat idéal de Tahiti.

Deux hommes ont été rapatriés pour des affections chro¬
niques de l'Intestin, rebelles au traitement et ayant déterminé
un état d'anémie avancée. Ce sont le matelot Nicolas qui a été
repris, au début de la campagne, de diarrhée chronique,
contractée en Cochinchine, et le 1er maître Magasinier Leneveu
qui, à la suite des fatigues du service, a été atteint de dysenterie.
Ce sous-officier, qui avait fait précédemment un long séjour au
Sénégal, était porteur d'une hypertrophie symptomatique du

foie.

le nommé Delacour, sans indisposi¬
préalable qui l'ait conduit à l'infirmerie, a été pris subite¬
ment d'une hématémèse considérable,
accompagnée de
syncope, de refroidissement, de douleur à l'Epigastre. Le
malade est mis de suite à l'usage de boissons glacées, du perchlorure de fer, de la limonade sulfurique. L'hémorragie
s'arrête. Le lendemain, il éprouve de la tension à l'Epigastre,
des sueurs froides, le vomissement de sang recommence, et le
malade est envoyé à l'hôpital à terre. Bientôt se montrent tous
les signes de l'ulcère de l'estomac. Douleur, vomissement après
le repos, hémorragies, constipation, amaigrissement, anémie,
et le malade est renvoyé en France par le premier bateau.
Un matelot chauffeur,

tion

Société des

Études

Océaniennes

�24

Du 19 au 20 Octobre 1886, le navire étant à la mer, j'ai eu à
soigner 37 hommes de l'équipage qui ont présenté tous les
signes d'une violente indigestion : Vomissements, coliques
très vives, forte diarrhée, suivis de faiblesse générale ; du reste
pas la moindre crampe. Ces accidents ont cédé bien vite à
l'administration d'une infusion aromatique et d'une potion à
l'éther et au laudanum. Après deux jours de repos, tous ces
hommes ont repris leur service. A quoi attribuer ces accidents ?
On ne saurait incriminer les météores ; car le Duquesne
naviguait en Division avec deux croiseurs et aucun d'eux n'a
signalé rien de semblable. La ration avait été faite avec
l'endaubage ; les boîtes étaient saines et, pour la distribution,
leur contenu est mélangé dans une baille. Le charnier de la
batterie avait été rempli avec le fond d'une caisse ; et les
hommes atteints ayant bu à cette source, je crois qu'il ne faut pas

chercher ailleurs la
Fièvres.-

cause

de

ces

accidents.

Dans la classe des

fièvres, notons quelques cas
inflammatoire, qui n'ont rien offert de
particulier, et qui ont été guéries en 4 ou 6 jours, à l'aide d'un
purgatif et de quelques prises de quinine, la fièvre intermittente
est inconnue dans les parages que nous avons fréquentés ; les
rares cas, qui figurent
sur les statistiques, et observés dans le 1er
hivernage, n'ont été que des récidives d'infection contractée
dans d'autres pays. La guérison, du reste, ne s'est pas fait atten¬
dre ; et, depuis plus d'un an, il n'est plus question à bord d'accès
de fièvre synoque ou

intermittent.

L'état

des

observées compte neuf fièvres
général, ont été de moyenne gravité. Surve¬
nues surtout à l'époque des chaleurs de la mauvaise
saison, ces
fièvres ont guéri sans encombre ; et, après une courte convales¬
cence, les hommes ont pu reprendre leur service. La fièvre
typhoïde a occasionné un décès : Le nommé Amelain, musici¬
en, envoyé à l'hôpital pour une affection, qui paraissait exempte
de danger, (la Température n'ayant pas dépassé 38°6) a présenté
tout d'un coup les accidents les plus
graves, et succombé avec
tous les symptômes de la péritonite par perforation intestinale.

Typhoïdes, qui

maladies

en

Albuminurie.- Le nommé Sergent, matelot de 3e classe, qui
plusieurs fois déjà demandé du repos pour une faiblesse

avait

Société des

Études

Océaniennes

�25

générale, que rien ne justifiait, se présente, au mois d'Octobre
1886, à la visite avec un oedème partiel de la face. Ses pieds
enflent le soir ; et, sans que l'appétit soit bien diminué, il sent
ses forces disparaître. L'amaigrissement fait des progrès, et
l'examen des urines fait constater la présence d'une grande
quantité d'albumine. Nous étions à Papeete. Sergent est envoyé
à l'hôpital. La maladie poursuit sa marche avec rapidité ;
l'hydropisie s'accentue. Quelque temps après surviennent des
accidents pulmonaires et cardiaques de la plus grande gravité,
et sergent succombe le 12 Décembre, après un mois et demi
d'hôpital, des suites d'une néphrite Albumineuse aiguë.

Diabète.- Le 10 février 1887, le nommé Hugot, matelot de 3e
classe ; qui depuis le départ n'avait jamais été malade, se pré¬
sente à la

visite, accusant une dépression des forces de jour en
jour croissante. Pas de fièvre d'ailleurs, aspect extérieur nor¬
mal, mais amaigri, cet homme n'accuse aucune douleur. Il lui
est prescrit le repos et des toniques. La pensée nous vient
d'examiner ses urines, et nous constatâmes une polyurie accu¬
sée, le malade n'accuse pas d'augmentation de la soif. Mais ses
urines, traitées avec le procédé de Miahle, donnèrent un précipi¬
té abondant, caractéristique de la présence de sucre. Cet homme
fut envoyé à l'hôpital de terre, où, son état ne faisant que

s'aggraver, le conseil de santé

a

décidé

un

rapatriement.

Clinique externe.- Les affections de l'ordre chirurgical
assez peu d'intérêt ; celles qui figurent en plus grand
nombre sont les contusions, les plaies simples ou contuses,
toutes de peu de gravité. Les plaies ont été nombreuses, leur siège
le plus fréquent a été le pied ou la jambe. Elles ont guéri à bord
sans difficulté, à la condition de consigner les blessés au repos
dans leur hamac. Les accidents n'ont pas été nombreux et n'ont
surtout pas eu de suite fâcheuse. Un homme a fait une chute de la
vergue barrée sur le pont, le corps tombant à plat sur les ma¬
noeuvres du pied du mât. Aucune lésion n'a été constatée, mais
seulement un certain degré de commotion cérébrale et de stu¬
peur. Ce marin a conservé un peu de surdité de l'oreille droite.
Deux luxations de l'épaule se sont produites dans des chutes
sur le pont ; immédiatement réduites sans l'aide du chloro¬
forme. Ces lésions ont parfaitement guéri. L'une s'était faite en
avant, incomplète, l'autre était sous glénoïdienne. Le 20 Juillet
offrent

Société des

Études Océaniennes

�26

1887, le marin Philip

a fait une chute sur les pieds d'une hauteur
il en est résulté une fracture des deux os de
dessus des malléoles, compliquée d'une
contusion très grande. Cet homme a été soigné, guéri à l'hôpital
de Papeete et envoyé convalescent en France.

de 5 mètres environ ;
la jambe droite, au

Quelques entorses

sans gravité complètent le tableau des
pendant la campagne. Leur guérison
complète a été obtenue par le massage, aidé d'applications
résolutives et d'un bandage contentif approprié.

blessures

observées

Quantité d'abcès, de furoncles, tous de peu de gravité, ont été
soignés à bord. Les panaris ont été fréquents au début de la
campagne surtout, à cause des grands travaux d'astiquage faits
à cette époque. Aucun n'a eu de suite fâcheuse. Le nombre des
phlegmons a été notable ; leur siège a été, pour la plupart, le pied
et la main surtout. Quatre fois ils ont pris la proportion
d'érysipèles phlegmoneux, qui ont tous guéri sans accident,
grâce à des incisions profondes et pratiquées en temps opportun.
Les adénites inguinales, sympathiques de plaies aux pieds se
sont terminées heureusement par le repos et une médication
antiphlogistique.
Avant d'arriver à Montévidéo, dans la traversée d'aller,
Monsieur Rochas, Lieutenant de Vaisseau, a été atteint d'un
phlegmon profond de la partie postérieure du cou, survenu à la
suite de l'irritation causée par un volumineux furoncle. Ce
phlegmon s'est accompagné d'une forte fièvre, amenant, avec
l'insomnie, une inappétence complète et un état d'anémie avan¬
cée. En présence de cet état général et des fatigues de la longue
traversée, que nous avions à faire, Monsieur Rochas a été laissé
à l'hôpital à Montévidéo le 19 Mars 1886, et a rallié le Duquesne
au

mois de Janvier 1887.

Le nommé Demantes quartier-maître Mécanicien, en tra¬
vaillant dans un cylindre a reçu sur l'oeil droit le choc d'un
éclat de fonte. On constate une contusion violente de l'oeil, une

plaie anguleuse non pénétrante de la cornée, et en arrière de
l'iris on aperçoit un léger nuage rosé. Cet homme a été envoyé à
l'hôpital de Papeete ; et à notre départ, il s'était formé dans cet
oeil une cataracte traumatique. Certificat de blessure lui a été
délivré. Une hydarthrose du genou, deux hygromas guérirent
par une compression méthodique et graduée, sans le secours

Société des

Études

Océaniennes

�27

d'autre moyen,

à l'exception d'un repos absolu.

Signalons

d'otites, dues surtout à la négligence des
soutiers, et une série d'hémeralopes, aisément guéris par des vésicatoires et quelques jours de consigne dans l'obscurité de la
cale. C'est le traitement qui a toujours le mieux réussi.
encore

quelques

cas

Les maladies de la peau ne présentent guère d'intérêt ; au
départ de France, on observe quelques cas de gale bien vite gué¬
ris, et qui disparaissent complètement dès que nous arrivons
dans les latitudes chaudes. A signaler quelques herpès, dont 4
pour lesquels le collodion a été employé avec le plus grand
succès, des ecthymas simples, enfin une mentagre présentée par
un chauffeur. Cette maladie rebelle, sans cesse excitée par
l'action de la chaleur des fourneaux et du contact du charbon,
s'est améliorée notablement, mais n'est pas guérie à la fin de la
zona

campagne.

Les maladies vénériennes ont été

nombreuses et la statis¬

Nombre
simples
ont pu se soigner sans discontinuer leur service. L'équipage
n'étant allé à terre qu'à Tahiti, il est aisé de se rendre compte de
ce qui revient à l'infection locale. En venant de France, nous
tique ne donne pas le chiffre exact des cas observés.
d'hommes, atteints d'uréthrites bénignes, de chancres

avons eu

à

soigner

:

uréthrites, dont deux compliquées d'orchites.
indurés, traités par la liqueur de Van-Swieten;
deux fois malgré le traitement, des accidents secondaires
se sont montrés sous forme de plaques muqueuses à la gorge
«

5

«

3 chancres

et de
«

tâches à la peau.

3 bubons

suppurés ; un seul suivi

de décollement.

parfaitement guéris à l'arrivée
Tahiti. Etant données la licence des moeurs à
Tahiti, l'absence de toute visite sanitaire, et la facilité qu'ont les
matelots pour aller à terre, le nombre de Vénériens n'a pas été
trop considérable. Cependant il a été observé 58 maladies véné¬
riennes, ainsi décomposées :
Tous

nos

vénériens étaient

du Duquesne à

12

uréthrites, 7 chancres mous, 17 chancres
bubons, 4 bubons d'emblée.

18 chancres et

Société des

Études

Océaniennes

indurés,

�28

L'uréthrite a été rare et facilement guérie : dans deux cas
seulement elle s'est accompagnée d'orchite.
Les chancres quelle que fût leur nature, ont marché rapide¬
ment

vers

la guérison sans

accident,

sans

phagédénisme. Le

traitement mercuriel était immédiatement institué

signe d'induration et assuré
sium. Toutefois six d'entre

par

eux

au

moindre

l'emploi de l'Iodure de potas¬

ont dû être soumis à

un

2e traite¬

les pilules de Ricord, des accidents étant survenus,
sous forme d'ulcérations au voile du
palais, de psoriasis pal¬
maire, etc... La fréquence du bubon est à signaler ; dans deux
cas seulement, nous l'avons vu suivre le chancre
induré, et gué¬
rir sans suppuration. Il n'en est pas de même du chancre mou :
sur 23 chancres
constatés, il y a eu 16 bubons ; et les 4 bubons
d'emblée ont pu suivre des ulcérations qui ont passé inaperçues.
L'adénite, sous ces climats, est toujours longue à guérir ; la
suppuration est de règle, et fréquemment suivie de décollements
interminables. Très souvent, le bubon est double.
En somme, nous avons eu un dixième de l'Equipage atteint
de maladies vénériennes pendant un séjour de 22 mois à
Tahiti; et sur 40 chancres constatés, 17 étaient de nature
syphilitique, soit 42 pour cent.
ment par

-

Rapatriés : la commission de

santé de la Division et le conseil
de santé de la Colonie ont décidé le renvoi en France de 24
hommes du Duquesne
.

HMoêdlê©
=====

y—-

=====

Ulvoaz Gabier 18 ans. Entré à l'hôpital du bord le 3 Mai,
atteint de Bronchite fébrile ; cet homme ne s'est
jamais présenté
à la visite. Dès le premier
examen, on constate de l'expiration
-

prolongée, rude à gauche, l'affaiblissement du
vésiculaire du même côté,quelques craquements
malade se plaint de dyspnée. Crachats opaques peu

murmure

secs. Le
aérés, con¬
tenant, les jours suivants, quelques stries de sang. La fièvre

Société des

Études

Océaniennes

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Société des

Études

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Océaniennes

�Société des

Études

Océaniennes

�29

persiste ; la toux devient quinteuse ; l'appétit se perd et
l'amaigrissement s'accentue. A l'arrivée à Tahiti, le 17 Mai,
Ulvoaz est envoyé à l'hôpital, où il meurt le 15 Juillet 1886 des
progrès rapides d'une Tuberculose pulmonaire.
Ferré Matelot

-

22

ans.

Cet homme entre à l'Infirmerie le 31

Duquesne était dans le détroit de Magellan), et
typhoïde de moyenne gravité, à détermination
pectorale. Ventre douloureux, un peu de gargouillement iléocoecal, fièvre, la température ne dépasse pas 39°2. Signes pecto¬
raux exagérés, symptômes pneumoniques. Dans le cours du 2e
septénaire, une amélioration sensible se fait par degrés ; la
fièvre tombe et une convalescence paresseuse s'établit. Bientôt
la toux s'accentue, accompagnée d'une expectoration abon¬
dante. Etat fébrile le soir ; diarrhée, sueurs nocturnes, l'appétit
revenu se perd. A l'auscultation, résonance de la voix ; respira¬
tion rude, obscurcie à droite ; craquements secs mélangés à des
râles humides dans le tiers supérieur des deux poumons. Tous
ces symptômes persistent malgré une médication tonique (huile
de Morue, arsénic, quinquina). Le 20 mai, cet homme est envoyé
à l'hôpital, où la maladie continue sa marche rapide, et le 24
Juillet 1886, Ferré meurt de Tuberculose pulmonaire.
Mars 1886, (le
fait une fièvre

Amelain Musicien - 24 ans. Ce musicien, au lendemain de
la Ste Cécile, se présente à la visite avec tous les signes de
l'embarras gastrique fébrile : Céphalalgie, fièvre modérée,

langue sale, envies de vomir, pas de diarrhée ; on lui prescrit un
ipéca et une potion au sulfate de quinine. Le soir le thermomètre
accuse 39°. Le lendemain même état, insomnie, ventre ballon¬
né, gargouillement iliaque, la température est de 38°4. Cet
homme est de suite envoyé à l'hôpital avec le diagnostic de
fièvre Typhoïde. Jusqu'au 6 Décembre, la maladie semble
suivre son cours normal. Pas d'exagération dans les
symptômes ; la température ne s'élève pas. Tout annonçait une
fièvre Typhoïde de moyenne gravité,lorsque le 7 au matin on
trouve le ventre très ballonné, douloureux. Le thermomètre
baisse, il y a des vomissements, du collapsus, et Amelain suc¬
combe le soir, 7 Décembre 1886, avec tous les signes d'une péri¬
tonite par perforation.
Sergent Matelot
d'hospitalisation

mois

-

21 ans. Le fusilier venait de faire deux

pour un

Société des

phlegmon de la jambe,

Études Océaniennes

survenu

à

�30

la suite d'une plaie contuse. Il avait repris son service depuis
huit jours, lorsqu'il rentre à l'Infirmerie pour une orchite trau-

matique (Contusion du testicule). C'est pendant le traitement de
cette affection, que se montrent peu à peu tous les signes d'une
Néphrite Albumineuse. Le malade se plaint de lassitude, de
fatigue lombaire et accuse bientôt des troubles de la vision : Il
n'y voit plus le soir. Viennent ensuite l'oedème des malléoles,
la bouffissure des paupières. Les forces diminuent progressive¬
ment, mais l'appétit se maintient. L'examen des urines y
dénote une forte proportion d'albumine, et le 17 Octobre, Sergent
est envoyé à l'hôpital à terre. La maladie continue sa marche
rapide ; bientôt les bourses s'oedèmatient, l'ascite se manifeste ;
l'infiltration se généralise, il y a anasarque. Tout traitement
reste impuissant, et des complications pulmonaires et cardi¬
aques viennent clore le mal. Le 12 Décembre 1886, Sergent
meurt d'Albuminurie aiguë.
Jouannel Matelot- 23 ans. Cet homme se présente à la visite
du matin le 22 Janvier 1.887, accusant de la fatigue générale et
du mal de tête. La langue est blanche, le pouls légèrement
fébrile. Rien par ailleurs. Le malade est mis

au repos,

et

un pur¬

gatif lui est prescrit. Tout d'un coup, à 11 heures du matin, il
présente les accidents les plus graves : faciès injecté, sueurs
profuses, chaleur très vive, mais qu'on ne peut mesurer à cause
de l'agitation extrême du malade. Perte de connaissance, dé¬
lire, signes violents d'irritabilité, d'hypérémie cérébrale, pu¬
pilles contractées, trismus, vomissements, selles involon¬
taires. Contractures des membres, Trismus. Lavement
purgatif, sinapismes et, par précaution, la quinine est adminis¬
trée en injections hypodermiques, et le malade est de suite en¬
voyé à l'hôpital. Dans la nuit, Jouannel tombe dans le collapsus, le coma et meurt le 23 Janvier 1887 de Méningo-encéphalite
diffuse.
Thomas Matelot 22 ans. Thomas, Vincent, matelot chauf¬
feur, couvert de sueur en sortant de travailler dans les
profondeurs de la machine, s'expose à un courant d'air et se
refroidit. Le lendemain, 15 Février, il se présente à la visite,
accusant de la gène dans la respiration, une douleur vive au
côté gauche ; la toux est modérée, pénible, quelques traces de
sang dans les crachats. La fièvre est vive, la température à
39°5.- Les bruits du bord ne permettent
guère d'apprécier les
-

Société des

Études

Océaniennes

�31

signes de la percussion ; mais à l'auscultation, on constate du
souffle et une diminution notable du murmure respiratoire. Cet
homme est envoyé à l'hôpital de Papeete, avec le Diagnostic,
Pleuro-pneumonie à droite. Le point pneumonique se dégage
bientôt, et on assiste à la formation d'un épanchement
considérable. Le malade est traité par la digitale, les
vésicatoires. L'épanchement devient purulent, la fièvre se
déclare ; un oedème collatéral se manifeste ; et les symptômes
les plus graves apparaissent. Une ponction amène l'évacuation
d'une forte quantité de pus et soulage momentanément le
malade. Enfin Thomas, meurt le 19 Mai 1887 de Pleurésie puru¬
lente, après trois mois d'hôpital.
Goursaud Matelot

-

22

ans.

Ce matelot

a

été embarqué à

cuisinier de l'amiral, fonctions qu'il n'a dû
interrompre que pendant 4 ou 5 jours, pour une bronchite qui
l'avait amené à l'Infirmerie. Le teint pâle, qu'ont générale¬
ment les cuisiniers, et surtout son attitude courbée attirèrent
l'attention, et l'auscultation fit constater l'existence d'un pre¬
mier degré de Phtisie pulmonaire. Cet homme n'avait jamais
craché de sang ; mais il avait de la matité aux deux sommets,
particulièrement à droite, de l'expiration prolongée, des
craquements secs, mêlés à des râles humides. Goursaud fut mis
à l'usage de l'huile de foie de morue, et, après quelques jours de
repos, reprit son service, qui n'avait rien de pénible. Quelques
mois après, il est pris subitement d'un appareil de symptômes de
la plus grande gravité : Gêne extrême de la respiration,
suffocation, orthapnée, pâleur de la face, sueurs froides, fièvre
très vive ; pouls petit, précipité. Une large application de
ventouses, des sinapismes sont immédiatement appliqués, et le
malade est envoyé à l'hôpital, où il meurt deux jours après, le
1er Août 1887, de Pleuro-pneumonie pérituberculeuse.
Cherbourg,

comme

Bérou Fusilier 23 ans. Bérou n'a pas été malade depuis le
départ de France ; le 14 Octobre, sous la ligne, il est pris subite¬
ment d'une hémoptysie abondante, qui cède au perchlorure de
fer, aux boissons glacées, aux ventouses sèches. Toux modérée.
L'auscultation fait reconnaître une diminution du murmure
vésiculaire, des râles humides, des craquements disséminés
dans le poumon droit ; le poumon gauche est sain. La fièvre
s'allume, accompagnée de sueurs profuses, la nuit surtout. La
température s'élève à 40°2. Plusieurs fois l'hémorragie se
-

Société des

Études

Océaniennes

�32

renouvelle et force de recourir

aux hémostatiques. La quinine,
digitale, les antithermiques sont en vain dirigés contre la
fièvre persistante, et la température, qui use le malade. Rien
d'ailleurs du côté du ventre, sinon un peu de constipation que
l'on combat par des lavements. A l'arrivée à San-Francisco,
Bérou est envoyé à l'hôpital Français, où la maladie poursuit sa
marche rapide ; et le malade, meurt le 5 Novembre 1887 des
suites d'une Tuberculose aiguë, qui a mis 20 jours à parcourir
ses périodes.

la

Tahiti

-

Iles sous-le-vent
y——=

Sans

arrêter

sur Tahiti, dont le climat et la
pathologie
étudiés, nous donnerons un aperçu sur le
groupe sous le vent (Raïatéa, Tahaa, Bora-Bora, Huahine)
petites îles, dont la parenté, si manifeste avec Tahiti, vient
d'être consacrée par le traité qui en reconnaît définitivement le
protectorat à la France.

nous

ont été si souvent

Toutes ces îles se ressemblent par leur aspect et la constitu¬
tion de leur sol. Un massif central volcanique formé de mon¬

tagnes hautes, boisées, et séparées par des vallées profondes ;
tout autour une plaine couverte de cocotiers, enfin à distance et
limitant comme un grand canal de ceinture, la muraille coralligène, qui défend les côtes contre les violences de la houle du
large. Le régime saisonnier est absolument le même qu'à
Tahiti, avec cette différence que les pluies y sont moins fré¬
quentes. La chaleur n'est jamais excessive ; et, si le ther¬
momètre atteint quelquefois en plein hivernage 32°, il ne dé¬
passe guère ce niveau. La température varie dans la belle
saison de 19° à 27°, et de 21° à 30° dans
l'hivernage dans le
nycthémère. C'est que les nuits se distinguent souvent par une
rosée abondante, et qu'elles sont raffraîchies
par la brise de
terre, qui descend des hauts pics froide et saturée d'humidité.

Société des

Études

Océaniennes

�33

Les îles sous-le-vent participent de la salubrité si connue de
Tahiti, et qu'elles doivent à leur situation Géographique et à la
constitution de leur sol. Les plaines, où se trouvent les centres de
population, sont assez élevées au dessus du niveau de la mer,
d'où pas de marais. Les terres noyées, où se fait la culture du
taro, ne sauraient être incriminées, car l'eau y arrive par déri¬
vation des ruisseaux voisins, et en second lieu, ces tarotières ne
découvrent jamais suffisamment.

cependant, quelques hommes du Scorpion ont pré¬
Juillet, des accès intermittents ; le navire avait son
mouillage voisin d'une crique, dont les bords vaseux
découvrent à marée basse. Mais il faut dire que le Scorpion
venait se stationner en Cochinchine, où l'Equipage avait subi
l'intoxication paludéenne, avec l'absence de fièvres intermit¬
tentes, il faut signaler l'extrême rareté des maladies des
organes abdominaux. La dysenterie endémique, l'hépatite y
sont entièrement inconnues, et l'on n'y observe guère que des
coliques, des diarrhées à frigore, ou résultat d'excès. Si grande
que soit la chaleur, l'action directe du Soleil ne produit pas, sous
ces climats, les résultats fâcheux que l'on observe fréquemment
sous des latitudes similaires. Les hommes peuvent porter impu¬
nément le bonnet de travail en toile ; dans les premiers temps,
nous étions plein de crainte en voyant, avec cette coiffure, les
matelots faire de longs travaux au soleil ; et jamais il ne s'est
présenté d'accident. Le coup de soleil est rare et toujours bénin.L'influence météorique se traduit le plus souvent par des embar¬
ras gastriques fébriles et par l'apparition de fièvres continues
sans grande gravité, et qui, dans quelques cas, présentent tous
A Raïatéa

senté,

en

les caractères de la fièvre

Typhoïde.

Les maladies des organes

de la respiration sont les plus fré¬

quentes, les plus graves, celles qui

déciment la population.

hygiène, à peine vêtus, souvent à l'eau dans
le jour, les indigènes habitent des cases percées à jour, où ils
subissent l'action des courants d'air, et l'influence funeste des
vents de nuit, toujours froids et humides. Autant de causes de
refroidissement, d'inflammations aiguës des voies pulmo¬
naires ; les bronchites se répètent, passent à l'état chronique ; et
l'on voit souvent de bepux hommes, solides, tomber en quelques
mois dans le dernier degré de la consomption. C'est qu'ici,
comme à Tahiti, la Phtisie pulmonaire est la grande endémie
Insouciants de toute

Société des

Études Océaniennes

�34

de la population indigène. Ajoutons que l'absence de
soins, une
répugnance pour les médicaments autres que les simples
canaques, et surtout la promiscuité de l'habitation sont les
grandes causes de la diffusion de la Tuberculose.

L'Eléphantiasis, feefee, est très répandu dans toutes les îles
Société, où il constitue un véritable fléau, son siège est or¬
dinairement la jambe. Celui des bourses et surtout des membres
supérieurs est rarement observé ; bien plus fréquent chez
l'homme que chez la femme, il atteint aussi les vieux colons
européens, qui trop souvent finissent par adopter les habitudes
de la vie canaque. La syphilis y est commune, mais
pas plus
grave que d'ordinaire dans ses manifestations.
de la

Cependant le libertinage, l'insouciance native, l'absence
populations,
échappent. La
vérole est souvent héréditaire, et compte pour un facteur impor¬
tant dans les causes de dépopulation. La lèpre est assez rare
encore aux îles Sous-le-Vent
; mais à Tahiti, le nombre des
lépreux prend des proportions inquiétantes. Ces malheureux
sont relégués par les districts au fond des
vallées, loin des cen¬
tres d'habitations, mais ils ne sont
l'objet d'aucun soin, ni
de tout traitement efficace ont déterminé chez ces
un vice constitutionnel,
auquel peu de familles

surtout

d'une surveillance effective. L'Etablissement d'une
ne veut pas arriver au triste résultat

léproserie s'impose si on
offert par les Marquises.

Pomotou - Fakarava
====■$■====
Au mois de

Septembre 1887, le Duquesne a visité le groupe
l'archipel des Pomotou, cette nuée d'îles qui, au nombre
de 78, occupent l'étendue de 16° de longitude.
S.E de

L'île de Fakarava, siège de la résidence,
est la seule qui
possède une passe et un mouillage convenables pour le
Duquesne. Elle est constituée par une étroite bande de corail qui
décrit un long cercle interrompu dans certains
points et limite
un lagon de 4 à 5 milles d'étendue. La
bande du sol, étroite, uni¬
quement formée de sable et de brisures de coraux, est aride et
sans trace de terre
végétale. Le pandanus et le cocotier y

Société des

Études

Océaniennes

�35

prospèrent cependant, et sont d'une immense ressource. A force
de soins, quelques habitants cultivent de rares légumes, des
pieds de bananiers rabougris. L'eau de pluie est recueillie avec
soin ; mais en creusant des trous dans le récif, on obtient pour
filtration une eau en partie dépouillée de ses sels.
Ces îles, qui auraient été très peuplées jadis, n'ont plus
qu'une population très réduite, qui reste estimée à 5 000 pour tout
l'archipel ; on compte à Fakarava 800 habitants. Quand on com¬
pare la dure existence qui mène les gens des Pomotou sur ces
îles basses, arides et sans défense contre les ravages des oura¬
gans avec celle que les Tahitiens par exemple trouvent chez eux,
on s'explique l'attrait de l'émigration. La nature ici ne leur
donne rien sans travail ; ce n'est que le lagon qui les fait vivre,

particulier la pêche des nacres. Aussi le type n'est plus le
: Hommes et femmes ont les traits plus durs, plus
grossiers, la peau foncée, presque noire, les membres
vigoureux, la poitrine très développée. C'est qu'à terre, comme
sur le lagon, ils sont constamment exposés à l'ardeur du soleil
et aux prises avec un travail pénible, la culture d'un sol aride et
l'exploitation de leurs pêches. Notre court séjour n'a guère per¬
mis de recueillir des renseignements sur les maladies ; et
d'ailleurs toute la population avait déserté le district et était oc¬
cupée au loin à la récolte des cocos. Une centaine de Maoris des
deux sexes sont venus à bord et nous avons pu constater chez le
plus grand nombre les attributs d'une vigoureuse santé ;
quelques uns cependant portaient sur leur visage des traces de
syphilis constitutionnelle, se traduisant par la fonte des os
propres au nez, la perte du globe oculaire, ou des cicatrices dif¬
formes. Nous avons vu, à terre, deux pauvres tuberculeux ré¬
duits au marasme et attendant avec philosophie, le dos au soleil,
une fin prochaine. Ici encore syphilis, scrofule, Tuberculose
sont les trois vices qui, avec l'absence de soins et de toute obser¬
vance de la plus simple hygiène, déciment la population dans
un pays, dont la salubrité du climat n'a guère à envier à celui de
l'archipel voisin de la Société. Mais il faut tenir compte ici des
difficultés de la vie, de la misère et des rudes atteintes à la santé
qu'ont à subir ces intrépides plongeurs, qui, par des fonds de 40
mètres, vont pêcher les nacres. Ce dur métier, qui les expose à
des dangers sans nombre, doit assurément impressionner à la
longue les fonctions pulmonaires, et occasionner, dans des
organes, des lésions dont le dernier terme est souvent la Phtisie.
et

en

même

Société des

Études

Océaniennes

�36

Marquises
==^==
En 1886, le Duquesne a parcouru
l'archipel des Marquises.
On y était en bonne saison, à la fin de
Septembre. Aussi le temps
fut-il constamment beau, la température se maintenant de 23° à
29°. La bonne santé de

l'Equipage

ne se

démentit

pas.

Ces îles sont très

belles, très élevées et d'un pittoresque
leurs rochers basaltiques, leurs montagnes cou¬
vertes de verdure, coupées de vallées
profondes. Les établisse¬
ments militaires, fondés depuis la
conquête, ont été successive¬
ment abandonnés. Tout récemment
encore, le détachement
d'infanterie, qui tenait garnison à la Dominique, a été rappelé
au Chef-lieu ; et il ne reste
plus qu'un résident et quelques gen¬
darmes disséminés pour affirmer notre possession. C'est assez
dire que les Marquisiens, avec l'apparence de
sauvagerie que
leur donne le tatouage, sont faciles à conduire.
achevé,

avec

Les ressources,

qu'on peut s'y procurer, sont minimes ;
cependant il existait à Taio-hae un troupeau, appartenant à
l'Etat, qui fournissait sans trop de peine du boeuf et de la chèvre.
Il est regrettable que, dans un but de
mesquine économie,
l'administration ait décidé la destruction de ce troupeau.
Les Marquises restent bien en dehors du mouvement com¬
mercial ; c'est qu'aussi les productions sont
peu considérables,
et se réduisent à quelques rares
chargements de coton et de
coprah. - La population de l'archipel entier est estimée à 6000
habitants environ, chiffre bien inférieur à ce
qu'il était jadis.
Les Marquisiens suivent le courant fatal
qui, sur tous les points,

emporte la

race

Maori. La dépopulation est surtout manifeste à

Nuku-hiva, où l'on

rencontre à chaque pas des traces
d'anciennes cultures et d'habitations abandonnées
; les in¬
digènes, qui étaient 6 000 il y a 35 ans, ne se comptent plus dans
cette île que par quelques centaines. Il est vrai de dire
que la
variole, qui y fut apportée en 1863 y fît de cruels ravages.- Si la
température y est sensiblement plus élevée qu'à Tahiti, le
climat n'en est pas moins délicieux ; et tout ce
que nous avons
dit de la salubrité et des maladies des
indigènes aux îles de la
Société peut s'appliquer aux Marquises.

Société des

Études

Océaniennes

�37

Mais la

lèpre

a

envahi

ces

populations d'une façon désas¬

treuse ; on y rencontre en moyenne 10 lépreux sur 100 habitants.
A la Dominique (Hiva-oa), la plus peuplée aujourd'hui de

l'archipel, existe une Léproserie, où sont parqués les misérables
lépreux abandonnés par leur famille. Nous avons pu y voir
toutes les formes de la maladie (Tuberculeuse, amputante,
léonine, atrophique). Les lépreux sont nourris là par les parents,
mais ils ne suivent aucun traitement ; de plus il n'existe aucune
surveillance pour les empêcher
l'extérieur et de diffuser le fléau.

de communiquer

avec

archipels, la population indigène y décroît de
jour. La marche de cette dépopulation serait effrayante,
si l'on s'en rapporte à l'estimation que donne Cook sur le chiffre
des naturels. Quoi qu'il en soit, le fait est hors de doute, et l'on
peut prévoir l'extinction de la race Maori dans ces îles. Moins
évidente à Tahiti, où elle se maintient par le courant
d'immigration des groupes voisins, ce mouvement est très sen¬
sible en particulier dans les îles Marquises.
Dans tous

jour

ces

en

C'est ainsi qu'à Atuana, il y a eu, en 1886, 17 naissances et
63 décès ; à Taio-hae, au Chef-lieu, il a été enregistré, dans les
six premiers mois de l'année 1887, 2 naissances et 17
; à

décès

chiffres en main, dans 13
parler de leur longues et
sanglantes luttes, des épidémies qui sont survenues ; et des

l'île Ua-pu, la mortalité y est elle que,
ans la population aura disparu. Sans

on conserve le souvenir, les causes du démultiples, les principales sont : la prostitution
et les maladies qui en dérivent, le désordre et l'insouciance
quand ils sont malades, l'absence complète de soins hygié¬
niques, une mauvaise alimentation.

famines cruelles dont
croissement sont

Le

commerce

sexuel prématuré,

le

peu

de soins

que

les

enfants doivent aussi contribuer à
progressive de la race. Un facteur très important se
trouve encore dans l'abus de boissons alcooliques, auxquelles
hommes et femmes se livrent avec passion. Il faut tenir compte
aussi de l'influence de l'oisiveté, de cette insouciance qui leur
fait passer des journées entières, accroupis, l'oeil vague, sans
énergie. A les voir ainsi, on sent la race qui s'en va.
parents prennent des

l'extinction

Une autre

c'est

cause

de dépérissement, et

d'importation récente,

l'usage de l'opium, qui, à la suite des Chinois,

Société des

Études

Océaniennes

s'est intro-

�38

duit dans ces archipels. Le mal n'est pas grand dans
les îles de
la Société ; c'est à peine si l'on connaît à
Papeete, deux ou trois
vieilles femmes, qui fréquentent les fumeries. Le Tahitien
aime l'ivresse bruyante, gaie, de l'alcool, en

rapport avec ses
goûts naturels. Celle que donne l'opium ne peut le satisfaire ;
aussi, n'y a-t-il guère à craindre l'extension de ce vice. Il n'en
est pas de même aux Marquises, où
l'usage de l'opium s'est bien
vite répandu dans des proportions désastreuses
pour l'avenir.
Les Marquisiens, sombres,
mélancoliques même
leurs plaisirs, déjà préparés par les effets

dans

analogues du Kawa,

adopté l'opium aisément et s'y livrent sans mesure. C'est
qu'à Nuku-hiva, à Ua-pu, les 9/10 de la population en fait
usage ; dans les baies de la Dominique, ce serait le 5ème, à
Fatu-hiva, la consommation en serait bien moindre.
ont

ainsi

La vente de l'opium
réglementation sévère

le fermier est bien l'objet d'une
Chaque asiatique ne peut régu¬
lièrement acheter que 100 grammes de cette substance
par mois ;
mais elle est si facile à cacher et à transporter sous un
petit
volume, représentant une valeur considérable, que la contre¬
bande se fait sur une grande échelle,
malgré la surveillance la
plus active.- Le mode d'emploi diffère selon que les indigènes
ont à leur portée des fumeries, tenues
par des Chinois ; dans les
localités, où il n'en existe pas, ils avalent l'opium sous forme de
petites boulettes, ou l'absorbent dissous dans du tafia.
L'entraînement pour ce vice est tel, qu'ils n'hésitent
pas, pour
satisfaire leur passion, à sacrifier des sommes considérables.
par

:

On estime que

le kilo d'opium de contrebande leur est
prix de 3000 fcs; et comme cette consommation
frauduleuse serait d'environ 80 kilos, c'est donc une somme de
vendu

au

240 000 fcs que cette funeste passion coûte aux
Marquisiens, pour
en arriver à la ruine de la
santé, à l'abrutissement et à la mort.

Société des

Études

Océaniennes

�39

Auckland (Nouvelle-Zélande)
=——=y=======
Auckland, ancienne capitale, est située au nord de la
Nouvelle-Zélande, sur un isthme que forment, par leur rap¬
prochement, le port de Waitemata à l'est et celui de ManuKau à
l'ouest. Cette situation unique, qui lui donne sur les deux côtés
de l'île de Nord-Island un port d'accès facile et sûr pour les
grands navires, a déterminé sa rapide prospérité. La colonisa¬
tion date à peine de 1839, et déjà Auckland est une grande et belle
ville de 35 000 habitants, et dont la prospérité ressort de
l'existence de nombreuses usines et de l'activité de ses ports.
ville, très étendue, est bâtie en amphithéâtre sur une
elle offre un aspect très pitto¬
resque. La multiplicité des maisons élégantes, qui couvrent les
pentes des collines ou se nichent dans les creux, les jardins, les
pelouses qui les entourent, produisent le plus grand effet. La
ville est tenue avec la plus grande propreté ; les rues sont larges,
droites, plantées d'arbres pour la plupart. Malgré l'absence de
fontaines, l'eau ne manque pas ; à grands frais, des réservoirs
ont été construits dans les montagnes, et la municipalité dispose
d'une quantité d'eau qui lui permet d'entretenir et de créer des
parcs, là où naguère était le désert. Cette eau, du reste, est de très
bonne qualité.
La

série de collines. Vue de la rade,

Auckland n'est pas riche en édifices publics ;
l'hôtel du gouvernement, le post office méritent
à peine d'être cités. On y a inauguré, pendant notre séjour, un
superbe bâtiment, c'est la Bibliothèque, riche dès à présent de
plus de 6 000 volumes. Il existe aussi un petit musée, qui n'a pas
grande valeur.
Ville neuve,

la suprême cour,

possède un hôpital, destiné seulement aux indi¬
gents des deux sexes ; quelques médecins ont aussi des maisons
de santé. L'hôpital est situé dans le faubourg, à l'extrémité sud
de la ville, à l'opposité des vents régnants. Il occupe le sommet
d'une colline, qui descend en pente douce vers la mer, sous
l'aspect d'une immense prairie. Un petit parc à la partie supé¬
rieure de ce versant sert de promenoir aux malades.
L'Etablissement est composé de deux étages sur rez-de-chaussée
La ville

Société des

Études Océaniennes

�40

très

élevé, et entouré de galeries à chaque étage. Le rez-de-

chaussée est occupé par l'administration et les divers services ;

cuisine, lingerie, etc... Chacun des deux étages comporte deux
salles ;

de plus, au 1er se trouve une petite maternité, munie de
correspondance au 2e étage, trois chambres où l'on
peut isoler des malades. Les salles, parfaitement tenues, hautes
de plafond, bien ventilées et éclairées, offrent un certain luxe,
fauteuils, tables de nuit, cheminée garnie.
six lits et, en

Les lits au nombre de 20, sont de fer, munis de sommiers et
proprement garnis. Chaque salle a comme dépendances, un

cabinet de bain pourvu d'une baignoire en marbre, un cabinet
de toilette avec cuvettes et des lieux d'aisance qui réalisent tous
les progrès. Les malades prennent leur repos sur des tables qui

occupent le milieu de la salle. Trois médecins, des infirmiers
civils des deux

assurent le

service. En somme, les
hôpital d'excellentes conditions
d'hygiène et de confortable ; mais il a été fait sur des bases bien
trop réduites pour l'avenir de la population d'Auckland.
sexes

malades trouvent dans cet

On construisait à notre passage

deux grandes barraques,

qui recevront à l'aise 25 lits chacune et qui, d'après les plans,
doivent résumer toutes les perfections de ce genre de construc¬
tion.
Les environs d'Auckland, autrefois couverts de bois, sont
arides aujourd'hui ; mais la province est très riche ; c'est un

de pâturage, et de grande culture. Aussi y trouve-t-on des
très variées ; le boeuf, le mouton y sont excellents ;
les légumes, les fruits de toute espèce s'y trouvent à profusion.
Aussi est-ce une excellente relâche pour les
équipages, qui peu¬
vent largement s'y ravitailler.
pays

ressources

Le climat d'Auckland est tempéré, et ressemble à celui du
midi de la France, avec la différence qu'en été, la
température
est moins forte. L'hiver
son des pluies, celle où

n'y est

pas vigoureux, mais c'est la sai¬
les vents de Nord-Ouest soufflent sou¬
vent avec violence. Le Duquesne
s'y trouvait au mois d'Avril,
en automne, avec une
température moyenne de plus de 15°.
C'est aussi un climat très sain, la fièvre intermittente n'y
est pas connue, et jusqu'à ce
jour, la fièvre jaune, le choléra, au¬
cune épidémie n'a été
signalée. Les maladies sont les mêmes
qu'on observe en Europe, et tiennent en général de l'élément

Société des

Études

Océaniennes

�41

catarrhal ou inflammatoire. Bronchites, pneumonies, pleuré¬
sies.- La Phtisie pulmonaire fait aussi des ravages ; cependant
ces malades paraissent bien se trouver de la douceur et de la
stabilité du climat. Les médecins Anglais dirigent sur
Auckland bon nombre de leurs Phtisiques.- La fièvre typhoïde

s'y montre comme en Europe, mais elle serait en général moins
Lors du passage du Duquesne, elle sévissait avec plus de
force que de coutume. L'alcoolisme avec tous ses accidents et les
maladies qu'il détermine, est la véritable plaie du pays ; il
explique la fréquence des congestions cérébrales, des
apoplexies, et des maladies des centres circulatoires.
grave.

San Francisco (Californie)
V
Les mines d'abord, puis l'essor qu'ont pris
l'industrie ont déterminé en Californie un

l'agriculture et
grand courant

d'immigration, qui a changé la face de San Francisco. Cette
qui n'était qu'une bourgade il y a 40 ans, est aujourd'hui
une grande cité qui, d'après les plans et les amorces tracées
d'avance, doit dans un avenir prochain prendre encore une

ville

extension considérable.
Elle est établie sur des dunes de sable et bâtie de maisons
élégantes, en bois pour la plupart. Le phanchéiage des rues ne se
voit plus guère que dans la cité chinoise et dans les vieux
quartiers qui avoisinent le port. Les quais sont infects, en bois et
construits sur pilotis, entre lesquels, et à la faveur de nombreux
warfs, stagne une eau croupissante et sordide, sur laquelle le
courant n'a pas d'action. C'est là que s'ouvrent les bouches d'un
système complet d'égoûts, qui draine tous les quartiers ; aussi
les abords de ces quais sont des foyers d'infection, d'où se déga¬
gent des émanations inqualifiables. La propreté des rues,
d'autre part, laisse beaucoup à désirer ; et si la population n'a
pas à souffrir de toutes ces causes d'insalubrité, c'est grâce à
l'influence des vents qui soufflent régulièrement sur ces côtes.
Ces vents du large d'O et de N.O, régnent à peu près toute
l'année, rafraîchissent l'atmosphère et assurent la salubrité de
la ville.

Société des

Études

Océaniennes

�42

Les

de San Francisco sont

considérables, et c'est
peut être la meilleure relâche pour y ravitailler un Equipage.
Viandes, légumes et fruits, tout y est à profusion et de premier
choix. L'eau y arrive en grande abondance, elle est captée dans
des sources et élevée par des pompes puissantes dans
d'immenses réservoirs, d'où elle est distribuée en ville. Elle est
du reste de très bonne qualité et excellente après filtration.
ressources

Le climat est tempéré,

agréable, sensiblement uniforme au
de la température, si bien qu'entre les deux seules
saisons bien tranchées qui partagent l'année, la variation n'est
que de 6° à 8°. L'hiver n'est pas rigoureux et constitue une
véritable saison des pluies. L'été est sec, mais se distingue par
la fréquence de brumes épaisses, alternant avec les grandes
brises de mer. C'est la saison des grandes variations de
température, où l'on voit le thermomètre baisser quelquefois
brusquement de 10°, au grand préjudice de la santé.
point de

vue

Si vantée que soit

la salubrité de San-Francisco, les mala¬

dies y sont nombreuses, témoins la quantité considérable de
médecins établis dans la ville, et la présence de plusieurs

écoles,

allopathes, homœopathes, rationalistes etc... qui
diplômes.

concèdent librement les

Les affections inflammatoires et catarrhales des voies

res¬

piratoires sont communes et en rapport avec les changements si
brusques de température et la fréquence des brumes épaisses. La
Phtisie pulmonaire est la grande maladie de la race AngloAméricaine, et la consomption compte pour un bon quart dans la
mortalité générale. Fréquentes sont aussi les affections du
coeur et des gros-vaisseaux, maladies attribuées aux
émotions,
au
surmenage de la vie américaine. Les névropathies de
l'estomac, l'asthme sont aussi souvent observés. Les affections
gastro-intestinales, la dysenterie en particulier occupent une
assez grande place.

L'alcoolisme, malgré les sociétés de tempérance, est très
répandu, et devient la cause des affections du coeur, des
apoplexies, des cas de délirium, si fréquents. C'est à l'abus du
Whisky qu'il faut sans doute attribuer les cas nombreux de folie
qui peuplent les asiles d'aliénés, et qu'on attribue volontiers ici
aux fatigues du
business, aux émotions continues des affaires,

Société des

Études

Océaniennes

�43

ou

bien

encore aux revers

de fortune souvent si brusques dans

ce

pays de l'audace commerciale. La fièvre intermittente a sa
place dans ce cadre notologique ; elle doit être attribuée aux
grands mouvements de terrain, nécessités par l'expansion de la
ville, bien plus qu'à des influences maremmatiques. Au dire
des médecins, la fièvre typhoïde y serait rarement observée, et
presque toujours sans danger. En l'absence de toute police des
moeurs, la syphilis est très répandue et l'on rencontre dans les
hôpitaux des malades atteints d'accidents de la plus grande
gravité.

jaune, le choléra n'ont jamais pu se propager à
San-Francisco, les fièvres éruptives y ont fait des ravages con¬
sidérables, et depuis la grande épidémie de variole, qui sévit en
1868, la maladie n'a pas quitté le pays. Pendant notre séjour en
rade plusieurs cas de variole hémorrhagiques ont été signalés ;
de la ville chinoise, la maladie se répandait dans divers
quartiers et semblait prendre les proportions d'une épidémie. Il
faut dire que dans ce pays de liberté, les navires entrent en rade,
débarquent leurs passagers souvent sans visite sanitaire, et
qu'il se fait un courant incessant d'immigration de la Chine et
du Japon, tous deux foyers de variole. La police urbaine est
cependant très sévère pour les varioleux. Les médecins sont
tenus de signaler tous les cas, et les malades sont dirigés sur le
Small-Pax hospital, situé à une grande distance de la ville. Si le
variolé est autorisé à se faire soigner chez lui, la maison est
mise en quarantaine et doit hisser le pavillon jaune.
Si la fièvre

possède plusieurs établissements hospitaliers, dont
principaux sont l'hôpital des Comtés, qui peut recevoir plus
de 400 malades, et l'hôpital de Sainte-Marie qui ne reçoit pas
d'indigents. Ces établissements sont parfaitement situés et très
bien tenus ; dans leur organisation et leur fonctionnement, ils
résument à peu près tout ce que le confortable et une hygiène bien
entendue peuvent réaliser de nos jours.- Les colonies française,
italienne et allemande ont aussi chacune une maison de santé,
qui est entretenue par souscription. La maison française
dispose de 100 lits ; elle est très propre et de tout point parfaite¬
ment organisée. Deux médecins et un pharmacien sont attachés
à l'Etablissement. Un marin du Duquesne y a été soigné au prix
de deux dollars par jours. A 15 lieues dans la baie de SanFrancisco, les Américains ont fondé récemment un arsenal
La ville

les

Société des

Études

Océaniennes

�44

maritime sur une presqu'île, en face de la petite ville de
Valléjo. C'est l'arsenal de Mare-Island, où le Duquesne a passé
au bassin, et qui, au nombre de ses constructions, compte
l'hôpital de la Marine. Cet établissement en rapport avec les
besoins de la garnison, peut recevoir 120 malades ; les ouvriers
du port n'ont pas droit à l'hospitalisation. Le service médical est
dirigé par un médecin directeur, qui a sous ses ordres deux
médecins traitants ; tout ce personnel est résident à l'hôpital.
C'est une vraie maison de santé, élégante et confortable à tous
égards.

=====y
médecin

Le
Vu

:

Le Contre-Amiral Commandant

y

Société des

Études

Océaniennes

en

Chef

�45

ADIEU PRESIDENT

MOORTGAT

s'est déroulée à Puna'auia vendredi matin
dépouille mortelle avait été exposée, pour la veillée
funèbre, dans la salle de conférence du Centre Polynésien des Sciences
Humaines (C.P.S.H.-Musée de Tahiti et des Iles) en hommage exceptionnel
à la personnalité du défunt.
L'inhumation de Paul Moortgat

22 décembre 1989. La

En cette chapelle fleurie symboliquement, les éloges ultimes ont été
prononcés par le Père Hodée, puis le Haut-Commissaire Montpezat et l'ami
Guyot de l'Association du Musée Gauguin de Papeari, avec une adresse de re¬
grets du Conseil Economique et Social par son président Teraiefa Chang.

cortège, à pas crissants dans le silence recueilli, lui
théorie d'un demi-kilomètre de marche pour le conduire et
Le

accordera une
déposer en sa

sépulture de la Pointe des Pêcheurs.

la représentation
lui adressera, en
français et en tahitien, un adieu ensoleillé sous nos Tropiques.
Après le salut d'honneur de sa patrie reconnaissante par
militaire, le Bureau de la Société des Etudes Océaniennes

Société des

Études

Océaniennes

�46

HOMELIE DU PERE HODEE

"Mon âme est triste à mourir.

Demeurez, veillez... Si l'homme extérieur
ruine, l'homme intérieur se renouvelle... Ce qui se voit est provi¬
qui ne se voit pas est éternel".

va vers sa

soire,

ce

Chers amis, cette

parole de Dieu me semble éclairante pour vivre dans
profonde et la lumière de la foi ces moments de prière autour de la
dépouille mortelle du Docteur Paul Moortgat. Elle peut nous aider à recueil¬
lir quelques aspects d'une vie donnée à la mise en valeur de la Polynésie.
D'autres feront revivre le dentiste, le chercheur, l'historien, l'écrivain, le
directeur du Bulletin de la Société des Etudes Océaniennes si apprécié. N'estce pas cet apport exceptionnel à
la connaissance de l'histoire et de la culture
polynésienne, à la recherche sur nos îles océaniennes qui a donné l'idée à ses
amis de cet hommage et de la prière dans l'auditorium du Musée de Tahiti et
des Iles ? Cette terre était devenue sa terre, la Polynésie était devenue sa
patrie, son coeur et son esprit vivaient avec les Polynésiens.
l'amitié

Grand merci

responsables du Musée de Tahiti et des Iles d'avoir per¬
l'hommage exceptionnel de ce jour. Le diocèse de
Papeete s'y associe d'autant plus volontiers que les liens de recherche et
d'amitié de Paul Moortgat avec le Père O'Reilly sont connus de tous. J'ai
moi-même bénéficié de son apport précieux dans la rédaction de l'ouvrage du
mis la

aux

rencontre et

Jubilé des 150

ans

de la Mission.

Homme de recherche et de science efficace, Paul

Moortgat était un esprit
généreux. Il ne se mettait pas en avant. Il recherchait de
multiples collaborateurs. Sa curiosité était sans cesse en éveil. Il était un
chercheur né avec un art du questionnement parfois provocateur. La modestie
dans la recherche est bien la caractéristique des bons scientifiques et des
grands esprits.
humble et

un coeur

Mais cette

rigueur n'a pas desséché

Chacun sait qu'il était
agréable compagnon. Il était aussi
généreux et compatissant. Son frère, le docteur Jacques Moortgat que nous
saluons ici avec grande affection et qui représente parmi nous six frères et
soeurs de Paul, dont une soeur
religieuse hospitalière de St Vincent de Paul,
son frère Jacques m'a dit être
frappé par ce trait de personnalité de Paul.
homme d'accueil

et

de

contact.

C'était

Société des

son coeur.

un

Études

Océaniennes

�47

Beaucoup à Tahiti en ont bénéficié, comme les prisonniers de Nuutania dont
il était le dentiste. Chacun se souvient qu'il fut le rapporteur passionné au

Economique et Social
céral et la réinsertion sociale".
Conseil

le 19

mars

1988 de l'étude sur "le régime car¬

depuis son accident de santé, les cinq derniers
longue et terrible agonie. Lucide et handicapé, il
les a vécus douloureusement et avec foi. J'en suis le témoin ému. Sans
doute, Paul Moortgat, tout au long de sa vie, a su préserver jalousement le
jardin secret de son coeur au point de sembler mystérieux même à ses amis.
Nous

mois de

savons tous

sa

vie furent

que,

une

longs mois, avec discrétion comme durant sa vie, il a
exprimé simplement la foi qui l'animait et qui en a bouleversé plus d'un.
C'est pendant l'office que le Seigneur l'a rappelé au Centre "Te Tiare"
dimanche 17 décembre, "L'homme extérieur va vers sa ruine... mais
l'homme intérieur se renouvelle. Ce qui se voit est provisoire ; ce qui ne se
Mais durant

voit pas est

ces

éternel".

poids d'une vie n'est pas le poids des choses, mais le poids de l'amour
qui porte ses fruits par l'amitié partagée. L'esprit ne meurt pas ; il est
jaillissement de lumière, Paul, notre ami, la terre polynésienne t'accueille
avec respect. Du cimetière de la Pointe des Pêcheurs, vrai "cimetière marin"
bercé par la respiration profonde du grand océan, tu continueras de veiller sur
ces îles que tu as tant aimées.
Le

reçu

P. Paul Hodée

Société des

Études Océaniennes

�48

ELOGE FUNEBRE DU HAUT-COMMISSAIRE
JEAN MONTPEZAT
Nous sommes rassemblés, ce matin, pour rendre hommage à Paul
Moortgat, dans le lieu même où il prononça, le 20 juin, sa dernière commu¬
nication publique, à l'ouverture du Colloque Gauguin. Il aurait aimé, je
crois, ce geste de ses amis et du Territoire. Il aurait marqué immédiatement
sa réserve devant cet honneur particulier, tant cet homme doté de si rares
qualités, était peu soucieux de paraître.
Mon cher Paul, vous
relles

croyiez plus, selon Pascal, aux grandeurs natu¬
qu'aux grandeurs d'établissement, que vous respectiez néanmoins, avec

humour...!
C'est

émotion que je

voudrais dire que Paul Moortgat était un ami :
pas être attiré par cet homme, empreint d'amabilité, de
générosité, de courtoisie et de respect d'autrui.
Homme vrai, droit, et dont la discrétion de vie était exemplaire, Paul
Moortgat n'a jamais utilisé ses qualités d'intelligence et de travail que pour
être lui-même, proche des autres, curieux de tout.
avec

comment ne

Depuis 1953, vivant en et pour la Polynésie on le sentait poussé par un
passionnel pour les îles. Il s'est éteint sur cette terre dont il s'était
épris, voici plus de quarante ans, qu'il a servie sans relâche depuis, avec un
enthousiasme toujours renouvelé. Le Flamand d'origine est devenu
Polynésien de coeur. La vie et la carrière de cet homme sont exemplaires et
élan

méritent

notre

Paul

Nièvre,

considération et notre respect.

Moortgat est né le 5 avril 1921 à Clamecy, sous-préfecture de la

bordure du Morvan. A l'issue de ses études, il décide de servir
dans la Marine Nationale, pendant un peu plus de cinq années, dont quatre
ans sur la "Jeanne d'Arc". Il s'illustrera
par son travail et ses compétences et
recevra

-

-

-

en

plusieurs décorations venant sanctionner la qualité de ses actions
Officier de l'ordre de l'Etoile de la Grande Comore

en

:

1949,

Médaille coloniale "Extrême-Orient" en 1950,
Croix de Guerre "Théâtre d'Opérations Extérieures",
avec

étoile d'argent en 1951.

Après avoir quitté "La Royale", le Docteur Paul Moortgat exerce en
qualité de chirurgien-dentiste, d'abord à Casablanca, puis à Papeete. Depuis
lors, il ne quittera plus la Polynésie que pour de brefs séjours dans sa ville
natale et des stages de perfectionnement à l'école dentaire de Paris.

Société des

Études

Océaniennes

�49

mieux servir, le Docteur Moortgat n'a jamais été
mais a sans cesse été animé par
l'exigence de la recherche et de la formation. Il mènera donc des études appro¬
fondies sur la carie dentaire en Polynésie Française, et produira un ouvrage
sur le rôle de la nutrition sur cette affection, en mettant en oeuvre, en liaison
avec le Service de Santé Territorial, les moyens d'information permettant de
prévenir cette endémie. Parallèlement puis au-delà de cette activité profes¬
sionnelle qui l'a tant accaparé, Paul Moortgat a voulu connaître, comprendre,
expliquer la Polynésie Française en s'immergeant dans son histoire et sa cul¬
ture. Président et figure marquante de la Société des Océanistes et de la
Société des Etudes Océaniennes, il produit nombre de communications et
récits qui ont apporté une contribution précieuse à la connaissance de la
culture polynésienne.
Soucieux de toujours

tenté de vivre et d'exercer sur son acquis,

Il était également correspondant pour le Pacifique de Museum d'Histoire
Naturelle, président du Conseil d'Administration du Musée Gauguin, mem¬
bre du Conseil d'Administration de l'Office Culturel d'Action Culturelle,
membre du Conseil d'Administration du centre Te Anavaharau. J'ai pu

appprécier, encore tout récemment, le concours qu'il a apporté au Comité du
Bicentenaire de la Révolution Française. Toutes ces charges, le Docteur
Moortgat les avait acceptées, non comme un honneur ou une récompense,
mais commme un devoir. Elles étaient, toutes, pour lui synonymes de tra¬
vail et recherche. Ses avis étaient sages, inspirés, bien frappés aussi par
l'humour qui est la politesse des gens qui savent vivre. Il savait faire preuve
de beaucoup de courage, et il l'aura montré jusqu'au bout.
Homme de coeur, d'une intelligence raffinée, d'une érudition remarqua¬
ble, Paul Moortgat, brillant chercheur de l'histoire et de la culture polyné¬
sienne a su, avec beaucoup de délicatesse, la faire vivre et revivre par ses
récits et travaux. Sa place restera présente dans le patrimoine culturel de ce
Territoire dont il aura été un révélateur. Le gouvernement de la République,
reconnaissant ses mérites exceptionnels, avait décidé de l'élever au grade de
Commandeur de l'Ordre National du Mérite le 1er janvier prochain.

Permettez-moi, Docteur, de vous présenter, ainsi qu'à travers vous, à la
famille de notre ami, nos condoléances très attristées. Sachez qu'il demeure
avec

qu'avec sa très grande simplicité d'être accomplissant une
d'homme de science et de connaissance, il aura servi, et bien servi,

nous, et

oeuvre

ici, la gloire de son Pays.

Jean

Société des

Études Océaniennes

Montpezat

�50

LE COEUR ET L'ESPRIT

Cher Paul,
attentif

aux autres, toujours prêt à rendre service et à répondre aux
qu'on se plaisait à te demander, t'oubliant volontiers au mépris de
ton propre confort, ce départ est à l'image même de ta vie. Gilles Artur, de
France, nous téléphonait hier sa peine.

conseils

Collaborateur avisé pour

la mise en place de ce Musée ainsi que du
Gauguin, tu en fus sans doute le premier ami, avec le Père O'Reilly
pour Maître d'oeuvre. "Le Padre", comme tu aimais chaleureusement
l'appeler, trouvait en toi le correspondant efficace et fidèle dont la piquante
Musée

contradiction éclairait souvent les solutions. Votre collaboration permanente

l'édition de nombreux ouvrages représente un travail considérable, mais
devons noter que celui consacré aux "Tahitiens" ne mentionne pas ton
nom, toi qui le fus autant par le coeur que par l'esprit. "Il n'a rien voulu
savoir", disait le Père avec beaucoup de regrets.
pour

nous

Tout

qui intéressait le "fenua" éveillait ton attention et suscitait tes
réflexions, membre du Comité Economique et Social il y a peu de temps
encore, manifestant ainsi concrètement ton intérêt pour le présent et l'avenir
du Territoire autant que pour son passé. Tu vivais ainsi, en conscience, les
éternelles questions que Gauguin a si magnifiquement illustrées à la fin de
sa

ce

vie.
Observateur attentif et discret,
le bon Exemple, le bon Conseil, le bon Ami.

Gérard

Guyot

Vice-Président de l'Association
des Amis du Musée

Punaauia
transformée

en

-

Gauguin.

Salle de conférence du Musée

chapelle ardente,

Société des

Études

ce

22 décembre 1989.

Océaniennes

�51

PAURO MOORTGAT

E te

mau

hoa i amui mai,

"Pupu Ma'imiraa Peu Maohi no
tei upoofaaterehia e teie nei taata o Pauro Moortgat mai te
matahiti 19-76. No te hoe fifi iti i mairi mai ai o Maco Tevane, te tia atoa
Te tia nei

Hitinui",
atu

nei

au

au

ei vaha otohaa

no te

o

ei auvaha te "Fare Vanaa".
o Moortgat i te tapati i ma'iri ae nei, a fatata atu ai e 6 avae te
rooraahia i te hoe ma'i ta'ue i etaeta ai te tino e moe roa atu tona

Ua mate
maoro tona

hiro'a. Hou oia i tae
maoro

oia

e

no

te

faaea

roa

mai i Tahiti i te matahiti 19-53, ua

5 matahiti i roto i te Nuu Moana no Farani ei ihitai, ma te

tapae atu i Initia-Taina i te matahiti 19-51, i faahanahanahia ai
tu'iroo no te Tatauro Tamai e o tei faahiti-hana-hia e tona Nuu.

oia i te Fetia

Lavigne, inaha e ihi-moana tahito raua e te
rapaau-niho te toroa. No tona anaanatae i te faatorotoro e te paheru i roto i te
hohonu atea o te aai no to tatou Fenua, ua tomo atu oia i roto i te Taiete
Imi'imi i parauhia atu, i te matahiti 19-67, e amuri ae ei Peretiteni i te
poheraa o te upoo tahito Henere Jacquier i te matahiti 19-75.
Ua hoa matamua

E taata horohoro

ai

te mau

ite faufaa

raua o

noa

teie, vitiviti i nia i te mau ohipa haapii e rahi mai
to tatou Fenua tupuna. Te tumu ia no teie

no te aamu o

mau puta iti e neneihia
Etudes Océaniennes".

i te mau toru avae atoa : "Bulletin de la Société des

Ua tae roa mai i rotopu ia tatou tona taeae o Jacques Moortgat, e taote
oia, ho'ea hohoa mata. la heva amui tatou no teie taata i hi'a, o Paul
Moortgat, o tei fanauhia i Farani a 68 matahiti tiahapa ia e o tei tarava roa i
roto i te opu o te repo Tahiti tana i faariro ei nohoraa hopea nona.

Paul, te faatura
"Fare Vanaa", ma te

ma'imiraa, oia atoa te

nei te upooaha no ta oe Pupu
muriaroha ia oe.

Punauuia

-

Otue Nuuroa 22.12.89

Raymond Vananga Pietri

Société des

Études Océaniennes

�52

L'ADIEU DE LA SEO
L'état de santé contrôlée du

vice-président de la Société des Etudes

Océaniennes (Eric Lequerré) et la voix enrouée de notre fidèle secrétaire
Janine Laguesse m'ont désigné comme récitant, au nom du bureau de la

SEO,

en tant que

trésorier, pour saluer une dernière fois notre Président en
frère médecin Jacques Moortgat, dépêché par la famille de

compagnie de

son

France,

cimetière marin de la Pointe Nuuroa. Maco Tevane étant em¬

en ce

pêché, il m'échoit également le privilège attristé de m'adresser conjointe¬
ment au nom de

l'Académie Tahitienne.

Né mardi 5 avril 1921 à Clamecy, dans la Nièvre, Paul Moortgat nous a
quittés dimanche matin 17 décembre 1989 dans sa commune-résidence
d'adoption de Punaauia (Tahiti), à l'âge de 68 ans 1/2. D'une famille de 7
enfants —dont une soeur religieuse dans l'ordre de charité de Saint-Vincentde-Paul— notre ami Paul a servi pendant 5 années dans la Marine Nationale
de 1947 à 1952. (En voici l'état signalétique que vient de communiquer le
Docteur Philippe Millon : à l'Ecole Navale du 25.08.47 au 16.12.47, a ser¬
vi ensuite comme aspirant sur le "Jeanne d'Arc" du 16.12.47 au 23.12.49 :
il aura ainsi efectué 2 tournées sur "La Jeanne", ce qui est
exceptionnel ;
puis a fait campagne en Indochine sur le "Duguay-Trouin" du 01.11.49 au
01.11.51
Pour sa participation médicale aux opérations à terre avec les
fusiliers marins, notamment à Tien Yen le 03.12.50 et dans le Dong-Trieu
—

du 23

mars au

08.08.51

avec

12 avril 1951, il a été décoré de la Croix de Guerre T.O.E. le
citation à l'ordre de la Division
Rayé des Cadres Actifs le
—

19.04.52).
Bien que ne

faisant pas partie d'une association d'anciens combattants de
place, la distinction militaire signalée et la notoriété du défunt ont mérité
le respect spontané de l'Association locale regroupée des Anciens
Combattants ici présents.
la

Fréquentant à Paris la Société des Océanistes et connaissant en particu¬
O'Reilly, notre ami "Paulus" a fini, à l'âge de 32 ans,
par venir s'établir à Tahiti courant 1953, d'abord comme co-équipier
remplaçant du dentiste Lysis Lavigne, autre ancien de la Marine alors
activement associé avec Dr. Pierre Cassiau dans la Direction des Sports
depuis 1947 de l'ex-F.G.S.S. C'est ainsi que Paul Moortgat accepta, durant
1 an 1/2, de s'occuper des destinées du
volley-ball à Tahiti.
lier le Révérend Père

L'intérêt, la grande curiosité qu'il manifestait pour connaître la
Polynésie dans ses entrailles historiques ont vite conduit Paul au sein du

Société des

Études

Océaniennes

�53

Bureau de la SEO (alors présidé depuis 1953 par le pharmacien Henri
Jacquier : Paul y est assesseur en 1967, puis trésorier en 1974 et — après le
décès de Jacquier survenu à Paea le 9 novembre 1975 — il est élu Président
de la SEO le 3 mars 1976. Son érudition, au long de son séjour comme
sociétaire "océanien" 22 années durant, le tiendra relié en permanence avec la
Société des Océanistes de Paris, partageant localement l'animation, avec
Gilles Artur, de l'Association des Amis de Paul Gauguin, ainsi qu'avec

l'association Tenete et

avec

l'Académie Tahitienne.

privilégié de cette période polynésienne, il a assisté au départ en
Bailly à Papeete pour être provisoirement
installée dans l'immeuble de l'ORSTOM à Arue, alors que le Musée SEO
aura déjà été intégré au Centre Polynésien des Sciences Humaines de
Punaauia "Te-ana-vaha-rau" en 1978, tandis que Paul Moortgat, dentiste
retraité, aura préparé l'insertion très prochaine de la SEO (bureau-siège,
bibliothèque, patrimoine restant) dans le nouvel immeuble du Service des
Archives à Tipaerui.
Témoin

1985 de la SEO de la maison

Il

a

activités cul¬
début de cette

été fait chevalier de l'Ordre National du Mérite pour ses

turelles. Un de

ses

frères installé à Nouméa y est décédé en

plan professionnel, La vigne me signale tantôt qu'il a publié
particulier une étude sur l'étiologie de la carie dentaire et le
rôle joué par l'alimentation dans cette étiologie. Profitant d'une visite de son
frère Jacques alors affecté en Afrique, il publia une courte étude sur les muti¬
année. Sur le

des travaux, en

lations dentaires.

Depuis 1976 donc, Paul s'est activé pour assurer personnellement la
publication du Bulletin trimestriel de la SEO, réunissant selon nécessité ses
collaborateurs du bureau, quand il n'était pas en voyage de prospection et
recherches. Entêté et cependant ouvert à toute libre discussion, solitaire et
pourtant actif de commerce, passionné et passionnant quand il débat d'un
sujet, à l'humour ironique parfois tranchant dans ses interventions, ici discret
sinon secret, là expansif, affable ou généreux, amateur de tarte aux fraises et
de poisson cru à peine citronné, d'un appétit de connaissance, conférencier
disert, Paul avait des facettes multiples.

tari fin juin dernier, victime d'une attaque
Marquises ; dirigé le 3 août sur le Val-deGrâce à Paris, puis au Centre Médical spécialisé de Pontault-Combault près
de Melun, sa grève de la faim fit comprendre qu'il souhaitait retourner à
Tahiti. Vers mi-octobre il est admis au Centre de Convalescence "Te Tiare"
où il retrouvera l'affection et le réconfort des visites de ses amis ; irrémédiaPratiquement son verbe s'est
lors du Festival des Arts aux Iles

Société des

Études Océaniennes

�54

blement

résigné,

son

regard bleuté s'est éteint à l'heure du service religieux
prochains Bulletins SEO

dimanche dernier, laissant le Comité de Lecture des
en face de tâches ardues.

Ton calvaire est terminé Paul, tu t'en vas après la
symbolique nuit
passée dans la salle des conférences du Musée de Tahiti et des Iles.
Clamecycois tu es né, Polynésien tu renais dans cette terre que tu as tant
chérie : qu'elle te soit douce !

Punaauia,

ce

vendredi 22 décembre 1989

Raymond Vananga Pietri

Société des

Études

Océaniennes

�55

QU'IL NOUS MANQUE, PAULUS !
Souvent, le dimanche, Paul Moortgat venait marcher à Punaauia. "Cest
marche d'entretien et une marche d'amitié" disait-il, en partant à petites
foulées. Il maintenait la cadence, qui n'empêchait pas de parler, de
s'intéresser à tout, de refaire le monde, la Polynésie surtout. Nous allions
vers les hauteurs de Punavai ou de Punaruu —sur les pas de Gauguin, que
nous aimions évoquer— ou vers la Pointe des Pêcheurs et son petit cime¬
tière, humble, serein au bord de la plage. Là, nous écoutions le silence sur
fond d'océan, nous faisions revivre des heures du passé... et Paul dit un jour,
grave et moqueur comme il était souvent : "c'est ici que j'aimerais être plus
tard, après..."
une

Ces derniers temps, il s'essouflait. Il dut
"Il faut te surveiller, faire un

mi-côte.

Bourligueux. Mais, bof ! il n'a
amis. Et

nous

pas écouté, a
n'avons pas assez insisté...

même s'arrêter brusquement, à
contrôle" dit, alors, Gérald
balayé l'inquiétude de tous ses

Il repose

maintenant dans le petit cimetière de la Pointe des Pêcheurs,
sa présence invisible, presque palpable,
certains dimanches au soir... Sur sa tombe, simple dalle de granit gris, est
gravé : "ce qui se voit est provisoire, ce qui ne se voit pas est éternel".
dont le silence s'est enrichi de

depuis la célébration d'un bicentenaire, celui de
Bougainville, en 1968. Taote Moortgat participait activement,
depuis 15 ans, à la vie du Territoire, à son histoire et à sa culture. Erudit,
dynamique, passionné, "homme de science et de connaissance", comme
Bougainville, justement, il était le maître d'oeuvre de la cérémonie commémorative sur la plage d'Hitiaa. Ce matin-là, quittant les officiels et les nota¬
bles, il était venu vers nous, qu'il connaissait à peine, comme il allait
toujours vers les autres, attentif à eux, chaleureux et l'oeil malicieux.
Nous étions amis

l'arrivée de

Peu à peu,

il était devenu Paulus, l'ami solide et discret, intelligent et
esprit toujours curieux de tout, parfois frondeur, cet
humour si fin, souvent provocateur, cet amour de la vie, cette horreur des
bassesses, cette délicatesse, et ses jardins secrets.
généreux,

avec cet

En cette année de commémoration d'un autre bicentenaire que nous

devions fêter ensemble, après le colloque Gauguin et son dernier discours,
Paul s'est fermé sur lui-même, tragiquement, avant de partir, à la veille de
Noël. Il
manque,

laisse, pour toujours, ce qui ne se voit pas, mais... qu'il nous
Paulus !

nous

Paule Laudon

Société des

Études

Océaniennes

�56

FERVEUR ET FIDELITE
La

simple évocation de son incroyable activité et de l'intérêt affectueux
porté à cette région du monde et à ses habitants me dispensent de l'éloge
funèbre traditionnel qu'il ne souhaitait d'ailleurs pas. Nous
respectons ce
souhait et le déplorons, car nous aurions pu,
en toute sincérité, contredire le
moraliste qui prétend que l'éloge funèbre est l'une des formes les
plus
usuelles du mensonge.
"Il a su garder jusqu'au bout cette fraîcheur
d'esprit et de coeur, le
préparant à rejoindre tout naturellement cette jeunesse éternelle de l'Amour,
qui le comble à présent."

Réminiscence... présence de Paul Moortgat... ces

lignes écrites de sa
après la disparition du Père O'Reilly, quelques mois avant sa propre
mort !... Il trace un portrait de ce vieil ami
qu'il appelle affectueusement Le
Padre et nomme "les deux vertus les plus rares de
l'esprit : ferveur et fidéli¬
té". Ces qualités, qu'il estimait chez le Père, vivaient en lui.
main

Pour les amis du Musée

Gauguin ce n'est pure coïncidence. Si le nom
O'Reilly est publiquement associé au Musée depuis l'origine, celui
de Paul Moortgat devrait l'être au même titre. Dès le
début, il en fut un arti¬
san intelligent et efficace. Mais il se souciait
peu d'apparaître sur le devant
de la scène. Sa discrétion conférait à son amitié une
qualité peu commune.
Sa connaissance exacte et savoureuse de notre
temps en faisait un partenaire
du Père

attachant.
La faculté de se rendre disponible pour servir autrui, son sens du bien
public, l'amenèrent naturellement à présider aux destinées de l'Association
des Amis du Musée Gauguin, puis à assumer la
responsabilité de président

du conseil d'administration du Musée. Loin de lui d'en tirer le moindre avan¬
tage social. Depuis toujours —son éducation s'était faite ainsi— il savait
que, chez l'homme, la notion de devoir prime celle de droit. Gauguin eût

apprécié.
A

retour de

Paris,

mai l'an dernier, il n'avait pu cacher son émo¬
Gauguin rassemblées au Grand Palais. Par
chance, loin de la foule, il s'était trouvé seul à seul face au maître. Une
exposition comme il n'est donné d'en voir qu'une fois dans sa vie. A
l'évidence, chez cet homme avare de confidences, "les souvenirs heureux du
son

tion à la

vue

en

de tant d'oeuvres de

Grand Palais volaient dans
assurément

une

de

ses

sa tête comme des colombes dans l'air". Ce fut
dernières grandes joies.

Papeari, mai 1990

Société des

Études

Océaniennes

-

Gilles Artur

�57

UN ENTHOUSIASME DADOLESCENT

J'ai quelque scrupule à raconter Paul et l'amitié qui nous liait. J'ai
l'impression de commettre une indiscrétion : il aimait si peu que l'on parle
de lui !

quand ni comment j'ai connu Paul Moortgat. Etait-ce, ce
jour où revenant à pied, par la plage, de chez les Rose, je le rencontrai, im¬
patient de s'embarquer sur le bateau de son ami Claudius et de rentrer à
Papeete ? Il m'avait semblé, je m'en souviens, très très pressé ! Il avait pris
cependant le temps de me lancer un "A très bientôt, c'est promis !" et il tint
parole.
Je

ne

sais plus

s'annonçait rarement : il arrivait à l'improviste, le dimanche matin,
qu'on l'ait entendu venir. On le surprenait, à l'entrée de la cuisine
lorsqu'il lançait, ironique et taquin, un "alors, on dort ici ?" parce que la mai¬
son était silencieuse. Il aimait bavarder avec Vincent, mon fils car il était
très curieux de connaître les goûts et les aspirations de la nouvelle généra¬
tion. Il me donnait alors l'impression de n'avoir pas encore assouvi un
enthousiasme d'adolescent ! Tous deux parlaient histoire, lecture, philoso¬
phie, comme s'ils fréquentaient le même "bahut" !
Paul

sans

petit lait lorsque Paul se lançait dans une explication, dans
la tête toujours un peu relevée, la main bavarde, il parlait
passion, avec esprit et conviction et il ne faisait pas bon lui tenir tête î !..

Je buvais du
une

discussion

avec

:

les revues de presse. Curieux de tous et de
de tout et je n'ai jamais passé un moment avec Paul
que je n'aie appris ou eu envie d'apprendre quelque chose. Il communiquait sa
A lui seul, il valait toutes

tout, il était au courant

vitalité intellectuelle, comme par

magie. Il m'invitait à déjeuner, chaque fois

qu'un ami, chercheur souvent, remarquable toujours, était de passage ; et je
me souviens encore avec émotion de ce dîner avec le Professeur Fontaine, au

les anguilles à oreilles du Lac Vaihiria qui,
devinrent à mes yeux beaucoup plus impor¬
tantes que le Dictionnaire philosophique de Voltaire sur lequel j'aurais à
plancher, deux nuits plus tard, lors des épreuves écrites de l'agrégation de
lettres ! Cette récréation aquatique est restée très vivante dans ma mémoire :
Paul avait essayé de me détendre, de me distraire afin de me permettre de rela¬
duquel j'appris tout sur
soudain, le temps de ce repas,
cours

tiviser l'enjeu de ce concours.

Société des

Études

Océaniennes

�58

Tout le monde ou presque savait que Paul avait entouré sa vie privée
d'un rideau opaque appelé "mystère". J'ignorais son adresse, son numéro per¬
sonnel... J'apprenais par hasard qu'il était parti ou revenu. Cela ne me gênait
pas... Cela m'amusait plutôt, moi dont la vie était si publique ! Et puis, les
années passant, Paul se découvrit : je pus lui téléphoner, connaître une par¬
tie de son emploi du temps, partager certains de ses projets. Lui prit
l'habitude de "commander"

fois par

mois un déjeuner dominical à la
gigot et les lardons dans les flageolets ! — Il faisait les
invitations... et le marché ! et moi, je cuisinais... heureuse de cette
complicité qui nous permettait de nous voir plus souvent. C'est ainsi que
petit à petit, Paul fit partie de notre famille : il flattait la gourmandise de
Titou en lui apportant gâteaux ou chocolats, s'enthousiasmait pour ses créa¬
tions, sacs ou enveloppes de pareo, dont il fut... jusqu'à la fin, le plus
amical promoteur et le plus inconditionnel !
une

maison. Il aimait le

Jamais il
son

de

ne

vint abattu

ou

démoralisé

moral semblait s'être immobilisé

coeur

qui consiste à

Paul était seul

ou

au

ne partager que

n'avait pas

besoin de

:

il était né de bonne humeur et

beau fixe... Il avait

élégance
la joie et le plaisir. Pour le reste...
cette

nous.

Cet article

est maladroit. J'ai eu du mal à l'écrire. Mais il m'a étrange¬
permis d'oublier un moment le dernier visage de Paul, celui qui ne
pouvait plus sourire, condamné qu'il était au silence des yeux et des lèvres...
un visage qui n'était plus le sien et que j'efface à tout jamais de ma mémoire
en même temps que je signe !

ment

Michèle

Société des

Études

Océaniennes

�59

UN INFATIGABLE CHERCHEUR
Chirurgien-dentiste de la Faculté de Médecine de Paris, né à Clamecy
(Nièvre). Appartenant à une classe non mobilisable du fait de l'Armistice en
Métropole, Paul Moortgat veut à tout prix accomplir ses obligations mili¬
taires et ainsi il signe, dès ses études terminées, un contrat de 5 ans dans la
Marine Nationale. Il est affecté d'abord à l'Ecole Navale (août 1947) puis est
embarqué, du 16/12/47 au 21/11/49, sur la Jeanne d'Arc.
Les initiés savent que les désignations, pour servir sur ce bâtimentécole, ambassadeur itinérant de la France, sont faites au choix, s'agissant des
officiers et des cadres de l'Ecole.

Enfin, c'est sur le croiseur Duguay-Trouin, en partance pour l'Indochine,
qu'il fera les deux dernières années qu'il lui reste à accomplir. Il aura
l'occasion d'y retrouver un frère aîné établi là-bas — (décédé en début d'année
1989 en Nouvelle-Calédonie où il s'était réinstallé après avoir quitté
l'Indochine) — et sa conduite en opérations de guerre lui valut d'être
de la Croix de Guerre T.O.E. avec citation à l'ordre de la Division.
Il est rendu à la vie civile en

décoré

novembre 1951. Vraisemblablement encou¬

ragé par les relations, particulièrement amicales, qu'il avait tissées, sur la
avec un certain midship d'un petit contingent étranger embarqué du
nom de Hassan devenu, en 1961, Roi du Maroc, il met le cap sur

Jeanne,

Casablanca.

est-il resté dans cette partie du Maghreb ? Je ne l'ai
jamais su car, s'il avait l'art d'obtenir de quiconque les renseignements qu'il
souhaitait, en revanche il restait extrêmement discret lorsqu'il s'agissait de
Combien de temps

lui.
Comme tout

marin, il

a,

bien sûr, rêvé de venir un jour à Tahiti. Les

relations de voyage de Cook ou de Bougainville n'ont pu, chez ce passionné
de lectures, qu'aviver ce désir. Et comment ce rêve et ce désir sont-ils deve¬

jour... réalité ? Eh bien voici ! Diplômé de la Faculté de Médecine de
1948, je décidais de prolonger, dans la Capitale, quelques stages
hospitaliers jusqu'au jour où un ami, côtoyé au cours de ces stages, le Dr
Leduc, médecin stomatologiste, me procura un remplacement de 2 mois à
Brest (novembre et décembre). Cette perspective ravit, à plus d'un titre le
marin d'occasion que j'avais été et me permettrait de marquer une sorte de re¬
vanche sur mon destin sérieusement menacé par le conflit de 1939. En effet,
cette année-là, c'est à l'Ecole de préparation annexe de Brest (pour Santé
nus un

Paris

en

Société des

Études

Océaniennes

�60

Navale

Bordeaux) que l'autorité paternelle avait décidé de m'inscrire plutôt
qu'à celle de Toulon, préférant, "dans mon intérêt", le crachin au soleil.
N'est-il pas curieux que ce soit là que j'allais, en pratique, débuter ma car¬
rière professionnelle... et rencontrer Paul Moortgat ? Je n'oublierai jamais
cette première image d'un fringant midship, en tenue d'hiver, que j'avais
identifié (sur le plan de la spécialité) grâce au velours spécifique qu'il portait
en
me

bas de

ses

membres. Il venait

me

saluer

au nom

de

ce

même Dr Leduc,

prévenant qu'il disposait de peu de temps, l'appareillage étant prévu pour

le lendemain.
Dans le bref chassé-croisé de

questions qui suivit, j'arrivai à savoir qu'il
charge de la bibliothèque du carré. Qui s'en étonnerait ? Et dès qu'il
apprit mon appartenance à la grande famille des marins, il me dit : "une telle
rencontre s'arrose !" Et nous sommes allés au zinc d'un café tout proche,
logé à côté d'une cantine, dans une bâtisse préfabriquée, à la lisière d'un
désolant no man's land jonché de débris de maisons et qui témoignaient de
l'âpreté de la lutte qui s'était déroulée là avec les Allemands.
avait la

S'inquiétant de connaître

projets professionnels et en apprenant que
à Tahiti, il me dit simplement : "Quelle
chance tu as !" Après avoir échangé nos adresses respectives, nous nous
serrâmes la main avec un sentiment de légère tristesse comme si ce trop
court moment passé ensemble
témoignait déjà d'une solide et franche
ceux-ci allaient bientôt

mes

me ramener

amitié.

Quelques années passèrent. Envisageant un séjour familial en
Métropole, je reprenais contact avec Paul pour lui proposer de me remplacer
un an. Sa réponse fut immédiate et, s'agissant des garanties qui devaient lui
être faites, il me rétorqua : "la parole des gens de mer me suffit". Et c'est
ainsi qu'au matin d'une journée de septembre 1953, qui s'annonçait magni¬
fique, débarquait du Calédonien des Messageries Maritimes un Paul
Moortgat radieux, à l'aube de sa vie polynésienne. Sa curiosité naturelle
alliée à son esprit scientifique, sa passion pour tout ce qui touchait à la
Polynésie et aux Polynésiens, l'ont tout naturellement conduit à prendre des
responsabilités d'abord à Paris, à la Société des Océanistes, dont il fut long¬
temps le Trésorier puis Délégué pour le Pacifique. Ceci pour les séjours
qu'il fit en France après chaque remplacement (il y en eut 3). Et c'est en
1966 qu'il se fixera définitivement au Fenua. Il ne peut alors échapper à
l'attraction de la Société des Etudes Océaniennes, dont il fut assesseur dès
1967, puis Trésorier en 1974 et finalement Président en 1976, succédant
alors à Henri Jacquier.

Société des

Études

Océaniennes

�61

résister au fait de rappeler qu'au cours de son premier séjour il
collaboration avec le Pharmacien Acker, alors en service à
Vaiami, une excellente étude sur l'alimentation des Polynésiens et son rôle
Je

ne

publie,

peux

en

dans la carie dentaire. Le cri d'alarme

lancé, le Pr Beaume de Genève,

fréquemment inspiré lors des enquêtes
place et qui ont abouti à la création de notre Service Territorial
d'Hygiène Dentaire. Et le danger est maintenant écarté.
Consultant de l'O.M.S., s'en est
menées

sur

passerai sous silence d'autres travaux de cet infatigable chercheur,
puisque déjà révélés par des voies plus autorisées que la mienne. IVThonorant
de son amitié qui ne s'est pas démentie en plus de 35 ans, aurais-je dû parler
d'avantage de l'homme que je ne l'ai fait ? C'eût peut-être été une offense à sa
mémoire, lui si réservé, modeste et qui n'aimait pas qu'on parlât de lui.
Je

Comme il s'était

plu à l'écrire lui-même, dans des circonstances sembla¬

bles, et s'agissant d'un de ses prédécesseurs, le Pasteur Rey-Lescure, disons,
nous aussi, "qu'en toute reconnaissance pour ses efforts persévérants, ses tra¬
vaux et son dévouement, nous resterons pleins de gratitude" pour Paul

Moortgat — notre ami Paulus — homme de bien et connaisseur
l'Océanie, de la Polynésie Française et des Polynésiens.

éclairé de

Lysis Lavigne

Société des

Études

Océaniennes

�62

L'HOMME PRESSE
A bien des

égards, Paulus

me

faisait penser à "L'homme pressé", dans ce

que le héros de Paul Morand avait de plus attachant et fascinant —fortune et
obsession de la possession en moins— avec cette même passion qu'il tradui¬

travail constant pour tout ce qui touchait à l'Histoire de Tahiti,
Polynésie et de l'Océanie. L'Histoire des hommes, bien sûr, car Paul
Moortgat était un humaniste, un honnête homme et un modeste.
Sous prétexte qu'on connaît quelqu'un depuis une trentaine d'années,
qu'on l'admire et qu'on l'aime, qu'on partage ses idées, des passions et des
goûts communs, on croit le bien connaître.
Aujourd'hui qu'il n'est plus et qu'il a paru indispensable, à quelques-uns
de ceux qui avaient le privilège de compter parmi ses amis, de perpétuer sa
mémoire et son souvenir par des témoignages écrits et surtout imprimés
dans le Bulletin pour lequel il s'était tant investi, offrant son temps, son ta¬
lent, son travail, son intelligence, son érudition et sa sensibilité, aujourd'hui
donc je me rends compte que je connaissais finalement peu notre Paulus.
Outre les brillantes conversations (dont le sérieux des sujets abordés
n'excluait pas l'humour, teinté parfois d'une impertinente ironie dénuée de
méchanceté) auxquelles il m'a été donné d'assister —fasciné— voire de parti¬
ciper, avec des interlocuteurs exceptionnels comme notre regretté Marc
Darnois, le pétillant Bob Putigny (pour ne citer qu'eux) ou quelque visteur
de qualité, le souvenir de Paulus qui s'impose à mon esprit ce sont ses
visites à mon bureau, toujours en fin d'après-midi, toujours débarquant en
pleine conférence de rédaction, toujours en coup de vent et toujours pour me
déposer la dernière livraison encore fraîche du Bulletin, s'excusant en chu¬
chotant d'intervenir pendant ce qu'il pensait être un mauvais moment, et
s'esquivant tout aussi discrètement qu'il était venu.
Mais quand par bonheur il arrivait à un moment où j'étais, enfin, ou en¬
core, seul dans mon bureau, les trop courtes minutes que je réussissais à lui
extorquer étaient alors une pause magique particulièrement bienvenue au
terme d'une journée longue et chargée. Mais, là encore, ces rares instants,
qu'éclairaient son oeil bleu, son sourire et ses propos essentiels, étaient
grappillés au temps universel, car il avait toujours et encore quelque chose à
faire, ce gentilhomme bien de son temps qui cultivait le passé au futur,
conscient de l'inanité du présent.
Sur le projet d'un prochain déjeuner, projet par chance souvent
concrétisé, alors, comme il était arrivé, vif et discret se retirait Paulus,
l'homme pressé.
En hommage humble et respectueux.
sait par un

de la

Michel

Société des

Études

Océaniennes

Anglade

�63

PAUL MOORTGAT ETAIT MON AMI

Paul

Moortgat était mon ami ; que de richesses et de joies dans ce mot !
un peu comme un heureux secret que l'on partage à deux.

L'amitié, c'est

Paul était très à l'aise dans toutes les

disciplines, ce qui lui avait valu de
participer à des activités multiples, souvent astreignantes, mais il demeurait
toujours disponible.
j'ai si souvent souhaité l'entendre parler de
enfance, du cadre dans lequel il avait grandi, mais il ne se livrait pas
volontiers ; insister, c'eût été enfreindre ce respect rigoureux qui donne à
Il était

un

homme secret ;

son

l'amitié toute

sa

valeur.

Trop rarement, hélas ! il nous arrive, au cours de notre vie, de rencontrer
qui ont pour constant souci d'aider. Lorsque l'on interrogeait mon
ami Robinson sur ce qu'il avait entrepris, il répondait qu'il avait voulu
remercier ce pays de toutes les joies qu'il lui avait données ; je crois que c'est
des êtres

là l'essentiel des motivations de ces êtres rares.

puis, un jour, ils disparaissent, nous laissant aux prises avec une
profonde mélancolie ; toutefois, je suis persuadé que la terre polynésienne,
qui les reçoit, doit les entourer d'une tendresse toute particulière.
Et

Bertrand Jaunez

Société des

Études

Océaniennes

�64

APRES MOORTGAT

Le Bureau de la S.E.O. n'a pas

été en mesure de réaliser un tirage
spécial, initialement prévu avant le malaise de feu le Président Moortgat,
pour commémorer le Bicentenaire de la Révolution Française de 1789 dans
sa répercussion en Polynésie Française. D'une part, les auteurs d'articles
pressentis à cet effet pour notre Bulletin n'ont pu être recontactés à temps et,
d'autre part, les difficultés de gestion rencontrées par la S.E.O. en matière de
disponibilités littéraires et financières n'ont pas permis de faire aboutir cette
opération.

seuil du dernier trimestre 1989, effectuer
spécial rassemblant des textes choisis dans les dix
premiers bulletins de la S.E.O. (1917-1925), dont Moortgat a été le premier
destinataire durant son séjour de traitement à Puna'auia. En particulier,
spécialement venu pour les obsèques de Paul Moortgat, son frère a déclaré
que le fonds de la bibliothèque personnelle de Paul doit revenir naturellement
Toutefois, le Bureau

a pu, au

l'édition d'un livret rouge

à la S.E.O.
Réuni en janvier 1990, le Bureau restreint a constaté la mise à sa
disposition d'une subvention territoriale de fonctionnement de 1.500.000
CFP au titre de l'exercice 1989, provision bienvenue pour permettre le
tirage des bulletins de l'année en cours. A l'instigation de la secrétaire Janine
Laguesse (qui a assuré le secrétariat de la S.E.O. durant les deux longs
mandats des Présidents Jacquier puis Moortgat), le Bureau a souhaité
recevoir les témoignages posthumes des nombreuses personnes ayant connu
Paul Moortgat, en hommage à sa multiple activité bénévole pour que vive
et continue à vivre la S.E.O.

Il faut signaler que le siège de la S.E.O., — qui avait quitté la maison
Bailly, Rue Lagarde (ex-Rue Bréa) à Pape'ete, pour être accueilli, à titre
gracieux, en février 1986 dans l'immeuble de l'O.R.S.T.O.M à 'Arue, — a
été transféré depuis mars 1990 dans le bâtiment neuf du Service des Archives
sur les hauts de Tipaerui à Papeete. C'est là prochainement, dans
l'auditorium-salle de conférence, que se tiendra l'Assemblée Générale pour le

renouvellement du Bureau de la S.E.O.

Société des

Études

Océaniennes

�65

C'est ici l'occasion de

signaler la participation intéressante d'Aurora
qui a assuré le secrétariat d'accueil au "siège Bailly" sous
Jacquier et au début du mandat de Moortgat ; agissant en
secrétaire-comptable, elle a servi les visiteurs-chercheurs à une époque où la
photocopieuse était inconnue et elle renseignait les consultants comme un
véritable répertoire vivant, par son érudition en histoire locale, jugeant
aujourd'hui celle-ci de son oeil critique dans sa retraite de Bellevue-en-Pira'e.
Ses fonctions sont assurées maintenant par la dévouée Mme Hilda Picard
Nâtua à la S.E.O.

dans

un

Par

S.E.O.
notre

contexte

modernisé.

ailleurs, il faut signaler l'absence, depuis, du Vice-Président de la
(pour un long séjour hors du Territoire) qui a donné délégation à

collègue Yvonnic Allain pour coordonner les destinées de l'aînée des

associations locales.

Enfin, tous comptes examinés, il s'est avéré nécessaire de relever la
cotisation d'adhésion au taux uniforme de 3 000 fr l'an à partir de 1990 (et
800 fr le numéro normal hors abonnement).

Société des

Études

Océaniennes

�■

-

Société des

.

-

Études

Océaniennes

�67

LA DANSE ET LA POESIE

EN DEUIL

domaine du
intéressant de réserver dans notre Bulletin quelques pages à
l'intention de trois personnes qui ont quitté l'actualité locale en laissant un
souvenir promotionnel incontestable. Les deux quotidiens de la place, en ces
circonstances, ont relaté d'ailleurs leur départ comme événement à la "une",
place méritée pour leur contribution à l'histoire sensible de la Polynésie.
Voici donc une triple nécrologie biographique de Gilles Hollande, Madeleine
Dans le contexte des études océaniennes, relativement au

folklore, il

a paru

Mou'a et Henri Hiro.

GILLES TERI'I HOLLANDE,
PRINCE DE LA DANSE TAHITIENNE

9 février 1950 à Pape'ete, est décédé lundi 18 septembre 1989 à
l'Hôpital de Mama'o-Pape'ete, ayant succombé après une hospitalisation de
deux mois, victime d'un mal profond irréversible. Ainsi disparaît à 39 ans le
jeune prestigieux chef du groupe folklorique local 'la Ora Tahiti devenu très
tôt pour le tourisme polynésien son véritable ambassadeur à l'étranger.
Né jeudi

époux Alphonse Hollande et Paula Bacca, habitant à Pape'ete
quartier de la Mission Catholique, ses parents l'ont vite intéressé au folklore
polynésien : il s'est produit sur scène dès l'âge de 12 ans. Son père (décédé
en 1968) a été, avec un groupe de guides montagnards tahitiens, le premier
conquérant du Mont 'Orohena, point culminant de Tahiti (2 241 m) qu'ils
ont franchi en 1953. En cette année 1953, la famille Hollande fera une tour¬
Fils des

née foraine à

travers

la France pour

présenter le film Si Tahiti m'était conté

(en pastichant le titre du film Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry),
film réalisé par les frères cinéastes Alphonse et Charles Hollande (exploi-

Société des

Études

Océaniennes

�68

tants

à

une

époque du Ciné Bambou à Pape'ete près du Restaurant Dragon

d'Or, et du dancing Lafayette à Arue), passant notamment à la salle La
Plantation du ciné Nouveautés à Toulouse, où le conférencier-

projectionniste Alphonse fait salle pleine, le petit quatuor tahitien estudian¬
tin d'alors de la Ville Rose (l'universitaire Alec Moeava Ata et les lycéens
Wilfred Pina'i Lucas, Claude Teri'itahi Juventin et Raymond Vânanga
Pietri) partageant le Champagne d'après séance sur l'esplanade du Boulevard
d'Alsace-Lorraine, pendant la dédicace du livre Tahiti sans couronne (en pas¬
tiche du titre Tahiti et

sa couronne

d'Albert TSterstevens), les Hollande em¬

barquant aussitôt le matériel de conférence dans la roulotte de tournée en
partance pour d'autres villes comme éclaireurs de la vocation touristique de
Tahiti

...

Pape'ete, Gilles entrera au Lycée de
puis de Thiers : revenant à Tahiti pour préparer à l'Ecole des
Frères son baccalauréat (1967), ses parents le dirigeront sur la Faculté de
Médecine de Montpellier ; mais il renonce à poursuivre Hippocrate pour
constituer déjà à partir de 18 ans (1968) de petits groupes, avec des éléments
du Fenua, pour se produire, non seulement en France, mais à travers
l'Europe et les U.S.A. Le succès ressenti le rend audacieux pour offrir des
représentations en des spectacles grand public outre Pacifique, car il aura
pratiqué le show-business chez Eddy Barclay.
D'abord élève à l'Ecole des Frères à

Versailles

Au fil des années, faisant la navette entre Tahiti et la France, sa notorié¬
grandissante le fait parcourir, avec ses troupes successives durant de longs
mois en contrat, lEurope, l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud et l'Asie,
ne manquant pas de participer aux Fêtes du Juillet à Tahiti, tremplin des
voyages de découverte promotionnelle pour danseurs, danseuses, chanteurs,
chanteuses, comédiens et musiciens du folklore polynésien.

té

son premier groupe en France en 1974 passant
Auvergne. Ayant créé sa propre troupe Ta Ora Tahiti en
1976, il l'emmènera à six reprises au-delà des Mers du Sud pour faire con¬
naître le mirage polynésien à 52 pays, faisant en même temps découvrir des
horizons insoupçonnés à ses acteurs successifs dix-sept années durant.

Ainsi, il emmènera

notamment en

1978, il a épousé à Paris Mayra Chevalier un manne¬
quin brésilien de Saint-Domingue, le Haut-Commissaire Paul Cousseran
étant spécialement invité au mariage. La fête nuptiale sera perpétuée
ultérieurement à Pape'ete chez Michel et Eliane, ses amis restaurateurs de
toujours d'Auvergne. Mais le démon folklorique reprendra le dessus et Gilles
sera derechef accaparé par la bougeotte des ballets en tournées...
Le 15 novembre

Société des

Études Océaniennes

�69

partir de 1981, il s'exprime comme directeur artistique dans la re¬
nouveaux et de créations originales pour la promotion
polynésienne chez Océane Production.
A

cherche de talents

Il a oeuvré aussi comme conseiller artistique au sein du groupe
folklorique Tahiti Nui de Paulette Viénot et comme assistant de son agence
touristique Tahiti Tours de 1985 à 1987. Ayant côtoyé le monde de la
Maison des Jeunes et de la Culture et de l'ex-Office de Développement du
Tourisme, il avait espéré obtenir en 1988-89 une place de responsabilité,
voire la direction un moment vacante, à l'O.P.A.T.T.I., postulation fondée
sur son expérience touristique, sa connaissance du répertoire folklorique
(instruments et danses).
Entré au groupe Accor, il opérait comme animateur dans les Hôtels
Maeva Beach de Puna'auia et Tiare Sofitel de Mo'orea. En particulier, de

récente tournée au Japon pour le compte d'Air France et de
Sofitel, il menait une activité absorbante comme animateur du groupe Accor
Polynésie, tout en préparant sa troupe pour le Heiva 1989 aux Fêtes du
Tiurai et tout en assurant l'émission quotidienne télévisée du même nom à
R.F.O-Tahiti. En homme d'affaires avisé dans ses négociations, il était
également collaborateur de l'Hôtel Hyatt -Regency de Tahara'a.
retour d'une

Dans

son

premier semestre fatal de 1989, Gilles avait eu, en effet,

l'occasion de présenter à la Télévision, avec son oncle
film Si Tahiti m'était conté d'avant 1953, en vue d'une

Charles Hollande, le
projection spéciale à

l'O.T.A.C., désormais mis en cassette-vidéo. Puis, au départ imprévu de
Claude Ruben, l'auteur de l'émission quotidienne télévisée On en parle très
suivie par le public local, Gilles lui succède en mai 1989 en créant une sorte
d'émission de culture folklorique Heiva 1989, d'un genre nouveau vite appré¬
cié

et

à

prédominance musicale. En particulier, lors d'une

émission avec
Gilles le

pour invité l'élégant tatoué Teve, excellent comédien et chanteur,
félicitera de son maintien dans la simplicité. L'émission prend

l'absence de Gilles

fin

avec

signalée mi-juillet 1989.

dernier Tiurai une ovation triomphale, bien que
remporté le premier prix, que le jury décer¬
na dimanche 23 juillet 1989 à l'autre maître à danser Coco Hotahota du
groupe-vedette Temaeva. Quant à Gilles, il se sera produit pour la dernière
fois en soirée de concours le 17 juillet 1989, exécutant sur fond d'orchestre
sa danse de chef en solo. Son groupe se produira en son absence le vendredi
suivant, le malaise ayant définitivement soustrait Gilles de son activité.
Il

sa

aura connu

pour son

troupe Ta Ora Tahiti n'eût pas

Société des

Études

Océaniennes

�70

chaque année, font partie du folklore les contestations à
jury quel qu'il soit. Ainsi, celui-ci avait subi, quelques soirées
auparavant, un affront inhabituel de la part du groupe Heikura Nui mécon¬
tent de son classement et dont une délégation vint flanquer des platées
d'oeufs cassés avec taioro sur le pupitre avancé du jury cependant stoïque de
sérénité. A la soirée des prix, c'est par la voix d'une danseuse, en l'absence
de son chef Gilles, que la troupe 'la Ora Tahiti s'avançant Place Vai'ete, de¬
vant les personnalités présentes (dont le ministre de la République Louis Le
Pensec), — après une minute de silence de deuil prémonitoire (tenues et
more blancs à parements noirs et 'ura — annonça au Heiva son adieu
"devant la mort lente de notre culture pour cause de jury de plus en plus in¬
juste et magouilleur", et remercia le public — "sans lequel nous
n'existerions pas", — en se retirant sans fournir sa prestation. Ce jury (5
hommes, 6 femmes) cependant, dit-on, se serait montré plutôt sympathisant
envers 'la Ora Tahiti... Et la soirée des lauréats dite du Mâuruuru Award dé¬
Comme

l'adresse du

diée

aux

touristes continua, pour que

s'accomplisse la mission d'avenir du

Tiurai...
Des obsèques grandioses, des funérailles émouvantes ont marqué, pour
Polynésie entière, ce mercredi après-midi 20 septembre 1989 de Papeete,
par le trajet du dépositoire de Mama'o vers lEglise Maria nô te Hau archicomble, puis vers les hauteurs du Cimetière de lTJranie. Le Père Paul Hodée
a célébré la cérémonie et prononcé l'homélie devant le recueillement intense
par le vide infligé, la bière recouverte d'un magnifique linceul brodé de tiare
tahiti. Le cortège funèbre qui traversa ensuite la ville a laissé un sillage
d'émotions visibles chez les passants : la marque de la personnalité du jeune
défunt, une page de regrets. Là-haut, aux confins de Tipaeru'i-Pâmata'i, le
dernier trajet sera une marche ancestrale, le cercueil étant porté par ses com¬
pagnons entre une allée composée par des membres de la troupe Ta Ora
Tahiti en costume folklorique, aux sons plaintifs des pu et pahu à rythme
lent. Après le Père Hodée en français, suivront les orateurs du dernier hom¬
mage en langue vernaculaire, à commencer par Wilfred Lucas, l'intègre
président du jury du Tiurai, Rafio l'animateur de l'O.T.A.C. au nom du
groupe Temaeva Papara'i le champion de 'ûte de Tipaeru'i, Maco Tevane

la

,

le Directeur du Fare Vâna'a.
Dans la fin de
de

troupe
allocutions
sa

ce

bel

après-midi incroyable, les fidèles amis et danseurs

se sont attardés ont chanté — comme entre les pauses des
les airs préférés de Gilles pour son ensevelissement excep¬

qui

—

une plénitude de blancs pétales. La une de nos deux quotidiens,
qui lui ont consacré plusieurs pages, est significative de sa renommée, en
faisant vibrer les fibres émotionnelles des contemporains, que la magie

tionnel dans

Société des

Études

Océaniennes

�71

audiovisuelle prolongera longtemps encore. Il
l'aura ôté à mi-chemin d'une vie terrienne.
Au-delà de la

n'avait pas 40

ans,

la destinée

quoi qu'on dise, la presse l'aura paré de diverses
prince de la danse ; père spirituel des artistes aujourd'hui orphe¬
lins ; guide infatigable ; chorégraphe talentueux ; celui qui a conduit ces ar¬
tistes sur les plus grandes scènes du monde ; celui qui a mis en valeur les ra¬
cines profondes du folklore polynésien, sans l'enfermer dans un conformisme
figé (source de sclérose), ni conduire à l'extinction des traditions, afin
d'innover en demeurant respectueux et éviter les concessions de complai¬
sance. Sur le plan de la sociabilité, il est généralement reconnu comme pétri
de qualités humaines, doué de personnalité, de disponibilité, de gentillesse,
de courtoisie, de simplicité, de franchise (parfois excessive envers les jurys
successifs) ; homme de coeur, sans rancune, esthète artiste et inversement,
doté d'un jugement sûr pour déceler des artistes typés, professionnel, ne sup¬
portant pas la médiocrité, apte à dominer médisances et calomnies, d'une
grande sensibilité, à l'ironie vive parfois caustique, plein d'humour... en un
mot : un prodige pas faa-'oru. Ce sont là des appréciations dignes d'apporter
quelque baume, quelque réconfort à sa gentille maman Paula si entourée dans
distinctions

cet

rumeur

et

:

adieu.

Hyatt Regency de Tahara'a a conclu, dans son message
à
Gilles,
posthume
que, pour son incomparable talent, "avec lui s'en vont
nos espérances sur l'avenir de notre culture et tradition, nos meilleurs
prestations mâ'ohi et internationales et nos belles expériences".
La direction du

V.R.P.

Société des

Études Océaniennes

�72

MADELEINE

MOU'A,

REINE DE LA DANSE POLYNESIENNE

5 avril 1899 à Pape'ete, est décédée jeudi 16 novembre 1989 à
l'Hôpital de Mama'o-Pape'ete : elle avait donc 90 ans et demi, un âge
respectable après une existence digne de vénération.
Née jeudi

Elève de l'Ecole Viénot, elle devient

institutrice à l'âge de dix-sept ans

(1916), enseignant d'abord à l'Ecole Centrale. Le Cours Normal n'existant
C.A.P. et elle est af¬
très appréciées par le
district), puis revient à l'Ecole Centrale comme surveillante générale des
filles. Ensuite l'Inspecteur Gondron l'affecte aux Tuamotu, pour diriger
l'Ecole d'Application pratique de l'atoll de Fakarava, où elle apprendra dix
années durant aux jeunes Pa'umotu les nécessités de l'école aujourd'hui, tout
en leur préservant les connaissances élémentaires de la vie ancestrale comme
les rudiments de la navigation côtière, ainsi que la menuiserie, les activités
d'éveil et l'initiation aux cultures potagères indispensables dans l'isolement
insulaire. Au cours de ce séjour, elle déclare avoir perdu sa voix. Son mari
ainsi que le chef de 111e Naea Tokoragi l'avaient bien aidée pour entretenir
les installations scolaires ; elle est, à juste raison, fière au bout de quatre an¬
nées d'avoir présenté 9 élèves pa'umotu au Certificat avec succès et
"mention bien" (dont Tihoti Tokoragi, mécanicien, Pita Ipu et Pepe
Mariteragi, infirmiers). Francis Sandford avait été appelé ensuite pour lui
tandis que Madeleine vient enseigner durant un an à
succéder à Fakarava
lEcole de la Mairie de Pape'ete.
pas encore à cette époque, elle prépare donc seule son
fectée comme directrice à lEcole de Pâ'ea (trois années

...

enseignera par la suite comme directrice à l'Ecole de Pâ'ofa'i (jus¬
habitant précisément en face de cette école, dans
une
style d'autrefois, dont le jardin, en bordure de la
route de ceinture vibrera plus tard des accents du soir pour l'entraînement de
ses élèves folkloriques plus ou moins disciplinés. Elle cite notamment
comme élèves scolaires devenus enseignants Nédo Salmon, Alexandre Le
Gayic, Mme Simone Hintze Pendant le temps de guerre, elle s'était enga¬
gée localement dans la Légion Valmy féminine, participant à des soirées
organisées pour venir en aide à des communes de France bombardées, en
l'occurrence à la ville de Gacé en Normandie, rasée lors du débarquement.
Madeleine ira d'ailleurs plus tard à l'inauguration d'une Avenue de Tahiti,
nom que le Maire donna, en mémoire de ce geste, à une artère de Gacé.
Elle

qu'à

sa retraite en 1962),
ancienne maison du

...

Société des

Études Océaniennes

�73

Pour harmoniser

un enseignement tendant à modeler des têtes bien faites
sains, la généralisation du sport intervenue dans la vie civile,
commençant d'abord dans les rencontres in ter-scolaires vers 1947-48,
amènera Madeleine à animer son groupe sportif féminin créé à l'Ecole de
Pâ'ofa'i sous le nom de France-Maeva qui se distinguera dans les rencontres
de basket-ball et dont d'anciennes basketteuses, ayant continué hors école
dans les clubs civils d'alors, parlent avec une émotion enjouée de ces rémi¬

dans des corps

niscences.

Ayant eu l'occasion de voir des fêtes folkloriques régionales (Auvergne,
Vallée de la Loire, Bretagne) lors d'un voyage effectué en France en 1955-56,
se confortera dans sa conviction de cultiver, sans tarder davantage, le
spectacle folklorique de sa Polynésie, dont elle a senti l'impact sur les gens
du monde occidental friand du dépaysement exotique. A son retour à Tahiti,
elle s'attachera à raviver les danses polynésiennes, en adaptant des innova¬
tions de mouvements avec fanfreluches pour l'agrément des spectateurs, sans
porter atteinte au caractère de base de l'authenticité folklorique, toute inter¬
prétation de légende s'accompagnant d'un avertissement explicatif oral et

elle

même écrit à l'intention des observateurs.
Ainsi

en

Territoire du

1956, elle a constitué le premier groupe folklorique organisé du
nom de Heiva, extrait des profondeurs de l'histoire de son pays,

terme désignant jadis des exhibitions de danse dans un contexte de fêtes, de
joutes piroguières, athlétiques, oratoires et florales, de jeux nautiques... Elle
a choisi pour marraines d'honneur de son pupu les princesses en titre Teri'inui-o-Tahiti et Tekau Pômare-Vedel (celle-ci résidant alors en Côte d'Azur).
C'est à l'occasion d'une Fête du Club Nautique en mars 1956 que Madeleine,
avec quelque crainte refrénée, présente sa sélection de danseuses par légendes
expliquées : les spectateurs sont subjugués, l'entreprise connaît d'emblée les
encouragements à poursuivre la partie engagée. Les Janine Vidal (épouse du
sympathique photographe-phare Adolphe Sylvain), Te'ura (1ère Miss Tahiti
et future Mme Bauwens), la spéciale "Choa", la fonctionnaire "Tutu", la
grande Eileen, etc... viennent de lancer la première publicité du sourire
d'accueil touristique.

grands hôtels touristiques venant d'apparaître à Tahiti, s'insinue pe¬
notion disciplinée de groupes folkloriques dits "professionnels",
car préparés
et exercés tout au long de l'année, et non plus seulement à
l'occasion des seules manifestations traditionnelles : les Fêtes du Juillet
(alors Place Taraho'i) et certaines réceptions inhabituelles. L'Office du
Tourisme aussi est nouvellement implanté, avec le voisinage du Syndicat
d'Initiative. L'émulation du groupe Heiva, qui ne peut à lui seul englober la
Les

tit à petit la

Société des

Études

Océaniennes

�74

génération montante libérée et attirée par cette expression folklorique, en¬
traîne dans la compétition la création d'autres groupes au fil des ans. Dans le
même temps, le nouvel "Office de Développement du Tourisme" devient
chargé du Comité des Fêtes de Juillet, qui était l'apanage du chef-lieu de la
Commune de Pape'ete depuis les temps coloniaux. Le frais patron de
l'O.D.T. Alexandre Moeava Ata
dépositaire de la connaissance folklo¬
rique, et dont l'auteur Temari'i a Tea'i demeure une des mémoires lucides de
l'évolution (ou des évolutions) de ce pays — sera amené à établir un mé¬
mento à l'usage des compétiteurs du Tiurai : règles des pas de danse, compo¬
sition des éléments végétaux entrant dans la confection des costumes, nom¬
bre minimum d'exécutants des 'ote'a, 'aparima, hivinau, pao'a, 'ûte...,
choeurs de himene et orchestres indigènes (élimination déjà faite des tâ'iri
punu biscuits Arnott's dont les accents métalliques avaient longtemps
côtoyé les tô 'ere et pahu anciens).
—

Est déjà loin le temps de la fameuse danseuse sensuelle Augustine de
Pape'ete, et des figures de proue Germaine Leverd (future épouse du capitaine
de port Ahnne) et Tûmata (future dame golfeuse Brès) du groupe Fa'anui de
Porapora. Madeleine risquera le tâpe'a-titi léger et décoratif (en tissu végétal
ou demi-noix de coco), en place du bustier couvreur de naguère en pê'ue ou

tapa.

jouent une symphonie de nuances, allant du blanc de tapage
végétales d'antan. Quant aux coiffures ornementales,
l'entrée en lice de groupes concurrents "espionneurs" façonnera des tiares à
qui mieux mieux, mêlant le style ancestral aux emprunts ultra-polynésiens
de type O'Congaceiro allant du Brésil au Mexique, inspirés sans doute des
tournées hors de nos frontières, et dont la hauteur de préoccupation esthé¬
tique aura souventes fois incommodé leurs porteuses au détriment de
l'impeccabilité. Mais la distinction des groupes professionnels et des
groupes amateurs est établie.
Les

naturel

more

aux

teintes

Il faut reconnaître à Madeleine le rôle primordial qu'elle a joué dans
l'épanouissement de notre folklore dansé et musiqué. Elle aura donné une
impulsion au devenir folklorique considéré comme art, contre la rigidité des
principes. En 1962, elle a 63 ans quand elle prend sa retraite de
l'enseignement ; elle va alors se consacrer librement à la formation de ses
élèves : danseurs, danseuses, musiciens et confectionneuses, dont certains
par la suite formeront leurs propres troupes. Le groupe Heiva remportera
aux manifestations du Tiurai, à Taraho'i d'abord, ensuite
lorsque celles-ci émigreront Place Vaiete au temps du Gouverneur Jean
Sicurani. Vive est la concurrence folklorique quand, aux approches du Tiurai

divers succès

Société des

Études Océaniennes

�75

les groupes,

préparant "secrètement" leurs entraînements à la clarté vespé¬

rale, pratiquent l'espionnite pour "voler" les thèmes, ou se piquent entre eux
les éléments typés, ou engagent des candidats occasionnels séduisants ;
été victime et

peut-être bénéficiaire aussi, l'essentiel en la
pérennité de notre expression théâtrale chauvine. Le
groupe Heiva aura effectué deux tournées en France : en 1962 et 1965, la
seconde ayant été abrégée compromise par un impresario-acteur non ferré.
Madeleine

en aura

matière est d'assurer la

prestation au 'Ia-ora-na Villa à Puna'auia,
Philippe De Gaulle, se sentant tout à
fait à l'aise en la circonstance, comme auprès des humbles gens. Elle aura
rencontré dans ses concours du Tiurai, tantôt en partenaires sportivement
parlant, tantôt en adversaires occasionnels, des générations successives de
chefs de groupes ayant grandi avec ou à partir d'elle : Paulina Morgan,
Salomon (emporté par un cancer), Coco Hotahota, Joël 'Avaema'i (expatrié
au Japon), Claire Leverd, Gilles Hollande (mort avant Madeleine à 39 ans,
mais né quand Madeleine avait 51 ans) et plus récemment Manouche
Lehartel et Pierrot Lucas... les soirées Place Vai'ete ayant tant de fois retenti
de leurs clameurs d'allégresse et d'emportement itou.
1982, Madeleine offre

En

une

l'honneur de la visite de l'Amiral

en

folklorique en 1985 ; elle sera honorée
le Maire Jean Juventin du premier titre semblable décerné sous forme de
diplôme-plaquette par la Commune-capitale : Citoyenne d'Honneur de la
Ville de Pape'ete. Le 12 Août 1987, le Haut-Commissaire Pierre Angeli
(ancien Gouverneur aussi) la distinguera de l'Ordre des Arts et Lettres, ayant
été Chevalier dans l'Ordre de Cambodge ainsi que Commandeur des Palmes
Académiques pour son action au sein de l'Education, également décorée de
l'Ordre National du Mérite, et du Mérite Touristique.
Madeleine arrêtera toute activité

par

De
sa

son

union

avec

enfants :
jeune après rougeole ; Mireille,

Gustave Terorotua, elle a été mère de quatre

dernière fille Claudine est morte, très

l'épouse du Dr Gérard Laurens, est morte dans un accident de voiture dont
Madeleine échappera ; Odette, épouse Nano Temorere Lochmann, puis est
retraitée de l'Enseignement à Porapora ; son fils Roger, ancien de la Marine,
s'est établi à Ra'iroa et chez qui Madeleine aura passé les toutes dernières
années de

sa

vie.

obsèques du souvenir ont eu lieu samedi matin 18 novembre 1989 :
Temple de Béthel, Rue Edouard Ahnne (anciennement Rue des
Beaux-Arts) à Pape'ete, avec une émouvante mémoration prononcée par le
Pasteur Frédéric Vernet. Sur les hauteurs du Cimetière de l'Uranie, le cer¬
Les

culte

cueil

au

superfleuri de couronnes de tiare tahiti, acheminé par des porteurs de

Société des

Études

Océaniennes

�76

en tenue de représentation, parviendra à sa destina¬
passant entre une haie d'honneur constituée des Anciens aux
des vivo, 'ukulele, pu e tô'ere, interprétant dignement des chants

tous groupes

tion finale
accents

confondus

en

évocateurs de Heiva. Et les

personnalités qualifiées, dont le Ministre de la
Georges Kelly, le Maire Juventin, Maco Tevane (Directeur de
l'Académie Tahitienne et ancien Président du Jury folklorique du Tiuraî) et la
fidèle Te'ura rendront un dernier hommage ensoleillé.
Culture

deux quotidiens et d'abondantes pages-souvenirs sont révé¬
"grande dame de la danse", comme pour sa courtoisie et sa
coquetterie du visage et de l'habillement. Le surnom de Mamie, à la fois
affectueux et de respectueuse reconnaissance, par lequel dans le milieu on la
désignait, s'accompagne d'appréciations élogieuses de la presse : l'âme de la
danse polynésienne ; la grande prêtresse de la danse ; une très grande dame de
la Polynésie ; une grande figure... femme de volonté, d'une grande bonté.
Ses derniers trémoussements en longue robe de soie jusqu'à 85 ans, en
présentant son groupe au Tiurai (décalé récemment en Heiva-i-Tahitï),
imposaient le respect dans la dignité, le public bon enfant étant flatteur mal¬
gré tout par admiration : il faut être Madeleine pour le faire !...
La

une

de

nos

latrices de notre

De

temps, elle a été aussi, deux années durant, secrétaire du
Syndicat des Enseignants. En hommage à Madeleine, le S.TJ.P. (Syndicat
Territorial des Institutrices et Instituteurs Publics) a restitué dans son
Bulletin de Mars 1990 une interview accordée en octobre 1975. Elle y dit
s'être intéressée au folklore depuis 1959 et intensément depuis sa retraite en
1962 ; trouvant que c'est une bonne chose d'avoir introduit l'enseignement
du tahitien à l'école, car l'enfant polynésien a besoin, pour se développer
pleinement, que l'on considère son petit univers, mais il faut être très pru¬
dent ; souhaitant l'introduction du folklore dans l'enseignement en tant
qu'activité d'éveil, elle conclut par cette suggestion à l'adresse des
enseignants : trop faire de morale aux enfants peut nuire, il faut aussi savoir
les laisser s'épanouir naturellement.
son

Après ce rappel mnémonique, accordons le mot de la fin à Coco
Hotahota, auteur-compositeur et chorégraphe remarquable, qui a dit : "nous
sommes tous sortis du ventre de Madeleine,", et quelle éloquente révérence en
lui dédiant

sa

récente

cassette

musicale !

V.R.P.

Société des

Études

Océaniennes

�77

HENRI HIRO :
UN POETE N'EST PLUS

Né samedi 1er janvier

1944 à Puna'auia (Tahiti), décédé samedi 10

mars

1990 à 'Arei (Huahine): au crépuscule du soir "le miracle du souffle abandon¬
nait Henri Hiro, 46 ans ; les souffrances aussi qu'il endurait depuis plus de
deux ans", ainsi

annonçait le quotidien La Dépêche de Tahiti sous la plume
correspondant Nano Flohr de Huahine. Cette poétique sentence laisse
le peuple mâ'ohi profondément attristé.
de

son

Le

présent mémoire ne se veut pas un panégyrique mais un témoignage
quelqu'un qui aura marqué de son passage l'histoire de son pays. Il est,
en effet, intimement considéré, par ceux qui ont eu l'heur d'entrer en com¬
merce avec lui, comme "véritablement le champion de la conscience polyné¬
sienne, le défenseur de la culture mâ'ohi et de son mode de vie".
sur ce

Entré à l'Ecole Centrale

(futur Collège Paul Gauguin puis Lycée
enfance à Puna'auia, il fréquente l'Eglise
en 1967, avec l'aide financière de la Paroisse
Protestante de Punaauia, continuer ses études en France, à la Faculté de
Théologie Protestante de Montpellier. L'éloignement du pays lui fera con¬
naître l'ambiance de Mai 1968 et il sera de retour en 1972, nanti du diplôme
poursuivi, son séjour là-bas ayant favorisé un regard microscopique sur ses
attaches natales. Il a embrassé la religion chrétienne, qui s'est insinuée en lui
et qui a aussi subi une indigénisation dans cette terre meuble qu'est la
Polynésie, jusqu'à s'intégrer dans l'esprit malléable des habitants pour faire
partie de leur culture, en préservant et en perpétuant la langue. Son analyse
justifie la recherche profonde d'un passé qui remonte jusqu'à la nuit des
temps... à travers les similitudes que retrace la Bible.

Gauguin), ayant passé
Evangélique et s'en ira

son

écologique '1a Ora te Natura
qu'il dirige dans le souci du respect de l'environnement ; il est donc, par
essence, contre les expériences atomiques. Ayant auparavant activement
oeuvré dans les groupes de réflexion de l'Eglise Evangélique, en dirigeant
notamment en 1973 la publication de l'organe de liaison Te Ve'a Porotetani,
il a dû alors s'en abstraire pour convenances collectives. Il est, en effet,
nommé en 1974 Directeur de la "Maison des Jeunes &amp; Maison de la
Il est membre fondateur de l'Association

Culture" de Pâ'ofa'i-Tipaeru'i, établissement d'obédience commune Etat &amp;
Territoire, le futur Office Territorial d'Action Culturelle (O.T.A.C.). Dans sa

Société des

Études Océaniennes

�78

contestation

essais nucléaires,

il participe alors à la création
parti politique Ta M ana te Nuna'a — (devenu
propriétaire de son siège à proximité du Lycée Gauguin) — parti socialiste,
au départ, aux fins de plus de justice sociale et d'évolution dans les
institutions politiques.
aux

mi-novembre 1975 du

A la MJ.M.C. de 1975 à 1981, il ambitionne de revaloriser la culture
polynésienne dans l'expression par la langue, les danses, les chants... Il est
chef du département "Recherche et Création" à l'O.T.A.C. de 1981 à 1984.
Il choisit notamment le port du pareu comme symbole, contre l'adversité
des railleries au début... et qui finira par être accepté dans les moeurs

actuelles.
Dans sa fringale de culture, il anime en 1983, avec le groupe Tahiti To'a
qu'il dirige, une mémorable cérémonie de reconstitution restitutoire au
Marae Taputapuatea de Ra'iatea, source ancestrale de l'expansion polyné¬
sienne. Sur la scène de Tauhiti à l'O.T.A.C., il a aussi monté des représen¬
tations théâtrales, ayant notamment apporté son concours, comme conseiller
technique et comédien, à une adaptation cinématographique par Ludovic
Ségarra de l'ouvrage Les Immémoriaux"de Victor Segalen à l'écriture psy¬
chologique si remarquable, et dont Hiro avait effectué une partielle traduc¬
tion en tahitien. Il a été co-réalisateur avec Jean L'Hôte du film Le Rescapé
de Tikeroa.
Il démissionnera en 1985 de ses postes en ville, ayant décidé de se retirer
à Huahine, dans sa vallée nourricière de 'Arei, lieu propice à son épanouisse¬

personnel et à la réflexion culturelle, et afin
de la concentration cosmopolite urbaine ; il
ment

d'échapper à l'étouffement
estime, en effet, que le
Polynésien est devenu captif en ville, démentalisé de sa polynésianité,
étranger parmi son entourage, étranger à lui-même... Il s'installe là-bas avec
femme (Do, fille des époux Hans Carlson et Louise Lévy) et enfants (trois).
Ayant façonné son peho de ses mains, Hiro ne se complaît pas seule¬
de paroles, il veut vivre pleinement de concepts de vie ancestraux.
Havre de paix, 'Arei se prête à la méditation séculaire et à l'inspiration du
poète, réputation qui lui est déjà acquise.
ment

Il retrouve à 'Arei

un

condensé de l'ensemble des valeurs traditionnelles

de la culture

polynésienne (maison, économie, cultures), pour y vivre non
rétrograde mais en vrai homme de la nature... en tropicalisant à la sauce
ancestrale les condiments confortables des temps modernes, pour persévérer
en

et

vivre

en

harmonie dans le contraste.

Société des

Études

Océaniennes

�79

Cocotier, maiore, poisson sont les constituants de base de la famille
polynésienne, et comme tels doivent subsister dans l'existence conçue en
lotissements anti-nature de nos jours, alors que les activités nouvellement
développées conduisent au destin du Polynésien d'offrir des loisirs en
devenant les serviteurs des touristes, en détruisant sa dignité par une richesse
importée, depuis l'appartion de la firme cinématographique hollywoodienne
M.G.M. (trio unifié en 1924 de Metro Pictures, Samuel Goldwyn et Louis
Mayer Pictures) pour le second remake en 1957-58 de Les Révoltés de la
Bounty, puis, après la réalisation en 1962 de l'aérodrome international de
Fa'a'a (Tahiti), l'installation du Centre d'Expérimentations du Pacifique — il
y a maintenant quelque trente années (après l'épuisement en 1966 du
gisement phosphatier de Makatea par la Compagnie Française des
Phosphates de l'Océanie d'alors, exploité en même temps que les forces
vives de la main-d'oeuvre insulaire). En effet, l'abandon des îles, pour
l'argent facile et l'attrait d'une condition matérielle ultérieurement meilleure,
s'est généralement traduit par un difficile retour aux activités insulaires
antérieures ; cette main-d'oeuvre est allée plutôt grossir l'émigration urbaine
dans des secteurs de vie suburbaine, hors de son milieu naturel vital.
L'essentiel de ce qui précède et de ce qui suit ressort d'une interview
publiée dans le quotidien Les Nouvelles, sous la signature de Michou
Chaze, proche amie de la famille Hiro, deux semaines avant le décès de
Henri : "Rencontre avec un grand poète — L'appel à la source de Henri Hiro,
l'écrivain-poète et l'intellectuel le plus marquant du Fenua". L'article signifi¬
catif a mis en évidence la personnalité de l'agonisant ohi qui y révèle son tré¬
fonds. Et l'auteur, au lendemain des funérailles uniques, actualise à la une
l'entretien philosophique, longuement recueilli auparavant en son ermitage,
sous un titre évocateur : "Un poète n'est plus, Henri Hiro est parti en
laissant le peuple polynésien debout : la renaissance de notre culture passe
par l'écriture, insiste le poète disparu".

Auprès du vieux pêcheur Teihota'ata, qui lui a enseigné le parler
tahitien, il a "appris qu'être bien dans sa langue, c'est être bien dans sa peau,
avec les autres... Un mot, une expression qui se perd, c'est un
qui disparaît... cela n'étant pas sans rapport avec la courbe
ascendante de la délinquance juvénile". Dudit entretien, véritable chant
testamentaire du défunt, il se dégage une résonance de détresse... ses
entrailles vibrant de gémissement...

c'est être bien
trésor social

composé des poèmes, en français
pehepehe d'une facture émotionnelle méritant coup de
chapeau (en pae'ore éclatant, bien sûr) : 'Oihanu, ou la rencontre entre la
Dans

sa verve

comme en

tahitien,

de déclamation, Hiro a
en

Société des

Études Océaniennes

�80

civilisation ancienne et la civilisation de maintenant, pour que naisse

quelque chose de nouveau ; 'Aitau, ou la volonté de vouloir aller à tout prix
à la source pour se renouveler : cela se fera dans le respect des cultures
propres aux diverses origines ethniques composant la nouvelle société poly¬
nésienne, sans le mépris des visiteurs installés envers les hôtes, alors que
s'éloigne la polynésianité qui est pourtant l'avenir des ressortissants tumu,
en train de se faire complètement annihiler.
L'expression par l'écriture est aujourd'hui maîtrisée par le Polynésien
pour en assurer le relais dans la recherche de cette connaissance, dans la poé¬
sie de la langue tahitienne, même si dans cette expression se mêlent des in¬
flexions d'anglicisme et/ou de francicisme. Le Polynésien est à même de
prendre, dans l'unicité de sa réflexion, la parole par l'écriture après
l'intervention —et l'enseignement qu'il en a tiré— de l'évangélisation collec¬
tive, pour s'adapter à l'exigeante modernité — (la civilisation, sans vouloir
fourcher sur le terme ironisé de syphilisation par le navigateur Alain
Gerbault dans ses prophéties de Un paradis se meurt) — qui, à travers la
politique dévorante, a entraîné l'affairisme, la corruption, l'appétit de
l'argent, la griserie du pouvoir, la concupiscence. L'écriture vient en pro¬
longement ou en remplacement de la mémoire orale.
L'histoire foncière de la Polynésie, la valorisation de la langue tahi¬
tienne, le travail de l'évangile, de l'église, de la religion, sont des thèmes de
réflexion qui concourent au problème testamentaire posé.
La Dépêche de Tahiti a titré : " Obsèques dans la tradition pour le
poète". Henri Hiro a été inhumé au cimetière de Fâ'ie (Huahine) dimanche
matin 11 avril 1990. La discipline collective paroissiale avait rapidement ef¬
fectué des marches avec 'iri'iri oneone anti-boue, sur le trajet en pente
l'acheminant vers son éternel repos. Des personnalités des Iles-du-Vent et
des Iles-sous-le-Vent notamment ont assisté à un enterrement... exception¬
nel (c'est le mot), dont le déroulement a été réglé, selon les volontés du dis¬
paru, suivant le rite des Anciens. Enseveli dans son pareu rouge en un lin¬
ceul de tapa, — mais allongé sur fond de pê'ue et recouvert de feuilles de sa
végétation, reposant dans un cercueil pour se conformer aux exigences
d'hygiène de la loi communale, calé contre les fruits de son éden travaillé
Henri sera happé par les lèvres des entrailles de cette terre chérie des Tup una,
laissant à la surface son message d'espoir pour la reconnaissance et la réha¬
bilitation de la culture mâ'ohi. L'organe du proposeur de Hitinui s'est
éteint, mais continue à résonner amplifié par la cassette de transmission de
son 'aepau.
—

Société des

Études

Océaniennes

�81

L'on peut supputer que Hiro, dans sa retraite à 'Arei, était résigné,
cherchant à combattre cette résignation en se réfugiant dans la méditation, ou
dans l'acceptation aux fins de se forger une stratégie pour mieux élaborer
puis répandre le message philosophique basé sur la non-violence : après
avoir tâté de l'expression théâtrale —toutes propositions gardées dans notre
transposition polynésienne et sans allusion aucune de contempteur, — le
Shakespeare local a pris l'attitude du Mahatma Gandhi des Indiens de
Polynésie orientale, une Polynésie de plus en plus occidentalisée pour ne
pas dire désorientalisée sinon désorientée. Mais sa résignation cachée tenait à
un mal pernicieux inexorable, qui l'a assassiné lentement dans ses fonde¬
,

ments

viscéraux à 40

ans :

la moitié d'une existence.

Il faut l'avoir

approché, quoi qu'on en dise, pour mesurer le personnage
qu'a été Henri Hiro ; ses accointances d'échanges aptes à la
compréhension mutuelle, comme son ami discuteur Douro Ra'apoto, ou des
interlocuteurs intellectuels privilégiés tels Alexandre Ata, Jean-Marius
Ra'apoto, Jacqui Drollet, Mme Flora Devatine née Urima, Mme Chantai
Ra'iheui née Spitz, Alain Deviègre... dans le registre existentialiste de la tra¬
dition polynésienne, retiennent chacun par-devers soi des témoignages ici
non formulés. Dans notre immense petit univers surgi du clapotis de Moana
non

ordinaire

Nui, Henri Hiro notre penseur polynésien b.c.b.g. (bien

cultivé bien gentil)

rejoint le podium des "figures" locales, où l'ont précédé le géant guérisseur
Tiurai (mort à 83 ans, à Puna'auia, de la grippe espagnole en 1918) et le
sénateur statufié Pouvâna'a a 'O'Opa (né le 10 mai 1895 à Huahine et mort
le 10 janvier 1971 à Pape'ete, à 76 ans), pour entrer dans la légende du
a

siècle.
Une cérémonie particulière à sa mémoire, en la Maison de prière de
l'Eglise Evangélique à Puna'auia, district natal de son enfance, samedi matin
24 mars 1990, a donné l'occasion à certains orateurs — dont les frères de
Henri, son beau-frère Michel Carlson, le Directeur Maco Tevane du Fare
Vâna'a et son thuriféraire amical John Maira'i — d'exprimer les regrets de
la disparition prématurée de l'éclaireur de la migration polynésienne. De son
timbre grave, l'altier John, acteur et continuateur parcellaire de l'action du
disparu qu'il considérait comme son mentor à l'O.T.A.C., lui a dédié le
poème funèbre ci-annexé qui ne laisse pas indifférents écouteurs comme
lecteurs. Osons panacher un air et un film connus : "Longtemps,
longtemps, longtemps après que le poète a disparu, sa chanson païenne court
,

encore

dans les huttes".

particulier, il faut signaler ce que Hiro tenait à coeur depuis quelques
années, c'est-à-dire un travail d'exégèse et de traduction en langage sacré de
En

Société des

Études

Océaniennes

�82

certains versets de la Bible, —dans un temps préalable traduite par Douro à
partir de la Bible (version en français) en langage lettré. Ses discussions
bibliques avaient notamment lieu avec le Pasteur Terito, important person¬
nage de l'Eglise Evangélique à Huahine. Mais le tahu'a pipiria est parti,
l'oeuvre entreprise inachevée pour sa participation...
Le Conseil d'Administration de l'O.T.A.C.

a

décidé à l'unanimité de

désigner la plate-forme-symbole de la cour intérieure de cet établissement par
l'appellation "Te Paepae a Hiro".

V.R. Pietri

EAHA ATU RA ?

Te here

o

I tâvai

Mai
la

te

to'u 'ai'a

'ia'u,

hi'i mai,

'apiti mai i to'u tino tahuti !
'E ia vai a'e, 'ia vai a ;

'E ia vai a,
Ei para

'e 'ia vai

noa atu a,

ha'amaita'i i to'u 'ai'a tumu
'la ruperupe 'e 'ia hotu
Te hua'ai

Société des

o

e,

to'u 'ai'a.

Études

Océaniennes

�'AITAU
la ù i tifenefene
I te muriavai
E te

ra,

pina'ina'i ta ù i haro'a
mai i te peho ho'o-tarere

aroaro

Na roto
Mai

noa

o te tau

anavai

te aroaro

ra

la fa a'e te feti'a Ta'urua.

Fariu atu nei
Fa'a'ata iho

ta

ù

aro

'Orohena

ra

ù tari'a

Hahape atu ra ta
I te fa'aro'ora'a e

:

'Aitau ! E 'aitau ! A 'aitau !
Pau iho ra, pau
Pauu haere
I te uiui

'Aitau

a te mau

ù taura

e :

aha ?

te

Pa'iùma atu nei
I te

ui

te aha ?

no

'Aitau i

a'e ra,

noa atu ra ta

au

auru o te tau

Mama iho

ra na

'apo'o mata'i

e

ha,

Hiti'a To'o'a-o-te-ra,

Apato'a, Apato'erau,
Hahape atu ra ta ù tari'a
I te fa'aro'ora'a

e :

'Aitau ! E 'aitau ! A 'aitau !
'Otu'i iho ra, 'otui a'e ra,
'Otu'itu'i haere
I te uiui

'Aitau

a

no

'Aitau i

te

noa

atu ra ta ù taura

te mau ui e :
te aha ?

aha ?

Naue atu nei

au

I roto i te ana-tau

Toro-ma'a iho

ra te

a'a

o

te tumu

Toro-ma'a i

Taputapuatea-ra'i
Taputapuatea pu-fenua
Hahape atu ra ta ù tari'a
Toro-ma'a i

I te fa'aro'ora'a

e :

'Aitau ! E 'aitau ! A 'aitau !
Taraire iho ra, taraire a'e ra,
Taraire haere

noa

atu ra ta ta

Société des

ù taurua

Études

Océaniennes

�I te ui

a te mau

'Aitau

no

'Aitau i

te

Heheu a'e
I te

mau

'Aore

ui

e :

te aha ?

aha ?
ta'ù

ra

taura

papa tupuna ra

ra a

ratou parau

Tei fa'aurua i te

tuù

mau

ra :

E to, e to, e to, e te

'la

to a

'oe i

"E ui-hou

te

no

ui-hou
ui-hou,

e,

te iho-tumu ma'ohi ra !

Tapapa atu nei ta ù taura
I te ra'i-tua-tini

'Aore
TJa

ra

o te mau

ratou i te mau

hihipo ana'e i te taiva

E to, e to, e to e te

'la

atua ra

'oro'a

to a

ui-hou

hinarere

:

e

'oe i te ui-hou

"Ei ui-hou

no te

la ù i tifenefene
I te muriavai

Tahutu

noa

TJa

te tau

rau

ra

a te

o

iho-tumu ma'ohi

ra

!

noa

te tau ra,

atu nei au ia

ù iho

:

To ù tia'ira'a i to ù fenua,
TJa mataetae te hina'aro
O

te

TJa

hinarere i te iho-tumu.

rau te

tau

To

u

TJa

rau te tau

parahira'a i te hiti o to ù nei fenua,
Ua horo-pupara noa te mana'o
O te hinarere i te atea e.
To ù

hoparara'a i to ù nei fenua,

TJa tiravarava

noa

te

0 te hinarere i ni'a i
'Ua

rau

ti'aturira'a
te

peu

vavi.

te tau

To ù ti'avarura'a
1 te

manava i papa
'Ua 'oere haere noa

i to ù nei fenua

Te hinarere i to ù nei fenua
'Aitau ra, 'aitau ra, 'aitau ra i to ù nei fenua !
Henri Hiro

Société des

Études

Océaniennes

�85

MIHI
Te here nei

! te here nei

e

!

e

E puta hoto ra ia 'a'ati,
E 'o'oi mai te 'ofe, e motu'u
E ti'aturi atu

ra

E ta'u atu

ia vai ?

Te here

ra

na

mai te te'a'ai

i hea ?

taraufau, 'ua taraufau i te

I te nohora'a

rau

'auro

arofa

o te

I hono i te iho

ta'ata, te mihi 'ua fa'atumu,
O ta'u a'e ia 'ina'i ? O ta'u a'e ia ahi ma'a ?
E

i ta'u nei horo,

oro a vau

E poro a vau
Te here tei te

i ta'u nei poro :
matameha'i,
here tei te fa'ahope'a.

Te here tei te tumu, te

Henri Hiro

NOSTALGIE
Oh l'amour !

Quand il fait mal, il transperce jusqu'au fond
L'amour

est

coupant comme un javelot

de bambou

Où faut-il croire ?
A

qui faut-il s'adresser ?

Maintenant l'amour est souillé

d'argent,

L'amour créé pour réunir l'humanité,
L'amour dont la demeure n'est plus habitée que par

Devrais-je

me contenter

Je continuerai

mon

Je continuerai de

L'amour est

au

la nostalgie.

de cette nourriture ?

chemin

proclamer :

début,

Maintenant et à la fin.
Henri Hiro,
traduction Alain Deviègre

Société des

Études

Océaniennes

�86

HIRO

E, 'ENA ATU NA
poème de John Mairai à Henri Hiro
Rumaruma iho nei

te

ra'i

o

to'u nei

manava

I te ta'aminomino-noa-ra'a
I te vai

pu'e

ra o te 'oto
E 'ua

'e te mihi hotaratara
tarapape iho nei au.
A tae ho'i

'Ua

muhumuhu ta'i

mamu te

O te puna

Ua mohi

i pi'i hua

na mata

E 'ua 'eta'eta

te mani

!

ia taua.

noa na

i tutonu

e

navenave

ia

noa na

rima i fafa

taua

noa na

I te tapono no taua

nei

e.

'Oia nei ho'i.
Ua

pahe'e te 'opape

E 'ua toroti'a te vave'a i te to'o'a

o

te ra

Aue !

I

te

Ua papa maro te muriavai
ahu ahoaho fa'aturori a te horuhoru
Aue !

Ua papa maro te muriavai
I te ahu ha'aviri 'o 'ouma a te hepohepo.
'E inaha,
Na tai
Na te
E

na te tara o

Na te hiti

mou'a,

te

o te maru

Na te 'ofa'ifa'i

uta,
'aito

e na

tara o te uru

ra o te

peho,

tahora

'E pate atu i te to'a ra o te tai,
'Ua 'arepurepu te moana
I te

vevo o

ta'u nei auta.

I naha nei ho'i
E 'a tae atura

'Ua

mamu te

O

te

muhumuhu ta'i

puna
I

i ti'aoro

'E 'ua

Société des

ho'i

e

!

navenave

noa na

maruarua

I te

ra

ia taua.

a'e nei

te rau

puhi ta'oti'a a te tau i reira
ta'opa'opa te marere i te tipaera'a ra.

Études

Océaniennes

�87

HIRO, AVEC TOI NOUS SOMMES

Le ciel de

conscience s'est assombri,

ma

Ballotté par le flot tumultueux
D'une rivière de larmes qui hérisse ma
Me voici sans force.
Le malheur est

La

source aux

Qui

douceur,

là, hélas !

doux murmures,

sans cesse nous

appelait, s'est tue.
âme se sont fanés,

Ces yeux qui sondaient notre
Et ils sont raidis
Les

doigts qui nous
O misérable vérité !

La

mer est au

effleuraient l'épaule.

reflux

Et la houle, inexorable, porte au
O douleur !

soleil couchant.

Au bout de
A

sa course, la rivière s'évapore
l'inquiétante brûlure de l'angoisse.

O douleur !
Au bout de
A

sa course, la rivière s'évapore
l'oppressante brûlure du désarroi.

Et ainsi donc,
Par

monts et par vaux,
Par les cimes de bois de fer

Et par le sommet des montagnes,
Le long de la vallée ombragée,
Par les rochers des torrents

Jusqu'à, de soupirs innombrables, heurter le socle marin,
Voilà que l'océan bouillonne
A l'écho de mes gémissements de douleur.
C'est cela donc,
Elle s'est tue, ô misérable vérité !
Elle s'est tue, la source aux doux murmures

Qui

sans cesse nous

implorait.

Au souffle du temps qui met fin à toute
La feuille s'est détachée de la branche

chose,

Et, d'un vol balancé, touche terre.

Société des

Études

Océaniennes

�88

E

pa'i !

I hi'a a'e nei te tumu
E 'ua 'arere pupara

Te 'aere

'otare

manu o

noa

te reva

Ma te pi'ihua e, 'Aue !
'Ua farara te pou nohora'a
I tavaihia na i te hinuhinu e te pura
O to taua hiro'a tumu ma'ohi nei.
'Ahe!
I hea atura

ra

ia te 'aere ri'i

manu e tau

Reo iti
E

Mai hiti'a

o

Mai

ai ?

a ra no te toa.

vava noa

te ra e

to'o'a

mai

ra

o te ra

'apato'a e apato'erau,
puro'u ra no te toa,
na te anuanua pi'ihau

Reo iti
Utete

noa ra

I te na-'o-ra'a mai

"Ma'ohi

e

! Ma'ohi
'Ua ohi

e

e :
e

!

fa,

'la ohi te ohi !"
Roroma iho

Mau to

ra

to'u nei

mamae.

Hiro e, Hiro e, Hiro e !
hoe, 'a pine ra i te pine roa.
Hiro e, Hiro e, Hiro e !
'Ena atu

Société des

Études

Océaniennes

na.

�Eh oui !
L'arbre vient de tomber
Et les oiseaux

Se

comme

des

orphelins

envolés, dispersés, en criant :
"Notre reposoir est tombé, terrassé le pilier
sont

Oint de l'étincelante

gloire

De notre Etre ma'ohi".
O tristesse !

Qu'en est-il de

nous

Mais voilà ! Elle est

? Où donc les oiseaux iront-ils
encore

là la voix du

se

percher ?

guerrier,

De l'astre levant à l'astre couchant

Se mêlant

au

Mara'amu à la rencontre du To'erau,

Une chansonnette

suspendue au paisible arc-en-ciel
Qui, paroles immuables,
Nous rappelle :
"Ma'ohi ! Ma'ohi !
Le jeune

arbre a surgi de terre,
Qu'il engendre !"
Alors, ma douleur s'apaisa.
Hiro, Hiro, Hiro !
Saisis ta rame et allonge le bras vers l'éternité.
Hiro, Hiro, Hiro !
Avec toi

nous sommes.

John Maira'i

Société des

Études

Océaniennes

�90

I

uiui

noa

pàpai

parau e

na,

ôe

no

te uiui

e

nei

noa

manaô

te

i

te

taù taeaè e taù hoa i nia i to
i fero na i te roaraa o

e

tàua tumu ta te nape o te here
te tau ta tàua i are are mai na.

Te

aniraa

tahi parau no Henri
te pàpai mai ra,
pàpai aè ra, te pàpai iho ra, te pàpaipaî noa atu
Ua tano mau te maa parau iti ra e : no te
pohe
:

e

HIRO. la hiô rà hoi
te
ra.

nei

faufaahia

i

faarahihia

ai

to

nlàu i te

rama

pàpai i te
i te

au

ai

te

taata ra,

No

ora.

ôe

te

mea

aita

ôe,

i

parau
àma ra ia
te
pô marama ore. I àma mau na rà ôe

mai te

:

o

faaïte i to te pahï i te hahiraa te àveià;

mai te môrï e

i tuoro mau na ôe i te anoano o te tau i

rotopu i te hoê

topa atu ra i
tarià ore, no to ôe hinaaro
te âià, ia fenua te fenua, ia Màôhi

nunaa

faahoi i te huià i
te

Màôhi, ia Atua te Atua,

Ôe

i

pehe

na, i

e

ia maitaï

ùuru

na e

i autà

ia here i ta ôe Etàrëtia

e

iti

to ù ia aho

noa

teie, te toeà

TE

ra, na

aita

i to na

ia

na

hoi,

no

to ôe

i to ôe nûnaa. E maa parau
e

pàpai.

ETARËTIA

Ua ïte ànei te
manu

roa.

i

ïte,

moa

i to na fanauà

âpaèraa. E,
aita

hoi

tamarii. la hoi mai te

mau

Société des

ïte

nei

manu

Études

ua

ite ànei te

ite. Ta ù nei rà Etàrëtia,

ua

e

;

i
rii

Océaniennes

ta

na

iho

i raro aè

mau

i to na

�91

imi mai i te hau,

maru,

imi mai i te faaitoito, imi

tauturu, ua ueuehia te tumu, purara ê atu
te fanauà rii.

mai i te
ra

Mai ia ôe i ueuehia

Henri, te ueuehia nei

i teie mahana. Ua hêhë te fanauà. I
nei, e te ôtare atu ra. No te aha râ. No te

ôtare mai
mea

ânei

noa

metua
ra.

e

feiâ âpl

te

â

na

ia

manaô ê to te tamarii

e

aore

na,

ra,

no

tiàvaru ai te

e

te mea noa e, te manaô

to

here

râtou

rumaruma

roa

âià,
atu

mohimohi

te
te

ra

marama

atu

ra,

arataï

i

faaoti parau. Te huri aro atu nei, te
ra, i huri tua noa e i tarià turi noa na hoï.
Mai

te

ueue

vaho, ohi ê atu

a

vï

ôe

ra

i

Aore

to

ôe

hirohirouri

noa

i

to

ôe

tiriaraahia mai

te

hereraa

i

Atua

e

i

to

hui Tupuna.
ôe

nunaa

i

aè, i te roàraahia iho nei râ te toa,

tâmûmû aè nei te fenua
te

te

i vaho, rara atu ra, teitei aè ra, i

ra

here

te
feiâ

e

huri tua mai

àtoa iho nei râ, maùe atu ra i te ao o te

i

feiâ âpl e

Oia mau, te araa mai ra te manaô o te

:

mate

roa,

ômoèmoè, mate atu

ra

Te Toa, ua mate. Ua

i

te

anaunau,

mate

mate

i te tâuà-ôre-hia e ta ôe

i

te

iho

Etârëtia.
Tei hea ôe

e

te Etârëtia i te mohiraa.

i tarià turi ai i te roo mate o te toa,

ê ai i ta ôe iho i

e

E aha ôe

aha ôe i mata

fanau, ta ôe i hii, ta ôe i haapii i te

i to ôe parau, te
reo
faaapi na i te aroà i te ôto o ta na pu no te
faaïte i te àti o te nûnaa i mua i te parau o te
âtômî, ua màmû iho nei. Tei hea ôe i te mohiraa a
nâ ô ai e, ua parau ê na te Etârëtia. Ua moèhia ânei
tuuraa âvae. Te

reo

i poro noa na

i

Société des

Études Océaniennes

�92

ia ôe e,

eita te môrï

tutuihia

e

paèpaè. E aha ia

reo no

faaroo.

e,

te

Eere

ànei

piha teitei

mau

te tuu i

no

ôe tei ôre

te hoê tarià i
ômuhumuhu-noa-hia i roto i

ua

roa

to pare.

o

Ua fano te toa i te fanoraa roa, te
nei to

ôe

i

nûnaa

fifi ia ôe

mau

here i ta ôe
te

aè i te

raro

te

no

tàvini,

arii

ua

noa

moèhia ia ôe te

to ôe nûnaa. Ua tàvini te

tamarii,

mau

mea

ôfenefene

mai

te

nei

tàvini i

roto

i

te

nûnaa.

la Henri HIRO i riro ai te iho tumu

ïte aè nei tàtou i to

na

ei

huru. Te ômûmu rii

taata,

ua

nei te

noa

Etàrëtia i te

rà,

parau o te iho tumu, tei te ùtu rii noa
aita à te àau i naeàhia. Te papaâ noa atu ra i te

iho

papaâ, haamere
Ua horoà

te parau o

raa

hinaaro

e

roto i to

na

Noa

ia

màôhiraa i
teie

râ

Henri here i ta
i

ràveà

te

noa

tumu-roa-hia,

ua

Etàrëtia.

Te feiâ

ïmi atoà mai
ia

Henri

ei

no

E

te

noa

rave

rave

to

ora,

ia

na

ia

to

i

nûnaa

to

na

i

na maru.

i

na

vai

ua

rahi to
tahi

te

atu ai râ te reira
vai

na

roa atu,

mata-ê-raa,

Etàrëtia.

na

ôhipa rii. Ôre

Etàrëtia

aè i to

raro
mau

hoî mai

e

tei hau

e

te

mai

horoàraa i to

na

te Màôhi,

rave

atu

te haamereraa màôhi.

noa ai i
Henri i ta

o

i

na

to

imiraa
tuhaa

mau

hoïraa mai i

mau

àau

noa

roto

i

ta

na

âpï e ôrometua nei i teie mahana, i
ràtou i te tahi maa paari i pihai iho

na

tauturu

i

to

ràtou

feruriraa

i

nià

i

te

parau o

te Màôhi. I te materaa atu te Tahuà haapii,

aita hoê

aè

No

te

reira

mea
mau

taata
ànei

ànei

i

haamanaô atu ia

e,

ia

te

ua

ôrometua i

huru

Société des

o

Études

te

na.

teie

No te

aha.

mahana.

Te

ôrometua, oia hoï te

Océaniennes

�93

pâpâmarô te àau i te aroha ore e te
te peu e te reira mau ihoâ ra, mea
Etârêtia ia rave mai e ia faaora i te

hoê

taata

tei

here

ôre.

Mai

maitai

te

èvaneria ta te iho tumu mâôhi e

faahou ai

te reira te râveà e fatata
to

haapii nei, peneiaè
o na

i te Atua e i

na nunaa.

I te matahiti

1968

Henri i

o

reva

atu ai i Faràni

haapiiraa pïpïria no Montpellier. I
te hoperaa atu
te tau haapiiraa, aita i hinaaro
faahou ia riro ei ôrometua, ua hinaaro e imi i te iho
o

haere

te

no

te

te

i

Peneiaè

nunaa.

faahoî te Atua ia

e,

taata e ïmi i

te

huru mau, to na mau àti, to na mau
atoà râ i to

here
e

te Atua,

o

hinaaro nei
ta

mai

na

Etene,
Atua,

iho tumu.

na

e

e
e

au

e

hinaaro

nei

rave-hunahuna-hia
to

nunaa.

na

au

te

Mai ia

vâhi taata, i mua

fare

mau

:

hinaaro ia
farereiraa ta na i hinaaro i
le tu i tiàoro atu ia Tataio i te

haamau.

e

la haere au io te
ïmi i te
patu ta te manaô taata e

parau ra e

i ta te Etene. Oia mau, ia

vâvâhi i te

e

Eita

te

Atua

i te tarià o te mau Fâritea :

mau,

Ei to

tano tatou e
ia ïmi ôe i te Atua, e

teie te tahi haapiiraa e

tâpeà mai i teie mahana :
larerei ihoâ ôe i te

nunaa.

Te Atua ta te oraraa o Henri e

fenua

e

à ùanei.

Oia

Atua

peàpeà, i roto

No te aha. No te mea te

here ia i te nunaa, te nunaa ta na
haafatata roa, e tomo roa i roto ia

Pauro

rave

te Atua, e

i roto i te nunaa, i roto i to na

na

atoà
vau

ia
a

faaite mai nei, e

mai i te Mâôhi : ei to ôe
ia ôe a ùanei. Ua
ùanei; ei roto vau
tei

parau

Société des

Études Océaniennes

�94

vahavaha rà te
e

inaa nei,

to

tau.

na

roto

mau

Fâritea i vahavaha ia Ietu i

Mai te peu e

faaora te Atua i te Mâôhi, i

mai

ia

roa

ôrometua Fâritea i te reira huru

mau

te

i

to

Màôhiraa

na

te

reira

ora

e

mahorahora ai.
Teie
i

ta

te vâhi ta te

mau

Etârëtia

na

haapihapiha

i

oraraa

Henri

o

mahana.

teie

te taata, e
ôpanipani ia râtou i roto i te
ai e : mea taa ê te parau o te
parau o te Faaroo ; mea taa
mea taa ê te parau o te tino

E

faaea

i

poroï nei

e

faaea

i

te

hoî

i

te

atoà

reira mau piha a nâ ô
Iho tumu, mea taa ê te
ê te parau o te vârua,

: e mau haapiiraa hape
anaè te reira. Aita te toa i mate aè nei i riro noa ei
rautl
nei

no

râ

nunaa
mau

No

te Iho tumu,

tiàturi

i

to

ei rautï atua ore hoï. No to

Atua,

na

i araaraa ai te parau o

hoi te reira te Atua

reira,

farereiraa

arataihia

ia
i

e

to

na

Atua,

to

e

Te

pinainai

noa nei â

te

i

to

na

te Iho tumu. O te vâhi
nunaa

tire

i

te

reo o

i

na

nunaa.

roto

putô ia

vâhi aita te Atua i reira i te tiairaa mai ia

e :

here

farerei ai i to

teie
a

na

na

na

i

te

i te

na.

te toa i te piiraa

E hoï i te âià.

TE NUNAA

E haamanaô-noa-hia

taata i parau
ôraa atu e :

i te

ta te hoê
atu ia Henri i te hoê mahana i te nâ
E Hiro, te haamau nei ôe i te tahi
na vau

parau

haapaôraa âpl ? Teie rii ihoâ te manaô o te taata i
nia i te ôhipa i ravehia mai e Henri. la faahohonu

Société des

Études

Océaniennes

�95

rii

tatou

râ

manaô

teie

teie ia to na auraa

ra,

:

haapaôraa âpï, ua riro ia mai te tahi
haafifi mai i te haapaôraa tahito.

te

mai

i

mea e

mea

e

Ua hàroàroà rii te nûnaa i te auraa o te oraraa
te

e

ôhipa atoà ta Henri i rave mai na. No

mau

reira

te

râtou

i

ôre

i
i

mua

i

maitaï ai e,

taa

taata

teie

ânei

te

:

vai

mai

ia

ra

nâ hea

e

faahaùti nei i to

e

mai te haùti ôre atu ia râtou

oraraa

farii

taata

te

:

râtou

tu te ânei; e

e

faahaparaa; e pee

ânei hoï ia na : te faaruè ra ia i te âmuiraa o te

faaroo;

ra,

aore

hiô

e

atu,

noa

râ

feiâ

tahi taata

mai te

manaô huru taa ê rii.
I

nâ

ânei

ra

ua

ô

o

atu

na

tahi haapaôraa âpï, no

i te

hàroàroà rii

te haamau

taata ia Henri e,

teie

ai

o

na

e,

te mea ia

Atua to roto i te ôhipa e

e

ravehia ra, e haamoriraa to roto.
I te reira râ hoï

taata i te ètaèta, e te
no

e

te

auraa

mau
o

pàhonoraa

e

te

uï i topa

iho

te

tàhitohito i te mau parau atoà

te iho tumu Màôhi. la au i te mau

iho-hia
te

tau ra, tei roto noa à ia

mau

atu ra, ia anihia te

tumu

faaroohia

:

haapiiraa i vai-

e

Màôhi,

teie

marae,

e

te

tahi i
huru

taparahiraa

taata.
Te huru i ïtehia i te reira tau ra, te vai

rii noa

nei à ia. Te vàhi taa ê noa râ, teie ia :

aita te parau

te iho tumu i vàhi faahou i te taata

mai tei ïtehia

o

te iho tumu i riro faahou ei
parau noa no te feiâ e vai i râpae mai i te Etârëtia,
e
parau atoà râ tei tiàoro i te Etârëtia i teie
mahana, noa atu ia e, te haavare ite ôre nei te tahi
na.

Aita

te

parau

o

Société des

Études

Océaniennes

�96

i

te tahi, te mohi ra hoï te tahi
feruriraa papaâ a faahua vahavaha mai

te tahitahi mai

pae,

roto

te

i

ra

ai.

Te vâhi te

nunaa

huru fifi ai,

i

te iho tumu, mai te Faaroo

haavarevare,
to

i

feiâ

e

taata

ôhipa

farii i te

e

tââfahia.

rave

aore

Manaô

atu

ra

te

taata

Te

ora

nei

i te

e,

e

i te iho tumu, no te mea eita

ra

piti nei e tuàti. No reira, hiôhia atu

e

no

atoà hoï, eita ia

te

i

tâatoàraa.

na

mâïti i te Atua.
nâ mea

ra

ia e,

mea

iho tumu, te tahi ia tiàororaa i te taata i

parau o te
roto

aore

te

no

iho

tumu

mai

te

mea

ra

te

ra

e

mau

râpae i te Faaroo, eita hoï te reira huru

e au

i te mau taata no roto atu nei. Hoê noa ra râ taime te

parau e fariihia ai, maoti i te 5 no mâti. E au
rii te reira huru i te parau o te haavare tei hiôhia
mai te tahi mea ino i roto i te oraraa o te taata, hoê
reira

râ

mahana

te

i

matahiti,

fariihia te haavare,

e

riro hoï mai te tahi mea ârearea

I

Henri

te

tau

hopeà nei,

ia

Mâôhi

te

e

ua

e,

na
fare

te ino ôre.

tano

e

faahoî faahou mai

i

e

parauhia
i

roto

i

te

te Mâôhi i roto i to na huru mau, mâ to na maa
pâreu iti, mâ teie maa àhu iti haapaôraa ôre e te
faahaùti rahi i te taata. To tâtou fifi, no te mea ia te
pure,

tâmau

noa

nei tâtou i te hiô i to tâtou parau

mai tei
haapiihia mai e te mau ui i topa atu ra. Aita â tâtou
i tiàmâ, no te mea, ua rave to tâtou manaô taata i te

pârahiraa

te Evaneria,

maere

atu

ra

tâtou i te

mau

-

tâtou i roto i te fifi. Ahiri tâtou i vai iho i te

noa-raa

Evaneria

Mâôhi,

o
ia

tûrama

mai

ua mâramarama

Société des

ê

na

i

na

ia to tâtou èà

Études

to

tâtou

Océaniennes

oraraa
e

taata

to tâtou

�97

Faaturatura

oraraa.

tatara i

aita i

noa

nûnaa faaroo

te

tatou iho

e

te vàhi tei reira

o

atu ra tatou ia
i

ia, i te vâhi hoi no reira o ia.
haamanaô-noa-hia

E

ôrometua

mau

tahi

to

o

te

tahi

mau

tere

i te

ara.

e

râtou

faaite

i

vau

râtou

te

tià

o te tahi
Etârëtia i te

parau
te

o

I reira,

ua

anihia mai

Ua rave roa
peu, no te mea, mea
haamâ ia parau atu e, aita ta râtou e peu tumu. la
hoî mai râ râtou i roto i te nûnaa, pârahi faahou
mai nei i roto i te peu ôre. E au rii teie huru i te

râtou

e

râtou,

ua

ta

i

faaite

i

peu

tumu.

râtou

ta

taata tei ôaôa i te faaite i to na here i ta na
i

te vâhi

ia hoi mai rà i te

taata,

vahine

fare, riro faahou

mai nei teie vahine ei faautuàraa na na.

pai, aita teie mau tià i àfai i te
peu a te papaâ ta râtou e ora nei, aita, àfai atu ra i
te peu a te Mâôhi ta râtou e tâhitohito nei. No reira,
ia haere atu te Mâôhi io na iho, e maere o na ia ôre
ia fariihia mai, âreà râ, e fariihia te papaâ ia rave
Te vâhi

maere

mai i te huru o te Mâôhi.

huru

Te tahi teie
e

Henri,

oia

te haa i tautoohia mai na

faahiô-faahou-raa

te

hoi i roto i te

no

e

te

faatupuraa

Mâôhi i te hinaaro rave i to na iho

huru mau, no te mea, aita te reira e
Atua.

Oia mau,

nâ hea e

faahapa ra i te
tano ai ia ù ia here i te

tahi mai te peu aita vau i ite i te here
nûnaa nâ mua roa, a riro atu ai mai

ia ù iho, to ù
ia na atoà te

huru.
Aita te
niai

na

taata

i

Henri i pâreu
pâreu noa. Aita roa atu. Ua

hiô i te pâreu ta

mai te mea e,

e

Société des

Études Océaniennes

�98

riro

te

reira

mai

nei

râ

nanao

atu

au

ra

ia

e,

faufaa ôre

te

aita

tâpaô

e

pâreu e inaa nei, mai te tahi àhu e
te pereue e nounou-rahi-hia nei. E

i

topa te pereue, vai tahaa
ôrometua

te

e

faataa ê faahou ia râua i te nûnaa.

Areà te Fatu ta râua
i

nûnaa

te

:

reira

atu

roa

hoï te

mau

e

tiàtono,

te mea,

no

haavare tàvini nei, ua rave ia

e

tahi faito haèhaa

te

te

noa mai nei

o

e

te

mea

piri roa atu
ôre

e

e

i te

hinaarohia

nei.

Te ite
nâ

roto

ra

i

râ

herehia

te

reira

Atua

te

e

tatou i teie nei e,

tâtou.

No

reira,

mata.

Nâ

hea

nûnaa

no

eere

i te pâreu noa

,

pâreu, te parau ia o te nûnaa

teie

vevetehia mai nei i

e

eiaha

mua

ia

puroù faahou i to tâtou
matapô e tano ai e arataî i te
matapô ; nâ hea hoï te mau ènemi o te iho tumu
mâôhi e tano ai e faahiti i te parau e e arataî hoï i te
na

na

e

iho

e

te

mau

te

haafaufaa-ôre-hia

Tei

ra.

hea te here i reira.
Aita râ
râ

i

te

Henri i

pâreu noa, ua ora roa atoà mai
here mâôhi. Aita teie

parau o te aroha e te
e
hinaaro nei e tataù

manaô
aore

o

pâpai i to

e

ra

na

oraraa,

ôhipa tei tupu i roto i te
oraraa

o

te

te

i

e

o

Henri,

nâ roto râ ia na, e

oraraa

nûnaa, no reira

oraraa

o

ôre ai

te Etârëtia
e

e

te

tano ia tâtou

ia mâmû, e ia tâmau hoï i te ora mai te mea ra aita e
uiraa

i

tuuhia

taïara

o

te

hoê

mai

ia

oraraa

tâtou.

Tei

mua

ia

tâtou

te

patuhia i nia i te aroha e te
paèpaèhia e

here i te nûnaa mâôhi, te hoê oraraa tei
te here Atua.

Mai te peu

hoï

e,

i roto i te

Société des

Études

ora

Océaniennes

i mahuta aè nei,

�99

e

poroï ta te Atua Metua ia ôe e te nûnaa Màôhi, e

ia ôutou atoà hoi e te mau tàvini o te

tatou

hara

a

mau

Eita

nia

i

e

te

ôre
reo

àito

te

taata

taiô i te

hitimahuta i

i nia ia Henri HIRO tei
no

te

iho

tumu

reira o to na oraraa,

teie

faahohoàhia

Màôhi. Eiaha rà

e

teie àito, te puai atoà
oia te here i te Atua e te

hitimahuta, te vàhi moè teie
râ te

poroï, ua

à tatou.

huru taïraa
i

Atua, a ôre ai

tûtonu ai i nia i te auraa o te reira

o

here i te nûnaa.

faaïte atoà
atu râ i to tâua Atua e, te hepohepo nei te nûnaa i
te àveià ôre, te taamino nei hoï i roto i te reru e te
autâ noa nei i te tûtavaraa i te ora ; poroï atu e, ia
vave
mai te ora,
ia fenua te fenua, ia Màôhi te
Màôhi, ia rara te ora, ia Atua te Atua, e ia maitai
E te

toa e,

a

fano,

a

fano,

a

fano

;

roa.

Turo

Société des

Études

Océaniennes

a

RAAPOTO

�100

COMPTE RENDU DE LECTURE

Valérie

Gobrait

-

"Le Tuaro'i
Maîtrise

Essai

d'analyse d'un discours religieux ma'ohi
d'ethnologie, Université de Provence Aix-Marseille I,
:

Novembre 1989,

L'amour que

(136 p. + biblio

+

annexes).

Valérie Gobrait porte à la langue ma'ohi est à l'origine de

travail de maîtrise soutenu

en novembre 1989 à l'Université d'Aix-enProvence. Ancienne élève de Turo Ra'apoto au collège Pomare IV, elle
ce

s'inscrit dans la continuité des travaux de celui-ci
à elle est d'ordre ethnologique.

sur

la

langue ma'ohi, mais

son oeuvre

Quoi de plus judicieux

que

le thème du Tuaro'i

comme

objet d'étude

en

milieu protestant... Le Tuaro'i désigne les discussions autour d'un verset de
la Bible qui prennent place régulièrement dans les maisons de réunions

fare

'amuira'a, entrecoupés de chants traditionnels (tarava et himene ru'au).
Très bien
nous

livre

préciser en
religieuse.

intégrée au réseau de vie paroissial protestant, Valérie Gobrait
analyse "de l'intérieur" du Tuaro'i, non sans avoir tenté de
introduction l'origine de ce terme et de ce type de manifestation

une

Le but de

recherche

est

de

quoi le Tuaro'i est un produit
original du syncrétisme chrétien en Polynésie. Il semble être né de
l'initiative de missionnaires anglais qui mirent en place au début du XIXème
siècle des veillées bibliques destinées à parfaire l'éducation religieuse de leurs
fidèles et à permettre à tous l'accès à la prise de parole
publique.
sa

montrer en

Malgré cette volonté démocratique initiale, le Tuaro'i n'est pas un lieu
d'égalité mais bien plutôt de prestige et de compétition, démontre Valérie
Gobrait.

Société des

Études

Océaniennes

�101

L'ordre des

prises de parole fait l'objet d'un règlement implicite. De

même, le temps de parole des jeunes et des femmes est-il plus court que
celui des anciens...
Le personnage central du Tuaro'i est lefatu 'irava, celui qui propose son
à l'assemblée. Il met alors au défi les fidèles de tourner (taviri) et de

verset

('irava) jusqu'à l'épuisement ('ia pau te mana'o), jusqu'à ce
qu'il n'y ait plus d'interprétation nouvelle (tatarara'a). Sa suprématie sera éta¬
blie en définitive à la fin du Tuaro'i, si la question-clé (tapa'o), — qui est
aussi une question-piège, — qu'il adresse à l'Assemblée, ne reçoit aucune
bonne réponse.
retourner ce verset

Compte tenu de l'importance de la parole dans la société ma'ohi de tradi¬
tion orale, le Tuaro'i est un lieu de culture et de compétition par excellence.

Chaque intervenant se donne un moment l'illusion de dépasser les autres, et
dans sa connaissance du sujet et de l'art du discours sym¬
bolique. Pourtant, le pasteur demeure celui qui clôt le Tuaro'i et rétablit
l'ordre des positions hiérarchiques dans la communauté.
même le pasteur,

Valérie Gobrait

a

ensuite cherché à classer les différents types de Tuaro'i

(Tuaro'i 'ati, Tuaro'i Me... ), puis à rapprocher le Tuaro'i de certaines
anciens auxquelles le Tuaro'i semble s'être

cérémonies ma'ohi des temps
substitué de façon syncrétique.

ethnologique est bien illustré à l'aide de
bibliques, auxquels l'auteur a participé, et de
paroles (tarava et himene ru'au) qui accompagnent ces commentaires.
Ce travail de recherche

traductions de commentaires

Particulièrement intéressante

est

la narration d'un Tuaro'i du 'amuira'a

(groupe) Peteteta des Rimatara de Pa'ofa'i (Siloama-Pape'ete) dans lequel
sans cesse l'assimilation du peuple ma'ohi au peuple hébreu et d'une
perspective de libération politique et de salut chrétien.
revient

d'analyse d'un discours religieux ma'ohi, est un texte
prometteur, oeuvre d'une jeune ethnologue polynésienne dont on
beaucoup désormais.

Le Tuaro'i, essai

vivant
attend

et

Bruno Saura

Société des

Études

Océaniennes

����Le Bulletin

Le Bureau de la Société accepte l'impression de tous les articles
qui paraissent dans le Bulletin mais cela n'implique pas qu'il
épouse les théories qui y sont exposées, ou qu'il fait siens les
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Bulletin de la Société des Études Océaniennes numéro 249-250</text>
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              <text>Article&#13;
- Croiseur le "Duquesne" : Rapport de fin de campagne (1886-1888) 1&#13;
Adieu Président Moortgat 45&#13;
- Homélie : Père Paul Hodée 46&#13;
- Eloge funèbre : Jean Montpezat 48&#13;
- Le coeur et l'esprit : Gérard Guyot 50&#13;
- Pauro Moortgat : Raymond Vananga Pietri. 51&#13;
- L'adieu de la SEO : Raymond Vananga Pietri. 52&#13;
- Qu'il nous manque, Paulus : Paule Laudon 55&#13;
- Ferveur et fidélité : Gilles Artur. 56&#13;
- Un enthousiasme d'adolescent... : Michèle de Chazeaux 57&#13;
- Un infatigable chercheur : Lysis Lavigne 59&#13;
- L'homme pressé : MichelAnglade 62&#13;
- Il était mon ami : Bertrand Jaunez 63&#13;
Après Moortgat 64&#13;
La danse et la poésie en deuil : Raymond Vananga Pietri&#13;
- Gilles Teri'i Hollande, prince de la danse tahitienne 67&#13;
- Madeleine Mou'a, la reine de la danse polynésienne 72&#13;
- Henri Hiro, un poète n'est plus 77&#13;
- "Eaha atu ra ?" — "'Aitau" — "Mihi" : poèmes de Henri Hiro 82&#13;
- "Hiro e, 'ena atu na" — "Hiro, avec toi nous sommes" : poèmes de John Maira'i 86&#13;
- Ua mate te toa : Duro Raapoto 90&#13;
Compte rendu&#13;
Valérie Gobrait : Le Tuaro'i - Essai d'analyse d'un discours religieux ma'ohi 100</text>
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